lundi, 23 juillet 2012
Culture
Centre culturel burkinabè: La descente aux enfers?
Logé au quartier Gounghin de Ouagadougou, le Centre culturel burkinabé (CCB), le tout premier du genre, est né de la volonté de l’association «Fondation harmattan» qui souhaitait ainsi rendre la culture accessible à tous, promouvoir la créativité et l’entreprenariat des jeunes et favoriser l’échange et le dialogue interculturel. «Ce centre est d’abord un rêve de Burkinabè. Nous sommes dans un pays ou la culture est reine. Il y a tellement de la matière à exploiter et à exporter à ce niveau…», explique Georges Kaboré, artiste, comédien, danseur, producteur et promoteur du CCB. C’est fort de cette conviction qu’il investira ses économies ainsi que celles de sa femme, dit-il, dans son rêve. Un rêve qui, deux ans après, semble virer au cauchemar, au point qu’une pétition a été lancée sur Facebook pour tenter de le sauver. Entretien.
Fasozine.com: qu’est ce qui a guidé le lancement d’un Centre culturel burkinabè ?
Georges Kaboré: Ce centre est d’abord un rêve de Burkinabé. Nous sommes dans un pays ou la culture est reine. Des centres culturels occidentaux y existent. Mais il manquait ce genre d’endroits pour célébrer et rendre hommage à la culture burkinabé, qui est notre pétrole. Il y a tellement de matières à exploiter et à exporter à ce niveau… C’est dans ce sens que, par le biais de notre association, nous avons décidé de créer ce centre culturel. J’y ai mis toutes mes économies ainsi que celles de ma femme. C’est ainsi que le centre a ouvert ses portes le 30 janvier 2010. Je vivais à l’étranger quand j’ai eu cette idée.
Pourquoi un Centre culturel burkinabé au Burkina Faso et non pas à l’étranger ou vous résidiez déjà? Cela vous aurait permis de faire connaître la culture du Burkina Faso en occident…
L’idée au début, c’était de le faire à l’extérieur. Mais nous nous sommes dit qu’il fallait que la racine soit forte pour que les branches tiennent. Si nous n’arrivons pas à imposer notre culture dans notre pays, il ne sera pas possible de l’exporter. Notre idée était d’abord de commencer ici au Burkina Faso avant d’aller vers des pays comme la Côte d’Ivoire et le Ghana, où réside une importante communauté burkinabé. Mais visiblement, nous aurons du mal à respecter ce chronogramme…
Comment comptiez-vous faire vivre le centre quand vous le lanciez?
D’abord nous nous inscrivions dans la logique de rendre la culture accessible à tout le monde, car nous avions prévu deux volets: éducatif et culturel. Une petite étude réalisée au niveau du quartier et des familles nous a permis d’identifier les difficultés et les manques que la population rencontrait. Et c’est là que nous avons réalisé qu’il avait plusieurs familles qui ne disposaient même pas d’électricité, d’où l’idée de créer un espace appelé «Université», éclairé par des lampadaires pour les étudiants et les élèves qui n’avaient pas d’électricité chez eux, qui est du reste très fréquenté. Nous voulions également y aménager une salle multimédia, mais malheureusement les moyens ont manqué. Nous souhaitions rendre moins chère l’accessibilité à la culture, tout en la valorisant. Nous espérions faire tourner le centre avec les frais d’adhésion des membres, en plus de ma propre contribution financière à chaque fois que mon travail me le permettrait.
Une cinquantaine de personnes ont adhéré et vu les moyens limités des gens, les frais d’adhésion, fixés au début à 5 000 F CFA, on été ramenés à 1 000 F. Mais quand nous avons pris l’espace il y avait beaucoup de travaux à faire. Il fallait rallonger le mur, acheter la terre à trois millions de francs CFA pour remplir la cour car c’était un bas-fond. Au niveau de la bibliothèque, nous avons plus de 200 abonnés si bien que nous sommes constamment confrontés à un manque d’ouvrages. Et les livres coûtent super chers ! J’étais obligé de consacrer 100 000 F par mois pour acquérir plus de livres. Et j’ai toujours les factures. Au départ, mes convictions personnelles m’interdisaient en plus d’acheter d’ouvrages dans la rue. Ce sont des, photocopies, des contrefaçons pour la plupart du temps, qui ne font pas vivre les écrivains. Mais par la suite, j’ai dû me résoudre à le faire.
Nous organisons aussi des cafés-concerts, etc. Nous avons également un bureau d’informations pour les bourses et les orientations scolaires, qui travaille en partenariat avec plusieurs lycées du quartier. Il y a également la bibliothèque qui est en français et en anglais. Nous étions en train d’ajouter des ouvrages dans les langues du Burkina Faso. En deux ans, le centre a accueilli tous les grands évènements, dont Ciné droit libre qui vient de s’achever.
Quelles est alors la nature des difficultés que vous traversez?
Ce sont des difficultés financières. Le centre ne reçoit presque pas de soutien financier. De temps en temps, un ami offre 100 euros. J’ai envoyé plusieurs fois des demandes d’aide qui sont restées sans suite. J’ai plusieurs fois tenté d’approcher le ministère de la Culture, mais nous n’avons jamais rien reçu. Il ne m’était pas difficile d’y mettre tout mon salaire parce que je croyais en ce que je faisais. Mais depuis plus de huit mois, mon fils est hospitalisé en Europe. Mes ressources servent à régler les frais d’hospitalisation. Et la crise économique qui sévit en ce moment ne favorise pas les financements extérieurs. Nous avons ainsi cumulé des retards de loyer, alors que notre objectif au départ était de racheter les locaux où nous sommes. Les factures de téléphone et d’électricité restent également impayées. Notre bailleur en avait tellement marre d’attendre qu’il est allé voir un huissier de justice qui nous a envoyé plusieurs lettres. J’ai voulu me montrer optimiste, pensant pouvoir encore relancer d’autres partenaires. Le propriétaire a encore patienté. Mais là il me fait savoir qu’il veut bien me comprendre, mais que lui-même et toute sa famille étant diabétique, il compte sur le loyer pour payer les soins. L’huissier également me conseille de laisser tomber si je n’en peux plus, mais il m’est difficile de le faire parce que le centre fait vivre du monde. De nombreuses troupes ont profité du cadre. Je me bats pour le centre parce qu’il a sa raison d’être. Cela me fera beaucoup de peine que l’on fasse tous ces sacrifices pour en rester là.
Qu’entreprenez-vous alors comme démarche pour sortir de cette zone de turbulence?
Nous avons lancé une pétition sur Internet pour en espérant amener l’Etat ou la mairie à réagir d’une manière ou d’une autre. J’ai également envoyé un SOS à des personnes physiques dans l’espoir que leur participation soulagera notre fardeau, le temps pour nous de reprendre des forces. Il faut reconnaître que nous avons eu des insuffisances au départ. Nous avons vu très grand. Le centre emploie six personnes que nous ne pouvons pas laisser tomber du jour au lendemain.
12:52 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : centre culturel burkinabè, ccb, georges kaboré, burkina faso







