jeudi, 07 janvier 2010

Cameroun

Epervier tient deux nouvelles proies

 

 

06/01/2010 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Georges Dougueli



L’opération camerounaise anti-corruption nommée « Épervier » a fait deux nouvelle victimes. Il s’agit de Haman Adama Halimatou, ancienne ministre en charge de l’Éducation de base, limogée le 30 juin dernier, et de Roger Ntongo Onguéné, 51 ans, ancien directeur général de l'Autorité aéronautique du Cameroun (CCAA) de février 2000 à mars 2002 et directeur général des Aéroports du Cameroun (ADC) de 2003 à 2009.

Personnalité du nord musulman

Ils ont été arrêtés tôt ce matin à leurs domiciles respectifs par la police. Haman Adama Halimatou, qui officie par ailleurs comme commissaire aux comptes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), est la première personnalité de premier plan issue du grand nord musulman, à « tomber » dans le cadre de l’opération « Épervier ».

 

mardi, 05 janvier 2010

Revue de presse Afrique

A la Une : le 50e anniversaire des indépendances en Afrique francophone


En ce début d’année 2010, certains journaux du continent s’interrogent en effet sur le sens et la portée de ces célébrations. Avec comme fil conducteur, la question des relations avec l’ancienne puissance coloniale. Le site d’information burkinabé Fasozine pose le problème : « l’Afrique francophone indépendante s’apprête à célébrer ses 50 ans d’affranchissement de la tutelle coloniale. Mais, l’a-t-elle jamais quittée ? »


La réponse est non, manifestement, pour le quotidien Le Pays, toujours au Burkina. Le Pays qui rappelle que c’est à Paris, le 14 juillet prochain, que seront organisées les festivités marquant ce cinquantième anniversaire. Date et lieu ô combien symboliques…


50 ans d’échecs ?

« Le 14 juillet couronnera les manifestations de ce cinquantenaire de nos indépendances. Et une fois encore, remarque Le Pays, la France restera dans son rôle de reine vers laquelle se ruera une colonie d’abeilles. C’est la France qui tiendra le rôle de chef d’orchestre du gigantesque boucan qui sonnera l’approfondissement et la modernisation de ses relations avec ses 14 ex-colonies. Comme quoi, s’exclame le quotidien burkinabé, elle a beau chasser le naturel, son sens du paternalisme revient au galop ! »

Alors, s’interroge Le Pays, « au-delà des flonflons de la fête, quel bilan ces pays africains peuvent-ils tirer de leurs 50 années débarrassées du joug colonial ? Qu’en ont-ils fait ? Assurément, répond le journal, cet anniversaire devrait être une occasion d’introspection véritable pour ces ex-colonies françaises d’Afrique subsaharienne. Une introspection qui devrait, pour autant que ces pays veuillent vraiment regarder la vérité en face, les amener à mesurer toute l’étendue de leur échec sur pratiquement tous les plans : déficit démocratique criard alors que 2010 s’annonce comme une année charnière avec des élections à l’horizon ; regain d’instabilité sur fond de coups d’Etat atypiques et sophistiqués ; décollage économique toujours introuvable, etc… Bref, en l’espace de cinq décennies, conclut Le Pays, l’Afrique francophone n’aura que très peu avancé dans sa marche vers le développement et le progrès. »


Trop de dépendances…

Une analyse plutôt partagée par L’Indicateur Renouveau au Mali : « Cinquantenaire du Mali : fête d’indépendance ou d’interdépendance ? », s’interroge le journal. « Cinquante ans d’existence méritent une fête. Mais dans le cas de notre pays dont le sort et le devenir sont liés au bon vouloir de la puissance colonisatrice, cela relève d’une vue de l’esprit », affirme L’Indicateur Renouveau.

Pour le journal malien, cette dépendance est flagrante dans le domaine alimentaire : « après un demi-siècle de gestion autonome, nos dirigeants ne sont pas parvenus à gagner le combat de l’autosuffisance alimentaire, écrit-il, malgré les immenses potentialités dont dispose le Mali. Alors qu’il est admis par tous que l’indépendance d’une famille passe par son grenier. Tel n’est pas le cas aujourd’hui car 50 ans après, notre pays reste tributaire des importations et des dons de l’extérieur. (…) Si le cinquantenaire a un sens aujourd’hui, s’exclame L’Indicateur Renouveau, ça serait de réveiller les cultivateurs du pays en leur donnant des moyens modernes pour faire face au défi de l’indépendance. Sinon le citoyen lambda ne fêtera cette manifestation que de nom. »


Le « jeu trouble » de la France

Dépendance économique donc, mais aussi dépendance politique… Exemple au Niger, avec ce point de vue de l’hebdomadaire Le Canard Déchaîné pour qui « la France est incapable de dépassement pour laisser se développer et soutenir les processus démocratiques, véritables germes d’une émancipation de certaines des anciennes colonies vis-à-vis de l’ancienne métropole. » Et Le Canard Déchaîné de dénoncer le soutien que, selon lui, le président Sarkozy apporte au président Tandja et d’affirmer que « les perspectives ne sont pas bonnes pour la démocratie en Afrique francophone. (…) Nous pensons que ce jeu trouble de la France sur une question sur laquelle elle ne devrait pas transiger pour des raisons évidentes d’histoire, de culture et de valeurs qui lui sont chères, doit impérativement cesser, affirme l’hebdomadaire nigérien. Le cycle d’instabilité sociale et politique auquel aboutissent ces soutiens iniques ne peuvent que conforter tous ceux qui auraient pu douter que l’Afrique n’est pas prête pour la démocratie. »


L’exemple camerounais ?

Enfin, autre vision de ce cinquantenaire des indépendances avecCameroon Tribune. Une vision beaucoup moins critique… Cameroon Tribuned’exception camerounaise (…) : tributaire d’un héritage humain et culturel trop hétéroclite, le Cameroun, écrit-il, semblait condamné à devenir les Balkans de l’Afrique, une zone d’instabilité chronique par essence ingouvernable, (…) avec, précise-t-il, trois héritages coloniaux (allemand, anglais et français), deux langues officielles, (le français et l’anglais), deux religions sans compter l’animisme et surtout 245 langues et ethnies ! » met l’accent sur l’unité camerounaise et parle même «

 

Et pourtant, s’exclame Cameroon Tribune, « les acquis au terme de 50 années d’indépendance n’en sont que plus significatifs. L’identité nationale et le sentiment d’appartenance à la mère-patrie sont, à notre sens, en constante progression. (…) La nation existe bel et bien et ses fondements sont solides. » Et le quotidien camerounais plutôt d’obédience gouvernementale, on l’aura compris, conclut ainsi : « la démocratie, paradigme essentiel pour l’épanouissement des peuples, avance à grandes enjambées, tandis que l’économie se construit, malgré les écueils. »

samedi, 02 janvier 2010

Discret cinquantenaire du Cameroun francophone

Article publié le : vendredi 01 janvier 2010


Yaoundé.
AFP/Issouf Sanogo


Par RFI

 

Le 50e anniversaire de l’Indépendance du Cameroun francophone a été célébré discrètement en ce premier jour de la nouvelle année. Mis à part le grand concert organisé le 31 décembre à Yaoundé, aucune réjouissance n’était prévue ce 1er janvier. En revanche, des festivités sont prévues dans les prochains mois.

 

Les plus grandes manifestations se dérouleront le 20 mai prochain, jour de la fête nationale. Le président Biya l’a d’ailleurs confirmé le 31 décembre, lors de ses vœux radio-télévisés. Le chef de l’Etat a également annoncé la tenue de la Conférence de Yaoundé, le même jour, au cours de laquelle des personnalités venues du monde entier réfléchiront à l’avenir de l’Afrique et à sa place dans le monde.

 

Mais les célébrations vont aussi se poursuivre en 2011, à l’occasion du 50e anniversaire de la réunification qui scelle le rapprochement entre francophones et anglophones. Des cérémonies auxquelles les Camerounais ne sont guère habitués. La fête de l’Indépendance n’avait pas été célébrée depuis 1972 et dans la population beaucoup ignorent tout de cette date du 1er Janvier 1960.

 

jeudi, 24 décembre 2009

Cameroun : les 23 lions de la CAN 2010

Paul Le Guen a rendu public la sélection qui participera à la coupe d’Afrique des nations


Les Lions indomptables du Cameroun se préparent activement pour la Coupe d’Afrique des nations (CAN) et le Mondial du football, les deux compétitions internationales auxquelles ils sont conviés l’année prochaine. Paul Le Guen, leur sélectionneur, a choisi ses hommes.

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mercredi 23 décembre 2009 / par René Dassié

La liste des 23 joueurs Camerounais qui disputeront la phase finale de la coupe d’Afrique des nations (CAN) a été publiée mardi par Paul Le Guen, le sélectionneur des Lions indomptables, l’équipe nationale du Cameroun. Une liste largement dominée par des joueurs évoluant en France. Le site Football mercato.fr relève ainsi que près d’un tiers des effectifs, à l’instar du jeune gardien valenciennois, Guy Roland Ndy Assembe joue dans équipes hexagonales.

Les hommes de Paul Le Guen doivent se rendre au Kenya, d’où ils prépareront la CAN, dès le 4 janvier prochain. Celle-ci se déroulera du 10 au 31 janvier prochain 2010.

Le Cameroun qui évolue dans le groupe D (ville de Lubango) affrontera tour à tour le Gabon dont il fut victorieux lors des éliminatoires du Mondial 2010, puis la Zambie et la Tunisie.

Gardiens

Carlos Idriss Kameni (Espanyol Barcelone, ESP)

Souleymanou Hamidou (Kayserispor, TUR)

Guy Roland Ndy Assembe (Valenciennes, FRA).

Défenseurs

Rigobert Song (Trabzonspor, TUR)

Geremi Njitap (Newcastle, ANG)

André Bikey (Burnley, ANG)

Henri Bédimo (Châteauroux, FRA)

Benoit Assou Ekotto (Tottenham, ANG)

Nicolas Nkoulou (Monaco, FRA)

Aurelien Chedjou (Lille, FRA).

Milieux

Jean II Makoun (Lyon, FRA)

Alexandre Song (Arsenal, ANG)

Landry Nguémo (Celtic Glasgow, ECO) Stephane Mbia (Marseille, FRA)

Enoh Eyong (Ajax Amsterdam, HOL)

Joël Matip (Schalke 04, ALL)

Achille Emana (Betis Séville, ESP)

Georges Mandjeck (Kaiserslautern, ALL).

Attaquants

Samuel Eto’o Fils (Inter Milan, ITA)

Achille Webo (Majorque, ESP)

Somen Tchoyi (Red Bulls Salzbourg, AUT)

Paul Alo’o Efoulou (Nancy, FRA)

Mohamadou Idrissou (SC Friburg, ALL).

lundi, 21 décembre 2009

Reportage à Kondengui, la prison centrale de Yaoundé

Jeune Afrique | Par : Georges Dougueli, envoyé spécial à Yaoundé


L'intérieur de la prison centrale, à l'occasion d'une visite officielleL'intérieur de la prison centrale, à l'occasion d'une visite officielle© D.R

 

La prison centrale de Yaoundé a cela de particulier qu'y sont incarcérés des prisonniers pas tout-à-fait comme les autres. Cinq anciens ministres, sept ex-directeurs généraux de sociétés nationales, des hauts responsables de l'administration camerounaise... Rencontre avec ces VIP derrière les barreaux.

 

Ce 18 novembre n’est pas jour de visite à Kondengui. À l’entrée, des gardiens blasés font pourtant des « exceptions ». Pour des magistrats, des avocats et quelques visiteurs rendus « spéciaux » par un dessous-de-table, qui y sont toujours bien accueillis. « Pas de portable ni d’appareil photo », aboie un gardien en uniforme vert olive pour faire bonne mesure. Mais personne ne sera fouillé.

 

En entrant, on perçoit d’abord une rumeur, qui devient un raffut assourdissant. Celui de 4 000 détenus entassés dans un domaine pénitentiaire prévu pour 1 000 pensionnaires. Vient ensuite l’odeur. L’écœurant mélange de transpiration, de crasse et d’égouts mal curés prend à la gorge. Puis on est frappé par l’atmosphère irréelle et vaguement inquiétante de la cour d’honneur. Combien sont-ils dans cet espace qui fait à peine le quart d’un terrain de football ? une foule dépenaillée, et des centaines de regards scrutateurs qu’on s’efforce d’éviter… « Grands » criminels et petites frappes, mineurs et adultes, délinquants en attente de jugement et condamnés à perpétuité sont là, mélangés dans une promiscuité détonante. Univers impitoyable qui est aussi un haut lieu de souffrance. Pas une nuit sans vol, viol ou agression physique.

 

Pour atteindre la bibliothèque, il faut traverser la cour d’honneur en jouant des coudes, la peur au ventre et les muscles bandés. Après un trajet court mais qui semble interminable, nous sommes enfin introduits dans une pièce propre et fraîche, isolée du vacarme. La bibliothèque est encore en chantier, avec ses rayonnages à moitié vides, ses tables en bois mal rabotées. Dans un coin, un ordinateur.

 

C’est ici, loin de la violence et de la foule, que les anciens dignitaires du régime, tombés dans le cadre de l’opération anticorruption Épervier, passent l’essentiel de leurs journées. Ces anciens hauts fonctionnaires s’appliquent à préserver cordialité et convenances. Ils se vouvoient, se donnent du « monsieur le ministre d’État », « Monsieur le directeur ». Cela les distingue du tout-venant. Une façon de rester digne dans l’atmosphère de brimades que leur infligent gardiens et codétenus.

 

À deux reprises lors de l’entretien, un importun fait irruption dans la pièce. À chaque fois, tout le monde se tait, sur le qui-vive. Les pensionnaires n’ont pas oublié l’attaque survenue en 2005 contre Pierre Désiré Engo, ancien patron de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), et Dieudonné Angoula, ancien directeur des Télécommunications. Les deux hommes ont été dépouillés dans leurs cellules du quartier spécial 11 par des codétenus armés de couteaux et de poinçons. Les trublions partis, l’atmosphère se détend, mais la méfiance reste.

 

Assis sur une table au centre de la pièce, Urbain Olanguena Awono, 54 ans, tient dans sa main un livre : Les Mensonges de l’Histoire, de Pierre Miquel (Perrin), paru en 2003. L’ancien ministre de la Santé publique a le sourire aux lèvres mais n’a rien oublié de son humiliante arrestation orchestrée le 31 mars 2008 par la police, devant les caméras de la chaîne nationale. « Tout cela m’a aidé à mieux connaître mon pays », commente-t-il, philosophe.

 

Jeu de massacre

Le 1er octobre dernier, le juge d’instruction a rendu un non-lieu partiel sur l’affaire. De 8 milliards de F CFA (environ 12 millions d’euros) au départ, le montant des détournements de deniers publics qu’on lui impute a été ramené à 414 millions. Fort du soutien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont il est accusé d’avoir détourné les financements, l’ancien ministre contre-attaque. Pour lui, ce procès cache une « instrumentalisation » de l’institution judiciaire, dans la perspective de la succession du président Paul Biya. « On a inventé un groupe de comploteurs, le G11, on y a impliqué quelques-uns d’entre nous, puis on a menti au chef de l’État pour qu’il entérine notre élimination, fulmine-t-il. C’est un véritable jeu de massacre !

 

Ce sentiment est partagé par un autre pensionnaire du quartier 7 de la prison, Jean-Marie Atangana Mebara, 55 ans. Vêtu d’un boubou blanc, il semble s’être finalement adapté à sa nouvelle condition. Cela n’a visiblement pas été aisé. Selon son épouse, Brigitte, au cours des premières semaines qui ont suivi son emprisonnement, intervenu le 6 août 2008, il lui arrivait de téléphoner au beau milieu de la nuit avec la même question : « Mais pourquoi me retient-on dans cette prison ? » Des crises d’angoisse auxquelles ont succédé des crises régulières d’hypertension artérielle.

 

Messe et tennis

En dépit de ses ennuis de santé, l’ancien ministre d’État, secrétaire général de la présidence, assure sa défense avec pugnacité. Poursuivi dans le cadre de l’affaire Albatros, relative à un contrat de location d’un Boeing 767 pour le compte de la présidence, il clame lui aussi son innocence. Fin novembre, alors que le juge instructeur venait de lui signifier sur le tard un sixième chef d’inculpation, ses avocats ont saisi la chambre de contrôle de l’instruction pour se plaindre d’une « atteinte aux droits de la défense ».

 

En attendant l’ouverture des débats, il entretient sa forme en jouant au tennis avec l’ex-ministre de l’Économie et des Finances limogé en 2007, Polycarpe Abah Abah. Ce dernier officie, par ailleurs, tous les dimanches à la paroisse protestante de la prison. Jean-Marie Atangana a quant à lui rejoint le conseil paroissial catholique du pénitencier, présidé par Pierre Désiré Engo. Pas sûr que la prière suffise à apaiser les tourments de ces hommes en colère…

 

Pendant ce temps, au lac…

Le Lac est une caserne située sur la rive nord du lac municipal, il est le siège de la très redoutée gendarmerie camerounaise. À l’inverse de la résidence du Premier ministre, des ministères et du complexe hôtelier, qui jouxtent l’étendue d’eau devenue un cloaque malodorant, il est protégé par de hauts murs de clôture en dépit de la belle vue panoramique. Depuis douze ans, pour une raison mystérieuse, le Lac est devenu le lieu de détention de deux des plus célèbres prisonniers du Cameroun. Le premier est Titus Edzoa, 64 ans. Ce professeur en médecine, qui fut médecin personnel et conseiller spécial du président Paul Biya, membre du gouvernement au poste de ministre de l’Enseignement supérieur, devenu numéro deux du régime en tant que secrétaire général de la présidence, a fini par tomber en disgrâce. Jugé et condamné à quinze ans de prison ferme pour « tentative de détournement », il purge sa peine dans un souterrain aménagé sous le bureau du secrétaire d’État à la Défense (SED) en charge de la gendarmerie.

 

Edzoa partage sa vie de reclus troglodyte avec celui dont nous sommes les invités : Thierry Michel Atangana Abega, 45 ans, dont douze de prison. Français d’origine camerounaise, ancien représentant au Cameroun de la Lyonnaise des eaux, homme d’affaires devenu conseiller d’Edzoa, jugé pour complicité et condamné à la même peine dans la même affaire, il est le locataire de la cellule voisine.

 

Tout visiteur est soumis à un contrôle draconien à l’entrée de la caserne. Il doit ensuite trouver son chemin dans le dédale des bâtiments ocre du vaste camp militaire. À l’arrière du cabinet du secrétaire d’État se dresse l’unique porte d’entrée des cachots. La nuit est tombée sur la ville. La porte en métal s’ouvre sur un couloir sombre donnant accès à deux autres portes sur le côté gauche. Un bruit de bottes résonne sur la voûte en béton au-dessus des têtes, en provenance du cabinet ministériel. Par l’embrasure de la porte du fond s’échappe de la lumière et le son d’un transistor : le « professeur » n’a pas attendu l’heure réglementaire de 20 heures pour regagner sa pièce. Il n’était pas prévenu de notre visite. Ce n’est pas Thierry Michel Atangana qui s’en plaindra. Les deux hommes ne se parlent plus « depuis huit ans », confie notre hôte au moment de nous ouvrir son « palais ».

 

Un réduit en béton de 1,5 m sur 3 m. Il n’y a pas de téléviseur. La pièce est faiblement éclairée et aérée par un soupirail percé au ras du plafond. Un petit lit en bois occupe plus de la moitié de l’espace. Ne reste plus de place que pour une étagère, qui sert à la fois de vide-poches et de bibliothèque. C’est aussi le seul meuble sur lequel le détenu peut ranger les repas que lui cuisine une religieuse catholique depuis son divorce survenu il y a quelques années. Impossible d’éviter le petit coin, des toilettes à la turque, proprettes, aménagées juste derrière la porte. Impossible de prendre en photo le cachot. Les gardes veillent. Ils sont dix soldats d’élite, dont la moitié appartient au fameux Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie (GPIC), qui s’est fait connaître dans la lutte contre les « coupeurs de route » dans le nord du pays.

 

« Durant les premières années de notre incarcération, nous n’avions droit qu’à une heure de promenade par jour », se souvient Atangana. À la demande du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les deux hommes sont désormais autorisés à sortir de leur cellule de 9 heures à 20 heures. Trop heureux de pouvoir désherber l’arrière-cour qui jouxte « sa » terrasse, l’ancien conseiller essaie ainsi de détruire les nids de moustiques et de déloger les serpents qui infestent l’endroit.

 

Quand il ne lutte pas contre les herbes folles, Atangana va s’étendre sous la véranda. Loin de l’endroit où se repose Edzoa. Brouillés, les deux hommes ne se fréquentent pas. Le jeune homme d’affaires reproche au chirurgien de l’avoir entraîné dans sa chute. En effet, après sa démission, Edzoa annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 1997 et nomme Thierry Michel Atangana Abega directeur de campagne, « sans le consulter ».

 

Mortel ennui

Depuis, le jeune homme essaie en vain de se tirer de ce guêpier. À la fin de 2008, coup de tonnerre : un juge d’instruction rend un non-lieu dans une affaire identique à celle qui a abouti à sa condamnation. Embarrassé, le parquet a promptement fait appel. Les deux hommes risquent d’écoper, à l’issue de ce nouveau procès, prévu le 20 janvier 2010, d’une nouvelle condamnation à quinze ans de réclusion.

 

En attendant, les visites de leurs proches sont le seul moyen de tromper l’ennui. Même si certains viennent aussi pour quémander. « Je paie des ordonnances, des loyers. » Un billet de banque pour se ménager la bienveillance d’un garde, mais aussi pour ne pas se faire oublier de ses proches. Mais cela n’achète pas tout : « Je n’ai pas obtenu d’autorisation pour me rendre aux obsèques de ma mère, morte en juillet 2002, ni à celles de ma sœur morte en 2006 », se lamente-t-il. Depuis sept ans, il ne peut pas non plus recevoir de visites consulaires. Il y a quelques mois, le consul de France en a fait la demande. Refus catégorique du patron de la gendarmerie. Quatre secrétaires d’État se sont succédé à ce poste depuis l’incarcération d’Atangana en 1997. Certains ont concédé quelques assouplissements des conditions de détention des prisonniers. D’autres les ont durcies. Rien n’est acquis. Tout peut être remis en question.

vendredi, 18 décembre 2009

Cameroun : le directeur de "Germinal" inculpé pour outrage au chef de l'Etat

YAOUNDÉ (AFP) - 17.12.2009


Un incendie a ravagé mardi le marché central de Douala (sud-ouest du Cameroun), considéré comme un des plus grands de la sous-région avec 4.000 à 5.Le directeur de publication de l'hebdomadaire camerounais Germinal, arrêté le 10 décembre, a été inculpé mercredi pour "outrage au président de la République" avant de comparaître devant un tribunal de Yaoundé, a-t-on appris jeudi auprès de son avocat.00 commerçants, a constaté un journaliste de l'AFP.



voir_le_zoom : Carte du CamerounCarte du Cameroun
AFP/Infographie -



Le directeur de publication de l'hebdomadaire camerounais Germinal, arrêté le 10 décembre, a été inculpé mercredi pour "outrage au président de la République" avant de comparaître devant un tribunal de Yaoundé, a-t-on appris jeudi auprès de son avocat.

 

Jean Bosco Talla "a été inculpé pour outrage au président de la République" après la publication dans son journal de l'extrait d'un livre évoquant "un pacte secret" entre l'actuel président camerounais Paul Biya et son prédécesseur Ahmadou Ahidjo, selon Me Jean-Marie Nouga.

 

M. Talla a comparu dès mercredi devant un tribunal de la capitale, a-t-il précisé. Son procès doit reprendre le 21 décembre.

 

Une demande de mise en liberté provisoire ayant été rejetée par le tribunal, le directeur de Germinal a été incarcéré jeudi soir à Kondengui, la prison de Yaoundé.

 

Arrêté le 10 décembre, M. Talla, dont le journal créé en 2008 n'a pas un gros tirage, avait été aussitôt placé en détention au secrétariat d'Etat à la Défense (SED), le siège de la gendarmerie.

 

En juillet, M. Talla avait affirmé recevoir par téléphone des menaces de mort après la publication fin juin d'un rapport de l'ONG française CCFD-Terre Solidaire.

 

Ce document consacrait plusieurs pages à la fortune du président Biya, acquise, d'après le CCFD, par le détournement d'argent public et citait une enquête de M. Talla sur "l'argent et les biens de Paul Biya", au pouvoir depuis 1982.

© 2009 AFP

mercredi, 16 décembre 2009

Cameroun : Le marché central de Douala ravagé par les flammes

Article publié le : mercredi 16 décembre 2009



Les pompiers tentent d’éteindre l’incendie qui ravage le marché central de Douala, au Cameroun, le 15 décembre 2009.
AFP / Patrick Fort



Par RFI

Un incendie a ravagé, le 15 décembre 2009, le marché central de Douala, considéré comme un des plus grands de la sous-région avec 4 000 à 5 000 commerçants. Selon différentes sources policières et militaires ainsi que des pompiers, l'incendie du marché, situé dans le centre-ville, n'a pas fait de morts. Plusieurs personnes ont cependant été transportées à l'hôpital.

C’est à 15 h que l’alerte est donnée. Le feu vient de prendre et les flammes se propagent très rapidement de commerce en commerce. Au total, plus de cent boutiques sont ravagées, ainsi que de nombreux étals, situés tout autour de ce marché central.

Les pompiers se sont rapidement déployés, mais il aura fallut de nombreuses heures avant de circonscrire cet incendie de grande ampleur. On ne déplore aucune victime grave. Cependant une dizaine de personnes ont été hospitalisées après avoir été incommodées par des épaisses fumées.

La gendarmerie du littoral et la police judiciaire annoncent l’ouverture d’une enquête. D’après les premières constatations, un court-circuit électrique pourrait avoir déclenché l’incendie. Une hypothèse très probable quand on sait que des nombreux branchements sauvages sont effectués sur le réseau électrique.

Ce n’est d’ailleurs pas la première fois que ce type d’incendie se produit. Il y a quelques mois c’est le marché central de Yaoundé qui était la proie des flammes. Une cinquantaine de commerce avaient été détruit et c’est un court-circuit qui avait provoqué le sinistre.

 

mardi, 08 décembre 2009

Bozizé chez Biya

08/12/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique


Le président centrafricain François Bozizé préside également la CemacLe président centrafricain François Bozizé préside également la Cemac© AFP

 

Le président centrafricain achève ce mardi une visite chez son homologue camerounais. Les deux hommes se sont notamment entretenus sur le forum sur la paix en Centrafrique.

 

Le chef de l'Etat centrafricain François Bozizé, également président en exercice de la Communauté économique des Etats de l'Afrique centrale (Cémac), achevait mardi une visite officielle de deux jours au Cameroun, a rapporté mardi la radio d'Etat camerounaise.

 

M. Bozizé a eu plusieurs entretiens avec son homologue camerounais Paul Biya qui, selon la radio, a salué l'organisation du "Dialogue politique inclusif", forum sur la paix en Centrafrique.

 

Ce forum a réuni en décembre 2008 à Bangui gouvernement, opposition, société civile et rébellions centrafricaines pour tenter de sortir le pays de plusieurs années de guerre civile.

 

"Nous continuerons d'apporter notre soutien à ce processus de stabilisation aussi bien au niveau international que régional", a promis M. Biya à son hôte. Il a par ailleurs estimé que l'intégration avançait "avec une sage lenteur" dans la région de la Cémac, qui regroupe le Cameroun, la Centrafrique, la Guinée équatoriale, le Tchad, le Gabon et le Congo.

 

Sommet de la Beac

François Bozizé a pour sa part souhaité que "la fondation" de cette intégration "soit solidifiée".

 

Selon des sources concordantes, les deux chefs d'Etat devaient se rendre mardi à Bata, en Guinée équatoriale, pour la cérémonie d'investiture du président Teodoro Obiang Nguema.

 

Les dirigeants de la Cémac doivent se réunir le 14 décembre à Bangui (voir Jeune Afrique n°2552, actuellement en kiosques) pour le 10e sommet de leur organisation régionale, secouée ces derniers mois par les conséquences de la crise financière internationale.

 

Pour leur premier sommet en l'absence du "parrain" Omar Bongo Ondimba, décédé en juin dernier, ils devront passer en revue les sujets qui fâchent: Air Cemac, le passeport unique, la compétition boursière entre Douala et Libreville... Et tenter d'accélérer une intégration régionale très problématique.

 

En juin dernier, la Cémac avait revu à la baisse son taux de croissance économique pour 2009, passant de 3% à 2,1%. En cause, notamment: "la baisse continue des cours des matières premières" exportées par la région, dont la majorité des revenus provient du pétrole, du bois et des mines.

 

La zone souffre également des scandales de détournements de fonds, révélés par Jeune Afrique. Trente millions d’euros (19 milliards de F CFA) au moins ont en effet été détournés au bureau extérieur de Paris (BEP) de la Banque des États de l’Afrique centrale (Beac) entre 2004 et 2008.

 

Après les placements toxiques qui ont fait perdre 238 milliards de francs CFA (500 millions d’euros) à la Beac, affaire également révélée par Jeune Afrique en février dernier, le règlement de ce nouveau dossier devrait avoir de sérieuses conséquences politiques dans la sous-région.

 

Présidentielle anticipée au Cameroun ?

Des partisans de Paul Biya, le président camerounais, multiplient les appels pour que celui-ci organise une élection présidentielle anticipée, écrit Afrique en ligne. Ancien ministre des affaires étrangères et président de l’Union démocratique du Cameroun (UDC) un parti d’opposition, Adamou Ndam Njoya s’est dit opposé à cette hypothèse qu’ « aucune urgence ne justifie ». L’élection présidentielle du Cameroun doit normalement se tenir en 2011, à la fin de l’actuel mandat de Paul Biya. Au pouvoir depuis 27 ans, celui-ci a fait modifier la Constitution camerounaise l’année dernière, pour supprimer la limitation des mandats qui l’empêchait de se représenter.

Source: Afrik.com

 

Le Cercle Mont Cameroun veut remettre la politique au service du développement

Des Camerounais de France lancent une « société initiatique politique »


Des Camerounais de la diaspora ont initié le Cercle Mont Cameroun (CMC), une société politique qui entend œuvrer au redressement de leur pays. Ils entendent s’investir pour intéresser de nouveau leurs compatriotes à la chose politique, gage selon eux du retour des bonnes mœurs dans la gestion du Cameroun.

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lundi 7 décembre 2009 / par René Dassié (Source : afrik.com)

 

Redonner à la politique son rôle central dans le développement du pays : c’est ce que souhaitent faire des intellectuels camerounais basés en France. Hommes de sciences, chefs ou cadres d’entreprises, ceux-ci ont lancé il y a quelques mois le Cercle Mont Cameroun (CMC), une association, qui ambitionne « d’œuvrer à la fondation d’une société [camerounaise] prospère », a en croire le manifeste publié en août dernier chez Karthala intitulé De la centralité du principe politique.

 

Selon Raoul Nkuitchou Nkouatchet, sociologue et membre fondateur du CMC, la plupart de ses camarades, comme lui, bien qu’installés dans l’Hexagone, ont milité par le passé dans des partis politiques camerounais. Mais leur engagement militant n’a pas fait long feu. Soit ils ont été exclus pour avoir tenté de promouvoir la démocratie au sein des appareils, soit ils ont dû se résoudre à démissionner, « les chefs de l’opposition reprenant dans leurs formations les mêmes pratiques despotiques qu’ils reprochent au pouvoir ». Pas question cependant, pour eux, d’assister en spectateurs à la lente agonie de leur pays. « Comment faire pour réapprendre à prendre la chose publique au sérieux aux Camerounais ? », s’interrogent-ils dans leur manifeste.

 

Pour eux, la faillite du Cameroun est avant tout celle de ses élites politiques. Si la dictature qui prive tout un peuple de ses richesses a pu tenir aussi longtemps et tend à se perpétuer, c’est d’abord parce qu’elle a réussi, dès les premiers jours de l’Etat, dans les années 60, à détourner l’élite des nobles missions de la politique, pour l’avilir dans son régime de jouissance. De sorte que, même lorsque dans les années 90, le vent de la démocratie va souffler sur le pays, ceux qui prendront la tête des mouvements d’opposition sortiront du même moule que le pouvoir qu’ils prétendront combattre. Et même lorsqu’ils se jetteront dans les rues pour réclamer le changement, ils crieront en réalité leur seule rage d’avoir été exclus du système des prébendes, et ne résisteront pas longtemps aux appels des sirènes de la corruption.

 

Promouvoir le sens du collectif

Les choses auraient pu se passer autrement, pense le CMC, si ceux-ci avaient été des hommes conscients de la primauté de l’intérêt collectif et étaient capables d’abnégation. « L’activité politique, en particulier dans un pays qui connait une profonde crise, où tout est à bâtir, requiert un effort spirituel et intellectuel d’élévation au-dessus de la condition moyenne », lit-on dans le manifeste de l’association.

 

Pour redresser le pays, il est donc indispensable de changer en profondeur les mœurs politiques qui y ont court. Pour ce faire, le CMC veut « conscientiser les citoyens de l’importance de la politique ». Il n’envisage cependant pas de devenir un mouvement de masse. Il cible les élites. « A l’âge des bâtisseurs, au moment de la fondation puis de la consolidation des constitutions prospères de par le monde, ce sont les citoyens les plus éclairés du pays, c’est-à-dire ceux qui on consenti à l’effort spécifique de formation spirituelle et intellectuelle au politique, qui ont fourni le pas décisif ».

 

Dès le début de l’année prochaine, Raoul Nkuitchou Nkouatchet et ses associés devraient déployer leurs activités sur le territoire camerounais. « Nous allons mettre en place des cafés politiques, qui seront des sortes de forums où l’on échangera sur la politique. N’ayant aucun engagement vis-à-vis des partis politiques, nous accueillerons tout le monde ». Ces forums qui se tiendraient progressivement dans tout le pays feront naître un nouveau souffle au sein de l’élite camerounaise, pour qu’elle participe de façon plus efficiente au développement du pays, espèrent les fondateurs du CMC.

- Cercle Mont Cameroun , De la centralité du principe politique, ed. Karthala, 2009.

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