mercredi, 09 décembre 2009

TENTATIVE D’ASSASSINAT DE DADIS CAMARA : Un évènement, plusieurs versions

mercredi 9 décembre 2009

Alors que la médiation engagée au Burkina Faso sous les auspices du président Blaise Compaoré continuait son petit bonhomme de chemin, les Guinéens ont été surpris dans la soirée du 3 décembre vers 17 heures par des rafales à l’arme automatique à la célèbre maison de détention appelée « PM3 » ainsi qu’au Camp militaire Koundara et ses quartiers périphériques situés dans la commune du Kaloum, le quartier administratif. Débandades dans tous les lieux publics.

Usagers de la circulation pressés de sortir de la presqu’île et habitants des quartiers populeux ont rivalisé pour se mettre à l’abri des balles tirées en l’air. Des véhicules militaires ont sillonné Conakry avec, à bord, des occupants qui font des rafales. Les stations services, les marchés, les boutiques ont fermé.

Les chauffeurs de taxi ont rejoint les garages. On apprendra plus tard que cette parade militaire est la conséquence directe d’un affrontement violent au PM3 entre gendarmes du camp Koundara et militaires conduits par le lieutenant Toumba Diakité, aide de camp du capitaine Moussa Dadis. Le chef de la junte, capitaine Dadis Camara qui était dans le champ de bataille au PM3 a été blessé par balles et un de ses aides de camp, capitaine Makembo de la garde présidentielle a été tué lors de cet affrontement.

Selon des gens qui disent avoir vécu l’événement, tout aura débuté dans la mi-soirée lorsque le lieutenant Aboubacar Sidiki Diakité « Toumba » a fait irruption au PM3, accompagné de certains de ses fidèles et aurait entrepris de libérer certains de ses proches détenus en ces lieux. Il s’en serait suivi une altercation violente au cours de laquelle les hommes de Toumba sont sortis vainqueurs. Selon toujours les mêmes sources, lieutenant Toumba a réussi à libérer des prisonniers. Mis au parfum de la situation au Camp Koundara, capitaine Moussa Dadis Camara aura décidé d’aller voir ce qui s’y passe. Il empoigne un teuf- teuf, direction camp Koundara où il se serait retrouvé nez à nez avec son aide de camp. Les versions ne manquent pas pour expliquer ce qui s’est réellement passé.

Selon une première version, capitaine Dadis Camara, mis au parfum de la présence de Toumba au PM3, l’a appelé au téléphone pour lui dire de rappliquer de toute urgence au Camp Alpha Yaya. Toumba lui aurait rétorqué : « Si tu as besoin de me voir, il faut venir ! ». Pendant ce temps, Toumba a libéré ses hommes au PM3 et a réussi à les mettre à l’abri.

Le capitaine Moussa Camara insiste : « C’est ton chef hiérarchique qui t’appelle. Tu dois obéir ! C’est moi le président Dadis qui te dis de venir ! » Ces maux n’ont fait ni chaud, ni froid à Toumba qui aurait dit à El Dadis de venir le voir au Camp Koundara s’il a besoin de lui. El Dadis furieux, au volant de sa jeep Land Cruiser a traversé à toute pompe Conakry. On l’a vu entrer dans Kaloum au volant de son teuf-teuf, décoiffé, sans lunettes. Il entre au Camp Koundara où l’attendait Toumba. Les deux hommes échangent des propos peu courtois. Il semble que le capitaine Moussa Dadis Camara a alors pris Toumba au collet, l’a secoué, a voulu faire tomber le couvre-chef fétiche de Toumba lorsque celui-ci, exténué, a sorti son joujou de feu et a tiré en direction du capitaine Moussa Dadis Camara au moment où celui-ci aussi s’apprêtait à dégainer. Moussa Dadis Camara aurait reçu deux balles. Une sur la tête et une autre à l’épaule. Il semble que Toumba a engagé un troisième coup lorsque capitaine Makembo, comprenant l’enjeu, a fait tomber capitaine Moussa Dadis Camara par terre et il l’a couvert par sa masse, s’interposant ainsi entre le capitaine Dadis Camara et les balles qui lui sont destinées. Capitaine Makembo est donc atteint et meurt sur le coup. Toumba replie, et des jeunes militaires viennent ramasser capitaine Moussa Dadis Camara qu’ils mettent dans une 4X4 noire qui prend la direction du Camp Samory. Capitaine Moussa Dadis Camara saignait beaucoup. Il reçoit les premiers soins. Il est stabilisé là. Pendant ce temps, semble-t-il, Toumba et ses hommes ont disparu du Camp Koundara. Pour une brève apparition du côté du magasin d’armement du Camp Alpha Yaya où ils ont pris armes et munitions pour se volatiliser dans la nature. D’autres soutiennent que Toumba aurait été vu aussi du côté de Nongo, dans la commune de Ratoma.

Vers 20h, un hélicoptère transporte capitaine Moussa Dadis Camara du Camp Samory au Camp Alpha Yaya où il est examiné par des médecins qui conseillent aux autorités de l’évacuer pour une opération chirurgicale. Selon une deuxième version répandue, il y a eu échange de quelques mots entre le capitaine Moussa Dadis Camara et Toumba, puis un coup de feu en l’air est parti d’un membre du groupe qui accompagne Toumba. Ceux qui sont venus avec capitaine Dadis se sont automatiquement mis en position de riposte et ont aussi tiré en l’air. Les deux groupes se sont mis après à tirer. Puis le coup de feu destiné à Dadis est venu d’un des gars. Le capitaine Makembo qui était légèrement arrêté devant capitaine Dadis aurait vite bousculé ce dernier pour se mettre sur la trajectoire de la balle. Il est mortellement atteint, mais a réussi à pousser dans le véhicule capitaine Dadis tout aussi atteint. Il demande au chauffeur d’El Dadis de démarrer. Ce que celui-ci a fait. Capitaine Dadis blessé est couché dans la voiture qui a démarré en trombe. Capitaine Makembo n’a pas eu le temps de monter, est resté sur place où il aurait été achevé.

Une troisième version indique que le combat a eu lieu au Camp Koundara où capitaine Toumba Diakité était allé libérer certains de ses gars arrêtés par les services de Tiégboro. Capitaine Moussa Dadis Camara serait venu dire à Toumba d’arrêter son char et de se rendre. Dans la débandade et croyant que le capitaine Dadis voulait l’arrêter, Toumba aurait engagé un bras de fer avec la garde présidentielle. Finalement quelqu’un a tiré sur capitaine Dadis qui serait atteint au niveau de la tête et de l’épaule droite. Le capitaine Makembo qui tentait de repousser les assaillants aurait été mortellement atteint par les balles. Selon cette version, c’est capitaine Dadis lui-même qui a démarré son véhicule pour se rendre au Camp Samory où il reçoit les premiers soins à l’infirmerie de la place.

Une autre version qui prend appui sur des sources militaires indique que l’atmosphère était déjà pesante entre Dadis et son aide de camp depuis que ce dernier avait demandé à Toumba d’aller se prêter aux questions de la Commission internationale d’enquête sur le massacre du 28 septembre. Toumba, parti malgré lui à la commission, n’aurait pas « coopéré » comme cela se doit avec les enquêteurs qui auraient fait savoir, par personne interposée, à capitaine Dadis qu’ils ne sont pas satisfaits. On aurait donc demandé à Toumba d’y retourner et d’aller « coopérer ». Il est sorti du Camp Alpha Yaya Diallo pas du tout content et a pris le chemin du PM3 où il a décidé contre vent et marée de libérer « ses hommes ». C’est au cours de cette opération que Dadis, venu pour calmer les choses, aurait été atteint par balle, de même que son aide de camp capitaine Makembo qui a été tué sur le champ.

Dans la soirée, après que le Cdt Tiégboro a déclaré que Toumba est recherché, des véhicules de patrouille ont investi Conakry à sa recherche. Pendant ce temps, le Premier ministre Kabinet Komara de la Primature était en contact téléphonique avec les autorités sénégalaises qui avaient dépêché un avion médicalisé pour venir chercher le capitaine Moussa Dadis Camara et l’emmener à Dakar. « Dès que l’avion va décoller, dites-le nous », l’a-t-on entendu dire au téléphone. Mais après, a-t-on appris, le capitaine Moussa Dadis Camara a décliné les services des autorités sénégalaises.

Mais, compte tenu, dit-on, de la dégradation de son état de santé, il a accepté de quitter la Guinée à bord d’un avion affrété par le président Blaise Compaoré du Burkina Faso. Moussa Dadis Camara est donc parti au Maroc pour se soigner. Avant que les médecins marocains ne publient un communiqué indiquant que l’état de santé du capitaine Dadis n’est pas inquiétant, les rumeurs les plus folles ont circulé à Conakry disant que le capitaine Moussa Dadis Camara est mort dans l’avion qui le transportait au Maroc. Pour l’heure, le général de brigade Sékouba Konaté, ministre de la Défense, assume l’intérim et essaye d’organiser l’armée afin que règnent la discipline et l’ordre dans les casernes et les rues de la capitale.

Des véhicules de patrouille sillonnent Conakry aussi à la recherche d’un indice pouvant mener à Toumba qu’on soupçonne de s’être retranché dans ses bases arrière situées aux Iles de Loos. Selon « la légende » qui court à Conakry, lieutenant Toumba, après avoir tiré sur le capitaine Moussa Dadis Camara, a pris un bateau pour rallier les camps militaires situés aux îles Kassa, Room. Toujours selon cette « légende », Toumba est entouré là-bas par certains de ses plus fidèles soldats rompus aux arts de guerre. La tentative de coup d’Etat contre le capitaine Moussa Dadis Camara remet en cause toute la dynamique de la transition guinéenne.

La médiation du président Blaise Compaoré du Burkina Faso qui avait suscité beaucoup d’espoir dans le pays n’est plus à l’ordre du jour, ne polarise plus l’attention des Guinéens tétanisés par les images insoutenables de camions militaires sillonnant Conakry et sa périphérie. Conakry ressemble à une ville en guerre avec les militaires dans la rue armées jusqu’aux dents, procédant à des arrestations spectaculaires en pleine journée et dans les quartiers populeux. La nuit, Conakry se vide de ses occupants qui s’enferment dans les maisons, pour éviter toutes déconvenues. Pas de circulation excepté des véhicules de patrouille de l’Escadron mobile, de la CMIS (Compagnie mobile d’intervention et de sécurité) qui raflent tout ce qui leur tombe entre les mains.

Par Bouba DIALLO

Le Pays

DOUANE ET GENDARMERIE : L’affaire qui dérange !

mercredi 9 décembre 2009

La Brigade de recherche de la gendarmerie de Banfora est très mal à l’aise. Certains de ses éléments, et non des moindres, sont au centre d’une affaire qui commence à faire grand bruit. Ils ont intercepté un camion en provenance de la Côte d’Ivoire, transportant dix tonnes de farine fraudée ; ils ont exigé que le propriétaire paie un million de francs CFA ; ils n’ont pas délivré de reçu ; d’ailleurs, ce n’est pas leur job d’exiger quelque centime que ce soit. Ils auraient dû conduire le propriétaire du véhicule et la marchandise fraudée à la Douane. C’est elle qui s’occupe des questions de fraude. Les gendarmes le savaient mais ils ont préféré goûter à la soupe. L’affaire, comme une bombe mal maîtrisée, s’apprête à exploser et à les éclabousser de fort mauvaise manière.

L’affaire a fait tilt le 12 novembre 2009. Le gros camion, plein de marchandises fraudées, avance péniblement vers Banfora. Déjouant au passage certaines barrières des forces de sécurité. Il bifurque par Orodara, passe par le village de Mondon, puis à Bérégadougou, avant de se diriger gaillardement vers la capitale du Paysan noir. Il réussit à se réfugier dans l’ex-gare de la société SOTRAKOF. Le conducteur pousse enfin un ouf de soulagement. Fier d’avoir trompé la vigilance des « hommes en tenue ». Mais c’était mal connaître les flics. Ils l’ont suivi, au moment où des douaniers étaient également à ses trousses. A peine s’est-il arrêté qu’une dizaine de gendarmes débarquent et le somment de conduire immédiatement le véhicule dans leurs locaux pour « des contrôles approfondis ». Le chauffeur s’exécute. Il tente de négocier afin d’obtenir la clémence des gendarmes, en vain.

Le véhicule et les dix tonnes de farine sont gardés à la Brigade de recherche pendant trois jours. Le 14 novembre, vers minuit, le gros camion réussit à s’échapper des griffes des gendarmes. Mais là, ce n’était pas de façon frauduleuse. Le chauffeur a reçu l’autorisation de « libérer immédiatement les lieux ». Selon certains gendarmes ayant requis l’anonymat, l’argent a été à la source de cette délivrance. Un million de francs CFA gracieusement remis par le frère du propriétaire du véhicule ! « Mais l’opération s’est déroulée sans trace », confie l’un des flics. « Ici, pour ce genre d’opération, les gendarmes qui reçoivent l’argent ne remettent pas de reçu, ni une attestation quelconque », ajoute-t-il. En clair, il s’agit d’un deal mafieux. Dans la cité du Paysan noir, « cette pratique est courante », confie un opérateur économique. « Certes, la gendarmerie n’a pas de ‘’quitancier’’, mais ça nous revient à chaque fois moins cher. Nous n’arrivons pas à supporter les coûts imposés au niveau de la douane ». Ainsi, il a fallu payer seulement un million de francs pour que le gros camion plein de marchandises fraudées reprenne son chemin, en toute impunité.

« Remettez-moi mon argent ! »

Mais ce jour-là, contre toute attente, le ciel est tombé sur la tête du chauffeur. A peine le véhicule a-t-il été libéré qu’il est tombé dans les filets de la douane qui, elle aussi, était aux aguets. Le conducteur a alors été sommé de conduire la marchandise fraudée à la Brigade des douanes de Banfora. Les explications du type « on a déjà payé à la gendarmerie » ont été balayées du revers de la main par les douaniers visiblement déterminés à accomplir leur mission. Là aussi, le frère du propriétaire du véhicule tente de sauver les meubles. En vain. Son cauchemar commence lorsqu’il se retrouve complètement incapable de fournir quelque document que ce soit, justifiant l’importation de cette farine de blé en provenance de la Côte d’Ivoire. Les gendarmes, auteurs de la première interpellation, sont embarrassés. Ils craignent que le frère de l’opérateur économique ne lâche le morceau : ces ‘’un million’’ de francs CFA qui se sont réfugiés dans les poches de certains d’entre eux. « Il n’y a pas eu de reçu », insiste une source proche du propriétaire du véhicule. Il fallait vite recoller les morceaux pour éviter que les choses se gâtent davantage.

La gendarmerie a alors été vivement sollicitée pour intercéder auprès de la Douane pour que le véhicule soit libéré « dans les meilleurs délais ». Avant que la sentence des douaniers ne tombe, brusque et fracassante, sur la tête de l’opérateur économique. Mais que pouvait la gendarmerie face à cette situation ? Absolument rien. De sources proches de la Brigade de recherches de la gendarmerie, l’argent a été encaissé en toute illégalité. « Les gendarmes devaient normalement conduire le véhicule et la marchandise à la Brigade des douanes afin que cette dernière évalue les pénalités et voie la suite à donner », affirme-t-on, avec insistance. Selon le Code de la Douane, les gendarmes peuvent apporter un appui aux douaniers dans les opérations de saisies. Mais ils ne doivent pas encaisser d’argent.

C’est plutôt la Douane qui se charge de ce volet. D’ailleurs, à ce sujet, le Code est clair : « Les infractions douanières peuvent être constatées par un agent des douanes ou de toute autre administration. Ceux qui constatent une infraction douanière ont le droit de saisir tous objets passibles de confiscation, de retenir les expéditions et tout autre document relatif aux objets saisis et de procéder à la retenue préventive des objets affectés à la sûreté des pénalités (…) Les marchandises et moyens de transport saisis sont conduits et déposés au Bureau, au Poste ou à la Brigade de Douane le plus proche du lieu de la saisie ». Mais à Banfora, le gros camion contenant la farine fraudée n’a pas été conduit à la Douane. La raison, c’est qu’un million de francs CFA est passé par là !

Mais l’affaire ne s’arrête pas à ce chapitre. « Comme la gendarmerie ne voulait pas intervenir auprès de la douane pour libérer le camion et la marchandise, l’opérateur économique a demandé que son argent lui soit remis », affirme un agent de la Brigade de recherche de la gendarmerie. « Il fallait qu’on retire l’argent parce qu’on était obligé de payer encore à la Douane », confie un proche de l’opérateur économique.

56 millions à payer

Selon plusieurs sources, le camion et la marchandise fraudée n’ont pas échappé aux douaniers. Ils tenaient coûte que coûte à appliquer la loi. Après avoir interrogé le frère de l’opérateur économique qui, jusque-là, a suivi l’évolution de l’affaire, les dix tonnes de farine ont été évaluées à quatre millions de francs CFA et le véhicule à dix millions de francs. Donc, au total, quatorze millions de francs CFA ! Mais ce n’est pas tout. En la matière, la loi prévoit que la personne prise dans le piège paie le quadruple de la valeur des objets confisqués. Petit calcul : 14 000 000 X 4 = combien ? 56 millions de francs CFA ! Un vrai pactole ! Sans doute que l’opérateur économique pris dans le piège, après avoir entendu cette somme, a commencé à suer à n’en point finir. Mais combien a-t-il finalement payé ? Nous avons tenté en vain de le savoir. Mais de nombreuses personnes contactées affirment qu’ « à la Douane au moins, la procédure a suivi la voie normale ». Même s’il fallait payer plus cher ! Le camion a finalement été « libéré ». Mais l’opérateur économique n’oubliera pas de si tôt, cette encombrante affaire. Il a emprunté les chemins tortueux de la région des Cascades et il est tombé dans le piège !

Depuis lors, la gendarmerie et la douane de Banfora se regardent avec un petit air de dédain. Jusqu’où ira cette affaire ? Il semble que certaines autorités ont été saisies pour rétablir un climat de confiance entre les deux parties. Et rappeler à chacun son rôle. Car tous rendent un service important à la société. Mais il faut le faire avec cohérence et dans les règles de l’art. En attendant, selon certains opérateurs économiques, le jeu de micmacs continue. En toute impunité…

Par Hervé D’AFRICK, Envoyé spécial à Banfora

Le Reporter

mardi, 08 décembre 2009

Nigeria: deux semaines sans président, grandes manoeuvres en coulisses

2009-12-08 | AFP

L'état de santé du président nigérian Umaru Yar'adua, qui ne s'est toujours pas exprimé deux semaines après son hospitalisation d'urgence en Arabie saoudite pour une affection cardiaque sérieuse, fait l'objet d'un débat public de plus en plus vif au Nigeria.

Face à la montée des appels à son départ dans les medias et certains cercles politiques, et même de la part du chef du barreau des avocats nigérians, le gouvernement n'a cessé d'allumer des contre-feux, alors que les dernières informations officielles sur la santé d'Umaru Yar'adua remontent. . . au 26 novembre.

Depuis, une chape de plomb s'est abattue sur le sujet, donnant libre cours aux spéculations et calculs en prévision de l'"après Yar'Adua". Avec en ligne de mire l'élection présidentielle du printemps 2011.

Le parti au pouvoir, le PDP, tient une convention jeudi, avec à l'ordre du jour la santé du président, et le principal parti d'opposition, Action Congress (AC) se réunit deux jours plus tard à Lagos.

Mercredi dernier, le conseil des ministres avait exclu tout départ de la présidence d'Umaru Yar'Adua. "Le Conseil, qui a passé en revue tous les éléments, a estimé à l'unanimité qu'il n'y avait pas de base pour invoquer l'article 144 de la Constitution, le président n'ayant pas été jugé inapte à assurer ses fonctions", indiquait alors le gouvernement.

Troisième personnage de l'Etat, le président du Sénat, le général en retraite David Mark, a de son côté exclu de mettre sur pied une commission pour juger de la capacité du président à assumer ses fonctions.

Officiellement ce dernier, qui souffre entre autres d'une péricardite aiguë (une affection du coeur), "répond favorablement" aux traitements qui lui sont administrés.

Sa famille est elle-même montée au créneau ces derniers jours: "ceux qui réclament (sa) démission devraient craindre Dieu. Le président sera bientôt de retour, plus fort que jamais", a déclaré la soeur cadette de M. Yar'adua, Hajya Binta Kuraye, citée lundi par le quotidien Nigerian Tribune.

Au-delà de l'état de santé du président, c'est le délicat équilibre entre le nord musulman et le sud chrétien qui risque d'être en jeu dans les mois à venir.

Musulman du Nord et gouverneur de l'Etat de Katsina, Umaru Yar'Adua, a succédé au chrétien Olusegun Obasanjo qui est resté au pouvoir de 1999 à 2007.

Obasanjo souhaitait, au prix d'un "toilettage" de la Constitution qui limite la présidence à deux quinquennats successifs, obtenir un troisième mandat, mais il en a été empêché par le Parlement et des pressions internationales. Il a donc rendu le pouvoir au Nord musulman, mais en imposant le gouverneur Yar'Adua, alors peu connu et à la mauvaise santé notoire.

Or, en cas de décès ou d'incapacité, c'est l'actuel vice-président Goodluck Jonathan, un chrétien du Sud, qui assurerait la fin du mandat présidentiel jusqu'en avril 2011, aux termes de la Constitution d'inspiration américaine.

Une certitude est qu'au Nord, on accepterait difficilement que le pouvoir repasse au Sud pour trop longtemps.

L'enjeu est de taille dans une encore fragile fédération de 150 millions d'habitants qui, en un demi-siècle d'histoire, a connu 8 coups d'Etats militaires, près de 30 ans de régimes militaires, et une brutale guerre civile de 3 ans, le tout sur fond d'incessantes rivalités ethniques et religieuses.