Le secteur bancaire nigérian était malsain. Un audit financier commandité par la Banque centrale nigériane a décelé des manquements graves à la gouvernance et au respect des dispositions réglementaires. Sur 24 banques, 10 ont fait l’objet de sanctions et de mesures spécifiques. Face à cette situation « jugée grave », la BCN a sorti le bâton pour sévir. Dans la foulée, les dirigeants et directeurs exécutifs d’Afrikaner PLC, International Bank, Union Bank of Nigeria, Oceanic international Bank et Finbank sont limogés. De même, elle a pris l’engagement d’accorder à ces banques une « facilité d’escompte élargie ». La seconde phase de l’audit a porté sur les quatorze banques restantes. Là aussi, les comptes ne sont pas tout à fait bons. Quatre autres prises dans les filets, sont dans une situation grave.
Il s’agit de Platinum Habib Bank, Equitorial Trust Bank, Spring Bank et Wema Bank. Outre le limogeage des patrons de ces banques, l’autorité monétaire a enjoint les dirigeants de la Wema Bank et d’Unity Bank (son capital a été jugé insuffisant) à recapitaliser ces dernières avant le 30 juin 2010. Afin de contenir le malaise qui secoue et sape la solidité du système bancaire, la Banque centrale du Nigéria (BCN) est décidée à mettre de l’ordre. C’est l’enjeu de la démarche de « courtoisie et d’explication » entreprise par le gouverneur de la BCN auprès des responsables de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le nouveau gouverneur, Sanusi Lamido Sanusi, a ainsi eu un entretien d’information sur la situation bancaire au Nigéria avec le gouverneur de la BCEAO au siège de l’institution à Dakar. Les deux garants de la stabilité financière dans leurs zones monétaires se sont par la suite adressés aux journalistes et aux banquiers des huit pays de l’UEMOA, à travers une visioconférence.
D’entrée de jeu, le gouverneur de la BCEAO a indiqué que le message de son homologue « mérite d’être relayé auprès de l’ensemble des populations ». Philippe Henri Dacoury-Tabley a salué « cette démarche de courtoisie et d’explication » dans la mesure où les informations disponibles ont fait état de difficultés affectant les banques nigérianes. Il explique que cette situation a inquiété plus d’un, compte tenu des relations de plus en plus fructueuses avec le Nigeria. Aussi, a-t-il rassuré que le « malaise des banques nigérianes n’a eu aucune répercussion dans l’Union ». En effet, l’audit financier des 24 banques établies au Nigéria par la BCN a mis à nu la toxicité du système bancaire. Les banques auraient ainsi accordé des prêts au mépris des règles usuelles de gestion des risques à des courtiers et à des particuliers. Ces prêts improductifs sont estimés à 1.143 milliard de naïras (devise nigériane), soit 3.450 milliards de F CFA représentant 40 du total de leurs prêts, indique un communiqué à la presse.
Mais la BCN ne s’est pas arrêté là dans sa quête d’assainissement du système bancaire. Au titre des mesures, une société de gestion des actifs devrait voir le jour avant la fin de l’année en vue d’améliorer le système bancaire par le biais notamment d’une reprise des actifs compromis des banques. Pour le gouverneur de la BCN, ce sont des mesures difficiles prises dans l’intérêt de l’économie nigériane et des pays voisins. Sanusi Lamido Sanusi rassure néanmoins que le secteur bancaire reste stable malgré un déficit de 3%. « Nous veillons à ce que les banques ayant des filiales dans la sous-région soient suffisamment recapitalisées. Car cette crise est une occasion pour mettre nos économies sur la voie de la transparence », a-t-il expliqué. C’est pourquoi, les deux institutions monétaires ont affirmé leur volonté de travailler désormais en tandem.
Vers une convention de partenariat
La BCEAO et la BCN souhaitent ainsi formaliser incessamment la coopération entre leurs instances de régulation. Car, « ce qui se passe là-bas nous intéresse et peut avoir des répercussions importantes chez nous. Je félicite le gouverneur Sanusi pour ses efforts de consolidation de la stabilité du secteur bancaire au Nigeria et aussi pour ce qui sera fait entre les autorités de régulation », a souligné le gouverneur de la BCEAO. En effet, l’autorité de régulation du Nigéria et la commission bancaire de l’UEMOA ont décidé d’avoir une coopération « plus fructueuse ». Même s’il précise que la crise bancaire nigériane n’a pas impacté les banques de l’Union. En effet, la BCEAO soutient veiller au grain grâce à sa réglementation qui permet de suivre et de corriger d’éventuels dérèglements.
De plus, les banques nigérianes présentes dans l’Union ne figurent pas parmi la liste des banques « jugées en situation grave », a relevé le gouverneur Philippe-Henri Tabley-Dacoury. Et le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina, Mamadi Napon d’ajouter : « c’est une information cruciale de dire que les banques nigérianes sont surveillées dans la mesure où des opérateurs économiques de notre zone font des transferts ou des dépôts dans ces banques. S’ils déposent leur argent dans des banques risquées, ils sortent perdants. Il était donc crucial d’informer nos opérateurs que les institutions bancaires au Nigéria sont surveillées et qu’en cas de dépôts risqués le gouvernement fédéral prendra ses responsabilités pour protéger les déposants. C’est une bonne disposition pour rassurer nos pays et les opérateurs économiques de la sérénité du secteur bancaire ». Par ailleurs, la BCN a rassuré qu’il n’aura pas de liquidation de banques. « Il y aura probablement des confusions », commente Mamadi Napon, président de l’APBEF.
Dans l’espace UEMOA, le secteur bancaire fait l’objet d’une supervision rigoureuse menée par la BCEAO au moyen de la commission bancaire. Cette surveillance repose sur un cadre harmonisé dont la conformité a été reconnue avec la quasi-totalité des vingt-cinq principes de Bâle élaborés par la communauté financière internationale. Dans la pratique, la supervision se fait à travers un contrôle régulier sur pièce et sur place dans les banques. En sus, il y a la loi bancaire qui précise le champ et les règles d’exercice de l’activité bancaire, la répartition des compétences entre les différents organes et l’échelle des sanctions infligées en cas d’infraction à la réglementation. Cette loi est complétée par un dispositif prudentiel et le règlement communautaire relatif aux relations financières extérieures des Etats de l’UEMOA.
Saturnin Nadoum COULIBALY
Sidwaya







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