vendredi, 06 novembre 2009

La sortie de crise au menu du G20 Finances

Article publié le : vendredi 06 novembre 2009

Ben Bernanke, le président de la Réserve fédérale américaine, à son arrivée au G20 Finances à Saint Andrews en Ecosse, le 6 novembre 2009.
Reuters/Andrew Winning


Par Myriam Berber

Les ministres des Finances et banquiers centraux des vingt principales économies mondiales sont réunis vendredi et samedi à Saint Andrews, en Ecosse. Dans ce berceau historique du golf, ils tenteront de trouver un cadre de travail pour mieux sortir de la crise.

Les moyens de sortir de la crise devraient occuper la majeure partie des débats du groupe du G20 qui réunit les principaux pays développés et émergents de la planète à Saint Andrews. Les débats porteront sur la mise en place du cadre de travail, un mode de fonctionnement basé sur la surveillance multilatérale, avec le Fonds monétaire international (FMI) comme arbitre.

Le G20 a montré au cours du sommet de Pittsburgh une parfaite unité sur ce point. Les pays se sont ainsi mis d’accord pour ne pas relâcher l’effort public engagé pour faire face à la crise qui, même si elle montre quelques signes d’apaisement, est loin d’être terminée. Au registre des données incitant à l’optimisme, les principales banques américaines et européennes annoncent des résultats record et se bousculent pour rembourser aux Etats les prêts d’urgence mis en place pour les sauver.

Hausse du chômage

Un autre indicateur a alimenté un mouvement d’optimisme : les Etats-Unis, la première économie mondiale, renouent avec la croissance. Après sa plus longue récession depuis les années 1930, le produit intérieur brut (PIB) américain pour le troisième trimestre 2009 a augmenté de 3,5% par rapport à la même période de l’année dernière, un peu plus que ce qu’attendaient les économistes. Les experts du Fonds monétaire international ont également revu à la hausse leurs prévisions pour l’économie mondiale en 2010, à 3,1% de croissance. Un rebond, selon eux, essentiellement dû au dynamisme de l’Asie et plus particulièrement de la Chine.

L’économie repart mais on est encore loin d’une sortie de crise. Les plans de relance mis en place par les pays du G20 ont permis, selon le Bureau international du travail (BIT), de sauver jusqu’à 11 millions d’emplois cette année, mais cela n’empêchera pas le chômage mondial d’atteindre un record en 2009 en touchant 241 millions de personnes.

Statu-quo monétaire

La montée continue du chômage a également été pointée par les banquiers centraux. A la veille de cette réunion du G20 Finances à Saint Andrews, les grandes banques centrales, Réserve fédérale américaine (Fed), Banque centrale européenne (BCE) et Banque d'Angleterre, ont toutes maintenu leurs taux à des niveaux historiquement bas mercredi et jeudi, en notant que les signes de reprise étaient loin d'être suffisamment installés pour modifier leur politique monétaire. La conjoncture des marchés financiers n’a « globalement pas changé » depuis septembre et les dépenses des ménages, moteur traditionnel de l’économie américaine, « restent entravés » par la montée continue du chômage, conclut le comité monétaire de la Fed.

Soucieux des incertitudes planant sur la croissance, les ministres des finances du G20 devraient donc se déclarer en faveur d’un retrait des mesures de relance mais « seulement quand il sera temps » et « de manière coopérative et coordonnée ». Dans une interview publiée vendredi dans les médias européens, le ministre des Finances britannique a estimé qu'il faut « continuer le travail du G20 commencé depuis un an ». « Si nous n'agissons pas, il y a le risque que nous soyons confrontés à une décennie de croissance molle et de faible emploi », a expliqué Alistair Darling.

Crise bancaire au Nigeria : « Aucune répercussion sur les banques de l’UEMOA »

vendredi 6 novembre 2009

Des banques nigérianes rencontrent depuis octobre 2008, des difficultés induites par des manquements graves en matière de gouvernance et de respect de la réglementation. Nommé en juin dernier, le nouveau gouverneur de la Banque centrale du Nigéria (BCN), Sanusi Lamido Sanusi, a pris une série de mesures visant à rassurer les déposants et les créanciers et surtout, à renforcer la solidité mise à mal du système bancaire. En visite de travail au siège de la Banque centrale de la zone UEMOA, Sanusi a animé hier jeudi 4 novembre 2009, à Dakar (Sénégal), en compagnie du gouverneur, Philippe Henri Dacoury-Tabley une visioconférence pour expliquer aux journalistes et aux banquiers des huit pays de l’Union, la situation des banques nigérianes.

Le secteur bancaire nigérian était malsain. Un audit financier commandité par la Banque centrale nigériane a décelé des manquements graves à la gouvernance et au respect des dispositions réglementaires. Sur 24 banques, 10 ont fait l’objet de sanctions et de mesures spécifiques. Face à cette situation « jugée grave », la BCN a sorti le bâton pour sévir. Dans la foulée, les dirigeants et directeurs exécutifs d’Afrikaner PLC, International Bank, Union Bank of Nigeria, Oceanic international Bank et Finbank sont limogés. De même, elle a pris l’engagement d’accorder à ces banques une « facilité d’escompte élargie ». La seconde phase de l’audit a porté sur les quatorze banques restantes. Là aussi, les comptes ne sont pas tout à fait bons. Quatre autres prises dans les filets, sont dans une situation grave.

Il s’agit de Platinum Habib Bank, Equitorial Trust Bank, Spring Bank et Wema Bank. Outre le limogeage des patrons de ces banques, l’autorité monétaire a enjoint les dirigeants de la Wema Bank et d’Unity Bank (son capital a été jugé insuffisant) à recapitaliser ces dernières avant le 30 juin 2010. Afin de contenir le malaise qui secoue et sape la solidité du système bancaire, la Banque centrale du Nigéria (BCN) est décidée à mettre de l’ordre. C’est l’enjeu de la démarche de « courtoisie et d’explication » entreprise par le gouverneur de la BCN auprès des responsables de la Banque centrale des Etats de l’Afrique de l’Ouest (BCEAO). Le nouveau gouverneur, Sanusi Lamido Sanusi, a ainsi eu un entretien d’information sur la situation bancaire au Nigéria avec le gouverneur de la BCEAO au siège de l’institution à Dakar. Les deux garants de la stabilité financière dans leurs zones monétaires se sont par la suite adressés aux journalistes et aux banquiers des huit pays de l’UEMOA, à travers une visioconférence.

D’entrée de jeu, le gouverneur de la BCEAO a indiqué que le message de son homologue « mérite d’être relayé auprès de l’ensemble des populations ». Philippe Henri Dacoury-Tabley a salué « cette démarche de courtoisie et d’explication » dans la mesure où les informations disponibles ont fait état de difficultés affectant les banques nigérianes. Il explique que cette situation a inquiété plus d’un, compte tenu des relations de plus en plus fructueuses avec le Nigeria. Aussi, a-t-il rassuré que le « malaise des banques nigérianes n’a eu aucune répercussion dans l’Union ». En effet, l’audit financier des 24 banques établies au Nigéria par la BCN a mis à nu la toxicité du système bancaire. Les banques auraient ainsi accordé des prêts au mépris des règles usuelles de gestion des risques à des courtiers et à des particuliers. Ces prêts improductifs sont estimés à 1.143 milliard de naïras (devise nigériane), soit 3.450 milliards de F CFA représentant 40 du total de leurs prêts, indique un communiqué à la presse.

Mais la BCN ne s’est pas arrêté là dans sa quête d’assainissement du système bancaire. Au titre des mesures, une société de gestion des actifs devrait voir le jour avant la fin de l’année en vue d’améliorer le système bancaire par le biais notamment d’une reprise des actifs compromis des banques. Pour le gouverneur de la BCN, ce sont des mesures difficiles prises dans l’intérêt de l’économie nigériane et des pays voisins. Sanusi Lamido Sanusi rassure néanmoins que le secteur bancaire reste stable malgré un déficit de 3%. « Nous veillons à ce que les banques ayant des filiales dans la sous-région soient suffisamment recapitalisées. Car cette crise est une occasion pour mettre nos économies sur la voie de la transparence », a-t-il expliqué. C’est pourquoi, les deux institutions monétaires ont affirmé leur volonté de travailler désormais en tandem.

Vers une convention de partenariat

La BCEAO et la BCN souhaitent ainsi formaliser incessamment la coopération entre leurs instances de régulation. Car, « ce qui se passe là-bas nous intéresse et peut avoir des répercussions importantes chez nous. Je félicite le gouverneur Sanusi pour ses efforts de consolidation de la stabilité du secteur bancaire au Nigeria et aussi pour ce qui sera fait entre les autorités de régulation », a souligné le gouverneur de la BCEAO. En effet, l’autorité de régulation du Nigéria et la commission bancaire de l’UEMOA ont décidé d’avoir une coopération « plus fructueuse ». Même s’il précise que la crise bancaire nigériane n’a pas impacté les banques de l’Union. En effet, la BCEAO soutient veiller au grain grâce à sa réglementation qui permet de suivre et de corriger d’éventuels dérèglements.

De plus, les banques nigérianes présentes dans l’Union ne figurent pas parmi la liste des banques « jugées en situation grave », a relevé le gouverneur Philippe-Henri Tabley-Dacoury. Et le président de l’Association professionnelle des banques et établissements financiers du Burkina, Mamadi Napon d’ajouter : « c’est une information cruciale de dire que les banques nigérianes sont surveillées dans la mesure où des opérateurs économiques de notre zone font des transferts ou des dépôts dans ces banques. S’ils déposent leur argent dans des banques risquées, ils sortent perdants. Il était donc crucial d’informer nos opérateurs que les institutions bancaires au Nigéria sont surveillées et qu’en cas de dépôts risqués le gouvernement fédéral prendra ses responsabilités pour protéger les déposants. C’est une bonne disposition pour rassurer nos pays et les opérateurs économiques de la sérénité du secteur bancaire ». Par ailleurs, la BCN a rassuré qu’il n’aura pas de liquidation de banques. « Il y aura probablement des confusions », commente Mamadi Napon, président de l’APBEF.

Dans l’espace UEMOA, le secteur bancaire fait l’objet d’une supervision rigoureuse menée par la BCEAO au moyen de la commission bancaire. Cette surveillance repose sur un cadre harmonisé dont la conformité a été reconnue avec la quasi-totalité des vingt-cinq principes de Bâle élaborés par la communauté financière internationale. Dans la pratique, la supervision se fait à travers un contrôle régulier sur pièce et sur place dans les banques. En sus, il y a la loi bancaire qui précise le champ et les règles d’exercice de l’activité bancaire, la répartition des compétences entre les différents organes et l’échelle des sanctions infligées en cas d’infraction à la réglementation. Cette loi est complétée par un dispositif prudentiel et le règlement communautaire relatif aux relations financières extérieures des Etats de l’UEMOA.

Saturnin Nadoum COULIBALY

Sidwaya

mercredi, 04 novembre 2009

Le commerce équitable, une alternative pour les artisanes africaines ?

Le SAFEM lance le débat

Un colloque intitulé « Artisanat féminin et commerce équitable en Afrique » se tenait lundi, au Palais des Congrès de Niamey, la capitale du Niger, dans le cadre du Salon international de l’artisanat pour la femme (SAFEM). Une cinquantaine de professionnels de l’artisanat et d’experts internationaux de l’économie sociale y ont participé. Ils ont dégagé des solutions pouvant permettre au commerce équitable de devenir, en dépit des nombreux obstacles, une réelle opportunité d’enrichissement pour l’Afrique et ses artisans.

Mardi 3 novembre 2009, par Franck Salin






Comment le commerce équitable peut-il aider les artisanes africaines à mieux écouler leur production sur les marchés nationaux et internationaux ? Que faire pour qu’elles répondent aux principes exigeants de ce commerce ? Le commerce équitable peut-il les sortir de la pauvreté dans laquelle la plupart d’entre elles se trouvent ? Telles étaient les principales questions posées au cours du colloque organisé lundi, au Palais des congrès de Niamey, en présence d’une cinquantaine de professionnels africains et occidentaux de l’artisanat et de l’économie sociale. Des questions qui concernent aussi bien les artisans que les artisanes, mais qui, dans le cadre du SAFEM, un salon consacré aux femmes, ont été posées au féminin. Un choix d’autant plus pertinent que, de l’avis des nombreux experts présents, la majorité des artisans du continent sont des femmes. Au Niger, par exemple, l’artisanat, qui occupe plus de 700 000 personnes, représente 23% du PIB [1], et la proportion de femmes y travaillant est estimée à 52%. Des femmes qui sont propriétaires de 68% des quelque 360 000 micro et petites entreprises recensées dans le secteur qui, selon Sani Fatouma Morou, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat du Niger, recèle un considérable potentiel de croissance et de créativité.

Bien qu’il n’y ait pas de définition communément admise du commerce équitable (le concept est né dans les pays du nord dans les années 1970), les intervenants du colloque en ont précisé les grands principes. « Le commerce équitable est un commerce social qui vise à établir un rapport d’échange satisfaisant pour tous et qui a pour principe d’aider des coopératives de producteurs », a expliqué le Dr. Chérif Chako, économiste et président du Réseau nigérien pour la promotion de l’économie sociale solidaire (RENIPESS). Il vise à « assurer une juste rémunération du travail », a-t-il ajouté, précisant qu’il ne fallait pas cantonner le concept aux seuls échanges Nord-Sud : « Le commerce équitable est aussi appelé "commerce compassionnel". Mais il ne se fait pas seulement dans le sens Sud-Nord. On doit aussi avoir du commerce équitable Sud-Sud, inter et intra classes sociales, villes-campagnes... »

Des freins nombreux

Ce commerce, qui entend déterminer les prix des produits par les coûts économiques, mais en prenant aussi en compte les coûts de production humains, sociaux et environnementaux, pourrait bénéficier plus largement aux artisans africains. Cependant, un certain nombre d’obstacles menacent la réalisation de cet objectif. Le premier d’entre eux est le manque d’organisation des artisanes. « Les femmes sont toujours dans des groupements et des coopératives, mais avec quelle rigueur sont-elles représentées ? », s’interroge Aichatou Kané, la coordinatrice du SAFEM. « Elles sont justes inscrites sur le papier, mais en réalité chacune agit pour son compte », estime-t-elle. Un problème d’organisation auquel s’ajoute, selon Brahim Ould Ndah, directeur de l’artisanat de Mauritanie, « des problèmes de solidarité et de confiance entre artisans. Par exemple, sur les foires, ils ne veulent pas confier leurs produits à des tiers. Et quand il y a une grosse commande, le producteur sollicité ne s’arrange pas avec d’autres artisans pour l’honorer ». A ces obstacles s’ajoute celui de la formation. Les tenants du commerce équitable imposent des normes, tant au niveau de la qualité que des délais, que les artisanes ont du mal à tenir et quelquefois même à comprendre. « Elles ne sont pas capables de déterminer leurs coûts de revient, le prix de leurs produits, explique Mme Kané. Les femmes ne prennent pas en compte le temps passé à l’ouvrage. Le travail manuel n’est pas valorisé par le consommateur ni par l’artisan lui-même. Ce qu’il cherche, c’est ce qu’il va avoir à manger ce jour-là. »

Quelques solutions sont avancées par les experts et les professionnels présents au colloque. « Le commerce équitable est une chance pour l’Afrique, mais à certaines conditions, estime Christine Damiguet, conseillère technique, en France, à la Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale. La prise en main par l’Afrique de cette question est une nécessité (…). Il faudrait qu’il y ait une concertation régulière entre acteurs pour une mise en place de référentiels africains. » Une analyse à laquelle souscrit Moctar Diakhaté, directeur de l’artisanat du Sénégal et président du CODEPA (Comité de Coordination pour le Développement et la Promotion de l’Artisanat Africain), selon lequel « il y a nécessité, pour le CODEPA, d’harmoniser » les normes de production à l’échelle du continent. Des évolutions qui ne peuvent se faire sans une meilleure structuration au niveau national des artisans africains, le développement de réseaux continentaux, ni une amélioration de la formation, y compris dans les langues locales. La coordinatrice du SAFEM a souligné l’effort réalisé, dans ce sens, par son organisation, de même que Yahousa Ibrahim, représentant du CECI (Centre d’étude et de coopération régionale) au Niger – une ONG canadienne qui, depuis 2006 a formé une soixantaine d’artisans joailliers et maroquiniers au Canada et sur place. Des formations que les artisanes souhaiteraient plus nombreuses et accompagnées d’un suivi régulier.

« Il faut viser l’excellence »

Les participants au colloque ont estimé qu’il fallait mieux sensibiliser les consommateurs des pays du nord à la production artisanale africaine, laquelle devait être mieux protégée de la contrefaçon. Ils ont néanmoins souligné l’importance de la qualité, du respect des délais et de l’innovation dans le travail des artisans. Ainsi, Sylvie Ferré, directrice de pôle à la Foire de Paris, a affirmé que, sur son événement, les visiteurs sont « prêts à payer cher ; leur panier d’achat est de 500 € par personne », mais que « le consommateur attend de découvrir des traditions, de l’authenticité, et des innovations. Il ne faut pas venir avec des produits bruts mais transformés, prêts à l’emploi. » Christine Damiguet a estimé, pour sa part, qu’il faut que les artisans africains « évitent de se cantonner dans une niche exotique destinée à un public militant, il faut viser l’excellence. »

Pour les professionnels de l’artisanat et experts de l’économie sociale présents au Palais des Congrès de Niamey, le commerce équitable, même s’il n’est pas « la panacée », peut devenir une source de richesse non négligeable pour les artisanes africaines. Encore faut-il qu’elles y soient sensibilisées et qu’elles aient les moyens d’y participer.

Source : afrik.com

Lire aussi

- SAFEM : l’autonomie de la femme africaine par l’artisanat

[1] Ce chiffre est tiré d’une enquête faite sur le secteur informel en 1987 par le bureau des statistiques du Niger


Crise économique : le pire a été évité

Les pick-ups Chrysler Jeep Dodge garés devant une agence Chrysler dans le Massachusetts, le 30 avril 2009.
Reuters/ Brian Snyder



Par Sylvain Biville

Pendant les premiers mois de sa présidence, le sauvetage de l’économie américaine a mobilisé toute l’énergie de Barack Obama.

A peine installé dans le bureau ovale, Barack Obama doit s’attaquer à la pire crise économique qu’aient connue les Etats-Unis depuis la Grande Dépression des années 1930. Dans les premières semaines de sa présidence, il parvient à faire adopter par le Congrès un gigantesque plan de relance de 787 milliards de dollars, alliant baisse d’impôts et programme de grands travaux censés stimuler la machine économique. Des centaines de milliards de dollars d’argent public sont également débloqués pour sauver de la faillite les plus grandes banques du pays, ainsi que les géants de l’automobile General Motors et Chrysler.

Pendant les premiers mois de sa présidence, le sauvetage de l’économie américaine a mobilisé toute l’énergie de Barack Obama, lui laissant peu de loisir pour lancer d’autres chantiers. Après deux ans de récession, les Etats-Unis sont aujourd’hui sortis du rouge : l’économie a renoué avec la croissance et affiche même une progression de 3.5% au troisième trimestre 2009. Mais le chômage reste endémique. 9,8% de la population active est sans emploi, c’est le taux le plus élevé depuis 26 ans.

Source : RFI

BEAC : 16 milliards de francs CFA détournés, 139 bénéficiaires

AFP


Le siège de la BEAC à YaoundéLe siège de la BEAC à Yaoundé© DR

Un rapport interne à la Banque des Etats d'Afrique Centrale retrace les détournements, et désigne les responsables.

Cent trente-neuf bénéficiaires ont profité du détournement de 25 millions d’euros à la Banque des Etats d’Afrique centrale (Beac) entre 2004 et 2009, selon un rapport interne de la banque obtenu lundi par l’Afp.

"Au stade actuel des investigations, le montant total des détournements (...) s’élève" à 16,5 milliards de Fcfa (25 millions d’euros), indique le rapport daté du 24 octobre et publié le 29 par la Beac.

Ces détournements, enregistrés au Bureau extérieur de la Beac à Paris (Bep), ont été "opérés au moyen de chèques, virements, retraits en espèces et titres de transport", ajoute-t-il.

"Il s'en sont donnés à coeur joie"

"On dénombre en tout 858 chèques et 6 virements frauduleux au profit de 101 bénéficiaires, 1.306 retraits en espèces frauduleux et 38 bénéficiaires de titres de transport aériens frauduleux", est-il précisé. Selon le rapport, Armand Ndzamba, comptable au Bep de 1992 à 2009, est le "principal homme orchestre de ces fraudes".

Les sommes détournées, provenant essentiellement du siège de la Beac à Yaoundé, étaient destinées au fonctionnement du Bep et au règlement des factures pour le compte de la Beac.

"Très mal suivies", ces sommes ne correspondaient pas aux besoins réels du Bep et ont "suscité un tel appétit chez les fraudeurs qu’ils s’en sont donnés à cœur joie", souligne le rapport qui estime que le dispositif de contrôle interne de la banque est "très loin des standards internationaux".

Silence des hauts responsables

Les enquêteurs déplorent le silence de plusieurs hauts responsables de la Beac qui n’ont "pas attiré l’attention sur les dérives" du Bep, citant notamment le cas des Gabonais Jean-Félix Mamalépot, gouverneur de la Beac de 1989 à 2007 et de son successeur Philibert Andzembé.

Le 24 septembre, la Beac avait admis le détournement de 22 millions d’euros dans une interview de M. Andzembé au quotidien gabonais «  Gabon Matin  ».

Le comité des ministres des Finances de la Beac a décidé le 29 octobre de maintenir M. Andzembé jusqu’à la désignation de son successeur, prévue en novembre.

Source : jeuneafrique.com

General Motors conserve sa filiale Opel

Le siège social de General Motors, à Détroit, le 3 novembre 2009.
Rebecca Cook / Reuters


Par RFI

Le constructeur américain General Motors décide finalement de ne plus vendre sa marque européenne Opel au Canadien Magna, en raison d'un «environnement devenu plus favorable ». Il tenterait plutôt de la restructurer. Une décision annoncée alors que la vente semblait sur le point d’être conclue.

Avec notre correspondante à Washington, Donaig Le Du

La décision a été annoncée mardi à l’issue d’une longue journée de réunion au siège de General Motors, à Detroit. Contre toute attente, le géant de l’automobile américaine décide donc de garder, non seulement Opel, mais aussi sa filiale britannique Vauxhall, et de restructurer les entreprises pour un montant estimé de 3 milliards de dollars. Le constructeur argue d’un environnement économique plus favorable, et explique qu’il souhaite, pour le futur, garder une présence significative sur le continent européen.

Le Trésor américain, qui est de facto propriétaire de General Motors, puisqu’il en détient 60% des parts, a immédiatement précisé que l’Etat fédéral n’avait rien à voir dans cette décision. En effet, General Motors a fait cette annonce mardi, alors que la chancelière allemande était à Washington, invitée d’honneur du Congrès américain. Or Angela Merkel s’était fortement engagée en faveur de la cession d’Opel au canadien Magna.

mercredi, 28 octobre 2009

L'art marocain se joue de la crise

28/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Christelle Marot, à Casablanca


Le responsable de la fondation de la Société générale devant une oeuvre de Mahi BinebineLe responsable de la fondation de la Société générale devant une oeuvre de Mahi Binebine© Alexandre Dupeyron pour Jeune Afrique

Un business qui bénéficie de l’intérêt du roi pour la peinture, du dynamisme des maisons de ventes aux enchères et de l’appétit des collectionneurs privés et des fondations.

Dans la galerie d’art l’Atelier 21, à Casablanca, le 6 octobre dernier. Il est à peine 19 heures. Précédés des photographes et de la télévision 2M, les premiers invités, tendance chic ou bohème, découvrent l’exposition « Mutations ordinaires », de l’artiste marocain Hassan Darsi. Ses dorures appliquées sur des photographies de vagues déferlant sur la corniche de Casablanca ou de dents de sagesse géantes en résine questionnent. « Ce n’est pas une exposition facile à vendre, explique Aziz Daki, directeur associé de l’Atelier 21, critique d’art et commissaire d’exposition. Hassan Darsi est connu comme artiste contemporain, régulièrement invité à l’étranger, mais il n’était pas présent dans les circuits de vente. C’est un peu une star irréductible. » « En dix-huit ans au Maroc, c’est la première fois que j’expose dans une galerie commerciale », confie Hassan Darsi. Que l’artiste réfractaire, dont le prix des œuvres s’échelonne de 8 000 à 100 000 dirhams (DH, 710 à 8 880 euros), décide enfin de franchir le Rubicon illustre l’engouement pour un marché de l’art en plein essor.

L’augmentation rapide du nombre de galeries à Casablanca (une bonne douzaine ont pignon sur rue), Marrakech, Essaouira ou Rabat en atteste. Un boom qui s’explique en grande partie par l’ouverture des premières maisons de ventes aux enchères. Le Maroc en compte cinq : la Compagnie marocaine des œuvres et objets d’art (CMOOA), la première à apparaître en 2002, suivie de MémoArts, Maroc Auction, Tanger Auction et Eldon & Choukri. Avant leur arrivée, les ventes étaient principalement enregistrées pour des artistes orientalistes à des prix se situant autour de 100 000 DH, et pour des peintures marocaines de qualité, modernes, à partir de 40 000-50 000 DH.

Les prix multipliés par sept

Aujourd’hui, les artistes vivent mieux, beaucoup mieux. En sept ans, les prix des peintures marocaines ont été facilement multipliés par six ou sept, estiment les observateurs. La star est sans conteste le peintre et sculpteur Mahi Binebine. À 51 ans, établi à Marrakech après avoir évolué à New York, il a vu sa cote exploser, pour atteindre 1,5 million de DH (133 000 euros) lors d’une vente à la CMOOA. « Les Marocains ne sont pas habitués à de tels prix. Jamais un artiste local n’avait atteint un tel niveau de son vivant. C’est un phénomène complètement nouveau », indique Tania Bennani-Smires, sociologue de l’art et responsable du mécénat à la fondation ONA.

Les vedettes du moment s’appellent aussi Mounir Fatmi, Mohamed El Baz, Miloud Labied, Abdelkebir Rabi, Fouad Bellamine. Désormais, les œuvres majeures se vendent entre 500 000 et 1 million de DH (89 000 euros). Si l’attrait est élevé pour l’art moderne (Hassan El Glaoui, Jilali Gharbaoui, Ahmed Cherkaoui, Mohamed Ben Allal, etc.), c’est la peinture orientaliste réalisée au Maroc (Jacques Majorelle, Edy Legrand) qui bat tous les records. « Majorelle est l’artiste le mieux vendu chez nous, avec des prix qui ont atteint 300 000 euros », confie Hicham Daoudi, cofondateur de la CMOOA, qui table sur un chiffre d’affaires compris entre 85 et 90 millions de DH, avec cinq ventes cette année.

« Aujourd’hui, on estime le marché de l’art marocain à 400 millions de DH par an. Sans les barrières douanières et les restrictions à la vente – la sortie d’une œuvre d’art est soumise à l’autorisation du ministère de la Culture –, le marché serait de 1,2 milliard de DH, estime le directeur de la CMOOA. Actuellement, nous ne pouvons pas prendre de clients à l’étranger, pour lesquels nous ne pouvons garantir la livraison de l’achat. » Alors certains se débrouillent, achètent des tableaux qu’ils conservent au Maroc pour décorer leurs résidences secon­daires.

Fermé sur lui-même pour l’instant, le marché de l’art marocain est largement tiré par les particuliers, qui s’approprient 70 % du volume des ventes, et les institutionnels : les banques (Société générale Maroc, Attijariwafa Bank, Caisse de dépôt et de gestion, Bank Al-Maghrib, Crédit agricole), les compagnies d’assurances et certaines entreprises (Office chérifien des phosphates, ONA) parmi les plus actives. « La force de ce marché est de savoir que le roi lui-même en est un grand acteur », complète Hicham Daoudi.

Cent collectionneurs privés

C’est en effet sous l’impulsion royale que l’engouement pour l’art marocain s’est développé, par mimétisme courtisan, souci du placement ou par passion pour l’art marocain. Les grands collectionneurs seraient une bonne centaine. Parmi eux, les frères ennemis de l’immobilier : Anas Sefrioui, PDG du groupe Addoha, et Miloud Chaabi, à la tête d’Ynna Holding. Le premier affiche son penchant pour le peintre marrakchi Hassan El Glaoui, spécialisé dans les fantasias et la représentation de chevaux. Le second collectionne les toiles de Jilali Gharbaoui, précurseur de l’art abstrait au Maroc. On compte également le financier Fadel Iraqi, l’ancien patron de la CGEM et président du groupe Saham, Moulay Hafid Elalamy, l’avocat et homme d’affaires Mohamed Berrada (actionnaire de Colorado) ou encore Abdelaziz Tazi, président du conseil de surveillance de Société générale Maroc.

« C’est très souvent dans un esprit identitaire que l’achat se produit, plus que dans un esprit spéculatif. C’est toute la différence entre le Maroc et le Moyen-Orient. À Dubaï, par exemple, on observe des phénomènes de foire. On achète un jour, on revend le lendemain. Quelqu’un qui achète une pièce au Maroc la revend très difficilement et ne cherche pas à effectuer un bénéfice immédiat. En huit ans, les gens qui ont acheté chez moi n’ont jamais revendu leurs œuvres », assure Hicham Daoudi.

Le profil des acheteurs change pourtant. La génération de collectionneurs fortunés de 50 à 70 ans est suivie par un public plus jeune de cadres ayant entre 30 et 40 ans. « Ils vont souvent se priver pour acheter en plusieurs fois des pièces comprises entre 25 000 et 40 000 DH », indique le directeur de l’Atelier 21. La crise ? « Il y a un tassement des prix, mais nous n’avons pas ressenti de baisse de la demande », souligne ce dernier. Il est vrai que les fondations, l’un des piliers majeurs du business de l’art, animent en permanence le marché (acquisitions d’œuvres, expositions, colloques…). La fondation Société générale prépare ainsi une exposition collective sur le thème du corps. Nichée au siège de la banque à Casablanca, la collection de l’établissement, démarrée dans les années 1970, compte 1 050 œuvres. « Nous achetons en moyenne entre 10 et 20 œuvres chaque année. Récemment, nous avons acquis des tableaux d’Edy Legrand, de Chaïbia Tallal et de son fils, de Gharbaoui… », indique Mohamed Rachdi, responsable du mécénat. De son côté, la fondation ONA participe largement à travers les Villas des arts de Casablanca et de Rabat, musées d’art contemporain, à la promotion des artistes marocains grâce à une collection qui comprend 700 œuvres. Soit, toutefois, trois fois moins que la collection Actua, la fondation d’Attijariwafa Bank. Créée en 1997, elle compte près de 2 000 œuvres. Les achats ont été interrompus en 2006, le président de la banque ne souhaitant pas concourir à l’emballement des prix. « Aujourd’hui, la politique est de conserver, répertorier, valoriser, diffuser la collection auprès des jeunes publics », souligne Ghita Triki, responsable de la fondation. « Avec la structuration du marché et l’ouverture attendue du Musée national d’art contemporain à Rabat, la valeur marchande des artistes devrait encore s’accroître », estime Hicham Daoudi.

mardi, 27 octobre 2009

L'offre monte en puissance

27/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Christine Murris


La BGFI Business School de Libreville dispense une formation La BGFI Business School de Libreville dispense une formation "maison"© BBS

Longtemps négligé par les entreprises africaines, ce type de remise à niveau constitue désormais un outil indispensable à leur compétitivité. Cabinets et organismes spécialisés, locaux et internationaux, en profitent pour étoffer leurs services.

Ouverture d’une filiale, lancement d’une nouvelle activité, restructuration d’un service, réorganisation managériale, nouveaux défis technologiques… Face aux enjeux économiques actuels, les entreprises africaines ont de plus en plus recours à la formation professionnelle pour remettre à niveau les compétences de leurs effectifs afin de répondre à de nouveaux besoins de compétitivité. « Les entreprises considéraient autrefois la formation continue comme un luxe. De plus, elles n’appréciaient guère de voir leurs salariés éloignés de leur poste de travail. Aujourd’hui, dans une conjoncture de plus en plus mouvante et incertaine, elles y voient un moyen d’améliorer leur capacité d’adaptation », explique Saïd Agbanrin, consultant de Mane Gere Associés, un cabinet de conseil et de formation, installé au Niger, au Bénin, en Côte d’Ivoire, au Sénégal, en Tunisie et en France. De parent pauvre de l’enseignement, ce mode de valorisation et de développement du « capital humain » est ainsi devenu, depuis cinq ans, une priorité stratégique pour un nombre croissant de sociétés, notamment en Afrique subsaharienne, dans les secteurs les plus concurrentiels, de la banque aux télécoms en passant par le conseil et la finance.

Croissance de 20 % du marché

Une nouvelle attitude souvent favorisée par une législation clairement incitatrice. « En dehors du Niger, qui rassemble plutôt des fonds issus des bailleurs internationaux, la plupart des États se sont dotés d’organismes collecteurs qui récupèrent les financements auprès des entreprises elles-mêmes. Ces services fonctionnent souvent de façon très efficace et transparente ! » poursuit Saïd Agbanrin.

La conjoncture économique, paradoxalement, favorise aussi la formation continue : « On ne peut plus s’en passer ! » s’exclame Hervé Ndoume Essingone, directeur général de la BGFI Business School, le centre de formation, à Libreville, de BGFIBank, un grand groupe bancaire panafricain. « Comment consolider ses positions ou conquérir de nouveaux marchés si l’on ne renforce pas en permanence son expertise ? La formation continue est pour cela un outil efficace… », revendique-t-il. Certains acteurs du secteur l’ont bien compris. Du coup, les organismes indépendants se multiplient, en s’appuyant le plus souvent sur un réseau de dimension régionale, pour prendre leurs parts d’un marché qui croît de plus de 20 % par an… C’est le cas de Mane Gere, qui insiste sur sa volonté de proposer des formations pragmatiques et concrètes, souvent rapides – quelques jours, voire quelques heures – et directement exploitables au quotidien. Des journées denses qui s’attachent soit à développer un savoir-faire technique (bureautique, langues…), soit à améliorer les compétences managériales des cadres moyens et supérieurs, notamment dans les banques et les télécoms. Ces structures peuvent aussi répondre à des besoins plus ponctuels, liés à un événement spécifique ou bien à un appel d’offres. La Coupe du monde de football en juin 2010 en Afrique du Sud conduit par exemple le secteur hôtelier à multiplier les opérations de formation. Et la sélection des prestataires à l’issue d’un appel d’offres devient un mode de plus en plus courant, surtout pour les contrats importants portant sur plusieurs centaines de salariés. Mane Gere intervient ainsi depuis plusieurs années au sein de la quasi-totalité des hôtels Accor en Afrique pour y former des dirigeants et des chefs de service « qui doivent actualiser leur savoir-faire managérial… »

Partenariat franco-algérien

Aux côtés des opérateurs nationaux, grandes écoles ou centres de formation français s’intéressent aussi de très près à ce type de marché. Euromed Management, une école marseillaise, vient ainsi de remporter un appel d’offres lancé par Sonelgaz, l’entreprise publique gazière algérienne. À la clé, une opération massive qui conduira l’établissement marseillais à intervenir auprès de quelque 550 cadres dirigeants de l’opérateur. Avec sa partenaire installée dans le pays, l’École supérieure algérienne des affaires (Esaa), Euromed dispensera des formations longues (de quinze à vingt-huit jours) en management général et en gestion des ressources humaines. Objectif : accompagner l’effort de mutation d’un opérateur public contraint de se préparer à la libéralisation du marché. D’autres projets pourraient être menés à bien par Euromed en Algérie et au Maroc. « Qu’il s’agisse des services bancaires, du tourisme, de l’activité portuaire, ou bien des transports et de la logistique maritimes, nous voulons capitaliser sur l’expertise développée à Marseille et affirmer notre positionnement sur l’espace euro-méditerranéen », souligne Françoise Lassalle-Cottin, directrice de la formation continue à Euromed Management.

Antenne à Dakar

L’école supérieure de commerce Bordeaux Management School a, elle, franchi une nouvelle étape en ouvrant en 2008 une antenne à Dakar. L’école y proposera à la fois enseignement initial et formation continue à une population francophone d’étudiants et de jeunes cadres issus de l’ensemble de l’Afrique de l’Ouest. D’autres préfèrent rester sur place, misant sur une réputation d’excellence qui peut leur attirer les meilleurs éléments. C’est le cas de Sciences-Po Paris, qui dispensera dès 2010 une formation de haut niveau destinée aux cadres dirigeants de la fonction publique. À partir de février 2010, une quinzaine de hauts fonctionnaires africains envoyés par leurs gouvernements, décideurs locaux et cadres d’organisations internationales se retrouveront à Paris pour y suivre un enseignement en « gestion publique et management ». Durant trois périodes de deux semaines chacune, experts français et africains se succéderont pour « leur donner des clés d’initiation et de développement des politiques publiques adaptées à leurs situations spécifiques », indique Julie Thinès, chargée des programmes de formation continue à Sciences-Po.

Écoles de gestion ou spécialistes de la formation continue, en Afrique francophone ou en Europe, diversifient ainsi leur offre de formation aux entreprises. Quitte, pour mieux les convaincre, à multiplier leurs interventions et à organiser, au sein même de leurs locaux, « business breakfasts », séminaires et autres réunions d’information. L’idée est de développer un marché dans lequel, semble-t-il, tout le monde y gagne…

Femmes : des fonctions de DRH et de « dircom »

27/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Stéphane Ballong


Les femmes africaines peinent à s'imposer dans les postes élevés de direction généraleLes femmes africaines peinent à s'imposer dans les postes élevés de direction générale© Sean Justice/Getty Images

Si la part des femmes parmi les cadres progresse en Afrique, elle reste néanmoins faible. Seuls les postes de direction des ressources humaines et de communication s’ouvrent en majorité aux femmes.

Alors que les principes d’égalité et de parité n’ont jamais été aussi présents dans les discours que ces dernières années, notamment dans les milieux politiques, les entreprises peinent à les appliquer. Si les gouvernements africains semblent faire des efforts accrus pour promouvoir les femmes à des postes décisionnaires, le monde du travail est encore loin du compte. Cabinets de recrutement et directions des ressources humaines sont unanimes : en général, il n’existe pas de politique spécifique dans les secteurs privés pour faciliter le recrutement des femmes cadres. Les candidats embauchés le sont souvent pour leurs compétences. Le sexe intervient très rarement dans les critères de sélection. Seules « certaines organisations non gouvernementales précisent dans leurs offres d’emploi leur préférence pour la gent féminine », confie Joël-Éric Missainhoun, gérant associé du cabinet AfricSearch, conseil en ressources humaines sur l’Afrique.

Du coup, si certaines fonctions à haute responsabilité tendent à se féminiser, la progression reste cependant faible. Les dernières statistiques, souvent disparates selon les pays, donnent néanmoins quelques indications encourageantes. En Tunisie, par exemple, les données officielles indiquent que 17 % des femmes diplômées du supérieur sont actives aujourd’hui, alors que cette proportion dépassait à peine 4 % il y a une vingtaine d’années. Et les fonctions dans lesquelles elles prédominent restent la gestion du personnel et les directions de communication et de marketing. « Ce sont des postes sédentaires, plus adaptés à la vie de mère de famille et qui excluent des déplacements fréquents », indique Claudiane Johnson, responsable des ressources humaines du groupe Zain, opérateur de téléphonie mobile sur le continent.

Mais les femmes sont dans la plupart des cas sous-employées. Ainsi, une étude mondiale du cabinet de conseil Accenture, publiée en mars dernier et réalisée auprès de femmes cadres en Afrique et dans le monde, révèle que près de 50 % d’entre elles considèrent que « leurs responsabilités ne sont pas à la hauteur de leurs compétences ».

Manque de confiance en soi

Loin d’être uniquement à l’actif des entreprises, ce phénomène s’explique aussi par le fait que les femmes s’autolimitent. « Pour certains niveaux de postes, nous ne recevons pas de candidatures féminines », indique Claudiane Johnson. Cette Béninoise, embauchée en 2006 au sein du géant de télécommunications, explique cette propension à se dévaloriser par une absence d’ambition et de plan de carrière professionnelle. Une attitude en partie liée à la difficulté culturelle de conjuguer vie active et familiale. « Les femmes ont souvent tendance à se complaire dans leur zone de confort, notamment en Afrique où certaines circonstances rendent difficiles les velléités de carrière », affirme Gaëlle Biteghe, chargée de l’origination des dettes sur les marchés financiers pour l’Afrique subsaharienne chez Standard Bank Plc, filiale britannique de la banque sud-africaine Standard Bank. Surtout, « les femmes manquent de confiance en elles », poursuit cette Gabonaise diplômée en banque et finance de la Central University College au Ghana, qui souligne aussi « un monde professionnel plus hostile vis-à-vis de la gent féminine. À niveau égal, on demande dix fois plus à une femme qu’à son collègue masculin ». Tous les experts s’accordent sur un point : une des clés d’une carrière aboutie réside dans le mentorship, autrement dit évoluer dans le sillage de femmes qui ont réussi une carrière fulgurante. En attendant, selon Accenture, seulement 43 % des femmes cadres estiment qu’elles seront compétitives sur le marché de l’emploi à l’horizon 2011.

Leila Khaïat : « Plus instruites, les femmes sont aptes à créer leur entreprise »

27/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Propos recueillis par Stéphane Ballong


Leila Khaïat : « Plus instruites, les femmes sont aptes à créer leur entreprise »Leila Khaïat : « Plus instruites, les femmes sont aptes à créer leur entreprise »© Vincent Fournier pour J.A

Cofondatrice du Conseil arabe des femmes d’affaires en 1998, cette ancienne professeure tunisienne en lettres françaises, reconvertie dans le monde des affaires, a réalisé un brillant parcours qui l’a hissée à la tête d’une PME textile.

Jeune Afrique : Quelle place la femme occupe-t-elle actuel­lement sur le marché du travail en Tunisie ?

Leila Khaïat : Elle joue un rôle de plus en plus important. On compte actuellement dans le pays 18 000 femmes chefs d’entreprise. Un chiffre inimaginable il y a encore quelques années. Nous avons une femme à la tête d’une banque, de plus en plus de cadres supérieures et de dirigeantes de grands groupes.

Moi-même, je suis PDG de la PME Plastiss, spécialisée dans le textile industriel. Cette montée en puissance s’explique par la confiance accrue que les femmes ont en elles-mêmes, favorisée de surcroît par une plus grande instruction, qui leur donne de réelles aptitudes à diriger efficacement des entreprises et à en créer. Certes, il y a des progrès à faire, mais l’augmentation de la proportion féminine dans des fonctions à hautes responsabilités est prometteuse.

Quel est le profil type de la femme chef d’entreprise tunisienne ?

Une nouvelle génération de femmes dirigeantes émerge aujourd’hui. En général, ce sont des personnalités qui connaissent bien leurs dossiers et sont capables de prendre les bonnes décisions. Elles sortent de grandes écoles telles que HEC, l’Institut supérieur de gestion… C’est une population différente de la génération féminine précédente, qui a simplement hérité d’entreprises familiales et avec un bagage intellectuel moins élevé. Les femmes d’affaires d’aujourd’hui sont ainsi plus aptes à créer leur entreprise.

Le fait de créer sa société est-il pour les femmes une manière forte de s’imposer ?

Évidemment ! L’État-providence n’existe plus. Les femmes ont aujourd’hui à leur disposition des outils financiers qui leur facilitent l’entrepreneuriat. Les statistiques montrent par exemple que les jeunes femmes sont celles qui ont le plus profité des crédits de la Banque tunisienne de solidarité (BTS) pour financer des projets de création de petites entreprises.

À compétences égales, les chances d’embauche sont-elles les mêmes que celles des hommes ?

Il n’y a aucune raison qu’à valeur égale, une femme ait moins de chances d’être embauchée. En Tunisie, on assiste à une réelle volonté politique de promouvoir le genre féminin. Les autorités ont mis en place une discrimination positive visant à porter à 30 % la proportion des femmes dans des postes accessibles par les élections. Je ne suis pas forcément adepte de la discrimination positive, mais je pense que c’est un passage obligé pour accroître la proportion de femmes dans les postes décisionnaires. Ainsi, leur présence dans certaines hautes fonctions, notamment dans le monde professionnel, devrait davantage entrer dans les habitudes. À elles de s’imposer ensuite par leurs propres qualités.

Existe-t-il des secteurs dans lesquels les femmes réussissent mieux ?

Il n’y a plus un secteur qui soit l’apanage de l’homme. Les femmes réussissent aussi bien, si ce n’est mieux, que les hommes dans tous les domaines d’activités. Que ce soit dans la fonction publique ou privée, dans les finances, les services, le commerce, l’industrie en passant par l’hôtellerie ou les métiers de manutention… elles ont largement fait leurs preuves.

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