vendredi, 26 avril 2013
POLITIQUE
Mali : le mythe de l’armement sophistiqué des jihadistes et du MNLA
L’armée malienne, le 30 mars 2012, photo REUTERS
Laurent Touchard travaille depuis de nombreuses années sur le terrorisme et l’histoire militaire. Il a collaboré à plusieurs ouvrages et certains de ses travaux sont utilisés par l’université Johns-Hopkins, aux États-Unis. Troisième volet d’une série sur l’histoire militaire récente du Mali : l’armée nationale était-elle vraiment sous-équipée face aux rebelles touaregs et aux jihadistes, comme l’a affirmé la junte qui a renversé ATT en mars 2012 ? Ou n’était-ce qu’une explication rapide pour masquer le déshonneur de la défaite ?
Tout conflit quel que soit sa nature, engendre ses mythes ; l’affrontement pour le contrôle du nord du Mali n’y fait pas exception. Ainsi, l’affirmation récurrente selon laquelle les forces maliennes ne disposaient (et ne disposent) que d’armes anciennes face à des ennemis possédant un matériel sophistiqué qui aurait, pour l’essentiel, été ramené de Libye, est-elle fausse et mérite que l’on s’y arrête afin de la démonter.
Prolifération avant la chute de Kaddafi
À propos des armes du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de jihadistes, comme nous l’expliquions en novembre 2012, seule une partie est issue des stocks de Kaddafi, contrairement à ce qui est répété à l’envie. Depuis 1963, trois insurrections touarègues sont survenues dans le septentrion malien, tandis que les jihadistes écument le désert depuis le début des années 2000 et que les marchandises des trafiquants d’armes de toutes nationalités transitent par le Sahara. Rebelles, bandits et terroristes disposaient donc d’armes en quantité bien avant la chute du dictateur libyen. Il est vrai, celle-ci a eu pour conséquence d’accroître le phénomène de la prolifération des armes légères dans la région, et notamment au Mali. Toutefois, elle n’en est pas le point d’origine. De là, qu’en est-il des fameuses « armes sophistiquées » des insurgés, si souvent évoquées ?
Des armes anciennes…
Certes, début 2012, l’ensemble des matériels de l’armée malienne n’est pas neuf, d’autant que ceux livrés étaient déjà de seconde main. De fait, début 2012, nombre d’engins, sont en panne (quand ils n’ont pas été détruits au cours des insurrections passées) : les carcasses désormais figées des BTR-40, BTR-152 ou BTR-60PB hantent les camps de l’armée malienne ou le désert. Ceux qui sont encore alignés valent à peine mieux : les T-55/T-55A décrépis, des BRDM-2 et des BTR-60PB fatigués… Quant aux armes de l’artillerie et de l’infanterie, elles ne sont pas non plus récentes.
Cependant, entretenues, éventuellement modernisées et surtout, servis par des personnels entraînés, ces équipements gardent toute leur létalité, notamment en ce qui concerne les armes légères et collectives des fantassins, à l’instar des fusils d’assaut, des mitrailleuses et mitrailleuses lourdes ou encore des canons sans recul et des mortiers…
… et de même génération dans les deux camps
En face, les insurgés alignent-ils des matériels plus modernes ? Eh bien non : la plupart de leurs armes sont de la même génération que celles des troupes gouvernementales ! Si au début des hostilités ces dernières manquent de mitrailleuses lourdes (à l’exception des Échelons Tactiques Interarmes – ETIA, qui disposent de mitrailleuses Type 85 chinoises de 12,7 mm), les DShK 1938/46, les ZPU-1, ZPU-2 et ZU-23/2 greffés sur les 4×4 des irrédentistes et des jihadistes sont contemporains des SGM qui équipent la plupart des 4×4 maliens.
C’est indéniable : pour ce type d’armes collectives, les rebelles disposent d’une puissance de feu supérieure. Toutefois, elles ne sont pas plus sophistiquées que celles de l’armée malienne : la DShK 1938/46 (ou DShKM) de 12,7 mm est la version modernisée d’une mitrailleuse conçue (et fabriquée) avant la Seconde Guerre Mondiale ; la KPV de 14,5, sur différents affûts ZPU (ZPU-1 et ZPU-2) est fabriquée dans le courant des années 1950 et constitue l’arme principale des BRDM-2 et BTR-60PB… Il s’agit d’« outils » simples, rustiques ; utilisés depuis des décennies par des guérillas aux quatre coins du monde, dont l’instruction militaire des combattants est souvent limitée, ces derniers ne sachant parfois ni lire ni écrire…
Seul avantage en terme de « sophistication », les jihadistes possèdent des fusils de précision SVD Dragunov, mais pas les forces maliennes.
Même remarque en ce qui concerne l’armement léger utilisé par tous les protagonistes. Carabines semi-automatiques SKS et Type 56, différentes variantes de Kalachnikov, datent des années 1950 et 1960, tout comme les lance-roquettes antichars RPG-7 (il est vrai que les rebelles en sont mieux pourvus)… Seul avantage en terme de « sophistication », les jihadistes possèdent des fusils de précision SVD Dragunov, mais pas les forces maliennes. Quant aux quelques AK-103, qui eux proviennent bien de Libye, il ne s’agit pas d’un modèle de fusil d’assaut hautement sophistiqué : juste une modernisation du Kalachnikov. Enfin, les blindés ou lance-roquettes multiples BM-21, aux côtés desquels sont photographiés et filmés les rebelles, ont été capturées aux forces gouvernementales en déroute…
Quant aux missiles sol-air à très courte portée (SATCP), si quelques SA-7 Grail auraient été en possession des insurgés, leur état de fonctionnement incertain, l’absence de certains éléments (à commencer par les batteries thermiques) et le manque d’entraînement de leurs propriétaires les rend a priori inutilisables. Pareillement pour les SA-24 Grinch, inutilisables sans crosses de tir ou affûts Strelet. Les Mi-24 et peut-être MiG-21 péniblement engagés contre le MNLA début 2012 n’ont pas été pris pour cible par de telles armes, tandis que les hélicoptères et chasseurs-bombardiers français ne semblent pas davantage l’avoir été lors de l’opération Serval.
Efficience plutôt que sophistication
Au bilan, l’idée que les rebelles auraient affronté les unités maliennes avec un armement sophistiqué est bel et bien un mythe. Les différences résident ailleurs : dans l’entretien des matériels, dans la quantité de munitions disponibles, et surtout, dans la capacité à savoir les utiliser. L’entraînement est crucial, tout comme les tactiques mises en œuvre – considération essentielle dans un environnement comme le désert où prime la manœuvre. S’ajoutent enfin l’initiative et le dynamisme des chefs et, aussi, le moral des combattants. Non, l’armement des insurgés n’était pas plus sophistiqué que celui de l’amée malienne : il a simplement été employé plus judicieusement.
25/04/2013 à 12h:45 Par Laurent Touchard
Jeune Afrique
SOURCE: Autre Presse du 25 avr 2013.
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mardi, 23 avril 2013
Mali
Un colonel français dénonce la grande misère de l’armée malienne
Soldats maliens à Kadji
PARIS (Reuters) – Gangrénée par la corruption, privée des fonds promis par la communauté internationale, incapable de s’entraîner faute de moyens, l’armée malienne n’est pas en mesure de remplir son rôle, dit le colonel français qui est chargé de sa formation.
Bruno Heluin, de la 9e brigade d’infanterie de marine (BIMa), qui dirige le détachement de liaison de la mission européenne de formation de l’armée malienne (UETM), dresse un tableau très sombre de sa mission dans Le Monde de mardi.
« C’est une armée qui vit au jour le jour », explique-t-il en décrivant l’absence d’école militaire, le nombre extrêmement élevé de généraux et le sous-équipement aggravé par le fait que les dons en vieux matériel russe, chinois, américain et français de ces dernières années cohabitent.
« Sous couvert de bonne volonté, nous avons donc aggravé les dysfonctionnements », souligne-t-il dans une interview diffusée avant le feu vert attendu ce lundi de l’Assemblée nationale à la prolongation de l’opération Serval au Mali. « Les militaires ne s’entraînent pas, faute de moyens. »
Il juge la corruption « évidente », donnant pour exemple les 800 pick-ups commandés par l’armée malienne depuis 2006 et qui ont presque tous été volés. « Et l’exemple n’est pas donné par le haut. Le clientélisme est le mode de promotion. »
Bruno Heluin se montre très méfiant à l’égard du Comité de réforme de l’armée malienne dirigé par le capitaine Amadou Sanogo, chef des putschistes responsables du coup d’Etat de mars 2012, avec lequel l’UE lui a interdit d’avoir des contacts.
« Ce comité est sans doute informé de nos travaux », dit-il.
Enfin, il souligne que « pas un centime d’euro » n’a été remis à l’armée malienne, malgré la promesse faite en janvier lors de la conférence des donateurs d’Addis-Abeba de fournir 8 millions d’euros pour la reconstruire.
Tous les financements sont selon lui absorbés par la Mission internationale de soutien au Mali (Misma).
« Or, l’armée malienne en a davantage besoin. Parce qu’elle doit retrouver, vite, les moyens de défendre son territoire national et de faire face à la menace. »
Yves Clarisse, édité par Sophie Louet
SOURCE: REUTERS du 22 avr 2013.
08:37 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : armée, nord-mali, mali
vendredi, 05 avril 2013
POLITIQUE
Achats d’engins pour l’armée sur le fonds de 8,9 milliards de l’AMRTP : Pour qui roule le ministre de la Défense?
Récemment, l’Autorité Malienne de Régulation des Télécommunications / TIC et des Postes (AMRTP) a mis à la disposition de l’armée 8, 9 milliards de nos francs, suite à l’appel lancé par le chef de l’Etat pour venir en aide à nos forces armées et de sécurité.
Le Général Yamoussa Camara
Ce pactole, prélevé sur le Fonds d’accès universel (FAU), mis en place par des prélèvements sur les deux opérateurs de téléphonie mobile (Sotelma et Orange) était destiné, à l’origine, à étendre les réseaux dans les zones non encore desservies. En raison de la situation exceptionnelle, l’Autorité de régulation, dirigée par le Dr Choguel Maïga, a consenti une dérogation pour remettre ce joli montant à l’armée, afin de l’équiper.
C’est dans ce cadre que le ministre des Finances, Tiénan Coulibaly, a demandé à la donatrice de monter un dossier pour l’acquisition de matériels roulants au profit de l’armée malienne. Des entretiens, des échanges de courriers ont été effectués entre le ministère des Finances, celui de la Défense et l’AMRTP.
Le chef d’Etat-major général des armées, le Général de Brigade Ibrahima Dahirou Dembelé, a même rédigé une correspondance pour exprimer les besoins ci-après: dix camions citernes (33 m3), dix camions citernes (18m3), dix ambulances Toyota Land Cruiser Standard, deux cent pick up. Les caractéristiques techniques de ces engins roulants ont été fournies par le biais de l’Etat major général, à travers le Colonel Moustapha Drabo.
Le ministère de la Défense a donc bel et bien été associé au montage du dossier. Un opérateur économique de la place a été désigné pour passer les commandes. Il a conclu à Amsterdam un marché avec ses partenaires, la meilleure offre jusque là obtenue par une structure de l’Etat, même auprès des concessionnaires automobiles confortablement installés à Bamako.
L’opérateur économique est allé au Pays Bas. Il a réglé tous les détails afin que la commande puisse arriver à Bamako dans un temps record. Il a même positionné un bateau. Mais, avant l’embarquement, de bonne foi qu’il est, il a demandé à l’Etat Major général des armées de désigner trois officiers spécialisés pour inspecter les véhicules avant leur embarcation.
Le même Général de Brigade Ibrahima Dahirou Dembelé a désigné trois officiers et l’a fait savoir à son supérieur hiérarchique, en l’occurrence le ministre de la Défense et des Anciens Combattants, à travers un courrier daté du 4 mars 2013.
Les officiers désignés étaient le Commandant Mamourou Togo (DFM/MDAC), le Capitaine Adama Maïga (DMHTA) et le Lieutenant Sidy Coulibaly (DMHTA). Quelques jours avant la mission en Amsterdam, le ministre de la Défense, le Général de Brigade Yamoussa Camara, a fait lire à la télévision un communiqué laconique. C’était le 22 mars dernier. Il disait «le ministère de la Défense et des Anciens Combattants porte à la connaissance de l’opinion publique nationale que des informations récurrentes font état d’une commande de véhicules à réaliser sur les fonds mis à disposition par les opérateurs de téléphonie mobile au profit des Forces armées. Des procédures administratives avaient été engagées, sans concertation avec le département de la Défense, qui est en attente d’un lot important de véhicules du même type. Les fonds en question sont utilisés pour acquérir d’autres moyens complémentaires et assurer le renforcement des capacités opérationnelles des troupes… ».
C’est une contrevérité flagrante. Comment l’armée peut-elle exprimer les besoins, fixer les caractéristiques techniques des véhicules, désigner des officiers pour l’inspection des engins à Amsterdam pour, au finish, mettre en avant des procédures auxquelles elle n’aurait pas été associée? Conséquences: le Premier ministre a annulé l’achat de ce matériel roulant pour nos militaires, qui peinent à patrouiller dans les environs de Gao, faute de moyens de locomotion. Pour la même raison, nos braves soldats n’arrivent pas à aller à Kidal.
Alors, qu’est ce qui peut expliquer l’attitude du ministre de la Défense? Veut-il être associé à l’octroi du marché à l’opérateur économique gagnant ou veut-il attribuer lui-même ce marché à un autre fournisseur? Dans l’un ou l’autre cas, le temps presse. Des militaires meurent chaque jour sur le terrain. Allons-nous continuer à nous tirailler sur le sujet de procédures administratives déjà respectées, quitte à contrarier le résultat recherché? Que cachent ces tiraillements inutiles? En tout cas, on sent de manière indubitable une forte odeur de magouille autour de ce dossier. A suivre.
Chahana Takiou
SOURCE: 22 Septembre du 4 avr 2013.
09:01 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : mali, armée







