vendredi, 06 novembre 2009

Kareyce Fotso, émotions sensibles

L’espoir de la scène camerounaise

Sélectionnée pour la finale du Prix Découvertes RFI 2009, qui se tiendra le 25 novembre à Lomé, au Togo, la chanteuse camerounaise Kareyce Fotso débute une carrière personnelle prometteuse après avoir fait ses classes en effectuant de nombreuses tournées au sein du groupe Korongo Jam. Portrait.


Sa voix respire la quiétude. Dès que Kareyce se met à parler, une bulle de calme emplit soudain l’espace tout autour, tel un décor naturel conçu sur mesure pour la jeune chanteuse.

Début octobre, lors des 6e Jeux de la Francophonie organisés à Beyrouth, son univers feutré a séduit le jury du concours "chanson", qui lui a attribué la médaille d’argent après sa prestation sur la scène du casino. Moment fort en émotion. Pendant l’attente des résultats, anxieuse, elle est allée s’enfermer dans sa loge. "Les gens venaient toquer à ma porte, mais je ne sortais pas. Lorsque le palmarès a été connu, ma première réaction a été d’éclater en sanglots. Et à l’instant, j’avais envie de me retrouver dans mon pays, de partager ma joie avec ma famille, mes amis, ceux qui ont cru en moi pour leur dire qu’ils n’avaient pas misé sur le mauvais cheval."

Heureuse d’avoir été récompensée, Kareyce a pourtant failli ne pas faire le voyage au Liban avec le reste de la délégation camerounaise. Pour être retenu, il fallait d’abord prendre part à une compétition à l’échelle nationale sous l’égide du ministère de la Culture fin 2008. Cette étape liminaire ne suscitait guère l’enthousiasme de la jeune femme, plutôt sceptique. C’est d’ailleurs un ami sculpteur qui décide de l’inscrire et doit longuement insister pour qu’elle ne fasse pas faux bond le matin même de la sélection.

La chanteuse finit par se laisser convaincre et arrive sur place avec un retard qui lui vaut inévitablement d’être houspillée par le jury. A la différence des autres candidats, elle est venue seule, avec sa guitare. "Au départ, ce n’était pas un choix. Je n’avais pas voulu appeler mes musiciens parce que je me sentais un peu bousculée, obligée d’être présente. Mais ce jour-là, j’ai eu une standing ovation et c’est à partir de ce moment que j’ai commencé à croire que je n’avais peut-être pas besoin d’être accompagnée sur scène", se souvient-elle. Un vrai déclic. L’idée de se produire en solo devient plus évidente à la suite des sélections nationales.

La découverte de soi


Quelques semaines plus tard, elle répond à l’appel à projet lancé par Culturesfrance pour le programme Visas pour la création. Son dossier est accepté. Une résidence de trois mois débute en mai 2009 à Bourges, en France. Kareyce y retrouve François Kokelaere dans le rôle de directeur artistique. "Il m’a permis de me regarder dans la glace et de me voir telle que je suis. J’ai enlevé le côté caricatural. Au-delà de la musique, j’avais l’impression de me découvrir moi-même."

Sa rencontre avec le talentueux percussionniste français, fondateur entre autres de l’ensemble des Percussions de Guinée, remonte à l’époque où il avait apporté ses conseils au groupe Korongo Jam d’Erik Aliana. Recrutée comme choriste et danseuse au sein de cette formation où elle est restée près de six ans, la jeune femme avait été repérée alors qu’elle était encore étudiante à l’université Yaoundé 1.

Inscrite d’abord en biochimie – "le pire moment de ma vie : je me suis ennuyée comme jamais ! ", s’amuse-t-elle à dire aujourd’hui –, elle change rapidement d’orientation pour démarrer un BTS audiovisuel. Son père, sculpteur de profession, est trop conscient de la précarité dans laquelle vivent le plus souvent les artistes pour souhaiter que ses enfants s’engagent sur cette voie. Le frère de Kareyce en fait les frais, envoyé en internat pour l’éloigner de la musique. Mais il parvient à convaincre ses parents de laisser sa sœur aller au bout de ses rêves.

De multiples influences


Un contrat est passé : tant qu’elle rapportera de bonnes notes, elle pourra continuer. A l’école, dès l’enfance, elle s’est mise à chanter ses cours ou détourner les génériques des dessins animés, pour le plus grand plaisir de ses camarades de classe, prêts à se cotiser afin de l’entendre lorsqu’elle voulait se faire désirer.

Marquée par les berceuses fredonnées par sa mère, pleureuse bamileke, elle revendique aussi l’influence d’Anne-Marie Nzié. "Une des meilleures voix du monde", souligne-t-elle. "Elle m’apprit à chanter tous les jours. Pas de personne à personne, mais en l’écoutant tout le temps. " Elle cite aussi Miriam Makeba, BB King Ella Fitzgerald ou encore Erykah Badu. Sans oublier les artistes africains : Ismaël Lo, Cesaria Evora, Richard Bona…

Quand l’aventure avec Korongo Jam s’est terminée, Kareyce se sentait "psychologiquement et moralement prête" pour concrétiser son projet personnel. Quitte à

s’autoproduire. Son afro folk aux sonorités acoustiques, où la voix tient une grande place, a pris forme en studio, autour d’un concept que traduit le titre de son album Mulato, paru récemment au Cameroun. "Ça veut dire métisse", explique-t-elle. "Je suis une Bamileké mais je suis née chez les Béti et, à travers ce disque, j’avais envie de montrer la richesse de posséder ces deux cultures-là." Un appel au partage, à l’ouverture.

Votez pour le prix Découvertes RFI 2009

Mayolé

par Kareyce Fotso

Bertrand  Lavaine

Hugues Aufray revisite Bob Dylan

Récit d’une amitié

Hugues Aufray revient avec Newyorker. Un disque de duos sur lequel il chante ses fameuses adaptations françaises des classiques de son maître et ami américain en compagnie de Johnny Hallyday, Alain Souchon, Francis Cabrel, Laurent Voulzy, Eddy Mitchell, Arno et quelques autres.


En 1965, Hugues Aufray sortait un premier album d’adaptations françaises de chansons de Bob Dylan – un disque qui faisait découvrir le révolutionnaire de la musique américaine à beaucoup de Français. Avec quelques phrases élogieuses de son ami sur la pochette, il présente maintenant Newyorker, album de duos avec une brochette de sommités de la chanson française.

RFI Musique : Vous n’étiez pas encore une célébrité en France quand vous avez découvert Bob Dylan.
Hugues Aufray : En 1961, après avoir fait quelques disques, je suis invité par Maurice Chevalier pour représenter la France à un gala de bienfaisance à New York. Je découvre la capitale du XXe siècle, je découvre des artistes extraordinaires et je me dis que c’est dans cette musique et dans ce pays que j’ai envie de grandir. Je reviens à la première occasion et c’est là, alors que je fais pendant six mois la première partie de Peter, Paul & Mary au Blue Angel, grand cabaret chic, que je découvre au Gerde’s Folk City, un bouiboui du Village, un jeune garçon avec un harmonica autour du cou, qui chante toutes ces chansons qui vont devenir des légendes. Quand je rentre en France six mois plus tard, j’ai fait le plein de chansons américaines, qui vont devenir à partir de 1962 le fonds de mon répertoire et me donner mes premiers tubes.

L’idée de traduire Bob Dylan vous est venue seulement en 1965 ?
Non, j’en ai eu envie dès que je l’ai découvert à New York. C’est une démarche purement artistique et humaine : j’ai seulement envie de le partager, comme on parle à un ami d’un livre que l’on a lu. Mais en 1962-63, personne à Paris ne connaît Bob Dylan et Eddie Barclay ne veut pas entendre parler d’un tel disque. Par ailleurs, son manager Albert Grossman met presque deux ans à répondre et à me donner l’autorisation d’adapter ses chansons. Mais, pendant cette période, je deviens vedette, je donne deux ou trois cents galas par an, j’enregistre beaucoup. A l’époque, j’ai deux partenaires de chansons : Vline Buggy et Pierre Delanoë. Comme Vline est partie en tournée avec Claude François, j’appelle Pierre et nous partons avec Jean-Pierre Sabar, mon pianiste, nous installer dans trois chambres que j’ai louées à Saint-Rémy-de-Provence. Là, nous faisons douze chansons en quinze jours, ce qui pour moi est une performance – il m’est arrivé de mettre vingt ans à écrire certaines chansons.

A l’époque, quel est l’accueil d’Aufray chante Dylan ?
C’est un succès, mais moindre qu’avec des chansons populaires comme Céline, Stewball ou Santiano. En revanche, c’est une révolution dans le monde de la chanson française. Des jeunes comme Renaud, qui n’a pas encore commencé à écrire, découvrent Dylan avec ce disque. Quand je chante à l’Olympia, Coquatrix fait écrire sur l’affiche : "Le tournant de la chanson française". Et c’est exactement ça : à partir de ce disque, des jeunes Français vont composer autrement. Ces chansons précèdent et annoncent Mai 68 : "Vous, les pères et les mères de tous les pays/Ne critiquez plus car vous n'avez pas compris/Vos enfants ne sont plus sous votre autorité/Sur vos routes anciennes, les pavés sont usés".

En 1996, vous avez enregistré d’autres chansons de Dylan.
J’avais eu envie d’adapter d’autres chansons, trente ans plus tard. A l’époque, je n’avais plus de maisons de disques (je suis resté dans cette situation pendant vingt-cinq ans, jusqu’en 2005). Aufray Trans Dylan était une marche au-dessus du précédent, avec vingt-quatre chansons dont douze nouvelles. Après les chansons plutôt acoustiques de 1965, il s’agissait de douze titres plus électriques, plus folk rock. Mais ce disque a à peine été diffusé et n’a pas eu de succès.

Qu’est-ce qui vous a amené à reprendre ce chantier une troisième fois ?
Chez Universal, j’ai fait d’abord un disque d’hommage à Félix Leclerc puis un album de chansons nouvelles, Hugh. Ils m’ont suggéré alors de faire un disque de duos sur mes plus grands succès. Je trouvais l’idée un peu réchauffée, après que Michel Delpech, Adamo et quelques autres l’eurent fait. Mais en réfléchissant, je me suis dit que j’apporterais plus avec ces chansons, que je pouvais continuer à faire connaître Dylan à ceux qui ne le connaissent pas en passant par la langue française et en trouvant les interprètes qui conviennent à chaque chanson.

Par laquelle avez-vous commencé ?
Depuis que j’avais écrit l’adaptation de Forever Young, j’avais naturellement l’espoir de la chanter avec Johnny. Qui mieux que lui pour chanter avec moi "puisses-tu vivre jeune à jamais" ? A partir de là, j’ai cherché quelle chanson conviendrait à chaque artiste, quel artiste conviendrait à chaque adaptation.

Quelle était votre feuille de route musicale ?
J’ai voulu faire ressortir les mélodies de Bob Dylan. Actuellement, il les déstructure volontiers sur scène, quitte à décevoir son public. Quelquefois le poète est devant, quelquefois il éclaire, quelquefois il aveugle. Et Dylan n’a jamais apprécié d’être suivi par une meute de gens qui ne le comprennent pas forcément pour ce qu’il est vraiment. Quand Pete Seeger va chercher une hache pour couper le fil de sa guitare électrique au festival de Newport, il n’est pas mécontent de décevoir ceux qui l’ont encensé. Mais je ne peux pas me permettre de démolir ses chansons – lui seul en a le droit. J’ai essayé de les faire réapparaître dans leur musicalité primitive. Alors, avec les musiciens américains qui ont travaillé sur l’album – et qui, pour la plupart, ont travaillé pour Dylan –, j’ai cherché la couleur d’arrangements qui pouvait faire resurgir mélodie, harmonie et cadences poétiques de chaque chanson.

Mais il y a des versions assez surprenantes, comme Tout comme une vraie femme chanté par Jane Birkin…
Quand elle est venue en studio, elle a d’abord eu des problèmes avec la mélodie de la chanson, avec les paroles en français, avec sa voix… A la fin, j’avais un enregistrement dont je ne savais pas quoi penser. Mais quand je l’ai fait écouter à mon entourage, tout le monde m’a dit : "C’est génial, elle se promène dans la chanson avec la même liberté que Dylan lui-même ! "


Au coeur de mon pays

Hugues Aufray Newyorker (Mercury-Universal) 2009

En concert les 6 et 7 novembre 2009 au Grand Rex à Paris puis en tournée.

Bertrand  Dicale

Bassekou Kouyate, le maître et ses ngonis

Par RFI


Remarqué à chaque fois qu’il se produit sur scène avec son groupe de ngonis heros, récompensé à plusieurs reprises pour son album Segu Blue, le Malien Bassekou Kouyate a visiblement fait mouche depuis qu’il a mis en place son projet d’orchestre de ngonis en révolutionnant ce luth traditionnel africain. Une démarche encore davantage affirmée à travers son second album I Speak Fula.


RFI Musique : Qu’est-ce qui a vous donné envie de monter une formation axée autour du ngoni ?
Bassekou Kouyate : C’est un très vieil instrument de griot mais nos parents n’ont pas essayé de le valoriser, de le faire connaître sur le plan international. Les jeunes le délaissaient. Moi, comme j’ai beaucoup voyagé, beaucoup fait de tournées, j’ai eu l’idée de former un orchestre de ngonis, avec en plus une calebasse et une petite yabara (ndlr : percussion en forme de gourde) à la place de la grosse caisse et du charleston de la batterie. J’ai donc créé un ngoni basse à la place de la guitare basse, car ça n’existait pas chez nous. J’ai fait un ngoni medium et j’ai cherché un son de ngoni solo. Le quatrième ngoni, c’est un peu pour renforcer la basse et les mediums.

Pourquoi avoir attendu si longtemps alors que vous avez débuté votre carrière de musiciens il y a plusieurs décennies ?
Ce n’est pas facile de démarrer une carrière solo, j’ai préféré avancer petit à petit. J’ai commencé d’abord avec ma mère, Yagaré Damba. Mon père, grand joueur de ngoni, était malade à ce moment-là. Après je me suis installé à Bamako et j’ai accompagné toutes les cantatrices maliennes. Avec le joueur de kora Toumani Diabaté, on a fait neuf CDs ensemble. La première fois que je suis allé en Europe, c’était avec Toumani et Habib Koite. On avait un groupe, tous les trois. J’ai travaillé avec Taj Mahal, Dee Dee Bridgewater, Damon Albarn, Youssou N’Dour, Ali Farka Touré… C’est à la mort d’Ali que j’ai décidé de former un orchestre de n’gonis.

En quoi a-t-il été un déclic dans votre démarche ?
Quand je venais chez lui, il prenait toujours ma main et me disait que c’était comme du diamant noir. Il me demandait ce que je t’attendais pour faire quelque chose pour moi, me disait que je ne pouvais pas passer ma vie à accompagner les autres, qu’il fallait que le monde me découvre. Ali était un vieux qui avait un bon cœur avec nous, les jeunes. Un jour, alors que j’étais dans ma voiture en train d’arriver à la maison, le téléphone a sonné. C’était Nick Gold, le producteur d’Ali Farka Touré. Il était à Bamako et me disait qu’Ali avait besoin de moi le lendemain matin, à dix heures au studio Bogolan. Je suis venu avec mon ngoni. Ali était content, il m’a dit de m’asseoir et a fait installer un microphone. Il a pris sa guitare, et au bout de deux minutes, il a di : "On enregistre". Deux minutes de répétition et on a fait l’album Savane !

On connaît la légende du balafon qui remonte à l’époque glorieuse de l’empire mandingue, mais quelle est l’histoire mythique du ngoni ?
Ça n’a pas été écrit, c’est seulement d’après ce qu’ont dit nos parents. Voilà l’histoire : un de mes aïeuls se trouvait à côté du fleuve Niger. Il y avait là une fille qui était assise en train de jouer du ngoni. Quand elle a arrêté de jouer, il a applaudi et lui a dit que c’était un très bel instrument avec un bon son. Comme il aimait le ngoni, elle lui a donné en ajoutant qu s’il savait le maîtriser, il pourrait gagner sa vie avec, et ses enfants et petits-enfants aussi. Dès qu’il a commencé à jouer, la femme a disparu. A l’époque de l’empire Ghana – les Blancs n’étaient pas encore arrivés en Afrique – on jouait déjà du ngoni pour le roi Djabé Cissé. La kora et le balafon sont arrivés après. Nos ancêtres l’ont gardé pour la musique royale. Pour écouter, il fallait être roi, ou grand guerrier.

On raconte aussi que vous avez modernisé la pratique du ngoni en le jouant debout, alors que la tradition voulait qu’on soit assis. Est-ce exact ?
Vers 1980, la cantatrice Naïny Diabaté voulait faire une émission à la télévision malienne et elle nous avait invités, les musiciens du Rail Band, pour qu’on l’accompagne. Tous les guitaristes, comme Djelimady Tounkara, étaient devant avec leur instrument en bretelle. J’étais le seul assis derrière. Alors j’ai cherché deux punaises que j’ai mises aux bouts du ngoni et j’ai déchiré une chambre à air pour l’accrocher. Quand les autres m’ont demandé ce que je faisais, je leur ai dit que je voulais faire la même chose qu’eux. Et depuis, tout le monde s’est mis debout avec le n’goni !

Vous avez été récemment décoré par le Président de la République malienne, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Etre chevalier de l’ordre national du Mali, ce n’est pas n’importe quoi. Ça donne une responsabilité car on représente notre pays partout comme des ambassadeurs : quand on fait quelque chose, c’est un peu comme si c’est le Mali qui l’avait fait. Comme mon premier album Segu Blue m’a permis de recevoir deux BBC Awards, dont celui de meilleur artiste africain en 2008, les jeunes de mon pays ont vu qu’on pouvait faire quelque chose avec le ngoni au lieu de prendre la guitare. C’est très important pour moi. Comme si j’avais sauvé un instrument.


Torin Torin

par BASSEKOU KOUYATE

Bassekou Kouyate & Ngoni ba I Speak Fula (Outhere/La Baleine) 2009

En tournée en Allemagne du 6 au 9 novembre 2009

Bertrand  Lavaine

jeudi, 05 novembre 2009

Le design pour développer l’artisanat nigérien

Des artisanes et la créatrice de mode française Catherine Pradeau marient traditions et modernité

Trente-cinq artisanes venues des quatre coins du Niger ont suivi, pendant deux mois, une formation en création et design dispensée par Katherine Pradeau, dans le cadre du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem), qui se tient à Niamey jusqu’au 8 novembre. Une expérience qui, sur le plan artistique, a donné de fructueux résultats, et remplit d’espoir celles qui l’ont menée.

Des poteries habillées de délicats justaucorps en vannerie, du linge de maison savamment teint et rehaussé de fines croix de Tahoua, des sacs et housses de cuir décorés de motifs touaregs brodés... Des objets aux formes harmonieuses et modernes, nés de la rencontre inédite de trente-cinq artisanes du Niger, héritières de traditions centenaires, et de la créatrice de mode et designer française Katherine Pradeau [1]. « On a beaucoup échangé entre femmes, sur leur savoir-faire, pour l’améliorer tout en gardant leurs techniques ancestrales et leur identité, mais en innovant. », explique celle qui a dispensé une formation pendant deux mois à Niamey.

L’objectif affiché de Katherine Pradeau et d’Aïchatou Kané, la coordinatrice du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem) qui l’a sollicitée : « ouvrir de nouveaux marchés » aux artisanes nigériennes. Leurs créations se vendraient davantage en Occident si elles innovaient et s’adaptaient aux besoins et exigences du marché, estiment-elles. La méthode employée pour faire émerger du neuf de pratiques anciennes : le dialogue, la réflexion, l’échange entre des artisanes issues du même pays mais qui n’avaient jamais travaillé ensemble. Ainsi, Adi Idi Foda, potière de Miria, a dû inventer de nouvelles formes et s’associer à Ahi Ousmane, une vannière de Difa, une autre localité du Niger. Daro Bermini et Absatou Himadou, brodeuses d’ethnies peulh bororo et haoussa ont dû partager leurs connaissances. « Je suis très contente qu’Absatou m’ait appris ce qu’elle sait et de faire des choses que je n’avais jamais réalisées, comme la broderie sur les draps », confie Daro. Toutes les artisanes ne réussissent cependant pas l’exercice avec la même facilité, « certaines sont difficiles à faire évoluer, révèle Katherine Pradeau, et ce sont surtout les maroquinières et les potières qui sont les plus créatives ».

Une créativité et une authenticité qui plaisent à Laurence Vêne, responsable de Jasuka, une galerie qu’elle a créée à Paris, en 2007, et dans laquelle elle expose de l’art du Niger et d’Amérique latine. Eblouie par les objets présentés dans le pavillon Wouro Debbo (maison de la femme en fulfuldé), elle en a déjà inscrit plusieurs à son catalogue. « Les savoir-faire se perdent, surtout les motifs traditionnels, et c’est ça qui est recherché par les Européens, explique Katherine Pradeau. Donc il est nécessaire d’insuffler la volonté de préservation tout en encourageant l’innovation. » Une leçon qu’a bien apprise Abdoulrazac, 14 ans, le fils d’Adi, la potière de Miria, qui brandit fièrement l’une de ses créations : une poterie en forme de cheval, une figure en voie de disparition que son oncle réalisait autrefois.

De la suite dans les idées

Les artisanes qui ont participé à l’expérience espèrent en tirer profit financièrement. Elles vivent chichement de leur art qu’elles pratiquent durant le peu de temps qu’il leur reste après l’accomplissement de leurs nombreuses tâches domestiques. « Mon rêve, c’est que mes collections touchent plein de personnes qui les achèteront », déclare Adi. Ses consœurs espèrent aussi que cette expérience n’est qu’un début et que d’autres tout aussi enrichissantes suivront. « On est très contentes d’avoir eu cette formation, confie Zéli Hatou, une brodeuse d’Agadez, mais le problème c’est qu’il n’y a pas de suivi. Et sans suivi, on ne voit pas où la formation va aller. » Et Zéli de dresser la liste des lacunes qu’elles voudraient combler. « Par exemple, on aimerait apprendre la gestion. Par exemple encore, à Agadez, on n’a nulle part où vendre en grande quantité. Et notre cuir, il n’est pas d’assez bonne qualité, il sent, donc il faudrait qu’on apprenne à améliorer nos teintures… »

Selon Katherine Pradeau, il faudrait créer « un groupement pour qu’elles soient guidées pour produire en respectant les exigences et les délais des normes internationales ». Une structure dont l’Etat soutiendrait la réalisation, parce qu’« on ne peut pas demander aux artisanes de tout faire : la gestion, la commercialisation, la communication, alors qu’elles sont le plus souvent analphabètes ». En attendant que les autorités nigériennes ne daignent faire ce pas, ce sont les artisanes nigériennes qui, samedi soir, offriront leur content de rêve aux spectateurs présents à la soirée de gala du Safem 2009. Une soirée qui aura pour thème « la tenue traditionnelle adaptée aux besoins du monde moderne », et au cours de laquelle seront présentés au public, lors des défilés de mode, nombre des objets et accessoires qu’elles ont mis tant d’énergie et de talent à accoucher.

Lire aussi :

- SAFEM : l’autonomie de la femme africaine par l’artisanat
- Le commerce équitable, une alternative pour les artisanes africaines ?

[1] Katherine Pradeau a découvert le Niger en 2000, après avoir répondu à une invitation du styliste Alphadi, à l’occasion du Festival international de la mode africaine (Fima) dont la septième édition vient de s’achever. Depuis, elle vient régulièrement dans ce pays où elle collabore avec des artisans locaux pour réaliser ses collections.

Paris accueille le Soweto Gospel Choir

La célèbre chorale sud-africaine électrisera la scène du Théâtre du Châtelet du 4 au 9 novembre

La chorale sud-africaine Soweto Gospel Choir se produit pour la première fois à Paris, au Théâtre du Châtelet, du 4 au 9 novembre. Sillonnant le monde depuis 2002, la formation musicale, issue du township de Soweto, en Afrique du Sud, enchaîne les succès internationaux et construit sa légende.

Il était une fois en Afrique du Sud une chorale formée de plusieurs chœurs d’ Églises. Bien qu’ installée dans le township de Soweto, en banlieue de Johannesbourg, la chorale était célèbre dans le monde entier pour la pureté de ses voix et la beauté de ses chants. Ainsi peut se conter l’histoire du Soweto Gospel Choir. Créée en novembre 2002, la chorale sud-africaine composée de 26 chanteurs a connu en quelques années une ascension fulgurante. Ses cinq albums, ses tournées mondiales et ses distinctions internationales, dont deux Grammy Awards en 2006 et 2007, font de ce chœur l’une des meilleures formations vocales au monde. En France, il donne pour la première fois une série de concerts au Théâtre du Châtelet de Paris du 4 au 9 novembre. Une première à la fois attendue et appréhendée par les chanteurs. « La barrière de la langue nous rend un peu nerveux, mais nous comptons sur le pouvoir de la musique pour toucher le public », a indiqué la choriste Jeho Fata.

A capella ou accompagnés de leurs quatre musiciens, le chœur offre un spectacle époustouflant de grâce et de beauté. Standards du gospel (« Amazing grace, Happy day), chants-africains (Asimbonanga, The lion sleeps tonight), danses zoulou et hip-hop, le Soweto Gospel Choir livre un répertoire riche, coloré, à l’instar des tenues de scène, et sublimé par la pureté des voix. Inventif et réactif, son chorégraphe Shimmy Jiyane s’inspire de la vie quotidienne pour enrichir le spectacle. La communion avec le public s’établit de façon immédiate. « Nous tâchons de rendre les gens heureux, de leur faire ressentir la grâce divine », souligne avec ferveur Jeho Fata. Divine ou athée, une force magnétique se dégage assurément des chants du Soweto Gospel Choir qui doit sa puissance à un profond enracinement dans les quartiers populaires de Soweto.

Un peu de magie sud-africaine à Paris

Célèbre pour avoir été à l’avant-garde des luttes anti-apartheid, le township de Soweto a trouvé en sa chorale de renom le meilleur des ambassadeurs. « Nous incarnons un exemple. Nos voisins nous arrêtent dans la rue, nous demandent des autographes, nous disent qu’ils nous ont vus à la télévision la veille. Ils sont fiers de nous et nous le sommes tout autant car nous véhiculons une image positive de notre quartier », affirme le chorégraphe Shimmy Jiyane, membre fondateur de la chorale.

Depuis maintenant sept ans, la vingtaine d’artistes du Soweto Gospel Choir émeut les publics du monde entier. Aux Etats-Unis, en Australie, en Suède ou au Canada, ils ont collaboré avec les plus grands artistes comme Céline Dion, Diana Ross, Johnny Clegg, et récemment à New York, Stevie Wonder, Alicia Keys, et Carla Bruni-Sarkozy. Extraordinaire ensemble vocal d’une générosité sans borne, la chorale entame avec la France une tournée internationale qui la conduira notamment au Japon et aux Pays-Bas.

mercredi 4 novembre 2009 / par Lola Simonet

Source : afrik.com

Au Théâtre du Châtelet à Paris du 4 au 9 novembre.
Prix des places : de 10 à 68 euros.

Réservations : Théâtre du Chatelet

mercredi, 04 novembre 2009

Fima 2009 : "la nouvelle mode viendra d’Afrique"

La 7e édition du Festival international de la mode africaine s’est tenue du 25 octobre au 1er novembre

Le Festival international de la mode africaine (Fima) a clos ses portes ce dimanche au Niger. Cette septième édition, illustration du professionnalisme et du talent des stylistes africains, marque le début d’une prise de conscience quant à l’impérative promotion des enjeux économiques de la mode.

La mode africaine se porte bien et souhaite s’imposer davantage sur la scène internationale. Un leitmotiv qui anime aussi bien les stylistes installés que les jeunes créateurs récompensés par le concours "L’Afrique est à la mode", organisé par Culturesfrance, qui ont pris part à l’édition 2009 du Festival international de la mode africaine (Fima). Un déluge de créativité et de savoir-faire s’est abattu sur "La Pilule", site du village de Gorou Kirey, situé à 15 km de la capitale nigérienne Niamey, où s’est tenue la septième édition du Fima. Elle s’est achevée dans la nuit de samedi à dimanche dans l’apothéose d’un défilé auquel une vingtaine de créateurs africains ont participé. Les femmes étaient « pink zébrées » pour l’Ivoirien Gilles Touré et « in the Voodoo Mood » pour le franco-camerounais Imane Ayissi. Liens et poupées vaudou ornaient les vêtements noirs et blancs aux lignes très épurées du styliste. Sobriété aussi pour Collé Sow Ardo du Sénégal. Priorité à des femmes et des hommes majestueux habillés dans de longues pièces tissées noires, égayées par des formes géométriques aux couleurs du drapeau de son pays. On sublimera aussi les femmes chez le Burkinabè Bazem’Se en les enveloppant de la douceur du coton bio. Sa compatriote Korotimi Decherf en fera autant en utilisant l’écrin du faso danfani, une autre spécialité textile burkinabè.

Le Ghanéen Benedict a choisi, lui, d’apporter aux femmes l’agitation de sa trépidante et colorée collection urbaine. Puis dans les mains de l’Ivoirien Anderson D., elles sont devenues des insectes aux formes voluptueuses qui finiront totalement débridées dans les étincelantes parures rouge et or de son compatriote Patrick Asso. L’ivoiro-libanais Elie Kuame a continué d’opérer la métamorphose en faisant de ses femmes des fées sensuelles aux rondeurs sublimées par des bustiers rebrodés à la main. Enfin, si elles restent toujours séduisantes avec leur taille marquée par le kente, les femmes retrouvent sagesse et une pureté presque virginale dans les vêtements en dentelle du Français d’origine martiniquaise Paul Hervé Elisabeth. Elles témoignent alors d’une Afrique qui retrouve sa diaspora à travers des étoffes partagées et offrant cette harmonie au monde.

Une mode en transition

Le jury, les participants et les lauréats du concours "L’Afrique est à la mode" de Culturesfrance

Car « la nouvelle mode viendra d’Afrique », selon Sakina M’Sa, styliste d’origine comorienne, et directrice artistique du concours "L’Afrique est à la mode" qui récompense les jeunes créateurs africains. « L’idée derrière ce concours est de soutenir une mode africaine capable de concourir sur la scène économique internationale, de sorte qu’elle ne soit plus reléguée au rang d’objet exotique, muséal. A l’heure où je le dis, on pourrait me prendre pour une foldingue parce qu’on connaît tous la situation économique de l’Afrique. Mais aujourd’hui, les yeux du monde entier sont tournés vers l’Afrique. L’humanité, la fantaisie, la créativité de ce continent ne peuvent qu’apporter du renouveau dans cette industrie ». Renouveau incarné par les 10 finalistes de "L’Afrique est à la mode" qui ont travaillé sur le thème de la « transition », cette transition par laquelle doit passer la création africaine pour se faire une place (méritée) dans le monde. Créer certes, mais faire « utile, vendable et portable », a conseillé aux candidats le styliste ivoiro-burkinabè Pathé’O, membre du jury du concours . Les trois finalistes semblent avoir bien intégré cette donne économique sur laquelle ils ont été jugés en sus de leur talent artistique.

Charlotte Mbatsogo, 24 ans, représentante du Cameroun, est arrivée troisième de l’édition 2009. Fraîchement diplômée d’une école de design, elle participait pour la seconde fois à ce concours. Pour elle, la transition correspond « d’une part à une déstructuration des vêtements classiques afin d’aboutir à de nouvelles formes et volumes, et d’autre part à placer l’Afrique au niveau international ». Le deuxième finaliste Salah Barka, 34 ans, originaire de Tunisie exprime une vision alternative. « J’ai vu l’Afrique à travers de grands thèmes comme l’économie, l’art, la santé, la science. La transition pour moi se fait à tous ces niveaux, d’un point de vue artistique, économique, je pars de la réalité de l’Afrique et je la projette. Une tenue agrémentée d’une casquette militaire représente à la fois un guerrier masaï et les conflits auxquels sont en proie certaines régions du continent. Cependant à travers le reste du vêtement, je montre que l’Afrique ne se réduit pas qu’à cela. » Pour le Sud-Africain Thokozani Maithya Mbatha, alias Black Pepper, 29 ans, le grand vainqueur de "L’Afrique est à la mode", il s’agissait de faire « revivre l’esprit Safari » à travers ses créations. « Nous vivons avec et je voulais que le monde se rende compte que l’esprit Safari est toujours vivant, qu’il se renouvelle et se modernise. Il appartient à l’Afrique mais il ne doit pas y être cantonné. Je souhaite en faire un mode de vie, un label international ».

Faire de la mode un levier de développement pour le continent africain restera l’un des points forts de ce Fima 2009 qui fête cette année ses 11 ans d’existence. « On ne peut pas créer continuellement des choses que l’on ne peut pas vendre, notamment dans un contexte économique réputé difficile », martèle Pathé’O. L’un des doyens de la mode africaine se fait l’avocat d’un impératif pour les créateurs africains : vivre de leur art et faire prospérer leur continent.

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Lundi 2 novembre 2009, par Falila Gbadamassi

Source : afrik.com

Chirac livre sa vérité sur la Ve République

Philippe Goulliaud (lefigaro.fr), 03/11/2009


La couverture de Chaque pas doit être un but, chez NiL Éditions.
La couverture de Chaque pas doit être un but, chez NiL Éditions. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Le premier tome des Mémoires de l'ancien président sort jeudi en librairies.


 

La couverture de «Chaque pas doit être un but», chez NiL Éditions (DR).
La couverture de «Chaque  pas doit être un but», chez NiL Éditions (DR).

Jacques Chirac aurait-il fendu l'armure ? Dans le premier tome de ses Mémoires, Chaque pas doit être un but, à paraître jeudi chez NiL Éditions, l'ancien président de la République se livre comme il ne l'a jamais fait auparavant. Tant sur le plan politique, où il règle quelques comptes avec ses éternels rivaux, Valéry Giscard d'Estaing ou Édouard Balladur, que sur le plan personnel et familial.

Le premier tome de ces Mémoires, qui s'arrête au soir de sa victoire à la présidentielle de 1995, est un témoignage passionnant sur l'histoire de la Ve République par l'un de ses acteurs principaux.

Cet homme qui a toujours cultivé le secret autour de sa vie privée et de ses sentiments parle pour la toute première fois de la maladie de sa fille Laurence (lire ci-dessous). Un drame qu'avant lui son épouse Bernadette Chirac avait évoqué dans son livre Conversations. Jacques Chirac raconte aussi son enfance, ses rêves de jeunesse, quand, gagné par l'appel du large, il avait embarqué à bord d'un navire de la marine marchande.

Il brosse le portrait de tous les présidents de la Ve République. Il dit son admiration pour le général de Gaulle, son affection pour Georges Pompidou, son père en politique. Il revient sur ses relations difficiles avec Valéry Giscard d'Estaing, dont il a favorisé l'élection en 1974 et qui, estime-t-il, ne lui a jamais laissé les moyens d'exercer sereinement sa fonction de chef du gouvernement.

L'ancien premier ministre de la première cohabitation est beaucoup plus indulgent envers François Mitterrand dont il salue la «finesse de jugement», l'«intelligence tactique» et l'amour de la France «indiscu­table». «Si nos convictions semblent à l'opposé l'une de l'autre, probablement l'un est-il moins à gauche qu'il ne le fait croire et l'autre moins à droite qu'il ne le laisse paraître», ajoute-t-il. «Salut l'artiste !» lance-t-il.

Évoquant son échec à la présidentielle de 1988, Chirac reconnaît que les critiques de Mitterrand sur «l'État-RPR n'étaient pas toutes infondées» et qu'il s'était «enfermé, sans toujours (s'en) rendre compte, dans un fonctionnement politique trop partisan et des schémas de pensée trop rigides».

L'ancien président est rentré samedi soir de quelques jours de vacances au Maroc. Dans son bureau, entouré de statues africaines et d'œuvres chinoises qu'il affectionne tant, Chirac s'apprête à affronter la promotion de son livre, dans un contexte qui n'est certainement pas celui dont il aurait rêvé.

Vendredi, il présidera la remise par Kofi Annan et Simone Veil des premiers prix de sa Fondation pour la prévention des conflits. Nicolas Sarkozy devrait y prononcer le discours de clôture.

Quelques jours après son renvoi, par la juge d'instruction Xavière Simeoni, devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des emplois présumés fictifs de la Mairie de Paris, Jacques Chirac l'affirme, il aborde cette épreuve judiciaire avec «sérénité».«Déterminé» à apporter au tribunal la preuve qu'à la mairie de Paris il n'a pas été à la tête d'un «système» au service de ses ambitions élyséennes.

Preuve que Jacques Chirac est bien au centre de l'actualité politique, devant ses locaux de la rue de Lille, à deux pas de l'Assemblée nationale, les photographes font le pied de grue depuis vendredi.

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Claude Lévi-Strauss : «Quand j'ai quitté les Nambikwaras»

Propos recueillis par Sébastien Lapaque (Le Figaro Littéraire), 03/11/2009



Crédits photo : AFP

C'est au Brésil que Claude Lévi-Strauss, né à Bruxelles en 1908, a fait ses premiers pas d'ethnologue. Il avait été envoyé à São Paulo en 1935 dans le cadre de la Mission universitaire française. De cette expérience fondatrice, qu'il a relatée dans Tristes Tropiques, l'anthropologue, membre de l'Académie française, auteur d'une oeuvre capitale dans le domaine des sciences humaines, se souvient soixante-dix ans plus tard à l'occasion de l'année du Brésil. Rencontre à Paris, dans le quartier de Passy, avec un témoin hors du commun, qui vit entouré de ses livres et d'émouvants souvenirs, confessant volontiers son goût pour les choses qui n'existent plus.

Interview publiée dans Le Figaro du 21 avril 2005.

LE FIGARO LITTÉRAIRE. - La «saison culturelle» patronnée par le ministère des Affaires étrangères est, cette année, dédiée au Brésil en 2005. N'avez-vous pas le sentiment qu'elle est l'occasion d'une ferveur toute particulière de la part des Français ?

Claude LÉVI-STRAUSS. - Je suis très mauvais juge, vous savez. Je vis dans une demi-retraite et je me trouve bien incapable de vous parler de l'état de l'opinion française aujourd'hui. Mais on me rapporte, en effet, que l'exposition consacrée au «Brésil indien» au Grand Palais, à Paris, attire la foule. On peut penser qu'il y a, entre la France et le Brésil, des liens d'amitié assez forts et assez anciens que très peu de chose suffit à réveiller.

En 1935, lorsque vous avez débarqué au Brésil, songiez-vous à cette antique amitié ? Saviez-vous que vous mettiez vos pieds dans ceux de Jean de Léry, votre prédécesseur du XVIe siècle, que vous surnommerez le «Montaigne des vieux voyageurs» dans Tristes Tropiques ?

J'avais lu, avant de partir, son Histoire d'un voyage fait en la terre du Brésil. Je ne sais plus exactement dans quelles circonstances, il ne devait pas être facile de se procurer ce livre. A la bibliothèque du Musée de l'Homme, où j'entreprenais mes recherches, il y avait sans doute une ancienne édition du XIXe siècle. Ce fut extraordinaire de découvrir les côtes du Brésil, la baie de Rio de Janeiro, la faune, la flore et les indigènes dans la relation d'un voyageur qui m'avait précédé de quatre siècles. Le regard de Léry est d'une grande fraîcheur, sa rigueur celle d'un ethnographe contemporain, son Histoire d'un voyage faict en la terre du Brésil, une grande oeuvre littéraire. On écrivait un merveilleux français à son époque. Pour l'avoir lu, je ne fus pas surpris, en arrivant à São Paulo, de découvrir que la France et le Brésil étaient presque deux pays unis. Songez que, dans le cadre de la Mission universitaire, nous donnions nos cours en français à São Paulo sans aucun problème. A cette époque, toute la bonne société brésilienne parlait couramment français.

La Mission universitaire française à laquelle vous avez pris part en 1935 était une petite soeur de la Mission artistique française menée par le peintre Jean-Baptiste Debret à Rio de Janeiro en 1816. En aviez-vous conscience ?

On savait tout cela. Nous admirions Debret. Ses aquarelles représentant des scènes de la vie quotidienne à Rio de Janeiro, et dans l'intérieur du pays ont une véritable valeur ethnologique. L'ancienneté des liens entre la France et le Brésil était connue. N'oubliez pas que Georges Dumas, ce médecin et philosophe chargé de l'envoi de missions universitaires entre 1935 et 1939, à São Paulo, était en quelque sorte l'incarnation de ces liens. En 1916, c'est lui qui avait fondé le lycée français de Rio.

Vous aviez donc vraiment le sentiment, en posant le pied à Rio de Janeiro en mars 1935, de vous inscrire dans un cycle historique qui avait commencé au XVIe siècle ?

Certainement.

Dans Nus, féroces et anthropophages (1557), le voyageur allemand Hans Staden raconte qu'il s'est présenté comme l'ami des Français pour éviter d'être dévoré par des Indiens qui l'avaient capturé. Croyez-vous vraiment, comme l'écrira le capucin Yves d'Evreux, en 1613, que les Tupinambas jugeaient «l'humeur française plus sortable à la leur qu'aucune autre» ?

C'est probable. Cela s'explique par les conditions mêmes de l'exploration des côtes du Brésil. Dès le début du XVIe siècle, il y avait des Français qui étaient installés à demeure. Même les adversaires du Voyage de Gonneville, qui pensent que ce livre est une mystification forgée deux siècles plus tard, et le démontrent avec des éléments assez convaincants, ne mettent pas en doute les témoignages portugais selon lesquels, en 1504, il y avait au moins cinq navires français au mouillage sur la côte brésilienne du côté de l'actuel Salvador de Bahia. Or, en ce temps-là, les Portugais n'avaient pas encore engagé de politique de colonisation. Les cinquante premières années du XVIe siècle furent sans doute l'époque bénie des relations entre Français et Tupis. Jusqu'à l'expédition de Villegaignon, et à l'établissement de la France antarctique, dans la baie de Guanabara, en 1555, les contacts n'étaient pas du tout une affaire de politique du roi de France. C'était l'initiative de marchands et de navigateurs bretons et normands qui voulaient simplement se procurer les biens précieux que l'on trouvait là-bas. C'était du petit trafic indépendant, fondé sur le troc, beaucoup plus libre qu'une politique étatique.

La langue n'était cependant pas une barrière ?

Des garçons français assez hardis pour rester sur la côte du Brésil, où ils avaient pris racine, avaient fini par l'apprendre et servaient de truchement aux marchands. Sans ces truchements, André Thevet, qui n'a passé que quelques semaines au Brésil et qui était constamment malade, n'aurait pas pu rapporter la masse d'informations contenues dans les Singularités de la France antarctique. Il n'a pas enquêté lui-même, puisqu'il était au lit. Il devait être entouré de truchements qui lui ont parlé de la faune et de la flore, du fonctionnement de la société tupinamba et des rituels anthropophages.

Ces Français qui vivaient avec les Indiens et qui avaient souvent femme et enfants étaient accusés par les Portugais de s'être «ensauvagés» et de manger de la chair humaine...

On peut penser que cela arrivait...

Comment s'expliquer l'absence de préjugé de race de ces voyageurs bretons et normands, qui non seulement sympathisaient avec les Indiens, mais parfois les ramenaient avec eux pour les marier à des Françaises ?

N'oubliez pas que ces Indiens étaient baptisés. Une des forces du christianisme fut précisément de ne se soucier que de la conversion. Je crois aussi que l'étranger avait un grand prestige en tant qu'étranger. Tout individu venu d'ailleurs était alors l'objet d'une forte curiosité.

Quatre siècles plus tard, la mémoire de ces rencontres s'était-elle perpétuée ? Avez-vous eu le sentiment d'avoir été bien reçu par les Indiens, parce que vous étiez Français ?

Non, cela ne signifiait plus rien pour eux. Les tribus qui trafiquaient avec les Français n'étaient pas les mêmes que celles que j'ai rencontrées dans le Mato Grosso.

Vous avez parlé de la fraîcheur du regard de Léry. Même s'il vous est arrivé de retrouver auprès des Nambikwaras un climat qu'il avait connu, votre expédition de 1938 dans le Mato Grosso fut marquée par le pressentiment tragique d'une destruction irrémédiable de leur civilisation ?

Oui, et heureusement je m'étais trompé. Lorsque j'ai quitté les Nambikwaras, j'étais persuadé qu'ils n'existeraient plus vingt ans plus tard. Ils sont toujours là. On doit espérer que cela continue, et que le gouvernement brésilien les protège un peu mieux qu'il ne l'a fait jusqu'ici.

En 1985, lorsque vous êtes revenu au Brésil, vous avez quand même compris qu'une certaine forme de contact que vous aviez eu avec les Indiens Nambikwaras et Bororos ne serait plus jamais possible ? Plus personne, après vous, n'aurait la possibilité de retrouver l'émotion de Jean de Léry ?

J'ai pourtant failli revoir les Bororos. Le quotidien Estado de São Paulo avait organisé un voyage. Avec ma femme, nous avons pris un petit bimoteur à Brasília. Après quelques heures de vol, nous avons atteint les territoires bororos où j'ai pu observer des maisons. Mais la piste était trop courte pour que l'avion se pose. Nous avons dû faire demi-tour sans avoir vu les Indiens. Le président Mitterrand nous attendait à Brasília, où il donnait un banquet en l'honneur du président José Sarney. Nous étions en train de nous demander si nous avions assez d'essence pour rentrer, lorsque nous avons été pris dans un orage épouvantable. Heureusement, nous avons fini par atteindre Brasília.

Les Indiens étaient donc devenus inaccessibles, alors qu'un demi-siècle auparavant, vous pouviez encore aller à leur rencontre aux marches de São Paulo...

Aux marches de la ville, c'est un peu exagéré. Mais j'ai, en effet, trouvé une carte de l'État de São Paulo, datant de 1915, qui représentait la moitié de l'État en blanc, avec pour seule mention «Terres inconnues occupées par les Indiens». C'était cependant une époque où les Indiens étaient allégrement exterminés.

Durant votre premier séjour au Brésil, vous êtes vous également intéressé à l'histoire et à la littérature ?

Franchement, très peu. Mais je ne me suis pas attaché qu'aux Indiens. Je me suis beaucoup intéressé aux villes. C'est un des aspects essentiels de l'expérience brésilienne. La naissance d'une ville, qui s'étale sur des siècles ou sur des millénaires dans l'Ancien Monde, prenait quelques années ou quelques mois au Brésil. Pour le sociologue, cela constitue une sorte d'expérience toute faite. Et, comme j'étais venu à l'université de São Paulo comme sociologue, j'envoyais mes élèves observer leur quartier ou leur rue. A São Paulo, on disait alors qu'on construisait une maison par heure. Cela changeait tous les jours. Nous observions également que les villes étaient en train de se construire, au bord du chemin de fer qui pénétrait dans l'ouest de l'état de São Paulo et du Parana. C'était très étonnant. La première ville avait 2000 habitants, celle d'après n'en avait plus que 90, vingt kilomètres plus loin, elle en avait 40, et vingt kilomètres plus loin elle en avait un seul.

Le voyage de 1985 fut votre unique retour au Brésil ?

Oui. J'ai été ému de retrouver São Paulo, sa lumière et son parfum bien à elle, mon université des années 1930 devenue une grande institution. Mais ce fut très bref. Cinq jours.

Quatre longues décennies d'absence et un très bref retour à l'université de São Paulo, il y a vingt ans déjà, ne vous ont cependant pas empêché de rester en contact intellectuel continu avec vos élèves brésiliens ?

Vous savez, aujourd'hui, ce ne sont plus mes élèves. Ce ne sont même plus les élèves de mes élèves. Ce sont les élèves des élèves de mes élèves. Mais je n'ai jamais rompu le contact. Dans le domaine de l'ethnologie au moins, je suis resté en correspondance personnelle avec la plupart des universitaires qui occupent les chaires au Brésil, un pays pour lequel je conserve un grand amour.

 


 

VIDÉO INA - Claude-Lévi-Strauss évoque sa rencontre avec la tribu des Borobos (1977)

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Rastas et militaires : drôle de commémoration pour Hailé Selassié

La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Pierre Boisselet


Un rasta brandit l'ancien drapeau éthiopien utilisé durant le règne d'Hailé SélassiéUn rasta brandit l'ancien drapeau éthiopien utilisé durant le règne d'Hailé Sélassié© AFP

L’anniversaire du couronnement du « Négus », dernier empereur d’Ethiopie et dieu vivant pour les rastas, a été célébré modestement à Addis Abeba, lundi 2 novembre.

Son couronnement, lors d’une fastueuse cérémonie le 2 novembre 1930, avait été un évènement d’envergure mondiale.

Conformément à une tradition millénaire, l’Ethiopie, alors seul Etat africain à ne pas avoir subit la colonisation, venait de se doter d’un nouvel empereur : Hailé Sélassié Ier (pouvoir de la Trinité), Roi des Rois d'Ethiopie, Seigneur des Seigneurs, Lion conquérant de la tribu de Juda, Lumière du Monde, élu de Dieu.

Mais lundi, dans un petit centre culturel d’Addis Abeba, il ne restait plus qu’une petite foule hétéroclite, pour célébrer les 79 ans de cet avènement.

Héritage contrasté

C’est qu’au cours de son règne de 54 ans (le plus long de l’histoire éthiopienne), le « Rois des rois » sera passé du statut d’empereur vénéré par toute une nation, à celui d'autocrate détesté, en passant par celui de créateur de l'Organisation de l'Union Africaine ou encore icône mystique des jamaïcains.

Autour de quelques-uns des descendants d’Haile Selassie, au son de chants en son honneur, et sous les drapeaux impériaux vert, jaune et rouge, frappés du Lion de Juda, les quelques dizaines de personnes réunies ce soir-là venaient d’univers différents, témoins de son héritage contrasté.

Parmi les derniers fidèles, des anciens officiers, bardés de décorations, parfois remises de la main de l’empereur. Si c’est bien l’armée dont ils faisaient partie qui a renversé le dirigeant, contesté par la population, lors du coup d’Etat de 1974, certains éthiopiens, souvent âgées, continuent de cultiver la nostalgie du régime.

« J'ai beaucoup de respect pour Sa Majesté, je l'aime comme un père », lâche ainsi le général Wasihun Negato, 65 ans.

Dieu vivant

Mais l’admiration qu’ils vouent au Négus n’a rien de commun avec la ferveur des « rastas ».

Pour eux, Hailé Selassié était quasiment un dieu vivant : son couronnement est assimilé à la réalisation d’une prophétie, faisant de lui le messie de leur religion.

« Son couronnement est l'anniversaire le plus important pour nous (les rastas) parce que c'est là qu'il a été reconnu comme le Roi de tous les hommes », explique l’organisateur de la soirée, Askalé Sélassié (Yvonne Gayle de son vrai prénom).

L'intitulé même du mouvement spirituel, « Rastafari », n’est autre que son nom avant son couronnement (Ras signifie "duc" en amharique, tandis que Tafari, celui qui est craint, était son prénom). Bob Marley reprendra même un de discours pour en faire les paroles d'une de ses chansons les plus célèbres : War.

Reste à savoir qui il restera pour rendre hommage à Hailé Selassié l’année prochaine, et fêter les 80 ans de son couronnement.

(avec agences)

Lévi-Strauss est décédé : la disparition d'un géant

Claude Lévi-Strauss (g.) est récompensé du 17ième prix international de Catalonya par son président Pasqual Maragall (d.), le 13 Mai 2005 à Paris.
AFP/Pascal Pavani


Par Elisabeth Bouvet

L’ethnologue français est décédé vendredi 30 octobre, a-t-on appris auprès des éditions Plon. Il avait fêté ses 100 ans le 28 novembre dernier. Claude Lévi-Strauss a marqué d’une empreinte indélébile l’anthropologie moderne. Dossier spécial.

Avec la mort à l’âge de 100 ans de Claude-Lévi Strauss, c’est un des derniers grands témoins du XXe siècle qui disparait. Né en 1908, à Bruxelles, il a en effet été confronté à tous les événements majeurs du siècle écoulé et participer aux principales aventures intellectuelles qui l’ont notamment amené à jeter les bases de l’anthropologie moderne.

DR

Lévi-Strauss est considéré comme le père du Structuralisme qu’il a défini dans ce qui reste aujourd’hui encore comme son ouvrage le plus important, Tristes Tropiques (1955), une référence pour les chercheurs et même un classique de la littérature française puisque ce livre en partie autobiographique est entré dans la Pléiade au printemps 2008, au même titre que six autres ouvrages qui constituent la base de sa pensée.

C’est pourtant par la philosophie qu’il commence. Le petit-fils du musicien Isaac Strauss enseignera même cette matière pendant deux ans jusqu’en 1935, année où, à l’âge de 27 ans, il s’envole pour le Brésil. Choix qui se révélera déterminant pour le jeune agrégé de philosophie puisque c’est à cette époque qu’il entame ses premières missions ethnographiques auprès des populations indiennes du Mato Grosso et de l'Amazonie, introduisant de fait l’enquête directe sur le terrain. Tandis qu’en Europe, se font entendre les premiers bruits de botte, le Français d’origine juive décide finalement d’explorer toutes ces cultures dites primitives, en clair de tourner le dos à l’Occident, responsable de tant de génocides. 

A son retour des Etats-Unis, où il a trouvé refuge durant la Seconde Guerre mondiale comme nombre d'intellectuels français, il est dès 1949 nommé sous-directeur du Musée de l’Homme de Paris. Dès lors ce ne seront que postes honorifiques, prix multiples et divers, récompenses de tous ordres.

En 1973, il devient même le premier ethnologue élu à l’Académie Française. De fait, outre la trentaine d’ouvrages qu’il laisse (Les Structures élémentaires de la pensée, 1949 ; Anthropologie structurale, 1958 ; Mythologiques, 4 volumes de 1964 à 1971), il a largement contribué à donner à l’ethnologie une place de premier plan parmi les sciences humaines, influençant ainsi des générations de chercheurs.

Il a été l’un des rares auteurs à entrer de son vivant dans la Pléiade, c’était en 2008, deux ans après avoir vu l’ouverture du musée du Quai Branly dédié aux arts premiers. Une autre forme de consécration pour un homme qui, même auréolé de toute la reconnaissance que l’on sait, est demeuré d’une exquise discrétion. N’est-ce pas lui qui disait « ne s’intéresser qu’à ce qui n’existe plus ». Ce qui ne manque pas d'ironie de la part d'un ethnologue qui nous aura ouvert les yeux sur tout un monde.

Marie Mauzé, spécialiste des Indiens du Canada, qui a coédité l'œuvre de Claude Lévi-Strauss dans la Pléiade.

04/11/2009 par Catherine Fruchon-Toussaint

Tout une génération de jeunes philosophes s'intéressent aujourd'hui à ses travaux... Il a laissé une marque indélébile dans l'anthropologie française et mondiale


Caititu, du peuple Tupi, parle de l'héritage de Claude Lévi-Strauss

04/11/2009 par Annie Gasnier

L´héritage que nous a laissé Claude Levi-Strauss, c´est d´avoir su traduire notre regard et notre façon de penser. Il a été l´un des premiers auteurs à mettre sur le papier notre vision du monde, notre savoir et nos connaissances.
A lire, à écouter dans les archives de RFI

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