mardi, 15 décembre 2009

Tchad et Centrafrique : la Minurcat entièrement déployée d'ici à fin janvier

15/12/2009 | AFP


La Mission des Nations unies en République centrafricaine et au Tchad (Minurcat), qui a pris beaucoup de retard, devrait être entièrement déployée dans ces deux pays d'ici à "fin janvier", a affirmé lundi le représentant spécial du secrétaire général de l'ONU.

 

"D'ici à la fin janvier, on devrait avoir tout le monde sur le terrain. En deux mois, 50% de la force va arriver parce que les conditions logistiques minimales sont maintenant réunies", a déclaré à l'AFP à N'Djamena Victor da Silva Angelo.

 

"Ce n'est pas qu'en deux mois on va faire plus qu'en sept mois, mais c'est que les conditions sont maintenant réunies pour un déploiement. Cela restera très précaire et très difficile, mais il y a un minimum de conditions même si les soldats doivent dormir par terre dans des tentes", a précisé M. Angelo.

 

Actuellement, 2. 385 des 5. 200 hommes de la force onusienne (soit 46% des effectifs) sont déployés alors que la Minurcat a pris officiellement la relève de l'Eufor, la force de l'Union européenne (UE) le 15 mars.

 

Manque de moyens

 

"C'est la logistique qui n'a pas suivi les promesses d'engagement", a expliqué M. Angelo, "parce que nous travaillons dans une zone très éloignée et nous travaillons avec des moyens (inférieurs) que ceux dont disposait l'Union européenne. L'UE a fait un investissement énorme en termes de ressources, nous, les pays membres, n'avons pas le même type de ressources".

 

"Malgré le fait qu'on n'ait pas plus de 50% des forces, on fait un travail qui va bien au-delà de ce qu'on ferait avec 50% des forces", a assuré le responsable onusien.

 

De nombreux ONG et membres d'agences onusiennes se sont plaints de la lenteur du déploiement de la Minurcat alors que la situation sécuritaire dans l'est du Tchad s'est considérablement dégradée ces derniers mois.

 

Dans un communiqué, la Minurcat a annoncé le déploiement lundi matin d'un détachement de casques bleus togolais à Sam Ouandja (nord-est de la Centrafrique) "afin d'assurer la sécurité du camp de réfugiés soudanais, en provenance du Darfour (ouest du Soudan), qui s'y trouve et des humanitaires qui y travaillent".

L'Afrique centrale à l'heure des choix

14/12/2009 | Jeune Afrique | Par : François Soudan


L'Afrique centrale à l'heure des choixL'Afrique centrale à l'heure des choix© Rafaël Ricoy


Le 10e sommet de la Cemac, prévu le 14 décembre et repoussé à janvier, se tiendra à Bangui. Cette première édition depuis la mort d’Omar Bongo Ondimba doit être l’occasion pour les chefs d’État de régler leurs différends. Et de répondre aux attentes de toute la région.


Ils sont venus, ils sont tous là, comme dans La Mamma d’Aznavour. En ce mardi 16 juin 2009, autour d’un catafalque surchargé de fleurs, les chefs d’État de l’Afrique centrale rendent un ultime hommage au parrain décédé. Omar Bongo Ondimba est mort, et avec lui vient de disparaître l’unique dénominateur commun entre ces hommes que tout sépare hormis l’espace géopolitique tracé au compas par l’ancien maître colonial. Certes, au sein de la communauté des six pays francophones de la Cemac, Bongo Ondimba ne réglait, dans le fond, aucun problème – surtout à la fin de sa vie, tant les arbitrages rendus par un doyen usé avaient fini par être contestés chez ses pairs. Les querelles d’ego, les conflits d’intérêts, Bongo les diluait, les étouffait sous le poids du consensus mou. Mais avec lui le linge sale se lavait en famille et l’omerta était de règle. Et puis, qui aurait eu le front de l’humilier, de le contredire et de lui faire de la peine, lui qui avait à la fois l’âge, la sagesse, la longévité au pouvoir et la richesse ? Au classement combiné de ces quatre facteurs essentiels, le vieux Batéké de la case à malices gabonaise était le meilleur. Paix à son âme.


En ce cent soixante-septième jour de l’année 2009, l’Afrique centrale s’est donc retrouvée, d’une certaine manière, orpheline. Couvercle ôté sur une boîte de Pandore d’où peut jaillir le meilleur comme le pire. Paysage à nu d’une région au potentiel économique énorme mais confrontée à la brutalité de l’argent facile, celui du pétrole – cinq pays producteurs sur six –, ainsi qu’aux aléas d’une culture communautaire de pure façade, politiquement acéphale, où la méfiance entre chefs est la règle et où la mentalité du cueilleur l’emporte encore, hélas, sur celle du bâtisseur. Au lendemain des obsèques du dernier vestige de la maison Foccart, la bataille pour sa succession a donné un premier goût de la désunion. Chacun, parmi les propriétaires de palais présidentiel dans la région (le terme de locataire, habituellement usité en pareil cas, étant ici hors de propos), avait « sa » solution pour le Gabon et « son » candidat pour le trône. Une bataille qui s’est en grande partie jouée sur le terrain des moyens financiers, ceux dont disposait en propre la famille du défunt étant en définitive supérieurs à ceux de tous leurs opposants réunis, et qui a évidemment laissé quelques traces. Désormais, lorsqu’il rencontre ses pairs de la Cemac, Ali Bongo sait qui a parié contre lui et qui a aidé ses adversaires. Autre conséquence évidente et somme toute logique de la disparition du vieux : le scandale de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac). Avec l’affaire des détournements de fonds massifs du bureau de Paris, dont on ne connaît encore que la partie émergée de l’iceberg, c’est tout un système opaque de circuits financiers mis en place depuis trois décennies qui a en quelque sorte explosé sous le nez des chefs d’État. Si la révélation de ce scandale doit tout au travail d’investigation de Jeune Afrique et rien à la manipulation (mais il est vrai que les choses les plus simples à comprendre sont parfois les plus difficiles à admettre), il est clair que certains dans la région s’en sont réjouis et comptent bien en profiter pour mettre un terme à cet étonnant (et désormais obsolète) « consensus de Fort-Lamy », qui assurait au Gabon, à l’époque le plus riche de la communauté, une prééminence de fait dans la gestion passablement occulte des avoirs de la Beac. La probable accession, lors du prochain sommet de Bangui, prévu le 14 décembre et repoussé à janvier, du Gabonais Hugues Alexandre Barro Chambrier au poste de gouverneur, ne doit pas à cet égard faire illusion. Le grand illusionniste du Palais du bord de mer à Libreville n’est plus là, le Fonds monétaire international (FMI) a profité de la crise pour imposer à toutes les parties prenantes (y compris à la France) un minimum de transparence, et du scandale, finalement, peut ressortir une modernisation et une adaptation de la Beac aux exigences de la mondialisation. À condition, bien sûr, que les chefs d’État sachent prendre leurs responsabilités.


Dans une Afrique hantée par le syndrome des successions dynastiques, la question – mais est-elle pertinente ? – se pose désormais de savoir qui héritera du fauteuil de sage du village, primus inter pares sous le baobab et grand régulateur des petits conflits, qu’occupait Omar Bongo Ondimba. Passage en revue des critères. Le plus âgé ? Ce serait Paul Biya, 76 ans, sans l’ombre d’un doute. Le plus ancien aux affaires ? Alors ce devrait être Teodoro Obiang Nguema (trente ans), mais la Guinée équatoriale n’est pas membre fondateur de l’Udeac, ancêtre de la Cemac, et si l’on inclut la date de la première arrivée au pouvoir, Denis Sassou Nguesso, chef de l’État en février 1979, soit six mois avant son frère de Malabo, tient assurément la corde. Le plus riche ? Obiang Nguema encore, tout au moins par tête d’habitant, à moins que ce ne soit Paul Biya, PIB camerounais oblige. Le plus sage ? Les trois chefs d’État précités, plus Idriss Déby Itno, s’estiment en mesure de revendiquer ce titre, et nul, sauf à être suicidaire, ne se hasarderait à trancher dans le vif. Seules deux personnalités sont hors compétition : le Centrafricain François Bozizé, hôte du sommet de Bangui, parce qu’il sait que son pays a trop besoin de la solidarité des autres pour risquer d’entrer dans la course, et le Gabonais Ali Bongo, trois mois de pouvoir et 50 ans d’âge, « un bleu » en quelque sorte…


Reste à savoir si tout cela, qui tient en haleine quelques sycophantes prompts à vanter les qualités supposées de leurs chefs, a la moindre importance. En réalité, dans le rôle régional qui était le sien, Bongo père n’aura pas de successeur. Non parce qu’il serait irremplaçable, mais les temps ont changé. Le doyennat qu’il incarnait jusqu’à la caricature n’avait plus grand-chose à voir avec une réalité opérationnelle, et son système avait fait plus que son temps, faute entre autres de moyens financiers pour l’alimenter. Qui, parmi les chefs de la région, est volontaire pour reprendre à son compte une charge aussi honorifique que dispendieuse ? Il y a fort à parier que l’équation se pose en ces termes et que la réponse soit : personne… Le règlement (cosmétique) de certains différends dût-il, faute d’arbitrage, en souffrir, c’est plutôt là une bonne chose et un gage de maturité pour toute la zone Cemac. Mais encore faut-il transformer l’essai et que les patrons, désormais privés de leur recours suprême, apprennent à s’entendre entre eux.


N’en déplaise aux cassandres

Sur ce dernier point, fort heureusement, le pire n’est pas sûr. Même si les comptes électoraux n’ont pas encore été tout à fait soldés entre le Gabon et la Guinée équatoriale, même si N’Djamena, Brazzaville et Libreville convoitent tous trois le tutorat de la Centrafrique – lequel n’est plus forcément à prendre – et même si la crise de la Beac a généré de lourdes suspicions entre capitales sur le thème « à qui profite le scandale », l’ambiance à Bangui sera plus à la rumba qu’au coupé-décalé. Mais l’équilibre demeure fragile, à la merci des excès de zèle des entourages, comme en témoigne la mésaventure que viennent de vivre deux sages de la région, Denis Sassou Nguesso et Paul Biya. Il a suffi qu’un périodique bricolé en banlieue parisienne par un ressortissant camerounais, à la diffusion incontrôlée et au professionnalisme aléatoire, inconnu en dehors des cercles de la diaspora, publie les bonnes feuilles d’un libelle anti-Sassou Nguesso édité à compte d’auteur par un collectif d’opposants pour que les compteurs s’affolent. Ce qui serait passé inaperçu ailleurs devient ici affaire d’État : contre-attaques et même insultes dans les journaux congolais, longue réplique alambiquée de la présidence camerounaise, envoi d’émissaires à Yaoundé et Brazzaville pour calmer le jeu… En Afrique centrale, hélas, l’essentiel est sans cesse menacé par l’insignifiant.


Pourtant, n’en déplaise aux cassandres, la guerre des chefs n’aura pas lieu. Pas plus à Bangui qu’à Troie dans la pièce de Giraudoux, avec la Cemac dans le rôle de la belle Hélène, Sassou, Biya, Obiang et les autres dans ceux d’Hector, d’Ulysse ou de Demokos. Faute de combattants, mais aussi parce que, au vu de certains signes et selon certaines confidences, les chefs d’État semblent cette fois décidés à ne plus offrir à leurs opinions publiques le spectacle d’une intégration en panne, à la traîne des autres regroupements régionaux. Les contacts en ce sens se sont multipliés ces derniers jours, et les dossiers en suspens – Beac, passeports, Air Cemac, etc. – sont au cœur de la visite officielle préparatoire que François Bozizé, hôte du sommet, a effectuée du 7 au 9 décembre chez son voisin, le poids lourd camerounais. Et si le premier sommet sans « lui » était enfin celui de l’âge adulte ?

L’Afro Américain (AA) et l’Africain Français (AF)

Exercice pratique d’identité / différence


C’est bien connu la même couleur de peau n’est pas forcément synonyme de proximité culturelle ou identitaire voire sociale, sauf chez les Africains et en particulier chez les Noirs où on se donne tous du "Frère" indépendamment de ses origines. Pas forcément à juste titre...

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mardi 15 décembre 2009 / par Luc Olinga, pour l'autre afrik

Quand je me suis installé aux Etats-Unis il y a quelques années, j’ai été stupéfié par le fossé existant entre moi et un Afro-Américain (AA). Plus déconcertant encore, je me suis rendu compte que, hormis la couleur de peau, j’étais davantage plus proche d’un "Français de souche", de part les réalités culturelles ou sociétales et l’histoire récente, que d’un AA.

Ce constat m’a conduit à me rebaptiser African-French (AF) en référence à l’African-American.

Pourtant des similitudes entre un AA et un AF il en foisonne. D’abord nous parlons fort. Demander à un occidental, qui surprend ou entend une conversation entre deux Africains ou un groupe de Noirs. Il vous dira au son de leur voix qu’ils sont en train de se disputer. Que nenni !

Chez les femmes AA, j’ai reconnu la même façon de pester contre ces "pères absents" si présente chez les AF

En déambulant dans le quartier historique des Noirs à Harlem à New York ou encore dans certains coins majoritairement habités par des AA à Brooklyn ou à Chicago, j’avais l’impression d’être transporté au marché Mokolo à Yaoundé au Cameroun ou au marché Colobane à Dakar au Sénégal.

Quand j’étais invité à dîner chez des amis AA, j’étais happé par des effluves envoûtantes, des odeurs d’épices et autres arômes qui me ramenaient dans la cuisine de mes tantes, mère et grand-mère.

En plus, la femme est la colonne vertébrale de la famille chez les AA comme chez les AF : elle s’occupe notamment de l’éducation des enfants ... De facto, elle est le chef de famille. Chez les femmes AA, j’ai reconnu la même façon de pester contre ces "pères absents" si présente chez les AF

Chez nombre de AA j’ai aussi retrouvé l’art de la dramatisation. Le culte pour la tragédie. Un petit rien est transformé en un +grand-tout+ ; un incident anodin devient un accrochage grave ; les récits des épopées ; un hématome un traumatisme ; une simple engueulade une dispute sanglante... Vu sous cet angle un AA n’est pas différent d’un AF.

Que dire en outre de notre approche de l’esthétisme. Nous partageons les mêmes canons de beauté. Le AA et l’AF préfèrent la femme selon Botero plutôt que l’icône des magazines de mode et des podiums. Le AA et l’AF célèbrent la femme avec une poitrine voluptueuse et une paire de fesses opulente.

Je me sens plus proche d’un "Français de souche" que d’un AA.

Il n’empêche que malgré ces points de convergence, je me sens plus proche d’un "Français de souche" que d’un AA. Prenons le sport, au coeur de nos deux sociétés.

David, mon ami AA, n’était là pour personne le jour des matches de football américain, un sport auquel je ne comprenais pas vraiment les rudiments. J’ai essayé de m’y intéresser mais je n’ai jamais réussi à éveiller une quelconque flamme au grand dam de mon ami, pour qui c’est LE sport.

A l’inverse, David n’avait pas compris que je gagne d’assaut les bars de sport en 2008 pour regarder les matches de la Coupe d’Afrique des nations de football et des mois plus tard pour le championnat d’Europe des nations de football.

Il ne s’expliquait pas que je puisse montrer tant d’engouement pour le "soccer", une discipline sportive peu exaltante selon lui. En parallèle, mon autre ami Norbert, un franco-belge, multipliait les paris sur les rencontres de football. Nous échangions nos pronostics. Nous parlions le même langage. David en était exclu. Il nous renvoyait involontairement pour sa part à notre statut d’étrangers quand il s’agissait de "sports US".

Plus qu’un hobby, David et moi avions à l’opposé une culture différente. Le football américain pour lui était au coeur de la fierté américaine, tandis que le "soccer" était un pan de mon quotidien.

Quand le AF célébrait la victoire du premier Noir à la tête du pays le puissant du monde, le AA y voyait l’aboutissement du long et ardu combat pour les droits civiques.

Ce qui me frappait aussi chez les AA, c’était l’empreinte indélébile du passé. Les blessures de leur histoire ont développé chez eux une soif de revanche et un besoin de s’affirmer contre l’autre coûte que coûte.

Certes le colonialisme et la ségrégation ne sont pas comparables et n’ont pas engendré des catastrophes physiques, sociales, psychiques identiques mais ils sont tous deux encore prégnants. Le premier sous la forme de néocolonialisme et la seconde s’est transformée en discriminations raciales.

Pour autant le AF que je suis ne s’inscrit pas dans la revanche. Il n’a pas d’acrimonie contre le colonisateur. Peut-être à tort.

Or le AA reste marqué par l’esclavage et ses relents. L’élection de Barack Obama à la Maison-Blanche n’a pas apaisé cette colère.

Quand le AF célébrait la victoire du premier Noir à la tête du pays le puissant du monde parce qu’elle signifiait, pour lui, que l’homme noir n’était pas un bon à rien, le AA y voyait l’aboutissement du long et ardu combat pour les droits civiques. Non que les deux visions soient incompatibles mais elles dénotent un état d’esprit qui distingue fondamentalement le AA du AF.

Source : afrik.com

lundi, 16 novembre 2009

Micmacs à la BEAC

16/11/2009 | Jeune Afrique | Par : François Soudan


Jean-Pierre Oyiba, ex-directeur de l’Office des ports et rades du GabonJean-Pierre Oyiba, ex-directeur de l’Office des ports et rades du Gabon© Désirey Minkoh-Afrikimages

L'onde de choc du scandale du Bureau de Paris, révélé par J.A., n'a pas fini d'éclabousser les personnalités de la région...

Jean-Marie Ogandaga Ndinga est un homme prudent. Délégué du gouverneur au Bureau extérieur de Paris de la Banque des États de l’Afrique centrale, le BEP, depuis juillet 2008, ce haut cadre gabonais avait, en avril dernier, volontairement omis de remettre à la mission du contrôle général de la Beac chargée d’enquêter sur les détournements de fonds en son sein une dizaine de copies de chèques douteux en sa possession. Motif : l’identité « sensible » de leurs bénéficiaires. Mais une fois le scandale révélé par Jeune Afrique et le tsunami déclenché, il a bien fallu qu’il s’exécute.

Dans le rapport d’enquête qu’elle vient de rédiger, la direction du contrôle précise donc que lors de son dernier séjour à Paris, fin septembre, sa mission s’est finalement fait remettre lesdites copies des chèques qualifiés de frauduleux. Et l’on comprend mieux, à la lecture des noms des quatre bénéficiaires, que le délégué du gouverneur ait (sur ordre ?) longuement tergiversé avant de livrer aux enquêteurs les photocopies qu’il avait lui-même reçues de la Société générale.

Si l’on en croit le rapport, ont bénéficié de « chèques supposés frauduleux, qui n’ont pas été retracés régulièrement dans la comptabilité ou dont la prestation ne semble pas avoir été réalisée au bénéfice de la banque » : Mme Annie Mebiame, épouse de Léon Mebiame, ancien Premier ministre du Gabon ; le général André Oyini, ancien commandant de la garde républicaine d’Omar Bongo Ondimba, neveu de ce dernier et donc cousin de l’actuel président Ali Bongo Ondimba ; Mathias Dzon, ex-ministre congolais de l’Économie et des Finances, ancien directeur national de la Beac à Brazzaville et candidat à la présidentielle de juillet 2009. Enfin : Jean-Pierre Oyiba, ex-directeur de l’Office des ports et rades du Gabon, l’Oprag, et actuel directeur de cabinet d’Ali Bongo Ondimba, dont il est l’un des très proches.

Les montants en cause varient entre l’équivalent de 14 millions de F CFA (André Oyini) et 136 millions (Mme Mebiame), en passant par 58 millions (Mathias Dzon) et 65,6 millions (Jean-Pierre Oyiba). Ces chèques, qui remontent pour la plupart à la période 2005-2007, émanent tous du compte ouvert par le BEP à l’agence Champs-Élysées de la Société générale. Le rapport d’enquête de la Beac est formel : que leurs bénéficiaires en aient ou non été informés, il s’agit là du produit de détournements réalisés au moyen de chèques frauduleux (imitation de signatures, doubles paiements…) établis par le comptable Armand Brice Ndzamba et ses complices « pour approvisionner leurs comptes personnels ou ceux de leurs relations ».

Grosses surprises

Un nouveau rebondissement, donc, qui touche au cœur du nouveau pouvoir gabonais – selon nos informations, le président Ali Bongo Ondimba, très engagé dans son opération de « nettoyage », aurait signifié à son ami Oyiba qu’il ne le couvrirait pas s’il s’avérait qu’il avait fauté –, mais sans doute pas le dernier, puisqu’une revue des comptes de la Beac depuis le début des années 1990, préconisée par les partenaires occidentaux de la banque, risque de révéler de grosses surprises.

Contraint par le FMI, qui a gelé ses programmes et décaissements en faveur des pays membres en attendant que toute la lumière soit faite sur ce scandale, le conseil d’administration de la Beac, institution jusque-là réputée pour son opacité, se livre depuis la mi-octobre à un bel exercice de transparence. À la publication sur le site Internet de la banque des principales pièces du dossier succèdent les auditions en chaîne des coupables et des responsables. L’ancien vice-gouverneur et ex-ministre congolais des Finances, Pacifique Issoibeka, et l’actuel directeur général de l’exploitation de la Beac, l’Équato-Guinéen Lucas Abaga Nchama, sont ainsi venus s’ajouter à la liste des dirigeants passés ou présents dont la responsabilité est – à des degrés divers – engagée : Jean-Félix Mamalepot, Philibert Andzembé, Gata Ngoulou, Rigobert Roger Andely. Quant aux coupables, à la fois auteurs et bénéficiaires des malversations, ils sont pour certains en prison (Armand Brice Ndzamba et son épouse), inculpés ou en voie de l’être (Maurice Moutsinga), et, pour d’autres, recherchés par Interpol en France et au Maroc (l’ex-secrétaire du BEP Marie-France Robert).

Reste une troisième liste : celle des « simples » bénéficiaires présumés de détournements, selon les rapports d’enquête. Ils sont plusieurs dizaines, dont, on l’a vu, certaines personnalités « sensibles ». Si les faits étaient confirmés, la moindre des exigences à leur égard serait qu’ils remboursent à la Beac cet argent mal acquis.

mercredi, 11 novembre 2009

Beac : l'heure des comptes

Jeune Afrique | Par : Jean-Michel Meyer


Six dirigeants et anciens cadres de la Beac ont été auditionnésSix dirigeants et anciens cadres de la Beac ont été auditionnés© DR

Un gouverneur qui refuse de démissionner, des inculpés qui circulent en liberté, des chefs d’État qui peinent à s’entendre. Décidément, le scandale révélé par Jeune Afrique n’a pas fini de faire des vagues.

Des bureaux et des couloirs presque vides. Le moral n’y est plus au 736, avenue Monseigneur-Vogt, à Yaoundé (Cameroun). L’imposante tour de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) tourne à vide. Au propre comme au figuré. Depuis le début de l’année, les 2 400 salariés sont gagnés par un profond doute après les révélations sur les pertes de 25 millions d’euros liées à un placement toxique vendu à la direction de la banque par la Société générale fin 2007 et, surtout, sur les détournements évalués à 30 millions d’euros (19 milliards de F CFA) opérés depuis au moins cinq ans par le bureau parisien de la Beac. Le climat est délétère. « Presque plus personne ne travaille, tout le monde a peur et craint une chasse aux sorcières. Une véritable chape de plomb recouvre la Banque centrale », témoigne un cadre du siège.

Les six chefs d’État de la Communauté économique et monétaire de l’Afrique centrale (Cemac) ont pourtant décidé d’aller vite pour éteindre le feu qui embrase la Banque centrale de la région. Le 19 octobre dernier, Ali Bongo Ondimba (ABO), le nouveau président de la République du Gabon, a frappé fort au cours de son premier Conseil des ministres. Son pays est au cœur de la polémique. Il désigne par tradition l’un de ses ressortissants pour occuper le poste de gouverneur de la Beac, une proposition validée ensuite par les chefs d’État de la Cemac. Or le Gabonais Philibert Andzembé, en poste depuis l’été 2007, est sur un siège éjectable depuis des mois.

Soucieux d’appliquer ses promesses de campagne et de se démarquer de l’ancien système, ABO a souhaité faire rapidement le ménage chez lui et donner des gages à l’intention de ses partenaires de la Cemac et de la France, présente au conseil d’administration de la Banque centrale. « La vérité, toute la vérité », rappelle en continu Paris. Au préalable, le chef de l’État a pris la précaution de rencontrer ses homologues Denis Sassou Nguesso, Teodoro Obiang Nguema et François Bozizé en marge de sa prestation de serment à Libreville, le 16 octobre, pour s’assurer que le futur gouverneur de la Banque centrale demeurerait un Gabonais. Il lui reste à convaincre Paul Biya, au Cameroun, et à prouver qu’il sera intraitable dans la gestion du scandale.

Détermination gabonaise

Le communiqué du Conseil des ministres du 19 octobre traduit la détermination gabonaise. Libreville s’engage à « faciliter les enquêtes des cabinets d’audit mandatés par la Beac ainsi que les investigations de la brigade financière française auprès de laquelle la Beac a porté plainte », à « faire arrêter les fonctionnaires gabonais de l’institution présumés impliqués et résidant sur le territoire national » et à « rappeler le gouverneur de la Beac, Philibert Andzembé, en vue de son remplacement ».

Dans la foulée, l’annonce de l’interpellation à Libreville de deux protagonistes majeurs dans l’affaire de malversations, Armand Brice Ndzamba et Maurice Moutsinga, a confirmé la fermeté des autorités gabonaises. Comptable du bureau parisien de 1994 à mai 2009, le premier est considéré comme le cerveau des détournements. Il avait quitté discrètement Paris en janvier et s’était réfugié depuis en pleine forêt équatoriale chez les Pygmées pour soigner un mal contre lequel la médecine moderne s’est avérée impuissante. Le second, son oncle et son officier traitant à Yaoundé, a été le directeur de la comptabilité et du contrôle budgétaire au siège de la Banque, de 2000 à décembre 2007. Aujourd’hui à la retraite, il se cachait à Mouila, à environ 200 kilomètres à vol d’oiseau au sud de Libreville. Sauf que… Maurice Moutsinga a été aperçu par plusieurs témoins le 24 octobre lors de l’enterrement d’un ancien responsable du bureau de la Beac à Port-Gentil ! Et que l’arrestation effective d’Armand Brice Ndzamba reste à démontrer. « Le dossier est couvert par le secret de l’instruction », obtient-on comme toute réponse de la présidence gabonaise.

Autre source d’étonnement : le rappel du gouverneur Andzembé ne s’est pas encore traduit dans les faits. S’il a bien commencé à faire ses cartons le 20 octobre, il a depuis présidé officiellement plusieurs réunions et déjeuners. Et la rumeur d’enfler : Philibert Andzembé vivrait mal son rappel et serait entré en résistance. « Au regard du comportement de défiance affiché par M. Andzembé envers le gouvernement gabonais, il y a lieu d’agir vite », conclut une note de la présidence gabonaise du 26 octobre. Son successeur doit en théorie être désigné lors de la Conférence des chefs d’État de la Cemac, qui doit se tenir à Bangui (Centrafrique), à la fin du mois de novembre. Toutefois, pour remettre en marche la Banque centrale au plus vite et retrouver la confiance des marchés, le Cameroun et la Guinée équatoriale poussent pour qu’une conférence extraordinaire des chefs d’État précède la conférence ordinaire au cours de la première quinzaine de novembre. Mais les deux pays se disputent pour organiser l’événement de la passation des pouvoirs !

En parallèle à l’action du Gabon, le comité d’audit interne de la Beac poursuit son enquête « pour établir les premières responsabilités ». Composé de six membres et présidé par le directeur du budget équato-guinéen, Miguel Engonga Obiang, il s’est rendu par vol spécial de Yaoundé à Libreville le jeudi 21 octobre, un saut de puce d’une trentaine de minutes. Sur place, les auditeurs ont entendu, dans les bureaux gabonais de la Beac, Armand Brice Ndzamba, Maurice Moutsinga ainsi que Jean-Félix Mamalepot, 69 ans, l’emblématique gouverneur de la Beac, de 1990 à 2007. Dix-sept ans de prési­dence encensée hier, mais largement suspecte aujourd’hui. Nommé depuis président du conseil d’administration de l’assurance-maladie du Gabon, il figure parmi les personnes limogées le 19 octobre. Mais sans être davantage inquiété, pour l’instant, par la justice.

Selon des sources proches du comité d’audit, les deux hommes interrogés à Libreville ont livré « des tonnes d’informations » et mis en cause plusieurs hauts responsables financiers de la région. De retour à Yaoundé, le comité d’audit a entendu le 23 octobre dans les locaux de la Beac le ministre tchadien des Finances et du Budget, Gata Ngoulou. Éminence grise de Jean-Félix Mamalepot, il a été secrétaire général de la Beac de 1998 à 2008. Enfin, le comité a auditionné Jean-Marie Ogandaga-Ndinga, l’actuel délégué de la Beac à Paris, et le vice-gouverneur, le Congolais Rigobert Roger Andely.

Le FMI exige la transparence

Le comité d’audit a par ailleurs remis son rapport sur « les malversations du bureau extérieur de Paris » lors d’un conseil d’administration de la Beac, le 26 octobre à Douala, présidé par… Philibert Andzembé. Le document a également été scruté le 28 octobre, toujours à Douala, lors d’un comité ministériel. Selon l’exigence du FMI, le rapport doit être publié, sans doute fin novembre, après que les chefs d’État de la Cemac en auront pris connaissance. Pour expédier les affaires courantes, les deux organes de gouvernance de la Banque centrale ont instauré un système de double signature, celles du gouverneur et du vice-gouverneur. Deux hommes qui se détestent cordialement.

Jusqu’à quand ? Le nom du Gabonais Hugues-Alexandre Barro Chambrier circule avec insistance pour succéder à Philibert Andzembé. Ex-ministre de l’Économie et des Finances et ancien administrateur Afrique du FMI, il est aujourd’hui parlementaire. « Je ne suis au courant de rien. Je suis député et j’ai mes activités à Libreville », se contente de commenter l’intéressé. Sa candidature pourrait être appréciée au-delà du Gabon. Sa femme, Hélène Loemba, est en effet la nièce d’Antoinette Sassou Nguesso, la première dame du Congo. Reste que sous Omar Bongo la proposition gabonaise valait décision. Ce n’est plus le cas aujourd’hui.

mercredi, 04 novembre 2009

BEAC : 16 milliards de francs CFA détournés, 139 bénéficiaires

AFP


Le siège de la BEAC à YaoundéLe siège de la BEAC à Yaoundé© DR

Un rapport interne à la Banque des Etats d'Afrique Centrale retrace les détournements, et désigne les responsables.

Cent trente-neuf bénéficiaires ont profité du détournement de 25 millions d’euros à la Banque des Etats d’Afrique centrale (Beac) entre 2004 et 2009, selon un rapport interne de la banque obtenu lundi par l’Afp.

"Au stade actuel des investigations, le montant total des détournements (...) s’élève" à 16,5 milliards de Fcfa (25 millions d’euros), indique le rapport daté du 24 octobre et publié le 29 par la Beac.

Ces détournements, enregistrés au Bureau extérieur de la Beac à Paris (Bep), ont été "opérés au moyen de chèques, virements, retraits en espèces et titres de transport", ajoute-t-il.

"Il s'en sont donnés à coeur joie"

"On dénombre en tout 858 chèques et 6 virements frauduleux au profit de 101 bénéficiaires, 1.306 retraits en espèces frauduleux et 38 bénéficiaires de titres de transport aériens frauduleux", est-il précisé. Selon le rapport, Armand Ndzamba, comptable au Bep de 1992 à 2009, est le "principal homme orchestre de ces fraudes".

Les sommes détournées, provenant essentiellement du siège de la Beac à Yaoundé, étaient destinées au fonctionnement du Bep et au règlement des factures pour le compte de la Beac.

"Très mal suivies", ces sommes ne correspondaient pas aux besoins réels du Bep et ont "suscité un tel appétit chez les fraudeurs qu’ils s’en sont donnés à cœur joie", souligne le rapport qui estime que le dispositif de contrôle interne de la banque est "très loin des standards internationaux".

Silence des hauts responsables

Les enquêteurs déplorent le silence de plusieurs hauts responsables de la Beac qui n’ont "pas attiré l’attention sur les dérives" du Bep, citant notamment le cas des Gabonais Jean-Félix Mamalépot, gouverneur de la Beac de 1989 à 2007 et de son successeur Philibert Andzembé.

Le 24 septembre, la Beac avait admis le détournement de 22 millions d’euros dans une interview de M. Andzembé au quotidien gabonais «  Gabon Matin  ».

Le comité des ministres des Finances de la Beac a décidé le 29 octobre de maintenir M. Andzembé jusqu’à la désignation de son successeur, prévue en novembre.

Source : jeuneafrique.com

lundi, 19 octobre 2009

Exclusif | Rebondissements dans l'affaire BEAC

18/10/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Marwane Ben Yahmed


La cover du Jeune Afrique annonçant le scandaleLa cover du Jeune Afrique annonçant le scandale© JeuneAfrique.com

Nouveau rebondissement dans l'affaire du scandale de la Beac : deux des principaux protagonistes ont été arrêtés par la police gabonaise à Libreville.

Il s'agit d'Armand Brice Ndzamba et de Maurice Moutsinga, respectivement ex-comptable du bureau parisien de l'établissement et ancien directeur central de comptabilité au siège de Yaoundé. L'état gabonais va officiellement déposer une plainte, dans le but de faire toute la lumière sur cette affaire qui éclabousse l'institution d'Afrique centrale. L'actuel gouverneur Philibert Andzembé, lui-même mis en cause, devrait être retiré. Ali Bongo Ondimba, nouveau chef de l'Etat gabonais, proposera un candidat qui achèvera le mandat d'Andzembé. Il pourrait s'agir du ministre gabonais délégué a l'économie forestière et ancien du FMI, M. Barro Chambrier.

vendredi, 09 octobre 2009

Beac : tensions et soupçons

09/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Jean-Michel Meyer


Règlements de comptes à la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), après les révélations de J.A. Selon nos informations, un comité ministériel houleux de la Banque centrale s’est tenu à Paris, le 28 septembre, à la veille d’une réunion de la zone franc à Bercy. Tous les responsables du bureau extérieur de la Banque, basé à Paris, seront entendus. Ils devront expliquer comment 15 milliards de F CFA – 19 milliards (30 millions d’euros) selon nos calculs – se sont évaporés. Ainsi en ont décidé les ministres de l’Économie et des Finances de la sous-région, qui composent le comité ministériel. Ironie du sort, ils s’étaient donné rendez-vous au 48, avenue Poincaré, à Paris, dans l’hôtel particulier qui abrite le bureau extérieur de la Beac.

Essimi Menye, ministre camerounais des Finances et président en exercice du comité ministériel de l’Union monétaire d’Afrique centrale (Umac), serait l’un des plus ardents avocats de cette opération mains propres. « Nous avons porté plainte auprès de la justice française. Et l’affaire a un relais judiciaire au Gabon, où le ministère de la Justice a saisi un magistrat », a précisé Philibert Andzembé, le gouverneur de la Beac, lors de la réunion des ministres des Finances de la zone franc.

Plusieurs personnalités pourraient bientôt passer sur le gril de la justice. Jean-Félix Mamalepot, l’ancien gouverneur de la Beac (1990-2007), qui vit entre la France et le Gabon, est en ligne de mire. Tout comme l’homme clé de l’affaire, Armand Brice Ndzamba, le comptable du bureau parisien (1994-2009), réfugié dans son village natal au Gabon, et son officier traitant de l’époque, Maurice Moutsinga, ancien directeur de la comptabilité et du contrôle budgétaire au siège de la Beac à Yaoundé (2000-2007). Devraient également être entendus : Philibert Andzembé, Rigobert Roger Andely, vice-gouverneur de la Beac depuis 2005, et, surtout, Gata Ngoulou, ministre tchadien des Finances et ex-secrétaire général de la Beac (1998-2008).

Les dirigeants de la Beac paraissent tout aussi préoccupés de découvrir qui est à l’origine des fuites dans J.A. que d’identifier les responsables des détournements. La question de l’identité des informateurs a animé le comité ministériel du 28 septembre. Tout le monde suspecte tout le monde. « Ces informations portent un grand tort à l’institution. Seule une profonde mésentente au plus haut niveau de la Banque a permis la fuite d’informations », lance-t-on à Bercy. Sans doute moins que l’ampleur des malversations elles-mêmes ! Le climat au sein de la Banque est délétère. Au premier rang des suspects, la Guinée équatoriale. « Maintenant, tous les coups sont permis », lâche Mahamat Mustapha, l’un des trois conseillers du gouverneur de la Beac, lui-même victime d’attaques sur son patrimoine.

mercredi, 30 septembre 2009

BEAC : les vérités d'Andzembé

28/09/2009 | Jeune Afrique | Par : François Soudan


Un des rapports sur l'affaire, celui du Contrôle général de la BeacUn des rapports sur l'affaire, celui du Contrôle général de la Beac© DR

Démentant (a posteriori) notre éditorial de la semaine dernière, qui s’étonnait de l’assourdissant silence de la direction de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac), concernant les révélations parues dans J.A. n° 2540 sur les détournements de fonds massifs survenus en son sein, le gouverneur Philibert Andzembé s’est livré, les 21 et 22 septembre, à un exercice de communication soigneusement calibré – à défaut d’être tout à fait convaincant.

Un communiqué officiel de quatre pages, suivi d’une longue interview à la une de l’officieux Cameroon Tribune et d’une autre dans Gabon Matin pour expliquer en substance que si un terme a, en définitive, été mis à ce hold-up scandaleux (dont il ne nie pas l’existence – comment le pourrait-il ?), c’est parce qu’il a, lui, agi dès qu’il en a eu connaissance, stoppant ainsi cette « dynamique innommable » (sic) qui « saignait les ressources de la Beac ».

Au passage, le gouverneur tient à préciser que sa démarche – son « outing » – « ne se situe nullement dans le cadre d’une quelconque réponse à Jeune Afrique, mais bien dans celui du besoin de transparence dans la gestion de la Beac qui a toujours caractérisé [son] action ». En somme, J.A. aurait en quelque sorte volé le scoop au gouverneur, qui s’apprêtait à rendre lui-même public ce scandale. On peut toujours rêver.

« Écume de surface »

Philibert Andzembé, qui croit déceler dans notre enquête (qu’il qualifie d’« écume de surface » et de « recherche de sensationnel ») quelques pseudo-relents antigabonais (« je relève que seuls des représentants d’un État sont indexés, […] il faudrait se demander pourquoi »), ignorerait-il qu’il figure lui-même en tête de la liste des quatorze personnalités dont le comité d’audit (indépendant) de la Beac réclame l’audition ? Dans ce cadre, le gouverneur aura, en ce qui le concerne, à répondre aux questions suivantes – parmi d’autres:

• Dans quelles conditions a-t-il fait procéder, en décembre 2007, à la fermeture du compte ouvert au nom du Bureau extérieur de Paris (BEP) auprès de la Société générale et à l’ouverture d’un nouveau compte auprès de la BNP Paribas ? Où sont les instructions données par le siège au BEP ? Que disent les lettres échangées avec la Société générale et la BNP ? « Elles sont introuvables », s’étonne la Direction générale du Contrôle général de la Beac dans un rapport de juillet 2009, qui juge le fait « pour le moins curieux ».

• Pourquoi M. Andzembé, entré en fonctions en juillet 2007, a-t-il attendu un an pour remplacer son délégué au BEP, seize mois pour suspendre le comptable Ndzamba, dix-sept mois pour porter plainte, alors qu’il disposait dès son arrivée d’au moins trois rapports très alarmants sur le fonctionnement du BEP ?

• Pourquoi a-t-il avalisé les conclusions des missions de la Direction centrale de la comptabilité de juillet et novembre 2008, qu’il a lui-même décidées et encadrées, et qui ont débouché sur une minimisation considérable des pertes douteuses enregistrées en 2007 et 2008 sur le compte BNP Paribas du BEP (181 millions de F CFA, selon la Direction de la comptabilité, 2,3 milliards, en réalité !) ?

• Pourquoi le circuit des approvisionnements de fonds sans commune mesure avec les besoins, suite à des demandes souvent frauduleuses émanant du BEP, a-t-il continué de fonctionner sous son gouvernorat, et ce jusqu’à la fin de 2008 (plus de 6 millions d’euros entre juillet et décembre 2007, plus de 7 millions d’euros en 2008 dont 1,5 million pour le seul mois de mars) ? C’est moins, certes, que sous l’ex-gouverneur Mamalepot, mais cela mérite tout de même éclaircissement.

• Pourquoi enfin l’anomalie qui a rendu possible ce hold-up, à savoir la « sanctuarisation » d’un BEP relevant exclusivement du gouverneur et échappant au champ ordinaire des investigations du contrôle général de la Beac, n’est-elle pas relevée par Philibert Andzembé ?

Séparation des nationalités

Quant au « tropisme » antigabonais que le gouverneur a cru relever dans nos colonnes, il n’est pas inutile de rappeler que nous n’avons fait que citer le point 5.7 des recommandations du comité d’audit de la Beac, en date du 22 mai 2009 : « Les affinités nationales ont joué un rôle important dans les dérives constatées au Bureau extérieur. Ayant constaté que le gouverneur, le directeur de la comptabilité, le directeur adjoint de la comptabilité, le comptable du Bureau extérieur étaient de la même nationalité, le comité d’audit préconise de porter une attention particulière à la séparation des nationalités, parallèlement à la séparation des fonctions. »

Manifestement très préoccupé par l’origine des documents confidentiels dont J.A. a bénéficié (« un problème d’éthique »), lesquels seraient « de nature à entamer la crédibilité de [la] banque » – comme si le scandale ne résidait pas dans les détournements, mais dans le fait que nous les aurions révélés –, le gouverneur Andzembé chercherait-il à s’exonérer de toute responsabilité administrative et morale ? C’est probable. Ce que l’on comprendrait mal, en revanche, c’est que les chefs d’État des pays membres de la Banque, comptables in fine de l’argent public détourné, ne saisissent pas l’occasion de leur prochain sommet de Bangui pour prendre les mesures qui s’imposent – si douloureuses soient-elles.

lundi, 28 septembre 2009

Le Lac Tchad, un projet qui prend l'eau

28/09/2009 | Jeune Afrique | Par : Georges Dougueli

Comment sauver le lac Tchad de l’assèchement qui menace la survie de près de 30 millions de riverains ? Les pays concernés avaient trouvé une idée géniale… en théorie. Réunis dans le cadre de la Commission du bassin du lac Tchad (CBLT), le Cameroun, le Niger, le Nigeria, la République centrafricaine et le Tchad avaient imaginé de creuser un canal de 1 350 km destiné à dévier une partie du cours de l’Oubangui – un affluent du fleuve Congo – pour alimenter le lac Tchad.

Hélas, le sort semble s’acharner sur ce projet. Le cours d’eau pourvoyeur subit lui-même des étiages qualifiés de « sévères » par Benjamin Ndala, le secrétaire général de la Commission internationale du bassin du Congo-Oubangui-Sangha (Cicos), une organisation chargée par la Communauté économique des États de l’Afrique centrale (Ceeac) de défendre les intérêts des pays « donneurs ».

La baisse du niveau des eaux a réduit la navigabilité de l’Oubangui à 145 jours en moyenne par an. Conséquence des guerres qui ont ravagé les deux Congos et la République centrafricaine, les stations de mesure ont été détruites. « Les experts de la CBLT ne disposaient donc d’aucun instrument pour savoir si l’Oubangui avait encore assez d’eau pour pouvoir alimenter le lac Tchad », explique Ndala. En outre, les études de la CBLT n’auraient pas tenu compte des incidences du projet sur le barrage d’Inga, en RD Congo.

Alors que le lac Tchad a été le plus grand de la planète il y a 21 000 ans, sa superficie est passée de 25 000 km2 en 1963 à 2 500 km2 en 2008. En cause : l’avancée du désert, la chute de la pluviométrie et le développement de l’irrigation.

Lorsque, en 2002, le projet a été présenté aux chefs d’État de la Ceeac réunis à Malabo, en Guinée équatoriale, le spectre du désastre écologique avait paru s’éloigner. Après une session de travail à Douala, le 10 septembre dernier, les experts de la CBLT ont estimé le coût des travaux à 19,6 milliards de F CFA (29,9 millions d’euros). L’ennui, c’est que les « donneurs » ne sont pas près de sauter le pas. « L’accord de la RD Congo portait sur les études d’impact, non sur la faisabilité du projet lui-même », précise Ndala. Les pays du bassin du Congo ont beau disposer de l’un des plus grands bassins hydrologiques du monde, ils craignent que leurs ressources en eau douce soient loin d’être illimitées.

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