vendredi, 06 novembre 2009

La Vache qui rit



Par Danielle Birck

Le célèbre fromage à tartiner a eu 88 ans en 2009. Un anniversaire marqué par l’ouverture d’un musée à Lons-le-Saunier, sa ville natale, et la publication d’un livre, C’est une vache, elle rit.Gilles de Bure y retrace la saga de la marque qui a régalé et amusé des générations d’enfants, marqué de son empreinte son Jura natal et essaimé son logo et ses portions dans le monde entier. Nostalgie garantie.

C’est là même où les premiers fromages marqués du sigle du plus populaire des ruminants ont vu le jour, en 1921, dans les locaux de la première usine Bel, qu’a été conçue la « Maison » de La Vache qui rit, avec un bâtiment ontemporain et écologique venu compléter les deux caves originelles, conservées en l’état.

Le nouvel édifice rassemble sur 3500 mètres carrés un musée – où l’histoire du mythique fromage français est déclinée en quelque 600 objets et affiches -, un jardin d’enfants (conçu en collaboration étroite avec la Cité des sciences de la Villette à Paris), une salle pédagogique, ainsi qu’une cafétéria et une boutique.

En attendant d’aller à Lons-le-Saunier pour découvrir La Vache dans tous ses états, on peut se plonger dans le livre de Gilles de Bure, C’est une vache, elle rit, (éditions Nicolas Chaudin), dont la tranche argentée évoque les portions du fromage…


Visite virtuelle du musée


Pour commencer, une plongée dans le Jura,  sous le soleil ou la neige, avec les gris ou les ocres de ses architectures, dans ce  pays de tradition fromagère depuis le Moyen-âge avec ses  riches pâturages où paissent les vaches montbéliardes, les seules dont le lait soit autorisé pour la fabrication du comté, autre gloire de la région.

De la Wachkyrie à La Vache qui rit …

Le comté justement : c’est pour l’affiner, avec le gruyère, que Jules Bel fonde1865 à Orgelet la fromagerie qui porte son nom. En 1897 il s’installe à Lons-le-Saunier où en 1921 dans une nouvelle usine, rue Richebourg, son fils Léon Bel, met au point sa première portion de Vache qui rit. Ce qui n’en fait pas l’inventeur du fromage fondu, inventée quelques années plus tôt en Suisse. 

Une vache soit, mais pourquoi hilare? Eh bien, à cause de la guerre, la grande, celle de 14-18. Les camions de l’unité de ravitaillement en viande à laquelle appartenait Léon Bel s’ornaient de l’image d’un bœuf au large sourire. Avec l’humour des pioupious, le bovin devint bien vite « la Wachkyrie », une « mise en boite » des célèbres Walkyries de la mythologie germanique devenues les logos des véhicules militaires allemands… Léon bel sut s’en souvenir et fit appel au dessinateur Benjamin Rabier - l’auteur de Gédéon

[1]était aussi celui du bœuf qui riait sur les camions -  pour la création du logo de ce qui était devenu La Vache qui rit… D’une mise en boite à l’autre !




DR

La boite, justement, et sa judicieuse petite tirette de fil rouge) a été inventé par un certain Yves Pin. Son idée, à la base était de faciliter l'ouverture des enveloppes postales… Il y aurait eu aussi, nous apprend Gilles de Bure, une petite musique, un Fox-trot composé en 1919 par un certain Clapson, pour ses anciens compagnons d’arme « en souvenir «  de cette fameuse Wachkyrie…

Enfin, c’est grâce aux boites de Vache qui rit, qu’un certain nombre d’entre nous auront eu dès l’enfance leur premier grand vertige devant le mystère de l’infinitude. Ces boites où la Vache qui rit porte des boucles d'oreille constituées de boîtes de Vache qui rit, elles-mêmes illustrées d'une vachequi rit qui porte des boucles d'oreille constituées de boîtes de vache qui rit... et ainsi de suite à l’infini.. Plus tard, ils auront appris que cela s’appelle une mise en abyme, mais peut-être pas que c’est Madame Bel, l'épouse de Léon, qui en aurait eu l’idée…

L’histoire continue

Au fil des pages on glanera informations et anecdotes, tandis qu’un tour d’horizon iconographique des déclinaisons de La Vache qui rit en dehors de l’hexagone donne la mesure de la gloire planétaire du fameux fromage fondu à la française. Au passage, on peut s’amuser au petit jeu de « comment dit-on La Vache qui rit, en anglais, en arabe, etc… ». On suit aussi l’évolution de la publicité, des premières affiches à la « com » du troisième millénaire, via notamment les sportifs…


C'est une vache, elle rit/Nicolas chaudin

Dès le départ La Vache a inspiré dessinateurs et affichistes, avec ce que Gilles de Bure appelle « la ronde des crayons ». Des artistes la détournent, comme Rancillac, d’autres la multiplient, comme Wim Delvoye à la biennale de Lyon en 2005, et son installation composée de plus de 4000 étiquettes de Vache qui rit… la BD ne résiste pas avec Franquin, et son « Gaston Lagaffe qui rit »…

Histoire d’aller au-delà des apparences, Gilles de Bure n’hésite pas à allonger La Vache sur le divan de Sylvie Zucca, pour qui « le fil rouge qui sert à dégoupiller la portion évoque l’inconscient »… Avant de refermer le livre sur les témoignages de personnalités de tous horizons : « souvenirs, souvenirs », chacun y va de son évocation. On retiendra celle de la chef Hélène Darroze, qui se souvient de la soupe au potiron de sa grand-mère, où une portion de Vache qui rit remplaçait la cuillerée de crème fraîche. « Aujourd’hui, je perpétue la tradition pour ma fille », ajoute la chef parisienne doublement étoilée.

La tradition se perpétue et l’histoire continue. Ce qui est devenu le groupe Bel – dont le principal actionnaire est la société familiale Unibel - est aujourd’hui le premier fabricant de fromage fondu en Europe, avec 12 000 collaborateurs dans le monde entier, une trentaine de filiales et un chiffre d’affaires de quelque 2,2 milliards d’euros en 2008. A La Vache qui rit sont venues s’ajouter d’autres marques, créées ou acquises, comme Babybel, Kiri, Port-Salut, Leerdamer ou Boursin, dernière acquisition en 2008. Le groupe compte 27 sites de production répartis dans le monde entier dont deux en France Comté, à Lons-le-Saunier et à Dole. Mais La Vache qui rit tient toujours la vedette vedette, avec « 10 millions de portions qui sont dégustées chaque jour (soit 2300 toutes les trois secondes) et qui, empilées les unes sur les autres, représenteraient l’équivalent de cinq cents tours Eiffel »…


[1] Benjamin Rabier : Gédéon, La vache qui rit et Cie, Ed. Somogy, 2009

Abbas s'en va, quel avenir pour le Fatah?

Par SYLVAIN MOUILLARD

Manifestation de soutien à Mahmoud Abbas à Ramallah le 6 novembre 2009

Manifestation de soutien à Mahmoud Abbas à Ramallah le 6 novembre 2009 (REUTERS/Ammar Awad)


Le président palestinien Mahmoud Abbas a annoncé jeudi devant les dirigeants de l'Organisation de Libération de la Palestine (OLP) et du Fatah qu'il ne souhaitait pas briguer un nouveau mandat lors des élections générales en janvier prochain. Une décision refusée par le comité exécutif de l'OLP, qui affirme toujours soutenir Abbas.

Comment comprendre ces informations contradictoires? Abbas bluffe-t-il, ou a-t-il réellement l'intention de jeter l'éponge? Quelles seraient les conséquences pour le Fatah et l'Autorité palestinienne, et plus largement, pour le processus de paix dans la région?

Peut-on croire Abbas ?

L'annonce est inédite. Abu Mazen (son nom de guerre) avait déjà évoqué la possibilité de ne pas se représenter, mais en comité restreint. Cette fois, l'annonce en conférence de presse a un impact beaucoup plus important. «Il a fait cette déclaration publiquement, je ne l'imagine pas revenir sur sa décision», explique Julien Salingue, enseignant et doctorant au département de sciences politiques de l'université Paris 8 de Saint-Denis.

Il ne croit pas à la thèse selon laquelle Abbas effectuerait un coup tactique, visant à resserrer les rangs autour de sa personne en menaçant de se retirer. Pour lui, les causes de ce retrait sont multiples: une certaine lassitude, d'abord, chez un homme de 73 ans, lassé des conflits internes dans un parti exsangue.

Les tergiversations américaines dans le processus de paix sont également un facteur important. Abbas l'a d'ailleurs mentionné lors de sa conférence de presse: «Nous avons été surpris par son soutien (ultérieur) pour la position israélienne», a-t-il déploré, en allusion aux propos d'Hillary Clinton sur un gel partiel de la colonisation.

«Ce n'est pas un hasard si Abbas fait cette déclaration quelques jours après la visite de Clinton. Les signaux envoyés indiquaient que le niveau d'exigence américain avait baissé, et qu'Abbas ne pouvait pas espérer obtenir grand chose, détaille Julien Salingue. Il ne voulait pas porter la responsabilité de la destruction du mouvement national palestinien.»

Enfin, la légitimité d'Abbas, pourtant un des derniers cadres historiques de l'OLP et héritier d'Arafat, n'est même plus absolue au sein de l'OLP et du Fatah. «Elle est tombée très bas dans l'opinion de la population palestinienne après l'affaire du rapport Goldstone», souligne Julien Salingue.

Quelle influence pour le Fatah ?

L'impact de la déclaration d'Abbas doit être relativisé, pour la simple raison que la tenue d'élections en janvier prochain était hautement improbable. Depuis 2007, l'Autorité palestinienne n'exerce plus son autorité qu'en Cisjordanie. L'échec récent d'un accord de réconciliation entre le Hamas et le Fatah avait ruiné l'hypothèse d'un vote le 24 janvier prochain. Un scrutin «fantôme», dans la seule Cisjordanie, aurait été désastreux pour l'image du parti fondé par Arafat

Reste que la décision d'Abbas ouvre une période d'incertitude pour le Fatah. «Si le comité exécutif insiste tant pour qu'il se présente, c'est que personne ne veut y aller à sa place. Son retrait, c'est la guerre ouverte à l'intérieur du Fatah, avance Julien Salingue. Personne d'autre n'avait cette légitimité pour parvenir à un consensus.»

Avant de parler de réconciliation avec le Hamas, préalable indispensable à la tenue d'élections crédibles, il va donc falloir que le Fatah se reconstruise. Selon le chercheur, le parti «a autant de lignes que de membres au comité central. C'est un conglomérat de réseaux personnels, de corruption...»

Plusieurs noms sont aujourd'hui évoqués (Fayyad le Premier ministre, les anciens chefs des services de sécurité Rajoub et Dahlan) mais aucun ne semble de nature à rassembler. «Dahlan et Rajoub sont sur une ligne proche, mais ce sont des ennemis personnels», précise Salingue. Quant à Marwan Barghouti, il est toujours emprisonné en Israël

Le processus de paix existe-t-il encore?

Au délitement du Fatah s'ajoutent deux éléments n'incitant guère à l'optimisme: un Premier ministre israélien, Benjamin Netanyahu, qui campe sur ses positions et refuse tout arrêt de la colonisation, et une administration Obama qui ne semble plus faire de ce dossier une priorité.

Pour Julien Salingue, «on assiste à l'acte de décès du processus d'Oslo, dont le bilan catastrophique révèle des contradictions indépassables: on demande à l'Autorité palestinienne de maintenir l'ordre, d'assurer la croissance économique mais sans lui accorder de souveraineté réelle ni de continuité territoriale».

PORTUGAL : Le crucifix, ici aussi…

L’arrêt de la Cour européenne des droits de l’homme a condamné l’Italie pour la présence de crucifix dans les salles de classe. Au Portugal, pays laïc à forte tradition catholique, la question se pose également.


06.11.2009 | Natália Faria | Público


Dessin paru dans The Guardian, Londres

Dessin paru dans The Guardian, Londres

L’école primaire Vale de Estrela, à Guarda [au nord-est du pays] arbore encore un crucifix dans la salle de classe. C’est une école à l’ancienne, avec un seul instituteur, quinze élèves et un crucifix sur le mur rappelant d’autres temps. Il semble être là parce qu’on l’y a oublié plus que par conviction religieuse. “S’il faut le faire, le crucifix sera retiré”, garantit Adalberto Carvalho, le directeur de l’établissement. “Dans les écoles en milieu rural, il est naturel que ce type de situation perdure”, admet-il.

L’Association république et laïcité (ARL) est certaine que le crucifix reste une réalité dans plusieurs écoles du pays. Profitant du coup de pouce de la Cour européenne des droits de l’homme, qui a condamné le 3 novembre la présence de crucifix dans les salles de classe des écoles publiques en Italie pour leur caractère attentatoire à la liberté religieuse des élèves, l’ARL vient d’adresser une lettre à la nouvelle ministre de l’Education afin qu’elle ordonne le retrait des symboles religieux de toutes les écoles du pays.

En 2005, à l’initiative de cette même association, le ministère avait ordonné le retrait des crucifix, mais uniquement en cas de plainte des parents [depuis la révolution des Œillets, en 1974, ils n’étaient plus obligatoires]. C’est ce qui s’est produit à l’école du Viso, dans la ville de Figueira da Foz [au sud de Porto]. “Il y a trois ans, on nous a demandé de retirer les crucifix”, raconte l’un des enseignants. A l’école São João do Souto, à Braga [nord du pays], ils sont réapparus après avoir été enlevés, mais pour figurer dans le musée de l’école. “Nous n’en avons plus dans les salles”, assure une employée.

En dehors de Guarda, le crucifix continue par exemple à trôner dans la salle de classe de l’école primaire de Carvalhal Formoso, à Belmonte [ville située au sud de Guarda]. “C’est normal qu’il y soit, et il est possible que d’autres écoles l’aient conservé”, reconnaît David Canelo, directeur des écoles de la ville. Parce que “l’école est laïque [sic]” et qu’il n’y a pas eu de plaintes de la part des parents. Canelo précise toutefois que, en raison de la sentence de la Cour européenne, il fera retirer les crucifix des écoles.

Mais le problème des crucifix n’est pas le pire, selon Ricardo Alves, l’un des responsables d’ARL. “Il y a des cas de messes célébrées dans des écoles publiques, et certains évêques y vont pour proposer aux enfants de devenir prêtres”, dénonce-t-il. Pour preuve, il possède une copie d’une information affichée en décembre 2007 au lycée da Sé à Guarda rendant compte de la tenue d’une messe dans l’établissement et d’un second document invitant les professeurs à déjeuner avec l’évêque. “L’absence aux cours [pour suivre la messe] était recommandée”, souligne Ricardo Alves.

Pour le porte-parole de la Conférence épiscopale portugaise, Manuel Morujão, ce genre de visites doivent être interprétées comme “un geste de cordialité, de bon voisinage ; il ne s’agit pas nécessairement de prosélytisme”. Il estime que le crucifix est un symbole religieux mais aussi culturel. “Cela représente deux millénaires d’histoire ; le retirer de façon coercitive apparaît comme une preuve de fondamentalisme antireligieux”, estime-t-il. “Bientôt, ils vont vouloir aussi supprimer le signe + en mathématiques parce que c’est une croix et que cela pourrait offenser ceux qui n’ont aucune croix dans leur religion”, ironise-t-il. Affirmant que la croix fait partie du patrimoine culturel de l’humanité, le porte-parole de la Conférence épiscopale rappelle que la décision de la Cour est susceptible d’appel [le gouvernement italien a annoncé un recours contre le verdict]. “Il est important que l’on aille vers une société ouverte aux différences, ce qui ne s’obtient pas en transformant les sociétés en une espèce de terne fast-food.”

De la vie de couple aux stades de foot, le Mur est dans les têtes

NOUVELOBS.COM | 06.11.2009 |

Vingt ans après la chute du Mur, les divisions persistent entre ceux qui ont connu le régime de la RDA et les Allemands de l'Ouest. C'est ce que montre Yannick Pasquet, journaliste à l’AFP en poste à Berlin depuis 2001, dans son livre "Le Mur dans les têtes". Nouvelobs.com en publie quelques extraits.

Yannick Pasquet est également l'invitée des forums de Nouvelobs.com. Elle répondra en direct à vos questions ce vendredi à 15h.


L’AMANT DE L’EST


[…] Les bougies de la révolution consumées, les Allemands ont commencé à se lorgner d’un peu plus près. Entre 1991 et 2003, les mariages Est-Ouest ont ainsi grimpé de 28 %. Un sacré bond alors que le marché global du mariage traverse une grave récession : les unions ont diminué de 16 % dans le même laps de temps.[…]
[…]Mais l’amour est enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi. Sauf une. Ce sont les Allemandes de l’Ouest qui tombent amoureuses des Allemands de l’Est. Entre 1991 et 2003, le nombre de mariages de ce type a triplé. L’inverse, Allemandes de l’Est qui s’entichent d’Allemands de l’Ouest, est rare. Ces unions ont chuté, elles, de 15 %.

Qu’a-t-il donc de plus, cet Allemand venu des plaines de Prusse et des vallées de Saxe ? Convoquons une fois de plus le temps qui passe. L’Allemand de l’Est, l’Ossi donc, n’entame pas sa carrière de bourreau des coeurs (occidentaux) en faisant la révolution de novembre 1989. Non, à l’époque, il apparaît carrément ringue, sur les écrans de télé du monde entier, avec sa moustache fournie, ses cheveux courts sur le dessus, longs dans la nuque et ses jeans neige. Il a du bol, il fait une révolution sympa, alors on n’ose pas le traiter de plouc.


Des allemands de l'Est (AFP)

Mais la pensée y est. L’homme en version produit de l’Est est considéré comme « mal fringué avec une image de loser sans savoir-vivre » explique le sociologue Kurt Starke, éminent spécialiste du sexe en RDA, dans un documentaire télévisé (1). Pas de Mercedes rutilante pour promener sa douce. Pas de carte de crédit à faire chauffer. Le plus souvent, il fait la queue au guichet « désillusions » des agences à reclasser les chômeurs de l’ex-RDA. C’est donc plutôt l’homme d’affaires ouest-allemand, avec ses pinces à cravates dorées et ses attachés-cases en croco, qui emporte la mise. Le marché est-allemand est à conquérir.
Puis les temps ont changé. Aujourd’hui, les Allemandes de l’Ouest attachent moins d’importance « au bel emballage », selon Kurt Starke, et « davantage aux qualités des Ossis, comme leur sincérité et le fait qu’ils aient les pieds sur terre ».

Une autre question taraude beaucoup d’Allemands depuis vingt ans. Qui est le plus performant une fois la porte de la chambre refermée ? Celui de l’Ouest ? Ce n’est pas ce qu’affirme le très sérieux Suddeutsche Zeitung. « Les Allemands de l’Est faisaient l’amour plus jeunes, plus souvent, et mieux que ceux de l’Ouest avec leur credo de l’orgasme à tout prix. » Au moins, les choses sont claires. La vox populi l’affirme : l’ex-RDA était plus libérée sexuellement. Au pays de la pornographie et de la prostitution officiellement interdites, les moeurs étaient libérées. Un chanteur de variétés est-allemand, Wolfgang Ziegler, s’est épanché dans un magazine : « Pendant que la harpie féministe de l’Ouest cherchait son point G dans le cabinet d’une sexologue, avec des bâtons d’encens et dans la position du lotus, nous, nous faisions l’amour simplement. Sans chercher la performance, sans avoir peur de l’échec. »
En RDA, le corps ne se cachait pas. Le nudisme était l’opium du peuple, et à chaque rayon de soleil, toute la famille se mettait à nu sur les plages de la Baltique ou dans les lacs du Mecklembourg-Poméranie.


Les femmes est-allemandes ont été très vite encouragées à travailler (AFP)

La place de la femme dans la société a également joué un rôle moteur. La camarade prolétarienne se devait de verser son écot au socialisme en travaillant. La RDA proclame ainsi dans sa Constitution de 1949 que le travail des femmes est « un devoir de la société et de l’État ». Dès les années cinquante, les femmes envahissent donc les combinats. À l’entrée, elles y laissent leurs bambins pris en charge par les crèches d’usines. La pilule est gratuite dans l’État des ouvriers et des paysans, l’avortement légal, gratuit et autorisé sur demande pendant les douze premières semaines de grossesse.
Conséquence : « C’est dans le domaine de la sexualité que l’émancipation de la femme était peut-être la plus avancée. Au lit, c’était elle qui menait la danse » explique Kurt Starke.
De l’autre côté de la frontière, dans les années cinquante, les « écoles de mariées » apprennent aux jeunes filles leurs tâches de futures épouses. Plus tard, elles feront de la pub pour les aspirateurs et les frigos, leur mari pour les chaînes de bricolage et les barbecues. La femme arrête de travailler quand elle enfante. Le droit à l’avortement est restreint. […]

1. Documentaire de la chaîne régionale publique MDR, Liebte der Osten
anders, d’Andre Meier.


MADE IN GERMANY


[…]Dans les stades de foot, les joueurs ouest-allemands regardent leurs pieds quand vient le moment des hymnes nationaux. Omerta. L’Allemagne de l’Ouest est mal dans ses pompes. Chanter, c’est compliqué quand une strophe honnie hante les esprits. « Deutschland, Deutschland, über alles. Über alles in der Welt. » (« L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout. L’Allemagne par dessus tout au monde. ») Depuis les errements nazis, ni la première strophe de Das Lied der Deutschen (Le Chant des Allemands) ni la deuxième ne sont plus chantées. Hitler et ses sbires leur ont donné une interprétation pangermanique et revancharde.
Seule la troisième strophe de ce chant fait office d’hymne national de la RFA. Lorsqu’il fut écrit en 1841 par le poète August Heinrich Hoffmann von Fallersleben, il avait pourtant une tout autre signification. Il s’agissait à l’époque d’unifier une Allemagne éclatée en dizaines de royaumes et de régions. L’Allemagne par dessus tout est un désir d’unité.
Une fois de plus, la RDA ne s’embarrasse pas des considérations du passé. Elle se choisit un nouvel hymne lors de sa création en 1949...


Des supporters de la Mannschaft (AFP)

Ullrich, tige sèche de quarante ans et des poussières, a failli perdre l’usage de la parole la première fois qu’il a entendu son fiston de douze ans chanter Le Chant des Allemands. C’était avant un match de foot, évidemment. Ledit rejeton a failli prendre une rouste quand il expliqua à son père qu’il avait appris les paroles à l’école. « Impensable pour les gens de ma génération ! Cela ne nous serait jamais venu à l’idée de chanter l’hymne national avant le début d’un match de foot. De toute façon, on n’apprenait même pas les paroles. On avait trop honte d’être allemands. » D’ailleurs, gloups, il a encore un peu de mal à digérer que son fils le fasse avec tant d’aisance et de simplicité. « Allez, moins fort quand même, hein, on baisse le volume ! » Mais le fiston est trop excité. Sa Mannschaft, c’est sacré. Ullrich a certes grandi en adorant le dieu football, mais en détestant les symboles d’appartenance nationale.

L’Allemagne de l’Ouest en ruines a dû attendre plusieurs années avant d’avoir un hymne national. Et encore ! La question fut évacuée dans un échange de courriers entre le chancelier et le président fédéral en 1951 qui se mettent d’accord pour que la troisième strophe du Chant des Allemands soit donc l’hymne de la RFA. Mais jamais il n’y eut de décision inscrite dans une loi. Une proclamation officielle ? N’y pensons même pas. L’Allemagne avait un hymne parce qu’il en fallait bien un pour accueillir les chefs d’État sur le tarmac de l’aéroport de Bonn. Comme il faut bien un tapis rouge. […]

"Le Mur dans les têtes. Chroniques d'Allemagne", de Yannick Pasquet. Paru le 22 octobre 2009 aux Editions du Moment (Prix éditeur : 17,95 euros)

(Nouvelobs.com)

Le racisme, toujours aussi présent aux Etats-Unis

NOUVELOBS.COM | 05.11.2009 |

Un an après l'élection du premier président noir des Etats-Unis, certains observateurs s'inquiètent d'un retour au racisme dans le pays.

(Reuters)

(Reuters)

Le 4 novembre 2008, un Noir était élu à la Maison Blanche, signant pour certains l'avènement d'une société post-raciale aux Etats-Unis. Mais un an plus tard, l'euphorie de l'élection passée, les réformes du 44e président des Etats-Unis Barack Obama ont suscité une vague de vindicte dans les profondeurs de l'Amérique blanche que les observateurs considèrent déjà comme une résurgence du racisme dans le pays.

Dans l'Arizona, un pasteur dit prier pour la mort d'Obama ; des membres du Congrès lisent leurs journaux ostensiblement quand le président prend la parole ; au Capitole, un républicain lance "vous mentez !" en plein discours présidentiel.

Peut-on voir dans ces incidents rarissimes un phénomène raciste ? L'ancien directeur de campagne du révérend Jesse Jackson, Kevin Alexander Gray, en est persuadé. Selon lui, l'invective "tu mens !" ne reflète que l'héritage des rapports de domination Blancs/Noirs aux Etats-Unis. "Comme on disait à un Noir : 'déguerpis ou on viendra chez toi !'"

Le raccourci peut sembler rapide. Pourquoi ne pas considérer qu'il s'agit plutôt de provocations ou de tentatives d'intimidation alors que le président, moins d'un an après son élection, tente d'imposer une réforme du système de santé vivement critiquée par ses adversaires politiques?

"Notre pays n'a jamais été bâti sur l'intégration des Noirs"


C'est ce qu'affirme l'intéressé. Il veut croire que ces attaques ne sont pas motivées par le racisme mais par la politique qu'il mène. "Y a-t-il des gens qui ne m'aiment pas à cause de la race ? Je suis sûr qu'il y en a. Ce n'est pas l'élément majeur" de la contestation, a affirmé Barack Obama sur CNN. Il répondait à l'ancien président démocrate Jimmy Carter qui avait estimé en septembre dernier que le ressentiment exprimé par de nombreux Américains contre le locataire de la Maison Blanche et les critiques virulentes dont il faisait l'objet étaient liés au racisme.

"Je pense qu'une part écrasante de l'intense animosité qui s'est exprimée envers le président Barack Obama tient au fait qu'il est noir, qu'il est afro-américain", avait déclaré Jimmy Carter dans une interview à NBC.

"Les Etats-Unis ne sont pas un pays raciste", assure de son coté le président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) Patrick Lozès. Selon lui, "il ne faut pas coloriser tout opposition à la politique du président américain".
Patrick Lozès veut croire que l'entrée de Barack Obama à la Maison Blanche n'est que le couronnement d'une évolution foudroyante, qui a vu les Noirs rejoindre progressivement les rangs des élites du pays.

"Il y a énormément d'élus noirs aux Etats-Unis, qu'il s'agisse de chefs d'entreprise, qu’il s’agisse de personnes à la tête de conseils d'administration, qu’il s’agisse de juges, de dirigeants politiques. Le programme gouvernemental pour la promotion des minorités - Minority Business Development Agency (MBDA), ndlr - mis en place en 1969 par un républicain, Nixon, et qui aide les entreprises dirigées par des personnes issues des minorités, est très important et tout aussi efficace. Avant la création du MBDA, il n’existait aux Etats-Unis que quelques milliers d’entreprises dans ce genre à peine. Depuis, il y en a plus de 4 millions", explique-t-il.

Un avis que ne partage pas Robert Rooks du NAACP, l'association de Martin Luther King. "Notre pays n'a jamais été bâti sur l'intégration des Noirs, souligne-t-il, certains s'en sortent incroyablement bien, mais la majorité de la communauté se sent totalement marginalisée".

La population américaine compte 12,8% de Noirs, contre 79,8% de Blancs. Parmi les familles Noires, 22,1% vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6,1% chez les Blancs. En septembre, le taux de chômage chez les Noirs était encore presque deux fois plus élevé que chez les Blancs.

"Pour eux, Obama est le diable, un cannibale, l'antéchrist"


Les disparités raciales n'ont donc pas disparu après l'élection du premier président Noir des Etats-Unis. Le racisme non plus.
Dès le soir de son élection, trois Blancs mettaient le feu à une église noire en construction dans le Massachusetts et "les crimes racistes n'ont fait qu'augmenter depuis", observe Mark Potok, de l'organisation de défense des droits civiques Southern Poverty Law Center.

"Tout cela est assez effrayant", estime ce spécialiste des mouvements extrémistes. "La colère monte, il y a beaucoup d'armes en circulation et une idéologie haineuse", s'inquiète-t-il.

La faute aux opposants politiques du président ? Certains observateurs affirment que les discours anti-Obama, souvent très populistes, sont dirigés vers les groupes radicaux.

"Les Républicains ont [défini] le personnage politique d’Obama en utilisant certains clichés ethniques, faisant passer Obama comme l’élu noir revendicateur qui remet en cause les idéaux de la Nation : c’est la logique contestatrice du "Angry Black" (noir en colère) que l’on retrouve dans la culture populaire", explique le chercheur François Vergniolle de Chantal, avant d'ajouter : "Certes c'est dangereux, mais il n’y a pas pour autant de mouvement crédible contre un métisse à la Maison Blanche. Les groupes sont archi-minoritaires".

En somme, "au niveau local, il y a toujours quelques agités, comme par exemple le juge de paix Keith Bardwell qui a refusé un mariage interracial en Louisiane 'pour le bien de leurs futurs enfants', mais rien au niveau national", ajoute-t-il.
Un point de vue que partage Patrick Lozès. "Une minorité d'ultraconservateurs très violents trouvent écho dans la population. Une partie de ces personnes est raciste. Pour eux, Obama est le diable, un cannibale, l'antéchrist", déclare-t-il avant de tempérer, lui aussi. "il ne faut pas exagérer tout ça. Il s’agit d’une minorité de personnes, sans doute plus violente qu'avant, mais pas plus importante, et cette minorité a toujours existé".

Selon Marc Morial, président de la National Urban League, une organisation pour les droits civiques, Barack Obama insuffle bien plus "un sentiment d'espoir, d'intégration et dans certains cas, de réconciliation".

Selon un sondage CBS, 59% des Noirs jugent désormais positives les relations interraciales, contre 29% l'an dernier.

(Tristan Berteloot, Nouvelobs.com)

Nicolas Sarkozy gagne près de 20 000 euros nets par mois

 

La rémunération mensuelle de Nicolas Sarkozy s'élève à 19 508 euros nets en 2009, selon le rapport sur le budget 2010 de l'Élysée examiné jeudi par la commission des fnances de l'Assemblée nationale.

D'après le rapport présenté par le socialiste Jean Launay, le budget sondage de l'Élysée, objet d'une polémique après des interrogations de la Cour des comptes, est en baisse.

Après 3,3 millions d'euros en 2008, ce budget est ainsi estimé à 2,0 millions en 2009 et prévu à 1,4 million en 2010.

Le cabinet d'étude d'opinion Giacometti-Peron a perçu 723 580 euros en 2008 et Publifact, dirigé par le conseiller spécial du chef de l'État, Patrick Buisson, 1,473 million.

La Cour des comptes a épinglé l'Élysée sur des sondages publiés dans la presse et facturés à la présidence de la République. Le groupe PS de l'Assemblée demande depuis la création d'une commission d'enquête sur le sujet.

La dotation totale destinée à la présidence de la République s'élève à 112,533 millions d'euros en 2010, en hausse de 0,18 % par rapport à l'année précédente et de 1,2 % à périmètre constant, soit le montant estimé de l'inflation l'an prochain.

Le montant mensuel brut de la rémunération de Nicolas Sarkozy en 2009 est de 21 133,37 euros, y compris une indemnité de fonction de 4 226,22 euros, soit 19 508,21 euros nets.

Les crédits de la mission « pouvoirs publics » seront examinés en séance publique par les députés le 12 novembre.

Émile Picy, édité par Jean-Baptiste Vey

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Mitterand et la chute du mur de Berlin

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François Mitterrand a-t-il été pris de court voire effrayé par la chute du Mur de Berlin, il y a vingt ans?

A-t-il cherché, comme on l'a beaucoup dit, à s'opposer à la réunification de l'Allemagne, ou en tous cas à la freiner? Ou a-t-il agi en ami de l'Allemagne et en patriote français?

J'ai consulté beaucoup d'archives en France et à l'étranger. J'ai aussi rencontré nombre de témoins.

Et voici l'article que je publie aujourd'hui dans le "Nouvel Observateur", à propos de l'attitude de François Mitterrand pendant cette période cruciale.

Mitterrand au pied du Mur

La scène – tirée des archives de François Mitterrand – se déroule au palais de l’Elysée, trois mois après la chute du mur de Berlin. Ce jour-là, le 13 février 1990, le président français reçoit un vieux complice, un homme qui, comme lui, a commencé sa carrière politique au sortir de la guerre : le président du Conseil italien Giulio Andreotti. Les deux septuagénaires veulent se consulter sur la question qui, quarante-cinq ans après le démantèlement du IIIe Reich, obsède l’Europe≈: la réunification du peuple allemand.

Mitterrand est furieux. Selon lui, tout à son désir de fusionner la RDA et la RFA, le chancelier ouest-allemand va trop vite et consulte trop peu : l’attitude de Helmut Kohl, déclare-t-il à son ami italien, « c’est le fait accompli », « les Allemands sont sourds », dit-il. Il ajoute, dépité≈: « Bush ne fait rien pour retenir les événements. La seule chose qui pourrait bloquer [la réunification de l’Allemagne], c’est l’emploi de la force par les Soviétiques, mais ils ne l’utiliseront pas. »



Trois mois plus tard, le 4 mai 1990, François Mitterrand est en Grande-Bretagne, à Waddesdon Manor, chez la cinglante Margaret Thatcher. Au menu de leurs entretiens : encore et toujours l’Allemagne, et les craintes que sa réunification suscite en Pologne et dans le reste de l’Europe orientale – inquiétude que partage, ô combien, François Mitterrand. Celui-ci redoute qu’après avoir absorbé la RDA la RFA ne soit tentée d’étendre son influence plus loin encore. Il explique≈: « C’est dans la nature des Allemands d’être portés vers l’est. » D’ailleurs, ajoute le président français, souvenez-vous de cette phrase prémonitoire d’Adolf Hitler dans « Mein Kampf »≈: « Pour nous, Allemands, il n’y a pas de vide à l’ouest, il y en a à l’est  » – phrase qu’il cite de mémoire.

C’est l’évidence≈: il y a vingt ans, François Mitterrand a accueilli la chute du mur de Berlin – et le processus de réunification allemande qui a suivi – avec des sentiments mêlés. Certes, au lendemain de l’ouverture de la frontière entre les deux Berlin, le 9 novembre 1989, il parle d’un « événement heureux qui marque un progrès de la liberté en Europe ». Certes, tout au long de l’année qui aboutira le 3 octobre 1990 à l’union de la RFA et de la RDA, il répète que « la réunification allemande est légitime » et qu’« il n’en a pas peur ». Certes, il dit à l’éphémère président de la RDA, Manfred Gerlach, auquel il rendra une visite très controversée à Berlin-Est fin 1989 : « Je n’attends pas de catastrophe sur le plan français. Cela fait mille ans qu’on a des voisins allemands. » Mais, au fond, le vieux président français tremble≈: il « ressent, récapitule, (…) “incarne” les angoisses françaises face à une Allemagne trop grande, à une construction européenne qui n’est pas encore irréversible », écrira plus tard son plus proche collaborateur, Hubert Védrine (1).

Aussi inquiet fût-il, le vieux président s’est-il, dans les faits, mal comporté face la réunification allemande, comme on l’a beaucoup dit à l’époque et continue de le dire aujourd’hui ? Depuis deux décennies, le débat sur l’attitude de François Mitterrand pendant cet épisode crucial de l’histoire européenne resurgit périodiquement. Certains, comme l’actuel secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche, prétendent que, obnubilé par la guerre, le chef de l’Etat s’est conduit « en homme du passé », qu’il « a raté cette fête de la liberté » et que, ce faisant, il « a porté un très mauvais coup à l’amitié franco-allemande ».

D’autres, dont l’intéressé lui-même dans un livre d’autojustification écrit juste avant sa mort (2), affirment que, malgré ses doutes et ses propos parfois très rudes, François Mitterrand a agi à la fois en patriote français, en ami de l’Allemagne – et surtout en grand européen. Qu’en est-il ? Que révèlent les archives de l’ancien chef de l’Etat que nous avons pu consulter ? Que disent, vingt ans après, ses principaux collaborateurs et les historiens qui ont travaillé sur le sujet ?

La plupart sont d’accord sur un point : sur le moment, François Mitterrand n’a pas su – et souvent pas voulu – trouver les mots, faire les gestes amicaux qui auraient comblé les Allemands. Le soir du 9 novembre 1989, alors qu’il se trouve à Copenhague, son conseiller en relations publiques, Jacques Pilhan, incite le chef de l’Etat à filer à Berlin et à franchir symboliquement le Mur avec Helmut Kohl. Mais François Mitterrand refuse d’un haussement d’épaules. C’est une fête allemande, pas française, dit-il.

Mêmes rebuffades quelques semaines plus tard. Afin de faire taire ceux qui commencent à critiquer la position de Paris, plusieurs personnes, dont Hubert Védrine et Jean Daniel, lui suggèrent de prononcer un grand discours. Le but≈: marquer le soutien de la France à la réunification de son grand voisin. Refus. De même, le 4 janvier 1990, à Latche, la maison de campagne landaise de Mitterrand, Helmut Kohl en personne propose à son ami François d’accorder une grande interview à la télévision allemande. Mais le président français repousse cette suggestion.

Devant Kohl, il se justifie ainsi : « Si j’étais allemand, je serais pour la réunification, c’est du patriotisme. Etant français, je n’y mets pas la même passion » – bel euphémisme. Le 15 février, il redit au chancelier≈: « On ne peut pas attendre de moi que je parle comme un patriote allemand mais comme un patriote français. Ce qui m’intéresse, c’est comment aborder les conséquences de l’unification. » Ce faisant, il « n’a pas géré la dimension symbolique de la réunification », résume (et regrette) Hubert Védrine.

Ce manque d’empathie manifeste, Loïc Hennekinne, le conseiller diplomatique de François Mitterrand à l’époque, l’explique aujourd’hui par des considérations tactiques. « S’il avait exprimé trop fort son soutien à la réunification, il lui aurait été difficile d’en négocier les modalités avec Bonn », dit-il. La justification est sans doute un peu courte mais traduit bien l’obsession du président français pendant toute la période≈: ne pas s’opposer à la réunification mais la contrôler.

Cette stratégie, François Mitterrand la définit avant même la chute du Mur. Le 18 octobre 1989, alors que l’unité allemande n’est encore qu’une perspective vague et lointaine, il déclare en conseil des ministres : « La France ne serait pas en mesure de s’opposer à la réunification si elle se réalisait. On ne peut tout de même pas faire la guerre à l’Allemagne pour [l’en] empêcher ! » Donc, « la seule chose que la France peut faire, explique-t-il, c’est faire respecter certains principes ». De toute façon, déclare-t-il, « est-ce que nous avons une politique de rechange ? ».

Le même jour, Hubert Védrine, qui est alors porte-parole de l’Elysée, précise la pensée présidentielle dans une note interne : « Puisqu’il serait incohérent de contester cette aspiration [à la réunification] [et] qu’il est impossible de s’opposer au mouvement de rapprochement, écrit-il, il faut accompagner le mouvement vers l’unité. » Ce n’est pas très enthousiaste mais réaliste.

Premier souci de Mitterrand le pragmatique : arrimer l’Allemagne en voie de réunification à la Communauté européenne. L’occasion se présente un mois après la chute du Mur. Les 8 et 9 décembre, le Conseil européen de Strasbourg – organisé sous présidence française – doit lancer le processus qui aboutira à l’union économique et monétaire, puis à l’euro. Kohl rechigne à donner son feu vert définitif, à lâcher le deutschemark à quelques mois d’élections législatives très difficiles. Mitterrand insiste et obtient gain de cause.

Comment ? Trois jours plus tard, les responsables européens reconnaissent le droit à l’« autodétermination du peuple allemand ». Est-ce là un troc≈: l’euro contre un nihil obstat à la réunification ? « Formellement, il n’y pas eu de “marchandage”, dit l’historien Frédéric Bozo, auteur d’un monumental ouvrage sur la période (3), mais, de fait, le donnant-donnant entre Kohl et Mitterrand, quoique implicite, était évident. »

Il y en aura un autre. Fin janvier, les choses se sont accélérées. L’Etat est-allemand s’effondre. Des dizaines de milliers de réfugiés quittent le pays. Kohl ne parle plus d’une confédération allemande dans quelques années, mais d’une absorption pure et simple de la RDA par la RFA – très vite. Le chancelier demande que la nouvelle Allemagne soit intégrée telle que dans la Communauté. En échange, il propose une relance de la construction européenne. Mitterrand est estomaqué, déstabilisé. Il hésite.

Sa conseillère pour les Affaires européennes, Elisabeth Guigou, veut le convaincre d’accepter. « Si la Communauté est perçue par les Allemands comme hostile à leur réunification, lui écrit-elle début février 1990, nous serons perdants sur toute la ligne, car nous n’empêcherons pas la réunification et nous aurons en plus ruiné l’avenir communautaire. » Son argument fait mouche. Mitterrand l’européen accepte le grand deal de Kohl. La grande Allemagne restera dans la CEE et, deux ans plus tard, le sommet de Maastricht adoptera le texte du traité que l’on sait – traité majeur, qui, selon Frédéric Bozo, est bien la « réponse franco-allemande à la réunification ».

Après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand a une deuxième obsession≈: la survie politique de Mikhaïl Gorbatchev, le libérateur de l’Europe orientale. Il est convaincu qu’une réunification trop rapide des deux Allemagnes conduirait à un renversement du numéro un soviétique et, de ce fait, à une nouvelle tension grave entre Est et Ouest, peut-être même à un conflit armé. Il tire cette conviction d’une rencontre avec le chef du Kremlin à Kiev le 6 décembre 1989. Lors d’un déjeuner, entre caviar et raviolis à la cerise, Gorbatchev implore Mitterrand≈: « Aidez-moi à éviter la réunification allemande, dit-il, sinon je serai remplacé par un militaire ; si vous ne le faites pas, vous porterez la responsabilité de la guerre. »

Le président français ne répond pas directement et, malgré ce que certains ont prétendu par la suite, il ne s’engage nullement à s’opposer à la réunification, qui, redit-il à Gorbatchev, ne lui « fait pas peur ». Mais François Mitterrand est « très frappé par cet appel et le mentionne à plusieurs visiteurs à son retour à Paris », écrit Hubert Védrine.

Le 4 janvier, à Latche, le chef de l’Etat déclare à Helmut Kohl≈: « L’expérience de Gorbatchev est nécessaire pour un certain temps [encore] » car, s’il quittait le pouvoir, « lui succéderaient des ultras, nationalistes, impérialistes ». Il faut donc, ajoute-t-il, « que l’unité allemande ne soit pas faite de telle sorte (…) que l’on entende des bruits de bottes en URSS ». Or « nous sommes juste au bord ». Il conclut≈: « Le sort de Gorbatchev dépend en partie de vous. » « Je sais et lui aussi », répond Kohl.

Mitterrand a-t-il un temps espéré que le Kremlin fasse « le sale boulot », c'est-à-dire freine, seul, la réunification allemande ? Les proches du leader socialiste le contestent. Mais un échange entre Thatcher et lui semble leur donner tort. Le 20 janvier 1990 à l’Elysée, la Dame de Fer dit au président français : « Ce que je cherche, ce sont les manières de ralentir [la réunification]. » Mitterrand ne se dit pas hostile à cet objectif, mais s’interroge sur les « moyens » dont Paris et Londres disposent pour y parvenir. « Rien ne serait pire, déclare-t-il, que d’élever des objections, de rappeler des traités, mais sans effet. » En fait, constate-t-il, « pour être cynique≈: le bon équilibre, c’est l’URSS ».

Qu’il ait espéré ou non un niet du Kremlin, le chef de l’Etat est surpris de la vitesse à laquelle Mikhaïl Gorbatchev accepte le principe de la réunification auquel, à Kiev, le numéro un soviétique s’est dit si farouchement hostile. Ce da russe à l’unité allemande survient, à la surprise générale, le 12 février 1990, à la suite d’une rencontre à Moscou avec Helmut Kohl. Le lendemain, Mitterrand dit à Andreotti≈: « A Kiev, Gorbatchev parlait très sévèrement. [Il traitait] Kohl de “provincial”. Mais quand il rencontre les Allemands, il semble beaucoup plus souple. » Le regrette-t-il ? En tout cas, quelques jours plus tard, il déclare au leader du SPD allemand Oskar Lafontaine≈: « Au temps de Staline, cela ne se passerait pas ainsi. La faiblesse soviétique fait la force des Allemands. »

Ce déclin spectaculaire de l’influence russe dans les affaires européennes l’inquiète. Car il espère l’appui de Moscou dans son combat pour le respect des frontières de l’après-guerre. Dès la chute du Mur, il s’érige en principal défenseur de la ligne Oder-Neisse qui sépare la Pologne de la RDA, et donc bientôt de l’Allemagne unifiée – une frontière au-delà de laquelle vivent 500 000 Allemands et qui n’a jamais été tout à fait reconnue par Bonn. Son insistance à obtenir cette reconnaissance avant l’unification exaspère Helmut Kohl, qui n’oubliera jamais cet épisode très douloureux dans les relations franco-allemandes.

Le 15 février, les deux hommes dînent à l’Elysée, dans le salon des Portraits. L’ambiance est tendue. Kohl dit≈: « Je souhaite que [cette reconnaissance des frontières] devienne évidente après la réunification. Vous ne pouvez pas l’exiger de moi maintenant. » Pourquoi ? A cause de la campagne électorale qui commence. « Si nous parlions en RFA de la frontière Oder-Neisse, explique-t-il, nous renforcerions l’extrême-droite. » Il ajoute, « très rouge » selon le compte-rendu français≈: « On fait mousser cette question. (…) C’est une grosse blessure. Normalement, on traite les blessures avec du baume et non de l’huile bouillante. »

Mais Mitterrand ne cède pas à ce chantage affectif. Il revient à la charge≈: « Il faut une décision internationale des pays intéressés. » « Oui, d’accord », concède Kohl. Mais le chancelier laisse traîner les choses, ce qui exaspère son ami français. Le 9 mars, François Mitterrand reçoit le président polonais, le général Jaruzelski, venu demander son aide, justement sur la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse. Le Français lui dit≈: « Même si l’Allemagne procède de façon plus polie que Hitler, nous ne voulons pas que cela ait lieu. » Cela ? Un retour à l’Europe de 1913 ou 1919, où les frontières étaient instables et les appétits allemands voraces. C’est pourquoi, dit-il, « la France est déterminée à user de tous les moyens dont elle dispose pour obtenir une reconnaissance claire et nette de l’Oder-Neisse ». Comment ? « Cette question doit être posée sans finesse, sans détour, sans habileté. » Il insiste≈: « Soyons brutaux. Les Allemands ne veulent rien de tout cela. Il faut les pousser. »

Finalement, après un bras de fer de plusieurs semaines, Mitterrand obtient cette décision internationale pour laquelle il s’est tant battu. La « crise nerveuse franco-allemande », comme il dit, est terminée.

Si bien que le jour de la réunification, le 3 octobre 1990, le chef de l’Etat écrira à Kohl≈: « Dites à vos proches, dites à tous les Allemands la solidarité de la France. »

Vincent Jauvert

(1) « Les Mondes de François Mitterrand », Fayard, 1996.

(2) « De l’Allemagne, de la France », Odile Jacob, 1996.

(3) « Mitterrand, la fin de la guerre froide et l’unification allemande », Odile Jacob, 2005. Voir aussi « Mitterrand et la réunification allemande », par Tilo Schabert, Grasset, 2005.

- De la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, à la réunification allemande, le 3 octobre 1990, le couple Mitterrand-Kohl a été plusieurs fois au bord de la rupture. Le président français a été suffoqué de ne pas avoir été informé à l'avance du plan en dix points vers la réunification présenté par le Chancelier le 28 novembre. Le chancelier, lui, a détesté l'insistance méfiante de Mitterrand sur la reconnaissance de la frontière germano-polonaise par l'Allemagne. Mais, au final, malgré des tensions très fortes, les deux hommes ont préservé leur amitié.

- A Berlin-est, le 20 décembre 1989, François Mitterrand dit, agacé, au président est-allemand : « On ne peut poser le pied en RFA sans que l'on vous parle de réunification. Personnellement je trouve cela légitime. Mais il reste deux Etats avec une histoire. » Le lendemain, il dira aux étudiants de la faculté de Leipzig : « Si le peuple allemand décide qu'il doit [se réunifier], ce n'est pas la France qui s'y opposera. »

- On a beaucoup reproché à François Mitterrand de ne pas avoir participé à la cérémonie d'ouverture de la porte de  Brandebourg à Berlin, le 22 décembre 1989, alors qu' il était en visite en RDA. En fait, Selon Hubert Védrine, « il n'y était pas invité, sauf par la rumeur et les médias. »


- Le 20 janvier 1990, Margaret Thatcher est à l'Elysée. François Mitterrand lui dit : « Je ne dis pas non à la réunification, ce serait stupide et irréaliste. » Puis il ajoute : « Le problème de la réunification a provoqué un choc psychologique chez les Allemands, qui leur restitue certains caractères qu'on avait oublié, une certaine brutalité. »

- Le 9 mars 1990, François Mitterrand reçoit le général Jaruzelski. A propos de la réunification, il déclare : « Si l'influence soviétique avait été plus grande, on n'en serait pas là. Les Américains voient les choses d'un peu loin. Les Anglais sont inquiets mais se contentent de faire de cette inquiétude une politique. Moi, je ne dis pas ce que je veux, mais ce que je peux. »

- Au Conseil des ministres du 9 mai 1990, François Mitterrand déclare : « La grande menace qu'a toujours représenté l'Allemagne pour l'Europe tient au fait que l'Allemagne a toujours été un peuple sans frontières. [la réunification] est une bonne occasion de les fixer ! »

- Jusqu'à la fin de sa vie, François Mitterrand a voulu défendre son action durant la réunification allemande. Dans « De l'Allemagne, de la France », publié un après sa mort, il rappelle la phrase de François Mauriac : « J'aime tellement l'Allemagne que je suis content qu'il y en ait deux » pour dire « tel n'était pas mon sentiment. »

Vol d'un fourgon à Lyon: le chauffeur a profité de failles dans les procédures

LYON (AFP) - 06.11.2009


Le fourgon blindé de la société suédoise Loomis contenant une dizaine de millions d'euros emballés dans "49 sacs" de billets compactés s'est volatilisé jeudi vers 10H00 à Lyon avec son chauffeur, principal suspect, toujours recherché, ce qui en fait l'un des plus importants vols de transport de fonds de ces dernières années.

voir_le_zoom : Portrait non daté de Tony Musulin, le chauffeur soupçonné du vol d un fourgon à LyonPortrait non daté de Tony Musulin, le chauffeur soupçonné du vol d'un fourgon à Lyon

Le fourgon blindé de la société suédoise Loomis contenant une dizaine de millions d'euros emballés dans "49 sacs" de billets compactés s'est volatilisé jeudi vers 10H00 à Lyon avec son chauffeur, principal suspect, toujours recherché, ce qui en fait l'un des plus importants vols de transport de fonds de ces dernières années.

AFP - HO
voir_le_zoom : Un fourgon de la société Loomis après une attaque le 21 avril 2009 à ValenceUn fourgon de la société Loomis après une attaque le 21 avril 2009 à Valence

Le fait que le chauffeur soupçonné d'avoir dérobé jeudi à Lyon plus de 10 millions d'euros était seul dans son fourgon ne constitue pas une faute de procédure, a affirmé vendredi la CFDT-Transport de fond

AFP/Archives - Jean-Philippe Ksiazek
voir_le_zoom : Le procureur Xavier Richaud le 16 août 2004 à LyonLe procureur Xavier Richaud le 16 août 2004 à Lyon

Un fourgon blindé contenant une dizaine de millions d'euros s'est volatilisé jeudi à Lyon avec son chauffeur, principal suspect, toujours recherché, ce qui en fait l'un des plus importants vols de transport de fonds de ces dernières années.

AFP/Archives - Martin Bureau

Le chauffeur d'un fourgon blindé qui s'est volatilisé avec plus de 10 millions d'euros jeudi à Lyon a apparemment profité de failles dans les procédures de sécurité, selon des syndicats de police et de transports de fonds, et était activement recherché vendredi.

Employé chez Loomis, groupe suédois de transports de fonds, depuis "une dizaine d'années", Tony Musulin, 39 ans, a disparu vers 10H00 au volant du fourgon alors que ses deux collègues étaient sortis pour une halte dans leur société, dans le 7ème arrondissement de Lyon. Près de trois heures plus tard, le fourgon était retrouvé vide non loin de là.

Les dix millions d'euros collectés en début de tournée dans une annexe de la Banque de France pour approvisionner les agences bancaires étaient emballés dans "49 sacs" de billets compactés, sous forme de "briques", selon la police.

Selon les syndicats de police Synergie et Alliance, le convoyeur de fonds a, semble-t-il, profité de "failles" dans les procédures de sécurité. "Il y a un plafond d'argent à transporter à l'intérieur de chaque entreprise et avec 11 millions d'euros, le plafond est dépassé", a indiqué un syndicaliste de Synergie, qui ne souhaite pas être nommé.

Mais selon Pascal Quiroga, responsable national de la CFDT-Transport de fond, "chaque entreprise a ses propres règles" et, selon lui, la profession n'impose aucun "montant maximal transporté" aux convoyeurs. Il souligne ainsi que dans d'autres sociétés, notamment à la Brink's où il travaille, "au moins deux camions se déplacent lorsque la somme est importante" et il y aurait eu "une escorte policière".

Or, dans cette affaire, le fourgon était seul.

Le fait que le chauffeur soit resté seul dans le fourgon ne constitue pas une "faute de procédure", relève M. Quiroga, notant toutefois qu'à la Brink's les convoyeurs n'auraient pas eu le droit de faire une "halte intermédiaire" en rentrant de la Banque de France, comme l'ont fait les trois employés lyonnais.

La société Loomis, interrogée vendredi par l'AFP, s'est refusée à tout commentaire.

La photo du chauffeur a été diffusée "à toutes les frontières", avait déclaré jeudi soir le parquet de Lyon. Toutefois, un avis de recherche international n'a pas été lancé par Interpol pour l'heure. La Direction interrégionale de la police judiciaire (DIPJ) a diffusé vendredi matin une photo plus récente de son permis de conduire, transmise à l'AFP, sur laquelle le convoyeur apparaît crâne rasé, plus bouffi.

L'enquête tourne essentiellement autour de "la personnalité du convoyeur", décrit comme un homme "taciturne", a souligné à l'AFP un source judiciaire.

Selon un des collègues du chauffeur, qui a requis l'anonymat, Thierry Musulin "se comportait de façon bizarre depuis quelques mois déjà". "Il râlait fréquemment, disant qu'on était mal payé" et évoquait "des embrouilles avec ses équipiers", a déclaré ce salarié au micro de France Info.

Il avait finalement "choisi des équipiers avec lesquels il n'y aurait pas d'embrouille", a-t-il dit.

© 2009 AFP

Ouverture du procès de Bemba le 27 avril 2010

06/11/2009 | AFP


L'ancien vice-président de la RDC sera jugé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanitéL'ancien vice-président de la RDC sera jugé pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité© AFP

Le procès pour crimes de guerre et crimes contre l'humanité de l'ancien vice-président de la République démocratique du Congo (RDC) Jean-Pierre Bemba s'ouvrira le 27 avril 2010 devant la Cour pénale internationale (CPI) à La Haye, a annoncé jeudi celle-ci.

"La Chambre de première instance III de la Cour pénale internationale (CPI) a fixé la date d'ouverture du procès dans l'affaire Le Procureur c. Jean-Pierre Bemba Gombo au mardi 27 avril 2010", a indiqué la CPI dans un communiqué.

Jean-Pierre Bemba, 47 ans, est accusé notamment de meurtres, viols et pillages commis par sa milice, le Mouvement de libération du Congo (MLC), entre octobre 2002 et mars 2003 en Centrafrique. La milice était venue y appuyer le président centrafricain de l'époque, Ange-Félix Patassé, pour contrer un coup d'Etat.

Une juge de la CPI avait ordonné le 14 août la libération provisoire de M. Bemba dans l'attente de son procès mais ordonné son maintien en détention à La Haye tant que la Cour n'aurait pas décidé quel Etat l'accueillerait.

Le procureur de la CPI Luis Moreno-Ocampo avait immédiatement interjeté appel de cette décision. Le 3 septembre, la remise en liberté provisoire de M. Bemba a été suspendue par la chambre d'appel, dans l'attente d'une décision sur le fond.

Marathon judiciaire

Des audiences destinées à recueillir les "observations" de six Etats (Belgique, France, Portugal, Italie, Allemagne et Afrique du sud) proposés par M. Bemba pour l'accueillir, et à déterminer les conditions de son séjour sur leur territoire, ont été reportées.

Jean-Pierre Bemba, qui a fui la RDC en avril 2007 après avoir perdu la présidentielle de 2006 face au président actuel Joseph Kabila, avait été arrêté le 24 mai 2008 à Bruxelles par les autorités belges en exécution d'un mandat d'arrêt délivré par la CPI. Il avait été remis à la Cour et transféré à son siège à La Haye le 3 juillet 2008.

Au cours des audiences de confirmation des charges du 12 au 15 janvier, ses avocats avaient exclu toute responsabilité de l'ancien vice-président congolais dans les crimes commis par sa milice. Ils avaient mis en cause l'ex-président centrafricain Ange-Félix Patassé.

Le procès de Jean-Pierre Bemba devrait être le troisième procès de la CPI, le premier tribunal international permanent chargé de juger les auteurs de crimes de guerre, de crimes contre l'humanité et de génocides.

2012 : DSK battrait Sarkozy au second tour

J.J. (lefigaro.fr), 06/11/2009


Dominique Strauss-Kahn revient souvent dans les sondages comme le meilleur candidat du PS pour 2012.
Dominique Strauss-Kahn revient souvent dans les sondages comme le meilleur candidat du PS pour 2012. Crédits photo : AP

Le président du FMI serait le seul candidat de l'opposition à même de battre Nicolas Sarkozy en 2012, d'après un sondage CSA pour La Chaîne Parlementaire. Il l'emporterait avec 51% des voix.

51 contre 49. C'est d'un tout petit point que Dominique Strauss-Kahn pourrait battre Nicolas Sarkozy au second tour de l'élection présidentielle de 2012, selon un sondage CSA* pour LCP Assemblée nationale. Et c'est le seul parmi les six candidats de l'opposition testés à pouvoir l'emporter.

En deuxième position, François Bayrou obtiendrait 49%. Martine Aubry est créditée de 47% des intentions de vote, à égalité avec Bertrand Delanoë. Enfin, en queue de peloton, figurent Ségolène Royal et François Hollande avec respectivement 45% et 43 % des voix.

 

Les femmes préfèrent Sarkozy

Si, dans les derniers sondages, Nicolas Sarkozy est donné en tête au premier tour, un duel face à l'actuel président du FMI pourrait donc lui être fatal. Dominique Strauss-Kahn bénéficierait d'un soutien massif des trentenaires (56%), des CSP+ (61%) et plus globalement des populations actives (58%).

Autre détail intéressant, si les femmes votent en majorité pour Nicolas Sarkozy (52%), les hommes sont quant à eux plus enclins à choisir DSK comme prochain chef de l'Etat (55%).

Une des surprises de ce sondage tient aussi dans les taux d'abstention démesurés. Ils ses situent tous, quelle que soit le duel envisagé, aux alentours de 40% (blancs et nuls compris), soit deux fois plus qu'en 2007. Un résultat qui est probablement à mettre sur le compte de la difficulté éprouvée par les sondés à se projeter dans l'avenir.

Ces résultats sont à prendre avec des pincettes car la marge d'erreur, d'environ 3%, peut être déterminante.

* Sondage réalisé par téléphone les 4 et 5 novembre 2009 auprès d'un échantillon national représentatif de 910 personnes âgées de 18 ans et plus, inscrites sur les listes électorales.

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