mercredi, 25 novembre 2009

Des membres de la commission d'enquête de l'ONU attendus à Conakry

Article publié le : mercredi 25 novembre 2009

Mohamed Bedjaoui (G) et Pramila Patten (D), deux des trois membres de la commission d'enquête de l'ONU.
africa4womensrights.org / RFI / montage



Par RFI

Trois membres de la commission d’enquête de l’ONU sont attendus mercredi à Conakry. Ils doivent y rester jusqu’au 4 décembre, en fin de semaine prochaine, afin d’enquêter sur le massacre du 28 septembre dans un stade de la capitale guinéenne.

 

L’Algérien Mohamed Bedjaoui, la Burundaise Françoise Ngendahayo Kayiramirwa, et la Mauricienne Pramila Patten doivent se poser mercredi à Conakry, avec la difficile tâche d’enquêter sur des faits qui mettent directement en cause la junte.

 

Les témoins de ce massacre en plein stade sont nombreux. Et ils sont beaucoup à raconter comment les éléments de la garde présidentielle, les bérets rouges, ont ouvert le feu à bout portant sur les manifestants. D’après des témoins et des victimes, ces mêmes bérets rouges ont violé des femmes, mutilé certaines d’entre elles en introduisant des armes dans leur sexe, éventré des sympathisants de l’opposition à la baïonnette.

 

Ces faits sont établis. Reste à fixer les responsabilités précises dans ce qui s’est passé. Quels sont les corps des forces de sécurité qui ont effectivement été mêlés à l’horreur ? Quel rôle ont joué les hauts responsables de la junte qui étaient présents dans le stade et à ses abords ? Questions centrales, enfin : le chef de la junte, Moussa Dadis Camara, avait-il donné ce jour-là des instructions ? Si oui, lesquelles ?

 

La commission doit rester à Conakry jusqu’au 4 décembre. Le secrétaire général de l’ONU dit avoir reçu l’engagement écrit du chef de la junte, Moussa Dadis Camara, et du Premier ministre, Kabiné Komara, que les autorités guinéennes coopéreraient et faciliteraient son travail.


Les contre-propositions de la junte au médiateur

Au moment où les Forces vives quittent Ouagadougou, c’est la délégation du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, la junte) qui revient avec ses observations et contre-propositions.

Dans le texte qui va être remis au médiateur, on peut retenir deux points essentiels : le choix du Premier ministre qui ne doit pas être laissé à l’opposition comme le préconise Blaise Compaoré. Cela devrait être un choix consensuel, estime la junte. Et alors que le médiateur propose que tout candidat à l’élection présidentielle démissionne quatre mois avant le scrutin, le CNDD estime que ce délai est trop long et penche pour soixante jours, soit deux mois.

Pour le reste, notamment l’autorité des transitions, la question de la candidature du capitaine Moussa Dadis Camara, la junte épouse les idées du président burkinabé, mais elle reste décidée à éliminer de la course par tous les moyens les leaders de l’opposition.

Pour Chérif Idrissa, ministre de la Communication à la présidence : « On verra qui est apte à être candidat et qui n’est pas apte à être candidat. Il y a le problème de l’âge. Qui va juger les gens, ceux qui ont détourné des milliards, qui ont acheté des centaines de biens en Europe, des personnes qui ne peuvent pas gérer ce pays, qu’on ne va pas accepter. Et le peuple n’acceptera pas. De toute manière, je pense qu’ils n’ont pas la légitimité de demander que le président Dadis parte. Ce n’est pas à eux de dire ou d’affirmer que tel doit être candidat ou que tel ne doit pas être candidat. Ce sont les textes qui le diront » ajoute Chérif Idrissa.

Les Forces vives, elles, demandent la dissolution du CNDD, le départ du chef de la junte et sa non-candidature à la présidentielle.

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RD CONGO : Un rapport qui dérange

Article publié le : mercredi 25 novembre 2009

Opération militaire à Mboko dans le Sud-Kivu le 10 novembre 2009.
AFP/Adia Tshipuku


Par RFI

Dans un rapport confidentiel dont RFI a obtenu une copie, des enquêteurs des Nations unies révèlent le fiasco des opérations militaires menés contre les rebelles hutus dans l’est de la République démocratique du Congo. Des vérités qui dérangent dans un contexte politique tendu. Le Conseil de sécurité de l'ONU doit évoquer ce mercredi l'embargo sur les armes en RDC.

Il est parfois plus facile de manoeuvrer sur les collines des Kivus qu'au siège des Nations unies. C'est en substance ce que doivent se dire les enquêteurs de l'ONU chargés de surveiller l’embargo sur les armes à destination de la République démocratique du Congo.

Dans leur rapport, ces experts indiquent que les opérations militaires menés contre les Forces démocratiques de libération du Rwanda (FDLR) dans le Nord et le Sud-Kivu n'ont pas permis de démanteler la rébellion hutue. Bien au contraire. Pour se venger, les rebelles ont multiplié ces derniers mois les crimes contre les populations de l'Est congolais.

Premier pays à être monté au front contre le contenu de leur dernier rapport : l'Ouganda. Kampala siège en ce moment au Conseil de sécurité et n'apprécie pas du tout d'être désigné comme l'un des hauts lieux de transit de l'or exploité illégalement par les FDLR dans l'est de la RDC.

La Chine

Selon nos informations, la Chine, qui est notamment pointée du doigt pour des ventes d'armes à Kinshasa, a également tout fait pour retarder la publication du rapport. Manoeuvre dilatoire à peine voilée, Pékin a demandé à ce que le document soit traduit dans les quatre langues des membres permanents du Conseil avant d'être étudié.

Les puissances occidentales

Le rapport gêne également la France, les Etats-Unis, la Russie et la Grande-Bretagne. Par exemple, Paris n'a jusque-là jamais voulu transmettre aux enquêteurs la moindre information sur les FDLR vivant en France, Washington bloque toujours lorsqu'il s'agit de coopérer sur les comptes bancaires américains du CNDP et Londres accepte mal de voir des hommes d'affaires britanniques impliqués dans des trafics de minerais publiquement indexés.

Pour se consoler, les experts de l'ONU peuvent au moins se dire qu'une de leurs recommandations a été prise en compte : l'arrestation la semaine passée en Allemagne d'Ignace Murwanashyaka et de Straton Musoni, les deux leaders des FDLR. Leur enquête n'a peut être pas servi à rien.

Les grandes lignes du rapport

Les combattants FDLR ne sont présents que dans les Kivus mais ils disposent en revanche de connexions internationales.

D'après les enquêteurs des Nations unies, ils ont pu s'approvisionner en armes et en munitions grâce à des contacts avec des officiers de l'armée congolaise mais surtout ils bénéficient d'appuis très hauts placés au Burundi et en Tanzanie. Le Burundi leur sert de base arrière et leur permet avec l'Ouganda de faire transiter sans difficulté l'or qu'ils exploitent dans les Kivu.

Concernant le rôle des leaders en exil des FDLR récemment arrêtés, le panel démontre qu'Ignace Murwanashyaka et Straton Musoni sont impliqués dans des transferts d'armes et le blanchiment d'argent issus des ventes illégales de minerais. Les deux hommes prenaient dans les faits toutes les décisions importantes du mouvement, y compris les plus funestes.

Toujours sur la situation dans l'Est de la RDC, les enquêteurs de l'ONU estiment que l'intégration du CNDP dans l'armée n'est pas encore effective. L'ex-rébellion continue de prélever des taxes et conserve des caches d'armes. Pourtant, son nouveau chef, Bosco Ntaganda, est dans les faits le commandant en second de l'opération anti-FDLR au Sud-Kivu.

Enfin, concernant le réchauffement des relations diplomatiques entre Kigali et Kinshasa, les experts démontrent qu'il s'agit en fait davantage d'une collusion pour des intérêts économiques.

DIALOGUE INTERGUINEEN : La médiation vue par la presse Conakry

mercredi 25 novembre 2009

La semaine aura été laborieuse. Les journaux, les sites internet, les radios privées de la Guinée se sont largement fait écho de la médiation du président Blaise Compaoré. Petite revue de presse depuis Conakry où les journaux et les sites d’information ne sont pas tendres envers le médiateur Blaise Compaoré depuis qu’il a remis ses propositions.

 

Dans sa livraison numéro 919 du 23 novembre 2009, l’hebdomadaire satirique "Le Lynx" titre "Les Forces vives de la Nation récusent la première proposition de Compadré de Faso : un Ouagadégoût".

 

Evoquant la proposition de sortie de crise du président Blaise Compaoré, le satirique "Le Lynx" indique qu’en termes clairs les propositions du médiateur prévoient trois scénarii. "Dans le scénario 1 : El Dadis continuera d’occuper son fauteuil qu’il occupe depuis le 23 décembre 2008, avec à la clé, toutes les cartes de la transition en main contrairement à la volonté des Forces vives de la Nation qui exigent son départ avec le CNDD et la mise en place d’un organe de transition (peu importe la dénomination que cet organe doit prendre)". Dans le scénario 2 : "El Dadis est chargé de former le gouvernement de transition qu’il va présider contrairement aux voeux des Forces vives de la Nation qui demandaient que la transition soit pilotée par une personne neutre". Dans le scénario 3 explique "Le Lynx" : " Le Compadré (sic) du Faso estime qu’El Dadis peut être candidat à la prochaine présidentielle à condition qu’il ôte la tenue et revienne au régime civil. Là, il gagnerait doublement parce qu’il est candidat à l’élection que lui-même est chargé d’organiser en tant que président du gouvernement de la transition. Trois scénarii dans lesquels El Dadis est favorisé sur toute la ligne" soutient le satirique du lundi.

 

Qui ajoute que "Le plan de sortie de crise est en déphasage systématique avec les propositions des Forces vives de la Nation qui ont rejeté le plan du médiateur qu’elles estiment n’avoir pris en compte que le projet de sortie de crise que lui a proposé la délégation de la junte. Au sortir de la réunion, les Forces vives de la Nation ont rendu publique une déclaration dans laquelle elles rejettent en bloc les propositions du médiateur" dévoile "Le Lynx" qui conclut que "les préoccupations fondamentales des populations guinéennes exprimées par le Forum des Forces vives dans le mémorandum remis au Facilitateur, pour une transition apaisée en République de Guinée, n’ont pas été prises en compte par le Compadré du Faso".

 

Un dialogue de sourds

Le site d’information "guineeconakry.info" dans son éditorial indique que "le dialogue de sourds semble avoir atteint son paroxysme en Guinée. L’opposition rassemblée au sein des Forces vives vient de balayer d’un revers de main les propositions de sortie de crise formulées par le médiateur Blaise Compaoré". Le site d’information "aminata.com", lui, annonce, pour sa part que "à Conakry, dès l’annonce de cette nouvelle sur l’ensemble des propositions faites par le président Compaoré, il a commencé à régner une atmosphère d’inquiétude. Le trop profond calme n’a rassuré personne surtout avec l’approche du 22 novembre, une autre date historique pour la Guinée, car on sait que dans ce pays, l’histoire a beaucoup trop tendance à se faire dans une autre histoire. C’est le cas désormais du 28 septembre". Pour "aminata.com", "tous ces compromis bidons n’indiquent qu’une chose : la complicité du facilitateur avec la junte au pouvoir. Sinon, le médiateur aurait dû lui-même se rendre à l’évidence qu’il s’agit là de concessions que les Forces vives ne pourront jamais faire".

 

Et ce n’est pas tout, le site "guinenews.com", plus que amer soutient mordicus que "les deals (gagnant-gagnant) entre Dadis et Compaoré ne sont pas postérieurs à la barbarie sauvage du 28 septembre. Et Compaoré ne semble pas prêt à sacrifier ses intérêts pour la pauvre Guinée. Ainsi, pour rapidement réussir sa facilitation de légitimation de Dadis Camara et l’officialisation de sa candidature prochaine, Blaise Compaoré annonce aux Forces vives composées des dizaines de partis politiques, quatre centrales syndicales et des mouvements de la société civile qu’elles ne pourront se faire représenter que par douze personnes comme la junte. Evidemment, si la junte, son gouvernement et ses mouvements de soutien n’ont qu’un seul leader (Dadis Camara) par lequel tout le monde jure, les Forces vives, elles, sont formées d’hommes et de femmes qui se connaissent à peine et dont le principal point de convergence est l’hostilité du pouvoir sanguinaire et déshonorant du CNDD".

 

La tuerie du 28 septembre royalement ignorée

Le site "kibarou.com" estime que "c’est pour dénoncer la candidature du président Dadis à la prochaine présidentielle que des milliers de Guinéens se sont rassemblés le 28 septembre au stade du même nom. Lors de cette manifestation, près de 200 personnes ont été tuées par les bérets rouges de la garde présidentielle, plus de mille autres blessées ou handicapées à vie, des centaines de femmes violées avec une cruauté des plus bestiales et inhumaines".

 

"kibarou.com" ajoute que "ce point qui est à la base des tueries a été royalement et superbement rejeté par le médiateur. Il est pourtant une exigence fondamentale des Forces vives et du groupe international de contact qui avait été constitué pour la Guinée au lendemain du 23 décembre dernier. Parce que, pour avoir le soutien populaire qui a été le sien dès la prise du pouvoir, le chef de la junte, sans aucune contrainte, avait annoncé qu’il ne serait pas candidat aux élections présidentielles qui devaient sanctionner la transition", renchérit "kibarou.com" qui ajoute que "même si par principe la CEDEAO avait exclu la Guinée de ses instances dès la prise du pouvoir, à cause de la promesse de Dadis, aucune autre sanction n’était venue frapper le pays. Les autres sanctions (embargo sur les armes, restrictions de voyage et gel des avoirs) ne sont venues que plus tard que parce que le chef de la junte a refusé de renoncer par écrit à sa candidature. La CEDEAO, l’Union africaine et l’Union européenne ont donc sanctionné la Guinée parce que le chef de la junte n’a pas voulu renoncer par écrit à sa candidature".

 

"kibarou.com" évoque le dossier du "Terminal à conteneurs du port de Conakry", soutient que "l’on peut se demander qu’est-ce qui a poussé le président burkinabè à trancher en faveur du CNDD quitte à ternir son image de bon facilitateur. La réponse est très simple : une question d’intérêts pécuniaires portant sur la mise en concession du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry (PAC)."

 

Pour la petite histoire, "kibarou. com" rappelle que "le gouvernement Souaré avait, courant 2008, attribué de la manière la plus scandaleuse qui soit la gestion du terminal à conteneurs (avec suppression de 1 700 emplois) du Port autonome de Conakry à Getma-International qui n’était pas dans les normes pour bénéficier d’un tel marché. Malgré la levée de bouclier tant au niveau de la presse qu’à celui des intervenants du secteur portuaire, le gouvernement Souaré a fait la sourde oreille et a confirmé l’adjudication à Getma-International lors de son conseil ordinaire des ministres du jeudi 11 décembre 2008.

 

Le 23 décembre 2008, le CNDD prend le pouvoir et classe l’affaire du terminal à conteneurs au compte des scandales qu’il compte auditer. Mieux, une décision signée du chef de la junte suspendra l’application la convention". Et ce n’est pas tout. "kibarou.com" dévoile que "en janvier 2009, Blaise Compaoré effectue sa première visite en Guinée après l’avènement du CNDD. La junte, à l’époque avait besoin de reconnaissance africaine et internationale. Il voyait ainsi en Blaise Compaoré le sésame qui devait lui ouvrir les portes du monde. Ce dernier fait des promesses fermes mais pose un problème, la décision de suspendre la convention avec Getma-International" au compte des scandales qu’il compte auditer. Mieux, une décision signée du chef de la junte suspendra l’application de la convention ».

 

Ça sent le deal

Pour "kibarou.com", « L’argumentaire de Compaoré est simple : Richard Talbot, patron de Getma-International, est à la tête d’un lobby français très puissant qui pourrait avec son appui ouvrir le monde aux putschistes. En réalité, Blaise Compaoré et Richard Talbot sont en affaires depuis de longues années et leurs intérêts coïncident. Dans la foulée, le président burkinabè promet au capitaine Dadis le soutien des chefs d’Etat de la sous-région dont il dit exercer une influence non négligeable. Moussa Dadis Camara accepte le deal. Discrètement, le 9 avril 2009, après deux visites successives en Guinée du patron de la garde présidentielle de Compaoré, le colonel-major Gilbert Djenguéré, le capitaine Moussa Dadis Camara signe le décret n°074/PRG/CNDD/ SGPRG/2009 portant levée de la suspension de l’application de la convention relative à la construction du terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry et de toutes procédures judiciaires y afférentes. Et « à partir du 27 avril 2009, le terminal à conteneurs du Port autonome de Conakry est mis à la disposition de l’adjudicateur de ladite convention, à savoir Getma-International représenté par STCC du groupe NECOTRANS », comme le confirme le courrier du directeur général du Port autonome de Conakry adressé à l’Administrateur unique du Conakry Terminal Services (CTS), Groupement d’intérêt économique (GIE), portant application du décret du 9 avril. Et toc, le tour est joué".

 

En guise de conclusion, « Le Comité d’audit et de surveillance des secteurs stratégiques de l’économie, qui avait cité ce dossier parmi ses priorités, est pris de court. Interrogé par la presse, un de ses vice-présidents, maître Jean Alfred Mathos, gêné, laissera entendre que la convention est reprise mais la procédure d’attribution du marché sera auditée. Comment peut-on dénoncer la procédure d’attribution d’un marché et l’accepter quand même ? D’ailleurs aucun audit ne sera fait par la suite. Le terminal à conteneurs pour Blaise Compaoré et ses amis, c’est plus d’une centaine de millions d’euros par an. Pour ça, on peut bien soutenir Moussa Dadis Camara, sans compter que ce pays recèle d’autres richesses qui intéressent Blaise et ses amis. Blaise Compaoré, dans ces circonstances, ne pouvait que faire le jeu de Moussa Dadis Camara par reconnaissance et pour ne pas perdre un juteux marché. (...). Dans les quartiers de Conakry, les commentaires ne manquent pas pour juger les travaux de Ouagadougou. Toute une légende. Chacun y va de son latin pour magnifier ou pourfendre la médiation. C’est cela aussi la Guinée.

Par Bouba DIALLO (Conakry)

Le Pays

PRESSE ET PRESIDENTIELLE IVOIRIENNES : Laissez dormir les démons

mercredi 25 novembre 2009

Alors que tout le monde a les yeux rivés sur les derniers réglages en cours en Côte d’Ivoire qui devraient permettre enfin la tenue de cette présidentielle tant attendue, résonnent des propos de presse qui pourraient à tout le moins ramer à contre-courant et au plus susciter des réactions imprévisibles dans un pays qui, en la matière, en a vu des vertes et des pas mûres. Nul ne peut raisonnablement reprocher au quotidien ivoirien « Notre Voie » d’être proche du régime en place, ni même sa ligne éditoriale. Mais les propos tenus par cet organe de presse, tout récemment, ne sont pas de ceux qui apaisent et appellent à la paix des cœurs. Et pourtant, comme la Côte d’Ivoire en aurait besoin par les temps qui courent !

« Alassane Ouattara, écrit le quotidien (…), doit sa présence sur la liste de départ à la magnanimité, à l’esprit de paix et d’ouverture du président de la République, Laurent Gbagbo (…) Parce qu’à la vérité, assène-t-il, Alassane Ouattara continue de traîner la question de sa nationalité comme un boulet. » Si l’esprit de tels propos n’est pas va-t-en guerre, ça y ressemble fort. Mais là se pose un problème, car le quotidien, à la limite, usurpe la place et les prérogatives de la Cour constitutionnelle. Car, après tout, c’est bien elle qui décide qui peut être candidat à la présidentielle ivoirienne et qui ne le peut pas. Et elle l’a fait, et bien fait. Pourquoi vouloir faire remonter la candidature de ADO à une quelconque « magnanimité » de Laurent Gbagbo, et celle de Bédié à l’accord de Linas Marcoussis ?

Et pourtant, au regard des années de guerre que la Côte d’Ivoire a connues, on avait légitimement pensé que les hommes de médias, eux aussi, sauraient faire désormais dans la prudente mesure en s’appliquant à exercer, avec intelligence et sérieux, leur devoir d’état. De toute évidence, ce ne sera pas là, la résolution de tout le monde. Et c’est plus que regrettable. Car des propos du genre ne peuvent manquer de présenter plusieurs hypothèses, toutes aussi néfastes les unes que les autres. Il se peut qu’ils aient pour visée finale de déstabiliser des candidats à l’orée de la tenue de l’élection présidentielle : atteints dans leur légitimité, les hommes visés, s’ils n’ont pas la consistance mentale qui sied pour affronter de pareils vents contraires, cèdent à l’énervement, s’agitent et inéluctablement, perdent pied et partant, le scrutin même avant l’heure.

Mais il se peut aussi que de pareils propos tenus maintenant aient pour but ultime de prospecter déjà l’après élection. A supposer que l’un des candidats mis à l’index aujourd’hui sorte demain vainqueur de la présidentielle ivoirienne, les esprits seront suffisamment préparés pour se rappeler que l’heureux élu était « mal aligné » au départ de la course. Et la sanction tomberait d’elle-même, immédiate et brutale à l’image d’un funeste couperet. Et pourtant. A supposer qu’il faille « s’occuper du cas » des différents candidats en lice pour la présidentielle à venir, la vraie question qui vaille devrait être de savoir ce que les uns et les autres proposent comme projet de société, ce qu’ils recèlent en eux-mêmes comme un « plus » par rapport aux autres candidats et qui aura la particularité de faire d’eux des hommes ou des femmes qui méritent de présider aux destinées de l’ensemble des Ivoiriens. Le quotidien ivoirien, préfère, lui, se livrer à autre chose.

Ce faisant, l’organe de presse fouille décidément dans des poubelles et déterre volontiers de la pourriture. Un jeu décidément plus que dangereux, au regard de toutes les turbulences dont la Côte d’Ivoire a été victime et au cours desquelles certains médias ivoiriens n’auront pas vraiment joué un bon rôle. A défaut de se battre la coulpe, ils seraient bien inspirés de tirer leçon du passé, pour permettre à un avenir serein de se construire. Car on n’est même pas en mesure de classer les affirmations de « Notre Voie » dans le registre des propos de campagnes qui, bien malheureusement sur le continent, se font l’obligation d’exceller dans l’indécence, la méchanceté ainsi que l’inutile provocation. La date du scrutin étant officiellement inconnue, la campagne n’est pas encore ouverte. Alors ? Quel est le dessein inavoué de telles « attaques » ? Et on se pose alors l’inévitable interrogation : si le débat est à l’acrimonie avant même la campagne électorale, qu’en sera-t-il lorsqu’elle sera effectivement ouverte ?

« Notre Voie » est, et c’est un secret de polichinelle, un organe proche du pouvoir présidentiel. C’est son droit le plus absolu. Il faut espérer cependant que l’esprit qui transpire de la lettre de ses propos ne soit pas celui du camp de Gbagbo. Ou qu’il ne le contamine pas. Par ailleurs, le président Gbagbo a aujourd’hui, en tant que chef de l’Etat ivoirien, obligation de s’employer à faire appliquer la stricte observance du code de déontologie qui existe et régit les médias. Ce faisant, il permettrait de calmer le jeu et empêcherait que l’on jette de l’huile sur le feu. On n’a pas besoin, dans la Côte d’Ivoire actuelle, de ressusciter de vieux démons qui, au demeurant n’étaient pas vraiment bien morts. Car ils risqueraient de se livrer à un bal du diable bien macabre. Il vaut sans doute mieux résolument se tourner vers le futur, et ausculter un avenir qui peut être plein d’optimisme et de promesses si tel est le désir de l’ensemble des Ivoiriens.

Reste à souhaiter que les médias proches d’ADO et de Bédié ne cèdent pas, eux aussi, à l’idée de la réplique vengeresse et facile. Sinon, se déclenchera illico presto, la guerre des médias qui, généralement précède de peu, celle de leurs concepteurs, protecteurs et mentors et qui débouche sur autre chose qu’un débat d’idées saines, prometteuses et constructives. Car, il faut le dire, c’est bien de cela dont a besoin aujourd’hui la Côte d’Ivoire. Pour le reste, il faudrait avoir le courage de faire l’impasse, tant il est vrai que l’existence souvent impose l’oubli pour permettre la vie. A un pays qui a souffert les affres que ce pays a endurées, il n’est pas sain de regarder en arrière. La sagesse commande d’envisager sereinement le futur. Et celui-ci commence sans doute par la présidentielle qui s’annonce.

"Le Pays"

Sidya Touré : « Nous nous sommes bien compris maintenant avec Blaise Compaoré »

mercredi 25 novembre 2009

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Sidya Touré

Directeur de cabinet du Premier ministre de la Côte d’Ivoire, Alassane Dramane Ouattara, de 1990 à 1993, Premier ministre de la république de Guinée de 1996 à 1999, Sidya Touré est aujourd’hui président de l’Union des forces républicaines (UFR). C’est aussi un des chefs de file du Forum des Forces vives de Guinée. Dans le cadre des pourparlers interguinéens qui se déroulent actuellement à Ouagadougou, Fasozine.com a rencontré cet homme politique.

Fasozine.com : L’un des points de discorde entre les Forces vives et le président Dadis c’est son revirement au sujet de sa candidature à l’élection présidentielle dans votre pays, la Guinée. Avez-vous la certitude que ce dernier va vraiment se présenter ?

Sidya Touré : Lorsqu’on ne veut pas se présenter à une élection présidentielle on n’a pas besoin de réprimer des personnes qui se réunissent dans un stade pour juste lire une déclaration dans laquelle elles disent ne pas souhaiter que le président de la junte se présente à l’élection présidentielle en Guinée. Si rester au pouvoir ne l’intéressait pas, je ne comprends pas pourquoi il aurait agi de la sorte. Le président de la junte avait passé la semaine d’avant à faire campagne à l’intérieur du pays. Le fait que d’autres Guinéens se réunissent à l’appel des Forces vives ne méritait pas une réaction aussi disproportionnée.

On reproche aux leaders des Forces vives de s’être entêtés pour tenir la rencontre à l’intérieur du stade du 28 septembre

Le 28 septembre représente en Guinée le jour du vote pour le « non » au referendum. La date qui est chômée et payée, c’est le 2 octobre, la date de l’indépendance. Lorsque vous devez organiser une manifestation, la loi guinéenne ne demande pas une autorisation. Vous écrivez juste aux autorités locales pour les informer que vous avez une manifestation. Jusqu’à ce jour, cette loi n’a pas changée. Il y a juste eu un ministre qui nous a dit que cette marche était interdite. Ce qui est difficile à comprendre, c’est qu’à une dizaine de mètres de là, il y avait une manifestation du CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, NDLR). Personne n’est allée disperser cette manifestation, battre les militants ou violer des femmes.

Le maire de Dixinne à qui vous avez adressé une lettre vous aurait dit que le stade ne relève pas de ses compétences et qu’il n’était pas en mesure d’assurer votre sécurité...

Comment pouvez-vous comprendre le fait que dans un pays, toutes les autorités vous disent qu’elles ne sont pas en mesure d’assurer votre sécurité ? A quoi sert-il d’avoir des autorités alors ? La manifestation du 28 septembre était une marche pacifique. Les participants sont venus les mains nues, en chantant, en criant leur joie. Ils avaient en main des écriteaux et rien de dangereux.. Ce qui a dérangé le pouvoir, c’est le fait que la manifestation ait eu autant de succès.

D’aucuns soutiennent que vos militants ont saccagé deux commissariats de police dans lequel ils auraient aussi pris des armes...

C’est de la science-fiction. Depuis les évènements de 2008, où les mêmes militaires ont attaqué les commissariats, il n’y a plus d’armes dans ces services de police à Conakry. Le principal commissariat qu’on accuse les manifestants d’avoir attaqué est juste à quelques pas de chez moi. Il n’a pas été attaqué. Vous savez vous-même qu’il n’y a pas de fusil d’assaut dans les commissariats. Nous allons chercher ces fusils pour en faire quoi ? Je n’ai vu aucun policier et aucun militaire mort suite à ces manifestations. Ce sont les soldats eux-mêmes qui ont attaqué ce commissariat, lorsqu’ils revenaient du stade. Toutes ces thèses montrent le peu de sérieux de ceux qui soutiennent cette thèse que vous développez.

Qu’est ce qui a expliqué le rejet en bloc par les Forces vives, du document de synthèse du Facilitateur Blaise Compaoré ?

C’est une attitude que nous avons adoptée par rapport à un document qui occulte une bonne partie de nos préoccupations en rapport avec la transition qui va être mise en place dans notre pays. Cette demande portait sur la dissolution du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et aussi sur l’interdiction du président Moussa Dadis Camara à se présenter à l’élection présidentielle en Guinée. Ces revendications, du reste soutenues par la communauté internationale, n’ayant pas été prises en compte dans le document que nous avons reçu du facilitateur, nous avons donc exprimé notre désaccord sur le contenu. Nos compatriotes ont été éprouvés par les évènements du 28 septembre, ils attendent de nous que nous leur apportons des solutions qui conduiront le pays vers la paix. Ce n’est pas une affaire personnelle, il s’agit de chercher à savoir si les Guinéens méritent la paix. S’il faut que quelques personnes sacrifient leur carrière pour le retour de cette paix, je ne vois pas de raison que cela ne se fasse pas.

Roger Niouga Sawadogo

Fasozine

La présidentielle ivoirienne de report en report

25/11/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Pascal Airault


Le processus de succession de Laurent Gbagbo ne cesse d'être ajourné, depuis 2005.Le processus de succession de Laurent Gbagbo ne cesse d'être ajourné, depuis 2005.© AFP

 

Même Ban Ki-moon s'y met et réclame la tenue rapide de la présidentielle. Qui pourrait se tenir à la mi-février. Ou début mars.

 

 

Le secrétaire général des Nations Unies, Ban Ki-moon, a appelé le 24 novembre les autorités ivoiriennes à fixer le plus tôt possible une nouvelle date pour l'élection présidentielle. Les Etats-Unis se sont, pour leur part, déclarés déçus de ce nouveau report alors que le mandat du président Laurent Gbagbo est théoriquement achevé depuis 2005.

 

Initialement prévu le 29 novembre, le scrutin ne pourra avoir lieu à cette date en raison des nombreux retards enregistrés dans sa préparation. L’Onu se félicite toutefois de la publication de la liste électorale provisoire par la Commission électorale indépendante ivoirienne (CEI), le 23 novembre 2009. Sur le terrain, l’affichage de cette liste a débuté et les équipes de la CEI enregistrent actuellement les réclamations. La période du contentieux électoral doit s’achever le 31 décembre.

 

La CEI publiera ensuite la liste définitive. Puis suivront la distribution des cartes d’électeurs et le lancement de la campagne officielle. Selon nos informations, le premier tour ne devrait pas avoir lieu avant la mi-février. Mais certains évoquent déjà le mois de mars. La date du scrutin pourrait être annoncée, le 3 décembre, à l’issue de la réunion du Cadre politique de concertations (CPC) à Ouagadougou qui rassemble le président Laurent Gbagbo, le Premier ministre Guillaume Soro, et les deux leaders de l’opposition, Alassane Dramane Ouattara et Henri Konan Bédié. Ces derniers revoient actuellement leur stratégie dans l’attente de la bataille finale.

 

Du côté présidentiel, le Front populaire ivoirien (FPI) réclame le désarmement des ex-rebelles avant la tenue du scrutin. « On ne peut pas organiser des élections libres, démocratiques, transparentes et crédibles si la sécurité n'est pas rétablie sur l'ensemble du territoire », justifie son président, Pascal Affi N'Guessan. Selon le dernier sondage TNS-Sofres, réalisée pour le compte de Laurent Gbagbo, le président sortant obtiendrait 45 % des voix au premier tour contre respectivement 29 % et 26 % aux candidats Bédié et Ouattara.

La junte menace d'exclure les anciens Premiers ministres de la présidentielle

25/11/2009 | AFP


Le capitaine Moussa Dadis Camara, le 2 octobre 2009 à ConakryLe capitaine Moussa Dadis Camara, le 2 octobre 2009 à Conakry© AFP

 

 

Le porte-parole de la junte a menacé d'exclure les anciens Premiers ministres de Guinée de l'élection présidentielle à Ouagadougou. Ils sont responsables, selon lui, d'avoir "pillé" le pays.

 

Le porte-parole de la junte au pouvoir en Guinée a menacé mercredi à Ouagadougou d'exclure les anciens Premiers ministres de l'élection présidentielle, théoriquement prévue le 31 janvier, les accusant d'avoir "pillé" ou "bradé" le pays.

 

"Tous ceux qui ont géré le pays, qui ont "goûté" au poste de Premier ministre ne peuvent être candidats (à l'élection présidentielle) en Guinée", a déclaré à l'AFP, Idrissa Chérif, le ministre en charge de la Communication du chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara.

Gens "pas propres"

 

"Le pays a été pillé, bradé par ces gens-là, on ne peut pas accepter ça. Ces personnes sont "poursuivables" sur le territoire guinéen parce qu'ayant géré et dilapidé les fonds publics", a-t-il insisté.

 

"C'est la nouvelle Constitution que nous allons mettre en place qui dira qui peut être candidat (et) qui ne doit pas l'être. Mais on ne peut pas permettre à des gens qui ne sont pas propres de diriger encore notre pays", a indiqué à Ouagadougou le ministre. Il n'a cité aucun nom.

 

Trois anciens Premiers ministres devenus leaders de l'opposition : Sidya Touré (juillet 1996-mars 1999), François Lonsény Fall (février 2004-avril 2004) et Cellou Dalein Diallo (décembre 2004-avril 2006), membres des Forces vives (opposition, syndicats, société civile) s'opposent farouchement au maintien du capitaine Camara à la tête de la Guinée.

 

Ils réclament également la non-candidature du capitaine Camara à la présidentielle et la dissolution du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, junte).

 

Problème "interne" à la Guinée

 

"Certains ont vendu des usines, des sociétés d'Etat, d'autres ont pillé l'économie du pays. Ceux qui ont amassé des sommes colossales et qui ont acheté des maisons et des buildings, nous les avons tous recensés", a affirmé M. Chérif.

 

"L'Etat a toutes les preuves nécessaires, ils vont nous démontrer où et comment ils ont eu cet argent", a-t-il insisté soulignant que c'est un problème "interne" guinéen qui ne peut être soumis à la médiation du président burkinabè Blaise Compaoré.

 

M. Chérif s'exprimait quelques heures avant la remise des propositions de la junte au médiateur pour sortir la Guinée de la crise dans laquelle elle est plongée depuis le massacre, selon l'ONU, de 150 opposants, le 28 septembre dans un stade à Conakry.

 

Dans ses nouvelles propositions, la junte, arrivée au pouvoir par un coup d'Etat le 23 décembre 2008, réclame la désignation d'un Premier ministre de "consensus" contrairement aux propositions de M. Compaoré qui avait demandé qu'il vienne des Forces vives.

 

"Nous sommes prêts à discuter sur tout ce qui semble être bon pour la Guinée, mais le départ de Dadis n'est pas à l'ordre du jour pour nous. S'il devait partir un jour, ce serait de la volonté du peuple de Guinée à ne pas voter pour lui", a pour sa part déclaré le ministre-secrétaire permanent du CNDD, le colonel Keïta, chef de délégation de la junte.

mardi, 24 novembre 2009

Le « modèle » a fait long feu 

24/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Christophe Le Bec


Tout avait bien commencé. Lors du premier projet pétrolier de Doba (au sud), l’État tchadien, la Banque mondiale et le consortium pétrolier Exxon-Petronas-Chevron avaient mis en place un système bien verrouillé pour que les ressources en or noir bénéficient au développement du Tchad. Un Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCSRP), composé de représentants de l’État et de la société civile, avait en charge la validation des projets financés sur les ressources pétrolières, la définition de secteurs prioritaires où dépenser l’argent (éducation, agriculture, santé, action sociale), et l’allocation de 5 % des ressources à la région productrice… En 2007, le Tchad avait même adhéré à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie).

 

Mais le modèle a fait long feu. Il y a un an, la Banque mondiale (BM) se retirait du projet et reprochait au Tchad de n’avoir pas respecté ses engagements de lutte contre la pauvreté. La goutte qui a fait déborder le vase : la décision de l’État tchadien de supprimer les 10 % des revenus pétroliers destinés à un fonds pour les générations futures, au profit des dépenses de défense afin de faire face aux incursions rebelles. Le Tchad, pour qui il s’agit là d’une affaire de souveraineté, a depuis remboursé les prêts accordés par la BM.

Le long automne du patriarche

24/11/2009 | Jeune Afrique


Le long automne du patriarcheLe long automne du patriarche© DR

Nelson Mandela, 91 ans, est au crépuscule de sa vie. Il ne sort quasiment plus. Celia W. Dugger, de l’International Herald Tribune, a rencontré ses proches et dresse un portrait touchant de l‘homme qui incarne encore la nation sud-africaine.

 

Nelson Mandela est un vieil homme. Ses cheveux ont blanchi, sa silhouette est frêle. Il entre, lentement, dans son cabinet de travail, s’appuyant de tout son poids sur une canne. Enlève ses chaussures, s’installe dans un fauteuil, puis lève ses jambes, l’une après l’autre, pour les poser sur un repose-pieds, racontent ses visiteurs. Son épouse, Graça Machel, ajuste la position « pour que ses jambes soient parallèles, puis elle dépose un baiser sur son front », raconte George Bizos, ancien avocat de Mandela et l’un de ses plus proches amis.

 

À gauche de son fauteuil, une table basse couverte de journaux, en anglais et en afrikaans, la langue des Blancs qui l’ont emprisonné pendant vingt-sept ans. La famille et les amis se tiennent toujours à sa droite, du côté où il entend le mieux. Sa mémoire n’est plus aussi vive, il aime pourtant toujours rappeler le souvenir d’histoires racontées mille fois, « polies comme des pierres », comme dit l’un de ses proches. […]

 

Nelson Mandela, probablement le chef d’État le plus respecté au monde, a plusieurs fois annoncé qu’il se retirait de la vie publique, apparaissant de temps en temps à un concert pop donné en son honneur ou à un meeting politique. Récemment, il a annulé des rendez-vous, alimentant ainsi des rumeurs alarmantes sur son état de santé. Sa fondation a dû publier un communiqué indiquant qu’il allait « aussi bien que l’on puisse espérer pour un homme de 91 ans ».

Son héritage est l’objet de tous les soins. « Il était et reste un archiviste obsessionnel, raconte Verne Harris, en charge de la “mémoire” de Mandela depuis 2004. Un livre, Conversations avec moi-même, composé de nombreuses reproductions de documents sera bientôt disponible. Il contient des pépites venues d’endroits inattendus. Comme les calendriers touristiques que l’administration pénitentiaire lui donnait chaque année à Robben Island. Il y notait son quotidien, mais aussi sa pression artérielle, et parfois un rêve. Comme celui avec sa fille Zindzi, 3 ans au moment de son emprisonnement et qu’il n’a pas revue avant ses 15 ans. « Elle me demandait de l’embrasser et me disait que je manquais de chaleur », écrivait-il de sa cellule.

 

Les rumeurs sur sa santé viennent aussi du fait qu’il reçoit moins. « Il est fatigué des bavardages avec des gens qu’il ne connaît pas », indique Verne Harris. « Il peut se souvenir en détail d’événements du passé. Mais vous savez ce qu’est la vieillesse… La mémoire du présent commence à mal fonctionner et il y a aussi des jours moins bien que d’autres », poursuit-il.

 

C’est l’épouse de Nelson Mandela, Graça Machel, 64 ans, veuve de l’ancien président mozambicain, Samora Machel, qui veille sur lui aujourd’hui. « Ils se comportent comme de jeunes amoureux, se prenant par la main », confie George Bizos. Ses vieux amis et les piliers de la lutte antiapartheid continuent de lui rendre visite. Graça n’aime pas qu’il reste seul pour déjeuner, quand elle n’est pas à Johannesburg, de peur qu’il ne mange pas assez. Alors, de temps en temps, George Bizos reçoit un coup de téléphone, une invitation à déjeuner. Il s’assoit à sa droite. Et tous deux dégustent leur plat préféré, la queue de bœuf en sauce, et parlent du bon vieux temps. […]

 

S’il disparaît de la scène, Mandela n’en reste pas moins au cœur des pensées. Pour beaucoup, il est toujours le leader idéal – chaleureux, magnanime, disposé à reconnaître ses erreurs – auquel on compare ses successeurs. Il est le père fondateur dont les valeurs constituent les piliers de la nation.

 

« La pensée de Mandela est le ciment qui unit l’Afrique du Sud », explique Mondli Makhanya, rédacteur en chef du Sunday Times. « Plus il vieillit, plus il s’affaiblit, plus proche est l’inévitable, et nous avons tous peur de ce moment. D’abord parce que nous l’aimons, ensuite parce que, après lui, qui va nous fédérer ? »

 

Comme un enfant devenu grand, craignant à chaque fois qu’il quitte ses vieux parents qu’il s’agisse de la dernière visite, les Sud-Africains se préparent à l’ultime adieu à leur héros.

Massacre de Bogoro : les chefs de milice congolais devant la CPI

24/11/2009 | AFP



Germain Katanga le 27 juin 2008 à La Haye Germain Katanga le 27 juin 2008 à La Haye © AFP/Archives

 

Les deux chefs des milices congolaises FRPI et FNI, accusés d'avoir ordonné la sanglante attaque en 2003 du village de Bogoro, sont jugés devant la Cour Pénale Internationale. Ils plaident non coupables des nombreuses charges retenues contre eux.

 

Le procès de deux chefs de milice congolais, accusés de l'attaque d'un village d'Ituri, dans le nord-est de la République démocratique du Congo (RDC), qui avait fait plus de 200 morts en 2003, s'est ouvert mardi devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye. Germain Katanga, 31 ans, et Mathieu Ngudjolo Chui, 39 ans, sont poursuivis pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité commis lors de l'attaque du village de Bogoro, le 24 février 2003.

 

Les charges contre les accusés devaient être présentées mardi matin puis l'accusation, les représentants des victimes et la défense devaient présenter leur déclaration liminaire.

 

60 000 morts dans les affrontements interethniques

Plus d'un millier de combattants de la Force de résistance patriotique en Ituri (FRPI) de Germain Katanga et du Front des nationalistes et intégrationnistes (FNI) de Mathieu Ngudjolo Chui, selon l'accusation, avaient attaqué Bogoro.

 

Les miliciens d'ethnies lendu et ngiti avaient, sous les ordres des deux accusés, détruit le village au centre duquel se trouvait un camp militaire de leurs ennemis de l'Union des patriotes congolais (UPC), selon l'accusation. Plus de 200 civils avaient été tués.

 

Les deux accusés plaident non coupables des charges de meurtre, viol, esclavage sexuel, utilisation d'enfants soldats, attaques contre des civils, pillages et destructions de bien.

 

Les affrontements interethniques entre milices qui se disputaient les terres de l'Ituri et ses ressources naturelles, or, pétrole, bois ou diamants, avaient débuté en 1999. Selon les ONG, ils ont fait plus de 60.000 morts.

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