mercredi, 24 juin 2009

Sommet de la CEDEAO : L’Espagne est là, la Communauté jubile

Trois événements en un, ainsi pourrait être défini le 36e Sommet des chefs d’Etat et de gouvernement de la CEDEAO (Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest), tenu le 22 juin 2009 à Abuja, au Nigeria, et auquel ont pris part quatorze des 15 pays membres (NDLR : la Guinée Conakry est pour le moment suspendue suite au coup d’Etat de Dadis Camara) certains au haut niveau, d’autres à travers leur chef de gouvernement. En effet, trois rencontres ont eu lieu au cours de la même journée, à l’hôtel Hilton, toutes relatives à la vie de la Communauté régionale. En apothéose, celle qui vit l’intervention du Premier ministre espagnol, José Luis Zapatero, sur les voies et moyens qu’entend mettre en œuvre son pays pour aider les Africains de l’Ouest à maintenir leurs jeunes sur leurs terroirs respectifs. Une intervention saluée à sa juste valeur par le coparrain de la Session, le président sénégalais, Abdoulaye Wade, qui, à l’occasion, a surfé allègrement sur le français, l’anglais et l’espagnol.

 

Si jusqu’aux environs de 10 heures (11 heures locales) la salle qui devait abriter la conférence était plus ou moins calme, tel ne fut pas le cas quelques instants plus tard, et ce, jusque tard dans la soirée. Au programme de la journée, une réunion des pays membres de la CEDEAO et ayant d’autres monnaies que le CEA. Puis celle de tous les Etats avec, au menu, l’examen des différents rapports ministériels et des résultats des missions confiées à certains chefs d’Etat (Laurent Gbagbo et Blaise Compaoré entre autres) lors de la précédente Conférence, tenue en juin 2008, toujours à Abuja ; ainsi que, comme on s’y attendait, les dossiers brûlants de l’heure, à savoir les deux Guinée (Bissau et Conakry) et le Niger. Mais d’autres volets non moins importants furent abordés, crise mondiale oblige.

A ce propos d’ailleurs, le communiqué final stipule qu’au regard de la situation internationale, les pays membres de la CEDEAO doivent se serrer les coudes, à travers un approfondissement du processus d’intégration régionale. Cela pour non seulement en juguler les effets pénalisants à tous les niveaux, mais aussi envisager une croissance globale. Toujours dans le souci de plus d’efficacité, et sachant que seule l’union fait la différence, il est envisagé une monnaie unique pour toute la Communauté. Un projet sur lequel se penchent des experts, en même temps que chaque Etat devra mettre l’accent sur les réformes structurelles et les mesures à même de stabiliser l’économie nationale. D’où la mise sur pied d’un comité de veille stratégique qui a pour mission de baliser le terrain et de rendre compte de ses investigations à la prochaine session, prévue pour se tenir en décembre 2009 dans un pays qui reste à déterminer.

Autre point, l’Accord de partenariat économique (APE), pour lequel instruction a été donnée aux Commissions de la CEDEAO et de l’UEMOA d’accélérer le processus de négociation en vue de la signature, à brève échéance, d’un accord régional portant sur le commerce des marchandises et la coopération au développement. De la libre circulation des personnes, du droit de résidence et des tracasseries le long des corridors et aux frontières, il en fut aussi question, avec ce sempiternel appel à tous les membres à les faire respecter. Espérons que cette fois sera enfin la bonne.

Quid de l’énergie et des transports ? Laurent Gbagbo en avant-première

C’est au président ivoirien, Laurent Gbagbo, qu’il avait été confié, lors de la 34e Session (le 23 juin 2008) d’en dessiner les contours et de faire des propositions concrètes en vue de faire du transport et de l’énergie un acquis pour la région. Et comme il fallait s’y attendre, “notre frère” n’a pas mis longtemps à trouver la potion qui pourrait s’avérer magique si elle était mise en application : un Fonds de développement et de financement des transports et de l’énergie. Lequel sera alimenté au moyen des prélèvements sur les recettes générées par les principaux produits de la région. Parallèlement, on procédera à la libéralisation du transport aérien, conformément à la Décision de Yamoussoukro.

Par ailleurs, nous dira Antoine Yao Ngabala, le directeur ivoirien des Politiques communautaires, de l’Aménagement du territoire et des Infrastructures au ministère de l’Intégration africaine, chaque pays sera appuyé dans on domaine d’excellence ; ainsi, par exemple, le Burkina Faso mettra l’accent sur l’élevage avec possibilité d’exportation de bêtes sur pied ou de leur chair. En attendant, des cas préoccupent plus d’un, et l’on n’a pas besoin d’avoir 10/10 en acuité visuelle pour les voir.

Trois situations, deux énigmatiques

S’il est des dossiers qui ont sûrement donné du tournis à nos dirigeants au cours de ce Sommet, c’est bien ceux de la Guinée-Bissau, de la Guinée Conakry et du Niger de Tandja. Rien qu’à parcourir ce qui est ressorti du communiqué sanctionnant la fin des travaux, on se convainc que, dans le premier cas, l’espoir est permis, mais on reste sceptique concernant les deux derniers en dépit des déclarations de bonnes intentions de part et d’autre.

En effet, si la CEDEAO a décidé d’accompagner les élections du 28 juin 2009 en Guinée-Bissau (par l’envoi de véhicules, d’observateurs et le règlement de trois mois d’arriérés de solde des militaires), elle se fait des soucis pour ce qui est de la situation en Guinée Conakry, où le “bien-aimé” Moussa Dadis Camara ne semble pas voir venir les échéances à grandes enjambées. Peut-être encore moins à Niamey, où Mamadou Tandja voudrait une petite rallonge pour une réception définitive de ses grands chantiers. Un projet auquel ne souscrivent d’ailleurs pas ses pairs, auxquels son émissaire de Premier ministre a fait la promesse ferme de mettre la balle à terre pour un meilleur jeu démocratique. Souhaitons seulement que le mandant n’en vienne pas à renier les promesses faites par son envoyé.

A toutes ces préoccupations greffons celles moins bouillonnantes du Togo et de la Côte d’Ivoire, tous deux devant se rendre aux urnes en 2010. Chapeau au Président Blaise Compaoré (le patron pour ceux du milieu), qui a recueilli des lauriers de la part de ses pairs pour son implication en vue d’une sortie de crise chez Gbagbo, et qui a été invité à reprendre son bâton de pacificateur pour que, chez son cadet Faure Gnassingbé, le feu qui couve dans la perspective de la présidentielle n’embrase pas la maison. Et on est en droit d’espérer le succès au regard de ce que ce monsieur suscite comme respect au niveau de la région. A preuve, sa prestation fortement applaudie sur le thème de l’Etat de droit, la démocratie et la bonne gouvernance dans l’espace CEDEAO. J’en vois déjà qui rient sous cape. Mais passons ! Rendons-nous auprès de l’hôte des hôtes de ce Sommet.

Le summum du Sommet

Crise mondiale, exode rural, jeunes immigrés clandestins, vente illicite de drogues et nous en oublions, tel est le vécu presque quotidien des Etats africains, qu’ils soient de l’ouest, de l’est ou du centre. En 2005 par exemple, selon des statistiques de la CEDEAO, la région comptait 247,9 millions d’âmes avec un taux d’analphatisme frôlant, à certains niveaux, les 80%, un chômage récurrent auquel se greffent la criminalité et bien d’autres fléaux. Malheureusement, les gouvernements africains restent, la plupart du temps, impuissants face à ces phénomènes.

Et c’est en toute légitimité que ceux de la CEDEAO ont applaudi à tout rompre à l’annonce de l’Espagne de leur venir en aide pour la fixation de leurs jeunes sur leurs territoires. Pour son Premier ministre, José Luis Zapatero, cela va de soi, puisque son pays est devenu, au fil du temps, le point névralgique des départs clandestins vers l’Europe. (NDLR : il fut approuvé en cela de la tête par Saïd Djinnit, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU pour l’Afrique de l’Ouest). Et Abdoulaye Wade de saisir la balle au rebond pour faire un vrai plaidoyer afin que l’Europe, surtout l’Espagne au regard de son expérience, aide le continent à finir une bonne fois pour toutes avec l’immigration clandestine.

Maniant avec maestria l’anglais, le français et l’espagnol, le coparrain de la 36e Session a convaincu plus d’un que ses 83 saisons n’ont entamé en rien sa perspicacité. Et c’est peu dire que d’affirmer que c’est en homme conscient des problèmes que vivent nos populations qu’il a plaidé en leur faveur. Quoi de plus mérité d’ailleurs qu’il ait été longuement ovationné à l’issue de son éloquente prestation.

Attendons maintenant la mise sur chantier de ces recettes hispaniques dans l’espace CEDEAO pour en apprécier la portée dans les années à venir.

Etaient présents au Sommet

Les présidents
- Umaru Musa Yar’Adua : Nigeria (hôte)
- Thomas Yayi Boni : Bénin
- Blaise Compaoré : Burkina Faso
- Laurent Gbagbo : Côte d’Ivoire
- John Evans Atta Mills : Ghana
- Raimundo Pereira : Guinée-Bissau
- Ellen Johnson Sirleaf : Liberia
- Amadou Toumani Touré : Mali
- Abdoulaye Wade : Sénégal
- Ernest Bai Koroma : Sierra Leone
- Faure Essozimna Eyadéma : Togo

Les Premiers ministres
- José Maria Neves : Cap-Vert
- Seini Oumarou : Niger
- Adja Isatou Njie Saidy : Gambie (vice-présidente)

• Les délestages, ce n’est pas qu’à Ouagadougou. Abuja aussi en connaît, ce qui peut faire peur quand on sait combien de véhicules circulent dans cette ville. Heureusement, les chauffeurs sont bien disciplinés et la police est omniprésente aux endroits stratégiques.

• Bobo Street (Rue Bobo) : c’est l’une des rues qui mènent à l’ambassade-résidence du Burkina. Ambassade-résidence, écrivons-nous, puisqu’en attendant la fin des travaux de construction de notre représentation, c’est la résidence de S.E. Dramane Yaméogo qui abrite les bureaux de la dizaine d’agents qui y travaillent.

• Cherchez une chaîne française sur une télé nigériane et vous passerez des jours sans succès. Mais, certaines fois, on a la chance de tomber sur un film en français. Comme “Rêves de poussière” qui est passé sur MM2 le 20 juin.

• Le président de la Commission de la CEDEAO, Mohamed Ibn Chambas, est bien-aimé de la presse. La raison à cela, quel que soit l’endroit où on le coince, il est prêt à vous accorder une petite minute d’attention. Tout comme d’ailleurs son second, notre compatriote T. Jean de Dieu Somda. En tout cas, avec les deux, on apprend toujours quelque chose.

O. Sidpawalemdé
Ouaga-Abuja-Ouaga