lundi, 09 novembre 2009

Batié et Kourouma : Le MATD mettra-t-il fin à l’injustice ?

lundi 9 novembre 2009

Les dernières élections municipales ont eu lieu le 23 avril 2006 au Burkina Faso. A l’issue des élections dans la commune rurale de Kourouma dans la province du Kénédougou, sur 31 sièges, le CDP s’en est sorti avec 16 et le PAI 15. Avec un conseiller en plus, le CDP dirige cette commune depuis l’élection du maire. Au niveau de Baté dans le Noumbiel, les résultats étaient les suivants : sur 116 sièges le CDP a remporté 59, le PAI 56 et l’UNDD 1 siège. Le Conseil constitutionnel a procédé à la proclamation des résultats de ces élections le 20 juin 2006.

Mais c’est seulement par courrier en date du 13 Août 2009 que le président du Conseil constitutionnel a fait parvenir aux partis et formations politiques ayant participé au scrutin municipal du 23 avril 2006, la copie de la décision portant rectificatif des erreurs. Le MATD a été destinataire de la même correspondance sous le couvert du Premier ministre. Le PAI était ravi de constater que cette rectification lui a été bénéfique pour ce qui concerne les communes rurales de Batié et de Kourouma. A Batié, le nombre de sièges est passé à 120 et 59 reviennent au PAI, 60 au CDP et 1 siège à l’UNDD.

Le PAI reste confiant et sûr de sa victoire en cas de reprise des élections du maire. A Kourouma, sur les 31 sièges de conseillers, le PAI remporte 17 et le CDP 14. Las d’attendre que le MATD ordonne une reprise des élections dans cette commune, le PAI lui a adressé une correspondance en date du 10 septembre 2009. Dans cette correspondance, le parti note : « il aurait surtout fallu une ténacité et une persévérance à toutes épreuves à notre parti pour épuiser toutes les procédures administratives et judiciaires pour obtenir enfin que la vérité des urnes sorte et pour recouvrer ses droits en termes d’élus dans ce scrutin du 23 avril 2006. De nos réclamations auprès de la CENI après le scrutin, de nos deux recours devant les tribunaux administratifs de Gaoua et de Bobo-Dioulasso, à nos requêtes auprès du Conseil constitutionnel qui refusait de corriger ses propres erreurs, jusqu’à l’interpellation publique du Président du Faso, président du Conseil supérieur de la Magistrature par deux lettres ouvertes, c’est un vrai parcours de combattant qui a été imposé au Parti Africain de l’Indépendance (PAI) ». Le PAI constate que malgré ses protestations, les organes du conseil municipal ont été installés.

Maintenant que le Conseil municipal a proclamé les résultats rectifiés, il demande au MATD de « bien vouloir donner ordre aux autorités administratives compétentes de reprendre dans la régularité et la légalité l’élection des organes des communes de Batié et de Kourouma dans le respect des dispositions de l’article 3 du décret 2006/PRES/PM/MATD du 15 mai 2006 portant règlement intérieur-type des conseils des collectivités territoriales qui stipule : la réunion de nouveaux conseils municipaux est convoquée par le Haut-commissaire pour les communes à statut particulier et par le Préfet du département pour les communes urbaines et les communes rurales dans la semaine suivant le proclamation des résultats par le Conseil constitutionnel ». Le PAI a le droit de demander la reprise des élections des organes du conseil municipal avec la correction des erreurs et surtout la publication des résultats corrigés.

Ces deux communes se retrouvent dans de nouvelles configurations avec le changement du nombre de conseillers d’une part et le nombre de sièges d’autre part. Il a attendu que le MATD prenne acte de cette lettre du conseil constitutionnel et prenne les dispositions en vain et s’est vu obligé d’adresser un correspondance. Au moment où nous traçons ces lignes, soit plus d’un mois après, le PAI n’a pas obtenu du MATD une simple accusé de réception ni une réponse à cette lettre malgré les multiples relances. Selon les indiscrétions au sein du MATD, la correspondance a été examinée par le Ministre qui l’a affectée à un de ses collaborateurs. Cette requête du PAI a-t-elle une chance d’aboutir ? Le MATD tient là une opportunité pour montrer qu’il n’est pas seulement regardant dans la gestion des Conseils municipaux en procédant à des dissolutions ou à la suspension ou révocation de maires.

PB

L’Indépendant

mardi, 03 novembre 2009

Rentrée politique du CDP : Difficile de cacher son candidat, grand favori pour l’élection de 2010

Le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a entamé sa rentrée politique, à travers une session de formation de ses cadres et des responsables du parti, le 31 octobre 2009 à Ouagadougou. Une occasion de parler de l’élection présidentielle de 2010.

Le CDP ne cache pas qu’il est en campagne pour la prochaine élection présidentielle. En parti “organisé et discipliné”, il ne veut pas dévoiler pour l’instant, le nom de son candidat, mais laisse sentir que rien ne changera. “ Nous allons, bien sûr, demander aux responsables des différentes sections de bien s’organiser pour se mettre en ordre de bataille, car ce n’est pas la veille qu’il faut préparer les armes de combat ”, a soutenu Naboho Kanidoua, 1er vice-président du bureau exécutif national du parti, chargé de l’Orientation, intervenant à l’ouverture de la rentrée politique, samedi passé au ciné Neerwaya.

Il explique que tout parti digne de ce nom est permanemment en campagne, non seulement pour être au contact de la population, mais aussi pour donner sa position sur toutes les questions politiques importantes. La date officielle des campagnes électorales n’est, à ses yeux, qu’une simple “ question d’organisation du système démocratique ”. “ Sinon un parti doit être toujours conquérant ”, a-t-il poursuivi.

Quant au candidat du parti à cette élection, les responsables du CDP éprouvent plus de difficultés à le cacher qu’à le trouver. Ils ne savent pas non plus à quand exactement ils se réuniront pour tenir le Conseil national du parti, l’instance habilitée à désigner le candidat, étant donné selon M. Kanidoua, que la date n’est même pas encore fixée pour tenir ce Conseil. “ Mais, indique-t-il, pour nous au CDP, on ne change pas une équipe qui gagne ” et d’ajouter : “ ça peut être une indication pour vous ”. Clément Sawadogo, secrétaire à l’organisation du CDP commence lui aussi par le rappel du sacro-saint principe du devoir de réserve. “ Dans notre parti, il y a des principes qui sont clairs. On ne peut pas faire des déclarations comme on veut ”, fait-il savoir avant d’ajouter : “ nous savons tous à peu près ce qui se passera, mais nous avons besoin de le déclarer à titre officiel, à travers une instance du parti qui en son temps, se déterminera de manière claire ”.

Pour être un peu plus clair, il conseille à tous ceux qui s’intéressent au candidat du méga-parti, de patienter jusqu’à la tenue du Conseil national, “même si cela ne comportera pas de grande surprise, parce qu’au Burkina Faso, tout le monde sait celui qui peut diriger ce pays et qui ne le peut pas”. La rentrée politique a donné l’occasion au CDP de s’exprimer sur certains sujets. Il a demandé que les acteurs politique guinéens, “ fassent preuve de solidarité et de disponibilité ” à l’endroit du président Blaise Compaoré, dans l’accomplissement de sa mission d’apaisement de la situation en Guinée et de d’accompagnement de la transition sans heurts. Les mêmes sollicitations sont adressées à toutes les parties prenantes issues de la communauté internationale.

Le CDP a réaffirmé son soutien naturel au président du Faso et lui a exprimé ses vœux de succès. L’élection présidentielle étant dans tous les esprits au sein des états-majors, le CDP a saisi l’occasion pour vanter ses mérites, à travers l’action gouvernementale. Il a alors félicité le gouvernement de Tertius Zongo, mais aussi le peuple burkinabè pour la “ promptitude exemplaire et la solidarité déployées dans une totale transparence ” suite aux inondations du 1er septembre.

Former pour se renforcer et pour gagner

Depuis sa création, le CDP n’a enregistré aucune grande défection. Des militants ont certes quitté la chambre principale pour la chambre secondaire, mais personne n’est vraiment entré en grande rébellion pour “se retrouver en brousse”. Toutefois, pour parer à toute éventualité, le parti tient à une “mobilisation consciente et constante” de tous ses membres, capables de résister aux charmes de l’adversaire et de convaincre les électeurs. Le président du parti, Roch Marc Christian Kaboré, souhaite que le Burkina Faso puisse disposer, au gouvernail de l’Etat, “ des hommes et de femmes politiquement formés, hautement conscients de leurs responsabilités, compétents dans leurs domaines d’action et incarnant avec exemplarité, les vertus du citoyen digne et intègre ” Cette formation est donc, selon lui, un appel des militants à aller à la conquête du savoir, afin d’exercer avec efficacité leur part de pouvoir en tant que membre du parti dirigeant.

Ainsi, environ 300 cadres et responsables du CDP se sont retrouvés à la salle du ciné Neerwaya pour l’ouverture de la rentrée politique du parti marquée par la session de formation. La formation axée sur la connaissance du parti et l’élection présidentielle à venir regroupe les membres des bureaux des sections provinciales. Les thèmes de cette formation portent sur “ Les origines et la nature social-démocrate du CDP ”, “ les textes qui régissent l’organisation et le fonctionnement du parti ” et “ les résolutions prises par le parti lors de son 4è congrès ordinaire ”. Cette formation concrétise le début d’un encadrement permanent des membres du parti. Elle répond à un souci récurrent face auquel le 4è congrès ordinaire du parti a pris une résolution.

Le CDP compte ainsi entretenir ses partisans, des cadres aux militants de base, dans la connaissance des enjeux du moment, des fondamentaux du parti, des armes et stratégies politiques pour garantir son leadership au sein des formations politiques du pays. Les membres des bureaux de section devront à l’issue de cette formation être en mesure d’encadrer les militants de base afin qu’ils puissent connaître l’histoire du parti, sa ligne politique qui est celle de la social-démocratie et surtout connaître ses statuts et règlement intérieur “ pour un fonctionnement dynamique et harmonieux de ce parti”. Tout cela, c’est “ afin de nous préparer pour les grandes batailles politiques à venir ”, de l’avis de M. Kanidoua, par ailleurs, 1er vice-président de l’Assemblée parlementaire burkinabè.

L’élection présidentielle s’invite désormais dans toutes les rencontres du CDP. Ce parti créé en 1996, a remporté toutes les élections à tous les niveaux. Il a défait sans coup férir, ses 12 concurrents au fauteuil présidentiel de 2005. Mais l’opposition burkinabè se forme et s’organise peu à peu et le CDP ne veut prendre aucun risque lui qui, sous la conduite de Blaise Compaoré, entend propulser le Burkina Faso au rang des pays émergents à l’horizon 2020. Le nouveau contrat d’objectifs majeur avec le peuple burkinabè est de faire du Burkina Faso une nation forte et émergente dans les dix prochaines années. Pour ce faire, il lui faut gagner d’abord l’élection de 2010.

“ Il nous faut nous préparer à cette bataille politique qui recèle bien d’enjeux politiques, économiques et sociaux ”, a indiqué le président du parti Roch Marc Christian Kaboré, à la cérémonie de clôture de la formation. En entendant, la candidature de Blaise Compaoré laisse peu de doute. Après la victoire du CDP durant la courte bataille de l’éligibilité de son candidat en 2005, très peu d’arguments juridiques pourront être opposés en 2010 à Blaise Compaoré, parti pour être le grand favori. Mais il lui faudra d’abord être candidat. A ce sujet Me Bénéwendé Stanislas Sankara arrivé au second rang à la précédente course au fauteuil présidentiel, s’est assuré le titre de premier candidat déclaré pour l’année prochaine.

Former pour un militantisme favorable à la paix

Fort de sa puissance organisationnelle et de ses soutiens multiples, le CDP ne craint presque rien. Et cela peut pousser à des actes de dérive de la part des militants zélés. Cette formation devra permettre d’orienter les énergies vers l’essentiel. Ainsi, le président du CDP ne souhaite pas que ses militants se fassent des ennemis inutilement. Cette session leur dotera d’outils et de savoir suffisants pour agir avec “clairvoyance, sagesse et lucidité”. “Nous vous appelons au calme et à la sérénité, à la tempérance et à la modération afin de préserver notre pays des saccages de la démocratie mal assimilée et de ses ravages”, a-t-il lancé à l’endroit des participants. C’est un cours de démocratie en règle dispensé par M. Kaboré aux cadres et responsables des sections du CDP. Il a demandé à chacun d’observer la tolérance et d’accepter l’autre pour être en phase avec l’Etat de droit. Le CDP qui dit tenir haut la flamme démocratique opte pour le combat d’idées tout en excluant l’usage des armes.

De l’avis de M. Kaboré, le CDP a pu résister à toutes les épreuves de la vie du pays et a su maintenir “ le cap de la lutte pour la sauvegarde des intérêts des larges masses populaires ” Aussi les responsables du parti présidentiel appellent-ils les militants à se préparer à l’aube des joutes électorales, à la seule bataille qui vaille, celle des urnes. Ils souhaitent aussi que cette compétition se déroule dans “ la clarté et la transparence totales ”. Former les militants aux principes et valeurs de la démocratie, les armer pour convaincre les électeurs et vaincre l’adversaire dans la transparence, le CDP entend s’imposer en 2010 de la manière la plus irréprochable possible ; l’opposition est prévenue.

Aimé Mouor Kambiré (aimekambire@yahoo.fr)

Sidwaya.bf

 

mardi, 20 octobre 2009

Probable révision de l’article 37 : Le Facilitateur aura-t-il besoin d’un facilitateur ?

On peut tout reprocher au député Mahama Sawadogo sauf de ne pas avoir le courage de ses idées et de signer lisiblement ses écrits, au contraire de nombreux Burkinabè, parfois des responsables politiques, qui se calfeutrent derrière le confort douillet de l’anonymat.

On peut moquer son style par trop scolaire ; on peut pourfendre le manque de profondeur de ses idées ; on peut railler son omniscience, il est toujours là, donnant son point de vue, suscitant le débat, apportant la contradiction là où la plupart de ses camarades, parfois des spécialistes des questions concernées, se complaisent dans une candeur poltronne.

Ce coup-ci, ce n’est pourtant pas une de ses "piges", non rétribuées, qui pose problème, mais le discours qu’il a prononcé fin septembre à Bobo-Dioulasso à l’occasion des Journées parlementaires du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP).

Qu’a bien pu dire le président dudit groupe parlementaire pour susciter tant d’émoi dans la classe politique et l’opinion nationale ? En un mot, comme en mille, que la limitation des mandats présidentiels dans les démocraties africaines "pose véritablement problème".

Que de volée de bois vert sur le pauvre Mahama pour si peu ! Car qu’a-t-il avancé qu’on ne sache déjà ? Roch Marc Christian Kaboré, le président du mégaparti, n’avait-il pas lui-même affirmé, courant juillet à la clôture de leur quatrième congrès ordinaire, que la Constitution pourrait être révisée sans qu’il puisse y avoir d’exception sur l’article 37 ? Alors où est l’os ?

C’est aussi gros que le nez au milieu de la figure, on les voit venir, même pas à pas feutrés, et ils finiront bien par arriver là où on les attend.

Le dérapage contrôlé de Roch, la dernière sortie de Mahama Sawadogo, qui n’a certainement pas décidé de crever l’abcès tout seul comme un grand garçon, en attendant les initiatives qui vont suivre, tout cela participe de l’habituelle préparation des esprits pour que les Burkinabè puissent avaler la couleuvre le moment venu sans trop d’indigestion.

Car la religion de nombreux observateurs de la scène politique nationale est faite : obligé de concéder la limitation du mandat présidentiel (dont on avait sauté le verrou une première fois en 1997) au plus fort de la crise Norbert Zongo, le camp présidentiel veut revenir à la charge pour qu’à la fin de son dernier bail en 2015, Blaise Compaoré puisse jouer les prolongations au palais de Kosyam.

C’est bien connu, on a beau chasser le naturel, il revient au galop. La cause semble donc entendue, et ils seraient maintenant en train de réfléchir au meilleur timing (avant ou après la présidentielle de 2010) et à la meilleure voie (parlementaire ou référendaire).

En vérité, ce débat, qui commence à s’installer, ne pouvait pas mieux tomber. Il arrive en effet au moment où le président du Faso vient, une fois de plus, d’être désigné par la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO) comme facilitateur dans la crise guinéenne, qui s’est dramatiquement compliquée depuis que la junte a réprimé dans le sang une manifestation de l’opposition, qui veut obliger le capitaine Moussa Dadis Camara à respecter son engagement :

celui de ne pas se présenter à la présidentielle de janvier 2010. Une médiation qui vient s’ajouter à celles ivoirienne et togolaise, en voie de dénouement.

Et c’est au moment où le docteur ès facilitation joue au sapeur-pompier sans frontières, s’échinant sur tous les fronts à éteindre ou à circonscrire des incendies, que, chez lui, il s’en trouve pour s’amuser avec le feu. Car tous les dossiers que l’enfant terrible de Ziniaré gère en ce moment sont nés de problèmes politiques pas ou mal résolus et qui touchent peu ou prou à sa succession.

Mais Ouagadougou n’en a cure. Après 22 ans de règne, ce qui les préoccupe actuellement, ce n’est pas préparer une sortie aussi honorable que possible après l’irruption sanglante qu’on sait un jour d’octobre 1987, c’est rester aux affaires ad vitam aeternam.

Sous prétexte, foi de Mahama Sawadogo, qu’il ne faut pas "sacrifier le régime démocratique sur l’autel d’une alternance politique envisagée à travers la limitation élitiste du mandat présidentiel plutôt que par la voie des urnes". Un air déjà entendu.

Peut-être, Blaise Compaoré, à l’image de son homologue nigérien, Mamadou Tandja, actuellement en délicatesse avec la CEDEAO, aura-t-il, lui aussi, besoin d’une assiette de temps additionnel pour achever les chantiers qu’il aura ouverts pendant son ultime mandat.

Qu’importe à la fin si les cimetières sont remplis d’hommes "indispensables". Dans tous les cas, le départ, ça peut être en 2015 ou après, mais un jour ou l’autre, il faudra bien partir, d’une manière ou d’une autre, et plus ça dure, plus le contentieux politique s’alourdit.

On a souvent tort, chez nous au Faso, de nous gargariser de la paix sociale, dont on nous crédite tant, et de louer la stabilité du pays, même si ça peut confiner à l’immobilisme ; c’est oublier que rien n’est acquis éternellement et que ça n’arrive pas qu’aux autres.

Pourquoi donc ne pas prévenir les crises qui peuvent survenir à tout moment, en évitant de faire ce qui n’est pas politiquement sain (comme le tripatouillage constitutionnel) au lieu de s’entêter à créer les conditions objectives du chaos ?

Une chose est sûre, à foncer tête baissée dans le mur, le facilitateur, qui prescrit pour les autres des ordonnances que lui-même gagnerait à appliquer à titre préventif, pourrait avoir besoin à son tour d’un facilitateur s’il n’y prend garde.

Sans jouer les Cassandre, aujourd’hui, c’est la Côte d’Ivoire, le Togo, la Guinée, demain, ça pourrait être la "Patrie des Hommes intègres", dans la mesure où le cocktail des frustrations politiques, des difficultés sociales et le sentiment d’accaparement des richesses nationales par un clan prébendier peuvent s’avérer détonants. Faisons donc en sorte que la modification annoncée de la loi fondamentale n’en soit pas l’élément déclencheur.

Ceux qui roulent des mécaniques aujourd’hui ne sont-ils d’ailleurs pas les mêmes qui rasaient les murs au paroxysme des turbulences socio-politiques consécutives à la boucherie de Sapouy ? A croire qu’ils n’aiment pas la paix, mais le jour où ça va péter, ils ne pourront pas dire qu’ils n’auront pas été prévenus.

Puisse donc son expérience dans la gestion des conflits être pour le premier magistrat burkinabè source de sagesse et lui donner la force de résister aux chants de ces sirènes qui lui répètent à l’envi qu’il est le seul capable de diriger ce pays. Qui aurait parier quand, peu sûr de lui, il est sorti du bois le 19 octobre 1987 pour assumer courageusement la tournure tragique qu’ont prise les événements quatre jours plus tôt, qu’il aurait l’envergure qui est la sienne aujourd’hui ?

Ousséni Ilboudo

L’Observateur Paalga

vendredi, 11 septembre 2009

"Ce sont les CDR purs et durs qui rendent la vie impossible au CDP"

Ancien député et questeur à l’Assemblée nationale, Moussa Boly est aujourd’hui le nouveau président de la Convention nationale du progrès du Burkina (CNPB) qui a été porté sur les fonds baptismaux le 29 août dernier à Ouagadougou, par les ex-refondateurs du CDP. Dans l’entretien qu’il nous a accordé quelques jours après leur congrès constitutif, Moussa Boly revient sur les divergences qui ont occasionné le départ des ex responsables de la CNPP/PSD du CDP. Il précise aussi leur positionnement dans l’opposition même si leur parti est prêt à collaborer avec le parti au pouvoir à condition de respecter certaines conditions.

 

"Le Pays" : Vous venez de créer un parti politique qui n’est pas si nouveau que cela car ses animateurs sont déjà connus. Pourquoi avez-vous senti la nécessité de créer ce nouveau parti ?

Moussa Boly : Avant de répondre à votre première question, permettez-moi de vous remercier pour votre invitation. Je parle au nom de notre parti. Pour anticiper aussi, les camarades présentent également toutes leurs condoléances aux familles éplorées lors de l’inondation du 1er septembre. Nous avons fait le tour de la ville et ce que nous avons vu est très déplorable. Je dois dire tout de suite que nous avons apprécié l’engagement des forces de l’ordre qui se battent vraiment comme elles peuvent. On a noté aussi que c’est la première fois que le gouvernement réagit aussi promptement, mais comme on le dit généralement, "c’est bon, mais ce n’est pas arrivé". Pour répondre à votre question, pourquoi la CNPB ? Parce que vous avez dit que c’est un nouveau parti sans l’être ; mais moi je dirais que c’est un nouveau parti. Bien sûr, si on regarde ceux qui étaient au présidium à l’ouverture de l’assemblée générale constitutive, ce sont tous des gens qu’on a déjà vus sur le plan politique. Mais je pense aussi que vous avez suivi depuis plus d’un an ce qui s’est passé au CDP, puisque nous tous, nous avons milité au CDP et vous savez également d’où nous venons. C’est vrai que beaucoup étaient de la CNPP/PSD, il y a aussi un camarade qui était dans un autre parti, en l’occurrence René Emile Kaboré. Je crois que jusqu’à présent tout le monde n’a pas compris le pourquoi, de la fusion de 1996. Ce n’était pas à notre demande que la fusion s’est faite. C’est à la demande du plus haut responsable du pays qui a estimé à l’époque que la situation que nous traversions au Burkina en tant que pays pauvre méritait qu’on se donne la main, pour se développer. Il avait donc souhaité que nous mettions l’intérêt du pays au-dessus de tout pour faire donc cette fusion. Malheureusement, en faisant cette fusion, nous avons très vite fait confiance à ceux qui étaient avec nous, pour nous rendre compte quelques mois après que c’était compliqué. Cela nous a amenés dès le 6e et le 7e mois à évoquer un certain nombre de problèmes et nous l’avons encore répété en mi-1998 et au congrès de 1999. Si vous reprenez les textes, vous verrez qu’ils ont repris exactement ce que nous leur reprochons : ils ont reconnu qu’on avait raison, mais que nous connaissions bien comment fonctionnaient les fusions dans nos pays. Nous avons toujours été honnêtes, nous les avons crus, jusqu’au moment où on nous a traités d’ouvriers de la 25e heure. On a toujours refuser de le faire, jusqu’à il y a un an, nous avons dû écrire notre énième lettre qui a paru dans le journal. Ils ont donc trouvé que c’était inconcevable que des militants de premier ordre n’acceptent pas de laver le linge sale en famille, alors que nous avons toujours cherché à le faire. On n’a jamais voulu faire voir toutes les lettres que nous avions adressées au parti pour nous plaindre. Comme d’habitude, ils ont procédé à notre suspension sans tenir compte des textes en vigueur. Mais nous avons tenu quand même pendant un an à essayer d’expliquer qu’on n’avait pas intérêt à nous diviser. Et cela, conformément à ce qui a été dit au départ pour notre fusion. Il y a même certains d’entre eux qui ont tenté de nous réconcilier. Ils nous ont demandé, étant donné que la direction du parti avait pris la décision de nous faire une demande d’autocritique, de rédiger une lettre, mais qui disait qu’on était attaché aux textes fondamentaux. Nous l’avons fait, mais je crois que nous avons ajouté notre part de piment là-dedans et cela ne leur a pas convenu. Quand nous nous sommes rencontrés, malheureusement, l’un d’entre eux et pas des moindres a voulu terminer cette réunion par un match de boxe.

Vous voulez parler de Simon Compaoré pour ne pas le nommer...

Oui, pour ne pas le nommer. Parce que ce sont ces CDR purs et durs qui rendent la vie impossible au CDP. Or regardez, nous tous qui sommes là ; c’est vrai que j’ai un certain âge, mais si vous vous hasardez à me boxer, ça risque d’être un peu dur. Nous avons estimé à partir de là que ce n’était pas la peine de continuer avec le CDP. Honnêtement, beaucoup d’entre nous avaient pensé qu’il fallait mettre un trait sur la politique. Mais vous savez aussi que quand on fait la politique depuis les années 1976-1977, c’est difficile de cette manière d’en sortir totalement, parce que vous n’êtes plus seul. Si vous êtiez à notre assemblée générale, vous auriez vu le monde qui y était. Honnêtement, nous avons invité officiellement 150 personnes pour constituer le parti. Mais la liste de présence nous donnait près de 400 personnes. Et quand vous dites que c’est un parti nouveau, sans être nouveau, regardez dans le bureau national provisoire ; beaucoup de gens sont des cadres, mais des débutants en politique. Nous avons donc pensé qu’aujourd’hui encore, nous avons quelque chose à apporter à notre pays, surtout quand on regarde comment nos anciens camarades se comportent et gèrent le parti. Nous pensons que nous devons apporter notre contribution pour la construction de notre pays. Voilà ce qui nous a conduits à créer la CNPB.

"Ce n’était pas la peine de continuer avec le CDP"

En quoi la CNPB fera-t-elle la différence dans le paysage politique burkinabè ?

Vous savez, nous avons critiqué nos camarades sur la manière de gérer. Il n’y a pas de solidarité, ni de tolérance, ni d’intégrité. Regardez notre ligne politique : nous avons opté pour le "solidarisme". On dira que ce mot n’existe pas. Mais le socialisme ou le marxisme, est-ce qu’à l’époque cela existait ? Nous pensons que c’est une forme de la social-démocratie basée sur le principe de la solidarité. Nous disons qu’en Afrique, une des valeurs cardinales, c’est la solidarité et cela nous manque beaucoup dans ce pays. Souvent, on parle beaucoup de la malgouvernance parce que nous voyons justement qu’il manque la solidarité, la tolérance. On fait semblant d’avoir une certaine liberté sans vouloir la donner et c’est cela que nous voulons changer.

Quelle est votre ligne politique ? Etes-vous de l’opposition ou de la majorité ?

Cette question nous a été posée à plusieurs reprises, mais nous disons que nous sommes un parti politique créé pour la conquête du pouvoir d’Etat. Nous sommes conscients que ce n’est pas facile de conquérir le pouvoir d’Etat ; nous devons conquérir aussi le terrain, avoir des militants. Nous avons donc notre voie que nous devons suivre. Mais je dis bien qu’il peut y avoir des alliances qui seront faites sur la base de notre orientation politique et de ce que les autres veulent faire. Voyez, nous avons mis en place un bureau provisoire. On aurait pu constituer un bureau tout entier ; comme vous le constatez, nous n’avons pas de vice-président, de secrétaire aux relations extérieures ou tel autre poste. C’est parce que nous avons eu beaucoup de contacts pour essayer de nous regrouper en vue de constituer un parti fort. C’est pourquoi nous voulons nous donner le temps pour ne pas faire la même erreur que nous avons faite avec l’ODP/MT. Nous n’avions donné aucune condition pour la fusion. Nous avons pensé que ceux qui étaient devant nous étaient des interlocuteurs dignes pour qu’on leur fasse confiance. Ce sont quand même les premiers responsables du pays ! Mais on s’est trompé. S’il faut choisir entre la mouvance et l’opposition, nous sommes de l’opposition parce que nous ne pouvons pas être de la mouvance en ce sens que nous étions au CDP et nous ne nous sommes pas entendus. Or si vous voyez tous ceux de la mouvance, ils sont inféodés au CDP, c’est-à-dire qu’on claque les doigts et tout le monde est là à genoux pour écouter.

Est-ce à dire que vous n’excluez pas de travailler une fois de plus avec le CDP ?

Si nous sommes un parti politique, pourquoi refuser de travailler avec un autre de notre pays ? Nous disons tous que nous voulons travailler pour le bien de notre pays. Par exemple, pour les premiers contacts avec l’ODP, nous avions répondu à l’époque qu’il n’y avait pas de problème. Le seul hic, c’est qu’ils se disaient communistes et nous socio-démocrates. L’ODP a répondu en son temps que cette collaboration, c’était pour aller plus loin. Nous n’avons pas d’ennemis comme je l’ai dit. On peut collaborer avec n’importe quel parti dans l’intérêt du pays. Mais bien sûr qu’il y a des points sur lesquels nous avons divergé. Et si on diverge sur un point, on peut continuer sur d’autres points pour essayer de travailler pour l’intérêt de notre pays.

Vous n’avez pas peur d’être une fois de plus roulés dans la farine ?

Non, nous ne sommes pas des poussins d’hivernage. On ne peut pas nous rouler deux fois dans la farine. C’est ce qu’ils ont tenté de faire. Pendant que d’autres négociaient pour qu’on revienne, certains attendaient le congrès pour nous exclure. Nous ne sommes pas aussi naïfs.

Si vous deviez refaire une fusion aujourd’hui avec le CDP, quelles sont les positions sur lesquelles vous n’allez pas transiger ?

D’abord, nous avons opté pour la social-démocratie qui a des principes. Nous disons donc, par exemple, que nous ne sommes pas d’accord avec un parti qui veut faire de la démocratie de façade. Nous ne pouvons pas accepter des pratiques comme la malgouvernance. S’il y a donc une collaboration, il faut que les termes soient clairs.

Si vous devez opter pour l’opposition, quelles sont les conditions que vous poseriez ?

Attendez ! Le groupe de l’opposition n’est pas figé. Ce n’est parce qu’on n’a pas les mêmes points de vue avec la majorité qu’on est de l’opposition. Mais il n’est pas question que l’opposition soit un groupe figé. Non, pas du tout !

Il y a quand même un flou qui entoure votre démarche. Dans tous vos écrits, vous avez épargné le président du Faso. Comme le disent certains, êtes-vous l’instrument du président du Faso ?

Concernant la dernière partie de votre question, honnêtement, je dirai que c’est mal nous connaître. De plus, le président du Faso n’est pas le président du CDP mais de tout le Burkina Faso. Il a été élu par les Burkinabè. Si un problème se pose dans un parti, pourquoi allons- nous nous en prendre au président, bien qu’il soit l’initiateur du CDP ? Mais s’il n’a pas estimé qu’il y a un problème et qu’il faut qu’il vienne à la rescousse du CDP, vous devez lui poser la question. On a beaucoup parlé dans les journaux de la bagarre entre Salif Diallo et son frère. Est-ce que vous avez déjà entendu le président parler de cette bagarre ? C’est la même chose. Nous disons que c’est un problème interne au parti et nous supposons que le président n’y est pour rien, jusqu’à ce qu’on ait une preuve que c’est lui qui est à la base de cela. Tout ce que je peux vous dire, c’est qu’il n’est jamais intervenu dans cette histoire qu’on appelle la "cuisine intérieure du CDP". Mais dire que nous sommes un instrument du président, je peux vous dire que vous vous trompez sur notre compte. Nous ne sommes l’instrument de personne.

Pouvez-vous nous assurer que durant cette crise vous n’avez jamais rencontré le président du Faso ?

C’est clair, on n’a jamais rencontré le président sur cette question. Je n’ai pas l’habitude de tourner autour du pot. Lors de la première rencontre que nous avons eue avec l’ODP/MT, il y avait Yé Bongnessan le président, Simon Compaoré qui était le secrétaire général et Salif Diallo. Cette rencontre n’a pas duré 5 mn. Elle a failli se terminer par un pugilat.

"On n’a jamais rencontré le président du Faso"

C’était en quelle année ?

C’est en 1996, puisque la fusion a eu lieu en février 1996. Ils avaient commencé à nous contacter individuellement. Et puis, comme à l’époque il était difficile à la CNPP de tirer quelqu’un comme cela avec un hameçon pour sortir, ils ont fini par rencontrer une délégation. C’est à l’issue de cela que le président du Faso nous a effectivement rencontrés pour nous dire l’importance de la question. Son souci, c’était de créer des pôles assez forts. Il était d’accord qu’il fallait le multipartisme. Mais il estimait que quand vous avez la même orientation politique, ce n’est pas la peine de vous tirailler, il faut essayer de vous regrouper. On a eu cette discussion avec lui et il nous a vraiment demandé de le faire. Et beaucoup de partis ont été convoqués à l’époque, même le PDP de Ki-Zerbo avait été convoqué, mais qui a dit non. Comment peut-on aller avec un parti d’obédience communiste ? Ils nous ont assuré que c’était un processus qui ne causerait pas de problème. Je pense qu’à l’époque Yé Bongnessan, président de l’Assemblée nationale, Simon Compaoré, secrétaire général du parti et Salif Diallo le tout-puissant ministre, étaient quand même les premiers responsables du pays.

Pensez-vous qu’il serait néanmoins utile de rencontrer le président du Faso actuellement ?

Nous avons rencontré le président du parti, et suite aux discussions que nous avons eues avec lui, nous lui avons dit qu’au besoin, nous étions prêts à rencontrer le président du Faso pour lui expliquer notre pensée. Mais on ne l’a jamais rencontré.

A-t-il refusé de vous recevoir ?

Je ne sais pas. Je sais qu’en mai 2008, il nous a fait dire par le président du parti qu’il devait faire une mission à l’extérieur et qu’à son retour, il allait nous rencontrer. Mais on n’a plus eu de suite. Les discussions ont néanmoins continué, parce qu’à un moment donné, on était sur le point de conclure un accord. Quand nous avons pris les textes, nous avons dit : "Chers amis dans le parti voilà les dispositions qui n’ont pas été respectées". Ils l’ont reconnu et ils nous ont fait rencontrer la commission de contrôle qui a conclu que c’était une question éminemment politique, et qu’il fallait que la direction du parti ait le courage de trouver une solution politique. Quand ils l’ont dit, on a souhaité rencontrer le president du Faso pour lui donner ces explications, mais il n’y a pas eu de suite.

Croyez-vous que c’est au niveau du CDP qu’on vous a bloqués pour que vous ne rencontriez pas le président ?

C’est difficile de le dire, mais il nous a été rapporté que de l’avis général des CDR purs et durs, on nous a invités à venir stabiliser une situation et non pas pour venir prendre des postes et des décisions à leur place. Suite au pugilat que l’autre a voulu engager, on a compris que c’était inutile de continuer, parce qu’à mon âge, me mettre à boxer avec quelqu’un, il faut vraiment le faire.

Quel bilan, tirez-vous de cette expérience avec le CDP aujourd’hui, puisque vous étiez d’abord dans l’opposition avec la CFD, ensuite avez été coopté entre-temps par l’ODP/MT ? Pensez-vous que vous pouvez rebondir ?

Je vais vous dire d’abord une chose. Je ne suis pas d’accord quand vous dites qu’on a été coopté. Quand vous êtes un père de famille, vous appelez vos enfants et vous leur confiez des tâches pour le bien de la concession et que les enfants les exécutent, on ne peut pas après accuser ces enfants d’avoir suivi un mouvement sans réfléchir. De plus, dans la vie, tout peut arriver. Vous voyez, vous avez parlé de la CFD. C’était une situation très déplorable pour le Burkina, parce qu’on était à un doigt d’une guerre civile. Il ne faut pas aussi oublier qu’il y avait des gens qui avaient dejà cassé la CFD. Après, on a voulu encore nous casser avec la séparation du PDP. Cela a fragilisé totalement l’opposition. Mais nous avons été amenés à accepter cela. C’est le fait qu’on ait dit "vous vous battez pour ce pays-là" et c’est l’union qui fait la force. Notre passage au CDP est donc une expérience pour nous dont nous pensons faire bénéficier les jeunes qui sont avec nous et qui sont pour certains à leur début politique. Si vous regardez la composition du bureau, la création du conseil est une première. Nous sommes convaincus que nous allons rebondir, ce n’est pas nous 6, ce sont ceux qui sont avec nous. Je peux vous relever sur mon cellulaire, le nombre d’appels ou de messages que j’ai reçus concernant ce parti. Ce n’est pas à 63 ans que je vais faire ma carrière politique ; ce n’est pas cela qui m’amène à rester là-bas. C’est pour autre chose. Nous savons qu’il y a des gens qui croient en nous et qui peuvent faire le travail. Nous allons faire confiance à ces jeunes.

Etes-vous pour un renouvellement complet de la classe politique ?

Cela dépend de ce que vous entendez par renouvellement complet de la classe politique. Vous savez, quand la révolution est venue, ils ont mis tous les anciens dehors. Il fallait mettre des jeunes. C’est vrai que la jeunesse c’est l’avenir, mais n’oublions pas qu’ils n’ont pas l’expérience. Je suis d’accord que la classe politique doit être renouvelée, mais pas de façon radicale où il faut balayer tout le monde sans exception. On a besoin aussi de l’expérience. Les jeunes doivent acquérir l’expérience parce que le jour où ils seront mûrs, il faudra qu’ils dirigent ce pays comme il se doit. C’est pourquoi je pense qu’on ne peut pas balayer du revers de la main tout ce qui existe et recommencer. Vous savez, il y a eu des réflexions sur la ville de Ouagadougou, mais chaque fois, les nouveaux balaient tout et recommencent. Vous savez, on n’a pas le temps de tout recommencer.

Pour la limitation des mandats

Etes-vous d’accord pour la limitation des mandats présidentiels ?

Ça, c’est un autre problème parce qu’avec un pays comme le Burkina qui est à ce niveau de pauvreté, quelqu’un qui passe 10 ans à travailler honnêtement et très dur va être fatigué. Je pense donc, et cela a été toujours notre point de vue depuis la CNPP, qu’il faut limiter les mandats. A l’époque, ils ont refusé cela. Nous avions proposé la limitation des mandats. Ils avaient refusé et opté pour aller à un mandat de 5 ans au lieu de 7 mais non limité. On était d’accord, mais ils sont revenus là-dessus. Un pays comme le Burkina ne peut pas se donner ce luxe. Cette personne n’aura même pas le temps de bénéficier de sa retraite.

S’agissant du chef de l’Etat, après 22 ans à votre avis, est-il fatigué ou pas ?

Je ne peux pas parler à sa place mais je dis que c’est une fonction qui n’est pas facile. Il faut le reconnaître. Je trouve que 10 ans au pouvoir, devraient être suffisants pour pouvoir exécuter le programme qu’il a pour le developpement de ce pays. Mais je dis que cette fonction est difficile, parce qu’on voit déjà les petites fonctions que les uns et les autres occupent. Cela vous fait pousser des cheveux blancs !

Est-ce qu’il peut arriver que votre parti soutienne un jour le programme du président du Faso ?

Ce n’est pas à moi de décider ; nous sommes un parti politique. C’est aux militants de décider de ce que nous devons faire. Nous devons connaître la vision des candidats qui se présentent à nous : qu’est-ce qu’ils peuvent accepter de ce que nous proposons ? Si on s’entend, il n’y a pas de problème. Si avec Blaise Compaoré on peut s’entendre sur quelque chose de très précis pendant une période très précise, il n’y a pas de problème et ce sont les militants qui décident, ce n’est pas le président du parti.

Comment appréciez-vous les péripéties de l’affaire Salif Diallo ?

D’abord, je vais vous préciser une chose. C’est vrai que Salif Diallo, au départ, a été très dur avec nous. Mais c’est celui qui a tout fait pour nous ramener au CDP. C’est là que vous voyez l’hypocrisie des gens du CDP. A la veille de sa suspension, qui pouvait dire au Burkina qu’il allait l’être ? C’est un citoyen comme les autres, c’est un point de vue qu’il a exprimé. Est-ce que cela valait la peine de le suspendre surtout avec tant de vacarme ? Cela veut dire qu’il y a quelque chose en dessous. Depuis plus d’un an, c’est autre chose que les gens ont dans la tête.

"Salif Diallo a tout fait pour nous ramener au CDP"

Quoi par exemple ?

C’est la succession de Blaise Compaoré qui explique cette bagarre inutile.

Ses camarades ont dit qu’il a été le plus favorable à votre suspension...

Et ceux qui nous ont dit que nous sommes des vauriens et qu’on n’a rien apporter au CDP ? Je vous dis que Salif Diallo a été très dur avec nous, mais c’est celui qui a tout fait pour qu’on puisse revenir. On a eu plusieurs réunions avant que nous ne démissionnions. C’est cela même qui nous a amenés à écrire la lettre pour dire que nous étions attachés au respect de nos textes fondamentaux. Mais nous avions précisé que nous étions inquiets du fait que le CDP, lui-même, ne veuille pas respecter ses textes. Nous avons donc été stupéfaits de voir qu’on nous traite de sectaires, alors que nous sommes victimes de cela. On a donné des exemples de sectarisme qu’ils véhiculaient à notre encontre et qui ne sont pas dignes d’intellectuels du 21e siècle. Salif a donc eu le courage de reconnaître que c’était une erreur. Vous savez, au temps du Front populaire, on a eu les mêmes discussions et on n’a pas été d’accord. On a donné notre point de vue. Malgré les kalachnikovs qui étaient là l’époque, cela nous a valu aussi une autocritique. Nous avons fait notre réponse, mais ils l’ont regretté. Salif m’a même dit qu’il se souvient de cette lettre et pense que c’est mieux qu’on prenne cela sur le terrain politique et trouver une solution politique. S’ils disent donc que Salif a été dur, je dirai que Salif a été dur avec nous le premier jour, mais au moins, lui, a eu le courage de revenir vers nous.

Mais partagez-vous ses opinions ?

Tous les systèmes ont leurs avantages et leurs inconvénients. Si vous avez un homme très fort à la tête du pays et vous voulez faire le système parlementaire, vous allez craquer. On a un défaut en Afrique : c’est d’écrire des textes qu’on ne peut pas appliquer. Sinon, chacun peut choisir le système où il veut évoluer ; ce n’est pas cela le problème. Ce sont les hommes qui doivent gérer ce système qui constituent en réalité le problème. Peut-être qu’il a vu qu’en 2015, selon les textes, le président ne peut plus se présenter. Il a donc peut-être trouvé qu’à l’avenir, il faudra 3 personnes qui se retrouvent à la tête afin que les pouvoirs s’équilibrent. Je ne sais pas, je n’ai pas discuté avec lui. Cependant, tous ces systèmes sont réalisables.

Quelles sont les activités que vous allez mener dans les prochaines semaines dans le cadre de l’implantation de votre parti ?

Le parti vient d’être créé au cours d’une assemblée générale constitutive. Ceux qui y ont assisté ont vu que des gens sont venus de différentes provinces. Mais ce ne sont pas des gens qui ont été de manière démocratique élus dans ces provinces. Donc, nous allons nous structurer en créant des sections dans les provinces, les départements et les villages et aller vers un congrès pour mettre un bureau exécutif définitif en place. Voilà, la mission qui nous a été confiée.

Le Burkina vient de subir des inondations. Qu’est-ce qu’on peut faire actuellement à votre avis pour soulager les sinistrés ? Et que faire à long terme pour éviter ce genre de drame ?

Nous avons fait le tour de la ville. Nous nous sommes répartis pour constater ce qui s’est passé. Nous avons vu que le gouvernement est sorti en force. Ce que nous avons regretté, par contre, c’est que les populations sont laissées à elles-mêmes pour déblayer les décombres. Par exemple, je voyais des gens déblayer des terrains à mains nues pour pouvoir retrouver leurs affaires. Je crois que le gouvernement aurait gagné en faisant intervenir aussi l’armée. Je sais que l’armée est disponible pour aider la population. Le génie militaire a le matériel nécessaire pour faire ce genre de travail. On ne peut pas aider à 100% tout le monde, mais il y a certains endroits où les dégâts ont été énormes. On pouvait au moins intervenir dans ces endroits. C’est vrai qu’on a relogé les gens dans les écoles, mais vous savez que la rentrée est prévue dans deux semaines. Or, je sais que 80% de ces gens ne peuvent pas construire un logement d’ici cette échéance. Je pense également qu’on aurait pu trouver des tentes pour abriter certains sinistrés au lieu d’entasser tout le monde. C’est vrai que c’est une catastrophe mais en la matière, on sait qu’il y a des crues décennales et des crues centenaires. Au Burkina, la crue centenaire est venue, il y a environ 90 ans, c’est à dire pratiquement 100 ans.

"On veut faire de l’économie partout"

Quand on fait les aménagements, les caniveaux sont dimensionnés en fonction de ces crues décennales et centenaires et du bassin versant. Malheureusement, c’est le problème des pays dits pauvres. On veut faire de l’économie partout. Vous voyez, quand il y a quelquefois des crues de 60 mm, il y a des endroits qui sont inondés. Par exemple, en face du stade du 4-Août, les maisons sont inondées parce que l’exutoire a été mal dimensionné. Mais le problème dans nos pays, c’est qu’on ne laisse pas les techniciens travailler. Sinon on a de très bonnes compétences au Burkina. Tous les techniciens savent que c’est l’exutoire qu’il faut changer pour faire couler l’eau. Puisque les caniveaux se rencontrent à un certain endroit et qu’on sait combien de litres passent au cm3, c’est quantifiable. La solution, c’était de créer donc un autre exutoire. Il y a aussi que dans nos plans d’aménagements, on devait systématiquement faire des caniveaux ou au moins à certains endroits où les crues sont importantes, car nous n’avons pas assez de moyens. C’est connu que les barrages n°2 et n°3 sont complètement ensablés, donc ils se remplissent vite. Il y a alors un reflux de l’eau, surtout que le canal du Mogho Naaba regorge de l’eau à son bout toute l’année. Donc, il faut curer les barrages. Je ne suis pas un spécialiste des barrages, mais je sais qu’il y a certains spécialistes qui sont contre le curage parce que l’eau pourrait s’infiltrer. Mais je préfère l’infiltration pour alimenter la nappe phréatique que de laisser l’eau inonder les maisons. Ce sont là des propositions que nous pouvons faire, parce que nous avons déjà discuté de ces choses en 1978.

Comment mesurez-vous votre poids actuellement sur la scène politique ?

Quand on a eu les problèmes avec le CDP, nous avons eu des messages de sympathie et des gens nous ont proposé de créer un parti. Même hier (ndlr : le 3 septembre), quelqu’un m’a appelé de Gaoua pour dire que nous n’avons pas fait assez de publicité sur l’assemblée générale constitutive, car il n’était pas informé. Si nous nous en tenons à ce que les gens disent, nous pensons que nous n’allons pas avoir de problèmes pour mettre nos structures en place. Nous n’allons pas déjà nous mettre à crier que nous sommes très forts ! Mais compte tenu de ce que les gens disent, nous aurons des militants dans les provinces. Nous avons également des contacts avec d’autres partis qui nous donnent l’espoir que nous pourrions faire quelque chose de sérieux. Comme je vous l’ai dit, ce n’est pas à 63 ans que nous allons commencer à faire une carrière politique. C’est pourquoi nous avons mis l’accent sur les jeunes. Nous pensons que celui qui a eu une bonne formation de base est en mesure de pouvoir réfléchir sur les problèmes que nous rencontrons et peut nous aider, et se former pour être l’homme de demain.

Le Pays

mercredi, 19 août 2009

"Au Burkina, c’est la malédiction des 3 M"

L’homme n’est plus à présenter. Ancien ministre des Affaires étrangères du Burkina Faso, il a été Directeur général adjoint de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) avant d’aller jouer le rôle de conseiller spécial à la Banque africaine de développement (BAD), puis auprès du président de la Commission de la CEDEAO. Ablassé Ouédraogo, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est depuis quelque temps, l’envoyé spécial du président de la Commission de l’Union africaine dans la résolution de la crise de Madagascar. Il y est avec les envoyés de la Francophonie, des Nations unies et de la SADC. Le 20 juillet 2009, à Maputo, les 4 personnalités ont réussi à réconcilier les Malgaches avec eux-mêmes à travers la signature de la « Charte de la transition » par les anciens présidents malgaches et le président de la Haute autorité de la transition, TGV (qui veut dire en langue malgache : Tanora Gasy Vonona ou jeunes Malgaches prêts !). De retour dans son pays le 16 août dernier, pour quelques jours, nous sommes allé à la rencontre de M. Ouédraogo pour en savoir plus sur cette médiation. Il parle aussi de l’affaire Salif Diallo, des APE, de la situation que vivent certains pays africains. Comme il l’est, Ablassé Ouédraogo, étale ses convictions.

 

"Le Pays" : Vous rentrez de Maputo où vous avez participé, au nom de l’Union africaine, à la médiation pour la résolution de la crise malgache. Heureux d’être parvenu à un accord ?

Ablassé Ouédraogo (médiateur de l’Union africaine) : La satisfaction est profonde à double titre. La première raison est que nous avons réussi, avec la contribution des Malgaches, à faire disparaître le spectre d’une guerre civile ou d’un génocide à Madagascar. Partout où il y a crise politique et où il n’y a pas de dialogue, on aboutit fatalement à une situation où c’est la population qui est prise entre le marteau et l’enclume. A ce moment, le désastre et la catastrophe ne sont jamais loin. La deuxième raison de ma satisfaction est que nous avons pu, avec l’implication de tous les protagonistes malgaches, avec la présence des 4 chefs de file des mouvances politiques de Madagascar (les anciens présidents Albert Zafy, Didier Ratsiraka, Marc Ravalomanana et le président de la Haute autorité de la transition, Andry Rajoelina), avoir une feuille de route pour la conduite de la transition. Cette feuille de route appelée « Charte de la transition » est un accord politique consensuel, inclusif et pacifique qui associe tous les Malgaches dans la gestion des affaires de l’Etat pendant cette période transitoire qui ne devra pas excéder 15 mois. Dans ce délai, Madagascar doit organiser des élections législatives et présidentielle. La transition se terminera seulement après l’installation du nouveau président de la République et de son gouvernement. A Maputo, nous n’avons pas pu aborder la question délicate de la clé de répartition des postes pour toutes les institutions devant gouverner la transition. Il y aura plus de 500 postes qui seront créés pour permettre à ces institutions de fonctionner. Il y a par exemple la formation d’un gouvernement d’union nationale qui comprend 32 membres dont un Premier ministre de consensus et 3 vice-premiers ministres. En plus de l’Organe de direction de l’Etat et du gouvernement, les autres institutions de la transition retenues sont l’organe législatif, avec deux chambres (une haute et une basse), le Conseil national de réconciliation, le Conseil économique et social, le Comité de réflexion sur la défense et la sécurité nationale, le Haute cour de la transition, la Commission électorale nationale indépendante. Comme vous pouvez le constater, beaucoup de progrès ont été faits. Tout cela s’est passé à Maputo dans une ambiance bon enfant et fraternelle. L’illustration en a été donnée par le fait que tous les Malgaches qui étaient présents à l’ouverture et à la clôture des travaux ont chanté à l’unisson l’hymne national de Madagascar, à l’invitation du doyen des présidents, Didier Ratsiraka. Ce fut un moment d’émotion. C’était fantastique !

Le 16 mars dernier, en commençant ma mission à Madagascar, j’étais avec le président Ravalomanana pour lui demander de faire des concessions. Il a dû, le 17 mars au matin, rendre sa démission en transférant ses pouvoirs de chef d’Etat et de gouvernement à un directoire militaire. C’est le directoire militaire qui a transféré, à son tour, son pouvoir à l’ancien maire de Tananarive, Andry Rajoelina. Tout cela s’est fait en dehors du cadre de la loi fondamentale et le changement de pouvoir est anticonstitutionnel.

Mais le président évincé, Marc Ravalomanana, a souhaité ne pas participer directement à la transition…

Dans la vie d’un homme politique, comme dans la vie en général, le train ne fait jamais marche arrière. Quand on fait une erreur, il faut accepter d’attendre son tour à la prochaine gare. Ce qui a compliqué les négociations, c’est que le président Ravalomanana, qui avait manifestement l’oreille tendue vers certains dirigeants de la SADC, interprétait le retour à l’ordre constitutionnel qu’exige toute la Communauté internationale, comme le retour de sa propre personne à la présidence, alors que c’est lui-même qui a démissionné.

...C’était tout de même un coup d’Etat...

C’était un coup d’Etat dans la mesure où il a perdu le pouvoir sous la contrainte de l’Armée et de la population. La Communauté internationale avait du reste condamné cet acte. Cela est spécifique à la Grande Ile. De façon périodique, les changements de régime se font presque de la même manière dans ce pays.

Le problème dans cette crise demeure la mise en œuvre de cette Charte de la transition…

En la matière, on n’est jamais sûr. Signer un accord est une chose, le mettre en œuvre en est une autre. En tant qu’Envoyé spécial de l’Union africaine, avec mes autres collègues de la Francophonie, des Nations unies et de la SADC, notre vœu ardent est de voir les Malgaches se surpasser et prendre seulement en compte l’intérêt supérieur de Madagascar et accepter de mettre en œuvre le contenu de la Charte qu’ils ont eux-mêmes adoptée et signée. Je ne suis pas si naïf que ça, cela va engendrer des difficultés, mais je suis convaincu que quand les hommes ont la volonté d’avancer, rien ne peut les arrêter.

Avez-vous des moyens de pression pour espérer voir cette Charte s’appliquer vraiment ?

Je puis vous dire que l’Union africaine demeure saisie du dossier à travers le Conseil de paix et de sécurité. La Communauté internationale l’est également avec le Groupe international de contact sur Madagascar que coordonne l’Union africaine. Nous sommes convaincus que si la dernière étape de nos négociations (qui consiste à assurer le partage du pouvoir) était couronnée de succès, la mise en œuvre de la Charte et de ses annexes devrait se faire avec la collaboration de tout le monde. Nous croyons en la bonne foi des Malgaches et des hommes politiques de Madagascar.

Comment les 4 médiateurs sont-ils arrivés à accorder leurs violons dans cette négociation ?

Comme le Général Eyadema avait coutume à le dire, « trop de viande ne gâte pas la sauce ». Tous les Envoyés spéciaux ont été nommés par leurs organisations respectives avec le seul et même objectif : aider les Malgaches à se sortir de ce mauvais pas. A partir de cet instant, comme tout se fait sous l’égide de l’Union africaine, la direction des opérations ne permettait pas d’avoir des contradictions et tous les émissaires ont joué le jeu. Nous avons su travailler en bonne intelligence.

Votre statut de gendre des Malgaches a-t-il aidé à quelque chose dans ces négociations ?

Ce statut a été certainement un plus dans le bon déroulement de ma mission. Quand les gens ont découvert que mon épouse est Malgache, ils avaient une autre vision de ma personne et j’étais plus accepté. Certes, l’important dans une médiation, c’est de parler la langue et le langage des protagonistes et de comprendre leur état d’esprit afin de bâtir une confiance totale, voire une complicité personnelle avec chacun d’eux. Nous avons essayé simplement d’être justes dans cette mission et nous avons écouté tout le monde, autant que faire se peut.

"La négociation des APE doit être classée..."

Avez-vous foi que les Accords de partenariat économique entre les pays ACP et l’Union européenne seront finalement signés ?

Si vous voulez mon avis personnel, cette négociation des APE doit être classée ou tout au moins suspendue pour l’instant parce que le contexte économique et financier du monde ne s’y prête pas. Les APE avaient pour fondement de faire du développement et de la libéralisation du commerce. Si vous prenez le volet « développement », il est clair qu’avec la crise financière transformée en crise économique et qui est aujourd’hui passée à une crise humanitaire, on se rend compte que les programmes d’accompagnement élaborés dans ce cadre ne peuvent plus bénéficier des financements comme nous le pensions. Ne soyons pas dupes : les Européens font face à des difficultés et ils doivent d’abord trouver des solutions aux difficultés que traversent leurs propres économies avant de regarder dehors. D’ailleurs, l’aide publique au développement est en train de chuter. Les Européens ne vont pas créer d’argent pour financer le développement de leurs partenaires qui deviendront leurs concurrents directs. Avez-vous déjà vu un adversaire vous donner le coupe-coupe pour lui trancher la gorge ? Si vous prenez la libéralisation des échanges, l’autre pilier des APE, le contexte actuel de crise internationale amène tout le monde vers le protectionnisme. Pourquoi devrions-nous ouvrir nos économies pendant que les pays développés se recroquevillent ? L’objectif était de faire signer les APE en juin dernier. On programme maintenant cette signature pour le mois d’octobre. Je n’y crois pas du tout. Avec le départ des porteurs des APE à Bruxelles, à savoir Messieurs Louis Michel et Mandelson, je ne vois pas la nécessité de continuer à forcer pour imposer une coopération qui pourrait mettre en danger le développement économique et surtout l’intégration régionale sur le continent africain, dans le Pacifique et dans les Caraïbes.

L’Union européenne ne va pas baisser les bras…

Même si elle ne baisse pas les bras, il appartient à nos dirigeants, au plus haut niveau, d’ouvrir les yeux. Les APE, tels qu’ils se présentent aujourd‘hui, ne sauraient être un plus pour le développement économique de nos pays. Je sais que nos chefs d’Etat le savent et ils prendront les décisions qui protègeront les intérêts de leurs pays.

Revenons au Burkina pour avoir votre avis sur les derniers événements liés à la suspension de Salif Diallo des instances du parti au pouvoir, le CDP. Vous étiez absent du pays, mais vous avez dû suivre le feuilleton …

Je suis installé à Ouaga. Je suis stable au pays. J’écoute, je vois tout ce qui se passe. Le Burkina Faso nous appartient à tous et on ne devrait pas jouer à la politique de l’autruche. Personne ne fera le bonheur des Burkinabè à leur place. Pour ce qui concerne Salif Diallo, je retiens ceci : dans la vie, à chacun son destin. Je me dis que ce que Salif Diallo a dit dans son interview parue dans "L’Observateur Paalga" du 8 juillet 2009, c’est-à-dire le souhait de dissoudre l’Assemblée nationale et d’instaurer un régime parlementaire au Burkina, n’est qu’une opinion personnelle à lui. C’est son droit de penser en toute liberté et de le dire. Je pense que sa faute, c’est d’avoir émis cette opinion de son fauteuil d’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire du Burkina Faso et de surcroît représentant personnel du chef de l’Etat et des institutions de la République. En effet, la déontologie de la diplomatie impose aux ambassadeurs l’obligation de réserve et si cela ne vous convient pas, vous quittez. Le moment choisi pour faire cette déclaration ne nous paraît pas aussi indiqué, car seulement à quelques semaines du congrès de son parti dont il est l’un des fondateurs et piliers, et aussi à quelques mois de l’élection présidentielle. Il faut se rappeler que M. Diallo a été le directeur de campagne du président Compaoré aux élections de 2005. Mais c’est à lui d’assumer ses responsabilités. Maintenant, si lui-même qui est le pilier du pouvoir actuel pense qu’il faut changer, il a peut-être ses raisons. Mais je pense que le Burkina Faso compte plus de 15 millions d’âmes et tout le monde a son opinion sur comment il faut gérer ce pays. C’est une opinion que Salif Diallo a émise. A lui de convaincre les gens que son opinion est jouable. Retenons ce que le Général De Gaulle a dit : « Il faut savoir quitter les choses avant qu’elles ne vous quittent ». A mon avis, on ne devrait pas donner tant d’écho à cette réflexion personnelle de Salif Diallo.

Visiblement, c’est une opinion qui semble lui avoir coûté cher...

Je pense que Salif Diallo sait ce qu’il dit et ce qu’il fait. Par conséquent, je ne saurai vous dire ce que cette déclaration lui a fait perdre ou gagner. Lui seul le sait.

La preuve est qu’il a été suspendu des instances de son parti…

Ecoutez, il n’est pas né dans le parti. Il peut vivre sans le parti. D’ailleurs, il n’a pas été le premier à être sanctionné au niveau du CDP. Dans un regroupement où vous avez des hommes, on ne peut pas tout le temps avoir de la stabilité. Et puis, je me dis que comme partout ailleurs, les hommes passent et les pays restent. Et d’ailleurs le Burkina continue d’avancer. Chacun amène sa brique à la construction du pays. Salif Diallo a apporté et continue d’apporter sa contribution à la construction du Burkina Faso avec les moyens qui sont les siens. Dans le contexte, il est clair que le Burkina Faso a besoin d’une nouvelle dynamique, d’un nouveau dynamisme, donc des hommes nouveaux. On ne devrait donc pas faire du cas de Salif Diallo une affaire extraordinaire. S’il est convaincu de son idée, c’est bien pour lui. Mais s’il l’a fait seulement pour jouer au politicien, c’est encore tant mieux pour lui. Pourvu qu’il s’en sorte dans sa démarche. C’est ce que je lui souhaite. A chacun ses ambitions.

Faisons un tour dans certains pays africains. Commençons par le Niger, Mamadou Tandja et son référendum du 4 août dernier

A chaque pays ses hommes, à chaque pays sa culture. Il est difficile de juger ce qui se passe au Niger quand vous n’y vivez pas, mais je pense que le président Tandja n’a pas été le premier chef d’Etat à modifier une Constitution dans un pays d’Afrique. Il faut être prudent. Si on se réfère à ce que dit la Constitution du Niger, on peut dire que le président Tandja n’aurait pas dû aller jusqu’au bout de ce qu’il a fait. Je ne peux souhaiter aux Nigériens que du bonheur pour leur pays.

La Guinée et le capitaine Dadis Camara qui reporte l’élection présidentielle….

Le cas de la Guinée m’intéresse. J’y ai travaillé. J’étais là quand le président Conté faisait ses premiers pas au pouvoir. La situation actuelle de la Guinée est similaire à celle de Madagascar. La Guinée se trouve dans une situation assez typique. Là aussi, c’est un coup d’Etat parce que la Constitution n’a pas prévu que les militaires prennent le pouvoir en cas de vacance de celui-ci. Je souhaite que les Guinéens retrouvent très vite le chemin de la démocratie et de la liberté. Avec la gouvernance internationale actuelle, on ne peut pas bafouer les Constitutions. Nous souhaitons que la transition en Guinée soit la plus courte possible et que le président Dadis Camara qui est un patriote puisse donner aux Guinéens la chance de s’exprimer et de choisir le plus rapidement leurs dirigeants.

Au Gabon…

Je connais bien le Gabon pour y avoir fait une partie de mes études supérieures. Je connais les hommes qui sont actuellement aux affaires et qui sont en compétition pour succéder au président Bongo. Vivement que les Gabonais choisissent la meilleure personne qu’ils estiment être pour la direction de leur pays le 30 août prochain.

"Les maux que les Burkinabè doivent combattre : les 3 "M"

Que dites-vous de l’alternance prônée par Zéphirin Diabré et d’autres acteurs politiques ?

Je n’étais pas là pendant le forum de Diabré. L’alternance est une forme de changement de gestion. Alternance ou pas alternance, ce qui intéresse la population, c’est qu’on s’occupe de ses problèmes de développement économique et social et de lui donner les meilleures conditions pour vivre. L’important est que les Burkinabè aient un gouvernement qui puisse leur garantir les conditions pour le développement de tout un chacun dans la liberté et la démocratie. C’est un débat qui est sur la place publique. Laissons le temps courir et on verra ce que les Burkinabè choisiront. A mon avis, ce qui importe dans un pays comme le Burkina Faso qui est dans une quête de développement, c’est de rassembler toutes les capacités du pays à la réalisation de cet objectif. Pour ce faire, il faut utiliser toutes les compétences en mettant les hommes qu’il faut à la place qu’il faut au moment où il faut. D’ailleurs, si dans un contexte particulier on met des cancres à la place de bougres de cornichons, on ne change rien au problème. Le véritable problème du Burkina Faso, c’est la malédiction des trois « M » : médiocrité, méchanceté et mesquineries. Voilà les maux que les Burkinabè doivent combattre.

Après les Affaires étrangères, l’OMC, la BAD et la CEDEAO, que fait actuellement Ablassé Ouédraogo ?

Ablassé Ouedraogo est un homme béni de Dieu. C’est Dieu qui est mon Père. Fils de cultivateur, je suis nommé depuis mars 2009 par le président de la Commission de l’Union africaine comme son Envoyé spécial sur la crise de Madagascar. Je ressens pour moi-même et pour le Burkina une certaine fierté d’avoir contribué un tant soit peu à sauver le peuple malgache. Je l’ai toujours dit, tant qu’on n’est pas mort, il y a toujours de l’espoir. Ablassé Ouédraogo est là, disposé et disponible pour servir son pays, l’Afrique et le monde entier. Mon attache reste mon Burkina et mon village Dabaré. Je prie pour que cette saison d’hivernage soit bonne afin d’apporter le bonheur aux braves populations de mon pays que j’aime tant. Je souhaite que le Burkina Faso continue de vivre dans la paix, la sécurité et la stabilité pour pouvoir relever les défis de son développement.

mercredi, 12 août 2009

Le parti surveille sa ligne

12/08/2009 | Jeune Afrique | Par : Frédéric Lejeal


Des dissenssions se font jour au sein du parti de Blaise CompaoréDes dissenssions se font jour au sein du parti de Blaise Compaoré© AFP

Blaise Compaoré, au pouvoir depuis vingt-deux ans, devrait remettre son mandat en jeu en 2010. Pour la dernière fois. À moins que, comme l’ont suggéré quelques participants au congrès de son parti, une modification de la Constitution lui permette de rempiler. Le nombre de mandats est, depuis 2000, limité à deux. Pour le moment, il s’agit d’un ballon d’essai, lancé alors que la formation présidentielle est secouée par une crise interne. Un mois après le départ de six membres du Bureau national en raison de « dérives autoritaires et sectaires », le Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP) a suspendu le 17 juillet son premier vice-président, Salif Diallo. Il lui est reproché d’avoir tenu des propos hors de la ligne du parti dans une interview au quotidien L’Observateur Paalga.

Éloigné de Ouagadougou, où il a été ministre pendant dix-huit ans et surtout numéro deux officieux du régime, Salif Diallo est depuis près d’un an ambassadeur à Vienne. Fidèle serviteur du chef de l’État, il n’avait jamais auparavant critiqué ouvertement le régime. Il a cette fois préconisé un « nouveau départ institutionnel », avec dissolution de l’Assemblée nationale, mise en place d’un gouvernement d’union nationale, instauration d’un régime parlementaire et élections anticipées. Il veut, dit-il éviter une « patrimonialisation » de l’État.

Auditionné à plusieurs reprises par le parti, Salif Diallo n’est pas revenu sur ses propos. Sa suspension a été confirmée lors du congrès qui s’est achevé le 25 juillet. Il a échappé à l’exclusion et la porte du CDP n’est pas définitivement close. « Personne n’est indispensable, souligne cependant Rock Marc Christian Kaboré, président de l’Assemblée nationale et président du parti. Jusque-là, il demeure l’un des nôtres et il peut le rester… s’il le désire. Pour cela, nous attendons sa vraie autocritique. »

lundi, 03 août 2009

Autocongratulations bien arrosées

Le CDP (Congrès pour la démocratie et le progrès) est visiblement très satisfait de la qualité de l’organisation de son 4e congrès ordinaire qui s’est tenu du 23 au 25 juillet 2009 à la maison du Peuple. Vendredi 31 juillet, dans la soirée, les premiers responsables du parti n’ont pas été avares en superlatifs pour apprécier le rôle joué par les différents démembrements du comité d’organisation.

 

Ce jour-là, au siège du parti sis avenue Kwame-Nkrumah, Roch Marc Christian Kaboré n’a pas pipé mot. Pour une rencontre qui se voulait relaxe et conviviale, mission a été donnée au nouveau 2e vice-président, Simon Compaoré, de s’adresser aux éléments du rouage de la machine CDP ayant permis la tenue du 4e congrès qui s’est tenu dans la cuvette de la maison du Peuple, sans oublier ses excroissances organisationnelles à Ouaga 2000 et ailleurs.

Et qui connaît les qualités d’orateur de celui qui est, par ailleurs, maire de la ville de Ouagadougou, il est inutile de préciser que l’humour, l’ambiance et les formules anglo-saxonnes ont été au rendez-vous.

Avec une précaution toute diplomatique, il a félicité une à une les sections du comité d’organisation. Chacune a reçu, tour à tour, le savon bien mousseux de Tebguerré, comme l’appellent affectueusement ses amis commerçants. De la commission accueil et hébergement à la commission restauration en passant par l’orchestre qui a exécuté l’hymne national et celui du parti.

"Vous avez géré avec maestria les missions respectives qui vous ont été confiées", a-t-il répété, avec sa verve des jours de bonne humeur. Les acclamations provoquées ou spontanées fusaient à chaque interpellation. Le climat était à la joie d’autant plus qu’à côté, un méchoui des grands jours attendait les invités.

A écouter Simon Compaoré, la réussite du congrès était une question d’honneur, vu que beaucoup prédisaient un dénouement presque apocalyptique en pronostiquant "l’implosion" ou "l’explosion" du parti. D’ailleurs à ce sujet, et à l’endroit de la presse, celui qui a rappelé qu’il a été le condisciple de Roch à l’université de Dijon a dit ceci : "Nous remercions les journalistes, nationaux comme étrangers, qui sont venus pour voir des empoignades ou autre chose". Encore l’humour salace qui a fait sourire ou grimacer.

Certainement faisait-il allusion à certains événements, notamment le départ du navire battant pavillon CDP de certains membres (Les Refondateurs) et surtout la récente sortie médiatique de Salif Diallo, ancien membre et non des moindres du bureau politique. Foi de l’orateur du jour, il n’en a rien été. Au contraire : "Depuis que je suis dans le parti, je n’ai vu organisation d’un événement en son sein aussi réussie". Et de jeter un gros bouquet de fleurs au président du parti, Roch Marc Christian Kaboré.

A son endroit, le fraîchement élu 2e vice-président a fait le constat suivant : "Je le connais depuis l’université mais je ne l’ai jamais vu s’exprimer avec une aussi grande fermeté". Et Simon de prendre à témoins d’autres personnes qui se sont étonnées comme lui et qui ont lâché cette formule dans la langue de Ouédraogo : "Nous ne savions pas que Roch pouvait parler comme ça !"

Zowenmanogo Dieudonné Zoungrana & Issa K. Barry

 

lobservateur

jeudi, 30 juillet 2009

L’article 37 de la Constitution en sursis?

L’article 37 de la Constitution en sursis?

Modifiera, modifiera pas? Les tractations ont, semble-t-il, commencé pour décider du sort de l’article 37 de la Constitution du Burkina Faso, à l’horizon 2015. Avec la braise allumée dans le débat politique national par Salif Diallo, qui milite déjà pour une «refondation» de l’Etat, avec l’adoption d’un régime parlementaire, la question de la survie de cet article, qui a déjà connu, par deux fois, le bistouri de la «révisionite», se pose à nouveau avec une acuité incontestable.

 

Adoptée le 2 juin 1991, la Constitution fondatrice de la IVe République du Burkina Faso prescrivait, on se rappelle, en son article 37, que «le président du Faso est élu pour sept ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il est rééligible une fois». Le 27 janvier 1997, soit avant le terme du premier septennat de l’exercice présidentiel sous cette IVe République, une nouvelle loi constitutionnelle ampute la précision «une fois», supprimant ainsi la limitation du nombre de mandats. Puis, au lendemain de la crise sociopolitique générée par l’assassinat du journaliste Norbert Zongo, en décembre 1998, le plus célèbre article de la loi fondamentale connaît une seconde modification, le 11 avril 2000, avec l’adoption du quinquennat et la… réintroduction de la limitation du nombre de mandats. Jusqu’à aujourd’hui donc, précise l’article 37 de la Constitution du Burkina, et selon la loi N° 003-2000/AN du 11 avril 2000, «le Président du Faso est élu pour cinq ans au suffrage universel direct, égal et secret. Il est rééligible une fois».

Mais la vie tumultueuse des Constitutions africaines, révisées à l’envi ici et là pour «changer les règles du jeu au cours du jeu», ne semble pas près de s’arrêter. La liste est longue, en effet, des pays où le «toilettage» des lois fondamentales n’a concerné principalement, depuis leur adoption au début des années 1990, que la limitation du mandat présidentiel. Ainsi, ce que le Camerounais Thierry Amougou a appelé «la nouvelle pathologie politique africaine» a déjà frappé, dans le désordre, le Gabon, la Tunisie, l’Algérie, le Tchad, la Mauritanie, le Soudan, etc. Une véritable «inflation», qui sévit également au Niger, où Mamadou Tandja s’est dressé contre tous pour organiser «son» référendum le 4 août prochain, afin de perpétuer son règne à la tête de l’Etat.

C’est donc plus que jamais dans l’air du temps, cette histoire de retour sur la parole donnée, de reconsidération, dès lors que le temps imperturbable commande le départ, des prescriptions – je dois plutôt dire de cette prescription – de l’édit constitutionnel. Et je me demande bien si le Burkina saura en faire l’économie cette fois-ci!

La position du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP, parti majoritaire, au pouvoir) sur la question, formulée à l’issue du quatrième congrès de cette formation politique, fait penser, à tout le moins, que la question de l’après-2015 est déjà dans toutes les têtes. «Dix-huit ans après son adoption, il nous paraît important de la revisiter», souligne la déclaration finale du congrès, alors même que le président du parti, Roch Marc Christian Kaboré indique qu’«une commission va être bientôt installée» pour… faire des propositions de modifications. Si Roch Kaboré ne parle pas explicitement de l’article 37, il ne précise pas moins qu’«aucun sujet n’est tabou».

Parallèlement, la «sortie médiatique» décriée de Salif Diallo, qui souhaite qu’on remette tout à plat pour renaître dans une nouvelle République, continue de faire débat. Et peut-être…des adeptes? Le sondage proposé par fasozine.com aux internautes sur la question signale, en effet, que sur les 276 personnes qui se sont exprimés du 17 juillet 2009 à ce matin du 30 juillet, 201 personnes, soit 72,8% des votants, sont séduites par ce bouleversement. On dénombre aussi 48 personnes (17,4%) qui sont contre, et 27 autres (9,8%), sans avis.

Les prochaines semaines et mois promettent donc d’être féconds en réflexions, à la fois stratégiques, structurelles et structurales sur ces questions de fond, qui bousculent les esprits et préoccupent, de diverses manières, la classe et l’opinion politiques nationales. Au moment où certains partis d’opposition se sont prononcés sur le rejet d’un tel projet, qui toucherait à nouveau l’article 37 de la Constitution.

Jeudi, 30 Juillet 2009

Serge mathias Tomondji

Fasozine

 

lundi, 27 juillet 2009

Roch Marc Christian Kaboré : «Salif Diallo n’a pas été exclu»

Salif Diallo

A la fin du 4e congrès ordinaire du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), Roch Marc Christian Kaboré, fraichement reconduit à la tête du parti, et une partie de son équipe ont échangé avec la presse sur les grandes conclusions des travaux, la composition du nouveau bureau et le cas de Salif Diallo et des refondateurs…

L’équipe qui dirige le CDP a été remaniée d’un tiers, mais on constate qu’il n’y a pas eu de grands chambardements…

Je voudrais simplement dire que dans la mise en place du Bureau exécutif national, nous avons privilégié les équilibres régionaux. Au sein du parti nous sommes organisés en régions, et ce bureau exécutif prend les 13 régions du pays en compte. Mais je dois confesser que nous n’avons pas pu respecter le quota genre que nous nous étions donné au sein du parti, qui est de 25%. Nous sommes autour de 20%, mais nous n’avons pas atteint ce quota. Ce qui montre encore certaines insuffisances à notre niveau.

Salif Diallo et certains des refondateurs étaient des commissaires régionaux du CDP, mais on ne connait pas encore les noms de leurs remplaçants…

Les textes disent que les commissaires régionaux sont nommés par le bureau politique national, sur proposition du président du bureau exécutif national. Dans les prochains jours, vous saurez qui sont les commissaires régionaux que nous auront désignés.

Salif Diallo va-t-il vous manquer?

Vous savez très bien que nous avons commencé à préparer le congrès sans que le problème de Salif Diallo ne se pose. Notre congrès ne se résume pas à la question de résoudre le problème de Salif Diallo. Le congrès avait un programme bien établi. Salif Diallo, il est vrai, est un de nos camarades de lutte depuis des décennies. Nous l’avons déjà dit, il a apporté une grande contribution au niveau du parti. Il est clair que nous le regrettons, mais c’est lui-même qui a pris des positions en contradiction avec le parti. Nous sommes tous utiles, mais personne n’est indispensable. Le CDP poursuit sa route pour le combat et pour les objectifs inclus dans son programme et dans ses textes.


Salif Diallo et les refondateurs ont-ils été exclus du parti?

Ce sont les refondateurs qui ont eux-mêmes démissionné du CDP, après avoir refusé de faire leur autocritique. Le problème ne vient pas de nous. Concernant le camarade Salif Diallo, je sais que la presse, dès le départ, s’est dit que nous étions allés dans l’axe et dans le sens de l’exclure du parti. Le camarade Salif Diallo a été suspendu, et je dois dire simplement que mandat a été donné au nouveau bureau exécutif national de maintenir les discussions, jusqu’à ce que nous ayons une autocritique satisfaisante, franche et honnête de la part de Salif Diallo. De ce point de vue, le congrès ne l’a pas exclu. Le camarade Salif Diallo reste militant du CDP s’il le souhaite, et s’il est convaincu que le CDP représente encore ses visées. Nous sommes tout à fait disposés à l’accueillir comme militant du CDP jusqu’à nouvel ordre.

Source : FASOZINE

CONGRES DU CDP : Roch toujours à la barre, Salif largué

Roch Marc Christian Kaboré a été reconduit à son poste de président du Congrès pour la démocratie et le progrès (CDP), à l’issue du 4e congrès ordinaire dudit parti tenu du 23 au 25 juillet 2009. Aucune trace, par contre, de Salif Diallo. Les congressistes se sont félicités du déroulement des travaux qui leur ont permis de faire une introspection en vue de la consolidation de leur parti. Le CDP se dit résolument engagé à hisser le Burkina parmi les pays émergents d’ici à 2020.

 

Exit Salif Diallo qui a été suspendu des instances du parti. L’opinion se demandait quelle architecture prendrait le nouveau bureau exécutif national du CDP, le parti majoritaire au Burkina Faso. Finalement, il n’y a pas eu un grand chamboulement, la plupart des bonzes ayant été reconduits au sein du bureau. Le président sortant, Roch Marc Christian Kaboré, a été reconduit à son poste. Comme quoi, on ne change pas une équipe qui gagne. Car, des victoires, le CDP se félicite d’en avoir engrangées, notamment dans l’accompagnement de la mise en oeuvre du programme quinquennal du président du Faso. Aussi le parti a-t-il adressé des motions de félicitations à Blaise Compaoré et d’encouragement au gouvernement. Pour Roch Marc Christian Kaboré, le 4e congrès du CDP a été "un grand congrès au regard de la qualité des délégués, la pertinence du thème, la richesse des débats et la densité des résultats". Trois jours durant, les congressistes ont réfléchi aux questions de fonctionnement du parti, dressé le bilan de mise en oeuvre du programme quinquennal du président du Faso, Blaise Compaoré, et examiné les questions à résoudre pour faire du Burkina "un pays émergent au coeur de l’Afrique de l’Ouest". Cela a abouti à l’adoption de plusieurs résolutions portant notamment sur la relecture du programme du parti afin de pouvoir relever les défis, la formation politique et civique des militants. Une de ces résolutions concerne également l’avenir des universités du Burkina. Pour cela, le CDP s’engage à poursuivre la réflexion et à susciter un débat national avec tous les acteurs impliqués dans le secteur.

"Agitateurs confirmés, propagandistes infatigables"

Vu que leur congrès se tenait à un moment de bouleversement sur le plan international, avec des répercussions nationales importantes aux plans politique, économique et social, les CDpistes ont surtout estimé qu’il fallait renforcer davantage le parti sur les plans politique et organisationnel, ainsi que renforcer la démocratie interne en vue de sa consolidation. De même, ils ont jugé nécessaire d’affermir la discipline et l’unité en leur sein. A cet effet, le président Roch Marc Christian Kaboré a dit que "le bureau exécutif national veillera à ce que chaque militant du CDP soit traité et considéré, à la base comme au sommet, à la hauteur de son combat pour le parti et pour la Nation". En les invitant à rester toujours mobilisés, il a lancé à ses camarades de parti : "Soyez partout les agitateurs confirmés, les propagandistes infatigables des idées justes qui guident notre parti". Concernant la suspension de Salif Diallo, le congrès, vraisemblablement, ne s’est pas trop attardé sur la question, préférant maintenir la décision du bureau exécutif qui a dit attendre de voir quelle serait désormais l’attitude de l’intéressé vis-à-vis du parti. Il espère surtout qu’il fasse son mea culpa avant d’envisager toute levée de la sanction. Mais, qu’il s’agisse de Salif Diallo ou des "refondateurs", Roch Marc Christian Kaboré a été clair : "Au Congrès pour la démocratie et le progrès, nous devons retenir une fois pour toute que chaque militant est utile, mais personne n’est indispensable. Et c’est parce que nous sommes unis que nous sommes invincibles". Le bureau exécutif a, par ailleurs, promis de publier dans les jours à venir la liste des nouveaux commissaires régionaux du parti, car il faut aussi se rappeler que bon nombre des partants étaient des représentants du parti dans leurs localités d’origine respectives. Le dernier congrès du CDP a tenu toutes ses promesses, malgré les dissidences intervenues au sein du parti ces derniers temps. La mobilisation était très grande à la Maison du peuple, aussi bien à l’ouverture qu’à la clôture du congrès.

La composition du Bureau exécutif national du CDP

- Président du Parti, Président du Bureau politique national : Roch Marc Christian Kaboré
- Premier vice-président chargé de l’Orientation et des Questions politiques : Kanidoua Naboho
- Deuxième vice-président chargé des Relations extérieures : Simon Compaoré
- Secrétaire général : Marie Joseph Achille Tapsoba
- Secrétaire général adjoint : Assimi Kouanda
- Secrétaire à l’Organisation : Pegwendé Clément Sawadogo
- Secrétaire à l’Information et à la Communication : Bédouma Alain Yoda
- Secrétaire chargé des grandes consultations électorales : Jean Léonard Compaoré
- Secrétaire chargé du développement rural et de l’environnement : Abdoulaye Abdoulkader Cissé
- Secrétaire à la Trésorerie : Pascaline Tamini
- Secrétaire aux Relations avec le groupe parlementaire et du suivi des élus nationaux : Mahama Sawadogo
- Secrétaire chargé de la Coordination des chargés de mission : Tandaogo Jean Hubert Yaméogo
- Secrétaire aux Affaires sociales et culturelles : Kadiatou Korsaga
- Secrétaire adjoint chargé de l’Emploi et la Formation professionnelle : Thomas Sanon
- Secrétaire chargé du Développement économique et de la prospective : Seydou Bouda
- Secrétaire chargé du Contrôle et de la vérification : Domba Jean Marc Palm
- Secrétaire à la Formation politique et civique : Moïse Traoré-Nignan
- Secrétaire chargé de la Décentralisation et des relations avec les élus locaux : Soungalo Ouattara
- Secrétaire aux Affaires juridiques et aux droits humains : Jérôme Bougouma
- Secrétaire chargé de l’Emploi et la Formation professionnelle : Yacouba Barry
- Secrétaire chargé de l’Education : Leatare Basile Guissou
- Secrétaire chargé des Affaires institutionnelles : Bongnessan Arsène Yé
- Secrétaire à l’Intégration : Saran Séré
- Secrétaire adjoint chargé du Contrôle et de la vérification : Paramanga Ernest Yonli
- Secrétaire adjoint chargé du Développement économique et de la prospective : Benoît Ouattara
- Secrétaire adjoint à la Formation politique et civique : Lambert Blaise Kyelem
- Secrétaire adjoint à la Trésorerie : Zambendé Théodore Sawadogo
- Secrétaire adjoint chargé des grandes consultations électorales : Dimfangodo Salifou Sawadogo
- Premier secrétaire à l’organisation : Jean Bertin Ouédraogo
- Deuxième secrétaire à l’Organisation : Marie Gisèle Guigma
- Troisième secrétaire à l’Organisation : Ollo Anicet Pooda
- Secrétaire adjointe à l’Information et à la Communication : Tibo Cécile Beloum
- Secrétaire adjointe chargée de la Décentralisation et des Relations avec les élus locaux : Maria Goretti Blandine Dicko/Ageleoue Adoua
- Secrétaire adjointe chargée de l’Education : Odile Bonkoungou
- Secrétaire chargée des Femmes : Fatoumata Diendéré
- Secrétaire chargé des Jeunes : Salifou Sawadogo
- Secrétaire chargé des Anciens : Norbert Ouédraogo

Les nouveaux patrons

Le 4e congrès du Congrès pour la démocratie et le progrès a été incontestablement marqué par le renouvellement des instances et surtout le nouveau discours du parti majoritaire qui fait désormais du respect strict de ses textes fondamentaux, une priorité. La mini-crise suscitée par les critiques des refondateurs et la récente sortie médiatique controversée de l’ancien vice-président chargé de l’orientation et des questions politiques y sont certainement pour quelque chose. Le nouveau CDP veut donner l’image d’un parti réactif, comme pour faire taire la critique des refondateurs sur le laisser-aller qui faisait son lit. Les refondateurs s’étant exclus de facto, il n’ y avait plus matière à discuter. Le congrès en a simplement pris acte. Reste le cas Salif Diallo. Suspendu par le Bureau exécutif, cette sanction a été confirmée la veille du congrès. Elle est donc maintenue. Reste à savoir jusqu’à quand. Une faiblesse des textes du parti, comme l’a reconnu Simon Compaoré, ancien secrétaire général du parti.

A l’issue du congrès, le Bureau exécutif national a été en partie remanié. On assiste dans la plupart des cas à des changements de poste, sauf pour le président du parti. Roch Marc Christian Kaboré garde les commandes. C’est son second bail à la tête du parti. Salif Diallo, ancien premier vice-président, disparaît des tablettes du parti au pouvoir pour la première fois, depuis l’ODP/MT au CDP d’aujourd’hui. Naboho Kanidoua, lui, monte d’un cran et prend la place de l’enfant terrible du Yatenga, Salif Diallo.

Derrière lui arrive Simon Compaoré, le maire de la ville de Ouagadougou, qui laisse son fauteuil de secrétaire général pour être le 2e vice-président, chargé des relations extérieures.

Pour Achille Tapsoba, "le bosseur", c’est une vraie promotion ; il occupe désormais le poste stratégique de secrétaire général. Il a comme adjoint Assimi Kouanda, un militant discret mais influent. Il est le directeur de cabinet de la présidence du Faso. Jean Léonard Compaoré conserve son poste de secrétaire chargé des grandes consultations électorales ; c’est le Monsieur élections du parti.

Sur les 37 membres que compte le BEN, 10 personnalités font leur entrée. Arsène Bonyessan Yé signe son retour avec le poste de secrétaire aux relations institutionnelles. Saran Séré Sérémé, secrétaire à l’intégration fait une entrée dans le BEN, qui couronne un activisme politique très marqué dans sa région, à l’Assemblée nationale et au parlement de la CEDEAO. Cécile Beloum est secrétaire adjointe chargée de l’information et de la communication. Yacouba Barry lui est attributaire du poste de secrétaire chargé de l’emploi et la formation professionnelle.

par AT

Par Lassina Fabrice SANOU

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