jeudi, 16 mai 2013

MUSIQUE

Kéry James, le dernier des géants  

   
 
Nouvel album, Dernier MC
© Xavier Dolin
Kery James
 
16/05/2013 -

 

Certains voient en lui la conscience du rap français. D’autres l’adulent comme un gourou. Pourtant Alix Mathurin, alias Kéry James, 36 ans, est très clair dans cette rime cruciale de Constat Amer, un des fers de lance de son nouvel album Dernier MC : "Je ne serai jamais votre leader, je n’en ai ni la valeur ni la rigueur". Une chose est sûre : son nouvel album est un des plus solides parus en cette première moitié d’année. Blindé de featurings pertinents, ce disque ambitieux nous présente un MC au sommet de son art. Entretien parisien dans un café où Kéry a ses habitudes : un thé Orange Pekoe, un nuage de lait, et le magnéto se met à tourner.

 


RFI Musique : Kéry, ce disque marque votre retour dans le "rap game" ?

Kery James : J’ai vraiment l’impression que les gens ont besoin que je les rassure, que je leur prouve que je sais encore rapper. C’est devenu une musique de consommation rapide, les choses bougent vite. Tous ceux qui sont partis deux ans n’ont pas réussi à remonter la pente. Si j’y arrive, je pourrais dire que j’ai un truc spécial.

 

 
Constat amer
Kery James
Dernier MC
(AZ/Universal Music)
2013

Titrer cet album Dernier MC, c’est un constat d’échec sur le rap français d’aujourd’hui ?
Ce n’est pas nouveau, mais c’est encore plus grave. Le rap français ne véhicule plus rien. On est arrivé à une époque où on regarde juste les ventes. Le contenu, autant le fond que la forme, n’a pas été dans le bon sens. Il n’y a pas eu de disques révolutionnaires. Sur le fond, on touche le fond. C’est devenu n’importe quoi. C’est pour ça que mon retour comporte un challenge, les gens ont été éduqués à avoir de la musique sans contenu. Soit ils vont dire qu’ils en ont marre de me voir faire le mec intelligent, soit que c’est une bouffée d’oxygène. Il y a deux raps : celui qui dit quelque chose et celui qui ne dit rien, ne défend rien. En même temps, je n’ai pas l’impression de réinventer la musique, chaque morceau aborde le même thème qu’un autre auparavant, avec des axes différents. Constat amer est la suite de Banlieusard, Vent d’Etat est la suite de Jusqu’au bout sur mon album de 2005, Ma Vérité, où je critiquais déjà le conflit en Irak que je trouvais injustifié ; Quatre saisons, c’est L’Impasse ou Deux Issues… Je n’invente rien, mais je dis des choses.
 
Vous aviez amorcé votre retour avec des concerts intimistes au théâtre parisien des Bouffes Du Nord, et avec un album best of acoustique…

Faire du rap conventionnel a ses limites, mais le spectacle acoustique peut durer dans le temps, je peux l’assumer à 40 ans. Sinon le rap conventionnel à 40 ans, ça n’est pas très crédible. Bon, Jay-Z essaie de me donner tort, mais il n’y en a pas beaucoup. Et puis aux Etats-Unis, ça n’est pas pareil, le hip hop est installé dans la société. En France, si tu dis que tu es artiste et qu’à 40 ans, tu fais du rap, franchement tu souffres de beaucoup de clichés. Les gens s’imaginent que tu es grossier, vulgaire, que tu insultes la police.
 

L’image négative du rap dans les médias, ça vous touche ?
Ça ne me chiffonne pas parce qu’on l’a bien cherché. Même moi, j’y ai contribué avec l’affaire MC Jean Gab’1, l’affaire Black V-Ner (deux bagarres parisiennes auxquelles Kéry fut mêlé, NDR). Même si celui qui s’y intéresse vraiment saura que je ne fais que me défendre et que même si ma défense peut être violente ou disproportionnée, je ne suis jamais dans la position de l’agresseur. Cette image, c’est nous qui la donnons. Quand on écoute les paroles, ce qui se dit, on ne va pas se plaindre d’avoir l’image d’abrutis qui aiment la violence et ne respectent pas les femmes. C’est l’image qu’on a, il faut assumer. J’essaie de la changer, mais on se retrouve vite dans "Le rap, c’est de la merde sauf lui". Je n’aime pas ça, c’est comme "Je n’aime pas les Noirs, mais lui c’est pas pareil". Je fais ce qui me paraît juste. Je sors cet album, il y en aura un second dans la foulée pour 2014, puis un album commun avec Youssoupha et Médine. J’ai des projets jusqu’à 38 ans.
 
Parlez-nous de ce projet avec Youssoupha et Médine…
C’est une idée qui vient de moi. Les projets en commun ont tous avorté. Je devais faire un album avec Rohff, Rohff avec Kamelanç, Diam’s avec Sinik, aucun n’a été mené à bien. J’espère que celui-là ira jusqu’au bout. Le rap en a besoin. Ça sera un album de groupe, avec un ou deux solos, maximum. D’un point de vue stratégique pour nos carrières, c’est bénéfique, et sur scène, ça va être très fort.
 
Sexion D’Assaut qui fait du rap grand public, vous validez ?
Ce que je trouve bien dans la Sexion, c’est qu’ils ne sont pas dans la violence gratuite ou l’incitation. Un petit qui les écoute ne va pas être influencé pour mener une vie de rue. Déjà, c’est positif. Après, il y a plusieurs manières de voir les choses. On peut dire qu’ils sombrent dans la facilité artistique, mais en réalité, faire des tubes, c’est super compliqué ! Comment font-ils des tubes de manière aussi systématique ? Moi j’ai essayé de faire des tubes, et je n’y arrive pas !
 
Kery James Dernier MC (AZ/Universal Music) 2013
En concert au Palais Omnisport de Paris-Bercy le 21 novembre 2013

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MUSIQUE

IAM, martial spirit 

   
Interview à l'occasion de leur nouvel album, Arts Martiens
© Wahib
IAM
 
22/04/2013 -

 

Un quart de siècle. Quel groupe de rap français peut prétendre à une telle longévité ? IAM est un monument, et leur album était attendu depuis longtemps puisque leur Saison 5 datait de 2007. En lieu et place du projet annoncé, basé sur des musiques d’Ennio Morricone, c’est Arts Martiens, un disque plus classique, qui est finalement proposé. Les fans n’y perdent pas au change puisque le groupe marseillais, pour ce sixième opus, retrouve une spontanéité rafraîchissante… Et des productions pyramidales signées Imhotep. Discussion avec le groupe au complet, dont le mental reste spartiate en ces temps de crise.

 

RFI Musique : Que s’est-il passé avec le projet Ennio Morricone ?
Akhenaton : Il n’arrivera pas pour l’instant, mais on ne sait pas ce que l’avenir nous réserve. Il a été validé par l’équipe de Morricone puis, à l’étape des négociations, les conditions qui nous ont été fixées par les gens avec qui l'on discutait n’étaient pas viables pour nous. On a donc décidé de changer complètement de projet. On a fait 60 à 80 instrumentaux, on n’a rien gardé.

 
Donc vous êtes repartis sur un album classique ?
Akhenaton : On n’avait aucune ligne directrice. Les plannings ne pouvaient pas bouger, on devait enregistrer l’album dans le temps qui nous était imparti. Donc Jo (Shurik’n, NDR) et moi, on est partis sur quelque chose d’assez sauvage dans l’écriture. C’était de très grosses journées, on arrivait tôt le matin et on repartait tard le soir. On a enregistré beaucoup plus que ce qu’il y a sur l’album, des morceaux classiques IAM.
 
Shurik’n : Après, ce sont les gens qui en font des classiques. C’est une décision qui ne nous appartient pas.
 
Akhenaton : Sur cet album, on a arrêté la course à l’armement et on a décidé de faire comme on aime, pas d’être à la page, ce qui est complètement subjectif. Par exemple, certains morceaux pouvaient sembler vieux il y a quelques mois, mais maintenant, avec des Joey Badass et des Kendrick Lamar, ils sonnent complètement dans l’air du temps. Comme à l’époque de Sol Invictus où l'on me reprochait des samples de soul et puis Jay-Z a sorti The Blueprint, et ce qui était vieillot parce que tout le monde utilisait les synthés est redevenu tendance.
 

 
Spartiate Spirit
IAM
Arts Martiens
(Def Jam France/Universal Music)
2013

Il y a peu de participations extérieures…
Akhenaton : On a Faf Larage en featuring et aucun artiste américain. On est en charge du budget pour l’album et si le feat américain doit être payé plusieurs dizaines de milliers de dollars, on préfère faire deux vidéos avec l’argent. On n’a besoin de personne. À part des mégas stars comme Jay-Z, trop cher pour nous.
 
Est-ce qu’il y a une concurrence entre les deux rappeurs du groupe ?
Shurik’n : C’est plutôt l’osmose entre Chill (Akhenaton, NDR) et moi, mais c’est sûr qu’on écoute nos couplets et si son couplet déchire, ça va me mettre une pression pour faire aussi bien. On a toujours fonctionné comme ça.
 
Imhotep : C’est l’osmose par le haut.
 
Imhotep, cet album marque votre grand retour comme producteur principal d’IAM.
Imhotep : Je dois avoir une dizaine de sons sur les 17 dont Spartiate Spirit, Benkei & Minamoto et Sombres Manœuvres, Manœuvres Sombres. J’ai fait différentes tentatives sur des logiciels comme Reason mais je n’ai pas trouvé mon son, je suis donc revenu sur la MPC. Par contre, j’utilise pas mal ProTools pour le traitement électronique de certains samples. Sinon, la base se fait toujours dans la MPC 3000 et le SP 1200. On a fait appel à des musiciens : Sébastien Damiani et Tyrone Downie aux claviers, Freddie à la basse et guitare, un sax et un trombone. Une fois qu’on les a enregistrés, on les resample dans la MPC pour donner un grain.
 

IAM sera à l’affiche d’Urban Peace en septembre, avec Sexion d’Assaut, au Stade de France.
Shurik’n : C’est un grand terrain de jeu pour nous, on compte bien mettre le feu. Après, en compagnie de qui, du moment que c’est un bon esprit, ce qui est le cas avec Sexion d’Assaut, ça n’est pas un souci pour nous. On est loin, mais on fait partie du mouvement hip-hop et on fait du rap, quand même.
 
Qu’aimeriez-vous qu’on dise en écoutant Arts Martiens ?
Imhotep : "Woaw".
 
Shurik’n : "Effectivement, ils sont toujours là".
 
Akhenaton : "Voilà un très bel album d’IAM". Pour moi, il s’inscrit dans une continuité d’albums qui m’ont beaucoup plu dans l’histoire du groupe, et j’espère qu’il sera identifié comme tel. Que les gens ressentiront le même plaisir qu’on a pu prendre pendant l’enregistrement et le mix.
 
Kheops : Je vais dire une connerie : déjà qu’on ne dise pas de mal.
 
 
IAM Arts Martiens, (Def Jam France/Universal Music) 2013
En concert le 27 avril au Don Jigi Fest (Vitré), en tournée à partir d'octobre 2013

Site officiel

→ A écouter aussi sur rfi l'émission La bande passante speciale IAM du 20/04/2013 et 21/04/2013

mercredi, 15 mai 2013

Cinéma

Cannes 2013 : l'Afrique reprend des couleurs

 
 
13/05/2013 à 14h:00 Par Renaud de Rochebrune
 
 
Le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Prix du jury en 2010 pour 'Un homme qui crie'. Le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun, Prix du jury en 2010 pour "Un homme qui crie". © DR

 

Le Tchadien Haroun et le Franco-Tunisien Kechiche sont à l'honneur sur la Croisette à partir du 15 mai. Et avec eux, plusieurs films tournés sur le continent africain.

Les candidats étaient, comme chaque année, très nombreux. Pas moins de 1 858 longs-métrages - un record - ont été envoyés à Thierry Frémaux, délégué général de la manifestation, dans l'espoir de figurer dans la sélection officielle du Festival de Cannes qui se déroulera du 15 au 26 mai. Parmi la cinquantaine de films ayant franchi ce cap, plusieurs ont été tournés sur le continent africain ou au Moyen-Orient. Surtout, deux longs-métrages de cinéastes originaires d'Afrique seront en lice pour la Palme d'or.

Le Tchadien Mahamat-Saleh Haroun réussit l'exploit de figurer pour la deuxième fois en trois ans sur cette liste prestigieuse. Prix du jury en 2010 pour Un homme qui crie, il présentera Grigris, du nom de son héros, un jeune de 25 ans qui veut devenir danseur malgré sa jambe paralysée, mais doit abandonner ce rêve pour se livrer à divers trafics afin d'aider son oncle malade.

Casting hollywoodien

Pour le Franco-Tunisien Abdellatif Kechiche, plutôt habitué de la Mostra de Venise, où avaient été projetés La Graine et le mulet et Vénus noire, sa venue sur la Croisette sera une première. Avec La Vie d'Adèle, changeant semble-t-il complètement de sujet, il raconte une histoire d'amour passionnelle entre une adolescente et une jeune femme aux cheveux bleus, adaptation d'une bande dessinée de la Française Julie Maroh (Le bleu est une couleur chaude, prix du public au festival d'Angoulême en 2010).

Projeté le soir de la clôture, Zulu est, lui, hors compétition. Réalisée en Afrique du Sud par le cinéaste français Jérôme Salle, cette adaptation du polar éponyme de Caryl Férey, paru chez Gallimard en 2008, bénéficie d'un casting hollywoodien : l'Africain-Américain Forest Whitaker et le Britannique Orlando Bloom. Le premier a déjà reçu un prix d'interprétation à Cannes en 1988 - il incarnait le jazzman Charlie Parker dans Bird de Clint Eastwood - et un oscar pour son rôle d'Amin Dada dans Le Dernier roi d'Écosse en 2007. Le second s'est illustré dans les Pirates des Caraïbes. Zulu évoque une enquête périlleuse menée par deux policiers, un Zoulou et un Afrikaner, dans les townships du Cap. Un portrait sans concessions de l'Afrique du Sud post-apartheid.



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