samedi, 26 septembre 2009

Les Portugais face à la crise lorgnent vers l'extrême gauche

Par Marie-Line Darcy(rfi.fr). Article publié le 25/09/2009 


Dimanche 27 septembre 9,5 millions d’électeurs portugais se rendent aux urnes pour élire leurs représentants à l’Assemblée nationale. Le Parti socialiste y détient actuellement la majorité : 115 des 230 députés. Selon les dernières enquêtes d’opinions, les socialistes sont en passe de perdre cette majorité absolue. Les indécis, encore nombreux, les votes blancs ou nuls et l’abstention devront être pris en compte par les partis qui appellent à voter. Les Portugais eux tentent de trouver des réponses à la crise qui les frappe.


Une usine textile fermée, dans la région de Braga, durement touchée par la crise économique.(Photo : Miguel Riopa / AFP)

Une usine textile fermée, dans la région de Braga, durement touchée par la crise économique.
(Photo : Miguel Riopa / AFP)

 

Elle a le sourire des femmes qui ont vu beaucoup de choses. Amelia, petite femme ronde, ponctue ses phrases de « querida, querida » (ma chérie)  pour bien montrer sa bonne humeur. Pourtant Amelia aurait bien des raisons de se plaindre. « Ma retraite est de 250 euros par mois et en ville ce n’est pas facile. Heureusement le logement m’appartient, sinon je ne sais pas comment je ferai », explique-t-elle dans un sourire qui illumine ses yeux noirs.

Amelia se rend de temps en temps à l’entrée du marché de Campo de Ourique  dans un quartier résidentiel du centre de Lisbonne. Elle y vend à la sauvette les fruits de son jardin, des citrons, des coings ou quelques figues en saison. « C’est trois fois rien, mais ça me fait quelques euros pour améliorer l’ordinaire ». Amelia se dit chanceuse, « pas comme ces femmes qui sont obligées d’aller faire la manche à la sortie des supermarchés ».

Pour ne pas avoir à quémander, Manuela, 66 ans  elle aussi retraitée, exerce toujours sa profession : femme de ménage. « Je fais des petits boulots, un nettoyage de hall d’entrée par-ci, un bureau par-là. C’est le seul moyen que j’ai de m’en sortir. Tant que je pourrai le faire, ce sera ainsi », explique gentiment Manuela. La pauvreté. Elle s’aggrave au Portugal pour les personnes âgées. Selon les chiffres de l’INE- Institut National de Statistiques, près de 23 % des 1,8 million de retraités que compte le pays vivraient sous le seuil de pauvreté, fixé à 366 euros par mois ; 26% des personnes de plus de 65 ans vivraient sous ce seuil.

Le gouvernement de José Socrates est intervenu en créant le complément solidaire pour les personnes âgées, 90 euros par mois pour des revenus plafonnés à 4 960 euros par an. Une mesure sociale qui semble engloutie par les répercussions de la crise qui touche de plein fouet le pays depuis 2008.

Alerte au chômage

La crise a touché des pans entiers d’activités traditionnelles. Dans les vallées du Cavado et du Ave au nord du pays, c’est le secteur textile qui est dans la tourmente. Les usines ferment les unes après les autres, des micro ou petites entreprises mettent la clef sous la porte faute de commandes.  Le textile emploie 120 000 personnes au Portugal, mais le taux de chômage flirte actuellement avec les 12 % contre 9,2 % pour l’ensemble de la population active.

Bassin d’emploi traditionnel comme l’étaient les régions charbonnières et métallurgiques en France autrefois, la région industrielle pourrait ne pas se relever de la crise. « Le secteur emploie 80% de femmes, les niveaux de qualifications sont bas, et les salaires en proportion (salaire minimum national de 450 euros mensuel). Ce qui m’inquiète, c’est le retour forcé des maris au Portugal. Beaucoup sont partis chercher du travail dans la construction en Espagne. Mais là-bas aussi c’est la crise. Alors ils reviennent et ici il n’y a rien », commente Manuel Sousa, un dirigeant syndical.

A Leiria, à 100 km au nord de Lisbonne, même son de cloche. Là, un autre bassin d’emploi traditionnel est touché :  le secteur de la céramique et des faïences. Ailleurs, au sud de Lisbonne c’est le secteur de l’automobile qui est fragilisé, même si les efforts de modernisation sont considérables.

Pourtant, le Portugal est le second pays après la Pologne à avoir débloqué le plus de fonds pour lutter contre le chômage conjoncturel : 0,3 % de son PIB. Des 29 mesures annoncées en décembre 2008, 12 sont en place, elles ont coûté à l’Etat 580 millions d’euros.

Un vote protestataire

«  Les Portugais veulent que l’on s’adresse à leurs portefeuilles. Les grands discours idéologiques ne font plus recette », commente Carlos Magno, journaliste et analyste politique. C’est sans doute ce qui explique les scores réalisés par les partis d’extrême-gauche crédités, dans les sondages du début de campagne il y a 15 jours, de 12 % des voix pour le parti anticapitaliste Bloco de Esquerda et de 10% des voix pour le Parti communiste. Ils réclament une vraie politique sociale  et accusent le PS d’être trop centriste. La droite, celle du parti social-démocrate, emmenée par Manuela Ferreira Leite, première femme élue à la tête d’un parti politique, a surtout axé sa campagne sur le thème de « l’asphyxie démocratique » dont elle rend responsable le gouvernement socialiste sortant, sans toutefois s’avancer trop avant sur des mesures capables de sortir le pays de la crise.

José Socrates semble avoir entendu le message et se présente comme le seul garant de la pérennité du programme de réformes nécessaires pour moderniser son pays qu’il a entamé en 2005. Les sondages publiés vendredi, dernier jour de campagne, semblent lui donner raison.

Mais selon toute vraisemblance le PS devra conclure des alliances s’il veut gouverner dans la légitimité. Il reste encore 1 million d’indécis à convaincre.

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