mardi, 02 août 2011

Afrique de l'Est

02/08/2011 à 10h:24 Par Marie Villacèque

Femme aveugle et ses petits-enfants dans un camp de réfugiés de Daadab (Kenya), le 1er août 2011. Femme aveugle et ses petits-enfants dans un camp de réfugiés de Daadab (Kenya), le 1er août 2011. © Tony Karumba/AFP

 

La crise était annoncée depuis près d'un an. Désormais confrontée à la pire famine depuis soixante ans en Afrique, la communauté internationale peine à mobiliser les fonds nécessaires pour venir en aide aux victimes. Les cris d'alarmes se multiplient.

C’est la pire depuis soixante ans. La sécheresse qui sévit dans la Corne de l’Afrique a entraîné une grave crise alimentaire, qui menace près de 12 millions de personnes du Kenya à la Somalie, en passant par Djibouti et l’Éthiopie. La catastrophe était annoncée depuis des mois par le Programme alimentaire mondial (PAM) et l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO). Aujourd’hui, la Somalie – où la pluie n’est pas attendue avant novembre – est le pays le plus touché.

La famine a jeté sur les routes des milliers de Somaliens, dont un grand nombre d’enfants. D’après le Haut-Commissariat de l’ONU pour les réfugiés (HCR), ce sont chaque jour quelque 1 300 personnes qui affluent dans le camp de réfugiés de Dadaab (photo ci-dessous, © AFP), à l’est du Kenya, dans un état de santé souvent « alarmant ». Beaucoup convergent aussi vers celui de Dollo Ado, en Éthiopie, où le taux de mortalité, qui touche principalement les enfants de moins de 5 ans, est quinze fois supérieur à la moyenne de l’Afrique subsaharienne (7,4 décès sur 10 000 personnes par jour, contre 0,5 en temps ordinaire et 1 en situation d’urgence). Les Nations unies estiment que près de la moitié de la population somalienne, soit 3,7 millions de personnes, dont 2,8 millions vivant dans le Sud, est affectée par cette crise.

"Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre"

Face à la gravité de la situation, certains des insurgés islamistes Shebab, affiliés à Al-Qaïda et qui contrôlent la plus grande partie des zones sud de la Somalie (dont les deux régions où l'ONU a déclaré l'état de famine le mois dernier), ont réclamé l’aide des organisations humanitaires à qui ils interdisaient l’accès aux populations depuis 2009. Celles-ci ont déjà acheminé plus de 5 tonnes de vivres et de médicaments dans la région de Baïdoa, au centre du pays. Mais la communauté internationale tarde à se mobiliser. Ban Ki-moon, le secrétaire général de l’ONU a insisté : « Nous ne pouvons pas nous permettre d’attendre. »

L'urgence est réelle, d'autant que la famine pourrait bientôt « s'étendre à cinq ou six autres régions en Somalie », a mis en garde lundi la chef des opérations humanitaires de l'ONU, Valerie Amos. Les Nations unies ont un « besoin urgent de 1,4 milliard de dollars supplémentaires pour sauver des vies », a-t-elle ajouté, alors que seul un milliard de dollars a déjà été promis par la communauté internationale. « Des dizaines de milliers de Somaliens ont déjà été tués (par la famine) et des centaines des milliers sont menacés, avec des conséquences pour la région toute entière », a-t-elle dit.

Les personnes souffrant de faim, « en particulier des enfants, meurent alors même qu'elles marchent pour trouver de la nourriture », a-t-elle ajouté, expliquant que « si nous pouvons empêcher (ces personnes) de marcher sur ces longues distances, nous éviterons un grand nombre de morts ». Près de 3,7 millions de personnes en Somalie, 4,5 en Ethiopie, 3,7 au Kenya et des centaines de milliers à Djibouti, pour un total de 12,4 millions, ont besoin d'aide, a-t-elle conclu.

L'UA et la BAD démunis

Critiquée pour sa passivité, l'Union africaine (UA) tente de réagir. Elle a annoncé dimanche une conférence d'aide aux victimes de la famine, laquelle doit se tenir le 9 août à Addis Abeba avec des chefs d'État africains, et des représentants des blocs économiques régionaux ainsi que d'autres partenaires internationaux, a précisé l'UA dans un communiqué.

De son côté, Donald Kaberuka (photo ci-contre, © AFP) a estimé lundi que la famine a en partie été provoquée par un « échec collectif à mettre fin à la guerre civile en Somalie. (...) L'épicentre de la crise se situe dans les parties de la Somalie qui ne fonctionnent pas », a précisé le président de la Banque africaine de développement (BAD), qui a exhorté la communauté internationale à « agir pour aider » les régions de Somalie en paix - notamment le Somaliland et le Puntland.

L'ancien ministre des Finances du Rwanda a également appelé à mieux épauler la force de paix de l'Union africaine, l'Amisom, qui tente de stabiliser le pays. « Elle manque d'effectifs, est sous-équipée et n'a pas assez de soutien logistique. Si c'était le cas, elle aurait facilement pu apporter la stabilité (...) pour permettre aux Somaliens de commencer à discuter du type de gouvernement qu'ils souhaitent avoir », a-t-il souligné. (avec AFP)


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mercredi, 29 juin 2011

Sénégal


 
29/06/2011 à 09h:20 Par Jeune Afrique
 
L’épave d’un véhicule incendié devant l’enseigne de la Senelec, le 28 juin. L’épave d’un véhicule incendié devant l’enseigne de la Senelec, le 28 juin. © AFP

Le gouvernement sénégalais à mis en garde les émeutiers mardi, vingt-quatre heures après les violentes émeutes contre les coupures de courant à Dakar, se disant prêt à employer la force. La venue du président sénégalais Abdoulaye Wade au sommet de l'Union africaine à Malabo semble compromise.

Vingt-quatre heures après les émeutes contre les coupures d’électricité, le gouvernement sénégalais réagit. Mardi soir, le ministre sénégalais de l’Intérieur Ousmane Ngom affirmé à la RTS (Radio télévision sénégalaise, publique) que « les forces de défense et de sécurité ont été instruites de se déployer partout où besoin sera pour rétablir l'ordre et réprimer avec la dernière énergie et tous les moyens nécessaires ces actes de pillage et de vandalisme ».

Dans la nuit de lundi à mardi, des violences ont blessé au moins quatre personnes à Dakar. Des manifestants avaient bloqué des voies par des barrages de fortune ou des feux, qui ont touché plusieurs bâtiments publics, malgré des interventions par endroits des forces de l'ordre.

Dix agences de la Senelec détruites

Un groupement privé de transporteurs a annoncé trois agents blessés et « 44 bus cassés », tandis qu’un témoin a raconté qu'un gardien d'une résidence a été blessé par des pilleurs, selon des témoignages diffusés par la RTS.

Depuis cinq jours, dix des agences de la Senelec (compagnie nationale d’électricité) ont été détruites à Dakar et ses banlieues, ainsi qu'à Keur Massar, Mbour et Thiès (est de la capitale), selon un responsable de la société.

« Des enquêtes sont déjà ouvertes pour identifier les auteurs et les mettre hors d'état de nuire », a ajouté Ousmane Ngom.

Annulation du déplacement de Wade à Malabo ?

Le président sénégalais Abdoulaye Wade ne devrait pas se rendre au sommet de l’Union africaine à Malabo (Guinée équatoriale), qui doit débuter jeudi, selon des sources concordantes, même si, selon un responsable à la présidence, rien n'est encore arrêté à ce sujet.

Le porte-parole de la présidence, Serigne Mbacké Ndiaye, a également pris la parole mardi soir pour exhorter les populations à circuler « en toute quiétude », assurant que « les forces de sécurité contrôlent et maîtrisent parfaitement la situation ».

Le retrait de la candidature de Wade : nouvelle revendication

Jeudi 23 juin, il avait déjà été la cible d’une manifestation réclamant le retrait de son projet de révision constitutionnelle. Celui-ci prévoyait l'élection simultanée d'un président et d'un vice-président avec un minimum de 25 % des voix au premier tour dès février 2012.

Le projet a depuis été retiré, mais mardi soir, le « Mouvement du 23 juin », coalition de partis d'opposition et d'organisations de la société civile, a appelé à la poursuite des manifestations contre la candidature d’Abdoulaye Wade en 2012. Cette revendication est reprise par d’autres membres de la société civile, dont les chanteurs Youssou Ndour et Didier Awadi. (avec AFP)

jeudi, 12 mai 2011

Union Africaine

L'impuissance de l’Union africaine

Comme sa sœur aînée la fantomatique Organisation de l’unité africaine, l’Union africaine peine pour résoudre les crises multiples qui secouent le continent et à assumer toutes ses responsabilités.

Mouammar Kadhafi avec Denis Sassou Nguesso, Jacob Zuma et Mohamed Ould Abdel Aziz, à Tripoli, le 10 avail 2011, REUTERS/Zohr

l'auteur

Valentin Hodonou


«L’initiative qui a été présentée aujourd’hui est dépassée. Le peuple réclame le départ du guide libyen Mouammar Kadhafi et de ses fils. Toute initiative ne tenant pas compte de cette demande n’est pas digne de considération.»

En quelques mots, Moustapha Abdeljalil, le chef des rebelles libyens a opposé le 11 avril 2011 à Benghazi une fin de non-recevoir à la médiation de l’Union africaine (UA), acceptée la veille par Mouammar Kadhafi. La feuille de route proposée par l’organisation panafricaine visait à trouver une issue pacifique au conflit en Libye. Elle prévoyait notamment la «cessation immédiate des hostilités», la facilitation de l’acheminement de l’aide humanitaire aux populations, mais aussi le lancement d’un dialogue «entre les parties libyennes».

C’est une humiliation pour la délégation africaine, composée du président de la République du Congo Denis Sassou Nguesso et de ses homologues Amadou Toumani Touré (Mali) et Mohamed Ould Abdel Aziz (Mauritanie). (Jacob Zuma, qui faisait partie du groupe à Tripoli, n’a pas effectué le déplacement dans la capitale des insurgés.)

Un camouflet qui confirme la mise hors jeu de l’UA dans le dossier libyen —ce qu’a reconnu à demi-mot et tout en le déplorant Jean Ping, le président de la Commission de l’organisation le 24 mars dernier, au micro de RFI:

«Lorsque l’Union européenne et les autres préparaient la résolution 1973 et son application, personne n’a demandé notre avis. Madame Catherine Ashton et Alain Juppé sont allés au Caire, mais pas à Addis-Abeba. C’est la raison pour laquelle nous ne sommes pas venus non plus au sommet international Union européenne-Union africaine-Ligue Arabe sur la Libye, organisée à Paris le 19 mars dernier. Nous ne voulions pas faire de la figuration.»

Quelques semaines après ses atermoiements et son incapacité à faire appliquer de façon concrète ses propres résolutions en Côte d’Ivoire, c’est une contre-performance de plus de la part de l’organisation panafricaine.

L’UA pour faire oublier la fantomatique OUA

De quoi apporter de l’eau au moulin de tous ceux qui doutent d’elle, et qui y voient la copie conforme de sa sœur aînée, l’Organisation de l’unité africaine (OUA), très critiquée —souvent à juste titre— pour ses criantes carences. Créée en 1963 à Addis-Abeba (Ethiopie), l’OUA avait largement échoué dans la plupart des objectifs qu’elle s’était fixés. Echec sur le renforcement de la solidarité entre Etats membres et la coordination de leurs politiques. Fiasco sur la défense de leur souveraineté, l’intégrité de leurs territoires et de leur indépendance. Témoins les conflits au Liberia, en Somalie, en Sierra Leone, au Rwanda, au Burundi et en République démocratique du Congo.

Portée sur les fonds baptismaux en juillet 2002 à Lusaka (Zambie) à l’initiative des anciens présidents du Nigeria Olusegun Obasanjo, d’Afrique du Sud Thabo Mbeki —le chantre de la Renaissance africaine— et du guide libyen Mouammar Kadhafi, l’UA était censée faire oublier l’OUA. Et s’était fixé des objectifs très ambitieux: œuvrer à la promotion de la démocratie, des droits de l’homme et du développement à travers le continent, surtout par l’augmentation des investissements extérieurs par l’intermédiaire du programme du Nouveau partenariat pour le développement en Afrique (Nepad).

De nouvelles institutions inspirées de l’Union européenne sont créées et, en 2003, Alpha Oumar Konaré (président du Mali de 1992 à 2002) est nommé président de la Commission. Les décisions prises et les recommandations formulées par les chefs d’Etat africains au sommet d’Addis-Abeba en juin 2004 —en particulier la promotion de la démocratie et de la bonne gouvernance— persuadent ce démocrate et panafricain convaincu que le moment est venu de faire de la jeune organisation le fer de lance d’une Afrique nouvelle, prête à se réformer en profondeur, à regarder en face ses maux sans tabou et à se donner les moyens d’y remédier. Son tonitruant «l’Afrique est de retour» reste encore dans toutes les mémoires.

Mal lui en a pris. Très vite, toutes ces bonnes résolutions sont tombées dans les oubliettes. Et Konaré s’est retrouvé confronté aux mêmes maux qui avaient plombé l’OUA: immobilisme des chefs d’Etat —notamment les plus anciens— et manque criant de moyens. Pour mémoire, en juillet 2006, lors du sommet de Banjul (Gambie) seuls 12 Etats membres sur 53 avaient versé leur cotisation. Onze pays, très mauvais payeurs, étaient suspendus. Les arriérés s’élevaient à 931.189.331 dollars (647,37 millions d’euros). Et pas sûr que les choses aient fondamentalement changé cinq ans plus tard.

Autre mauvaise surprise pour l’ancien chef de l’Etat malien: contrairement à la Commission européenne dont la fonction principale est de proposer et mettre en œuvre les politiques communautaires —elle joue en quelque sorte le rôle de gardienne des traités et veille à leur application— la Commission africaine n’a aucun pouvoir. Tout au plus, les chefs d’Etat africains la considèrent comme un secrétariat exécutif, analyse un politologue africain.

Les échecs de l'Union africaine

Du coup, les réussites de l’UA peuvent se compter sur les doigts d’une main. Le Nepad, plus personne n’en parle. Même l’un de ses inspirateurs, le président sénégalais Abdoulaye Wade reconnaît que c’est un échec. Pire, l’organisation n’a jamais véritablement brillé dans la prévention et la résolution des nombreux conflits qui ont déchiré le continent africain ces dernières années.

Sans la fermeté des Etats-Unis, qui ont pesé de tout leur poids pour faire partir Charles Taylor, rien ne dit que la guerre civile aurait pris fin au Liberia en 2003. Elle a fait preuve de la même impuissance en Sierra Leone. Il aura fallu que la Grande-Bretagne, l’ancienne puissance colonisatrice, prenne les choses en main en y envoyant ses troupes d’élite pour mettre définitivement hors d’état de nuire les sinistres rebelles du RUF du sanguinaire Foday Sankoh, qui avait mis le pays à feu et sang.

Dans le domaine des droits de l’homme, l’UA n’a pas non plus fait des étincelles. Récemment, elle n’a pas pipé mot sur les bombardements de Mouammar Kadhafi sur son propre peuple en Libye. Comme elle avait fermé les yeux sur les extravagances et les dérapages du président zimbabwéen Robert Mugabe. Si, au Darfour, elle a réussi à obtenir un accord partiel, elle a manqué de fermeté vis-à-vis du gouvernement dans ce conflit qui sévit au nord-ouest du Soudan depuis 2003. Autre tache sombre sur sa jeune histoire, la façon dont elle a géré la crise déclenchée au Togo après le décès de son ancien président, le général Gnassingbé Eyadéma et le conflit qui s’en est suivi avec la prise du pouvoir contestée de son fils Faure Gnassingbé en 2005.

Un manque de volonté politique?

Au cours de ces événements dramatiques, Olusegun Obasanjo, alors président en exercice de l’Union, avait désavoué publiquement Alpha Oumar Konaré et les positions prises par ce dernier. Le président de la Commission, qui s’était insurgé contre les exactions de l’armée togolaise à l’encontre des militants de l’opposition, avait nommé en mai 2005 l’ex-chef d’Etat zambien Kenneth Kaunda comme représentant spécial pour le Togo, chargé de diriger une commission d’enquête sur les violences postélectorales. Choix validé par le Conseil de la paix et de sécurité de l’Union... mais jugé «nul et non avenu» par Olusegun Obasanjo.

Alpha Oumar Konaré, qui ne s’en est jamais remis, a préféré jeter l’éponge en 2007 à l’expiration de son premier mandat —non sans avoir exprimé sa très grande amertume (fichier DOC) en juin 2006, lors de la 9e session ordinaire du Conseil exécutif de l’organisation à Banjul:

«L’Union africaine est trop lourde. Ses chefs d’Etat marquent délibérément le pas et manquent cruellement de volonté politique […] Ma conviction en l’Afrique unie est forte, même si je dois dire aujourd’hui que mon enthousiasme s’émousse…»

Un état des lieux sans concession que Jean Ping, l’ancien ministre des Affaires étrangères du Gabon, qui lui a succédé le 1er février 2008 pourrait signer des deux mains.

Valentin Hodonou