lundi, 11 février 2013

CINEMA

«Argo» triomphe aux Bafta


11 février 2013 à 08:43

La première cérémonie de récompenses du cinéma en Grande-Bretagne a par ailleurs remis à Emmanuelle Riva le trophée de meilleure actrice pour son rôle dans «Amour», de Michael Haneke.

George Clooney et Ben Affleck , producteur et réalisateur de «Argo», à leur arrivée à la cérémonie des Bafta le 10 février à Londres. - Photo Paul Hackett. Reuters

 

Argo, de et avec Ben Affleck, a poursuivi dimanche soir sa marche triomphale vers les Oscars en récoltant les plus hautes récompenses britanniques du cinéma, les Baftas à Londres, ne concédant que le trophée du meilleur acteur à Daniel Day Lewis, le Lincoln de Steven Spielberg.

L’acteur-réalisateur américain Ben Affleck et son producteur George Clooney ont décroché trois trophées dimanche soir : les Baftas du meilleur film, meilleur réalisateur et meilleur montage. Déjà auréolé des Golden Globes de meilleur réalisateur et meilleur film dramatique, Argo, qui retrace la rocambolesque exfiltration de diplomates américains pendant la Révolution iranienne, fait désormais figure de favori pour les Oscars où il est nominé dans sept catégories dont celle du meilleur film.

Du côté des femmes, l’actrice française Emmanuelle Riva, 85 ans, a ravi à sa compatriote Marion Cotillard (De Rouille et d’os) le Bafta de la meilleure actrice pour son interprétation dans Amour du réalisateur autrichien Michael Haneke, qui a également été sacré «meilleur film en langue étrangère». Ce drame sur la fin de vie s’est imposé dans cette catégorie devant deux films français : De Rouille et d’os de Jacques Audiard et Intouchable d’Eric Toledano et Olivier Nakache.

Si l’octogénaire n’avait pas fait le déplacement, Marion Cotillard a ensoleillé le tapis rouge de sa robe en satin jaune, alors qu’une pluie battante et des températures glaciales faisaient frissonner les stars du jour au Royal Opera House de Londres. L’actrice britannique Helen Mirren, qui était en lice pour le Bafta de la meilleure actrice pour son rôle dans Hitchcock, a également fait sensation en arborant des cheveux roses assortis à son rouge à lèvres.

L’Américaine Anne Hathaway a, quant à elle, reçu avec beaucoup d'émotion le prix du meilleur second rôle féminin pour son interprétation dans Les Misérables qui a décroché trois autres récompenses (son, maquillage et décors). Chez les hommes, le Britannique Daniel Day Lewis a sauvé l’honneur du Lincoln de Steven Spielberg qui était nominé dans dix catégories, en décrochant le Bafta du meilleur acteur.

Quentin Tarantino n’a quant à lui pas caché son plaisir de décrocher le Bafta du meilleur scénario original pour Django Unchained qu’il a également réalisé. Ce western sanglant a valu à l’acteur autrichien Christopher Waltz le Bafta du meilleur second rôle masculin.

La meilleure adaptation scénaristique est elle revenue à David O. Russell pour Happiness Therapy. Le prix de la meilleure musique a été attribué à Skyfall, dernières aventures de James Bond également sacré «meilleur film britannique». La meilleure animation a été décernée à Rebelle quand le Bafta des meilleurs effets spéciaux est revenu à Life of Pi d’Ang Lee, également récompensé pour la meilleure image.

Le très beau documentaire Sugar man réalisé par Malik Bendjelloul a également été couronné. Alan Parker, qui a notamment réalisé Midnight Express ou Fame, a été distingué pour sa contribution au cinéma.

Preuve de l’influence grandissante des Baftas, à quinze jours de la remise des Oscars, nombreuses étaient les stars qui avaient fait le déplacement : cette année, Ben Affleck, Bradley Cooper, George Clooney, Sally Field, Jennifer Lawrence, Danny Boyle, Jennifer Garner, Samuel L. Jackson, Kevin Spacey et Sarah Jessica Parker ont ainsi présenté les récompenses.

(AFP)

lundi, 14 janvier 2013

Cinéma

Cinéma : Alain Gomis, arpenteur des "territoires incertains"


14/01/2013 à 09h:10 Par Renaud de Rochebrune

'Accepter d'être mortel, c'est pouvoir se dire que chaque petite chose est importante.' "Accepter d'être mortel, c'est pouvoir se dire que chaque petite chose est importante." © Vincent Fournier/J.A.


Réalisateur remarqué avec "L'Afrance" et "Andalucia", le Franco-Sénégalais Alain Gomis revient avec "Aujourd'hui", un film qui célèbre la vie.

Belle stature, impressionnante coiffure rasta, air nonchalant et attitude sereine malgré une forte consommation de cigarettes qui l'oblige à se tenir au plus près de la fenêtre, Alain Gomis n'a guère besoin de parler pour imposer sa présence. Calme et passionné, à l'image de son cinéma, il a une personnalité double. Guère étonnant pour un réalisateur qui se veut résolument franco-sénégalais...

Aujourd'hui
, son troisième long-métrage après L'Afrance (2001) et Andalucia (2007), fort remarqués à leur sortie, arrive en ce début d'année dans les salles après une belle carrière dans les festivals où il a été sélectionné. Bien accueilli à la Berlinale en février 2012, il a accumulé les distinctions : meilleur film à Milan et Cordoue, meilleur acteur à Khouribga et même prix du public à La Roche-sur-Yon. Pourtant, le moins que l'on puisse dire est que ce long-métrage n'est guère « grand public ». Presque sans dialogues, semblant largement improvisé avec ses scènes très indépendantes les unes des autres, il raconte la journée d'un émigré sénégalais qui vient de rentrer chez ses parents à Dakar. Une journée bien particulière puisqu'il apprend à son réveil qu'il a été « choisi » pour mourir la nuit d'après. Sans qu'il sache pourquoi, mais inéluctablement...


Ainsi accompagne-t-on pendant ses dernières heures Satché revisitant sa vie en accéléré, au gré de rencontres et d'événements souvent surprenants. Le premier, dès le matin, n'est pas le moins insolite puisqu'il s'agit d'une réunion familiale... pour célébrer sa mort imminente. Il se retrouvera ensuite dans les rues où il a passé son enfance, participera à une réunion animée entre amis d'autrefois, recréera des rapports intimes avec la mère de ses enfants, rejoindra une grande manifestation autour du slogan Y'en a marre. Entre-temps, il aura passé un long moment, tendu mais cocasse, avec celle qui fut son premier amour et reste peut-être la femme de sa vie. Dans le rôle de cette dernière, la superbe Aïssa Maïga, qui se prête à une sorte de ballet d'adieu avec notre « héros ». Satché aura aussi, scène incroyable, rendu visite à l'homme chargé de « laver » son corps avant son inhumation, ce qui lui permettra de vivre par anticipation cette cérémonie post mortem...

Malgré un tel scénario, Aujourd'hui n'est pas un film fantastique et encore moins un drame. C'est plutôt, selon l'expression du réalisateur, un intense « voyage dans le présent ». « La mort n'est pas seulement ce qui, auréolé de mystère, suscite la peur, explique-t-il. Car si l'on doit mourir très bientôt et que, même sans savoir pourquoi, on doit s'y résigner, il n'y a plus que le présent qui compte. Accepter d'être mortel, c'est pouvoir se dire que chaque petite chose est importante. » Voilà pourquoi ce film qui en fin de compte célèbre la vie est plutôt joyeux, comme le souhaitait le réalisateur.

"Si la tragédie n'est pas loin, on ressent à Dakar une légèreté, une note d'humour permanente."

Alain Gomis, Réalisateur

Douceur

Dakar, la ville préférée d'Alain Gomis après avoir parcouru la planète, était le lieu idéal pour raconter cette « vie en un jour ». « Quartier après quartier, on y découvre des univers très différents. Partout, on a l'impression, toujours, qu'il va se passer quelque chose. Il y règne un étrange mélange de gravité et de douceur. Et si la tragédie n'est jamais loin, on y ressent une certaine légèreté, une note d'humour permanente », affirme-t-il. Il est en tout cas certain que la capitale du Sénégal, dont les rues comme les habitants sont filmés avec amour, est un per

sonnage à part entière de Aujourd'hui. Peut-être même le principal, avec Satché.

« Aujourd'hui », d'Alain Gomis (sortie à Paris le 9 janvier

L'affiche du film "Aujourd'hui", d'Alain Gomis (sortie à Paris le 9 janvier)

Le choix de l'acteur qui incarne celui-ci est paradoxal. Gomis, qui dit y avoir pensé en entamant l'écriture du scénario, a en effet choisi de confier ce rôle quasi muet à un Américain qui s'est fait connaître par son maniement virtuose du verbe : le slameur, poète et chanteur Saul Williams. « Dès que je l'ai vu sur l'écran, dans le fameux film Slam, j'ai été frappé par l'espèce d'aura qu'il dégage, la force de sa vie intérieure, sa capacité à établir immédiatement une relation de familiarité avec n'importe qui », déclare Gomis. Ce qui fait en grande partie la force des films du Franco-Sénégalais, c'est en effet l'attention qu'il porte au ressenti et à ce que l'on peut partager au-delà ou en deçà des différences sociales ou linguistiques.

Admirateur de Djibril Diop Mambety et de Mahamat-Saleh Haroun comme de Jean Vigo, Michelangelo Antonioni ou Andreï Tarkovski, Alain Gomis aime arpenter ce qu'il appelle des « territoires incertains » et des « univers flottants ». Il le démontrera certainement de nouveau dans ses prochains films, si les deux projets qu'il prépare se concrétisent. C'est en effet soit aux États-Unis - s'il obtient les autorisations nécessaires pour réaliser un film sur la vie d'un grand pianiste de jazz à la personnalité des plus atypiques -, soit en RD Congo qu'il se rendra avec sa caméra. Pour le plus grand bien du cinéma africain, dont il se réclame et dont l'avenir, malgré ce que prédisent les Cassandre, lui paraît aujourd'hui mieux assuré que jamais. Grâce notamment à la technologie numérique et à une relève qui - il en est certain - s'annonce brillante.

vendredi, 11 janvier 2013

Cinéma

Cinéma - "Aujourd’hui" : « J’ai beaucoup voyagé avec ce film qui touche les gens à travers le monde »



 
 
 
Le film "Aujourd’hui", réalisé par Alain Gomis, est sorti mercredi au cinéma. Afrik.com a assisté à l’avant-première de la fiction au MK2 du quai de Seine. La fiction relate la dernière journée de vie de Satché -incarné par Saul Williams- qui vit ses derniers instants dans les rues de Dakar, au Sénégal. La réalisation minutieuse et la mise en scène pointilleuse donnent des couleurs à un scénario plutôt classique. Critique et entretien avec Alain Gomis, réalisateur et scénariste Franco-Sénégalais, qui nous explique les messages, notamment proches de la philosophie de Freud, Gandhi et Kennedy, qu’il a choisis de faire passer à travers son œuvre.
 

Critique

Une journée pour vivre. Il reste une journée, pas une de plus, à Satché (Saul Williams) pour vivre. Le lendemain, ce sera trop tard car il va mourir. De retour au pays, pour vivre ses derniers instants avec ses proches, Satché joint l’utile à l’agréable en parcourant sa vie dans les rues de Dakar, la capitale du Sénégal. La première scène du film, sur le réveil de Satché dans le foyer familial, plante illico-presto le décor dramatique du scénario. Les larmes de ses parents rappellent le genre et laissent tout de suite augurer d’une journée lourde en émotion. Le ton est donné, début du périple qui va emmener le mourant chez ses potes d’enfance, son ex-petite amie (Aïssa Maïga) (...) dans son restaurant préféré (...) et enfin dans son domicile avec son épouse et ses deux enfants. La grande réussite de ce film réside dans la réalisation et mise en scène d’Alain Gomis, qui parvient à rythmer et donner de l’ampleur au scénario, plutôt classique, en diversifiant les plans et passant de la fiction au théâtre, à des scènes réelles de contestation sociale pour finir en beauté par une magique séance photos de Satché et son épouse. Sans oublier le jeu d’acteur de Saul Williams, volontairement inhibé -absent pour certains- pour insister sur le regard de Satché sur sa propre vie.

Interview

Afrik.com : A moins que Aujourd’hui soit une histoire vraie, de quelle histoire s’inspire ce film ?
Alain Gomis :
Non ce n’est pas une histoire vraie. Ce film s’est inspiré de plusieurs contes qui ont pu exister. C’est assez proche de la réalité ressemblant à une histoire familière. C’est un projet qui trottait dans ma tête. J’ai fait des recherches et je suis tombé sur des contes similaires dans toutes les cultures d’ailleurs, par exemple en Egypte, ou dans La Divine comédie de Dante et enfin chez l’écrivain nigérian Ben Ockri.

Afrik.com : Pour son dernier jour de vie sur terre, Satché ne fait pas la fête. On aurait pu s’attendre à un personnage plus exubérant. Pourquoi avoir privilégié le ton dramatique ?
Alain Gomis :
C’est un personnage, d’une quarantaine d’années, qui a des enfants. Il n’a pas 25 ans : il ne va pas se mettre à aller en boîte (Rires), s’amuser avec ses potes pour finir par se jeter par la fenêtre. L’idée c’était de mettre en scène quelqu’un qui arrive à être serein malgré son destin fatal. Qui prend ce qui doit prendre (avant de mourir) en profitant de l’instant présent sans se soucier de l’après.

Afrik.com : Comme Freud l’a dit un jour, il n’y a que le présent qui compte. C’est le principal message que vous avez choisi de véhiculer dans votre film ?
Alain Gomis :
Gandhi a dit un jour. « Soyez le changement que vous voulez voir dans le monde » Le futur va avoir lieu demain mais si seulement ça existe dans le présent. Si on ne réalise pas les choses maintenant, ça n’arrivera pas dans le futur.

Afrik.com : D’où la présence des scènes réelles de contestation sociale dans cette fiction ?
Alain Gomis :
Effectivement. J’aime bien la définition anglaise du mot journée. Ces scènes rappellent que dans chaque journée, chacun a à faire face à la lutte sociale et politique dans son pays. Comme pour Satché, cette réalité est présente dans la vie de chaque homme. Cette contestation sociale est réelle et est d’actualité.

Afrik.com : Il s’agit d’un simple clin d’œil ou c’est une sorte de dénonciation ?
Alain Gomis :
Ce n’est pas une dénonciation. Ce message est simple : c’est à nous de nous prendre en main, ce n’est pas quelqu’un d’autre qui va le faire à notre place. La construction c’est tout de suite ! On ne peut pas s’asseoir et se plaindre. Peu importe notre condition sociale, ça ne suffit pas de dire "ça ne va pas", il faut que chacun fasse quelque chose pour son pays.

Afrik.com : Votre film sort progressivement en France et au Sénégal, puis aux Etats-Unis et enfin en Italie, êtes-vous satisfait de cette fiction ?
Alain Gomis :
J’ai beaucoup voyagé avec ce film qui touche les gens à travers le monde. Moi, en tant que réalisateur, je ne serais jamais complètement satisfait. On peut toujours s’améliorer et j’espère faire mieux pour le prochain.