mardi, 05 janvier 2010
MAURITANIE
Terrorisme : l'opposition dénonce une "dérive dictatoriale"
Ahmed Ould Daddah juge que certains amendements du projet de loi sont contraires à la loi islamique© AFP L'opposition mauritanienne a vivement critiqué lundi les amendements à la loi antiterroriste, qui doivent être soumis au Parlement, dénonçant une "dérive dictatoriale visant à légitimer des violations des droits et des libertés".
Le président de la Coordination des forces de l'opposition démocratique (Cfod) Ahmed Ould Daddah a fustigé "une dérive dictatoriale (. . . ) visant à légitimer des pratiques de violations des droits et des libertés des citoyens à travers ces amendements, dont certains sont contraires à la loi islamique".
Lors d'une conférence de presse, M. Ould Daddah, accompagné des autres leaders de l'opposition, a souligné que les amendements autorisaient "des violations graves de l'intimité des foyers et la séquestration et l'emprisonnement des mineurs qui sont protégés par la charia".
Fin de la prescription
Le projet de loi autorise notamment les écoutes téléphoniques et supprime la prescription en matière de terrorisme.
Ces deux dernières années, des combattants islamistes de la mouvance d'Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi) ont multiplié les attaques meurtrières et les enlèvements d'Occidentaux en Mauritanie.
Le gouvernement mauritanien a introduit des amendements à la loi antiterroriste de 2005 après les rapts de trois humanitaires espagnols le 29 novembre et de deux touristes italiens en décembre sur le sol mauritanien.
Mais pour le chef de l'opposition, "le seul objectif" du projet de loi "est de donner un caractère légal aux violations, à la confiscation des libertés et au pouvoir personnel" en place en Mauritanie.
Trouver une "formule consensuelle"
Le responsable de la coordination des principaux partis de l'opposition a en conséquence appelé le Parlement à surseoir à la délibération sur ce projet de loi jusqu'à ce que "nous trouvions une formule consensuelle".
L'Assemblée nationale doit examiner dans les jours prochains le projet qui ira ensuite au Sénat. Le président de la République, Mohamed Ould Abdelaziz, qui dispose d'une majorité au Parlement, doit ensuite promulguer la loi.
Mi-décembre, le gouvernement avait justifié ce renforcement de la législation antiterroriste.
"Le présent projet de loi vise à combler les insuffisances constatées dans la législation nationale en matière de lutte contre le terrorisme et à adapter celle-ci aux exigences d'une réponse appropriée à ce fléau", avait indiqué le ministre mauritanien de la Défense, Hamadi Ould Hamadi.
Renforcer de la coppération avec les autres pays
Selon le ministre, la nouvelle législation permettra de placer les suspects sur écoute téléphonique, de fouiller leur domicile "à tout moment", alors que la loi en vigueur interdit les perquisitions au-delà de 22 heures.
Le principe de la "prescription" en matière de terrorisme sera abandonné dans la nouvelle loi. "Les actes criminels très anciens, vieux de plus de 20, 30 ans, pourront encore être poursuivis et punis", avait précisé le ministre.
La nouvelle législation renforce également la coopération entre la Mauritanie et les autres pays, notamment pour des échanges d'informations et pour l'extradition de suspects et criminels.
Publié le 05/01/2010 | AFP
11:10 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mauritanie, politique, justice, terrorisme, aqmi, ahmed ould daddah
lundi, 09 novembre 2009
Le parti au pouvoir renforce son emprise sur le Sénat
L'UPR a obtenu dimanche 12 sièges sur les 17 qui étaient à pourvoir© AFP Le parti au pouvoir en Mauritanie, l'Union pour la République (UPR) a obtenu dimanche une très large victoire aux élections pour le renouvellement du tiers du Sénat, a-t-on appris de source officielle.
Avant cette élection, la plupart des sénateurs (45 sur 56) soutenaient déjà le régime de Mohamed Ould Abdel Aziz, porté au pouvoir par un coup d'Etat militaire en août 2008 puis élu à la présidence en juillet 2009.
L'UPR a obtenu dimanche 12 sièges sur les 17 qui étaient à pourvoir, selon les résultats définitifs de la sénatoriale partielle, communiqués à l'AFP par le ministère de l'Intérieur.
Battue partout, l'opposition perd notamment Boutilimitt (centre ouest), fief du président du Rassemblement des forces démocratiques (RFD) Ahmed Ould Daddah.
Tout au long de la campagne, les principaux partis d'opposition avaient dénoncé les "fortes pressions" exercées selon eux par le pouvoir sur les conseillers municipaux (qui choisissent le sénateur de leur circonscription).
Alliance stratégique
Le parti islamiste modéré Tewassoul, dirigé par Jemil Ould Mansour, remporte un siège à Nouakchott où il avait fait le choix de s'allier au parti au pouvoir.
Malgré cette alliance ponctuelle avec le régime, ces islamistes se placent cependant toujours dans l'opposition. Ils justifient leur attitude par leur volonté de "se positionner suivant les intérêts politiques" du parti.
Un parti de la majorité présidentielle, l'Union pour la démocratie et le progrès (UDP) de la ministre des Affaires étrangères Naha Mint Mouknass, remporte un siège à à Kaédi (sud).
Le parti au pouvoir se trouve par ailleurs en ballotage favorable dans une circonscription, où un second tour sera organisé dans une semaine.
Il est cependant battu par deux listes "indépendantes" qui décrochent deux sièges.
Un 18e sénateur, représentant les Mauritaniens en Afrique, sera élu plus tard par ses pairs.
17:07 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mauritanie, élection, ahmed ould daddah, rfd, sénat
jeudi, 10 septembre 2009
Mauritanie : ramadan béni pour Abdelaziz
Une épicierie dans le quartier d'El-Mina, à Nouakchott© DR Un mois après son élection, le chef de l’État est en roue libre ; l’opposition a perdu de sa combativité, le climat politique est apaisé et les baisses des prix qu’il a imposées à l’occasion du mois du jeûne renforcent un peu plus sa popularité.
Pour Mohamed Ould Abdelaziz, le ramadan est béni à plus d’un titre. En quête de légitimité au lendemain de son putsch du 6 août 2008, l’ex-général avait profité de ce mois d’explosion de la consommation alimentaire pour imposer une baisse importante des prix du sucre, du riz, de l’huile, des pâtes. Un petit geste à l’endroit des plus démunis qui n’a pas été étranger aux aimables surnoms dont l’ont ensuite gratifié les Mauritaniens : le « Chávez de la Mauritanie », le « président des pauvres », ou encore le « Guide ».
Un an et une victoire électorale plus tard – à l’issue de la présidentielle du 18 juillet dernier –, « Aziz » entame son mandat en renouvelant l’expérience. Depuis le 21 août, les foyers peuvent s’approvisionner en produits de première nécessité à des prix défiant toute concurrence (les baisses vont jusqu’à 45 %) dans plus de six cents échoppes réparties sur tout le territoire. Celui qui a toujours juré que le sort des moins bien lotis était sa seule préoccupation montre ainsi qu’il tient ses promesses de campagne… soignant au passage sa cote de popularité.
Mais hormis l’opération « spécial ramadan », rares sont les mesures économiques concrètes, aux résultats immédiats, depuis l’investiture du chef de l’État, le 5 août. Après quasiment un an de campagne électorale (entre le putsch du 6 août 2008 et la présidentielle du 18 juillet 2009), Aziz a levé le pied. La Mauritanie ne vit plus au rythme des inaugurations, des poses de premières pierres et des visites du « raïs » dans les quartiers populaires. Torpeur du ramadan oblige, bien sûr. Il faut aussi du temps au nouveau gouvernement, nommé le 11 août, pour prendre ses marques. Mais, surtout, Aziz, élu, n’est plus en compétition. « Il est plus serein », observe un journaliste.
Une certaine lassitude
Et pour cause. Son aiguillon, l’opposition, s’est quasi dissous. Pendant un an, le Front national pour la défense de la démocratie (FNDD), hostile au coup d’État et favorable au retour dans ses fonctions du président déchu, Sidi Ould Cheikh Abdallahi, s’est opposé à l’installation au pouvoir d’Aziz et à l’organisation d’une élection considérée comme une mascarade pour légitimer un putschiste. Un antagonisme qui a exacerbé les positions des deux camps et stimulé l’action politique. Mais, depuis le 18 juillet, les colères d’un Ahmed Ould Daddah, chef statutaire de l’opposition et leader du Rassemblement des forces démocratiques (RFD), ou d’un Messaoud Ould Boulkheir, président de l’Assemblée nationale et figure de proue des « anti-Aziz », se sont tues. Tous deux candidats à la présidentielle, ils ont bien contesté, avec d’autres concurrents défaits (notamment l’ancien chef de l’État Ely Ould Mohamed Vall), les résultats qui donnaient Aziz gagnant au premier tour, avec 52,47 % des voix. Le 28 juillet, ils ont exigé la mise sur pied d’une commission d’enquête pour faire la lumière sur les nombreuses irrégularités du scrutin. Mais un mois plus tard, ladite commission n’a toujours pas vu le jour, et ceux qui l’ont appelée de leurs vœux ne montent plus au créneau pour la réclamer. Pas plus qu’ils n’organisent de manifestations, comme ils ont pourtant su le faire pendant un an. Leur contestation, Ahmed Ould Daddah et Messaoud Ould Boulkheir l’ont pour la dernière fois exprimée par défaut, en boycottant, le 5 août, l’investiture de leur bête noire.
Une certaine lassitude a probablement gagné ces deux opposants, qui, déjà dans les années 1990, s’insurgeaient contre le régime de Maaouiya Ould Taya (au pouvoir de 1984 à 2005). « Il faut peut-être une trêve et accepter de composer, de cohabiter sous une forme ou sous une autre », se résignait Messaoud Ould Boulkheir, quatre jours après le scrutin. Et d’invoquer la stabilité du pays et l’impératif de non-violence pour justifier sa réflexion. Autre explication : une fois le combat contre Aziz perdu, le couple Ould Daddah - Ould Boulkheir, qui a toujours connu des relations orageuses, n’est plus lié par un ennemi commun ; les intérêts personnels reprennent le dessus. En tant que président de l’Assemblée nationale, Messaoud Ould Boulkheir, 66 ans, pourra jouer un rôle dans l’hémicycle à compter de la rentrée parlementaire. Du même âge, Ahmed Ould Daddah avait quant à lui annoncé avant le vote qu’il prendrait sa retraite en cas de défaite.
Mais après un an de guerre politique, les Mauritaniens n’ont plus l’habitude des climats apaisés. D’autant qu’Aziz avait donné des accents belliqueux à sa campagne, promettant de nettoyer le pays des prévaricateurs en tout genre qui le dépècent depuis des décennies. Mais aucune chasse aux sorcières n’a commencé. « On s’attendait à un début en rupture, et c’est un début en douceur », s’étonne, un rien déçu, un partisan de l’ex-général. Si l’on excepte la présence d’une femme aux Affaires étrangères (Naha Mint Mouknass), le gouvernement, à la tête duquel le Premier ministre de la junte, Moulaye Ould Mohamed Laghdaf, a été reconduit, est généralement jugé terne et non politique. Peu de nominations ont eu lieu dans les administrations, sinon à la tête de la Société nationale d’importation et d’exportation (Sonimex) et de la Commission centrale des marchés. Quant à son cabinet, Aziz ne l’a pas encore constitué, gardant auprès de lui les hommes qui l’entouraient avant l’élection.
Lutte contre le terrorisme
Dans l’attente d’un dégel de l’aide extérieure – de l’Union européenne et de la Banque mondiale notamment –, suspendue pour cause de coup d’État, l’équipe au pouvoir n’a pas encore les coudées franches pour lancer les travaux promis sur tous les fronts : santé, éducation, infrastructures, éradication de la corruption… Pourtant, les dossiers urgents ne manquent pas, comme la lutte contre le terrorisme : le 8 août, un kamikaze mauritanien s’est fait exploser devant l’ambassade de France, en plein Nouakchott. Seule victime de l’attentat, il a fait naître la peur dans un pays jusqu’alors épargné par le phénomène incontrôlable des attaques-suicides. Depuis, les contrôles des forces de sécurité ont été renforcés dans la capitale, de jour comme de nuit. Une façon pour le pouvoir de montrer qu’il maîtrise la situation. Indispensable s’il veut se maintenir en place, car c’est notamment la combinaison du terrorisme et de l’immobilisme du gouvernement qui avait coûté sa place à Sidi Ould Cheikh Abdallahi. Quinze mois après son élection.
18:45 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mauritanie, opposition, mohamed ould abdelaziz, ahmed ould daddah, messaoud ould boulkheir





