samedi, 16 janvier 2010
FRANCE
Avalanche de réactions suite à l’agression de Rayhana
Marie Conquy, le samedi 16 janvier 2010
Ereintée par ses rendez-vous avec la presse et les policiers, Rayhana a annulé l’entretien qu’elle devait avoir hier avec la secrétaire d’Etat à la Famille, Nadine Morano. « Elle a encore trois représentations de sa pièce à assurer, une ce soir (hier) et deux demain (aujourd’hui) et elle veut absolument le faire dans de bonnes conditions », a indiqué son attachée de presse. Si l’auteur d’origine algérienne met un point d’honneur à poursuivre son spectacle, c’est pour montrer à ses agresseurs qu’elle n’a « pas peur d’eux » dans un pays « où il y a une liberté d’expression ».
Cette artiste féministe de 45 ans a été aspergée d’essence mardi soir alors qu’elle se rendait à la Maison des Métallos à Paris, où elle joue sa pièce, A mon âge, je me cache encore pour fumer, un texte d’une grande liberté de ton, particulièrement incisif à l’égard des hommes. « Deux hommes sont venus et m’ont tenu par-derrière. J’avais la tête baissée et j’ai reçu une giclée sur le visage. J’étais aveuglée. J’ai reconnu l’odeur de l’essence. Une braise a touché mon bonnet et j’ai couru », a raconté la comédienne qui bénéficie depuis d’une protection policière. Rayhana avait déposé plainte quelques jours plus tôt à la suite de menaces verbales.
Rassemblement aujourd’hui
Le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, a exprimé « tout son soutien et sa sympathie » à la dramaturge ainsi que son « admiration » pour son courage. « Nous condamnons avec la plus grande fermeté l’agression odieuse » dont Rayhana a fait l’objet, a déclaré le porte-parole du ministère des Affaires étrangères.
Cet acte « nous rappelle malheureusement que la lutte pour l’émancipation des femmes et contre l’obscurantisme est toujours d’actualité », a indiqué la secrétaire d’Etat à la Ville, Fadela Amara. Christophe Girard, adjoint à la culture à la Ville de Paris, a pour sa part estimé qu’il fallait éviter « tout amalgame et toute conclusion hâtive » concernant cette affaire.
La Société des auteurs et compositeurs dramatiques (SACD) a déploré avant-hier que « la liberté d’expression et de création » soit « encore menacée en France en 2010 », alors que l’association féministe Ni putes ni soumises a appelé à un rassemblement aujourd’hui devant la Maison des Métallos.
« Nous dénonçons les intégristes qui mettent la pression autour de cette pièce. Cette agression nous rappelle de très mauvais souvenirs », indiquait hier l’association à France-Soir. La section antiterroriste de la brigade criminelle a été chargée de l’enquête.
Mohamed Sifaoui, spécialiste de l’idéologie et du terrorisme islamiste :
“Les intégristes estiment que le mécréant doit être brûlé par le feu de l’enfer”
Journaliste, écrivain et réalisateur algérien installé en France, Mohamed Sifaoui réagit dans France-Soir à l’agression dont a été victime Rayhana et explique la symbolique de cet acte.
FRANCE-SOIR. Quelle a été votre réaction à la suite de l’agression de Rayhana ?
MOHAMED SIFAOUI. J’étais consterné mais pas du tout surpris lorsque je l’ai appris car j’ai moi-même été attaqué à deux reprises dans ce quartier, en raison de mes enquêtes et de mes prises de position. C’est la même chose chaque fois qu’une voix discordante casse un nombre de tabous et dit des choses qui ne sont pas dans la norme de ces intégristes. Rayhana est une comédienne donc son agression est médiatisée mais il y a beaucoup d’inconnues qui subissent la même chose et dont on ne parle pas.
Selon vous, ce n’est donc pas un acte isolé ?
Tout à fait. C’est une triste réalité mais la rue Jean-Pierre-Timbaud (XIe arrondissement de Paris) est un territoire qui n’appartient plus à la République. Cela fait plusieurs années que j’essaie d’alerter l’opinion publique et la classe politique sur l’état d’esprit qui règne dans ce quartier, en vain. Personne ne fait rien alors que l’on sait depuis bien longtemps que la mosquée située dans la rue est fréquentée par des intégristes, mais aussi par des terroristes. Faut-il attendre qu’il y ait mort pour bouger ?
Comment peut-on expliquer ce type d’agression ?
Les islamistes détestent les femmes émancipées, non voilées. C’est une pratique relativement courante chez eux que de chercher à défigurer ces femmes pour toucher à leur intégrité physique, à leur beauté, car la femme, son corps, son visage, revêt une symbolique très forte. Comme dans toutes les religions, les intégristes musulmans estiment que le mécréant doit être brûlé par le feu de l’enfer. Le sentiment d’attirance-répulsion qu’ils ont à leur égard fait qu’ils développent une haine incommensurable quand une femme est libre, que ce soit dans sa parole ou dans sa tenue.
Elles ont été brûlées vives
Kavidah Bala, 29 ans, est aspergée d’essence par son mari dans un square de Meaux (Seine-et-Marne) à la fin du mois de novembre dernier. Brûlée vive à 70 %, elle est toujours dans le coma. Son époux a été mis en examen et écroué pour « tentative d’assassinat ».
Fatima Z., 22 ans, est brûlée vive dans une cave d’Oullins (Rhône) le 1er juillet 2009. Son frère, Mohammed, 17 ans, est mis en examen pour homicide volontaire et écroué. Il est accusé de l’avoir étranglée avant de mettre feu à son corps. Décrit comme un garçon « violent », il n’aurait pas accepté le mode de vie de sa sœur aînée.
Shérazade Belayni est brûlée vive par un Pakistanais qu’elle refusait d’épouser. Le 13 novembre 2005, à Neuilly-sur-Marne (Seine-Saint-Denis), Mushtaq Amer Butt heurte volontairement la jeune femme de 18 ans avec sa voiture, l’asperge d’essence et met le feu à ses cheveux. Shérazade est sauvée par des riverains, mais l’agression lui a laissé d’importantes séquelles physiques et psychiques. L’an dernier, son agresseur a été condamné à vingt ans de réclusion.
Sohane Benziane meurt par immolation à l’âge de 17 ans. Le 4 octobre 2002, elle est découverte inanimée, grièvement brûlée dans un local à poubelles de Vitry-sur-Seine (Val-de-Marne). Elle succombe peu de temps plus tard à l’hôpital. Son meurtrier, décrit comme un caïd de la cité, a été condamné en 2006 à vingt-cinq ans de prison pour « actes de torture et de barbarie ayant entraîné la mort sans intention de la donner ».
Source : francesoir.fr
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