mardi, 03 novembre 2009

Afghanistan : Hamid Karzaï soumis à de fortes pressions

Hamid Karzaï reste donc le président de l'Afghanistan mais il a le triomphe modeste. Si on l'a peu entendu depuis l'annonce de sa victoire, c'est qu'il est soumis à de fortes pressions. Il vient ainsi de promettre de lutter contre la corruption.

Le président américain Barack Obama salue le cercueil du soldat Dale R. Griffin, sur la base américaine de Dover. Griffin est l’un des 18 soldats tués mardi 27 octobre en Afghanistan.<em>(Photo : Jim Young / Reuters)</em>

Le président américain Barack Obama salue le cercueil du soldat Dale R. Griffin, sur la base américaine de Dover. Griffin est l’un des 18 soldats tués mardi 27 octobre en Afghanistan.
(Photo : Jim Young / Reuters)

Le camp présidentiel fait preuve -pour le moment- de beaucoup de retenue comparé aux cris de victoires poussés prématurément dès le 21 août, au lendemain du premier tour, alors que le dépouillement n'était même pas encore achevé.

Ce sont les réactions internationales qui expliquent cette retenue. Car derrière les félicitations, les pressions continuent de s'exercer, plus fortes que jamais pour que Hamid Karzaï fasse le ménage et se débarrasse de la corruption qui mine son administration. Il pourrait être contraint de prendre ses distances avec d'anciens chefs de guerre et avec d'autres personnages contestés, pour leur implication dans le trafic de drogue notamment. Il pourrait être amené à faire des exemples en écartant des affaires ces encombrantes personnalités. Cela donnerait un peu plus de crédit à la nouvelle équipe aux yeux de l'opinion afghane, mais aussi des pays alliés impliqués militairement en Afghanistan.

Le docteur Abdullah est-il définitivement hors jeu ?

Même si le poste tant convoité de chef de l'Etat lui échappe, il se trouve -d'une certaine façon- en position de force, en cas d'éventuelles négociations. Le président Karzaï, mal élu, ne peut pas se permettre de lutter sur deux fronts en même temps. Contre les talibans pashtouns d'un côté et contre les Tadjiks et les populations du Nord qui soutiennent Abdullah de l'autre côté. Abdullah Abdullah lui-même n'aurait pas intérêt à ce que la situation s'aggrave au point de précipiter un retour en force des talibans. Mais il est trop tôt pour savoir précisément quel rôle pourrait lui revenir.

Barack Obama demande à Hamid Karzaï d'agir

Avec notre correspondante à Washington, Donaig Le Du

La décision sur l’envoi ou non de renforts de troupes américaines en Afghanistan sera prise dans les prochaines semaines, mais la Maison Blanche refuse toujours de dire à quel moment.

Prenant acte, toutefois, de la réélection du président Hamid Karzaï, Barack Obama a donné le ton des relations futures entre Washington et Kaboul. Certes il a félicité son homologue, mais il a aussi rendu compte à la presse, en des termes assez peu diplomatiques, de leur conversation téléphonique de lundi après-midi. A l’en croire, donc, le président américain a signifié à Hamid Karzaï que le moment était venu d’agir. De lutter contre la corruption, de travailler à la formation des forces de sécurité afghanes…. « et comme je le lui ai dit, a-t-il poursuivi, il devra en faire la preuve non pas par des paroles, mais par des actes ».

La fin de longues semaines d’incertitude électorale est évidemment une bonne chose pour les Etats-Unis, qui savent désormais avec quel partenaire ils vont devoir traiter. Mais la victoire sans combat d’Hamid Karzaï, après un premier tour entaché d’irrégularités, ne contribue certainement pas ici aux Etats Unis à la popularité d’une guerre qui fait de plus en plus de victimes américaines.

Et en France...

Quelques heures après que l'on ait appris la victoire d'Hamid Karzaï aux élections présidentielles afghanes, Bernard Kouchner, chef de la diplomatie française, tenait une conférence de presse à l'occasion de la venue de son nouvel homologue allemand Guido Westerwelle. Le ministre a salué cette victoire, du bout des lèvres.

Bernard Kouchner invite Hamid Karzaï et son opposant Abdullah Abdullah à travailler ensemble

« Vous dire que je suis heureux de l'Afghanistan serait quand même difficile à soutenir... »

03/11/2009 par Lucas Hochart


Par RFI. Article publié le 03/11/2009

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