mardi, 15 décembre 2009

Copenhague: Merkel se dit "nerveuse"

AFP, 15/12/2009

La chancelière allemande Angela Merkel s'est déclarée aujourd'hui "quelque peu nerveuse" devant le risque d'un échec au sommet sur le climat à Copenhague.


"Nous savons qu'il reste peu de temps" pour trouver un accord contraignant, a déclaré la responsable conservatrice après une rencontre avec le président indonésien Susilo Bambang Yudhoyono à Berlin. "Je ne vais pas cacher que je suis quelque peu nerveuse (de savoir) si nous allons tout réussir", a-t-elle répondu à un journaliste qui lui demandait quels étaient ses espoirs de parvenir à un accord limitant les émissions de CO2.


Merkel a appelé les pays industrialisés et en développement à apporter une "contribution constructive" à l'obtention d'un accord. Elle a plaidé à nouveau pour une agence internationale de l'environnement comme organe de contrôle des résultats de Copenhague.


Le président indonésien a rappelé que les négociations sur le climat qui se sont tenues à Bali en 2007 avaient aussi été au point mort pendant plusieurs jours avant de déboucher sur un accord. "Nous avons besoin d'un accord à Copenhague qui puisse être appliqué l'an prochain", a-t-il dit, appelant à saisir la "fenêtre d'opportunité" ouverte à Copenhague.


samedi, 28 novembre 2009

Angela Merkel lâche son ministre du Travail

De notre correspondant à Berlin, Patrick Saint-Paul (lefigaro.fr), 27/11/2009



L'ancien ministrede la Défense du précédent gouvernement allemand Franz-Josef Jung (ici au côté d'Angela Merkel jeudi au Bundestag), a été contraintde démissionner.
L'ancien ministrede la Défense du précédent gouvernement allemand Franz-Josef Jung (ici au côté d'Angela Merkel jeudi au Bundestag), a été contraintde démissionner. Crédits photo : AP


Franz-Josef Jung était accusé d'avoir mal géré la récente bavure de l'armée allemande en Afghanistan.

Confrontée à sa première grosse tempête depuis la formation de son nouveau gouvernement de centre droit, Angela Merkel s'est finalement résolue à lâcher son ministre du Travail, Franz-Josef Jung. Éclaboussé par les révélations du quotidien Bild, concernant sa mauvaise gestion de la bavure de la Bundeswehr en Afghanistan, début septembre alors qu'il était ministre de la Défense du précédent gouvernement, Jung a jeté l'éponge, vendredi. Sa situation était devenue intenable. Les explications de Jung devant le Parlement n'avaient convaincu ni son parti, la CDU, ni l'opposition qui réclamait bruyamment sa démission.

 

Mercredi, l'actuel ministre de la Défense, Karl-Theodor zu Güttenberg, avait laissé exploser sa colère en découvrant dans Bild l'existence d'un rapport interne de l'état-major de l'armée tenu secret par la précédente administration. Contrairement à son prédécesseur, qui a fait preuve de laxisme dans cette affaire, il en a immédiatement tiré les conséquences. Jeudi, Güttenberg a annoncé la démission du chef d'état-major, Wolfgang Schneiderhan, et du secrétaire d'Etat à la Défense, Peter Wichert. Le Bundestag a alors réclamé des explications à Jung, qui s'est enfoncé dans ses tentatives de se disculper. Jusqu'à être englouti par le scandale. «Ce matin, j'ai informé la chancelière que je lui remettais mon poste de ministre du Travail, a déclaré Jung, vendredi. J'assume ainsi la responsabilité pour la politique d'information du ministère de la Défense.»

 

Le document daté du 4 septembre au soir faisait état de victimes civiles dans le bombardement de deux camions-citernes près de Kunduz, ordonné par le contingent allemand le même jour. Contrairement aux déclarations de Jung et de l'état-major allemand, qui ont continué d'affirmer jusqu'au 8 septembre que tous les tués étaient des talibans.

 


La chancelière critiquée

Le colonel Georg Klein, qui commandait l'appui aérien, avait expliqué craindre que les insurgés n'utilisent les véhicules comme bombes roulantes. Le rapport contredisait aussi la thèse officielle, selon laquelle la cible avait été clairement identifiée comme des combattants talibans.

 

Pour sa défense, Jung a cité devant les députés allemands un rapport envoyé par l'état-major régional de Mazar-e-Charif dans lequel des officiels afghans indiquaient que les victimes étaient «exclusivement des talibans». Le document est arrivé à l'état-major de la mission afghane de Potsdam en même temps qu'un autre rapport de la police militaire allemande dépeignant un tout autre tableau, bilan hospitalier et DVD des frappes à l'appui. Jung admettra finalement, vendredi matin, qu'il n'a pas lu ce document. Dès lors l'opposition juge qu'il a commis une faute grave. Soit il a dissimulé la vérité à l'opinion, alors que le déploiement en Afghanistan est impopulaire. Soit il n'a réellement pas pris connaissance du rapport. Dans les deux cas, elle le jugeait inapte à remplir des fonctions de ministre.

 

L'affaire tombait d'autant plus mal, que les députés étaient réunis pour examiner en première lecture la prolongation d'un an du mandat de la Bundeswehr en Afghanistan. Dans un premier temps, la chancelière avait espéré pouvoir le sauver en laissant passer l'orage. Merkel avait déjà repêché Jung en lui offrant le ministère du Travail dans son deuxième gouvernement. Merkel considérait Jung comme son ministre le plus loyal. Proche de Roland Koch, vice-président de la CDU, Jung était issu de la très influente fédération conservatrice de la Hesse.

 

Vendredi, les critiques avaient commencé à rejaillir sur la chancelière, accusée d'avoir protégé Jung trop longtemps. Selon Andrea Nahles, secrétaire générale du parti social-démocrate (SPD), Merkel a mal géré la crise en «laissant Jung continuer à raconter n'importe quoi». Vendredi soir, la ministre de la Famille, Ursula von Der Leyen a succédé à Jung.

lundi, 23 novembre 2009

Allemagne /Qatar : La Deutsche Bahn sur les rails au Qatar

Article publié le : dimanche 22 novembre 2009

Des Qataris installés dans un compartiment de démonstration, à l'occasion du partenariat entre Qatari Diar et Deutshe Bahn, à Doha, le 22 novembre 2009.
Reuters/Fadi al-Assaad



Par RFI

La compagnie ferroviaire allemande, Deutsche Bahn, a annoncé ce dimanche la signature d'un important contrat avec le Qatar pour la construction de voies ferrées et de lignes de métro. L'émirat prévoit d'investir massivement dans les infrastructures et le groupe allemand a été choisi pour superviser ces projets.

Près de 17 milliards d'euros, c'est ce que compte investir l'émirat du Qatar pour ce qui est d'ores et déjà considéré comme l'un des systèmes de métro et de réseaux ferrés les plus modernes au monde.

Ce gigantesque chantier prévoit la construction de quatre lignes de métro dans la capitale Doha avec 300 km de rails et une centaine de stations. Il prévoit également des liaisons à grande vitesse reliant l'aéroport à Doha puis au Bahrein. En tout, 180 kilomètres de voies pour des trains pouvant rouler jusqu'à à 350 km/h.

L'émirat veut également développer ses infrastructures ferroviaires vers l'Arabie saoudite et construire des lignes pour le fret. Un projet ambitieux dont la Deutsche Bahn ne devrait toutefois assumer qu'une part. La compagnie publique allemande a ainsi décroché une partie importante des 700 millions d'euros consacrés à la planification de ce projet.

Elle a également obtenu l'exploitation du réseau qui au final, représentera un marché d'un milliard d'euros par an. Mais les travaux eux-mêmes, tout comme la construction des trains, devraient être confiés à d'autres entreprises allemandes.

jeudi, 12 novembre 2009

Allemagne : perpétuité pour le meurtrier d'une Egyptienne voilée

12/11/2009 | AFP


Alex Wiens a poignardé mortellement Marwa El Sherbini, alors enceinte de trois moisAlex Wiens a poignardé mortellement Marwa El Sherbini, alors enceinte de trois mois© AFP

Un Allemand d'origine russe de 28 ans a été condamné mercredi à la prison à perpétuité par la cour d'assises de Dresde (sud-est de l'Allemagne) pour le meurtre d'une Egyptienne voilée.

L'affaire, en juillet, avait suscité l'indignation dans le monde musulman et des manifestations de masse, en Egypte et en Iran notamment, en raison de la réaction tardive des autorités allemandes à dénoncer le crime.

La victime de 31 ans, qui était voilée et enceinte de trois mois au moment des faits, a été surnommée "la martyre au voile" par la presse égyptienne.

Protégé par une vitre blindée, le visage presque entièrement dissimulé par une capuche, Alex Wiens, qui a 29 ans jeudi, est resté impassible à l'énoncé du verdict.

Il a été reconnu coupable du meurtre de Marwa El Sherbini, le 1er juillet, poignardée en plein tribunal alors qu'elle venait témoigner contre lui dans un procès en appel où il était jugé pour insultes racistes.

Le condamné nie un acte raciste

Alex Wiens, qui passera au moins 15 ans derrière les barreaux, a reconnu les faits durant son procès, mais il a nié avoir agi par haine des étrangers.

Mercredi, lors du verdict, il était entouré par quatre gardiens, tandis que près de 200 policiers assuraient la sécurité autour du tribunal, là même où s'était déroulé le drame.

Alex Wiens a été également reconnu coupable de tentative de meurtre sur l'époux de Marwa El Sherbini, Eloui Okaz, 32 ans, qui avait été blessé au couteau en cherchant à protéger sa femme lors de l'attaque. M. Okaz avait également été blessé par balle à la jambe dans la mêlée par un policier qui l'avait pris pour l'assaillant.

Appuyé sur des béquilles, le veuf avait témoigné à l'ouverture du procès le 26 octobre, parlant notamment du traumatisme infligé à leur fils de trois ans, qui a assisté au drame.

Arrivé en Allemagne en 2003 en tant qu'"Aussiedler", ces Russes d'origine allemande venus en masse dans la patrie de leurs ancêtres après la chute de l'URSS, Alex Wiens avait reconnu le 4 novembre par l'intermédiaire de son avocat avoir "une attitude hostile envers les étrangers", mais avait affirmé avoir agi sous l'emprise de la peur plutôt que de la colère.

Le parquet avait requis la perpétuité à son encontre, estimant qu'il avait été mû par "une haine xénophobe irrépressible et sans limite".

La défense avait relevé qu'il portait toujours un couteau sur lui et qu'il avait "agi dans un état de trouble profond" excluant ainsi toute préméditation.

"Schizophrénie" ?

Une première expertise psychologique n'avait pas relevé d'éléments altérant la responsabilité du jeune homme. Les autorités russes avaient toutefois remis au tribunal un document affirmant que le jeune homme avait été exempté de service militaire pour "schizophrénie" diagnostiquée en 2000.

Près de 200 personnes ont manifesté à l'extérieur du palais de justice, appelant le gouvernement à lutter davantage contre le racisme particulièrement sur internet.

L'ambassadeur d'Egypte en Allemagne, Ramzy Ezzeldine Ramzy, qui assistait au procès, s'est félicité du verdict.

"Le fait qu'il ait reçu la condamnation maximum parle de lui même. Je pense que cela devrait satisfaire la famille et toute la population", a-t-il déclaré à l'AFP.

Alex Wiens avait rencontré sa victime pour la première fois en août 2008 lorsqu'il l'avait traitée d'"islamiste", de "terroriste" et de "salope", après qu'elle lui eut demandé si son fils pouvait utiliser la balançoire sur laquelle il était assis.

Il avait été condamné à 780 euros d'amende, mais avait fait appel.

mercredi, 11 novembre 2009

Le couple franco-allemand : un mariage de raison

Article publié le : mercredi 11 novembre 2009

Nicolas Sarkozy (g) et Angela Merkel à Bruxelles, le 30 octobre 2009.
Reuters/François Lenoir


Par Patrick Adam

Ce mercredi 11 novembre, Angela Merkel sera le premier responsable allemand à assister aux célébrations en France de l’armistice de la guerre de 1914-1918. Lundi, le président Nicolas Sarkozy était aux côtés de la chancelière lors du vingtième anniversaire de la chute du Mur de Berlin.

Hasard de l’histoire, le vingtième anniversaire de la chute du Mur a été célébré à deux jours des commémorations françaises de l’armistice, qui marquent la fin de la Première Guerre mondiale.

Une coïncidence de calendrier marquée par un déplacement des deux chefs d’Etat ou de gouvernement dans le pays voisin. Dans un cas, la chute du Mur, il s’agissait de rendre hommage à la fin de la dictature communiste et à la réunification de l’Allemagne. Dans l’autre, commémorer l’armistice et la fin de la guerre 14-18, l’exercice est plus délicat.

Sans témoins

Il aura fallu la mort des derniers « poilus », ces combattants de la Grande guerre, pour rendre possible ce rendez-vous commun. Pas d’hommage aux soldats « morts pour la France » en présence de la chancelière, ni de médaille à remettre. La participation sera réduite au minimum.

Angela Merkel se rendra en compagnie de Nicolas Sarkozy à l’Arc de triomphe pour ranimer à deux mains la flamme du soldat inconnu. Les deux responsables prononceront une courte allocution. Sitôt la cérémonie terminée, Angela Merkel repartira pour l’Allemagne.

Le refus de Schröder

C’est la première fois qu’un chancelier allemand participera en France aux cérémonies du 11 novembre. En 1998, le président Chirac avait convié Gerhard Schröder à assister au 80e anniversaire des commémorations. Mais le futur chancelier social-démocrate avait décliné l’invitation, soucieux notamment d’émanciper son pays de cette image d’éternel coupable.

La photo d’Angela Merkel et de Nicolas Sarkozy réunis pour un hommage commun en rappellera bien sûr une autre, quand, en septembre 1984, François Mitterrand et Helmut Kohl s’étaient tenu la main. Mais les deux hommes avaient choisi l’ossuaire de Douaumont à Verdun, dans l’est de la France, haut lieu des horreurs guerrières, lieu d’un cauchemar partagé par les deux camps.

Deux styles, deux politiques

Au-delà des symboles, que représente aujourd’hui le couple franco-allemand ? Le passé a prouvé que sa valeur a largement dépendu de l’entente personnelle entre les dirigeants des deux pays, et la complicité a parfois mis du temps à s’instaurer. Cette fois encore, cela semble être le cas.

Paris proclame que les relations entre le président et la chancelière n’ont jamais été aussi bonnes. Il faut dire que l’on partait de loin. Entre le fringant chef d’Etat Français, un temps incarnation du « bling-bling » tapageur et l’Allemande issue de l’ex-RDA, d’allure modeste et de caractère plus réservé, l’alliance apparaissait contre nature. La capacité du Français à tirer la couverture à soi agaçait Berlin au point que les grincements de dents s’entendaient outre-Rhin.

Deux styles différents. Rigueur budgétaire à Berlin, tandis que Paris laissait se creuser les déficits, il aura fallu la crise financière pour que, peu à peu, les points de vue se rapprochent.

Un couple ou un moteur ?

Chacune des capitales semble désormais attentive à donner des gages. Ainsi, à peine réélue chancelière, Angela Merkel est venue rendre la politesse à Nicolas Sarkozy le temps d’un aller-retour Berlin-Paris comme lui-même l’avait fait en 2007 juste après son élection.

Au-delà des échanges d’amabilités, les deux capitales insistent sur les initiatives communes, qu’il s’agisse de régulation financière, d’environnement, d’institution européenne. Après les mois de défiance, les dirigeants assurent la main sur le cœur que le moteur franco-allemand est à nouveau porteur de projets. Paris fourmille d’idées. Il est question de la création d’un poste de ministre franco-allemand qui siègerait dans l’exécutif des deux pays, ou d’un organe de coordination des politiques industrielles.

La décision pourrait être annoncée en janvier, lors de l’anniversaire du Traité de l’Elysée. Paris communique beaucoup sur la question. Berlin reste plus discrète.

Je t’aime, moi non plus

L’enthousiasme est à géométrie variable. Malgré le regain de vigueur du moteur franco-allemand, il n’est pas sûr pour autant que les deux capitales investissent au même titre. La France affirme se féliciter de voir la nouvelle coalition annoncer des baisses d’impôts, mais la question des déficits publics continue de diviser. Avec une économie en meilleure santé que celle de son voisin, l’Allemagne pourrait être tentée de faire cavalier seul en Europe, voire ne plus tellement compter sur l’UE.

D’où l’importance des symboles, et de leur affichage.

 

lundi, 09 novembre 2009

Festivités pour le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin

Par Dave Graham


BERLIN (Reuters) - L'Allemagne célèbre, en présence de nombreux dirigeants étrangers, le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, symbole de la fin de la guerre froide et de l'effondrement du communisme.

Un concert en plein air de l'opéra de Berlin, des spectacles et une grande fête à la porte de Brandebourg sont programmés dans la soirée.

Le point d'orgue des festivités, en début de soirée, sera la chute symbolique de mille dominos géants en polystyrène installés sur une portion de 1,5 km de l'ancien tracé du "mur de la honte".

La chancelière Angela Merkel, qui travaillait à l'époque comme scientifique à Berlin-Est, a rendu hommage dans un discours au courage des Allemands de l'Est qui ont contribué à la chute du Mur.

"La nuit du 9 novembre 1989 fut la réalisation d'un rêve. Beaucoup de personnes y ont contribué. Mais cela aurait été impossible sans le courage du peuple de l'ex-Allemagne de l'Est", a dit Angela Merkel, premier chancelier de l'histoire à avoir grandi à l'Est du Mur.

Elle s'était entretenue plus tôt avec la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, qui représente les Etats-Unis en l'absence du président Barack Obama.

Le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre britannique Gordon Brown et le président russe Dmitri Medvedev assisteront également aux festivités.

"Le mur est tombé. Deux Berlin ne font plus qu'un. Deux Allemagnes ne font plus qu'une. Deux Europes ne font plus qu'une", devait déclarer Gordon Brown lundi soir selon le texte de son discours à venir.

"La majesté (de l'instant) ne réside pas dans la présence d'une structure, mais dans son absence", devait-il ajouter, tout en rendant hommage à "l'esprit inébranlable" de ceux qui ont osé "rêver dans l'obscurité" du monde communiste.

De grands acteurs de l'époque sont aussi attendus dans la capitale allemande, l'artisan de la "perestroïka" Mikhaïl Gorbatchev ou encore Lech Walesa, qui mena les premiers grands mouvements de contestation anticommunistes, en Pologne à la tête du syndicat Solidarité au début des années 1980.

PUB DE GORBATCHEV, KOHL ET BUSH PÈRE

Les chaînes de télévision ont diffusé en boucle tout au long du week-end documentaires et témoignages sur ce moment historique qui bouleversa le visage de l'Europe, préluda à la réunification de l'Allemagne un an plus tard, le 3 octobre 1990, et accéléra l'implosion de l'Union soviétique, en 1991.

"Il n'y a sans doute eu aucun grand tournant aussi radical et immédiatement visible que le 9 novembre 1989", souligne le quotidien Kölnische Rundschau dans un éditorial.

"Toute personne qui se trouvait peu avant huit heures du soir à la porte de Brandebourg aurait considéré comme un rêve absurde de voir une foule de gens en haut du Mur quatre heures plus tard."

Pour contrer l'exode massif de ses ressortissants vers la capitaliste Berlin-Ouest, le régime communiste est-allemand entreprit d'ériger une "barrière de protection antifasciste" aux premières heures du 13 août 1961.

Selon une étude publiée cette année, 136 personnes au moins périrent en tentant de franchir le Mur pendant les 28 ans qui séparent cette date du 9 novembre 1989.

Plusieurs milliers, toutefois, parvinrent à échapper aux mines, aux chiens et aux gardes postés dans des miradors à l'aide d'ingénieux systèmes de tunnels, de caches aménagées dans des voitures, pour passer à l'Ouest.

La chute du mur de Berlin fut le point d'orgue de plusieurs mois de rassemblements de plus en plus massifs pour la liberté. Les premiers exodes d'Allemands de l'Est avaient eu lieu durant l'été via la frontière hongroise avec l'Autriche.

Elle a débouché sur l'ouverture au capitalisme, ce que déplorent encore certains Allemands. Plusieurs centaines de manifestants anarchistes ont manifesté samedi contre la "fausse liberté" du modèle économique libéral.

Dans un sondage réalisé par le quotidien Leipziger Volkszeitung auprès d'un millier d'Allemands, une personne interrogée sur huit souhaitait la reconstruction du Mur, la proportion étant semblable à l'Ouest comme à l'Est.

Mikhaïl Gorbatchev, l'ancien chancelier Helmut Kohl et l'ancien président américain George Bush père apparaissent lundi dans une publicité de deux pages dans la presse allemande.

"Aucun mur n'est jamais assez solide pour étouffer l'esprit de l'homme", déclare Bush dans un commentaire accolé à la photo des trois dirigeants au pouvoir dans leur pays à l'époque.

Version française Jean-Stéphane Brosse et Clément Dossin

Le film d'une nuit historique

Article publié le lundi 09 novembre 2009

Un morceau du Mur de Berlin restauré.
REUTERS/Fabrizio Bensch


Par Béatrice Leveillé

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, devant les caméras du monde entier, Allemands de l’Est et de l’Ouest prennent d’assaut ce Mur qui divise l’Allemagne depuis près de 30 ans. En 48 heures, des centaines de milliers de personnes, piégées depuis près de trente ans, vont franchir la frontière pour découvrir « l'autre côté ».

La marmite bouillait depuis plusieurs mois mais c’est bien cette nuit du 9 novembre 1989 que le couvercle a sauté. Les Tchécoslovaques et les Hongrois, débordés par l’afflux d’Allemands de l’Est qui veulent passer à l’Ouest, demandent à leurs camarades est-allemands de prendre des mesures. Le 9 novembre 1989 au matin, Egon Krenz, qui vient de succéder à Erich Honecker réunit le Politburo pour élaborer un projet de loi qui doit faciliter les voyages.

Günter Schabowski, porte-parole du Politburo est chargé d’annoncer les nouvelles dispositions au cours d’une conférence de presse radiotélévisée. A 18 heures, face à une centaine de journalistes, il explique laborieusement les décisions du comité central. Taraudé par les journalistes, il mettra près d’une heure à faire la déclaration qui va tout déclencher : « Nous avons donc décidé aujourd’hui de prendre une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA ». « Dès maintenant ? », lui demandent les journalistes. Il lit ostensiblement son document : « Les voyages privés à l’étranger pourront être autorisés sans conditions particulières ou raisons familiales. Les autorisations seront délivrées rapidement ». « Quand ? », Insiste un journaliste. « Pour autant que je sache… immédiatement… sans délai ».

Annonce télévisée

À 19h30, la télévision est-allemande annonce que « Les demandes de voyages privés à l’étranger peuvent être faites dès à présent sans motif particulier ». A 20 heures la télévision ouest-allemande ouvre sur cette information : « Les citoyens est-allemands désireux de sortir du pays ne sont plus obligés de passer par la Tchécoslovaquie ». À 20 h 45, à Bonn, en pleine séance plénière au Bundestag, les députés ouest-allemands se lèvent et entonnent l’hymne national.

Après 28 années d'interdiction de quitter leur territoire, seize millions d'Allemands de l'Est se voient offrir la liberté de se déplacer. Cette décision va provoquer un véritable raz-de-marée. Les gardes-frontières débordés laissent passer les Allemands de l’Est à 22 h 45. Les télescripteurs crépitent : « Ce 9 novembre est un jour historique. La RDA a annoncé que ses frontières étaient désormais ouvertes à tous. Les portes du Mur sont grandes ouvertes ».

Berlinois de l'Est et de l'Ouest se rassemblent des deux côtés du Mur. C’est la ruée, les gardes-frontières n’en croient pas leurs yeux mais ils ne tenteront pas de s’y opposer.

A minuit tous les postes-frontières de Berlin sont ouverts. Le Mur, ce monstre de béton de 160 kilomètres de long et de 3,60 mètres de haut, qui était conçu pour durer cent ans, vient de s’effondrer symboliquement.

En moins de quarante-huit heures, deux millions d’Allemands de l’Est vont se rendre à l’Ouest où ils sont accueillis dans un mélange de joie et d’incrédulité.

Le choc est brutal pour les Allemands de l’Est qui réalisent à quel point ils ont été bernés. L’écart de niveau de vie est flagrant. Ils se ruent dans les magasins et achètent des objets courants et de la nourriture qui sont des produits de luxe de l’autre côté du Mur. Ils font une razzia sur les bananes, un cadeau exotique pour leurs proches qui n’ont pas profité de cette inoubliable nuit de liberté.

Une nuit de folie

Ce 9 novembre 1989, le peintre Thierry Noir, est au checkpoint Charlie, un des principaux points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Il comprend qu’il assiste à un évènement historique et décrit la folie générale, le chaos, les rires, les chants, les pleurs et la peur perceptible des gardes-frontières.

Les Allemands de l’Ouest font une haie d’honneur aux Allemands de l’Est. Ils tapent sur le capot des Trabant, ces petites voitures est-allemandes, qui passent à l’Ouest. La destruction du Mur, à coup de pioches, de masses et de marteaux va se poursuivre pendant des mois. Thierry Noir qui a peint des personnages bariolés sur plus de cinq kilomètres de long sur le Mur va assister à la destruction de son œuvre, entreprise dès 1984 pour briser la peur que suscitait ce Mur et ses gardes qui n’hésitaient pas à utiliser leurs armes. Le peintre français, ce jour-là, était comme des millions d’Allemands de l’Est et de l’Ouest heureux et insouciant.

Helmut Kohl, en visite officielle en Pologne, se rend immédiatement à Berlin. Devant l’Hôtel de Ville, il déclare : « Nous nous trouvons maintenant devant l’épreuve de vérité ». Le régime est-allemand va-t-il revenir sur sa décision ? Comment les Russes vont-ils réagir ? La réunification de l’Allemagne est-elle une menace pour le monde ? Autant d’interrogations qui font sourire aujourd’hui mais qui étaient bien réelles à l’époque.

Voir notre dossier complet sur la chute du Mur de Berlin

vendredi, 06 novembre 2009

De la vie de couple aux stades de foot, le Mur est dans les têtes

NOUVELOBS.COM | 06.11.2009 |

Vingt ans après la chute du Mur, les divisions persistent entre ceux qui ont connu le régime de la RDA et les Allemands de l'Ouest. C'est ce que montre Yannick Pasquet, journaliste à l’AFP en poste à Berlin depuis 2001, dans son livre "Le Mur dans les têtes". Nouvelobs.com en publie quelques extraits.

Yannick Pasquet est également l'invitée des forums de Nouvelobs.com. Elle répondra en direct à vos questions ce vendredi à 15h.


L’AMANT DE L’EST


[…] Les bougies de la révolution consumées, les Allemands ont commencé à se lorgner d’un peu plus près. Entre 1991 et 2003, les mariages Est-Ouest ont ainsi grimpé de 28 %. Un sacré bond alors que le marché global du mariage traverse une grave récession : les unions ont diminué de 16 % dans le même laps de temps.[…]
[…]Mais l’amour est enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi. Sauf une. Ce sont les Allemandes de l’Ouest qui tombent amoureuses des Allemands de l’Est. Entre 1991 et 2003, le nombre de mariages de ce type a triplé. L’inverse, Allemandes de l’Est qui s’entichent d’Allemands de l’Ouest, est rare. Ces unions ont chuté, elles, de 15 %.

Qu’a-t-il donc de plus, cet Allemand venu des plaines de Prusse et des vallées de Saxe ? Convoquons une fois de plus le temps qui passe. L’Allemand de l’Est, l’Ossi donc, n’entame pas sa carrière de bourreau des coeurs (occidentaux) en faisant la révolution de novembre 1989. Non, à l’époque, il apparaît carrément ringue, sur les écrans de télé du monde entier, avec sa moustache fournie, ses cheveux courts sur le dessus, longs dans la nuque et ses jeans neige. Il a du bol, il fait une révolution sympa, alors on n’ose pas le traiter de plouc.


Des allemands de l'Est (AFP)

Mais la pensée y est. L’homme en version produit de l’Est est considéré comme « mal fringué avec une image de loser sans savoir-vivre » explique le sociologue Kurt Starke, éminent spécialiste du sexe en RDA, dans un documentaire télévisé (1). Pas de Mercedes rutilante pour promener sa douce. Pas de carte de crédit à faire chauffer. Le plus souvent, il fait la queue au guichet « désillusions » des agences à reclasser les chômeurs de l’ex-RDA. C’est donc plutôt l’homme d’affaires ouest-allemand, avec ses pinces à cravates dorées et ses attachés-cases en croco, qui emporte la mise. Le marché est-allemand est à conquérir.
Puis les temps ont changé. Aujourd’hui, les Allemandes de l’Ouest attachent moins d’importance « au bel emballage », selon Kurt Starke, et « davantage aux qualités des Ossis, comme leur sincérité et le fait qu’ils aient les pieds sur terre ».

Une autre question taraude beaucoup d’Allemands depuis vingt ans. Qui est le plus performant une fois la porte de la chambre refermée ? Celui de l’Ouest ? Ce n’est pas ce qu’affirme le très sérieux Suddeutsche Zeitung. « Les Allemands de l’Est faisaient l’amour plus jeunes, plus souvent, et mieux que ceux de l’Ouest avec leur credo de l’orgasme à tout prix. » Au moins, les choses sont claires. La vox populi l’affirme : l’ex-RDA était plus libérée sexuellement. Au pays de la pornographie et de la prostitution officiellement interdites, les moeurs étaient libérées. Un chanteur de variétés est-allemand, Wolfgang Ziegler, s’est épanché dans un magazine : « Pendant que la harpie féministe de l’Ouest cherchait son point G dans le cabinet d’une sexologue, avec des bâtons d’encens et dans la position du lotus, nous, nous faisions l’amour simplement. Sans chercher la performance, sans avoir peur de l’échec. »
En RDA, le corps ne se cachait pas. Le nudisme était l’opium du peuple, et à chaque rayon de soleil, toute la famille se mettait à nu sur les plages de la Baltique ou dans les lacs du Mecklembourg-Poméranie.


Les femmes est-allemandes ont été très vite encouragées à travailler (AFP)

La place de la femme dans la société a également joué un rôle moteur. La camarade prolétarienne se devait de verser son écot au socialisme en travaillant. La RDA proclame ainsi dans sa Constitution de 1949 que le travail des femmes est « un devoir de la société et de l’État ». Dès les années cinquante, les femmes envahissent donc les combinats. À l’entrée, elles y laissent leurs bambins pris en charge par les crèches d’usines. La pilule est gratuite dans l’État des ouvriers et des paysans, l’avortement légal, gratuit et autorisé sur demande pendant les douze premières semaines de grossesse.
Conséquence : « C’est dans le domaine de la sexualité que l’émancipation de la femme était peut-être la plus avancée. Au lit, c’était elle qui menait la danse » explique Kurt Starke.
De l’autre côté de la frontière, dans les années cinquante, les « écoles de mariées » apprennent aux jeunes filles leurs tâches de futures épouses. Plus tard, elles feront de la pub pour les aspirateurs et les frigos, leur mari pour les chaînes de bricolage et les barbecues. La femme arrête de travailler quand elle enfante. Le droit à l’avortement est restreint. […]

1. Documentaire de la chaîne régionale publique MDR, Liebte der Osten
anders, d’Andre Meier.


MADE IN GERMANY


[…]Dans les stades de foot, les joueurs ouest-allemands regardent leurs pieds quand vient le moment des hymnes nationaux. Omerta. L’Allemagne de l’Ouest est mal dans ses pompes. Chanter, c’est compliqué quand une strophe honnie hante les esprits. « Deutschland, Deutschland, über alles. Über alles in der Welt. » (« L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout. L’Allemagne par dessus tout au monde. ») Depuis les errements nazis, ni la première strophe de Das Lied der Deutschen (Le Chant des Allemands) ni la deuxième ne sont plus chantées. Hitler et ses sbires leur ont donné une interprétation pangermanique et revancharde.
Seule la troisième strophe de ce chant fait office d’hymne national de la RFA. Lorsqu’il fut écrit en 1841 par le poète August Heinrich Hoffmann von Fallersleben, il avait pourtant une tout autre signification. Il s’agissait à l’époque d’unifier une Allemagne éclatée en dizaines de royaumes et de régions. L’Allemagne par dessus tout est un désir d’unité.
Une fois de plus, la RDA ne s’embarrasse pas des considérations du passé. Elle se choisit un nouvel hymne lors de sa création en 1949...


Des supporters de la Mannschaft (AFP)

Ullrich, tige sèche de quarante ans et des poussières, a failli perdre l’usage de la parole la première fois qu’il a entendu son fiston de douze ans chanter Le Chant des Allemands. C’était avant un match de foot, évidemment. Ledit rejeton a failli prendre une rouste quand il expliqua à son père qu’il avait appris les paroles à l’école. « Impensable pour les gens de ma génération ! Cela ne nous serait jamais venu à l’idée de chanter l’hymne national avant le début d’un match de foot. De toute façon, on n’apprenait même pas les paroles. On avait trop honte d’être allemands. » D’ailleurs, gloups, il a encore un peu de mal à digérer que son fils le fasse avec tant d’aisance et de simplicité. « Allez, moins fort quand même, hein, on baisse le volume ! » Mais le fiston est trop excité. Sa Mannschaft, c’est sacré. Ullrich a certes grandi en adorant le dieu football, mais en détestant les symboles d’appartenance nationale.

L’Allemagne de l’Ouest en ruines a dû attendre plusieurs années avant d’avoir un hymne national. Et encore ! La question fut évacuée dans un échange de courriers entre le chancelier et le président fédéral en 1951 qui se mettent d’accord pour que la troisième strophe du Chant des Allemands soit donc l’hymne de la RFA. Mais jamais il n’y eut de décision inscrite dans une loi. Une proclamation officielle ? N’y pensons même pas. L’Allemagne avait un hymne parce qu’il en fallait bien un pour accueillir les chefs d’État sur le tarmac de l’aéroport de Bonn. Comme il faut bien un tapis rouge. […]

"Le Mur dans les têtes. Chroniques d'Allemagne", de Yannick Pasquet. Paru le 22 octobre 2009 aux Editions du Moment (Prix éditeur : 17,95 euros)

(Nouvelobs.com)

Mitterand et la chute du mur de Berlin

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François Mitterrand a-t-il été pris de court voire effrayé par la chute du Mur de Berlin, il y a vingt ans?

A-t-il cherché, comme on l'a beaucoup dit, à s'opposer à la réunification de l'Allemagne, ou en tous cas à la freiner? Ou a-t-il agi en ami de l'Allemagne et en patriote français?

J'ai consulté beaucoup d'archives en France et à l'étranger. J'ai aussi rencontré nombre de témoins.

Et voici l'article que je publie aujourd'hui dans le "Nouvel Observateur", à propos de l'attitude de François Mitterrand pendant cette période cruciale.

Mitterrand au pied du Mur

La scène – tirée des archives de François Mitterrand – se déroule au palais de l’Elysée, trois mois après la chute du mur de Berlin. Ce jour-là, le 13 février 1990, le président français reçoit un vieux complice, un homme qui, comme lui, a commencé sa carrière politique au sortir de la guerre : le président du Conseil italien Giulio Andreotti. Les deux septuagénaires veulent se consulter sur la question qui, quarante-cinq ans après le démantèlement du IIIe Reich, obsède l’Europe≈: la réunification du peuple allemand.

Mitterrand est furieux. Selon lui, tout à son désir de fusionner la RDA et la RFA, le chancelier ouest-allemand va trop vite et consulte trop peu : l’attitude de Helmut Kohl, déclare-t-il à son ami italien, « c’est le fait accompli », « les Allemands sont sourds », dit-il. Il ajoute, dépité≈: « Bush ne fait rien pour retenir les événements. La seule chose qui pourrait bloquer [la réunification de l’Allemagne], c’est l’emploi de la force par les Soviétiques, mais ils ne l’utiliseront pas. »



Trois mois plus tard, le 4 mai 1990, François Mitterrand est en Grande-Bretagne, à Waddesdon Manor, chez la cinglante Margaret Thatcher. Au menu de leurs entretiens : encore et toujours l’Allemagne, et les craintes que sa réunification suscite en Pologne et dans le reste de l’Europe orientale – inquiétude que partage, ô combien, François Mitterrand. Celui-ci redoute qu’après avoir absorbé la RDA la RFA ne soit tentée d’étendre son influence plus loin encore. Il explique≈: « C’est dans la nature des Allemands d’être portés vers l’est. » D’ailleurs, ajoute le président français, souvenez-vous de cette phrase prémonitoire d’Adolf Hitler dans « Mein Kampf »≈: « Pour nous, Allemands, il n’y a pas de vide à l’ouest, il y en a à l’est  » – phrase qu’il cite de mémoire.

C’est l’évidence≈: il y a vingt ans, François Mitterrand a accueilli la chute du mur de Berlin – et le processus de réunification allemande qui a suivi – avec des sentiments mêlés. Certes, au lendemain de l’ouverture de la frontière entre les deux Berlin, le 9 novembre 1989, il parle d’un « événement heureux qui marque un progrès de la liberté en Europe ». Certes, tout au long de l’année qui aboutira le 3 octobre 1990 à l’union de la RFA et de la RDA, il répète que « la réunification allemande est légitime » et qu’« il n’en a pas peur ». Certes, il dit à l’éphémère président de la RDA, Manfred Gerlach, auquel il rendra une visite très controversée à Berlin-Est fin 1989 : « Je n’attends pas de catastrophe sur le plan français. Cela fait mille ans qu’on a des voisins allemands. » Mais, au fond, le vieux président français tremble≈: il « ressent, récapitule, (…) “incarne” les angoisses françaises face à une Allemagne trop grande, à une construction européenne qui n’est pas encore irréversible », écrira plus tard son plus proche collaborateur, Hubert Védrine (1).

Aussi inquiet fût-il, le vieux président s’est-il, dans les faits, mal comporté face la réunification allemande, comme on l’a beaucoup dit à l’époque et continue de le dire aujourd’hui ? Depuis deux décennies, le débat sur l’attitude de François Mitterrand pendant cet épisode crucial de l’histoire européenne resurgit périodiquement. Certains, comme l’actuel secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche, prétendent que, obnubilé par la guerre, le chef de l’Etat s’est conduit « en homme du passé », qu’il « a raté cette fête de la liberté » et que, ce faisant, il « a porté un très mauvais coup à l’amitié franco-allemande ».

D’autres, dont l’intéressé lui-même dans un livre d’autojustification écrit juste avant sa mort (2), affirment que, malgré ses doutes et ses propos parfois très rudes, François Mitterrand a agi à la fois en patriote français, en ami de l’Allemagne – et surtout en grand européen. Qu’en est-il ? Que révèlent les archives de l’ancien chef de l’Etat que nous avons pu consulter ? Que disent, vingt ans après, ses principaux collaborateurs et les historiens qui ont travaillé sur le sujet ?

La plupart sont d’accord sur un point : sur le moment, François Mitterrand n’a pas su – et souvent pas voulu – trouver les mots, faire les gestes amicaux qui auraient comblé les Allemands. Le soir du 9 novembre 1989, alors qu’il se trouve à Copenhague, son conseiller en relations publiques, Jacques Pilhan, incite le chef de l’Etat à filer à Berlin et à franchir symboliquement le Mur avec Helmut Kohl. Mais François Mitterrand refuse d’un haussement d’épaules. C’est une fête allemande, pas française, dit-il.

Mêmes rebuffades quelques semaines plus tard. Afin de faire taire ceux qui commencent à critiquer la position de Paris, plusieurs personnes, dont Hubert Védrine et Jean Daniel, lui suggèrent de prononcer un grand discours. Le but≈: marquer le soutien de la France à la réunification de son grand voisin. Refus. De même, le 4 janvier 1990, à Latche, la maison de campagne landaise de Mitterrand, Helmut Kohl en personne propose à son ami François d’accorder une grande interview à la télévision allemande. Mais le président français repousse cette suggestion.

Devant Kohl, il se justifie ainsi : « Si j’étais allemand, je serais pour la réunification, c’est du patriotisme. Etant français, je n’y mets pas la même passion » – bel euphémisme. Le 15 février, il redit au chancelier≈: « On ne peut pas attendre de moi que je parle comme un patriote allemand mais comme un patriote français. Ce qui m’intéresse, c’est comment aborder les conséquences de l’unification. » Ce faisant, il « n’a pas géré la dimension symbolique de la réunification », résume (et regrette) Hubert Védrine.

Ce manque d’empathie manifeste, Loïc Hennekinne, le conseiller diplomatique de François Mitterrand à l’époque, l’explique aujourd’hui par des considérations tactiques. « S’il avait exprimé trop fort son soutien à la réunification, il lui aurait été difficile d’en négocier les modalités avec Bonn », dit-il. La justification est sans doute un peu courte mais traduit bien l’obsession du président français pendant toute la période≈: ne pas s’opposer à la réunification mais la contrôler.

Cette stratégie, François Mitterrand la définit avant même la chute du Mur. Le 18 octobre 1989, alors que l’unité allemande n’est encore qu’une perspective vague et lointaine, il déclare en conseil des ministres : « La France ne serait pas en mesure de s’opposer à la réunification si elle se réalisait. On ne peut tout de même pas faire la guerre à l’Allemagne pour [l’en] empêcher ! » Donc, « la seule chose que la France peut faire, explique-t-il, c’est faire respecter certains principes ». De toute façon, déclare-t-il, « est-ce que nous avons une politique de rechange ? ».

Le même jour, Hubert Védrine, qui est alors porte-parole de l’Elysée, précise la pensée présidentielle dans une note interne : « Puisqu’il serait incohérent de contester cette aspiration [à la réunification] [et] qu’il est impossible de s’opposer au mouvement de rapprochement, écrit-il, il faut accompagner le mouvement vers l’unité. » Ce n’est pas très enthousiaste mais réaliste.

Premier souci de Mitterrand le pragmatique : arrimer l’Allemagne en voie de réunification à la Communauté européenne. L’occasion se présente un mois après la chute du Mur. Les 8 et 9 décembre, le Conseil européen de Strasbourg – organisé sous présidence française – doit lancer le processus qui aboutira à l’union économique et monétaire, puis à l’euro. Kohl rechigne à donner son feu vert définitif, à lâcher le deutschemark à quelques mois d’élections législatives très difficiles. Mitterrand insiste et obtient gain de cause.

Comment ? Trois jours plus tard, les responsables européens reconnaissent le droit à l’« autodétermination du peuple allemand ». Est-ce là un troc≈: l’euro contre un nihil obstat à la réunification ? « Formellement, il n’y pas eu de “marchandage”, dit l’historien Frédéric Bozo, auteur d’un monumental ouvrage sur la période (3), mais, de fait, le donnant-donnant entre Kohl et Mitterrand, quoique implicite, était évident. »

Il y en aura un autre. Fin janvier, les choses se sont accélérées. L’Etat est-allemand s’effondre. Des dizaines de milliers de réfugiés quittent le pays. Kohl ne parle plus d’une confédération allemande dans quelques années, mais d’une absorption pure et simple de la RDA par la RFA – très vite. Le chancelier demande que la nouvelle Allemagne soit intégrée telle que dans la Communauté. En échange, il propose une relance de la construction européenne. Mitterrand est estomaqué, déstabilisé. Il hésite.

Sa conseillère pour les Affaires européennes, Elisabeth Guigou, veut le convaincre d’accepter. « Si la Communauté est perçue par les Allemands comme hostile à leur réunification, lui écrit-elle début février 1990, nous serons perdants sur toute la ligne, car nous n’empêcherons pas la réunification et nous aurons en plus ruiné l’avenir communautaire. » Son argument fait mouche. Mitterrand l’européen accepte le grand deal de Kohl. La grande Allemagne restera dans la CEE et, deux ans plus tard, le sommet de Maastricht adoptera le texte du traité que l’on sait – traité majeur, qui, selon Frédéric Bozo, est bien la « réponse franco-allemande à la réunification ».

Après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand a une deuxième obsession≈: la survie politique de Mikhaïl Gorbatchev, le libérateur de l’Europe orientale. Il est convaincu qu’une réunification trop rapide des deux Allemagnes conduirait à un renversement du numéro un soviétique et, de ce fait, à une nouvelle tension grave entre Est et Ouest, peut-être même à un conflit armé. Il tire cette conviction d’une rencontre avec le chef du Kremlin à Kiev le 6 décembre 1989. Lors d’un déjeuner, entre caviar et raviolis à la cerise, Gorbatchev implore Mitterrand≈: « Aidez-moi à éviter la réunification allemande, dit-il, sinon je serai remplacé par un militaire ; si vous ne le faites pas, vous porterez la responsabilité de la guerre. »

Le président français ne répond pas directement et, malgré ce que certains ont prétendu par la suite, il ne s’engage nullement à s’opposer à la réunification, qui, redit-il à Gorbatchev, ne lui « fait pas peur ». Mais François Mitterrand est « très frappé par cet appel et le mentionne à plusieurs visiteurs à son retour à Paris », écrit Hubert Védrine.

Le 4 janvier, à Latche, le chef de l’Etat déclare à Helmut Kohl≈: « L’expérience de Gorbatchev est nécessaire pour un certain temps [encore] » car, s’il quittait le pouvoir, « lui succéderaient des ultras, nationalistes, impérialistes ». Il faut donc, ajoute-t-il, « que l’unité allemande ne soit pas faite de telle sorte (…) que l’on entende des bruits de bottes en URSS ». Or « nous sommes juste au bord ». Il conclut≈: « Le sort de Gorbatchev dépend en partie de vous. » « Je sais et lui aussi », répond Kohl.

Mitterrand a-t-il un temps espéré que le Kremlin fasse « le sale boulot », c'est-à-dire freine, seul, la réunification allemande ? Les proches du leader socialiste le contestent. Mais un échange entre Thatcher et lui semble leur donner tort. Le 20 janvier 1990 à l’Elysée, la Dame de Fer dit au président français : « Ce que je cherche, ce sont les manières de ralentir [la réunification]. » Mitterrand ne se dit pas hostile à cet objectif, mais s’interroge sur les « moyens » dont Paris et Londres disposent pour y parvenir. « Rien ne serait pire, déclare-t-il, que d’élever des objections, de rappeler des traités, mais sans effet. » En fait, constate-t-il, « pour être cynique≈: le bon équilibre, c’est l’URSS ».

Qu’il ait espéré ou non un niet du Kremlin, le chef de l’Etat est surpris de la vitesse à laquelle Mikhaïl Gorbatchev accepte le principe de la réunification auquel, à Kiev, le numéro un soviétique s’est dit si farouchement hostile. Ce da russe à l’unité allemande survient, à la surprise générale, le 12 février 1990, à la suite d’une rencontre à Moscou avec Helmut Kohl. Le lendemain, Mitterrand dit à Andreotti≈: « A Kiev, Gorbatchev parlait très sévèrement. [Il traitait] Kohl de “provincial”. Mais quand il rencontre les Allemands, il semble beaucoup plus souple. » Le regrette-t-il ? En tout cas, quelques jours plus tard, il déclare au leader du SPD allemand Oskar Lafontaine≈: « Au temps de Staline, cela ne se passerait pas ainsi. La faiblesse soviétique fait la force des Allemands. »

Ce déclin spectaculaire de l’influence russe dans les affaires européennes l’inquiète. Car il espère l’appui de Moscou dans son combat pour le respect des frontières de l’après-guerre. Dès la chute du Mur, il s’érige en principal défenseur de la ligne Oder-Neisse qui sépare la Pologne de la RDA, et donc bientôt de l’Allemagne unifiée – une frontière au-delà de laquelle vivent 500 000 Allemands et qui n’a jamais été tout à fait reconnue par Bonn. Son insistance à obtenir cette reconnaissance avant l’unification exaspère Helmut Kohl, qui n’oubliera jamais cet épisode très douloureux dans les relations franco-allemandes.

Le 15 février, les deux hommes dînent à l’Elysée, dans le salon des Portraits. L’ambiance est tendue. Kohl dit≈: « Je souhaite que [cette reconnaissance des frontières] devienne évidente après la réunification. Vous ne pouvez pas l’exiger de moi maintenant. » Pourquoi ? A cause de la campagne électorale qui commence. « Si nous parlions en RFA de la frontière Oder-Neisse, explique-t-il, nous renforcerions l’extrême-droite. » Il ajoute, « très rouge » selon le compte-rendu français≈: « On fait mousser cette question. (…) C’est une grosse blessure. Normalement, on traite les blessures avec du baume et non de l’huile bouillante. »

Mais Mitterrand ne cède pas à ce chantage affectif. Il revient à la charge≈: « Il faut une décision internationale des pays intéressés. » « Oui, d’accord », concède Kohl. Mais le chancelier laisse traîner les choses, ce qui exaspère son ami français. Le 9 mars, François Mitterrand reçoit le président polonais, le général Jaruzelski, venu demander son aide, justement sur la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse. Le Français lui dit≈: « Même si l’Allemagne procède de façon plus polie que Hitler, nous ne voulons pas que cela ait lieu. » Cela ? Un retour à l’Europe de 1913 ou 1919, où les frontières étaient instables et les appétits allemands voraces. C’est pourquoi, dit-il, « la France est déterminée à user de tous les moyens dont elle dispose pour obtenir une reconnaissance claire et nette de l’Oder-Neisse ». Comment ? « Cette question doit être posée sans finesse, sans détour, sans habileté. » Il insiste≈: « Soyons brutaux. Les Allemands ne veulent rien de tout cela. Il faut les pousser. »

Finalement, après un bras de fer de plusieurs semaines, Mitterrand obtient cette décision internationale pour laquelle il s’est tant battu. La « crise nerveuse franco-allemande », comme il dit, est terminée.

Si bien que le jour de la réunification, le 3 octobre 1990, le chef de l’Etat écrira à Kohl≈: « Dites à vos proches, dites à tous les Allemands la solidarité de la France. »

Vincent Jauvert

(1) « Les Mondes de François Mitterrand », Fayard, 1996.

(2) « De l’Allemagne, de la France », Odile Jacob, 1996.

(3) « Mitterrand, la fin de la guerre froide et l’unification allemande », Odile Jacob, 2005. Voir aussi « Mitterrand et la réunification allemande », par Tilo Schabert, Grasset, 2005.

- De la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, à la réunification allemande, le 3 octobre 1990, le couple Mitterrand-Kohl a été plusieurs fois au bord de la rupture. Le président français a été suffoqué de ne pas avoir été informé à l'avance du plan en dix points vers la réunification présenté par le Chancelier le 28 novembre. Le chancelier, lui, a détesté l'insistance méfiante de Mitterrand sur la reconnaissance de la frontière germano-polonaise par l'Allemagne. Mais, au final, malgré des tensions très fortes, les deux hommes ont préservé leur amitié.

- A Berlin-est, le 20 décembre 1989, François Mitterrand dit, agacé, au président est-allemand : « On ne peut poser le pied en RFA sans que l'on vous parle de réunification. Personnellement je trouve cela légitime. Mais il reste deux Etats avec une histoire. » Le lendemain, il dira aux étudiants de la faculté de Leipzig : « Si le peuple allemand décide qu'il doit [se réunifier], ce n'est pas la France qui s'y opposera. »

- On a beaucoup reproché à François Mitterrand de ne pas avoir participé à la cérémonie d'ouverture de la porte de  Brandebourg à Berlin, le 22 décembre 1989, alors qu' il était en visite en RDA. En fait, Selon Hubert Védrine, « il n'y était pas invité, sauf par la rumeur et les médias. »


- Le 20 janvier 1990, Margaret Thatcher est à l'Elysée. François Mitterrand lui dit : « Je ne dis pas non à la réunification, ce serait stupide et irréaliste. » Puis il ajoute : « Le problème de la réunification a provoqué un choc psychologique chez les Allemands, qui leur restitue certains caractères qu'on avait oublié, une certaine brutalité. »

- Le 9 mars 1990, François Mitterrand reçoit le général Jaruzelski. A propos de la réunification, il déclare : « Si l'influence soviétique avait été plus grande, on n'en serait pas là. Les Américains voient les choses d'un peu loin. Les Anglais sont inquiets mais se contentent de faire de cette inquiétude une politique. Moi, je ne dis pas ce que je veux, mais ce que je peux. »

- Au Conseil des ministres du 9 mai 1990, François Mitterrand déclare : « La grande menace qu'a toujours représenté l'Allemagne pour l'Europe tient au fait que l'Allemagne a toujours été un peuple sans frontières. [la réunification] est une bonne occasion de les fixer ! »

- Jusqu'à la fin de sa vie, François Mitterrand a voulu défendre son action durant la réunification allemande. Dans « De l'Allemagne, de la France », publié un après sa mort, il rappelle la phrase de François Mauriac : « J'aime tellement l'Allemagne que je suis content qu'il y en ait deux » pour dire « tel n'était pas mon sentiment. »

Berlin sera au centre du monde lundi pour les 20 ans de la chute du Mur

BERLIN (AFP) - 06.11.2009


Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances.

voir_le_zoom : Des Berlinois de l Ouest voient apparaître des gardes de Berlin Est dans l ouverture pratiquée dans le Mur, le 11 novembre 1989 à BerlinDes Berlinois de l'Ouest voient apparaître des gardes de Berlin Est dans l'ouverture pratiquée dans le Mur, le 11 novembre 1989 à Berlin

Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances.

AFP/Archives - Gérard Malie
voir_le_zoom : Des Berlinois de l Ouest tirent sur une corde pour faire tomber un pan du Mur, le 11 novembre 1989, près de Potsdamer à BerlinDes Berlinois de l'Ouest tirent sur une corde pour faire tomber un pan du Mur, le 11 novembre 1989, près de Potsdamer à Berlin

Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances.

AFP/Archives - Gérard Malie
voir_le_zoom : Des milliers de Berlinois grimpent sur le Mur, près de la porte de Brandebourg, le 11 novembre 1989 à Berlin.Des milliers de Berlinois grimpent sur le Mur, près de la porte de Brandebourg, le 11 novembre 1989 à Berlin.

Le soir du 9 novembre 1989, le monde assista incrédule au spectacle de milliers d'Allemands de l'Est en liesse tombant dans les bras de leurs compatriotes de l'Ouest, après l'ouverture inattendue des postes-frontières décidée par la RDA sous la pression du peuple.

AFP/Archives - Gérard Malie
voir_le_zoom : Quelques-uns des milliers de dominos qui seront utilisés pour symboliser la chute du Mur de Berlin, lors du 20e anniversaire, le 9 novembre 2009.Quelques-uns des milliers de dominos qui seront utilisés pour symboliser la chute du Mur de Berlin, lors du 20e anniversaire, le 9 novembre 2009.

Des milliers de dominos en polystyrène de 2,50 mètres de haut s'écrouletront sur deux kilomètres pour symboliser l'effondrement du Mur qui divisa Berlin pendant 28 ans depuis 1961.

DDP/AFP - Michael Kappeler

Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances. lire_le_dossier

Point d'orgue de la lente dislocation des régimes communistes de l'Est et césure historique après un demi-siècle d'affrontement entre blocs hostiles, la chute du Mur a permis la réunification de l'Allemagne et du continent européen.

Elle a également amorcé l'arrivée sur la scène internationale d'une nouvelle Allemagne, la "République de Berlin", un pays libéré de son passé nazi, politiquement renforcé et qui n'est plus seulement un géant économique.

Le soir du 9 novembre 1989, le monde assista incrédule au spectacle de milliers d'Allemands de l'Est en liesse tombant dans les bras de leurs compatriotes de l'Ouest, après l'ouverture inattendue des postes-frontières décidée par la RDA sous la pression du peuple.

Lundi, la chancelière Angela Merkel, qui a grandi en ex-RDA et dont la carrière politique a commencé avec l'ouverture du Mur, recevra ses partenaires européens et américain pour une fête diplomatico-populaire à la Porte de Brandebourg, emblème de la ville et de l'ancienne fracture Est-Ouest.

"Chaque pays de l'Union européenne devrait être représenté", selon Berlin.

Les dirigeants des puissances qui occupaient la ville seront au rendez-vous, du Premier ministre britannique Gordon Brown aux présidents français et russe Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, en passant par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton (Barack Obama se consacrant à une tournée en Asie). Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso sera là aussi.

Des rencontres bilatérales sont prévues pour évoquer des sujets comme l'Afghanistan, l'Iran ou encore les futurs postes de l'Union européenne.

Parmi les hôtes de renom attendus figurent aussi le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev ou l'ex-leader anticommuniste polonais Lech Walesa. L'ancien chancelier Helmut Kohl, père de la réunification allemande, sera absent des festivités

"Le chancelier en reste à la décision de ne pas participer lundi. Il était déjà à Berlin le week-end dernier avec MM. Bush (père) et Gorbatchev et s'est déjà exprimé à cette occasion sur le 9 novembre", un collaborateur de ses services.

Nocturne, la fête s'ouvrira à 18H00 GMT avec un concert de plein air de l'orchestre du Staatsoper de Berlin sous la baguette de l'Israélo-Argentin Daniel Barenboïm.

Puis officiels allemands et étrangers discouriront, avant que des milliers de dominos en polystyrène de 2,50 mètres de haut ne s'écroulent sur deux kilomètres pour symboliser l'effondrement du Mur qui divisa Berlin pendant 28 ans depuis 1961.

Feu d'artifice et musique sont au programme, ainsi qu'une chaîne humaine devant réunir des milliers d'Allemands et étrangers sur l'ancien tracé du Mur.

La journée débutera par un service oecuménique en l'église de Gethsémani, ex-haut lieu de la dissidence est-berlinoise.

Angela Merkel traversera ensuite avec quelques hôtes le pont de la Bornholmer Strasse, l'un des premiers postes-frontière ouverts en 1989.

Et un colloque scientifique planchera sur la question des "murs qui tombent", en présence de Mme Merkel et du "banquier des pauvres" et Nobel de la Paix Muhammad Yunus.

La municipalité attend 100.000 personnes pour les festivités nocturnes, "si la météo le veut bien".

Car le ciel obstinément pluvieux ces derniers jours pourrait doucher l'espoir de faire mieux qu'en 1999: pour les dix ans de la chute du Mur, seules 30.000 personnes sur les 100.000 escomptées avaient bravé la pluie et le froid pour participer à une fête sage, loin de la liesse promise, se réchauffant avec du vin chaud et des saucisses au curry, la spécialité locale.

Les hôtels ont en tout cas été pris d'assaut par les touristes et des hordes de journalistes venus du monde entier pour alimenter moult émissions spéciales. "C'est de la folie, tous afficheront complet", selon la fédération du secteur.

© 2009 AFP

Source: tv5monde.org

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