vendredi, 06 novembre 2009
PORTUGAL : Le crucifix, ici aussi…
L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour la présence de crucifix dans les salles de classe. Au Portugal, pays laïc à forte tradition catholique, la question se pose également.
06.11.2009 | Natália Faria | Público

Dessin paru dans The Guardian, Londres
L’Association république et laïcité (ARL) est certaine que le crucifix reste une réalité dans plusieurs écoles du pays. Profitant du coup de pouce de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a condamné le 3 novembre la présence de crucifix dans les salles de classe des écoles publiques en Italie pour leur caractère attentatoire à la liberté religieuse des élèves, l’ARL vient d’adresser une lettre à la nouvelle ministre de l’Education afin qu’elle ordonne le retrait des symboles religieux de toutes les écoles du pays.
En 2005, à l’initiative de cette même association, le ministère avait ordonné le retrait des crucifix, mais uniquement en cas de plainte des parents [depuis la révolution des Œillets, en 1974, ils n’étaient plus obligatoires]. C’est ce qui s’est produit à l’école du Viso, dans la ville de Figueira da Foz [au sud de Porto]. “Il y a trois ans, on nous a demandé de retirer les crucifix”, raconte l’un des enseignants. A l’école São João do Souto, à Braga [nord du pays], ils sont réapparus après avoir été enlevés, mais pour figurer dans le musée de l’école. “Nous n’en avons plus dans les salles”, assure une employée.
En dehors de Guarda, le crucifix continue par exemple à trôner dans la salle de classe de l’école primaire de Carvalhal Formoso, à Belmonte [ville située au sud de Guarda]. “C’est normal qu’il y soit, et il est possible que d’autres écoles l’aient conservé”, reconnaît David Canelo, directeur des écoles de la ville. Parce que “l’école est laïque [sic]” et qu’il n’y a pas eu de plaintes de la part des parents. Canelo précise toutefois que, en raison de la sentence de la Cour européenne, il fera retirer les crucifix des écoles.
Mais le problème des crucifix n’est pas le pire, selon Ricardo Alves, l’un des responsables d’ARL. “Il y a des cas de messes célébrées dans des écoles publiques, et certains évêques y vont pour proposer aux enfants de devenir prêtres”, dénonce-t-il. Pour preuve, il possède une copie d’une information affichée en décembre 2007 au lycée da Sé à Guarda rendant compte de la tenue d’une messe dans l’établissement et d’un second document invitant les professeurs à déjeuner avec l’évêque. “L’absence aux cours [pour suivre la messe] était recommandée”, souligne Ricardo Alves.
Pour le porte-parole de la Conférence épiscopale portugaise, Manuel Morujão, ce genre de visites doivent être interprétées comme “un geste de cordialité, de bon voisinage ; il ne s’agit pas nécessairement de prosélytisme”. Il estime que le crucifix est un symbole religieux mais aussi culturel. “Cela représente deux millénaires d’histoire ; le retirer de façon coercitive apparaît comme une preuve de fondamentalisme antireligieux”, estime-t-il. “Bientôt, ils vont vouloir aussi supprimer le signe + en mathématiques parce que c’est une croix et que cela pourrait offenser ceux qui n’ont aucune croix dans leur religion”, ironise-t-il. Affirmant que la croix fait partie du patrimoine culturel de l’humanité, le porte-parole de la Conférence épiscopale rappelle que la décision de la Cour est susceptible d’appel [le gouvernement italien a annoncé un recours contre le verdict]. “Il est important que l’on aille vers une société ouverte aux différences, ce qui ne s’obtient pas en transformant les sociétés en une espèce de terne fast-food.”
18:23 Publié dans INTERNATIONAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : portugal, italie, crucifix, affaire crucifix






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