vendredi, 06 novembre 2009

Probo Koala : bataille pour le magot des victimes

06/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Pierre Boisselet avec Baudelaire Mieu à Abidjan


Trois ans après, les 30 000 victimes n'ont toujours pas été indemniséesTrois ans après, les 30 000 victimes n'ont toujours pas été indemnisées© AFP

La justice ivoirienne doit annoncer aujourd’hui à qui seront versés les 22 milliards de francs CFA destinés à indemniser les victimes des pollutions du Probo Koala. Deux représentants des défenseurs des victimes se disputent la faveur.

Les pollutions du Probo Koala représentaient déjà l’un des plus grands scandales écologiques de ces dernières années. Le dédommagement des victimes pourrait donner lieu, en plus, à un scandale financier.

Après des années de bataille juridique, la multinationale Trafigura – l’affréteur du tanker responsable de l’acheminement des déchets toxiques – avait finalement accepté d’indemniser les victimes (au moins 15 morts et des dizaines de milliers de personnes intoxiquées).

22 milliards de CFA gelés

La Haute Cour d’Angleterre, devant laquelle était jugée l’affaire, avait approuvé le 23 septembre un accord entre Trafigura et le cabinet d’avocats Leigh Day & Company (LD&Co), défenseur des victimes. Quelque 22 milliards de francs CFA (34 millions d’euros) devaient être versés à LD&Co, chargé ensuite d’indemniser chacune des 30 000 victimes à hauteur de 750 000 francs CFA par personne, soit près de 1150 euros.

Mais l’argent, déposé sur des comptes ouverts par LD&Co à la Société Générale des Banques en Côte d’Ivoire (SGBCI) a été gelée par la justice ivoirienne le 22 octobre dernier. Le cabinet d’avocat s’est déclaré « inquiet » que la somme soit « détournée ».

A l’initiative de cette procédure, Claude Gohourou. Originellement à la tête de l’association des victimes de Port-Bouët, il s’est plus récemment présenté comme le responsable de la Coordination nationale des victimes des déchets toxiques de Côte d’Ivoire (CNVDT), un groupement créé en août dernier, qui prétend représenter les associations de victimes.

Il réclame le versement des sommes sur le compte de son association, plutôt que sur celui du cabinet LD&Co, dont il met en doute la transparence. « L’accord a été signé au nom des victimes, mais sans leur présence, affirme-t-il. De plus le cabinet d’avocat refuse de nous transmettre une copie de cet accord. »

Claude Gohourou est bien connu des avocats de LD&Co. « Il fait partie de ceux qui nous ont aidé dans la bataille contre Trafigura, se souvient Martyn Day, en charge de cette affaire. Il faisait du très bon travail, mais il y en avait beaucoup d’autres dans son cas. »

Selon lui, la réclamation portée par Claude Gohourou est « une absurdité ». « Son association a été créé il y a quelques semaines seulement ! » peste Martyn Day.

Gohourou versus Leigh Day & Company

Après plus de trois ans, les victimes devaient obtenir une compensation. Leigh Day avait déjà remis des codes secrets de compte aux victimes. Il ne leur restait plus qu’à distribuer les cartes autorisant le retrait. Mais Claude Gohourou soupçonne le cabinet LD&Co d’avoir voulu s’enrichir en choisissant une procédure de versement longue et en profitant, dans l’intervalle, des intérêts.

Tout est maintenant suspendu à la décision du tribunal d’Abidjan. Le procureur a demandé le transfert de l’ensemble des fonds à l’association de Claude Gohourou… Verdict dans la journée.

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