vendredi, 19 novembre 2010

Otan

Otan : Paris et Berlin se retrouvent sur le nucléaire

 


Par Jean-Jacques Mevel,18/11/201,
 

INFOGRAPHIE - Le Figaro a pu consulter le projet de concept stratégique qui doit être examiné par les 28 pays membres.


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De notre envoyé spécial à Lisbonne

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy ont pratiquement enterré la controverse qui pesait sur la future stratégie de l'Otan. À quelques heures d'un sommet décisif de l'Alliance atlantique qui s'ouvre vendredi à Lisbonne avec Barack Obama, la France et l'Allemagne ont trouvé la formule pour concilier leurs divergences sur la dissuasion nucléaire, la réduction des armements et le futur bouclier antimissile européen, selon des sources concordantes.

Défaut criant d'un axe franco-allemand par ailleurs fructueux, Paris et Berlin s'opposaient à coups feutrés sur l'utilité du système antimissile que les États-Unis et l'Otan veulent étendre à la totalité du territoire européen. Le débat plonge au cœur du «concept stratégique», feuille de route «pour le XXIe siècle» dont l'alliance va se doter à Lisbonne. Pire, la ligne de fracture passait entre les deux piliers d'une construction européenne elle-même hésitante sur l'avenir de sa défense.

L'Allemagne, et notamment le chef de la diplomatie Guido Westerwelle, a vu dans le bouclier antimissile l'occasion pour l'Otan de se débarrasser à terme de l'arme nucléaire. La France, au contraire, défend jalousement son arsenal atomique et son autonomie de décision. Le compromis s'est noué in extremis avec la rédaction du fameux «concept», déclaration formelle à laquelle les 28 chefs dirigeants occidentaux souscriront demain. Dans les ultimes tractations sur le texte, auquel Le Figaro a eu accès, Berlin renonce à lier le lancement du bouclier à un engagement collectif au désarmement. Paris, de son côté, n'exige plus que la défense antimissile soit explicitement décrite comme un simple «complément» à la dissuasion nucléaire. Le texte, en anglais, rappelle solennellement que «la dissuasion, fondée sur un dosage approprié de capacités nucléaires et classiques, demeure un élément central de la stratégie d'ensemble» de l'Alliance. Pour apaiser les inquiétudes de la France - et celles du Royaume-Uni -, les auteurs ajoutent: «aussi longtemps qu'il existera des armes nucléaires, l'Otan restera une alliance nucléaire».

Le bouclier antimissile est lui aussi présenté comme «un élément central» de la nouvelle stratégie, mais seulement au titre «de la défense collective». Dans un paragraphe distinct, l'Allemagne obtient que l'Otan s'engage à promouvoir le désarmement, avec comme objectif ultime «un monde sans arme nucléaire». Mais cela devra se faire, insiste le texte, «sur la base d'une sécurité intacte (undiminished)» pour chacun des alliés.

En poussant le curseur vers une dissuasion forte, le compromis traduit l'affaiblissement de la position de Guido Westerwelle. En mars, celui-ci avait été la cheville ouvrière d'une lettre demandant à Washington de retirer 200 bombes nucléaires tactiques du sol européen. Les chefs des diplomaties belge, luxembourgeoise, néerlandaise et norvégienne l'avaient signée. Selon un haut responsable de l'Otan, la question pourrait être confiée à un groupe de sages, hors du périmètre de décision de l'Alliance.

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