mercredi, 01 juillet 2009

CORRUPTION AU BURKINA : La douane de nouveau en tête

Le Réseau national de lutte anticorruption (REN-LAC) a rendu public, le mardi 30 juin 2009, son rapport 2007 sur l’état de la corruption au Burkina. C’est un document de 70 pages qui présente les résultats d’une enquête menée en décembre 2007 auprès d’un échantillon de 1700 personnes interrogées dans les 13 régions du Burkina. Les 2/3 des enquêtés affirment que la corruption est en progression dans notre pays. Le document a été officiellement lancé hier en fin d’après-midi, à Ouaga.

 

Le rapport 2007 du REN-LAC sur l’état de la corruption au Burkina rend compte des résultats d’une enquête menée en décembre 2007 auprès de 1700 Burkinabè répartis dans l’ensemble des 13 régions. La quasi totalité de cette population enquêtée (soit 99,5%) affirme l’existence de la corruption dans notre pays. Le phénomène est même "très répandu" de l’avis de 43,4% des enquêtés. 45% des personnes rencontrées ont déclaré avoir été victimes ou témoins directs de pratiques corruptrices. Le rapport publie même des témoignages de certains enquêtés sur les faits. La corruption, de l’avis des 2/3 de la population d’enquête, gagne progressivement du terrain au Burkina. Les proportions de ceux qui estiment que le phénomène est en stagnation ou en régression sont respectivement de 15,7 et 15,6%. Lors du sondage, les enquêtés ont été invités à se prononcer sur la corruption des agents aux différents échelons de la hiérarchie administrative. Les résultats indiquent que les membres du gouvernement, les directeurs généraux des services administratifs ou des sociétés et les agents d’exécution sont perçus, par près de 82% des enquêtés, comme ceux qui pratiquent le plus la corruption dans le pays. La majorité des enquêtés (55%) évoquent la dominance de la grande corruption dans les milieux politico-administratifs au cour de laquelle des autorités abusent de leur fonction et de leur autorité à des fins privées ou individuelles. La "petite corruption" par laquelle des agents d’exécution soutirent de petites sommes d’argent ou d’autres avantages indus auprès des usagers des services, est perçue par 27% des enquêtés. La classification des secteurs d’activités en fonction de l’ampleur de la corruption consacre le retour de la douane en tête du top ten des secteurs les plus corrompus (voir tableau ), après la deuxième place qu’elle avait occupée dans le rapport de 2006. Le rapport 2007 du REN-LAC sur l’état de la corruption au Burkina place la pauvreté comme cause première du phénomène, évoquée par 48, 8% des enquêtés. Ensuite, suivent dans l’ordre la cupidité, l’impunité, la perte des valeurs morales et l’ignorance. Les enquêtés sont unanimes à reconnaître que la corruption gangrène la société et les affaires publiques. Une forte proportion (47,2%) estime que le phénomène conduit à l’appauvrissement et au sous-développement économique du pays. 31,5% des personnes rencontrées pensent que la corruption renchérit le coût des prestations des fournitures et aggrave l’endettement du pays. La corruption affaiblit les institutions de la République, selon 16,1% des réponses.

Le Burkina peut s’organiser pour mener et gagner la lutte contre la corruption, foi de 89% des enquêtés du REN-LAC. Ceux-ci proposent comme actions à mener à cet effet, et par ordre de priorité, les sanctions, la sensibilisation, l’amélioration des conditions de vie des populations, etc. 2007, rappelle le rapport du REN-LAC, a vu se réaffirmer la volonté du gouvernement burkinbè de lutter contre la corruption, du moins à travers les discours politiques. Dès sa nomination le 4 juin 2007, le Premier ministre Tertius Zongo a fait de la lutte contre la corruption, son cheval de bataille. 2007 a ainsi vu la création et la restructuration d’institutions étatiques de lutte anticorruption. Il s’agit de l’Autorité supérieure de contrôle d’Etat (ASCE), et de l’Autorité de régulation des marchés publics (ARMP). Le REN-LAC constate aussi que des actions ont été menées, courant 2007, contre des auteurs de corruption et de fraude. Le rapport cite en exemple le procès des fraudeurs aux concours d’entrée à la Fonction publique le 11 septembre 2007 ; la révocation de 4 agents indélicats de la Fonction publique avec poursuites judiciaires, la rationalisation de l’utilisation des bien de l’Etat, le contrôle de l’usage des véhicules d’Etat, la rationalisation et la consommation de carburant, etc. En même temps que les organisations de la société civile et des syndicats, la presse burkinabè, se félicite le rapport, a été de tous les combats dans la lutte contre la corruption en 2007. Elle a rendu compte des activités de structures étatiques et non étatiques de lutte contre la corruption. Elle a rapporté les faits et pratiques de corruption dont elle a été témoin ou victime. La quantité des articles sur la corruption en 2007 est nettement supérieure à celle de 2006. Ainsi, de 32 articles pour son édition de 2006, le Prix de lutte anticorruption (PLAC) en a reçu 55 pour l’édition 2007. Ceux-ci se partagent entre 7 journaux que sont l’Indépendant (30), l’Evènement (6), Sidwaya (6), l’Observateur Paalga (4), Le Pays (4), Bendré (3), et le Journal du Jeudi (2). Au chapitre des recommandations, le rapport 2007 du REN-LAC sur l’état de la corruption au Burkina préconise la publication de tous les rapports périodiques des institutions de veille et de contrôle, et leur utilisation par le gouvernement pour résoudre les problèmes pertinents au sujet desquels ils ont été créés. Le REN-LAC invite également le gouvernement à accorder plus de considération aux organisations de lutte anticorruption et de la société civile. De même, constatant que l’impunité promeut la corruption, le rapport 2007 recommande qu’une fin soit mise à l’impunité des auteurs de corruption et de fraude. La déclaration des biens des personnalités, la réglementation des cadeaux, la protection des dénonciateurs de la corruption et la relecture de la politique nationale de lutte contre la corruption constituent autant d’autres recommandations contenues dans le rapport 2007 du Réseau national de lutte anticorruption.

Par Paul-Miki ROAMBA

Le Pays


Écrire un commentaire