mercredi, 09 décembre 2009
Les Barons, un film tendre et hilarant
Les Barons, un film tendre et hilarant
En sélection officielle au Festival international du film de Marrakech, Les Barons, de Nabil Ben Yadir, a fait hurler la salle de rire. Notre envoyée spéciale était sur place.
Ca y est, c’est officiel ! Des fous rires ont enfin fait trembler les murs de la salle pendant la projection d'un film en sélection officielle: Les Barons, du réalisateur belge Nabil Ben Yadir.
Le casting, déjà, fleurait bon l’humour décalé. On retrouve Amelle Chahbi qui doit sa notoriété au Jamel Comedy Club et qui a fait ses classes d’humoriste avec le groupe français de stand up Barres de rire. Quant à Julien Courbey, que le public a découvert dans Le ciel, les oiseaux et ta mère, il livre encore une prestation bien à lui. « Je continue mon petit bonhomme de chemin et ma carrière atypique » dit-il, assis dans un coin, son éternel chapeau vissé sur la tête.
Pour écrire son film, Ben Yadir s’est inspiré de sa propre histoire. « Tout ce que vous avez vu est vrai », dit-il. Il raconte avec une légèreté et un sens aigu de la dérision le quotidien de trois « barons » - des copains d’enfance d’une trentaine d’années -, dont le seul but dans la vie est d’en faire le moins possible. Pieds nickelés, loosers au cœur tendre, ils trainent leur paresse entre l’épicerie du quartier et la BMW qu’ils ont acheté... à huit ! Mais ne cherchez pas ici de description sociologique de la communauté maghrébine en Belgique.
Tout en jetant un regard tendre sur sa communauté, Nabil Ben Yadir s’interdit de la disséquer ou de la stigmatiser. Il n’y a ici ni discours politique, ni clichés lénifiants sur le voile ou sur les relations entre hommes et femmes. Les maghrébins sont des gens comme les autres et le réalisateur a eu l’intelligence de les filmer avec un grand naturel.
Peut être s’est il inspiré d’une remarque que lui avait faite sa mère. « Nabil, pourquoi quand il y a des films sur nous, c’est toujours méchant, c’est toujours triste, pourquoi y a-t-il toujours de la pluie et la police ? », se plaignait-elle. Alors, quand il parle de racisme ou du tabou lié à la virginité, c’est en passant par le bon mot d'un personnage qui vous fait autant rire que réfléchir.
Ce qui fait la force du film, c’est bien sûr l’humour qui est à la fois le moteur et le sujet principal. L’un des « barons », Hassan, se rêve en humoriste mais n’ose pas avouer ses ambitions théâtrales à son père, interprété par l’excellent Salah Eddine Benmoussa. Celui-ci a trouvé une place de chauffeur de bus à son fils et, de situations cocasses en quiproquos, le spectateur est entraîné dans une sarabande de scènes qui mêlent l’humour belge à celui des blagues populaires marocaines. Les apparitions d’Edouard Baer et de Fellag viennent encore ajouter un peu de piment à un film qui n'en manque pas.
Nabil Ben Yadir parle de ce qu’il connaît et cela se ressent. Son œil est tendre sans être complaisant, drôle sans être superficiel. Car derrière l’ode à la famille, à l’amitié et à son quartier, le réalisateur pose une question quasi-tragique : peut-on grandir sans quitter les siens, sans trahir ses amis, sans s’évader de chez soi ?
Les Barons est un élégant hommage à cette noblesse du cœur dont le rire, qui sauve de tout et guérit toutes les blessures, est l'une des plus nécessaires vertus.
10:35 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, culture, cinéma, fifm, les barons, nabil ben yadir
mardi, 08 décembre 2009
Déception lors de la vente aux enchères d’Ousmane Sow
Le "guerrier debout" a été vendu pour 100 000 euros.© DR
Seulement deux œuvres ont pris preneur sur les dix que l’artiste sénégalais mettait en vente aux enchères cet après-midi chez Christie’s, à Paris. Les 160 000 euros récoltés devraient permettre de commencer le musée que l’artiste ambitionne de construire non loin de Dakar.
Elles étaient les œuvres les plus précieuses d’Ousmane Sow. Ses guerriers « Masaï », « Zoulou » ou encore « Nouba », vus par quelques 3 millions de visiteurs sur le pont des Arts à Paris, il y a dix ans, et qui l’avaient propulsé sur la scène international de l’art.
Fourchette basse de l’estimation
Pourtant, seules deux sculptures originales ont trouvé preneur pour des montants jugés modestes. « Le guerrier debout » (photos) a été vendu 100 000 euros (il était estimé entre 100 000 et 150 000 euros) et le « couple de lutteurs au bâton » a été cédé pour 60 000 euros (contre une estimation comprise entre 60 000 et 90 000 euros). Les offres pour les autres œuvres n’ont pas atteint le prix de réserve. C’est une occasion manquée pour les collectionneurs et musées africains…
Hommage aux grands hommes
L’artiste compte néanmoins utiliser cette somme pour ouvrir un musée non loin de Dakar. Il doit être consacré à « ses » grands hommes : Victor Hugo, Charles de Gaulle, Nelson Mandela et… Moctar, son père, font partie de la série qui y sera exposée. L’échec relatif de cette vente ne devrait pas l’empêcher de voir le jour. Mais c’est un contretemps.
18:49 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, dakar, art plastique, musée, sculpture, vente aux enchères, ousmane sow
lundi, 07 décembre 2009
Stomy Bugsy, l’acteur

C’est en 1996, dans Ma 6-T va crack-er de Jean-François Richet que Gilles Duarte, alias Stomy Bugsy, a fait ses premiers pas au cinéma. Il y incarnait le rôle d’un jeune banlieusard. Un personnage proche du rappeur de Sarcelles (région parisienne) originaire du Cap-Vert, membre du sulfureux groupe Ministère Amer, qu’il était dans la vie. Mais peu à peu, au fil de la quinzaine de longs métrages auxquels il a participé dans le courant des années 2000, il a endossé des rôles de composition. Policier droit dans ses bottes dans Gomez et Tavares (2003) et Gomes vs Tavarez (2007), star du football superficielle et vénale dans 3 Zéros (2002), il incarne André Aliker, un journaliste martiniquais engagé dans la lutte du prolétariat martiniquais contre les abus des békés (blancs descendants d’esclavagistes), le personnage principal du dernier film de Guy Deslaurier (Aliker, 2008). Le métier d’acteur est pour lui, aujourd’hui, une priorité, mais son âme de chanteur révolté reste intacte. Entretien.
Afrik.com : Quels sont les films et les acteurs qui vous ont donné envie de faire du cinéma ?
Stomy Bugsy : Le premier film qui m’a vraiment marqué, c’est Black Caesar de Fred Williamson, un film de la Blaxploitation. Une classe extraordinaire ! Chez les acteurs, c’est Harvey Keitel dans Bad lieutenant et Al Pacino dans Looking for Richard qui m’ont le plus impressionné. Mais je ne peux pas vous donner le nom de tous les acteurs que j’aime, il y en a trop !
Afrik.com : Qu’est-ce qui vous plaît tant dans le jeu de Harvey Keitel ?
Stomy Bugsy : Ce que j’aime chez Harvey Keitel, c’est le lâcher prise, cette distance, ce don de soi dont il fait preuve, cette capacité qu’il a de s’offrir au spectateur, de laisser quelque chose d’impalpable, une vérité actuelle.
Afrik.com : Comment vous est venue cette passion pour la comédie ?
Stomy Bugsy : Pour moi, jouer, c’est tout sauf jouer. C’est vivre la scène, c’est sublimer la vérité, c’est être plus vrai au cinéma que dans la vie. Le réalisateur de Ma cité va craquer, le premier film dans lequel j’ai joué, était venu me voir. Il m’avait proposé une petite scène, et ça s’est transformé en une impro de trois minutes. Avant, quand j’étais au primaire, on jouait de petites scènes de théâtre. Les profs ne comprenaient pas comment je pouvais être aussi dissipé dans leurs cours, alors qu’au théâtre j’étais si assidu et concentré. Même dans mes premières chansons, dans mes premiers clips, j’avais une façon de chanter, de dire les mots qui était très jouée, très investie.
Afrik.com : Dans Aliker, le film de Thierry Deslaurier, vous incarnez le premier rôle, celui d’un journaliste engagé. Vous a-t-il été difficile d’interpréter ce personnage ?
Stomy Bugsy : Il n’y avait rien de dur. Mais c’était une lourde responsabilité car, même si tout le monde ne connaît pas parfaitement son histoire, c’est une icône en Martinique. A la lecture du scénario, j’ai vu que c’était un personnage assez fort, une locomotive. Guy Deslaurier m’a donné des lettres qu’il avait écrites à son petit frère. J’ai pu travailler à partir d’elles, de ses photos, de son acte de décès qui décrivait combien d’eau était rentré dans ses poumons et plein d’autres choses atroces… Le plus dur, dans l’interprétation de ce personnage, c’était de ne pas en faire une caricature, d’y mettre ses doutes, ses failles aussi.
Afrik.com : Comment expliquez-vous que le film ait eu tant de difficultés à être projeté dans les salles en France ?
Stomy Bugsy : J’explique ça par le fait que la France n’a pas encore réglé ses problèmes avec les DOM-TOM. La République a encore beaucoup de problèmes à régler avec ses anciennes colonies. Au lieu d’essayer de nettoyer, elle cache tout sous le tapis. J’ai une amie qui disait que « le mensonge a des jambes trop petites pour les grandes jambes de la vérité, elle finira toujours par la rattraper ». Le film a un côté politique qui montre que gouverneur, sénateurs, ministres étaient tous complices… Et en France, ils veulent garder le cinéma pour eux parce qu’ils savent que par ce biais on peut éduquer les masses, faire connaître des vérités à des millions de personnes. Maintenant, il y a une guerre des images, tout se passe là. Ils le savent. C’est pour ça qu’on voit de moins en moins de films noirs américains dans les salles. Les films qui peuvent éveiller les jeunes sortent directement en DVD. Le dernier film de Spike Lee, par exemple, (Miracle à Sant’Anna, 2008), sur les noirs venus libérer l’Italie pendant la Seconde Guerre mondiale, a été censuré en France. C’est un discours que je n’aime pas avoir parce que ça fait noir râleur, mais c’est vrai. Nous, on n’a pas de problèmes avec eux, c’est plutôt eux qui ont un problème avec nous.
Afrik.com : Vous prenez des cours, en ce moment, pour améliorer votre jeu. Comment cela se passe-t-il ?
Stomy Bugsy : Je suis dans une école qui s’appelle Method acting center, à Paris. On travaille la méthode de Stanislavski, importée aux Etats-Unis par des Russes et des Allemands de l’Est après la Seconde Guerre mondiale. C’est la méthode utilisée par l’Actor studio, qui a donné les meilleurs acteurs du monde. Certains pensent qu’elle est trop intellectuelle, mais non, elle est très simple, très animale ! Tout se construit de l’intérieur. Il faut savoir qui est ton personnage, ce qu’il ressent. Tu nourris ton personnage de plein de choses que le spectateur ne sait pas mais qui donnent une densité au personnage. Parfois, même sans parler, c’est fort, parce que tu as fait un travail en amont. J’aime aussi faire des répétitions pour régler plein de choses dans mon jeu, pour être meilleur. Je trouve qu’on en n’en fait pas assez en France.
Afrik.com : Quels sont les rêves de Stomy Bugsy, l’acteur ?
Stomy Bugsy : Tout simplement travailler avec de bons réalisateurs, avoir de bons scenarios, et un jour passer à la réalisation.
Afrik.com : Avez-vous fait une croix sur votre carrier musicale ?
Stomy Bugsy : Non. Je chante un petit peu encore, avec la MC Malcriado, mon groupe. On mélange de la musique traditionnelle du Cap Vert avec du Hip Hop. On vient de terminer notre deuxième album, Fitch di kriolo.
16:26 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : stomy bugsy
Incantation : Un rêve d’Afrique

| dimanche 6 décembre 2009 / par Rêve d'Afrique chez Cassandre/Horschamp, pour l'autre afrik Rien ne sera possible sans une alliance entre des Occidentaux conscients du désastre en cours et ceux, originaires de cultures du symbole encore fécondes, qui veulent construire un outil de résistance-invention pour faire vivre l’humain. Il y en a, des gens de chez nous qui connaissent la question et soutiennent les résistants de là bas. Il y a par exemple Monique Blin, qui, avec son association Écritures vagabondes, accomplit depuis des années un travail de lien courageux et tenace entre la France et de valeureux Africains. Et l’inusable Philippe Dauchez, qui a beaucoup compté pour de nombreux artistes subsahariens. Dauchez, qui fut le premier formateur de Bakary Sangaré – le grand comédien malien qui a fait partie de la troupe de Peter Brook et a rejoint la Comédie-Française – continue à soutenir de superbes initiatives à cheval entre l’art et la société, comme celle de l’équipe So de Dogolou Dolo en pays dogon. Il y en a d’autres un peu partout, trop isolés, qui tiennent tête avec les moyens du bord aux innombrables compromissions néocoloniales qui pervertissent tous les échanges. Qui les soutient, aujourd’hui, dans un monde qui se privatise et renonce chaque jour un peu plus à l’esprit ? Un monde abandonné aux marchands où l’humain ne se construit plus dans les fabriques d’Occident, un monde où l’Homme est menacé d’en être réduit à son expression la plus médiocre, de devenir un Homme au rabais. Plus tout à fait un Homme. Cette alliance, vitale pour notre avenir, cette Internationale du symbolique qu’il faut créer d’urgence, doit surgir de la prise de conscience d’un trésor commun qu’il s’agit non seulement de préserver, mais de faire fructifier. Pour commander Les armes de l’art 1 : Un rêve d’Afrique Lire aussi : Premiers pas imaginaires |
Ce premier ouvrage de la collection est aussi un chemin personnel suivi par Nicolas Roméas sur les traces de Michel Leiris, poète et auteur qui participa avec Marcel Griaule à l’expédition Dakar-Djibouti de 1931, et dont la vie et l’œuvre ont fortement contribué à notre connaissance de nous-même et des autres.
Sur ce chemin, l’auteur a rencontré les travaux du grand africaniste Georges Balandier. L’œuvre majeure de ce chercheur a conforté et nourri une démarche qui s’inscrit dans une volonté de revalorisation des cultures d’Afrique noire par l’approfondissement des connaissances que nous en avons.
Nicolas Roméas a rapporté d’Afrique noire plusieurs témoignages et y a découvert, au Mali, des expériences décisives de rencontre entre l’art et le soin qui sont une confirmation en acte de la quête d’un art de la relation menée depuis 15 ans par Cassandre/Horschamp. Il s’est aussi appuyé sur la remarquable thèse de l’écrivain et homme de théâtre Koulsy Lamko sur le théâtre de participation en Afrique. Ces chercheurs d’or ont été des compagnons de route précieux dans cette première incursion en ces terres. Avec eux, et également avec l’aide des travaux d’Adame Ba Konaré, ce livre veut porter ce message : nous avons besoin de l’Afrique noire. Nous, Occidentaux modernes qui ne nous résignons pas à subir un monde marchandisé, nous devons non seulement respecter ses valeurs, mais il faut, en ces temps de destruction programmée de l’humain, prendre la pleine mesure de leur force civilisationnelle.
et ouvrage inaugure une nouvelle série consacrée à l’exploration par Cassandre/Horschamp de ce que nous appelons « les armes de l’art ». Cette revue culturelle qui se consacre à l’art en tant qu’outil de société, c’est-à-dire non seulement d’un point de vue esthétique, mais en prenant en compte ses implications anthropologiques, sociales et politiques — s’attarde sur quelques actions passionnantes menées aujourd’hui dans ce domaine.
Cette série portera, au plan mondial, sur les équipes et les artistes qui considèrent leur art comme un moyen de réfléchir et d’agir sur l’état du monde contemporain.
Dans la période que nous traversons, il est important de faire entendre au plus grand nombre, et en particulier aux responsables politiques, l’importance des outils immatériels que sont la culture et les pratiques de l’art dans le combat aujourd’hui vital pour une réhumanisation de nos sociétés.
Source : afrik.com
13:49 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : incantation, un rêve d’afrique, nicolas roméas
mercredi, 02 décembre 2009
Nedim Gürsel : « Je m'accorde la liberté de critiquer la religion »
Nedim Gürsel : « Je m'accorde la liberté de critiquer la religion »© Bruno Lévy pour Jeune Afrique Dans Les Filles d’Allah, l’écrivain turc mêle autobiographie et histoire de l’avènement de l’islam. Un roman qui montre comment on perd la foi. Et qui lui vaut un procès en Turquie.
Qu’ils aient pour cadre Constantinople en 1453 (Le Roman du conquérant), la cité des Doges à la Renaissance (Les Turbans de Venise) ou la Turquie des années 1950 (Au pays des poissons captifs), les romans et les nouvelles de Nedim Gürsel sont placés sous le signe de la mélancolie. Les femmes, l’enfance ou le pays que l’on quitte reviennent au fil des pages, lancinants et émouvants fantômes.
Aujourd’hui, avec Les Filles d’Allah, c’est sur la foi de son enfance, perdue à l’âge adulte, que le romancier turc s’interroge. Son récit, qui entremêle autobiographie et histoire de l’avènement de l’islam, s’articule autour de deux figures tutélaires. Celle de son grand-père – « un juriste et un musulman pieux qui a fait la guerre sur le front du Hedjaz, en 1916, pour défendre la ville sainte de Médine contre ses propres coreligionnaires, les Arabes, soulevés par Lawrence d’Arabie » – et celle du prophète Mohammed. Un texte poétique, en forme de parabole, dont la liberté de ton lui vaut des démêlés judiciaires en Turquie.
JEUNE AFRIQUE : Pourquoi avoir choisi Mohammed comme personnage romanesque ?
NEDIM GÜRSEL : Il me fascine depuis toujours, en tant que prophète et personnage historique. Sa vie privée est une énigme. Pour les croyants, il est le messager d’Allah, mais c’est aussi un homme avec ses qualités et ses défauts.
Vous parlez beaucoup de ses rapports avec les femmes…
Mohammed a assisté à l’agonie de sa mère quand il avait 5 ans. Cela a dû le marquer à jamais. Quand il épouse sa patronne, Khadidja, qui est bien plus âgée que lui, il lui reste fidèle jusqu’à sa mort. Mais avec la Révélation, il change de mode de vie : dans sa période médinoise, il aura neuf épouses légitimes, sans parler des concubines. C’est ce passage d’une monogamie absolue à une polygamie absolue que j’ai voulu comprendre. Et puis Mohammed a été traité d’abtar (celui qui n’a pas de descendance mâle, un terme péjoratif qui revient à plusieurs reprises dans le Coran). Il en a été profondément blessé.
Cette blessure explique-t-elle les rapports complexes qu’entretient encore la religion musulmane avec les femmes ?
Le combat du Prophète pour imposer le monothéisme à sa tribu des Qoraïch est aussi un combat allégorique, dans lequel il affronte les femmes. Cela correspond à la réalité historique : une fois devenus nombreux et forts, les musulmans ont conquis La Mecque, et Mohammed a brisé les idoles Lat, Uzza et Manat, les trois déesses du panthéon arabe que sa tribu appelait « les filles d’Allah » et qui, dans la sourate de L’Étoile, sont qualifiées d’« idoles muettes ». Dans mon roman, je leur donne la parole pour qu’elles nous livrent leur propre version de l’avènement de l’islam.
Êtes-vous croyant ?
Les Filles d’Allah, c’est, au fond, un roman qui montre comment on perd la foi. Enfant, j’étais transporté par la magie des versets coraniques, mais parvenu à l’âge adulte, quand j’en ai compris le sens, j’ai par moments été déçu. Je ne suis pas athée, plutôt agnostique.
Ce livre vous a valu un procès en Turquie. Qui vous poursuivait ?
Des disciples d’Adnan Hoca [un islamiste créationniste, NDLR], qui ont porté plainte en juin 2008. Dans ma déposition, j’ai indiqué que je respectais les croyants, mais que je m’accordais la liberté de critiquer la religion, ce qui est tout à fait normal dans une République laïque. Le procureur de la République d’Istanbul a prononcé un non-lieu. Pourtant, le tribunal de grande instance a passé outre pour ouvrir un procès.
Y a-t-il eu pression de la part du gouvernement ?
Je le pense, car la Direction des affaires religieuses (Diyanet), placée sous l’autorité du Premier ministre, a rédigé un rapport m’accusant de blasphème, sur la base de l’article 216 du Code pénal. J’encourais une peine de six mois à un an de prison.
Mais vous avez été acquitté en juin 2009, et vous savez pertinemment qu’aujourd’hui en Turquie les procès ouverts contre les écrivains n’aboutissent pas !
Oui, mais les plaignants viennent de faire appel… Et puis le délit de blasphème ne devrait pas exister dans une République laïque. J’ai découvert avec stupeur cet article 216 du Code pénal. Il faut le changer, si on veut entrer dans l’Union européenne ! Ce procès n’aurait pas eu lieu il y a trente ans. La société turque est devenue beaucoup plus conservatrice.
Quels sont les passages qui ont posé problème ?
Une quarantaine de phrases ont été sorties de leur contexte. Entre autres, une allusion à une anecdote très connue des islamologues, où Aïcha, la jeune épouse du Prophète, est accusée d’adultère. Puis une phrase qui dit que Mohammed, quand il a épousé Khadidja, n’est pas devenu pour autant un homme. Mais ce n’est pas moi qui parle, c’est Abou Soufian, un de ses ennemis ! Dernier exemple : le père d’Abraham dit, à propos de son fils : « Il est allé loin, ce petit Abraham sans culotte. » Les prophètes n’ont-ils pas aussi été des enfants ?
Avez-vous reçu des soutiens en Turquie ?
Seulement de la part du PEN club turc. Le vrai soutien est venu des intellectuels et des personnalités politiques européennes. Sur l’initiative de mon éditeur français, une pétition a été signée par des écrivains, dont trois Prix Nobel de littérature, le Français J.M.G. Le Clézio, le Portugais José Saramago et mon compatriote Orhan Pamuk.
Ce livre sera-t-il traduit en arabe ?
Cinq de mes livres le sont déjà. Pour celui-ci, ce sera difficile, mais peut-être y aura-t-il un éditeur courageux… Ce sera un test.
17:35 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : nedim gürsel, religion, interview, littérature, islam, écrivain
Le « Marchez noir » d’Amazigh

Il y a plusieurs manières de lutter pour la liberté, de dénoncer l’injustice et la misère organisée, et de donner de la force aux peuples opprimés, pour qu’ils se révoltent et renversent la situation. La musique est l’une des plus efficaces, et le reggae de Marley en est un bon exemple. Autre exemple : sans les chansons pour Mandela, celui-ci aurait-il été libéré, et l’apartheid aboli ?
Amazigh Kateb, qui vit basé en France depuis 1988, a choisi de dénoncer, en musique, les désastres humains, économiques, et sociaux, que vit l’Algérie aujourd’hui, sous le poids du traditionalisme religieux, du capitalisme sauvage et de la corruption d’Etat :
“Le soleil et les astres du ciel, témoins du désastre
Et les esprits africains observent nos massacres
Les vents s’acharnent à couvrir notre histoire de poussière
De voiles, de viols, de mort et d’arbitraire
Les ombres du passé ne veulent pas disparaître
Une Algérie se meurt dans une autre en train de naître”, chante-t-il dans “Ma tribu”. Ou encore “Je maudis vos meurtrières prières/Et vos odeurs de couvent”, dans “Sans histoire”. Et dans “Mociba” : “Strip-tease d’Etat avec photos et caméras. (...) Leur monde est vertical/ Ils ne nous voient pas/Ils nous laissent des miettes/Pour nous mettre à genoux”.
Dans “Koma”, il chante en arabe :
“Donne-moi une bière ou c’est la guerre
Donne-moi une vodka ou je fais un casse (...)
Donne-moi un whisky j’ai envie d’une bagarre _ Donne-moi un pastis espèce de connard
Le barman me donne un coup de tête (...)
Je suis sonné par la supercherie (...) _ Un destin de moutons
Qui s’encornent mutuellement.”
On connaît l’amour que voue Amazigh aux musiques gnawa : le groupe qu’il avait formé en 1992 s’appelait Gnawa Diffusion. Ce sont donc les rythmes gnawas, et africains en général, qui dominent ici, avec le guembri, cette guitare saharienne à trois cordes, comme fil conducteur. Mais Amazigh convoque également le reggae, le hip-hop, le rock, le raï ou le chaabi, pour exprimer son identité plurielle, qui est sa profession de foi, comme elle fut celle de son père, l’écrivain Kateb Yacine, qui défendit l’identité berbère en Algérie, tout en écrivant en français, qu’il considérait comme le “butin de guerre” du colonisateur et non le signe d’une soumission, et en développant un théâtre populaire en arabe algérien dialectal...
C’est d’ailleurs une filiation revendiquée avec le père qu’opère Amazigh dans cet album, d’abord en mettant en musique quelques poèmes du grand écrivain. Comme “Bonjour”, qui ouvre le disque, chanté en français avec un lourd accent algérien qui roule les “R”, comme le parlaient les immigrés jadis, et sur une musique chaabi, très populaire du temps de la jeunesse du père écrivain... “Il y a aussi la rencontre vivement souhaitée du vers paternel avec la mélodie d’un fils”, explique l’artiste. “Il est devenu soudain possible d’offrir à un père trop tôt parti une partie de vie et d’émotion, de couleur et de sensation, pour lui rassemblées en bouquet. C’est un plaisir de s’accaparer une écriture, autant qu’elle peut vous emmener. Je ne rêve plus de mon père. Il est debout à mes côtés”. Mais pas d’intellectualisme : car la musique d’Amazigh est aussi convaincante, et forte, que ses mots. Un album énergique et puissant, qui signe le réveil d’une nouvelle génération d’Algériens pour retrouver leur fierté et leur identité, bafouées par les évolutions de ces dernières années.
Machez noir : le site
Commander l’album
Lire aussi :
Amazigh Kateb de retour sur scène
Amazigh Kateb, l’homme libre
17:01 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, amazigh kateb, agriculture
Bousso Lèye : "Je ne comprends pas la polémique sur le monument de la Renaissance africaine"
Ministre sénégalais de la Culture et de la Francophonie
Jeune Afrique : Que pensez-vous de la polémique entourant le monument de la Renaissance africaine érigé à Dakar ?
Serigne Mamadou Bousso Lèye : Je ne comprends pas comment on peut s’opposer à une œuvre d’art qui magnifie la dignité de l’homme noir et façonne l’identité de notre ville. Paris a sa tour Eiffel, New York la statue de la Liberté… Ce monument est une invitation permanente à notre jeunesse à la réflexion sur le devenir de l’Afrique. Et puis, il a un intérêt économique. Il y aura un musée, une salle de projection, un village artisanal… qui seront fréquentés par les touristes. Et la société chargée de la gestion du site, dont la mise sur pied est prévue en 2010, donnera de l’emploi aux Sénégalais.
Il a quand même coûté 14 milliards de F CFA…
Léopold Sédar Senghor [ancien président du Sénégal, NDLR] disait que la culture est le but ultime et la condition de tout développement. Une œuvre d’art qui contribue à façonner l’identité culturelle des citoyens n’a pas de prix. D’ailleurs, son coût est de 9 milliards, pas 14 milliards, ce montant était celui du premier budget proposé par des Français. Nous avons finalement choisi les Nord-Coréens. Pour ce qui est du financement, le Sénégal a opté pour un paiement en nature, 30 à 40 hectares de terrain, dont les prix ont été fixés par la Direction des domaines. Ils seront mis en valeur par l’homme d’affaires sénégalais Mbackiou Faye, choisi par les Nord-Coréens, non par le gouvernement. Les projets immobiliers donneront des marchés aux entreprises de construction, et les taxes diverses iront à l’État. Tout le monde y gagne.
Le président Wade et sa fondation apparaissent comme les principaux bénéficiaires de l’exploitation du monument…
Le président Wade a dessiné cette œuvre et il en détient les droits. Le monument a une durée de vie de mille deux cents ans, et le nom du concepteur y est lié. Quant aux droits patrimoniaux, ils sont limités dans le temps à cinquante ans. Le président prendra 35 % du bénéfice net généré par l’exploitation. Cet argent sera reversé à sa future fondation, qui financera la construction de « cases des tout-petits » [écoles maternelles].
L’inauguration du monument de la Renaissance africaine et le Festival mondial des arts nègres (Fesman III) ont été reportés à 2010. Ce sera donc une année hautement culturelle…
C’est une année phare pour l’Afrique. Il y a le Mondial, qui se déroulera pour la première fois en Afrique. C’est aussi le cinquantenaire de l’indépendance de la plupart de nos pays. Et la boucle sera bouclée avec le Fesman III. C’est le plus grand projet culturel du monde noir. On l’a reporté plusieurs fois, mais il se tiendra bien en décembre 2010.
13:43 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : sénégal, interview, ministre, serigne mamadou bousso lèye
mardi, 01 décembre 2009
Cirque : l 'art de tordre le cou à la bureaucratie
La peur de l'autre est matérialisée par des planches de bois érigées en mur© Mario Del Curto
Après le succès de Taoub, le Groupe acrobatique de Tanger présente Chouf Ouchouf. Un spectacle original qui jongle avec les maux dont souffre la société marocaine.
À droite de la scène, un fonctionnaire attablé triture une bouteille en plastique. À ses côtés, un acrobate sens dessus dessous. À chaque froissement de la bouteille, il contorsionne toujours un peu plus son corps, pantin désarticulé aux mains d’une administration à la fois inefficace et toute puissante.
Jusqu’à la fin d’août 2010, à travers toute l’Europe, le Groupe acrobatique de Tanger jongle avec les maux qui étouffent la société marocaine (corruption, inefficacité des gouvernants, pauvreté, résignation de la population…) dans Chouf Ouchouf. Un spectacle haut en couleur « à la portée universelle, expliquent les metteurs en scène suisses Martin Zimmermann et Dimitri de Perrot, et qui explore la difficile question de la rencontre avec le nouveau, l’inconnu, l’étranger ».
Prouesses techniques
Appréhension de l’autre et préjugés sont matérialisés par des planches de bois, tantôt érigées en murs, tantôt transformées en labyrinthes. Mobiles, elles traversent la scène de part et d’autre, dissimulant puis découvrant tour à tour les acrobates dans de nouveaux costumes ou de nouvelles postures. Impossible pour le spectateur d’identifier facilement les personnages et d’en avoir une image toute faite !
Les numéros, qui se situent à mi-chemin entre le cirque et le théâtre, le mime et la danse, ont de quoi séduire. Le rythme, la variété, et l’humour de la mise en scène à laquelle s’ajoutent les prouesses techniques des douze artistes (dix hommes et deux femmes, tous de Tanger) enthousiasment petits et grands. Sanae El Kamouni, qui a fondé le groupe en 2003 après avoir suivi une formation en arts du spectacle en France, a fait appel « aux meilleurs acrobates de la ville ». Et a recruté pour l’occasion trois membres de « la célèbre famille Hammich, grande pourvoyeuse d’acrobates professionnels depuis plusieurs générations ! »
Chouf Ouchouf (« Regarde et regarde encore ! ») est un spectacle d’autant plus remarquable que Tanger manque cruellement d’infrastructures culturelles. Et que les subventions et autres aides sont rares. « Nous avons construit nous-mêmes la scène », s’exclame Martin Zimmermann. Avant de s’enorgueillir de verser aux acrobates marocains les mêmes cachets que ceux des danseurs européens. « Avec cet argent, se réjouit-il, ils peuvent faire vivre toute une famille. »
Présenté à Tanger et à Rabat en septembre dernier, Chouf Ouchouf a ouvert aux acrobates d’autres horizons que celui des hôtels pour touristes, et leur a donné les moyens non seulement de vivre de leur travail, mais aussi de se confronter à d’autres arts de la scène, comme la création théâtrale contemporaine. Sanae El Kamouni espère que le succès de cette aventure saura convaincre les autorités du besoin d’intervenir : « On attend de la nouvelle équipe municipale qu’elle redonne à la culture la place qu’elle mérite à Tanger ! »
13:39 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : maroc, groupe acrobatique de tanger, sanae el kamouni, cirque
lundi, 30 novembre 2009
Veillée festive de l’indépendance de la Mauritanie - Les promesses de Dahico aux Mauritaniens
| lundi 30 novembre 2009 - Par L'intelligent d'Abidjan |
|
La 3è édition de la veillée festive de l’indépendance de la Mauritanie a tenu toutes les promesses, le vendredi 27 novembre 2009, jour de la Tabaski, à l’Espace Anoumabo du Palais de la Culture d’Abidjan, à Treichville. Le candidat à l’élection présidentielle ivoirienne, l’humoriste Adama Dolo alias Adama Dahico a fait une promesse d’allègement fiscale aux commerçants mauritaniens venus de tous les coins du pays. « Je prendrai le pouvoir par le rire. Quand on dit qu’il n’y a pas de travail, moi ça me fait rire ! J’enverrai des jeunes ivoiriens faire des stages dans vos boutiques (…) Vous participez au développement du pays. Quand je prendrai le pouvoir, vous n’allez pas payer beaucoup d’impôts mais vous allez payer un peu », a promis le candidat Adama Dahico.
La foule composée d’hommes habillés de grand boubou en bazin et des femmes magnifiquement emballées dans de foulards couvrant de moitié leurs visages, se prélassait au sein de l’Espace Anoumabo. L’entrée en scène de l’artiste mauritanienne Noura Mint Seymaly a donné de la gaiété au rassemblement.
De retour du Festival du Sahel organisé au Sénégal, Noura Mint Seymaly n’a pas mis en doute son immense talent. D’une voix pure et munie de sa ardine, une sorte de cora, un instrument à corde pincée, Noura M. Seymaly a, de son timbre envoûtant, plongé l’assistance dans une léthargie nostalgique. Fredonnant un air musical sur un fond de rythme Zouk, l’artiste a insufflé un émoi patriotique dans le public, qui n’a pas hésité à donner de la voix, à agiter les fanions à l’effigie des couleurs nationales de la Mauritanie.
Au cours de la soirée, les Mauritaniens vivant en terre d’Eburnie ont démontré qu’ils étaient tellement bien intégrés, qu’ils se sont adonné à une séance de ‘’travaillement’’ tel qu’on aurait pu dire ‘’une soirée de coupé-décallé à la mauritanienne’’. Cette ambiance a été assez bien entretenue par DJ Paco de la Radio nationale mauritanienne, qui a véritablement assuré ; la partie animation.
Cet avis sera partagé par le Consul du Maroc, Bahana El Adawi qui a soutenu sans ambages : « C’est une belle soirée qui s’est déroulée. J’ai été très impressionné par la beauté du spectacle ». Une distribution de package composé de couscous accompagné de poulets fris et un concours de danse, ont mis fin la 3è édition de la veillée festive de la fête d’indépendance de la Mauritanie.
K.Patrick
19:38 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : veillée festive de l’indépendance de la mauritanie, adama dahico, mauritanie
Miss Guinée Europe : couronne, arnaques et désillusions

| lundi 30 novembre 2009 / par Stéphanie Plasse
18 heures. Aissata se masse les mains avec une lotion parfumée. Elle peint ses lèvres d’un rouge vif et se regarde dans son petit miroir de poche. A côté d’elle, à la table voisine, les quinze autres prétendantes au titre de Miss Guinée s’activent. Fatou essaye une dernière fois sa robe de soirée tandis que Yasmina laisse sa chevelure entre les mains expertes de la coiffeuse. Dans les coulisses, c’est l’effervescence. On rigole, on crie, on s’impatiente, on se jauge parfois. Ce soir, il faudra être la plus belle... mais à quel prix ?
Elles rêvaient de paillettes, d’hôtels quatre étoiles et de champagne. Pourtant en arrivant à Londres, ces jeunes filles âgées de 18 à 28 ans et venues pour la plupart de France ont très vite déchanté. « On était logées à une heure du lieu de la cérémonie. Personne n’était là pour nous surveiller. On était livrées à nous mêmes », témoigne une finaliste. Parachutées lundi dans un hôtel insalubre où « le plafond dans une des chambres s’est écroulé » et où « les fuites d’eau » étaient fréquentes, les Miss ont commencé à paniquer. « Certaines voulaient même rentrer ! », explique Binta. « Un jour, on a retrouvé nos bagages, devant l’hôtel, car l’organisateur de l’élection de Miss Guinée Europe n’avait pas payé », ajoute-t-elle.
20 heures. Thierno Diallo, drapé dans un boubou orange, court dans les couloirs du Cumberland Hôtel. Il donne des ordres, sourit, serre une main puis une autre. C’est un homme pressé. Il est toujours entre deux appels téléphoniques, entre deux discussions. Ce Guinéen de 42 ans, chargé de la mise en place de cet événement, n’a pas une minute à lui. C’est à peine s’il prend le temps de saluer « les filles » dans les coulisses.
Lâché par son principal sponsor Orange après le massacre du 28 septembre en Guinée, Thierno Diallo s’est retrouvé sans un sou pour organiser les élections. Pourtant, cela ne l’a pas empêché de continuer l’aventure en « l’honneur de la femme guinéenne ». Deux jours avant la cérémonie, en dernier recours, il a sollicité l’aide de l’ambassadeur de Guinée au Royaume Uni, Lansana Keita. Résultat : on lui a prêté environ 6000 euros. « On espère pouvoir rembourser mais entre nous on préférerait qu’il nous donne cet argent », confie M. Diallo.
Deux mois tout juste avant cette élection, des Guinéens avaient été tués dans le stade de Conakry par des soldats de la junte au pouvoir. En hommage à ces victimes, l’organisation s’est fendue de quelques secondes de silence. Elle s’est officiellement engagée à reverser un pourcentage de la recette des billets d’entrée (d’une valeur de 55 pounds : 49 euros) à deux associations dont une fondation pour les jeunes filles vierges. Soit environ 25 euros.
Minuit. « La Miss Guinée Europe de l’année 2010 est... Aissata Souma », lance Alicia Fall, l’animatrice de la soirée, sous les applaudissements des spectateurs. Dans le public, on dégaine les téléphones portables pour prendre les photos de la jeune fille, un peu surprise par sa soudaine popularité. La gagnante qui devait repartir avec un chèque de 1500 euros, une voiture et un an de soins beauté risque d’être déçue. « Elle n’aura pas la voiture ni son équivalent en argent dans les prochains jours », chuchote Thierno Diallo. Pour les 1500 euros, rien n’est encore sûr. L’organisateur a déjà eu du mal à rémunérer les deux stylistes : le Sénégalais Sadio Bee et la Burkinabè Fomia Ouattara. « Je suis arrivée jeudi du Burkina Faso. Thierno devait me rembourser la moitié du billet d’avion et pour l’instant rien n’a été fait », grogne la jeune créatrice qui se dépêche de ranger ses robes dans sa valise.
2 heures du matin. Après 40 minutes de trajet, le chauffeur de la limousine déposent les jeunes filles devant le Planet Nollywood. Une discothèque africaine très réputée, selon l’organisateur. Située sur Camberwel road, ce night club ne fait pourtant pas dans le haut de gamme. « C’est un endroit assez chaud de la capitale. Il y a plusieurs règlements de compte », confie un videur londonien. Qu’importe, les seize finalistes s’engouffrent dans cette boîte de nuit pendant que d’autres, exténuées par la fatigue et l’énervement, attendent le taxi pour enfin rentrer à l’hôtel.
« Vive les femmes Guinéennes pour que vive et prospère la nation guinéenne », a lancé Lansana Keita, lors du discours d’inauguration de la soirée Miss Guinée Europe. Une déclaration qui laisse perplexe au regard des conditions d’accueil des prétendantes au titre. |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
![]() | ![]() | ![]() | ![]() |
![]() | ![]() | ![]() à gauche : Salimatou Diallo (1ère dauphine), au centre : Aissata Souma (Miss Guinée europe), à droite : Lamarana Diallo (2ème dauphine) | ![]() Thierno Diallo |
| Guinée |
19:31 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : guinée, beauté, mode, femmes



































