lundi, 09 novembre 2009

Batié et Kourouma : Le MATD mettra-t-il fin à l’injustice ?

lundi 9 novembre 2009

Les dernières élections municipales ont eu lieu le 23 avril 2006 au Burkina Faso. A l’issue des élections dans la commune rurale de Kourouma dans la province du Kénédougou, sur 31 sièges, le CDP s’en est sorti avec 16 et le PAI 15. Avec un conseiller en plus, le CDP dirige cette commune depuis l’élection du maire. Au niveau de Baté dans le Noumbiel, les résultats étaient les suivants : sur 116 sièges le CDP a remporté 59, le PAI 56 et l’UNDD 1 siège. Le Conseil constitutionnel a procédé à la proclamation des résultats de ces élections le 20 juin 2006.

Mais c’est seulement par courrier en date du 13 Août 2009 que le président du Conseil constitutionnel a fait parvenir aux partis et formations politiques ayant participé au scrutin municipal du 23 avril 2006, la copie de la décision portant rectificatif des erreurs. Le MATD a été destinataire de la même correspondance sous le couvert du Premier ministre. Le PAI était ravi de constater que cette rectification lui a été bénéfique pour ce qui concerne les communes rurales de Batié et de Kourouma. A Batié, le nombre de sièges est passé à 120 et 59 reviennent au PAI, 60 au CDP et 1 siège à l’UNDD.

Le PAI reste confiant et sûr de sa victoire en cas de reprise des élections du maire. A Kourouma, sur les 31 sièges de conseillers, le PAI remporte 17 et le CDP 14. Las d’attendre que le MATD ordonne une reprise des élections dans cette commune, le PAI lui a adressé une correspondance en date du 10 septembre 2009. Dans cette correspondance, le parti note : « il aurait surtout fallu une ténacité et une persévérance à toutes épreuves à notre parti pour épuiser toutes les procédures administratives et judiciaires pour obtenir enfin que la vérité des urnes sorte et pour recouvrer ses droits en termes d’élus dans ce scrutin du 23 avril 2006. De nos réclamations auprès de la CENI après le scrutin, de nos deux recours devant les tribunaux administratifs de Gaoua et de Bobo-Dioulasso, à nos requêtes auprès du Conseil constitutionnel qui refusait de corriger ses propres erreurs, jusqu’à l’interpellation publique du Président du Faso, président du Conseil supérieur de la Magistrature par deux lettres ouvertes, c’est un vrai parcours de combattant qui a été imposé au Parti Africain de l’Indépendance (PAI) ». Le PAI constate que malgré ses protestations, les organes du conseil municipal ont été installés.

Maintenant que le Conseil municipal a proclamé les résultats rectifiés, il demande au MATD de « bien vouloir donner ordre aux autorités administratives compétentes de reprendre dans la régularité et la légalité l’élection des organes des communes de Batié et de Kourouma dans le respect des dispositions de l’article 3 du décret 2006/PRES/PM/MATD du 15 mai 2006 portant règlement intérieur-type des conseils des collectivités territoriales qui stipule : la réunion de nouveaux conseils municipaux est convoquée par le Haut-commissaire pour les communes à statut particulier et par le Préfet du département pour les communes urbaines et les communes rurales dans la semaine suivant le proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel ». Le PAI a le droit de demander la reprise des élections des organes du conseil municipal avec la correction des erreurs et surtout la publication des résultats corrigés.

Ces deux communes se retrouvent dans de nouvelles configurations avec le changement du nombre de conseillers d’une part et le nombre de sièges d’autre part. Il a attendu que le MATD prenne acte de cette lettre du conseil constitutionnel et prenne les dispositions en vain et s’est vu obligé d’adresser un correspondance. Au moment où nous traçons ces lignes, soit plus d’un mois après, le PAI n’a pas obtenu du MATD une simple accusé de réception ni une réponse à cette lettre malgré les multiples relances. Selon les indiscrétions au sein du MATD, la correspondance a été examinée par le Ministre qui l’a affectée à un de ses collaborateurs. Cette requête du PAI a-t-elle une chance d’aboutir ? Le MATD tient là une opportunité pour montrer qu’il n’est pas seulement regardant dans la gestion des Conseils municipaux en procédant à des dissolutions ou à la suspension ou révocation de maires.

PB

L’Indépendant

La cinémathèque africaine de Ouagadougou se réfugie aux archives nationales

lundi 9 novembre 2009

La cinémathèque africaine de Ouagadougou sera délocalisée à la direction des archives nationales. C’est le Délégué général du Fespaco (Festival panafricain du cinéma et de la télévision de Ouagadougou), Michel Ouédraogo qui l’a annoncé, le vendredi 6 novembre 2009, lors d’une visite de la cinémathèque par une délégation de Cultures France qui est venue en aide à cette structure durement touchée par les inondations du 1er septembre 2009, en lui octroyant 13 millions de francs CFA.

Suite aux inondations du 1er septembre 2009, la cinémathèque africaine de Ouagadougou qui avait été submergée par les eaux, avait subi beaucoup de dégâts matériels. En attendant une solution définitive, elle sera délocalisée à la direction des archives nationales, pour une période de quatre mois. Une annonce faite par le Délégué général du Festival panafricain de cinéma et de la télévision de Ouagadougou (Fespaco), Michel Ouédraogo, pendant une visite des lieux, par le ministère français des affaires étrangères, à travers son démembrement culturel, Cultures France.Cette structure a mis à profit cette visite, pour faire un don de 13 millions de francs CFA à la cinémathèque, en vue de l’aider à se reconstituer après les dommages causés par les inondations du 1er septembre dernier.

Le Directeur général de Cultures France, Olivier Poivre d’Arvor pense qu’il est primordial de faire ce geste à l’endroit de ce « patrimoine historique formidable ». C’est une aide qui « rappelle combien l’élan de solidarité a dépassé les frontières du Burkina Faso », ajoute le ministre burkinabè de la Culture, du tourisme et de la communication, Filippe Savadogo.

Au cours de la cérémonie, Cultures France et le Fespaco ont procédé à une signature de convention et à un échange de parchemins. Olivier Poivre d’Arvor a émis une éventualité du transfert de copies de films de la cinémathèque de Paris (France) à Ouagadougou. Processus qui a, du reste commencé avec une remise symbolique du film « Rabi » du réalisateur burkinabè, Gaston Kaboré.

La cinémathèque africaine de Ouagadougou a officiellement été inaugurée en 1995 et elle assure la collecte, l’inventaire, le catalogage et la conservation des films. Ce sont, environ 1500 films qui ont été endommagés par les inondations du 1er septembre 2009. Malgré cette catastrophe, Olivier Poivre d’Arvor soutient que « la cinémathèque n’est pas morte, elle a subi un revers douloureux ». Abderrahmane Sissako, le vice-président de Cultures France a appelé tous les cinéastes à aider à la reconstitution de ce patrimoine, car pour lui, « le cinéma est une famille ».

Kpénahie Traoré

Fasozine

7 novembre 1982 : Quand l’histoire s’accéléra

lundi 9 novembre 2009

A écouter les observateurs, aucun régime n’a bénéficié d’un soutien populaire franc et massif comme celui du Colonel Saye Zerbo. Pourtant, son régime n’a vécu que deux ans. Il a donné au peuple ce que le régime Compaoré lui refuse : la transparence dans la gestion de la chose publique. Même si ce n’était pas le cas, certaines mesures laissaient y penser. Au départ, tous les membres du régime ont fait une déclaration de leurs biens devant un notaire. Une commission d’épuration chargée d’enquêter sur les détournements de fonds publics a été créée. Le CMRPN a essayé de combattre l’absentéisme dans les services ; et ce qu’il appelle l’émigration abusive. Les traitements des directeurs de société sont plafonnés. Il veut frapper les esprits des Burkinabè (Voltaïques à l’époque).

Ce qui va suivre se passe de commentaire. Les griefs contre le régime des colonels se sont vite accumulés. Les observateurs les plus critiques parlent de fascisation à outrance. Il leur est reproché de se lancer dans un enrichissement illicite à grande vitesse dont les manifestations sont les malversations, les détournements de fonds publics, l’étalage d’un luxe insolent, l’achat de voitures luxueuses, etc. Le régime des colonels a eu ses prisonniers politiques. Les dignitaires du Rassemblement Démocratique Africain (RDA) ont fait les frais de la répression. Il n’hésita pas à mettre en résidence surveillée certains militaires. De ceux là, étaient les Capitaines Thomas Sankara, Henri Zongo et Blaise Compaoré. C’est dans ce contexte que surviendra le troisième coup d’Etat militaire avec l’avènement du Conseil du Salut du Peuple (CSP) du médecin-commandant Jean-Baptiste Ouédraogo. A quelques variantes près, l’on se croirait dans le Burkina du XXIè siècle. Ce qu’il faut reconnaître aux colonels, c’est qu’ils n’ont jamais céder à commettre des liquidations physiques.

Partout où l’on parle de pouvoir, les camps sont retranchés. Le CMRPN a-t-il exacerbé les clivages ? Il semble que pendant la IIIè République que les colonels ont renversée, c’était le RDA contre le RDA. Que dire d’autre ? En effet, à la présidentielle de 1978 Sangoulé Lamizana était le candidat du RDA.

Le Premier ministre à l’époque était Issouf Conombo pendant que Gérard Kango Ouédraogo occupait le perchoir. Nous étions dans la même configuration que celle d’aujourd’hui. Malgré tout, le RDA a perdu le pouvoir. En fait à l’époque, l’on soupçonnait Gérard Kango Ouédraogo, président de l’Assemblée Nationale de détenir à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif et de bloquer le vote des lois que son parti soumettait au Parlement. L’opposition était mise à la touche comme aujourd’hui. Cela va créer une situation explosive dont hériteront les colonels. Les colonels mirent sous coupe réglée l’opposition et les syndicats. Les civils ne semblaient constituer à leurs yeux un danger pour leur pouvoir. C’est au sein de l’armée qu’ils accentuèrent les clivages. Des privilèges pour les officiers supérieurs et la marginalisation pour les autres. Les colonels craignaient-ils que des commandants les renversent ? Toujours est-il que leur attitude donna le prétexte à un troisième putsch militaire.

Au lendemain de ce coup d’Etat, l’on pouvait dénombrer quatre clans dans l’armée. Il y avait deux courants conservateurs dont on dit qu’un serait animé par le Général Marc Garango, alors ambassadeur à Washington et l’autre par le Colonel Yoryan Gabriel Somé. Un troisième courant était porté par le Médecin-colonel Jean Baptiste Ouédraogo et le quatrième par le Capitaine Thomas Sankara. Ce fut le point de départ d’une escalade meurtrière. Le pays sombra dans une ère de violences politiques avec son cortège de morts. Aujourd’hui, ces morts se chiffrent par centaines. C’est un passif que personne ne veut assumer. La parodie du 30 mars dite Journée nationale de pardon n’y changera rien. Dès lors, la société est divisée entre ceux que le statu quo arrange ; ils se donnent les moyens de contrôler la justice et ceux qui attendent la vérité, et plus tard la justice sur ces crimes.

La solution a consisté pour les bénéficiaires de cette escalade à ramener un ordre néocolonial dans lequel, certains espéraient trouver le salut pour la Nation. Ainsi, sommes-nous tombés dans une sorte de IIIè République bis. Il n’y a pas eu de réponses aux aspirations du peuple. Les tenants de la IVè République ont simplement opéré une simple exhumation des maux que le peuple a combattus en renversant d’abord le régime de Maurice Yaméogo, en apportant son soutien à presque tous les régimes militaires pare qu’il les voyait comme des pouvoirs de libération. La IVè République a porté à la perfection, toutes les anciennes méthodes répressives dont usaient les régimes précédents. Après tant de sacrifices, le peuple n’a eu droit à aucun changement. Il est évident que le peuple n’a rien à attendre de la IVè République. L’échec est structurel. L’ordre colonial ne peut pas développer un pays.

Aziz Vincent LEGMA

L’Indépendant