mardi, 21 mai 2013

POLITIQUE

21 mai 2011 – 21 mai 2013 / Deux ans après son investiture : Alassane Ouattara, quel bilan ?

 
Publié le mardi 21 mai 2013  |  Le Mandat



 

Arrivée
© Présidence par Seibou T.
Arrivée du Président Alassane Ouattara au Quatar
Dimanche 12 mai 2013. Le Président Alassane Ouattara entame une visite officielle au Quatar, à l’invitation de l`Emir Cheikh Hamad Ben Khalifa Al Thani.

 

21 mai 2011 – 21 mai 2013. Cela fait deux ans. Jour pour jour qu’Alassane Ouattara préside aux destinées de la Côte d’Ivoire. Dès sa prise de fonction, le Chef de l’Etat conscient de l’ampleur de la tâche qui l’attendait pour avoir hérité d’un Etat en piteux état, avait clairement défini ses priorités : la réconciliation, la sécurité, la reconstruction et la croissance. Deux après, incursion au cœur des chantiers du Président Ouattara.

Le grand chantier complexe de la réconciliation

Dans la foulée de sa prise de fonction officielle à la tête de l’Etat de Côte d’Ivoire, le Président Alassane Ouattara avait procédé à la création de la Commission Dialogue Vérité Réconciliation (Cdvr) en prenant l’ordonnance n° 2011-167 du 13 juillet 2011. En dépit de la volonté manifeste de son président et des membres qui la constituent de ramener la confiance entre les Ivoiriens, les activités de la Cdvr n’ont jamais véritablement décollé. Charles Konan Banny et son équipe ont toujours du mal à retrouver leurs marques. Les observateurs du microcosme politique ivoirien qui attendaient beaucoup de cette commission «n’ont eu droit qu’à des cérémonies et autres activités de lancement sans que les questions de fond ne soient abordés et débattues réellement par les partis en conflit », nous confie un diplomate en fonction à Abidjan, témoin de l’éclatement de la crise post-électorale. Autour du Cdvr, certains acteurs ont tenté de jouer leur partition notamment les artistes initiateurs de la caravane de la paix, avec à leur tête la méga-star du reggae, Alpha Blondy. Mais jusque là, le train de la réconciliation n’a pas encore atteint sa vitesse de croisière. En outre, le dialogue politique initié par le gouvernement avec l’opposition est au point mort. Le FPI traine les pieds. Le parti de l’ex-président, Laurent Gbagbo tient toujours à ses exigences notamment le dégel des avoirs de ses membres, la libération des cadres du parti emprisonnés. Autant de conditions que le régime d’Abidjan n’est pas à mesure d’accepter. Cependant, quelques points rassurants sont à relever, notamment le retour de certains exilés politiques et militaires ainsi que des populations dans la zone ouest du pays.

La sécurité toujours en ligne de mire

La réforme de l’armée avec le changement des tenus des différents corps, la réhabilitation des casernes, la formation des hommes de rang, les opérations conjointes licornes – FRCI, la dotation de l’armée et de la police de moyens techniques et d’engins mobiles d’intervention, la création du Centre de coordination des décisions opérationnelles (Ccdo) et des forces spéciales, sont autant d’actions posées par le Président de la République, chef des Armées, qui ont pesé dans la balance pour remettre de l’ordre dans le cafouillage né de la crise post-électorale. La mobilité des forces de l’ordre sur le terrain a permis de baisser considérablement les attaques ces derniers temps. L’on se souvient, à la même période, au mois d’avril 2012, des 16 attaques des postes des FRCI, des commissariats et de certains sites du pays.
Dans la région de l’ouest minée par des incursions d’hommes en armes, le renforcement des dispositifs de sécurité sur le terrain a permis de mettre hors d’état de nuire le chef milicien, Oulaï Tako, le Tarzan de l’ouest et dernièrement de capturer le chef de guerre Amadé Ourémi. Même si le risque zéro n’existe pas, la volonté des autorités ivoiriennes d’instaurer un climat de sécurité rassurant pour les opérateurs économiques après deux ans de gestion est très perceptible.

La reconstruction, l’affaire personnelle du président Ouattara 

Le visage peu reluisant qu’affichait la Côte d’Ivoire au lendemain de la crise militaro-politique se dissipe progressivement. Après deux années, le Programme présidentiel d’urgence (PPU) a permis de réhabiliter plusieurs infrastructures et de doter plusieurs villages d’électricité et de pompes hydrauliques. Abidjan, la capitale économique est en chantier. Les travaux de l’échangeur de la Riviera 2 et du 3ème pont vont bon train. Et la fin de l’ouvrage est prévue pour 2014. Le grand projet de construction de logements à moindre coût pour les populations à faible revenu a été lancé. La phase d’inscription est prévu s’achever le mercredi 22 mai. A ces grands chantiers, s’ajoutent la réhabilitation de plusieurs réseaux routiers à Abidjan, la construction des ponts de Jacqueville et de Bouaflé dont les travaux vont bon train, le lancement des travaux de l’autoroute de Grand-Bassam, les travaux de finition de l’autoroute du nord.

La croissance pour soutenir le développement

Le président Alassane Ouattara veut faire de la Côte d’Ivoire un pays émergent à l’horizon 2020 et lui redonner son statut de pays phare de la sous-région. Pour y arriver, le Chef de l’Etat a effectué une kyrielle de voyages dans les quatre coins du monde. Ces actions commencent à porter des fruits. Le pays affiche une croissance estimée à 8.5%. Et le gouvernement vise d’ici à la fin 2014, une croissance à deux chiffres. Le PAA, les Douanes, les Impôts, la SIR ont repris de plus belle. L’embellie financière du pays rassure de plus en plus les investisseurs étrangers. On assiste régulièrement à un ballet d’investisseurs français, chinois, indiens, libanais et marocains. Petit à petit, le pays renoue avec son lustre d’antan. Les experts de la Banque mondiale, du Fonds Monétaire International ne tarissent pas d’éloges pour le gouvernement.

Ben Sylla

PORTRAIT

Jacques Servier, Dr Jekyll et Mr Hyde

              
Par figaro iconAnne Jouan - le 21/05/2013
 
                                                      
MARTIN BUREAU/AFP

 

 

Après avoir tourné court il y a un an pour des raisons de procédure, le premier procès pénal du Mediator reprend en début de semaine prochaine à Nanterre. Ici, Jacques Servier au tribunal de Nanterre en mai 2012.

PORTRAIT - Mardi débute à Nanterre le premier procès du Mediator, après un an de report. Un scandale où plane l'ombre du fondateur des laboratoires Servier, Jacques Servier, 91 ans.

«Vous connaîtriez le Dr Servier, vous verriez qu'il est comme un grand-père à qui l'on a envie de donner des petits gâteaux», lance la neurobiologiste Lucy Vincent, auteure de Comment devient-on amoureux? et porte-parole du laboratoire. Voilà pour le côté Dr Jekyll du personnage.

«On s'en fout du procès», lâchait la semaine dernière le pharmacien à BFMTV. Et voici le côté Mr Hyde. La formule, à la fois lapidaire et familière tranche avec l'image de vieux monsieur respectable, en costume et décoration à la boutonnière. Car il y a chez le Dr Servier, 91 ans, un côté Dr Jekyll et Mr Hyde.

Pour lui comme pour son entreprise, il y aura eu un avant et un après 2010. Un avant et un après Mediator. De ses débuts en 1947 où il employait neuf personnes à son ascension qui a fait de son laboratoire le deuxième groupe pharmaceutique français derrière le géant Sanofi avec 20.000 collaborateurs dans le monde, le parcours de ce docteur en pharmacie fut émaillé de succès. Du moins en termes entrepreuneriaux. Jamais cotée en bourse, l'entreprise qui revendique un chiffre d'affaires de 4 milliards d'euros en 2012 a connu en l'espace de 50 ans une réussite fulgurante. Parmi ses molécules les plus vendues, le grand public connaît le Daflon (contre les jambes lourdes), le Coversyl (contre l'hypertension artérielle), le Locabiotal (spray pour le mal de gorge), Stablon (antidépresseur), Diamicron (baisse de la glycémie), le Vastarel (vertiges et accouphènes), le Protelos (ostéoporose) bien sûr l'Isomeride (coupe-faim) et enfin, le Mediator.

Un «personnage atypique»

En juin 2000, un reportage particulièrement élogieux de France 3 Orléans évoque «un personnage atypique qui inspire toujours le respect et l'admiration». Puis en 2010, c'est le début de la descente aux enfers médiatique pour Jacques Servier et son entreprise avec ce qui va devenir «l'affaire du Mediator». Le «personnage atypique» de France 3, ancien président du Conseil de l'ordre des pharmaciens a désormais sa marionnette aux Guignols sur Canal+. Il y est raillé en apprenti-sorcier qui «sort le médicament et après (...) observe les effets sur les malades».

Après la publication en mai 2010 du livre d'une pneumologue brestoise, Irène Frachon, intitulé «Mediator combien de morts?», la machine s'emballe et rien ne pourra l'arrêter. La France découvre stupéfaite que le médicament antidiabétique de Servier aurait fait plus de 500 morts, un chiffre que le laboratoire conteste toujours. Les révélations sur l'histoire du médicament s'enchainent. Lors de ses voeux présentés début 2011 au personnel de son entreprise -la «Maison» comme l'appellent «les Servier»-, le patriarche s'en prend à la presse et prononce cette fameuse phrase: «Le Mediator, ce n'est que trois morts». La formule marque les esprits et reste dans l'opinion comme le symbole de l'indifférence du dirigeant vis-à-vis des victimes. Depuis, Jacques Servier a été mis en examen pour obtention indue d'autorisation, tromperie, escroquerie, blessures involontaires et homicides involontaires.

Avec le Mediator, ce n'est pourtant pas la première fois que Servier a maille à partir avec les effets secondaires de l'un de ses médicaments. En 1997, son coupe-faim vedette, l'Isoméride, est retiré du marché en raison du risque d'hypertension artérielle pulmonaire, une maladie grave pouvant nécessiter la greffe de poumons. Mais alors que les États-Unis ont organisé des class-action contre Wyeth qui commercialisait l'Isoméride outre-Atlantique pour Servier, en France, les actions en justice contre le laboratoire se comptent sur les doigts d'une main.

Lâché par la classe politique

Jacques Servier, c'est aussi une façon de s'adjoindre les bonnes grâces des puissants, fussent-ils mandarins, simples experts mais aussi les sociétés savantes comme la société française de cardiologie. Enfin, il y a ses relations avec les élus de la République. Avec l'éclatement de l'affaire Mediator, il est lâché par la classe politique de droite comme de gauche, celle-là même qui lui avait pourtant fait des oeillades pendant des décennies. La correspondance de Jacques Servier, que le vieux dirigeant archive précieusement, regorge de lettres de remerciements des uns et des autres pour ce que le patriarche a fait pour eux: le sponsoring du club de foot de Lourdes pour Philippe Douste-Blazy, le financement des campagnes électorales de Jean-Yves Chamard (à l'époque vice-président de la Commission des Affaires sociales de l'Assemblée et président du conseil de surveillance de la Caisse d'assurance maladie), un poste à l'Organisation mondiale de la santé pour un professeur de médecine connu, l'embauche de la femme d'un ex-ministre de la Santé, le financement d'études par un ex-expert de l'Agence du médicament, des achats de publicité dans un journal interne de Force Ouvrière, etc. Après chaque rencontre, chaque déjeuner, des fiches sur chacun des interlocuteurs de Jacques Servier sont soigneusement rédigées. Elles détaillent les soucis des uns, les ambitions des autres, leurs points faibles et leurs points forts, comme par exemple les relations tendues entre le ministre de la Santé Bernard Kouchner et Martine Aubry, sa ministre de tutelle, à la fin des années 90. «BK (Bernard Kouchner, NDLR) est un libéral qui s'ignore» ou encore «il serait judicieux de profiter de son actuel désarroi pour lui apporter des idées», sont quelques unes des annotations que l'on peut lire après un déjeuner de juillet 1998, entre celui qui est alors secrétaire d'État chargé de la Santé et le vieux dirigeant, annotations rédigées par l'un des bras droit de l'industriel. Ce dernier s'est également payé les services en tant que conseillers d'ex-ministres, ceux de Jean-Bernard Raimond, ancien du Quai-d'Orsay ou de l'ex-garde des Sceaux, Henri Nallet. Enfin, c'est à Nicolas Sarkozy que le pharmacien, à la fin des années 90, demande de l'aide pour monter une fondation de droit néerlandais. En décembre 2008, Nicolas Sarkozy devenu président de la République remet au pharmacien la Grand-Croix de la Légion d'Honneur, en faisant à cette occasion un discours vantant ses mérites. En 1985, François Mitterand l'avait fait chevalier .

Ces relations n'empêchent pas Servier de dénoncer sur le plateau d'Antenne 2 en 1982 les lourdeurs de l'administration française nuisibles, selon lui, à l'industrie du médicament: «Il y a une tendance constante à alourdir le carcan dirigiste et nous subissons depuis 40 ans, sous les gouvernements les plus variés -il y a du beau monde dans ces gouvernements-, le délire législatif, des lois qui changent sans cesse, des règlements qui s'accumulent et des chinoiseries administratives permanentes. Nous en étouffons».

Si Servier est pris dans la tempête depuis maintenant trois ans, son navire lui n'a jamais chaviré. Pas de licenciement, toujours des partenariats avec d'autres laboratoires ou des centres de recherche, leurs médicaments figurent en bonne place sur les rayonnages des pharmacies. Et comme il est difficile de faire de la publicité pour un nom qui figure souvent dans les rubriques «Justice» des médias que dans les pages «Médecine», on met en avant, dans des spots télévisés, la filiale Biogaran qui fabrique des génériques. Il y a un bien du Dr Jekyll et Mr Hyde chez Jacques Servier. Un côté pile, un côté face.

LA RÉDACTION VOUS CONSEILLE:

Mediator: de 220 décès à court terme à 1800 à long terme

Aucun rapport entre la pilule et le Mediator

Mediator: les experts au cœur des critiques

lundi, 20 mai 2013

SPORT

Toulon, la force de la différence

 

Par Arnaud Coudry, 20-05-2013

RC Toulon H Cup

- FRANCK FIFE/AFP

 

Le Rugby Club Toulonnais a décroché, samedi à Dublin, la première coupe d’Europe de son histoire contre Clermont. La réussite fulgurante d’un modèle à part dans l’ovalie.

Toulon défie les lois du rugby. Mourad Boudjellal, l’impétueux président qui a relancé le club varois, ne fait rien comme les autres. Forcément, cela a déteint sur son équipe qui ne ressemble à aucune autre. Et qui se joue des modèles établis. Le RCT a décroché, samedi à Dublin contre Clermont, la première coupe d’Europe de son histoire pour sa deuxième participation à la prestigieuse compétition continentale. Ascension fulgurante pour un club qui était encore en Pro D2 il y a seulement cinq ans…

Sur la pelouse de l’Aviva Stadium, les joueurs de Bernard Laporte ont également tordu le cou aux statistiques. Leur défense de fer a fini par prendre le dessus sur les assauts auvergnats. Arc-boutés, ils ont encaissé deux essais en début de deuxième mi-temps, n’en ont inscrit qu’un - en contre - par Delon Armitage. Les Clermontois ont fait le jeu (68% de possession de balle, 75% d’occupation du terrain) mais ont fini par s’écrouler, encore une fois.

La force des Toulonnais, qui ont effectué 176 plaquages contre 66 à leurs adversaires (!), aura été d’y croire jusqu’au bout, de plier sans jamais rompre. «Je ne sais pas comment on a fait pour gagner, je n’ai pas vraiment d’explication, avance Frédéric Michalak après avoir décroché une 4e couronne européenne. On est allé la chercher avec le cœur. Sur le match, on ne mérite peut-être pas de gagner, mais on n’a rien lâché. Clermont aurait dû tuer le match, ils ne l’ont pas fait, on a joué sur leurs fautes

La discipline - credo de Laporte depuis des années - des Rouge et Noir a été sans faille, notamment dans les derniers instants du match où les Jaunards pilonnaient leur rideau défensif. «On ne s’est pas affolé, on a été discipliné. C’est le cœur, l’envie qui a fait la différence», acquiesce le talonneur Sébastien Bruno.

Le RCT, caricaturé par beaucoup comme une phalange de mercenaires, une simple constellation de «Galactiques», s’épanouit quand l’adversité est exacerbée. À contre-courant. Seule contre tous. Une différence qui fait sa force. Laporte, après le match, a tenu à asséner : «Ces joueurs ont été critiqués avec des noms désagréables, désobligeants. Ils ont remis les pendules à l’heure.» Et d’enfoncer le clou : «Certaines phrases lâchées avant le match par les Montferrandais, comme quoi ils ne fêteraient pas leur victoire, nous ont aidés dans notre préparation. Avant de penser à faire la fête, il faut gagner les matches. On s’est même demandé s’il fallait qu’on vienne…»

Une machine à broyer
Boudjellal a offert à Laporte ce qu’il voulait : un pack de mammouth, dur à l’extrême, et un buteur de classe mondiale, sans équivalent sur la planète ovale, Jonny Wilkinson. Méthode payante. L’ouvreur anglais, juste avant ses 34 ans, décroche son premier titre européen. Véritable catalyseur du groupe. Quand le RCT s’est retrouvé mené 15-6 à la 50e minute, beaucoup ont cru que la messe était dite. Mathieu Bastareaud, élu homme du match, raconte que l’Anglais a réuni ses troupes sous les poteaux : «Jonny a pris la parole. Il était très calme, ça nous a remis la tête à l’endroit. Je me suis dit : "C’est possible". J’ai regardé autour de moi, j’ai vu les joueurs qu’on avait : des champions du monde, des mecs qui ont l’expérience de ce genre de situation… Je me suis dit : "Mets-toi dans leur roue et suis-les".»

La machine à broyer vient de glaner un premier titre depuis 1992. Et l’ogre varois, encore en lice pour le doublé H Cup-Top 14, ne compte pas en rester là. L’appétit vient en mangeant. Après l’entrée, un gros plat de résistance s'annonce, avec le remake de la dernière finale du championnat contre le Stade Toulousain, vendredi à Nantes, en demi-finales du Top 14. Boudjellal a beau déclarer que sa «saison est terminée. Les Toulousains peuvent venir en claquettes, je m’en fous…», il ne dupe personne. Dimanche, il a présenté la coupe d’Europe au peuple toulonnais alors que son équipe est restée en stage en Irlande. Sûrement pas pour s’encanailler à Temple Bar…

A lire aussi