lundi, 20 mai 2013

POLITIQUE

 

Ophtalmologue de 48 ans, d’origine congolaise, Cécile Kyenge  est le premier ministre noir de l’histoire de l’Italie.

Et, malgré les attaques  racistes dont elle est la cible, elle assume avec panache ses origine.

Retour  sur le parcours d’une femme courage.

 

Cécile Kyenge

Dans cette salle où elle donnait, le 3 mai, sa première conférence  de presse en tant que ministre de l’Intégration du nouveau gouvernement italien  conduit par le social-démocrate Enrico Letta, on ne voyait plus qu’elle.

Petite  coupe afro, peau d’ébène, veste et boucles d’oreilles d’un blanc éclatant, Cécile  Kyenge Kashetu (48 ans) n’est manifestement pas une personnalité effacée. À  peine avait-elle pris place qu’elle lançait avec aplomb : « Je ne suis pas  une femme de couleur, je suis noire. Et je le dis avec fierté. »

Elle renvoyait ainsi dans les cordes ses détracteurs racistes, qui, depuis sa  nomination, se déchaînent dans les médias et sur les réseaux sociaux, la  traitant de « guenon », de « négresse », de  « zouloue » et autres gracieusetés.

Mario Borghezio, député  européen et membre de la Ligue du Nord – parti réputé pour sa xénophobie -, y  est allé de son petit couplet, décrétant qu’elle était « sans doute une  bonne femme au foyer, mais pas une ministre ». Il n’avait visiblement pas  lu son curriculum vitæ…

Car la carrière de Cécile Kyenge est aussi fulgurante qu’originale.  Ophtalmo­logue de formation (elle est diplômée de l’Université catholique du  Sacré-Coeur de Rome et de l’Université de Modène et de Reggio d’Émilie), elle se  fait d’abord remarquer en s’impliquant dans des associations de défense des  droits des immigrés.

Ce n’est qu’en 2004, à l’âge de 40 ans, qu’elle entre en  politique. Elle est élue conseillère municipale de Modène (nord de l’Italie)  sous les couleurs des Démocrates de gauche (DS) - aujourd’hui Parti  démocrate (PD) -, puis, en 2009, au conseil provincial. Parallèlement, elle  fonde le Comité du 1er-Mars, une association qui, dit-elle, « a permis aux  immigrés de se faire entendre de manière citoyenne ».

Visages neufs

Aux législatives de février 2013, elle figure en sixième position sur la  liste du PD dans la région d’Émilie-Romagne – l’une des plus importantes du pays  – et devient députée.
Le 30 avril, elle est nommée ministre. « Cette  nomination ne doit rien au hasard, elle a été longuement pesée, confie à J.A.  Davide Sardo, membre du PD depuis des années. Notre parti doit montrer des  visages neufs. Et puis, l’immigration ayant été l’un des principaux thèmes de la  campagne électorale, il fallait montrer qu’il ne tomberait pas dans  l’oubli. »

La nouvelle ministre a d’ailleurs prévenu : sa première tâche consistera à  préparer une réforme instaurant un droit du sol, qui permettra d’accorder la  nationalité italienne aux enfants nés de parents étrangers présents sur le  territoire depuis plus de cinq ans. « Cécile a connu l’immigration et a  représenté les immigrés à travers des associations ; elle possède une expérience  incontestable en la matière », ajoute Sardo.

Mariage

kyenge

Car, on allait presque l’oublier, l’histoire de Cécile Kyenge, citoyenne  italienne par mariage, est aussi celle d’une immigrée.
 

Née à Kambove, dans la province  du Katanga, en RDC, elle a quitté le pays à l’âge de 18 ans, se fixant pour  objectif de devenir médecin.

Elle l’a atteint, et s’en est fixé d’autres, comme  elle l’a expliqué en 2012 à la chaîne Télésud : « Ce qui me donne la force  de continuer, c’est l’idée que si nous, Africains, ne sommes pas représentés  dans les institutions, là où les décisions sont prises, nous serons les premiers  à le regretter.

Et ce sera ensuite au tour de nos enfants d’en subir les  conséquences. » Mère de deux adolescentes, elle s’efforce de retourner  chaque année dans son pays natal. Et affirme sans complexe : « On naît  africain et on le reste. Peu importe le pays où l’on vit, on est africain pour  la vie. »

Thierry Barbaut

vendredi, 17 mai 2013

POLITIQUE

Article publié le : vendredi 17 mai 2013 à 05:24 - Dernière modification le : vendredi 17 mai 2013 à 05:24     

 

Les prisonniers de Guantanamo en grève de la faim depuis 100 jours 

    

Le camp de détention de Guantanamo dans le sud-est de Cuba.
Le camp de détention de Guantanamo dans le sud-est de Cuba.
REUTERS/Bob Strong/Files
           
 
Par RFI

Cela fait 100 jours, ce vendredi 17 mai, que les premiers prisonniers de Guantanamo ont entamé une grève de la faim sans précédent. Au départ, ils protestaient contre les fouilles qu'ils subissaient dans leurs cellules et jusque dans leurs exemplaires du Coran. Depuis, ils manifestent surtout contre leurs conditions de détention et leur détention prolongée sans jugement. La moitié d'entre eux ont été déclarés libérables par l'administration Bush, puis par Obama qui avait promis dès 2008 de fermer le camp de détention. L'avocate américaine Corie Crider revient tout juste de Guantanamo où elle a pu s'entretenir avec certains de ses clients dont Nabil Hadjarab qui a de la famille en France et souhaite y être transféré.

 

 

Corie Crider

Avocate et conseiller juridique de Reprieve, une organisation qui représente plus d'une quinzaine de détenus

"Tous les grévistes de la faim, même ceux qui ont été déclarés libérables depuis longtemps comme Nabil, disent : « Cette grève, c'est mon seul espoir, c'est la seule chose que je puisse faire ".

 

17/05/2013 par Véronique Gaymard

 
 
 
Barack Obama - Droits de l’homme - EN BREF - Etats-Unis

 

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POLITIQUE

Le Pape dénonce «le fétichisme de l'argent»            

 

Le Pape François sur la place Saint-Pierre, mercredi.

Le Pape François sur la place Saint-Pierre, mercredi. Crédits photo : -/AFP

 

Devant des ambassadeurs, le Pape a attaqué dans un discours d'une rare vigueur la «nouvelle tyrannie invisible» d'une finance et économie «sans visage».

Envoyé spécial à Rome

Le pape François n'a pas fait de diplomatie en recevant, jeudi au Vatican, les lettres de créance de quatre nouveaux ambassadeurs, dont celui du Luxembourg. Il s'est lancé comme aucun de ses prédécesseurs n'avait osé - pas même Jean-Paul II - dans une dénonciation extrêmement vigoureuse du «fétichisme de l'argent», de la «dictature de l'économie sans visage» qui crée une «nouvelle tyrannie invisible» dont les «pauvres» font les frais.

Assurant que «le Pape aime tout le monde: les riches comme les pauvres», il a conclu ce réquisitoire contre «l'adoration de l'antique veau d'or» par un appel aux «maîtres financiers» mais aussi aux gouvernements, pour qu'ils réalisent «une réforme financière qui soit éthique». Il considère cette étape comme la clé d'une «réforme économique» qui serait «salutaire pour tous». Car, a martelé le pape François: «L'argent doit servir et non pas gouverner.»

Les ambassadeurs du Grand-Duché, du Kirghizistan, d'Antigua-et-Barbuda (référencé dans la liste des paradis fiscaux) et du Botswana pourront répercuter à leur gouvernement ce message très musclé du Vatican, mais il n'est pas non plus passé inaperçu dans la communauté diplomatique romaine accréditée près le Saint-Siège qui représente la terre entière hormis quelques rares exceptions comme la Chine. Jusque-là, en effet, les discours de réception de nouveaux ambassadeurs n'avaient jamais adopté un tel ton. Ils étaient trempés dans une encre aussi prudente que précise, très respectueuse des convenances. Ils visaient à ne pas choquer. En rupture avec cette culture diplomatique, le pape François a tenu, à l'évidence, la plume de ce discours abrasif.

«La peur et la désespérance saisissent les cœurs même dans les pays dits riches»

François

Il a fondé son argumentation sur les «conséquences psychiques» de la «précarité quotidienne» que doivent affronter «la plupart» de nos contemporains: «la peur et la désespérance saisissent les cœurs même dans les pays dits riches», et la nécessité de «lutter pour vivre, et pour vivre souvent indignement».

La cause de cette «pathologie» est à ses yeux «dans notre rapport avec l'argent» devenu l'une des «idoles nouvelles». Elle «réduit» l'homme à un «bien de consommation qu'on peut utiliser, puis jeter». Du coup, la «solidarité» est considérée comme «contraire à la rationalité financière et économique», et «le revenu d'une minorité s'accroît de manière exponentielle» alors que «celui de la majorité s'affaiblit».

Accusé numéro un: les «idéologies promotrices de l'autonomie absolue des marchés et de la spéculation financière, niant ainsi le droit de contrôle aux États». Elles installent une «tyrannie» favorisant «l'endettement et le crédit qui éloignent les pays de leur économie réelle, et les citoyens de leur pouvoir d'achat réel». Elles provoquent la «corruption» et «l'évasion fiscale égoïste».

Derrière cette attitude, assure-t-il, «se cache le refus de l'éthique, le refus de Dieu», alors qu'il faut un «changement courageux» pour un «retour de l'éthique» qui amènera une «nouvelle mentalité politique et économique» pour vaincre «l'absolue dichotomie entre les sphères économique et sociale». Des dirigeants politiques et financiers à qui le pape François dédie cette phrase de saint Jean Chrysostome: «Ne pas faire participer les pauvres à ses propres biens, c'est les voler et leur enlever la vie. Ce ne sont pas nos biens que nous détenons, mais les leurs.»