vendredi, 18 décembre 2009

Immigration : Accord entre le Burkina et la France sur la gestion des flux migratoires

Article publié le : vendredi 18 décembre 2009



Par RFI


Le Parlement burkinabé a largement voté une loi qui entérine l'accord de janvier 2009 entre Ouagadougou et Paris, portant sur la « gestion concertée des flux migratoires ». Accord que la France a déjà signé avec 8 pays d'Afrique et l'île Maurice. Pour Paris c'est un moyen de lutter contre l'immigration clandestine et de mettre en œuvre sa politique d'immigration choisie en favorisant l'octroi de visa pour certains métiers. Pour le Burkina cela permet de faciliter l'envoi d'étudiants notamment pour se former en France, et c'est aussi l'occasion de voir certains projets de développement financés par Paris.


D'abord il y a le volet professionnel. Le texte établit une liste de 64 métiers, du bâtiment à la gestion d'entreprise en passant par la logistique ou la restauration, dont les professionnels burkinabés auront davantage de chance d'obtenir un visa pour travailler en France. 500 visas de trois ans leurs seront ainsi délivrés chaque année en priorité.


Réciproquement, le Burkina dresse une liste de 21 métiers pour les Français qui souhaitent s'installer sur son sol. Pour les intellectuels, scientifiques, humanitaires ou sportifs burkinabés, 150 titres de séjours de trois ans portant la mention « compétences et talents » seront aussi octroyés.


En ce qui concerne les étudiants burkinabés, titulaires d'un master ou d'une licence professionnelle, ils auront la possibilité d'obtenir une autorisation de séjour en France de six mois renouvelable une fois. Une période au cours de laquelle ils pourront rechercher ou occuper un emploi en relation avec leur formation, et dont la rémunération correspond à au moins, une fois et demie le SMIC.


Troisième gros volet du texte, la France, en plus de la coopération habituelle, s'engage à financer un certains nombre de projets de développement dans les zones à forte émigration sur le sol burkinabé. Un investissement qui se monte selon le ministère burkinabé des Affaires étrangères, à 4 millions et demi d'euros sur trois ans.

NORD DU BURKINA : Le manque de routes, un facteur de sous-développement

vendredi 18 décembre 2009

Pour Prince Ouédraogo Relouindé 1er, la région du Nord connaît une stagnation en raison surtout du manque d’infrastructures routières de qualité. C’est pourquoi il invite le Premier ministre, dans la lettre ouverte ci-dessous, à inscrire ses observations dans son programme de développement.

Excellence Monsieur Le Premier ministre

Votre récente déclaration sur le sous-développement de la région du Nord m’offre l’agréable opportunité de vous faire partager mon point de vue sur cette question.

Mais avant, essayons de parcourir l’histoire de cette région qui était jadis prospère et glorieuse aux potentialités énormes. La région du Nord était par excellence un pôle de commerce florissant entre le Soudan et la Haute Côte d’Ivoire. Nous devons cette suprématie au célèbre Naba Kongo 1757-1787 qui, conscient de l’importance du commerce dans la vie sociale, économique et politique, s’est fait le protecteur du commerce dans la boucle du Niger (voir Michel Isard du Yatenga précolonial, éditions Carthala). Ainsi, le sel gemme, les épices, le poisson, les tissus cotonnade et nylon, le beurre de karité, la kola, etc, étaient les principaux produits que les marchands de la région du Nord convoyaient pour ravitailler les marchés intérieurs et extérieurs comme Gao, Tombouctou au Mali, Koumassi, Tamalé, Wa au Ghana, Bobo, Dori, Djibo, Kongoussi, Kaya, Tera au Niger en concurrence loyale avec les Soninkés, les Malinkés, les Dioulas, les Bambara, les Sonraïs ou Maransés et les Yarcés.

Tout un grand réseau composé de pistes infestées par les fauves mais sécurisées par une sorte de djatiguiya (hospitalité) reliait Ouahigouya chef-lieu de la région du Nord à ces villes ci-dessus citées . Le commerce se faisait dans des conditions extrêmement difficiles : à pied, à dos d’âne, à vélo et quelques rares fois en camion ou en train ; d’où le caractère sélectif de ce commerce. Les routes empruntées étaient de Ouahigouya - Bobo - Côte d’Ivoire ; Ouahigouya - Mali ; Ouahigouya - Kougoussi - kaya - Boulsa - Sapaga - frontière du Bénin ; Ouahigouya - Bolgatenga (Ghana) ; Ouahigouya - Djibo - Dori Terra (Niger), Yako - Koudougou - Léo - Wa et Tamaley au Ghana. Des témoins vivants comme El Hadj Oumarou Kanazoé, Amadé Bagrin, Salif Déré, Aly Gourga père de Mahamadi Savadogo dit Kadaffi sont parmi ceux-là qui ont parcouru ces distances.

Ainsi, les nouvelles générations ont hérité de l’oeuvre entreprise par leurs parents et grands- parents qui l’ont améliorée à l’instar de la communauté libano-syrienne, grâce aux moyens modernes de communication et de transport. On peut classer dans ce groupe, Alizèta Ouédraogo (Tan Aliz), Obouf, Kadaffi, le PDG de Sol confort décor, le PDG de STAFF, le PDG de Bouro et frères, Adema Kindo PDG du Somika, etc. L’esprit d’initiative privée est ancré dans les mœurs des populations du Nord. Excellence Monsieur le Premier ministre, dans Les atouts économiques Burkina 2000, le président du Faso disait : « L’environnement institutionnel et juridique mis en place (Code des investisseurs, Code douanier, Code minier, législation du travail, etc.) offrent aux investisseurs nationaux et étrangers un cadre idéal pour concrétiser rapidement leurs projets et garantir la rentabilité de leurs investissements ».

Alors, à l’heure actuelle, sans être l’avocat des opérateurs économiques du grand Nord y compris le Sahel, est-il raisonnable d’investir dans cette région qui ne présage pas de la rentabilité escomptée ? Ne dit –on pas que la route du développement passe par le développement des routes ? Mais le constat est là, très amer. L’effort individuel des opérateurs économiques n’a pas toujours été accompagné par celui de l’Etat. Le Nord bénéficie d’une situation stratégique à même d’assurer son plein développement mais non exploitée. Ayant en commun une frontière avec le Mali et le Niger et servant de pont entre la partie sahélienne et côtière de l’Afrique de l’Ouest et même du Maghreb, la région du grand Nord ne s’est pas encore révélée à la hauteur de ses potentialités naturelle et historique depuis les indépendances . La situation s’apparente à un destin bloqué.

La route reliant Ouahigouya à Bobo est abandonnée compte tenu des calvaires et des nombreux préjudices qu’elle cause à ses usagers malgré la distance réduite par rapport à celle Ouahigouya- Ouaga - Bobo parce que non bitumée. La route Ouahigouya–Koro, vitale pour les deux villes sur le plan économique et touristique, est un tombeau ouvert pour les usagers qui sont pourtant contraints de l’emprunter tous les jours. La route Yako - Koudougou offre un spectacle désolant et constitue un handicap à l’accès du marché de Léo très fréquenté par les commerçants rescapés résidant toujours dans le Nord car la plupart de ces commerçants sont en faillite et d’autres ont préféré investir ailleurs. La route Ouahigouya - Koungoussi - Kaya – Boulsa – Sapaga frontière Togo - Benin - Ghana pouvait déclencher un réel développement accéléré de toute la région du grand Nord.

Djibo, ville d’approvisionnement et de ravitaillements de Ouahigouya est souvent inaccessible compte tenu de l’état de la route, sans parler de Djibo - Dori qui est quasiment impraticable. Depuis plus d’un siècle, Ramatoulaye était un lieu de convergence des pèlerins de l’Afrique de l’Ouest et des amis du Moyen- Orient (Iran, Koweït, Arabie saoudite). Mais l’état délabré de la route n’incite plus les pèlerins à aller à Ramatoulaye qui, petit à petit, se meurt au profit d’autres lieux plus accessibles. La politique de développement des infrastructures routières au Burkina Faso est plus axée sur l’accès aux ports et non pas sur les liaisons intérieures en termes de bitumage. L’enjeu des routes dans le développement économique, social, culturel, et touristique est majeur. Les régions du Nord et du Centre-Nord ont été écartées au Tour du Faso cette année pour manque d’infrastructures routières conséquentes.

Ceux qui ont investi dans l’hôtellerie par amour de leur région comme Saybou Tréboule, le PDG des chaînes de l’Hôtel de l’Amitié, se contenteront désormais du minimum car le Tour du Faso vient de perdre l’une des ses missions premières, c’est-à-dire faire connaître les villes de l’intérieur, développer l’hôtellerie et le tourisme au profit de ces villes. Excellence Monsieur le Premier ministre, des efforts sont faits à la faveur du 11-Décembre. Une volonté des fils et filles de la région s’affirme sous l’initiative de Madame le Gouverneur pour un investissement dans la région. Mais la volonté politique de l’autorité centrale en termes d’investissement dans les infrastructures routières modernes, hydrauliques et universitaires reste déterminante dans le décollage économique de l’ensemble de la partie nord du Burkina Faso.

Excellence Monsieur le Premier ministre, j’ose croire que mes observations s’inscrivent déjà dans votre programme de développement intégral de la partie grand Nord. A défaut, je me réserve le droit d’affronter tout candidat en 2010 afin de briguer la magistrature suprême par voie électorale dans le souci de développer toutes les régions, cas par cas, selon les potentialités de chacune à l’issue des foras régionaux.

Prince Ouédraogo relouinde 1er Email : ouedraogorelouende@ yahoo.fr Cél 70 10 15 93.

Le Pays

 

 

Burkina Faso-Israël : On débroussaille le champ de la collaboration agricole

vendredi 18 décembre 2009

Du 3 au 9 décembre 2009, Tammy Erann-Soussan, la directrice des stages à la Division francophone du centre de coopération internationale pour le développement agricole (CINADCO) a séjourné dans notre pays. Elle avait pour mandat de débroussailler le champ de la coopération agricole entre Israël et le Burkina.

L’Etat hébreu explore de nouvelles pistes de coopération avec le Burkina Faso. En visite dans notre pays, Tammy Erann-Soussan a annoncé l’intensification de la coopération entre les deux pays : « Ma visite au Burkina vise, à aider, à identifier des axes de coopération ». Emissaire de la Direction du département Afrique au sein du ministère des Affaires étrangères, elle a confié que cette mission résulte du fait qu’Israël cherche à inscrire la coopération avec le Burkina Faso dans ses priorités. Elle a expliqué que la visite du président du Faso, Blaise Compaoré, en Israël du 13 au 15 mai 2008 est à l’origine de l’intensification de cette coopération. « Son discours appelant à la valorisation du capital humain pour bâtir le futur a vraiment séduit et ému tout le peuple israélien », souligne-t-elle.

Le séjour de Tammy Erann-Soussan lui a permis d’avoir des échanges avec le ministre délégué à l’Agriculture, le directeur des Aménagements et du Développement de l’Irrigation (DADI), des représentants des ministères de l’Agriculture, de la Jeunesse et de l’Emploi, du Fonds d’appui aux initiatives de jeunes (FAIJ), du Projet d’appui aux filières agro-sylvo-pastorales (PAFASP), de la Fondation Jean-Paul II pour le Sahel, etc. L’envoyée de l’Etat hébreu ne s’est pas contentée des échanges avec les autorités et les techniciens burkinabè.

Elle a aussi visité des réalisations et projets, à l’Autorité de mise en valeur de la vallée du Sourou (AMVS), à Yako et à Ouahigouya. Il s’agit d’identifier des axes possibles pour approfondir et élargir le champ de la coopération avec le Burkina Faso. Ce qui devrait déboucher sur des « actions concrètes ». Le Centre de coopération internationale pour le développement agricole (CINADCO) a formé plus d’une centaine de Burkinabè dans des domaines divers, tels que le développement communautaire, l’éducation, etc. Il a des relations de coopération avec les ministères de l’Action sociale et de l’Agriculture.

Renforcer les capacités des jeunes agriculteurs

Il est en train d’établir une coopération avec le ministère de la Jeunesse et de l’Emploi dans le but de l’aider à atteindre les objectifs dans le domaine de l’implication des jeunes dans les projets agricoles. Mais, le CINADCO n’est pas, selon la directrice des stages, une agence d’appui qui investit dans les financements de projets. C’est une structure qui apporte des appuis techniques en termes de renforcement des capacités.

Le séjour au Burkina lui a permis de s’imprégner des missions du FAIJ. Avec le directeur général de ce Fonds, Parfait Désiré Ouédraogo, elle a exploré des pistes de partenariat. « Nous pensons pouvoir renforcer les capacités dans le domaine agricole des jeunes bénéficiaires de l’appui financier de ce fonds. Cela est très important parce que, sans un savoir-faire, les jeunes ne connaîtront pas de réussite dans leur entrepreneuriat agricole », a-t-elle indiqué. Le Burkina Faso dispose de bonnes terres fertiles, de l’eau, d’un climat propice à la production agricole, contrairement à Israël, estime la directrice des stages israélienne. Pour elle, c’est juste l’application de certaines techniques agricoles modernes qui semble manquer au Burkina.

Car, « l’expérience a montré que les agriculteurs opposent une certaine réticence à adopter les nouvelles pratiques. Il faut arriver à convaincre la jeunesse de s’inscrire dans l’application du savoir-faire agricole », note Tammy Erann-Soussan. Elle en veut pour preuve les merveilles que constitue l’irrigation par le goutte-à-goutte. Cette méthode innovante permet à l’agriculteur de profiter de trois cycles de production dans l’année. Et elle peut être introduite au Burkina Faso. L’appui du CINADCO au FAIJ devrait servir à booster le secteur agricole.

Cela, à partir du fait que les stagiaires techniciens et agronomes formés en Israël occupent, déjà, des positions-clés dans tous les domaines de l’agriculture et de la gestion des ressources en eau. La plupart des anciens stagiaires lui ont confié que les stages en Israël ont positivement changé leur vie. La coopération israélo-burkinabè remonte aux années 1960. Le premier directeur du Centre de formation de jeunes agriculteurs de Matourkou, aux environs de Bobo-Dioulasso, fut un Israélien. En douze ans de service au CINADCO, la directrice des stages a personnellement formé environ cent cinquante (150) agents.

Le Burkina Faso et l’Israël n’ont pas les mêmes problèmes en termes d’emploi. Un seul aperçu de ce pays finit par convaincre sur la différence : Israël est un Etat de 22 000 km2 avec une population estimée à environ 7,5 millions d’habitants. Il dispose de très peu de terres. Par contre, le pays a une organisation institutionnelle très forte qui lui a permis un développement très rapide. Celui du secteur agricole ne date que de 60 ans. En Israël, les jeunes sont, soit dans les coopératives à base socialiste très forte où la production est très réglementée appelées Kibboutz, soit ils travaillent dans des fermes familiales, très recherchées parce que peu nombreuses.

Ce pays ne rencontre pas de problèmes d’orientation des jeunes vers les entreprises agricoles. Ce qu’Israël a en commun avec le Burkina Faso, c’est la similitude du climat. « Mon pays ayant les 2/3 de son territoire désertique, le vôtre a plus d’avantages. Sur le plan agricole, les deux pays ont beaucoup d’expériences à partager. Au départ, Israël était constitué de rochers et de dunes de sable. Aujourd’hui, c’est autre chose grâce à la connaissance que ses habitants ont acquise dans la fertilisation des sols et la maîtrise de l’eau », explique l’Israélienne.

Joël Zabsonré

L’Observateur Paalga

Burkina/Niger : Petits services entre tripatouilleurs ?

vendredi 18 décembre 2009

Il pleut sur Niamey. Quoi ? Des sanctions, nous voulons dire ! Depuis la décision contestée du président Mamadou Tandja de prolonger son mandat de trois ans afin « de terminer ses chantiers » ; depuis la suppression, par le pouvoir, de la clause limitative du nombre de mandats, initialement fixé à deux, le Niger ne cesse de crouler sous le poids des mesures de rétorsion. Après la Communauté des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) qui a suspendu le pays du Ténéré de toutes ses instances, ce fut au tour de l’Union européenne (UE) de passer à l’acte après plusieurs menaces de représailles restées vaines.

Lasse de prêcher dans le désert nigérien, l’Europe communautaire s’est résolue à fermer le robinet de la coopération avec le pays de Séyni Kountché, dont elle est le premier partenaire économique. Soit un gel, en termes chiffrés, de plus de 300 milliards de francs CFA. Il n’est pas jusqu’au Pays de l’Oncle Sam qui n’ait donné de la voix face au refus méprisant de Niamey de reconsidérer, un tant soit peu, ses réformes politiques tant décriées.

Tenue du 15 au 16 décembre 2009 à Paris, la 25e session de la conférence ministérielle de la Francophonie avait, entre autres points inscrits à son ordre du jour, l’examen de la situation au Niger. On se demandait alors comment l’organisation allait se comporter à l’égard du pays où elle a été portée sur les fonts baptismaux.

Mais au grand dam des partisans de la manière forte, comme le ministre canadien chargé des Relations internationales, Pierre Arcand, la rencontre s’est terminée sur une note d’indulgence, voire de complaisance, à l’égard du régime autoritaire de Tandja. Cela, nonobstant la Déclaration de Bamako qui réaffirme le rejet par la Francophonie de « toute modification substantielle du régime électoral introduite de façon arbitraire ou subreptice » (Sic). Mais savez-vous qui a bataillé ferme pour éviter aux Nigériens une énième salve de sanctions ? Le Bur-ki-na Fa-so.

Oui, le Burkina Faso dont le président, Blaise Compaoré, à ce qu’on dit, ne serait pourtant plus en odeur de sainteté avec son voisin nigérien. Que faut-il voir dans cette attitude de notre pays ? Un simple acte de compassion pour « un frère et ami » qui n’en finit pas de s’enferrer dans ses propres turpitudes ou bien, comme pensent certains, de petits services entre tripatouilleurs ?

Pour tous ceux qui n’en finissent pas de suspecter le régime Compaoré de vouloir à nouveau violenter l’article 37, en d’autres termes, faire sauter le verrou de la limitation du nombre de mandats, la question ne mérite même pas d’être posée.

A l’évidence, ne manqueront-ils pas de soutenir, la position de notre pays, tenue de bout en bout par l’ambassadeur Luc Adolphe Tiao, trahit les desseins du chef de l’Etat burkinabè de rééditer le coup de canif constitutionnel de 1997. Un soutien qui vaudra, au pays des hommes intègres, son pesant de réprobation d’autant plus qu’il intervient au moment où on commence à entendre le cliquetis des haches de la guerre de l’article 37.

Par Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga

 

Ousmane Guiro, directeur général des douanes : « Nous perdons plus de 300 millions par mois suite à la fraude sur les motos »

vendredi 18 décembre 2009

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Ousmane Guiro, directeur général des douanes

Depuis le mois d’octobre, le prix de vente des motos a flambé. Une hausse qui grève les budgets des consommateurs. Que s’est-il passé ? Le directeur général des douanes soutient qu’il n’y a pas eu de modification des tarifs douaniers mais une remise en cause d’avantages fiscaux accordés aux sociétés de montage de motos. Il se prononce également sur l’ampleur de la fraude dans le secteur des deux roues qui causerait des pertes fiscales de l’ordre de 300 millions par mois et appelle les consommateurs à la vigilance.

Sidwaya (S.) : Qu’est-ce qui explique la flambée actuelle du prix des motos sur le marché ?

Ousmane Guiro (O.G.) : Des opérateurs économiques avaient demandé un agrément pour la mise en place d’unités de montage de cycles. Cet agrément leur conférait le bénéfice de la catégorie 1 du tarif des douanes à savoir un taux de droit de douane de 5%. Mais, l’arrêté accordant ces faveurs pose la condition selon laquelle les unités de montage doivent faire à la fois la soudure, la peinture et l’assemblage. L’objectif de cette franchise accordée aux entreprises est de favoriser des créations d’emplois.

Tout importateur agréé, respectant ces conditions, peut bénéficier du régime fiscal des faveurs. Et c’est après vérification par un comité du respect de ces conditions qu’une entreprise est agréée. Ainsi, toutes les sociétés ayant bénéficié de cette faveur remplissaient toutes les conditions au moment du contrôle effectué par le comité. Les visites ont été concluantes dans la mesure où les installations de soudure, de peinture et d’assemblage étaient en place.

Au contrôle, nous avions constaté l’effectivité de toutes ces installations. Par conséquent, nous leur accordions les faveurs subséquentes. Malheureusement avec le temps, nous nous sommes aperçus qu’après le constat de démarrage des activités, les trois conditions préalables n’ont jamais été respectées par les sociétés établies. Elles se contentaient tout simplement d’importer des motos dans des caisses pour enfin les assembler avant de les mettre sur le marché.

Cette pratique est tout à fait contraire à l’esprit de l’arrêté. Cette situation a occasionné des pertes de taxes pour l’Etat. En ce sens que, lorsqu’ une moto est importée en l’état, on applique des taux de droits de douane de la catégorie 3 à savoir 20%. Nous ne pouvions tolérer encore plus longtemps le fait que les industriels importent des motos complètes tout en les dédouanant au tarif du régime des faveurs comme si c’était des cycles importés en pièces détachés.

C’est pourquoi, l’administration douanière a demandé et obtenu la fin du régime des faveurs pour les motos importés en l’état. Soit les entrepreneurs continuent à bénéficier du régime en respectant les conditions de l’arrêté, soit ils sont imposés comme n’importe quel importateur de motos. C’est vrai que cette décision a fait beaucoup de gorges chaudes mais, il fallait rétablir la justice en mettant tous les importateurs sur le même pied. Les industriels tenaient à bénéficier du régime des faveurs.

Mais, nous avions opposé un « non » au motif qu’ils ne sont pas les seuls importateurs. Des commerçants du grand marché importent également des cycles dans les mêmes conditions que ces opérateurs économiques agréés.

Avant la suspension de la mesure, la situation se présentait comme suit : vous, vous importez une moto pour laquelle on vous impose un taux de 48% pour le dédouanement. Pendant ce temps, votre voisin qui importe le même type de moto et bénéficiant du régime des faveurs ne paie que 26%. De plus, la douane vous fixe une valeur de référence de 225 000 F CFA sur laquelle vous payerez vos 48%.

Tandis que votre voisin paie 26% sur une base taxable de 100 000 F CFA. Cette situation n’a que trop duré. Dans un Etat démocratique, cela est une injustice économique et fiscale. Le prix des motos n’a donc pas augmenté. C’est plutôt les opérateurs économiques qui se plaignent.. Nous avions rencontré les importateurs agréés en même temps que les vendeurs de cycles. Ces derniers ont toujours clamé que les motos ne sont pas vendues à leur juste prix du fait que les industriels dédouanent les motos comme des pièces détachées.

Ce sont les industriels qui ont cassé le prix des motos. Si bien que les revendeurs du marché avaient de la peine à suivre. En d’autres termes, la douane n’a pas changé ses tarifs, ni ses taux. Nous avons simplement mis fin à une pratique jugée non conforme à la réglementation.

S. : Pourtant les industriels se défendent d’être des pourvoyeurs d’emplois et de recettes pour les finances publiques. Qu’en est-il ?

O. G. : Si le travail des industriels se résume à l’assemblage des motos, j’estime qu’ils font exactement la même chose que n’importe quel commerçant qui vend des cycles. Il n’y a aucune différence ! Alors, il n’est pas normal qu’on aide le groupe des industriels au détriment des petits exportateurs. Si on doit accorder des avantages, les vendeurs de motos autour de Rood Woko doivent également en bénéficier.

S. : Certains industriels soutiennent avoir arrêté de faire de la peinture parce que ça pollue l’environnement. Que répondez-vous à ces derniers ?

O.G. : Je n’ai jamais entendu cette version. En tous les cas, ils ne sont pas plus soucieux du respect de normes environnementales que le gouvernement. Nous ne demandons que le respect strict des termes de l’arrêté.

S. : S’agit-il d’une suspension transitoire ou d’un arrêt de la mesure ?

O.G. : C’est une suspension, le temps que nos amis opérateurs économiques mettent en place des mécanismes pour respecter scrupuleusement les termes de l’arrêté. Lors des discussions, ils ont dit vouloir importer des équipements afin de se conformer. Ce que je ne comprends toujours pas, c’est qu’au moment des inspections de démarrage, toutes les installations étaient en place. Malheureusement, elles n’ont jamais été utilisées.

S. : Peut-on dire qu’il s’agit d’une forme de fraude ?

O.G. : Non ! C’est plutôt l’administration qui a manqué de vigilance. Il s’agit d’une faute de l’administration. Je ne saurai soutenir qu’ils ont fraudé. C’est nous qui leur avons accordé des avantages fiscaux. Il nous revenait par conséquent d’être plus regardant sur le respect des conditions.

S. : Pour autant, la réaction de l’administration douanière pénalise les consommateurs à cause de la hausse consécutive du prix de la moto...

O.G. : La hausse du prix n’est pas consécutive à la suspension de l’avantage accordé aux industriels. Aussi, je ne pense pas que les prix aient flambé de manière exagérée. La hausse oscille certainement entre 25 000 et 50 000 F. Cela s’explique en fait par la rareté du produit sur le marché. La mesure a suscité de la rétention au niveau des importations.

Les importateurs ont préféré abandonner leurs marchandises au port espérant que la situation va se normaliser en leur faveur. Pendant deux mois, des motos sont restées stationnées au bureau des dédouanements. Les propriétaires espéraient que le gouvernement reviendrait sur sa décision. Mais nous avons expliqué à ces derniers que l’Etat ne peut se mettre à bafouer ses propres textes.

Mais, vous verrez que les prix vont chuter au fur et à mesure parce que les gens vont s’habituer à la nouvelle donne. D’autant plus que les revendeurs n’ont pas de capacités à importer suffisamment de cycles pour satisfaire la demande.

S. : Quel est l’état actuel de la fraude dans le secteur des deux roues au Burkina ?

O.G. : La situation de la fraude est encore préoccupante. C’est le plus grand mal que l’administration douanière s’attèle à combattre avec plus ou moins de succès. Il y a toutes sortes de fraudes dans les secteurs des cycles. Il y a les rouleurs qui passent par les campagnes afin d’éviter les contrôles douaniers.

Ces derniers sont généralement engagés par un trafiquant moyennent 15 000 ou 25 000 F par moto et par voyage. Certains rouleurs effectuent plusieurs fois le trajet à partir de Cinkansé. D’autres empruntent les routes nationales, mais à des vitesses excessives de sorte que même si les douaniers aperçoivent ces derniers, ils ne peuvent les arrêter au risque de provoquer un drame.

Si la douane devait combattre la fraude sur ces routes et dans les campagnes, on aura chaque jour des morts. C’est pourquoi, nous avons déplacé la lutte dans les villes, à travers le contrôle des documents sur les voies publiques ou aux feux de signalisation. C’est plus simple et moins dangereux. Car notre objectif n’est pas de créer des situations mortelles.

S. : En ce moment, c’est le consommateur qui paie les pots cassés d’autant plus que la moto que vos services appréhendent en ville est déjà mise en circulation ?

O.G. : Je suis d’accord avec vous. C’est pourquoi, nous demandons aux citoyens d’arrêter d’acheter des motos en hors taxes. C’est inutile et non rentable. Car en cas de saisie de l’engin, le propriétaire est condamné non seulement à verser les droits de douane, mais aussi à payer une amende.

Acheter une moto hors taxes est un investissement à perte. Je déconseille aux Burkinabè soucieux de ne pas s’attirer des ennuis avec l’administration des douanes, d’acheter des motos en hors taxes. Aussi, j’attire leur attention sur le fait que des individus mal intentionnés délivrent des fausses cartes grises.

Malheureusement pour ces délinquants-là, les douaniers arrivent à déceler ces faux documents. J’invite donc le public à plus de vigilance. Il y a même un projet en vu qui vise à fiabiliser davantage la carte grise à l’image de la carte nationale d’identité. Tous détenteurs de fausses cartes grises s’exposent à des ennuis.

Ils ne pourront pas les échanger contre les nouvelles cartes car le contrôle révèlera que leur document est faux. Personne n’a vraiment intérêt à se munir d’ une fausse carte grise ou à acheter une moto en hors taxes. A chacune de ses sorties, la brigade saisit plus de 70 motos fraudées en deux heures.

S. : Mais à Ouaga, on dit que le Théâtre populaire est le « distributeur agréé » de Cinkansé en termes de fraude et de contrefaçon. Pourquoi, la douane peine à démanteler ce réseau ?

O.G. : Effectivement, beaucoup de gens achètent des motos non dédouanées au Théâtre populaire. C’est le monde en l’envers. Le problème du Théâtre populaire dépasse la douane. Elle ne peut y intervenir.

S. : Pourquoi ?

O.G. : Parce que le Théâtre populaire est à l’intérieur d’une ville. De plus, notre réserve se justifie par les risques élevés de troubles à l’ordre public que pourrait générer une intervention dans la zone. Mais, je conviens qu’il est inadmissible que des citoyens se comportent en hors-la-loi.

Qu’il y ait à l’intérieur de la ville de Ouagadougou une zone franche où tout est permis, est inadmissible. Tôt ou tard, l’Etat prendra ses responsabilités. Nous le souhaitons vivement. Si on continue ainsi, à un moment donné, personne ne va payer les droits de taxes.

Le marché de Sankariaré est aussi un repaire de fraude de cigarettes de toutes marques. Là aussi, on agit comme dans une zone franche. Nous devons faire en sorte que force reste à la loi.

S. : Vous estimez à combien le nombre de motos fraudées en circulation ?

O.G. : Il n’y en a pas moins de cent mille motos fraudées sur toute l’étendue du territoire national. Nous venons de mettre la main sur des dossiers de plus de 1200 motos immatriculées dans un centre d’immatriculation à l’aide de faux documents.

Ces engins ont des cartes grises régulières mais établies sur la base de faux. C’est la même chose que les voitures que nous avons saisies en 2007/ 2008. Ces indélicats ont poussé l’audace jusqu’à établir des quittances de douane. Ils font même des CMC (Certificat de mise en circulation).

S. : Quelles sont les sanctions encourues par ces personnes ?

O.G. : Si nous les arrêtons, elles seront sanctionnées. Dans le cas présent, l’enquête avait été confiée à la gendarmerie. Et le jour où elle a décidé de procéder aux arrestations, les agents ont trouvé de nombreux documents au domicile du suspect qui a réussi à prendre la poudre d’escampette. Ce dernier était chargé de délivrer les quittances sans mentionner la marque de la moto, ni le numéro du châssis, au demandeur de complèter.

S. : Quelle est la marque de moto la plus fraudée actuellement au Burkina Faso ?

O.G. : Ce sont les Crypton. La plupart des Crypton que vous rencontrez sur le marché sont des produits de la contrefaçon.

S. : Quel est le préjudice de la fraude et de la contrefaçon sur les finances publiques ?

O.G. : Nous perdons près de 300 millions par mois dû à la fraude sur les motos. C’est trop !

S. :C’est une vraie gangrène alors !

O.G. : Absolument ! J’ appelle les citoyens à ne plus payer des motos en hors taxes. Je crois que les gens commencent à comprendre. Il eut un temps où je recevais quotidiennement des plaintes de personnes dont les motos ont été saisies alors qu’elles possèdent une carte grise. Je leur disais que si on vous a arrêté alors que vous avez une carte grise, c’est que celle-ci est fausse. Mieux, je leur demandais de me ramener la quittance de douane.

Ils ne revenaient plus parce qu’il n’y a pas de quittance. Ceux qui s’adonnent à ces pratiques sont sans moralité et sont malhonnêtes. Pourquoi vendre une moto à un individu sachant bien que vous le mettez en porte-à-faux avec la loi ? Notre souhait est que les gens qui détiennent des motos en hors taxes, viennent les dédouaner.

S. : Avez-vous un message à lancer à l’endroit des consommateurs et des industriels ?

OG. : Le vendeur se fiche éperdument quand l’acheteur est dans l’impasse. En cas de problème, c’est le consommateur final qui paie les désagréments. J’invite les consommateurs à s’assurer toujours qu’une moto est dédouanée avant de l’acheter. En cas de doute, ils peuvent avoir recours à la douane.

Ça ne coûte rien et c’est sécurisant. Je les invite à faire preuve de prudence et ne pas acheter une moto parce qu’elle a une carte grise dans la mesure où il en existe de fausses. Ils peuvent et ont le droit de s’assurer que les documents douaniers à eux fournis sont authentiques. Il y a de faux CMC. Que le client apprenne à se protéger pour ne pas se faire gruger par le commerçant. Un homme averti en vaut deux. Il y a du faux, soyez prudents.

Aux industriels avec qui nous avons eu des échanges fructueux, je leur demande de tenir leurs promesses en respectant les dispositions de l’arrêté, car ils procurent des recettes à travers leurs importations. La reprise de leurs activités est une source sûre de recettes pour les douanes contrairement à ceux qui passent par les brousses.

Interview réalisée par Rabankhi Abou-Bâkr ZIDA (rabankhi@yahoo.fr) et S. Nadoun Coulibaly (cou_nad@yahoo.fr)

Sidwaya

jeudi, 17 décembre 2009

ONG Eau Vive : Un passé glorieux, une nouvelle dynamique en perspective

jeudi 17 décembre 2009

La troisième rencontre associative internationale de l’ONG Eau Vive se tient du 14 au 18 décembre 2009 à Ouagadougou. Les participants venus de France, du Mali, du Sénégal, du Niger et du Burkina Faso, feront le point de l’avancement du projet fédératif et donneront les nouvelles orientations nécessaires.

Après trente ans d’action en Afrique de l’Ouest, l’ONG Eau Vive ne cesse de se battre aux côtés des Sahéliens pour leur offrir de meilleures conditions d’existence.

Depuis lors, environ sept milles personnes desservies en eau potable, deux cent trente actions économiques : maraîchage, artisanat et cinq cents actions de soutien aux associations, entreprises, élus locaux ont été réalisés par ladite structure au profit des populations africaines. C’est toujours dans l’optique d’aller de l’avant qu’elle organise la rencontre de Ouagadougou, la troisième du genre, du 14 au 18 décembre 2009. Etaient présents à ce rendez-vous, les adhérents français, maliens, sénégalais, nigériens et burkinabè.

La semaine de rencontre a débuté par une visite de terrain pour les adhérents et membres de groupes associatifs d’Eau Vive. Cette tournée a conduit l’équipe de cette ONG, dans la ville de Zorgho, où l’accès à l’eau potable et à l’assainissement reste une préoccupation majeure pour la municipalité. L’ONG Eau Vive, en collaboration avec d’autres structures similaires de France, a mis un projet d’amélioration du service de l’eau dans neuf communes du Burkina Faso dont celle de Zorgho.

La visite des réalisations sur le terrain, guidée par la représentation du Burkina Faso, a permis aux membres d’apprécier les forces et les faiblesses de leurs actions et d’échanger avec les acteurs locaux partenaires.

De retour dans la capitale burkinabè, une “mini-réunion” du groupe de coordination, à l’issue de laquelle a été constituée un groupe de travail coopération décentralisée. Cette dernière se planchera, immédiatement, dans la semaine à Ouagadougou, sur l’état des lieux des activités de coopération décentralisée menées par Eau Vive. Elle aura en outre, pour tâche de proposer un agenda de travail autour d’une analyse des enjeux, des méthodes et outils, à mettre en place en interne pour pouvoir répondre efficacement à une demande de plus en plus forte au Nord comme au Sud.

Dans la journée du 15 décembre, les participants ont eu des échanges, complétant ainsi la visite de terrain à Zorgho. Dans un contexte sociopolitique et économique en pleine mutation, ce contact entre les adhérents constituent un temps de formation et d’information sur le rôle d’Eau Vive dans toute sa dimension à la fois technique, financière, mais aussi politique.

Ces échanges ont été consacrés d’une part, à la présentation de projets et programmes mis en œuvre dans les pays d’intervention en Afrique, en France et dans leur diversité et d’autre part, ont été centrés spécifiquement sur la réflexion sur l’exercice de la Maîtrise d’ouvrage communale (MOC), à l’épreuve des réalités communales de chaque pays.

L’animation des travaux est assurée par le comité d’animation, composé de délégués des groupes associatifs des différents pays (d’un délégué par groupe associatif).

Chaque groupe associatif a présenté l’état de l’avancement de ses activités, depuis la dernière rencontre en juin 2009, à Enceins en France. Il en est de même du plan de travail pour les mois à venir. Enfin, il s’agira de présenter les acquis et les difficultés rencontrées pendant la phase d’apprentissage associatif, etc.

Des propositions pour améliorer les prochaines étapes ont été faites. Les conclusions des travaux seront présentées au conseil d’administration, à sa réunion, du vendredi 18 décembre, pour décisions et orientations à prendre.

Ouamtinga Michel ILBOUDO (ouamtingamichel@gmail.com)

Sidwaya

 

Burkina Faso : Les sociétés de téléphonie mobile devraient arrêter l’arnaque !

jeudi 17 décembre 2009

Ces derniers temps, des défaillances sur les réseaux perturbent énormément les communications. Les réseaux sont instables. Il est difficile de joindre le correspondant. Il faut plusieurs tentatives avant d’y parvenir. Mais quand on a pu, après maints essais, joindre l’autre au bout du fil, la communication est naze. Si c’est pas lui qui ne vous entend pas, c’est vous qui avez des problèmes pour l’entendre. Des fois, à peine connectée, la communication se coupe d’elle-même. Il faut réessayer avec le même résultat. Presque toujours. Communiquer sur nos réseaux est devenu exécrable depuis plusieurs mois.

Les sociétés de téléphonie mobile ne semblent pas s’en inquiéter, puisqu’elles sont les grandes gagnantes de cette histoire. Elles ne perdent pas de l’argent, elles en gagnent bien au contraire. Lorsque la connexion est réalisée et qu’au bout de quelques secondes, elle est coupée par la défaillance du réseau, la minute entamée, mais non entièrement consommée, est considérée comme due et précomptée. Ce faisant, en dix tentatives de dix secondes, le client de Telecel, par exemple, va être précompté de près de 1500 f cfa au lieu de 300 F cfa. En réalité, en cumulant la durée de communication effective, environ 100 secondes, et le temps normal auquel il a droit en payant une carte de 1500 F cfa, qui est de 600 secondes, soit dix minutes, on se rend compte de l’ampleur de l’escroquerie. Le client, dans le cas de figure exposé plus haut, a consommé seulement 100 secondes, soit une minute et demi environ. La société de téléphonie lui facture 10 minutes et les lui précompte directement.

Or, lui n’a consommé qu’une minute et demi. La différence de 8 minutes et demi qui lui est facturée n’a aucune raison d’être. La société de téléphonie ne peut pas justifier qu’elle paie ce service à un opérateur, puisqu’en la matière, elle ne paie que ce qu’elle a effectivement consommé. L’Etat non plus ne peut rien exiger sur ce paiement, puisqu’il est considéré comme n’ayant pas été effectué et c’est ce qui est vrai en réalité. Il y a donc une vaste escroquerie dont le consommateur est victime de la façon la plus légale au monde. Déjà, même le principe de la minute entamée mais non épuisée, facturée et payée comme épuisée est injuste. Puisque en parallèle, les sociétés ne paient à leurs prestataires que les services consommés. Pourquoi n’appliqueraient-elles pas à leur tour ce même procédé aux clients que nous sommes ? J’ai pris l’exemple sur Telecel, parce que sa tarification est assez simple à appréhender. Mais les autres, Telmob et Zain, font la même chose.

On doit espérer quand même que lorsque la défaillance incombe aux prestataires de service, que le client n’en pâtisse pas. Si par la faute du réseau, il n’est pas possible de communiquer, il est indécent d’appliquer la double peine au client et zéro peine au prestataire. La double peine dans ce cas-ci, c’est que le client ne peut pas communiquer, mais il doit payer quand même avec des pénalités.

C’est comme si dans le commerce ordinaire, la vendeuse de riz, au coin de la rue, vous tend une assiette vide et tend l’autre main pour prendre l’argent. Est-ce que c’est possible ? L’Etat et l’instance de régulation ne devraient pas autoriser ce privilège indu. Mais il faut sûrement aux consommateurs et à leurs associations de donner de la voix. Ce n’est pas acceptable. Mais le plus indécent dans l’affaire, c’est que incapables d’assurer un réseau de relative bonne qualité à la clientèle, les sociétés multiplient de nouvelles offres. Histoire sans doute de masquer la défaillance par l’avalanche de nouveaux services eux-mêmes indisponibles. Assurez-nous au moins un bon réseau pour communiquer. Ensuite vous pourrez nous offrir l’Internet et le reste. Mais d’abord, on veut communiquer à prix coûtant.

Par Newton Ahmed Barry

L’Événement

Secteur des deux roues : Discorde autour du « régime des faveurs »

jeudi 17 décembre 2009

Suite à la suspension provisoire de l’arrêté N°03-034 MCPEA/SG/DGDI portant définition des unités industrielles de montage de cycles, de cyclomoteurs et de motocycles pouvant bénéficier du code des investissements par la direction générale des douanes, les industriels ne décolèrent pas, arguant des pertes colossales, même si la douane se défend de mettre fin à une injustice.

La pomme de discorde provient du non respect des agréments conférant aux industriels le bénéfice de la catégorie 1 du tarif des douanes. En clair, l’Etat avait consenti depuis 2002, prélever un taux de droits de douane de 5% sur les importations d’engins à deux roues faites par les sociétés établies, qui se sont engagées en contrepartie, à faire de la soudure, de la peinture et de l’assemblage, en vue de créer des emplois.

Selon le directeur général des douanes, Ousmane Guiro, toutes les entreprises ont installé au démarrage de leurs activités, des unités de montage respectant les normes sus-citées. « Au constat de démarrage effectué par le comité, on a constaté que les installations de soudure, de peinture et d’assemblage étaient bel et bien en place ».

Ainsi, les industriels ont bénéficié des faveurs de l’arrêté. « Mais malheureusement, a-t-il regretté, avec le temps, nous nous sommes aperçus qu’après le constat de démarrage des activités, les trois conditions préalables n’ont jamais été respectées par les sociétés ».

Pourtant, le président- directeur général de Mégamonde, une société de vente de cycles se plaint de faire de l’assemblage et de la soudure, tout en continuant de payer les mêmes taxes que les commerçants importateurs d’engins montés. En effet, la douane accuse les sociétés d’importer des motos en pièces détachées qui sont assemblées une fois sur place. Elle juge cette attitude contraire aux clauses de l’arrêté dans la mesure où la soudure et la peinture n’y sont pas effectuées.

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Le directeur général des douanes, Ousmane Guiro

Pour le directeur général des douanes, Ousmane Guiro, ces manquements ont induit des pertes de taxes pour les finances publiques, car une moto importée en l’état est dédouanée à la catégorie 3 des droits de douane, soit à 20%. C’est pourquoi, M Guiro dénonce le fait que les entrepreneurs se soient mis à importer des motos complètes qu’ils dédouanent au tarif du régime des faveurs (NDLR : à 5%) « comme si les cycles importées étaient des pièces détachées ». A en croire ces propos, l’administration fiscale perdrait ainsi une marge de 15%. « C’est là qu’on s’est aperçu que quelque chose clochait.

C’est pourquoi, la douane a demandé et obtenu la fin du régime des faveurs pour les motos importées en l’état », a expliqué M. Guiro reconnaissant toutefois que « cette mesure a fait des gorges chaudes ». C’est cette situation qui expliquerait en partie, la hausse du prix des motos constatée ces derniers temps, sur le marché. Les industriels ne bénéficiant plus des faveurs « du régime des faveurs » ont tout simplement appliqué la vérité des prix. « On a été obligé d’augmenter nos prix et d’arrêter la vente en gros », confie le président-directeur général de Mégamonde, une société de vente des cycles qui emploie près de deux cents agents.

Nasser Basma plaide pour l’adoption de textes clairs devant régir les secteurs de deux roues. Ainsi, les prix des motos qui ont subi ces derniers temps, une baisse sensible sont aussitôt repartis à la hausse depuis septembre dernier, date de la suspension de l’arrêté. L’augmentation des prix varie selon les marques, de 25 000 à 75 000. Pour les engins qui se négociaient entre 375 000 et 400 000, il faut désormais débourser au-delà de 425 000 F CFA. « On n’a pas de motos, ça fait un mois que notre magasin est vide.

On roule présentement à perte sèche », explique un revendeur de motos, avec un air résigné, sis aux alentours du grand marché. Ailleurs, la situation n’est guère meilleure. Et les clients doivent attendre parfois plusieurs semaines sur une liste d’attente avant d’être servis. A Mégamonde par exemple, rendez-vous est donné aux demandeurs de motos pour 2010. En dépit de cela, le directeur général de Watam Kaizer, Pat Oumarou Ouédraogo, soutient que le marché des motos se porte relativement bien.

« C’est un marché qui attire beaucoup de sociétés, beaucoup d’investisseurs. Le potentiel est là. Dans tout marché, on a des difficultés, notamment dans le notre, on est confronté à la fraude, à la contrefaçon. Et la rigidité souvent de l’administration rend pénible le travail dans le secteur ». Pat Oumarou Ouédraogo reconnaît toutefois, que l’administration a voulu il y a quelques mois, l’application stricto sensu de l’arrêté concernant l’obtention de la troisième catégorie des droits de douane. « C’est tout à fait légitime car c’est ce qui est écrit dans les textes », avoue-t-il.

Il explique que le Groupement des importateurs de deux roues avait souhaité « qu’on nous laisse un temps pour adapter nos installations, en vue de pouvoir respecter à la lettre, les clauses de l’arrêté ».

S.N. COULIBALY

RAPPORT 2008 DE LA COUR DES COMPTES : Les 56 millions non justifiés du Conseil constitutionnel

jeudi 17 décembre 2009

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Idrissa Traoré

Le rapport 2008 de la Cour des comptes a contrôlé la gestion de plusieurs institutions et entreprises publiques, à savoir le Centre de gestion des cités (CEGECI), le Conseil constitutionnel, l’ONEA, le PDRDP-B/K, la CARFO et la SONABHY. Plusieurs irrégularités ont été relevées, notamment la non-application des règles de gestion des finances, le déblocage de fonds non justifiés par la suite, l’immixtion de la tutelle dans la gestion des entreprises publiques, le non-respect des procédures de passation des marchés.

Le contrôle de la gestion du CEGECI (Centre de gestion des cités) par la Cour des comptes a couvert les exercices 2005 et 2006. Des insuffisances ont été, entre autres, relevées dans la gestion des contrats après l’analyse des cas SONOMAC, Stéphane Balkouma et Kolapo Lawson. Au niveau du contrôle de la gestion patrimoniale de la société, la Cour des comptes a, entre autres, mis à nu les irrégularités flagrantes concernant le vente des parcelles des cités du 4 août. En effet, le CEGECI a procédé au parcellement, à la vente et à l’attribution à titre gratuit et à prix réduit des parcelles situées à l’intérieur des cités (qui sont la propriété de l’Etat et non mises en valeur).

La Cour des comptes a fait observer que lesdites parcelles font partie du domaine foncier de l’Etat et que les missions du CEGECI ne font aucune mention de la compétence de celui-ci en matière foncière. Il faut ajouter que la Cour des comptes a critiqué la vente ou l’attribution à titre gratuit de ces parcelles au personnel du CEGECI, aux membres du Conseil d’administration ou à d’autres personnes, parce que ne reposant sur aucune base légale.

En ce qui concerne le Conseil constitutionnel, la Cour des comptes a particulièrement mis à l’index la gestion de l’ancien président, Idrissa Traoré, notamment au niveau des Fonds spéciaux. "(...) Au titre de la période couverte par la gestion du président sortant, le compte N°0001457 0398/02 intitulé Fonds spéciaux a été approvisionné pour un montant total de 90 millions de F CFA et a fait l’objet de retrait pour un montant total de 56 912 720 F CFA", relève la Cour des comptes dans son rapport, en précisant qu’au titre des dépenses, aucune pièce justificative ne lui a été fournie. Or le décret N°2003-184/PRES/PM/MFB du 7 avril 2003 instituant les Fonds spéciaux et leurs règles particulières de gestion prévoit en son article 15 que le président du Conseil constitutionnel reçoit quitus du président de la Cour des comptes.

Par une lettre datée du 30 juillet 2008, l’ancien président du Conseil constitutionnel, Idrissa Traoré, a expliqué que le ministre des Finances et du Budget d’alors, Jean-Baptiste Compaoré, lui avait certifié par deux fois le contraire. Par la suite, il indique avoir demandé en vain une audience au Premier ministre et au président du Faso pour régler ce problème. Idrissa Traoré (qui dit ne pas être en mesure de réunir les pièces justificatives des dépenses effectuées) affirme n’avoir pas agi au mépris des textes mais "avoir été induit en erreur, pas de mauvaise foi, par monsieur le ministre des Finances".

Au niveau des entreprises publiques, la Cour des comptes a, à la suite du contrôle de la gestion comptable et financière de l’ONEA (Office national de l’eau et de l’assainissement), relevé des insuffisances sur la réglementation des achats publics, sur la réglementation fiscale et le bon emploi des deniers. Par ailleurs, il a été constaté que l’ONEA a effectué des dépenses ne se rattachant pas à son objet ou à son activité normale. Il s’agit, entre autres, d’un appui institutionnel au ministère en charge de l’Agriculture (15 millions de F CFA), l’aménagement du bureau du ministre d’Etat, ministre en charge de l’Agriculture (plus de 3 millions et demi de F CFA).

Tout comme au niveau de l’ONEA, la réglementation générale des achats publics de la SONABHY (Société nationale burkinabè d’hydrocarbures) a été pointée du doigt par la Cour des comptes dans son rapport 2008. Ainsi, il a été constaté notamment l’absence d’autorisation préalable pour les marchés de gré à gré et la tendance aux consultations restreintes, la pratique de commandes directes sans appel à concurrence et sans établissement de marchés (exemples : commande de liqueurs à WPW pour un montant de plus de 3,5 millions de F CFA, construction d’un CEG à Sourgou pour un montant de 59 millions de F CFA). Au niveau de la gestion financière de la SONABHY (exercices 2003, 2004, 2005 et 2006), la Cour des comptes, lors de son contrôle, a relevé de fausses décisions d’exonérations en douane pour un montant total de plus de 398 millions de F CFA.

De façon générale, la Cour des comptes a recommandé à ces entreprises publiques, le respect de la réglementation des achats publics, le respect de la législation fiscale, la justification des dépenses effectuées au bénéfice de certaines structures de l’Etat, la prise de mesures idoines pour éviter de fausses exonérations, etc.

Par Dayang-ne-Wendé P. SILGA

Le Pays

 

mercredi, 16 décembre 2009

Sécurité intérieure : Le Colonel Emile Ouédraogo sonne le rassemblement

mercredi 16 décembre 2009

Au cours d’un atelier de validation, tenu hier mardi 15 décembre 2009 au Conseil burkinabè des chargeurs (CBC), le ministre de la Sécurité, Emile Ouédraogo, a présenté son nouveau plan de bataille. Intitulé « Stratégie nationale de sécurité intérieure », le document suscite de réels espoirs tant son approche est innovante et sa démarche, anticipatrice et prospective.

 

Pour un atelier de validation, ce fut un véritable conseil de guerre contre l’insécurité : présence du chef du gouvernement, Tertius Zongo, et de plusieurs membres de son équipe, assistance de la haute hiérarchie militaire représentée par le chef d’état-major général des armées, Dominique Diendiéré, mobilisation des forces de l’ordre et de sécurité, participation de civils impliqués dans la lutte contre le banditisme sans oublier la présence du chef des Dozo, cette confrérie de chasseurs traditionnels. Aux grands maux, les grands remèdes !

 

Un rassemblement hétéroclite qui en dit long sur l’importance du nouveau plan de riposte à la criminalité sous toutes ses formes que se soient. Après une première validation interne par les spécialistes en charge des questions sécuritaires, voilà le document sur « la Stratégie nationale de sécurité intérieure » (SNSI) soumis une seconde fois à la réflexion dans un cadre plus élargi.

 

Une procédure dont le degré de minutie est à la hauteur de l’approche novatrice définie dans le texte : « Pour trouver des solutions globales à l’insécurité, il est essentiel que nous puissions d’abord clarifier le concept de sécurité intérieure, qui doit être fondé sur ce qu’on appelle la sécurité humaine ; celle-ci englobe non seulement la sûreté et la sécurité, mais aussi l’accès à la santé, à l’alimentation, à un environnement sain, à la justice sociale et à la distribution équitable des fruits de la croissance. D’ailleurs, il existe une étroite corrélation entre ces différents éléments au point que le manque de l’un a une forte influence sur l’individu et peut le pousser à poser des actes d’insécurité », a expliqué le ministre Emile Ouédraogo.

 

Premier du genre, le « livre blanc de la sécurité intérieure au Burkina Faso » a ceci d’original qu’il aborde le problème de la criminalité dans une démarche anticipatrice et prospective, repense la conception réductrice de la sécurité (celle qui la limite à la protection de l’Etat, de ses institutions, des collectivités et des personnes) et redéfinit la nature et le rôle des différents intervenants dans la lutte contre ce fléau transfrontalier :

 

« Pour nous, dans une région où les populations ont soif et faim ou même souffre de la maladie, l’idée de sécurité n’est plus la même que celle que lui donnent les gens des régions où il y a l’opulence et la joie de vivre », a poursuivi le ministre, avant d’appeler à la nécessaire réforme :

 

« Il est alors évident que les organes et système de lutte contre l’insécurité dont nous avons hérité du colonisateur sont à revoir, dans leur esprit et dans leur organisation afin de les adapter aux défis d’aujourd’hui. Les axes stratégiques doivent être précisés. Parmi ceux-ci, nous avons accordé une place importante à la participation communautaire ». Même son de cloche de la part du chef du gouvernement, Tertius Zongo, qui n’a pas caché le grand intérêt qu’il accorde aux recommandations qui seront issues du présent atelier :

 

« La sécurité est liée à la notion de sécurité humaine. Quelqu’un qui a faim est source d’insécurité ; quelqu’un qui n’a pas sa liberté politique, qui est frustré et exclu de la prise de décision devient un élément d’insécurité. Il s’agit pour nous d’aller résolument vers la sécurité qui réunit tout le monde ».

 

Résultats de plus de six mois de travail des services du ministère de la Sécurité et contenue dans un document de 92 pages, la nouvelle stratégie traite de quatre grands titres : « l’état des lieux » ; « L’approche conceptuelle de la sécurité » ; « Les menaces et les défis à la sécurité intérieure » ; et « Les axes stratégiques de la sécurité intérieure »

 

Alain Saint Robespierre

L’Observateur Paalga

 

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