mercredi, 01 juillet 2009

Les Mercredis de Zoodnoma

Simon fait de l’autocritique !

Qui l’aurait cru ?

Face aux journalistes le 29 juin 2009, Simon Compaoré, le maire de la commune de Ouagadougou, a fait le bilan de la lutte contre les chambres de passe : “23 structures insalubres scellées, 7 autres définitivement fermées et 6 reconverties en maisons d’habitation, ce sont les résultats des opérations d’une commission mise en place” (L’Observateur paalga n° 7413 du mardi 29 juin 2009). C’est certainement déjà un effort appréciable qu’il faut encourager et soutenir. Mais ce qui a retenu notre attention, c’est la pondération et la modération dont il a fait preuve dans ses explications. En journalisme, c’est, entre autres, l’inattendu qui fait la nouvelle et nous nous sommes laissé emporter.

 

Simon Compaoré, ou tout simplement Simon, comme l’appellent les citoyens de la ville de Ouagadougou, est connu pour ne pas faire dans la dentelle. Ses interventions fracassantes ont souvent fait sortir de leurs nids politiques ou syndicaux les colombes et les faucons de tous bords. Le Collectif contre l’impunité, l’opposition politique, etc. peuvent également en témoigner. Même jusqu’aux institutions, il a donné, quelquefois, du fil à retordre et ce n’est pas Boureima Pierre Nébié, président de la Cour des comptes, qui dira le contraire. Enfin, quand on parle de caciques du régime de Blaise Compaoré, ils sont nombreux, ceux qui voient parmi eux le maire de Ouagadougou.

Rien d’étonnant, puisqu’historiquement il a joué un certain rôle dans l’avènement de Blaise Compaoré au pouvoir. En outre, il a occupé et occupe encore une place importante au sein du CDP, sans oublier que de temps en temps il est pourvoyeur de compétences à Blaise Compaoré. Il fait nommer X à tel poste de responsabilité et Y à tel autre poste.

Avec ça, normal qu’il soit considéré comme un cacique, c’est-à-dire un notable ou un dignitaire puissant, et parfois perçu comme autoritaire. Qu’il le veuille ou non, c’est ça et il vaut mieux qu’il le veuille et qu’il s’assume que de se livrer à des dénégations qui ne feront que conforter nombre de personnes dans leurs convictions. Et puis, ce ne serait pas démocratique, si les mandants que sont les citadins ne pouvaient pas se permettre de critiquer (parfois même à tort) leur mandataire qu’est Simon. Au demeurant, les critiques et les dénigrements dont il fait l’objet sont vite balayés par des appréciations positives quand vient l’heure de parler du travail du maire de Ouagadougou.

Les points de rupture

Selon L’Observateur paalga, “pour le maire de la ville, Simon Compaoré, débarrasser Ouagadougou de ces chambres est possible. Tout est une question de volonté et d’approche”. On croit rêver car ces propos signifient qu’il faut y mettre la forme qui sied et ne pas systématiquement brandir le bâton. Simon qui parle d’approche alors qu’il y a quelques années il ne prenait pas de gants pour croiser le fer avec certaines praticiennes du métier à la télévision ni pour faire fermer illico presto les chambres de passe ? C’est vraiment la meilleure !

On aurait pu croire qu’il s’agit là de micmacs politiques pour redorer son blason. Mais avec Simon, “c’est le démarrage au quart de tour tout droit, même si c’est dans le mur”. En d’autres termes, s’il l’a dit, il y a de très fortes chances qu’il y croie. Par ailleurs, selon le journal, le maire a refusé de se prononcer sur le sort des maisons closes jugées salubres mais dont le délai d’un an est expiré. En d’autres circonstances, il n’aurait pas sourcillé avant d’ordonner leur fermeture.

En outre, le fait que des études sont en cours pour comprendre davantage le phénomène et y apporter la thérapie idoine est un bon signe car ce qu’on a souvent reproché au maire, ce sont les actions spectaculaires qui ne prennent pas en compte les réalités concrètes.

Le caractère spectaculaire de ces actions n’est pas mauvais en soi car en frappant les esprits, il aide à la mémorisation et à l’intériorisation de ce qui est proscrit ou de ce qui est à promouvoir. Toutefois, si ces opérations ne sont pas guidées en amont par une compréhension aussi profonde que large des causes des fléaux sociaux dont il est question ici, elles peuvent échouer du fait de l’ignorance des acteurs et/ou susciter une réprobation générale impertinente mais justifiée.

Enfin, le maire a dit aussi en substance, si nous nous référons à la séquence diffusée par la RTB, que la municipalité, dans le passé, avait voulu aller trop vite en besogne, mais, à l’épreuve des faits, elle s’est rendu compte qu’il fallait tempérer et agir de manière plus méthodique. En somme, c’est à une autoremise en cause qu’on a assisté lors de la conférence de presse. Si c’était du temps où il était encore communiste, Simon aurait dit que le Conseil municipal (et donc lui-même) a fait son autocritique par rapport à la façon dont les choses se passaient.

Bravo ! mais…

Si ce raisonnement s’avérait, cela voudrait dire que Simon est en train d’opérer une mue positive et il faudrait l’applaudir des deux mains. Il a presque soixante (60) ans et est à son troisième mandat à la tête de la mairie. Cela peut expliquer ce changement de personnalité qui s’apparente à la sagesse.

Cependant, il faut espérer que le fait de s’assagir ne le rende pas timoré ni flasque en matière d’actions de développement de la ville de Ouagadougou. En effet, en examinant bien Simon Compaoré, il est aisé de s’apercevoir que ses sorties fracassantes et son goût pour l’action sont des jumeaux qui se nourrissent de la même source d’énergie. Tant et si bien que l’assagissement, qui peut avoir pour jumeau la mollesse, est susceptible d’être le reflet de la diminution du dynamisme du maire. En tout état de cause, il faut se dire que même si c’était le cas, il aura déjà servi la commune du mieux qu’il peut avec, certes, ses faiblesses mais aussi ses forces.

Z.K.

L'Observateur

 

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