jeudi, 07 janvier 2010

GUINEE

Konaté jette les bases du retour à un pouvoir civil en Guinée

 

 

Publié le 07/01/2010 par Reuters


Konaté jette les bases du retour à un pouvoir civil en Guinée

Le numéro deux de la junte guinéenne, le ministre de la Défense Sékouba Konaté (photo), s'est engagé mercredi à initier le retour à un gouvernement civil et a annoncé qu'il faudrait au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, encore du temps pour se rétablir après la tentative d'assassinat dont il a été victime le 3 décembre. /Photo prise le 11 décembre 2009/REUTERS/Emmanuel Braun



Click here to find out more!

Le numéro deux de la junte guinéenne, le ministre de la Défense Sékouba Konaté, s'est engagé mercredi à initier le retour à un gouvernement civil et a annoncé qu'il faudrait au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, encore du temps pour se rétablir après la tentative d'assassinat dont il a été victime le 3 décembre.


Les déclarations de Konaté, dans une allocution à la télévision nationale guinéenne, sont le signe le plus évident à ce jour montrant que l'avenir politique de Camara est compromis.


"Sa vie n'est pas en danger mais il faut du temps et de la patience et un suivi médical pendant un certain temps pour qu'il se rétablisse", a dit Konaté.


"Il nous faut poser des actes allant dans le sens de l'apaisement, de l'unité de tous les Guinéens, de la refondation de notre Etat et notre système politique", a-t-il dit.


"Pour ce faire, et conformément aux accords de Ouagadougou, nous décidons, à partir de l'instant, du choix d'un Premier ministre issu de l'opposition désigné par elle-même, qui engagera avec l'ensemble des structures politiques et sociales du pays des discussions en vue de la mise en place d'un gouvernement de transition d'union nationale", a-t-il ajouté.


Konaté a dit mercredi attendre d'un futur gouvernement de transition qu'il décide d'une nouvelle date de tenue des élections, initialement prévues pour ce mois-ci mais reportées par la crise politique.


KONATÉ NE S'ACCROCHERAIT PAS AU POUVOIR


"La chose la plus importante est de rétablir la confiance entre le gouvernement et les gouvernés", a-t-il dit.


Camara, qui a pris le pouvoir en décembre 2008 à la mort du président Lansana Conté, n'a pas été vu en public depuis qu'il a été évacué vers le Maroc pour y subir un traitement médical, après la tentative d'assassinat menée contre lui par son aide de camp le 3 décembre.


Camara et les autres membres de la junte ont été vivement condamnés par la communauté internationale après la répression d'une manifestation d'opposition, dans un stade de Conakry, qui s'est soldée par la mort de plus de 150 personnes, le 28 septembre dernier.


Konaté s'est rendu au chevet de Camara cette semaine à l'hôpital, et a eu des entretiens avec des diplomates américains et français qui se sont employés à le persuader de permettre le retour à un pouvoir civil en Guinée, en l'absence de Camara.


Si l'on ignore dans quelle mesure Konaté remplacera ou non Camara dans un gouvernement de transition, il assure qu'il ne s'accrochera pas au pouvoir: "Je n'hésiterai pas un moment à démissionner si j'ai l'impression que je prêche dans le désert et vais à l'encontre de l'histoire et de la volonté du peuple", a-t-il dit dans son allocution.


Parmi les possibles candidats au poste de Premier ministre, dans les rangs de l'opposition, figurent Jean-Marie Doré, François Lonceny Fall et Sidya Touré.


Comme Camara, Doré est originaire de la Guinée forestière, région où vivent plusieurs minorités ethniques qui, de longue date, s'estiment sous-représentées dans les instances du pouvoir.


Un dirigeant de l'opposition, Oury Bah, a salué les annonces faites par Konaté mais a estimé que le succès d'un gouvernement de transition dépendrait des pouvoirs dévolus au Premier ministre.


"L'important n'est pas le choix de la personne. Ce qui est fondamental, c'est le mandat, les pouvoirs et les responsabilités du nouveau Premier ministre", a dit Oury Bah, membre éminent de l'UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée).


Version française Eric Faye

samedi, 02 janvier 2010

Dadis Camara accepte un Premier ministre issu de l'opposition

31/12/2009 | AFP


 Le ministre guinéen de la Communication, Idrissa Chérif, le 4 décembre 2009 à Abidjan Le ministre guinéen de la Communication, Idrissa Chérif, le 4 décembre 2009 à Abidjan© AFP


Le chef de la junte au pouvoir en Guinée, Moussa Dadis Camara, hospitalisé à Rabat dans un état incertain, est favorable à la nomination d'un Premier ministre issu de l'opposition, a affirmé jeudi sur la chaîne France 24 Idrissa Chérif, ministre de la Communication guinéen.


 

Le porte-parole de la junte était interrogé au téléphone depuis la capitale marocaine, où le capitaine Camara est soigné après une tentative de meurtre par son aide de camp, le 3 décembre dernier.

 

"Hier, nous avons eu une séance de travail entre le ministre de la Défense et président par intérim (le général Sékouba Konaté), le chef de l'Etat et moi", a relaté Idrissa Chérif.


Le médiateur Blaise Compaoré sollicité

 

"Le chef de l'Etat et le ministre de la Défense ont décidé de demander au facilitateur [Blaise Compaoré, ndlr] de convoquer les différents acteurs afin que nous puissions nous retrouver à Ouagadougou pour pouvoir décider de l'avenir du pays", a-t-il ajouté. "Dans ce cadre, le chef de l'Etat nous a instruit d'accepter la demande de prendre un Premier ministre issu de l'opposition", a-t-il ajouté.

 

Le président burkinabè Blaise Campaoré mène depuis plusieurs semaines des efforts de médiation, afin de sortir de la crise politique en Guinée, accentuée par un massacre d'opposants le 28 septembre par les forces de sécurité dans un stade de Conakry, qui a fait au moins "156 morts et disparus", selon l'ONU.


Le mystère demeure sur l'état de santé de Dadis


Idrissa Chérif a également cherché à couper court à des informations sur l'état de santé de Moussa Dadis Camara. Selon des sources proches de la junte, le capitaine Camara ne serait "pas conscient" de ce qui passe dans son entourage" et il n'y aurait "plus rien à faire pour lui".


"Je tiens à vous dire que le chef de l'Etat va bien", a dit le ministre de la Communication. "Bientôt, je pense que le chef de l'Etat sera parmi nous à Conakry, mais pour l'instant, je pense qu'il est en état de convalescence et tout se passe nettement mieux", a-t-il ajouté, promettant de rentrer en Guinée avec un "film" prouvant l'amélioration de son état de santé.

lundi, 21 décembre 2009

Konaté, le Tigre de la junte

Jeune Afrique | Par : Cécile Sow


Le général Sékouba Konaté assure l'intérim de Moussa Dadis CamaraLe général Sékouba Konaté assure l'intérim de Moussa Dadis Camara© Seyllou


« Notre président a échappé à un attentat. C’est une honte pour notre nation. C’est une honte pour notre armée. Ce n’est pas le capitaine qu’il faut voir, mais ce qu’il représente. […] Il faudrait qu’on arrive à instaurer la discipline au sein de notre armée. » Le 9 décembre, six jours après l’attaque qui a failli coûter la vie au capitaine Moussa Dadis Camara, le Tigre rugit. « Enfin ! » s’exclament en chœur la population, les leaders politiques et les représentants de la société civile. La radio et la télévision nationales viennent de diffuser le premier message du général Sékouba Konaté. Le ton est ferme. Connu pour sa réticence à s’exprimer en public, le ministre de la Défense, qui faisait le tour des garnisons, a dû se faire violence. Ses nouvelles responsabilités ne lui laissent guère le choix.


Le 4 décembre, à son retour du Liban, où il était en voyage, la confusion la plus totale régnait à Conakry. C’est pourtant tout naturellement que le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et le gouvernement ont confié l’intérim du chef de la junte, en convalescence au Maroc, à Konaté, qui est aussi le numéro trois du CNDD et son second vice-président.


Toto avant lui

 

Un choix logique, pour au moins trois raisons. D’abord, parce que c’est grâce à lui que Dadis a pu accéder au pouvoir, le 23 décembre 2008. Ensuite, parce que le général Mamadouba Toto Camara, numéro deux du CNDD, venait de subir une opération chirurgicale au royaume chérifien (comme Dadis !) et n’était pas en mesure d’assurer l’intérim. S’il a été préféré à Konaté il y a un an pour devenir numéro deux de la junte, c’est qu’il était beaucoup plus âgé et plus gradé que lui (le Tigre a été promu général après le 23 décembre). Enfin, parce que Konaté, dont on vante la loyauté et les faits d’armes, a davantage d’influence sur la troupe.


 

Mère d’origine libanaise

 

Ce fils de commandant, qui a suivi plusieurs formations et a été au front, est, avec l’armée, en terrain de connaissance. Né à Conakry en 1964 d’un père malinké musulman, originaire de Kankan (dans l’Est), et d’une métisse libano-guinéenne chrétienne, Konaté a grandi dans un milieu plutôt privilégié. Il obtient son baccalauréat en 1983, entre dans l’armée deux ans plus tard, puis, admis à l’Académie royale militaire de Meknès, part pour le Maroc. En 1990, il rentre au pays. En 1992, il fait un stage à l’École d’application de l’infanterie de Montpellier et suit une formation à l’École des troupes aéroportées de Pau, dans le sud de la France. Plus tard, en 1995, il intègre l’Ecomog, la force d’interposition de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), chargée d’assurer la sécurité au Liberia et en Sierra Leone. Il reste à Freetown jusqu’en 1999.

 

Après une nouvelle formation en Chine, il regagne la Guinée en 2000. Il est alors nommé à la tête des « Rangers » (combattants) de Macenta, à la frontière libérienne, qui deviendra le théâtre de violents affrontements entre l’armée guinéenne et des rebelles venus du Liberia et de la Sierra Leone. Son ardeur au combat lui vaut alors le surnom de « Tigre ».

 

Il quitte la zone en 2007, appelé à la rescousse par Lansana Conté : le président guinéen veut mater les mutineries périodiquement fomentées par Moussa Dadis Camara et Claude Pivi, l’actuel ministre de la Sécurité présidentielle, avec qui Konaté entretient aujourd’hui de bonnes relations.

 

En 2008, Conté le nomme commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), une unité d’élite basée au camp Alpha-Yaya-Diallo. Le 23 décembre 2008, au lendemain de la mort de Conté, c’est au Bata que Sékouba Konaté et Moussa Dadis Camara décident de prendre le pouvoir. C’est le début d’une camaraderie sans histoire jusqu’à la tuerie du 28 septembre 2009.

 

Si, depuis plusieurs mois, des rumeurs faisaient état de désaccords profonds entre les deux hommes en raison de la volonté de Dadis de se présenter à l’élection présidentielle et de conserver le pouvoir, les faits ont montré que le Tigre lui est longtemps resté fidèle. Le 29 mars 2009, lors du premier grand meeting de soutien à la junte organisé au stade du 28-Septembre, il était à ses côtés. Lorsque militaires, policiers et gendarmes, genou à terre, juraient sur le Coran et sur la Bible « fidélité au capitaine Moussa Dadis Camara », il était là, encore et toujours. Et il se rendait régulièrement dans les grandes villes pour y faire l’apologie du CNDD et de son chef. Allant jusqu’à déclarer, le 5 septembre, à Fria (à 160 km de la capitale) : « Si le capitaine s’est présenté à cette élection, c’est parce que vous l’avez réclamé. Il entend respecter la volonté du peuple et le verdict des urnes. »

 

Il avait « Toumba » à l’œil

 

À Conakry, son domicile de Taouyah ne désemplissait jamais. Selon des voisins, des groupes de jeunes et de femmes en ressortaient systématiquement avec des paquets de tee-shirts à l’effigie de Dadis.

 

Ces allées et venues ont cessé après le massacre du stade et l’arrestation avortée du lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, à laquelle Dadis s’est opposée. Selon une source proche du camp Alpha-Yaya-Diallo, cela faisait des mois que le Tigre avait à l’œil le jeune lieutenant. Sa méfiance avait redoublé lorsque, au début de septembre, des militaires avaient accusé Toumba d’avoir emprisonné et torturé des éléments censés être hostiles à Dadis.

 

Ce même mois de septembre, moins de quinze jours avant le drame du stade, le général Konaté défendait encore la cause de son ami Dadis hors des frontières guinéennes. Comme à Paris, où, après quelques réticences, sa délégation avait été reçue par Alain Joyandet, le secrétaire d’État à la Coopération, ainsi que par des conseillers de l’Élysée et du ministère des Affaires étrangères. Outre ce voyage officiel, il en a fait beaucoup d’autres, à titre parfois personnel.

 

Des amis controversés

Depuis la mi-juillet, il s’est rendu plusieurs fois au Maroc pour y passer des examens médicaux. Aucune information officielle n’a jamais été donnée sur son état de santé. Il souffrirait d’une maladie du foie liée à un abus d’alcool. Quant au Liban, son autre destination privilégiée, il y a fait plusieurs voyages d’affaires, organisés par ses amis Roda Fawaz et Ali Saadi, qui y sont consuls honoraires. Malgré leurs fonctions, ces derniers passent la majeure partie de leur temps à Conakry et fréquentent assidûment Konaté. À en croire certaines sources, ils chercheraient ensemble des fournisseurs en riz, en produits pétroliers et en équipements divers. Fawaz a déjà été accusé de trafic d’armes, ce qu’il dément. Saadi et lui passent aussi pour des proches de Lansana Kouyaté, l’ancien Premier ministre, que l’on soupçonne de soutenir Dadis. Konaté s’est également rendu en Turquie et en Ukraine pour y négocier la fourniture de matériels militaires, ainsi qu’au Sénégal et au Gabon.

Aux commandes depuis le 4 décembre, Sékouba Konaté engage une partie périlleuse. La Guinée attend désormais de découvrir la « méthode Sékouba ». Ses proches jurent qu’il mettra toute son énergie à assurer la sécurité du pays et conduire une transition apaisée. « C’est un homme simple, qui n’aime ni le pouvoir ni les honneurs. Ce qu’il veut, c’est recommencer à aller tranquillement dans les maquis avec ses amis », disent-ils…

Article paru dans Jeune Afrique n°2553 du 13 au 19 décembre 2009

mercredi, 16 décembre 2009

La Guinée, en pleine confusion, songe à l'après-Dadis

LE MONDE | 16.12.09 |

 

Conakry veut tourner la page du "capitaine président" Moussa Dadis Camara. Victime d'une tentative d'assassinat, le 3 décembre, par son aide de camp, "Toumba", le chef de la junte ne s'est toujours pas adressé à son pays.

Depuis son hospitalisation au Maroc, son état de santé est le secret le mieux gardé de Guinée. L'absence prolongée de celui qui cumulait les pouvoirs et une impopularité grandissante, depuis son coup d'Etat du 23 décembre 2008, finit par nourrir l'espoir d'une amélioration de la situation. Sans lui.


Des portraits de Dadis Camara (au centre), de Lansana Conté (à gauche) et de Sékou Touré (à droite) à Conakry, le 9 décembre 2009.REUTERS

Des portraits de Dadis Camara (au centre), de Lansana Conté (à gauche) et de Sékou Touré (à droite) à Conakry, le 9 décembre 2009.


Le pays plonge dans le chaos depuis l'arrivée de Dadis Camara. Le 28 septembre, au moins 150 opposants ont été tués par des militaires lors d'une réunion dans un stade de la capitale. Puis il y eut le sanglant face-à-face de décembre entre Dadis Camara et son "ami", Aboubacar Sidiki Diakité, dit "Toumba".

"Dadis était le problème, c'est lui qui bloquait tout. Toumba a trouvé la solution. Et même s'il n'est pas mort, la donne a changé", veut croire Faudé Marega, ancien ministre de la réconciliation. Le massacre du 28 septembre a en effet poussé le chef de la junte dans un coin. Mis au ban des nations, y compris par les pays voisins et les organisations régionales africaines, il s'est aussi isolé sur la scène guinéenne.

Rejeté par un large front politique et syndical, réprimé le 28 septembre, "Dadis" s'est replié sur un noyau dur de fidèles souvent issus, comme lui, de sa communauté de Guinée forestière, (environ 7 % des quelque 10 millions de Guinéens). Ses frasques ont aussi lassé une population éreintée par la misère et qui attendait des miracles. Mais l'homme, poussé par "une inspiration divine", s'est entêté à se voir en sauveur de la nation après avoir juré n'avoir ramassé le pouvoir, dans les heures suivant la mort de Lansana Conté, que pour le rendre le plus rapidement possible aux civils.

"On se disait que Dadis pourrait bien finir dans un fossé, mais personne ne s'attendait à ce qu'un de ses amis lui tire dessus. Le système a montré ses faiblesses", souligne le docteur Marega. Toumba aurait agi ainsi après avoir appris que son chef rejetait sur lui la responsabilité de l'organisation de la tuerie du 28 septembre. Une tuerie de "plusieurs centaines d'opposants (qui) constitue vraisemblablement des crimes contre l'humanité", selon le rapport de l'ONG Human Rights Watch, qui doit être publié le 17 décembre.

"Toumba est aujourd'hui en fuite, on le recherche activement mais il ne représente plus une menace", explique une source au sein des services de renseignement guinéens. "Une centaine de personnes", selon cette source, ont été arrêtées. "On ratisse large", ajoute-t-elle. Des proches de Toumba, une partie des hommes de la sécurité présidentielle mais aussi de lointaines relations ont été interpellés. "Le marabout de "l'invincible" Toumba bardé de grigris a même été sommairement exécuté", assure un de nos interlocuteurs à Conakry.

En attendant un retour hypothétique du chef de la junte, un autre de ses "amis" assure l'intérim du pouvoir : le ministre de la défense et général Sékouba Konaté, un colosse taiseux aguerri aux conflits de Sierra Leone et du Liberia au début des années 2000. "Il n'a pas d'ambition politique de Dadis, affirme Mamadou Aliou Barry, spécialiste de l'armée guinéenne, il pourrait donc très bien organiser une transition courte vers un pouvoir civil." C'est ce qu'ont de nouveau réclamé, dimanche 13 décembre dans la capitale du Burkina Faso, les grandes puissances et les organisations régionales qui redoublent d'efforts pour presser un pouvoir guinéen qu'elles sentent affaibli.

L'efficacité de ces pressions est notamment liée au sort de Dadis Camara. "Konaté est fidèle, il ne passera pas sur l'autorité de son commandant en chef des armées", tempère un observateur. Depuis qu'il assure l'intérim, "El Tigre" ne sort d'ailleurs pas de ses attributions ministérielles : "Instaurer le calme entre tous ces clans ethniques regroupés dans une armée guinéenne qui n'en a que le nom", précise Aliou Barry.

Trafics divers

"El Tigre" court donc de caserne en caserne. Tout en évitant de s'attarder au camp Alpha Yaya. Dadis en avait fait sa résidence présidentielle mais le camp semble aujourd'hui sous le contrôle d'un autre "ami" de Dadis, Claude Pivi.

Comme d'autres, y compris des civils, ce petit officier promu au rang de ministre de la sécurité présidentielle au sein de la junte (le Conseil national pour la démocratie et le développement, CNDD) a beaucoup à perdre de la disparition de son mentor et d'une éventuelle démocratisation du pays : son immunité devant la justice et les juteux profits de trafics divers.

Sékouba Konaté, lui, décline inlassablement le même message : respect de la hiérarchie, unité de la nation et discipline. Le discours est basique mais sincère. "Il faut rompre avec ce système dans lequel une poignée de militaires incompétents contrôle tout - l'armée, l'économie, l'administration", s'insurge un haut fonctionnaire du ministre des finances.

Officiellement pourtant, l'heure n'est pas à la rupture. A tout propos, Sékouba Konaté souligne qu'il s'entretient "trois ou quatre heures par jour au téléphone" avec Dadis. A l'entendre, il se rétablirait dans l'hôpital militaire de Rabat après une opération à la tête. Dadis Camara, d'un naturel si bavard, n'a pourtant pas dit publiquement un mot. Et à la fin de chaque jour de silence présidentiel, on se dit à Conakry que le capitaine Dadis pourrait bien ne jamais revenir, mais que l'annonce ne sera faite que lorsque la situation sera stabilisée.


Christophe Châtelot (Conakry Envoyé spécial)

 

3 avril 1984
Lansana Conté succède à Sékou Touré, président depuis l'indépendance en 1958.

22 décembre 2008
Mort de Lansana Conté.

23 décembre
Des officiers, conduits par le capitaine Dadis Camara, prennent le pouvoir.

28 septembre 2009
Au moins 150 opposants sont massacrés dans un stade de Conakry.

3 décembre
Aboubacar Sidiki Diakité, dit "Toumba", aide de camp de Dadis, tente de l'assassiner.

 

Réfugié dans un lieu tenu secret depuis sa tentative d'assassinat dirigé contre le chef de la junte, "Toumba" Diakité s'est expliqué sur Radio France Internationale, mercredi 16 décembre. Il affirme que "Dadis" voulait lui faire porter la responsabilité des massacres du 28 septembre, alors qu'il nie en être l'instigateur. Il assure que la répression, planifiée par Dadis en personne, a été conduite par l'armée, la police, la gendarmerie, ainsi que par des centaines de jeunes recrues habillées en civil et infiltrées dans la manifestation.

Toumba affirme que c'est lui, au contraire, qui a exfiltré les politiques pour les sauver.

GUINEE : Le Général Konaté rassure, la population attend...

mercredi 16 décembre 2009

Le 11 décembre, une délégation des Forces vives de la nation a rallié Ouaga, la capitale du Burkina Faso, sur invitation du Groupe international de contact sur la Guinée qui entend mettre face à face le président Blaise Compaoré, les acteurs des Forces vives et leurs propositions respectives de sortie de crise. Des sources proches du Groupe international indiquent qu’à cette rencontre placée sous la coupe de la CEDEAO, il ne devrait pas être question de négociations entre Blaise Compaoré et les Forces vives de la nation. Ils ne sont pas protagonistes. Il était question de convaincre le médiateur à reconsidérer sa première mouture de sortie de crise qui avait fait râler les Forces vives et fait jubiler les délégués de la junte.

 

Une fois que le groupe de contact, le médiateur et les Forces vives seront au même niveau de compréhension de la situation actuelle, le trio va tirer les leçons de l’urgence de la sortie de crise et envisager une nouvelle démarche. En adoptant cette nouvelle stratégie, le Groupe international de contact n’avait pas pris en compte la participation du CNDD à cette troisième phase de négociation prévue à Ouaga. Et pour cause. La semaine dernière, répondant à des questions des journalistes de la radio télévision nationale, Idrissa Chérif, ministre de la Communication auprès de la présidence de la République et du ministère de la Défense nationale, a fait savoir que « ce qui préoccupe le CNDD en ce moment, c’est l’état de santé du capitaine Moussa Dadis Camara.

 

Pas les négociations de Ouaga ». Il a ajouté avec de l’énergie dans le ton « qu’on ne peut pas aller à une négociation à Ouaga sans l’aval du président Moussa Dadis Camara ». Enfin, comme pour calmer les esprits, Idrissa Chérif a promis que « les négociations de Ouaga ne sont pas bannies, mais suspendues jusqu’au retour en Guinée du capitaine Moussa Dadis Camara". Idriss Chérif avait profité de cette occasion pour indiquer que le CNDD soupçonne fortement les services secrets français d’avoir contribué à l’attentat contre El Dadis. Il n’a pas manqué de déclarer que les propos de Mohammed Ibn Chambas selon lesquels « le président Dadis Camara est un problème, mais pas une solution » est une attaque violente contre la Guinée. Pour Idrissa Chérif, Ibn Chambas n’a pas le droit de s’acharner sur la Guinée à travers des déclarations fracassantes dans la mesure où « il n’est ni un ministre, ni un président de la république d’un pays membre de la CEDEAO ». Idrissa Chérif a mis en garde Ibn Chambas, indiquant qu’en temps opportun, le gouvernement guinéen va écrire à la CEDEAO pour demander à l’institution de demander à Ibn Chambas d’aller voir ailleurs et de laisser les Guinéens avec leurs salades.

 

Dans la même soirée, sur les mêmes ondes, à travers un même langage et une même fougue, le commandant Moussa Keita, le secrétaire permanent du CNDD, a remis ça en disant que Mohammed Ibn Chambas n’a pas le droit de planter ses choux dans la transition guinéenne. Il a réitéré la déception du CNDD de voir Ibn Chambas s’en prendre à la transition, à El Dadis et à la Guinée. Il a aussi assuré que si Ibn Chambas ne met pas de l’eau dans son vin, le CNDD va suspendre sa participation à la médiation de la CEDEAO. Ces mots prononcés à Conakry par deux "en haut de en haut" de la junte sont tombés dans des oreilles attentives à Abuja. Ainsi la CEDEAO a-t-elle programmé la rencontre de Ouaga qui ne prenait pas en compte le CNDD. Revirement de situation, deux jours après ces déclarations, Alexandre Cécé Loua, le ministre des Affaires étrangères est monté au créneau pour une série de mises au point.

 

Il a juré la main sur le palpitant que la Guinée ne soupçonne nullement la France d’avoir trimé dans la tentative d’attentat contre El Dadis. De même, il a dit que le CNDD n’entend pas suspendre sa participation dans la médiation de la CEDEAO, encore moins dans tout processus axé sur la recherche d’une solution apaisée au problème guinéen. C’est absurde et totalement infondé, a-t-il dit. Et des petits malins terrés à Conakry de rire sous cape et d’en déduire que ces propos de Alexandre Cécé Loua disqualifient de facto Moussa Keita et Idrissa Chérif désormais priés de ne pas parler au nom de la junte sans se référer à qui de droit. Il semble même qu’au nom d’une Commission interministérielle sur la crise en Guinée, le Premier ministre Kabiné Komara a écrit une missive à l’attention d’Idrissa Chérif pour lui dire de s’abstenir désormais de toutes déclarations sans se référer au Comité interministériel.

 

Pour bien des aigris, ces mises au point sont les premiers signes de désapprobation du CNDD contre les déclarations en désordre des membres de la junte. Et Dieu sait que ces derniers temps, des déclarations à l’emporte-pièce ont été faites à la pelle servies par des porte-voix du CNDD. La recréation est terminée, il faut mettre de l’ordre dans la maison. Le général Sékouba Konaté, ministre de la Défense nationale et le Premier ministre Kabiné Komara ont-ils l’intention de mettre balle à terre pour la suite de la transition ? Tout porte à le croire. En tout cas, les récents speechs du général Konaté dans les garnisons militaires sont perçus par bon nombre de Guinéens comme le signe d’un départ apaisé pour une alternance démocratique. Il a demandé aux militaires de ne plus investir les quartiers de Conakry joujoux de feu en main, pour tuer, blesser ou arnaquer. Il a rappelé la mission du soldat qui consiste à sécuriser les citoyens et leurs biens et à veiller à la défense de l’intérêt supérieur de la Nation. Bon nombre de Guinéens estiment que les propos du général Sékouba Konaté rassurent et qu’ils vont peser sur la balance pour amener à la paix et la réconciliation nationale.

 

A Ouaga aussi, le Groupe international de contact sur la Guinée entend œuvrer à mettre sur la même table les protagonistes, les amener à conjuguer le même verbe, celui de l’intérêt supérieur de tous les Guinéens. « Nous n’avons que trop souffert pour continuer dans la même galère. Il est temps d’aller dans le sens de l’apaisement pour que tous les Guinéens se retrouvent en famille, dans le bonheur. Pour un monde meilleur pour tous », nous a confié un syndicaliste.

 

Désormais, tous les regards restent encore portés sur le Maroc où se soigne El dadis et Ouaga où le Groupe international de contact sur la Guinée a décidé de reprendre le taureau par les cornes. Depuis qu’il a pris les rênes de l’intérim, le général de Brigade Sékouba Konaté n’a pas lésiné sur les mots pour dépeindre ce qu’il appelle « l’indiscipline dans les garnisons ». Il entend assainir l’armée, la doter d’un statut juridique, chasser de la troupe tous les « délinquants ».

 

Dans le but de mettre en pratique son plan d’assainissement de la troupe, le général Sékouba Konaté a entrepris la semaine dernière une tournée de reconnaissance et de sensibilisation dans les principales garnisons de la capitale Conakry. « Nous devons assainir nos rangs, ne plus accepter la pagaille parmi nous. C’est une honte de voir des militaires s’en prendre aux populations. Je ne tolérerai plus jamais cela. Prochainement si un groupe de militaires s’isole pour aller semer la terreur chez les civils, nous n’allons pas pardonner. Nous allons isoler le coin et procéder à une destruction », explique le général Sékouba Konaté. Evoquant l’attentat contre le capitaine Moussa Dadis Camara, le général Sékouba Konaté soutient que « c’est une honte pour notre armée, une honte pour notre Nation. Attenter à la vie d’un président de la République. Et pourtant, nous avons prêté serment. Nous savons ce qui se passe dans notre armée, dans toutes les unités, il y a l’indiscipline caractérisée. Nous savons que c’est à partir du camp Alpha Yaya, il faut avoir le courage de le dire.

 

Il y a une indiscipline caractérisée, la hiérarchie n’est pas respectée ». Parlant de l’insubordination dans les rangs, il soutient que « ces derniers temps, il faut avoir le courage de le dire, l’armée guinéenne n’a jamais connu de tels actes. Ces jeunes de 2000 ou de ceci, vous devez pouvoir vous conseiller entre vous. On ne vous laissera plus faire, c’est clair. Il faut que le caporal qui est là sente sa place, que le chef de groupe qui est là sente sa place, le chef de commandant de compagnie, ainsi de suite ». Les récentes interventions du général Sékouba Konaté dans les garnisons militaires ont largement contribué à apaiser et à calmer les nerfs des Guinéens. « Avec lui, c’est sûr que nous allons aboutir. Il a planté le doigt dans la plaie. Il connaît le problème qui mine l’armée guinéenne et je pense qu’il commence à y trouver une approche de solution », indique Idrissa Souaré, enseignant.

 

Pour Camara N’Fanly, fonctionnaire à la retraite, « les Guinéens ont écouté trop de discours. Nous en avons entendu de tous les sons. Lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara est arrivé au pouvoir, il a commencé des discours, il a promis et il a peu réalisé. Et nous savons tous où tout cela nous a conduits. Donc, trêve de bavardage, le général Sékouba Konaté a promis, on le verra à l’action. C’est un homme formidable, qui parle peu, qui est effacé, mais attendons de le voir à l’ouvrage. Soif de changement ou besoin de souffler après les folles journées qui ont précédé le 3 décembre ? En tout cas, environ 60% de la population déclare faire confiance au général Sékouba Konaté pour sortir la transition guinéenne de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Tout le monde ne jure que par les élections. Vivement, dit-on, des élections pour amener les Guinéens à tourner les pages tristes de l’histoire de la Guinée ».

 

Par Bouba DIALLO (Conakry)

Le Pays

 

mardi, 15 décembre 2009

CNDD : « Toute intervention étrangère en Guinée sera une déclaration de guerre »

mardi 15 décembre 2009

GIF - 47.2 ko
Moussa Keita

Le reporter de Fasozine.com qui a assisté de bout en bout à la 9ème réunion du Groupe international de contact sur la Guinée, le dimanche 13 décembre 2009 a rassemblé quelques coulisses, dont certaines inédites, de la rencontre. Ambiance !

Annoncée pour 10h, c’est finalement à 11h que la 9ème réunion du Groupe international de contact sur la Guinée (GIC-G) s’est ouverte à la Salle de conférence de Ouaga 2000, le dimanche 13 décembre 2009. L’avion du co-président du GIC-G, le président de la commission de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), Mohamed Ibn Chambas, était toujours attendu. Arrivé à l’heure indiquée, le président de l’institution ouest africaine d’intégration s’installe au présidium. Dans son allocution, il donne le ton des échanges. Il revient sur les évènements du 28 septembre 2009 et affirme avec fermeté : « Nous osons affirmer que, les auteurs des exactions en tout genre seront traduits devant les juridictions compétentes ».

Il martèle, en guise conclusion : « Je propose que nous fassions des recommandations à nos instances supérieures, pour un déploiement préventif d’une force de protection des civils et d’assistance humanitaire qui contribuera à l’instauration d’un climat de sécurité pour la population guinéenne ». A l’écoute de ces propos, le ministre des Affaires étrangères de la Guinée, membre du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), Alexandre Cécé Loua a visiblement du mal à tenir dans ses bottes. Il secoue la tête et murmure quelque chose à l’oreille de son voisin. Le colonel Moussa Kéita, membre de la junte militaire au pouvoir en Guinée et chef de la délégation du CNDD écoute religieusement le discours. Il a le masque. A ses pairs, il demande de garder le calme. A la fin de l’allocution du Ghanéen, la plupart des personnes présentes dans la salle applaudissent, comme cela est de coutume. Aucun membre du CNDD n’applaudit. C’est la fin de la cérémonie d’ouverture.

Après la rencontre entre la GIC-G et le CNDD, Moussa Kéita lâche à la presse : « Toute intervention d’une force étrangère sera considérée comme une déclaration de guerre par le CNDD. La Guinée est un pays souverain ». Il balaie donc du revers de la main la suggestion de Ibn Chambas. « Une force d’interposition entre quelles parties ? Nous ne sommes pas en guerre civile », déclare t-il. Le sort a voulu que Sidya Touré, membre des Forces vives, revenu de l’aéroport croise la délégation du CNDD à la porte d’entrée. S’en suit salutations, sourires et accolades ! Et si tous les fils de la Guinée pouvaient ainsi faire la paix ? La délégation du CNDD ne reviendra plus pour la suite des travaux.

Il est 20h. Les travaux du GIC-G se poursuivent dans la salle. Dans le hall, quelques journalistes, sans doute las d’attendre partent. Un diplomate sort de la salle où a lieu les travaux et lancent aux hommes de médias téméraires : « Il faudra boire du café. Nous ne sommes pas prêts de finir. Nous faisons cinq pas en avant dix-sept en arrière ». A peine ce dernier a-t-il fini de parler qu’une silhouette traverse le couloir. « C’est Ibn Chambas ! », assure un de nos confrères. Folle course à travers le hall, pour lui arracher un mot. Trop tard, la perle recherchée s’engouffre dans un véhicule pour l’aéroport. Les journalistes attendaient notamment qu’il dise un mot sur la force de protection civile et humanitaire dont il a fait cas.

Il a fallu attendre 22h pour la fin des travaux et la lecture du communiqué final. Quelle journée !

Roger Niouga Sawadogo

Fasozine

samedi, 05 décembre 2009

De retour à Conakry, le général Sékouba Konaté assure l'intérim de Dadis

05/12/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique


Le Général Sékouba KonatéLe Général Sékouba Konaté

Le ministre de la Défense guinéen, le général Sékouba Konaté, est rentré à Conakry la nuit dernière après un voyage d’affaires de quelques jours au Liban.
A son arrivée, le n°3 de la junte, absent lors de l’attaque du 3 décembre contre le capitaine Moussa Dadis Camara, a été accueilli par des membres du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), du gouvernement et de des Forces armées.


Longtemps considéré comme un fidèle de Dadis, Sékouba Konaté a vu ses relations avec ce dernier se détériorer quand le chef du CNDD a commencé à afficher son goût pour le pouvoir et à entretenir le doute autour de ses véritables intentions. Le fossé entre eux s’est encore creusé après les massacres du 28 septembre.

Début octobre, Dadis s’était fermement opposé à l’arrestation, ordonnée par le général Konaté, du lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, considéré comme le principal commanditaire des tueries du stade de Conakry.

lundi, 23 novembre 2009

Colonel Moussa Keïta: «Un coup d’Etat a échoué en Guinée»

Ministre secrétaire permanent du Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD), Moussa Kéita est aussi le chef de la délégation du CNDD aux pourparlers interguinéens à Ouagadougou. Aux lendemains de la remise du document de synthèse du Facilitateur, Blaise Compaoré, aux protagonistes de la crise guinéenne, Fasozine.com,  votre quotidien en ligne a rencontré cet officier réputé être un homme de caractère. Les évènements du 28 septembre, les négociations à Ouagadougou, le mécontentement des Forces vives…étaient au menu de ce débat dans lequel a plongé, sans langue de bois, ce colonel d’armée, proche de Moussa Dadis Camara.


Fasozine.com: Que peut-on retenir de ce deuxième round des négociations interguinéennes?
Moussa Kéita:
Cela fait quarante huit heures que nous sommes là. Dans l’ensemble tout va bien. Nous avons pris contact avec le président du Faso, le facilitateur dans la crise. Il nous a remis un document de synthèse expliquant sa démarche dans la sortie de crise. Nous avons analysé le document. Nous avons des suggestions à faire par rapport au contenu du document. Pour la suite, nous allons retourner à Conakry pour rendre compte au président Moussa Dadis Camara. Le dernier mot lui revient. Cela dit, nous pouvons rassurer le peuple de Guinée que le CNDD et son président sont disposés à œuvrer dans le sens du dialogue et du retour de la paix dans notre pays, car aucune nation ne peut se construire sans la paix. Nous n’avons pas d’autre ambition que celle de conduire à l’espoir et au développement le peuple de Guinée.

Quels sont les points d’accord et de désaccord que vous relevez dans le document que le facilitateur vous a remis?
Je ne vais pas aller vite en besogne. Nous devons d’abord rendre compte à celui qui m’a mandaté. Je préfère me réserver sur ce point. Cela dit, eu égard à la réaction des Forces vives, nous pouvons dire que leur principale revendication, le départ du CNDD et de son président est impossible. Ce ne sont pas les Forces vives qui ont mis le CNDD en place. Nous sommes disposés à ouvrir le gouvernement à toutes les composantes mais pas à satisfaire cette revendication principale des Forces vives. Il se trouve que ceux qui se disent Forces vives aujourd’hui sont des personnes qui ont participé à l’effondrement de la nation guinéenne, qui ont pillé le pays à des moments donnés de son histoire. 90 % de ceux qui se réclament des Forces vives ont eu à gérer l’économie de notre pays, à assumer des hautes responsabilités au sein de la nation guinéenne. Personne d’entre eux n’a accepté de démissionner pour les actes qu’ils ont eu à poser. Ceux qui ont pillé le pays ne peuvent pas demander la démission du président Dadis. Ils sont aujourd’hui responsables, moralement ou pénalement, de l’effondrement de la guinée. Ayant peur des audits que nous avons engagés, ils se sont mués en opposants irréductibles au sein de partis politiques pour avoir une protection. Je peux rassurer le peuple de Guinée que ceux qui ont commis ces actes vont payer conformément à la loi. Plus jamais nous n’accepterons que des gens qui ont les mains sales dirigent la Guinée. Ces vieux ont fait leur temps, il faut qu’ils acceptent de partir maintenant que la classe politique se rajeunit.

Ne craignez-vous pas que de telles positions aggravent la crise?
Des personnes ont véhiculé l'idée qu’il y a une crise en Guinée, et que la liberté d'expression n'est pas une réalité. Allez en Guinée, vous constaterez qu’il y a au moins 92 à 93 partis agréés. Ceux qui se disent Forces vives ne représentent pas les 1/5 des partis agréés. A Conakry, c’est tout au plus trois à quatre quartiers qui créent des problèmes. Tout cela pour des raisons ethniques. Ils se disent que leur heure a sonné. Rassurez-vous, en Guinée, actuellement, c’est la paix, la quiétude, la confiance envers les actions du CNDD et de son président Moussa Dadis Camara.

A vous entendre on aurait dit qu’il n’y a pas eu de 28 septembre?
On n’a pas rendu public la bonne version des faits. Il y a deux documents clés dans la compréhension des faits du 28 septembre dernier. Il s’agit de la correspondance que les dites Forces vives ont adressée au maire de la commune de Dixinne demandant à organiser un mouvement de protestation au stade du 28 septembre. Le maire leur a demandé de reporter cette manifestation, parce que le 28 septembre est une date historique pour la Guinée. C’est en effet ce jour que le vaillant peuple de Guinée avait décidé de se libérer du joug colonial pour dire «non», préférant la pauvreté dans l’indépendance à l’opulence dans l’esclavage. Avant les festivités, le président Dadis avait déclaré cette journée chômée et payée sur toute l’étendue du territoire. Le maire avait répondu aux forces vives que le stade ne relevait pas de ses compétences mais du département de la Jeunesse. Plus loin, il leur a notifié qu’il n’était pas en mesure d’assurer la sécurité d’une telle manifestation. Au-delà de tout, les organisateurs de ladite manifestation se sont entêtés. Dans les années 50, ces leaders sont de ceux-là qui s’étaient opposés à la prise de l’indépendance. Ce sont, pour la plupart, des nostalgiques du passé colonial. Ce sont les amis des anciens colons.

Certains Guinéens soutiennent que la journée du 28 septembre n’est pas habituellement chômée et payée. Pour eux, la mesure déclarant cette journée ainsi visait à saboter la manifestation des Forces vives.

Une date historique comme le 28 septembre ne peut pas ne pas être chômée et payée. Si du temps de Lansana Conté (ancien président de la Guinée, NDLR) ce n’était pas le cas souvent, ce sont les restrictions budgétaires qui ont conduit à cela. Cette date a toujours été chômée et payée en Guinée depuis l’indépendance. Les Forces vives se sont donc entêtées. En allant au stade, les manifestants se sont attaqué à deux commissariats de police qu’ils ont saccagés, brûlés. Ils y ont dérobé des armes de guerre et des munitions. J’ai remis une copie de cette vidéo au président du Faso. Sur cette casette, on peut voir des civils munis d’armes de guerre au Stade. Ce qu’on ne dit pas, c’est que c’est une conspiration, un coup d’Etat qui a échoué. Ceux qui ont organisé cette manifestation ont voulu faire comme à Madagascar. Ils ont tiré sur la population, faisant endosser cette responsabilité à l’armée.


Qu’en est-il des images de soldats qui martyrisaient les civils au stade?
Ce sont des soldats qui sont là pour le maintien de l’ordre. Ce qu’on ne dit pas c’est que le stade était fermé. La Guinée devait rencontrer le Burkina Faso (match retour des éliminatoires couplées Can/Coupe du monde 2010, NDLR) . Nous n’avions pas de gazon synthétique; c’est pourquoi nous voulions entretenir le gazon avant le match. Le président a personnellement appelé l’un des leaders pour lui dire qu’il souhaite qu’il reporte la manifestation d’au moins 24 heures. Il a dit qu’il leur donne un des grands stades de la capitale. En plus du stade, il a promis assurer la sécurité des manifestants. Imaginez un président qui s’adresse ainsi à un citoyen. Finalement le leader a fermé son portable. Nous nous sommes dit, vu les engagements que nous avons pris que nous ne pouvions pas faire autrement. Lorsqu’on demande, on attend qu’on accepte la demande, on ne force pas pour faire ce qu’on veut. Les Forces vives ont souhaité avoir le stade, nous avons refusé. Si elles étaient de bonne foi, qu’est-ce qui les empêchait de reporter la manifestation d’une journée? Ils ont persisté, il y a eu des morts. Des 58 personnes tuées, il n’y en a que 12 qui l’ont été par balles. Les autres sont mortes par asphyxie ou ont été piétinées à mort à la sortie du stade. A défaut de donner la bonne version des faits, on fait croire que l’armée a tiré et qu’il y a eu 158 morts. On soutient même qu’il y a eu des soldats qui ont violé des femmes en plein jour. C’est ridicule! Un soldat a-t-il le temps dans un stade de déposer son arme pour violer une femme?

On a tout de même entendu sur une chaîne de télévision française, l’actuel ministre de la Communication, Cherif Idriss qui répondait à un appel téléphonique, dire en substance que ceux qui ont tué des milliers de personnes en Côte d’Ivoire courent toujours les rues, pourquoi pas en Guinée?
(Le ton monte). Etes-vous sûrs de l’authenticité de cette vidéo? Avez-vous interrogé l’intéressé pour savoir son point de vue? 

Selon les Forces vives, les évènements du 28 septembre 2009 sont intervenus parce que Moussa Dadis Camara a décidé de se présenter à la présidentielle, contrairement à sa position originelle d’organiser des élections libres et transparentes auxquelles il ne participerait pas.

Vous avez la réponse à votre question. Il a dit qu’il va organiser des élections libres et transparentes. Le président Dadis Camara a dit exactement: «Je ne vais pas me présenter à l’élection présidentielle en 2009». Plus loin, il a ajouté: «Puisque les élections ne seront pas transparentes», et cela parce que les conditions n’étaient pas réunies pour des élections libres et transparentes. En 2009, le recensement n’était pas fini, la Loi fondamentale était suspendue. Nous avions dit qu’il fallait revisiter la Loi fondamentale ensuite faire des recensements corrects des électeurs. L’enrôlement aussi n’avait pas avancé. Rien de tout cela n’était fait. La communauté internationale a voulu que les élections se tiennent, vaille que vaille en 2009. Le président a rétorqué qu’il ne serait pas candidat en 2009 puisque les conditions n’étaient pas réunies. A sa prise de pouvoir il a dit, que le CNDD n’est pas venu au pouvoir pour s’éterniser. (Il élève encore le ton). Que signifie s’éterniser ? Cela signifie rester indéfiniment au pouvoir. Il n’a jamais dit qu’il ne se présenterait pas à l’élection présidentielle. Au jour d’aujourd’hui, le président ne s’est pas prononcé sur sa candidature à l’élection présidentielle.

Vous qui le côtoyez au quotidien, quels conseils allez-vous donner au président Dadis à ce sujet?
Si le président me consultait, je lui demanderais d’être candidat. Je sais qu’il peut conduire la Guinée vers des lendemains meilleurs.

Les Forces vives ont protesté lorsqu’ils ont reçu le document synthèse du Facilitateur. Ils estiment que les propositions font la part belle au CNDD…
Je n’ai pas de commentaires à faire à ce sujet dans la mesure où ce n’est pas le CNDD qui a choisi le Facilitateur.

Etes-vous disposé à poursuivre les négociations malgré les couacs?
Nous sommes disposés à le faire. Ceux qui disent qu’il faut leur présence aux négociations ou rien se trompent. Nous, nous recherchons les voies et moyens pour la sortie de crise en Guinée.

Projet d’accord interguinéen : Les Forces vives ne mangent pas de ce pain

Après avoir reçu séparément les frères ennemis guinéens, le facilitateur dans la crise guinéenne a accouché de son projet d’Accord politique global, (APGIG) le 20 novembre dernier. Condensé en 7 dispositions, le document s’avère du miel pour le CNDD et du fiel pour les Forces vives, surtout la disposition IV dans son alinéa 2, qui stipule que tout membre du Conseil national de transition (CNT) peut postuler à la présidentielle pourvu que, 4 mois avant celle-ci (31 mai 2010), il démissionne de son poste.

 

La première disposition est relative aux soins à apporter aux victimes du 28-Septembre (assistance), à la restitution des corps et à la libération des prisonniers ou amenés de force. Il y est question aussi d’indemnisation, de démantèlement des unités irrégulières, de réintégration des armes dans les magasins, de souscription des deux parties à une Commission d’enquête internationale supervisée par les Nations unies, et d’accès de tous aux médias. La seconde disposition évoque un lifting de fond en comble des Forces de défense et de sécurité (FDS) : il s’agira de trouver un mécanisme spécial de restructuration et de refondation des FDS.

La transition politique est l’objet de la 3e disposition. On y lit que la Loi fondamentale sera relookée au plus tard fin avril 2010 (art.2). Le CNT, son président et un gouvernement d’union nationale, dirigé par un Premier ministre, seront les institutions de cette transition (art. 3) Le CNT est composé de 150 membres, dirigé par un bureau de 20 personnes. Le président du CNT est le chef de l’Etat. Le PM est issu des forces vives.

La transition a une durée de 10 mois maximum à compter de janvier 2010. L’article 3 de cette disposition donne le timing de la transition, qui sera le suivant :
- décembre 2009 : mise en place des institutions
- janvier-février 2010 : révision de la constitution
- mars 2010 : révision du code électoral
- avril 2010 : révision de la liste électorale
- mai 2010 : élections législatives
- octobre 2010 : présidentielle Le Titre IV de ce préaccord est ce qui a provoqué l’ire et le rejet des Forces vives. Il se penche sur les élections, en particulier sur la CENI et les conditions d’éligibilité. L’article 2 dispose que « les membres du Conseil national de transition, les membres du gouvernement de transition et les membres des FDS qui souhaiteraient se présenter à l’élection présidentielle devront, au préalable, démissioner de leur fonction au moins quatre (4) mois avant la date prévue pour le scrutin, soit au plus tard le 31 mai 2010.

La 5e disposition de l’APGIG met l’accent sur la bonne conduite : interdiction des propagandes nuisibles à la cohésion nationale, dialogue et concertation permanente...

Le dialogue ivoirien a son CEA et son CPC, les pourparlers guinéens auront leur comité de suivi et d’évaluation (CSE), chargé de suivre l’application de cet APGIG. Se réunissant une fois par mois ou chaque fois que de besoin et sous la supervision du médiateur ou de son représentant, le CSE est l’organe de suivi de l’Accord.

Enfin, le titre VII précise que les deux parties s’en remettent à l’arbitrage du facilitateur lorsqu’il y a un écueil qui se présente à eux dans l’avancée du dialogue.

Le premier couac est venu justement des Forces vives, qui rejettent en bloc ce projet d’accord, car « les préoccupations fondamentales des populations guinéennes, exprimées par le forum des Forces vives dans le mémorandum remis au facilitateur pour une transition apaisée, n’ont pas été prises en compte par le projet d’accord politique » (lire à ce sujet en encadré la déclaration dite n°13 des Forces vives) .

Cheick Tidiane Traoré, taupe du CNDD ?

Son nom est Cheick Tidiane Traoré, et il affirme avoir été le plus jeune député de la dernière législature. Son parti est « Guinée pour tous » (GPT). Il affirme être des Forces vives, même si beaucoup le soupçonnent d’être une taupe du CNDD. En tout cas, il assène sans sourciller que : « En dehors du partage du pouvoir et du départ pur et simple du capitaine Dadis, le médiateur a pris en compte 80% des préoccupations des Forces vives... je l’affirme et l’assume... Il faut donc revenir autour de la table des négociations... le document proposé par le facilitateur n’est qu’un outil de travail, ce n’est pas la finalité de la démarche... »

Sur le fait que le GPT n’est pas mandaté par les forces vives pour venir à Ouaga, Cheik Tidiane Traoré dira que « le CNDD est composé de Guinéens, les Forces vives aussi. Le plus grand gendarme d’un homme est sa conscience... c’est à partir de l’étincelle que brûle la forêt... On ne va pas rentrer dans les détails du procesus de désignation des représentants, car, à vouloir parler de toutes les parties de son corps, on finit par s’injurier » A signaler que Cheick Tidiane Traoré ne fait pas parti des 12 officiels des Forces vives envoyés à Ouagadougou.

Z.D.Z.

Coulisses des pourparlers

* 3000 éléments de l’Ulimo au côté de Dadis ? Chacun le sait, la question de l’armée guinéenne est très délicate. Elle doit être réformée. En attendant, il se susurre qu’environ 3000 éléments de l’Ulimo, ceux qui ont combattu au Libéria, auraient été enrôlés dans l’Armée pour s’occuper de la sécurité de Dadis. On se rappelle que Jean-Marie Doré avait reconnu quelques-uns le 28 septembre lors du massacre de sinistre mémoire. En plus de 800 personnes de la Guinée forestière auraient aussi endossé la tenue. Des instructeurs sud-africains et israéliens se chargeraient de leur formation.

* Détente au camp Alpha Yaya Sitôt le projet d’accord de Blaise connu les visages se sont déridés au camp Alpha Yaya Diallo. En ce haut lieu du pouvoir guinéen, le facilitateur a souvent été perçu comme une personnalité hostile à la junte et recevant à Ouagadougou les opposants à tour de bras. Ce document, qui fait la part belle au CNDD a bien été accueilli naturellement par le pouvoir.

* Les forces vives chez Yoda et Blaise samedi Le 21 novembre dernier, vers 9 heures, les représentants des Forces vives ont été reçus par le ministre des Affaires étrangères. Il s’est agi d’une rencontre pour échanger sur le document querellé du facilitateur. Sitôt après leur retour à l’hôtel Silmandé, ils ont été chez Blaise, qui leur a signifié qu’il attendait leurs contre-propositions, lesquelles vont lui être remis aujourd’hui 23 novembre 2009.

* Lifting du projet d’accord ? Blaise va-t-il relooké son document en tenant compte des propositions de Jean-Marie Doré et Cie ? En tout cas, sur le Titre IV, qui est la cause de cette bronca, il se pourrait qu’en lieu et place, on propose que les membres de la transition, notamment le président et le PM ne puissent plus être candidats à la présidentielle.

* Conférence de presse avortée Invités à une conférence de presse le samedi 21 novembre pour 10 heures, prétendument par les Forces vives, les journalistes ont été étonnés de constater qu’il s’agissait d’une seule personne : Cheick Tidiane Traoré du parti Guinée pour tous (GPT). Ce dernier dira en substance qu’il s’agissait d’un point de presse des jeunes des Forces vives, mais que, tard vers 2 heures du matin les états-majors de ses collègues ont appelé pour les en dissuader, mais que lui n’y a pas renoncé. En tout cas à notre arrivée, un jeune comme Mouctar Diallo, jeune patron d’un parti était là, mais il nous a indiqué Traoré comme étant le conférencier.

* « Payez vos chambres ou quittez à midi ! » La délégation du CNDD était composée de 21 personnes, logées à Joly Hôtel. Celle des Forces vives était de 12, officiellement logés à Silmandé. L’hôtel Laico, où habituellement ils posaient leurs pénates étant surbooké pour cause de 32e Conférence de l’UPA. En ce qui concerne les délégués des Forces vives, 6 autres, officieuses, s’y sont ajoutées. L’un de ces officieux nous a confié que ce samedi matin, un du protocole d’Etat a réveillé individuellement les 6 pour leur signifier que leur prise en charge s’arrêtait le samedi 21 novembre 2009 à midi. Soit ils libéraient donc la chambre à midi soit ce sera à leurs frais, leur aurai-t-il intimé. Il semble que les « officieux » ont répliqué que « soit vous prenez tout en charge, soit nous payons la totalité de notre séjour ». Décidément, le problème des émissaires des Forces vives demeurera.

Z.D.Z.

 

lobservateur

 

DIALOGUE INTERGUINEEN : La quadrature du cercle

En ce début de semaine, les négociations interguinéennes ont véritablement commencé. Chacune des deux parties, après examen des clauses du projet d’accord, prépare sa réaction en vue de la prochaine rencontre avec le facilitateur burkinabè, le président Blaise Compaoré. Mais cette médiation est rendue difficile par sa forte médiatisation. De Ouagadougou à Conakry, opposants et junte au pouvoir s’efforcent d’exploiter à leur profit l’une ou l’autre articulation du projet d’accord. La balle se trouve plus que jamais dans le camp des Guinéens eux-mêmes.

De réelles difficultés hypothèquent le cours de cette médiation. D’une part, les deux camps se lancent dans des diatribes par médias interposés. Sans aucune réserve. Trop de bruit et trop de fuites. L’ampleur de la tuerie du 28 septembre en est l’une des raisons. D’autre part, chacun semble avoir choisi de mettre la barre un peu plus haut. Y compris le facilitateur qui a adopté une stratégie susceptible de contraindre les parties en conflit à plus de souplesse et à davantage de concessions pour une sortie de crise honorable. Dans l’ensemble, ce premier round se caractérise par un certain cafouillage. A un moment donné, ça coinçait, et des doutes avaient commencé à poindre à propos de la méthode du facilitateur. L’accusant alors d’être partial, les Forces vives, avaient voulu le récuser. In extremis, le chef de l’Etat burkinabè a été reconduit dans cette tâche ardue.

On savait les choses difficiles mais nul ne pouvait deviner où se situait le nœud gordien à trancher. Faut-il pour autant parler de limites de la méthode ? Celle-ci vise peut-être à recueillir les premières réactions, à baliser le terrain, et à aller par petites touches. Il faut avancer mais prudemment, car le peuple guinéen et la communauté internationale attendent depuis un certain temps. Et le facilitateur sait qu’il n’a aucun intérêt à se mettre à dos l’Union africaine et la communauté internationale qui sont plus proches de la position des Forces vives.

Mais la communauté internationale sera-t-elle prête à admettre une éventuelle candidature de Dadis Camara à l’élection présidentielle ? Quid des sanctions infligées aux différents membres de la junte et à leurs proches ? Est-il réaliste de continuer à exiger son départ du régime au risque de le voir se radicaliser ? Outre qu’il fait montre de solidité, le CNDD semble se satisfaire du soutien que lui accorde une partie de la population guinéenne. De leur côté, les Forces vives revendiquent aussi de nombreux partisans. Par contre, leurs prises de position trahissent une certaine instabilité. Certains des leurs ont parfois des réactions épidermiques. Au lieu de prendre le temps de bien analyser le document de projet d’accord et de faire des contre-propositions bien argumentées, ils s’arc-boutent sur les prises de positions de départ. Cela peut conduire à l’échec. Ces craintes sont fondées car les Forces vives manquent de rigueur et de cohésion. Si la jeunesse du mouvement peut excuser une certaine frilosité, il importe cependant de le doter d’un minimum d’organisation et de veiller à observer un minimum de réserve dans les déclarations.

En effet, contrairement aux apparences, la situation est encore plus délicate pour les opposants. Ils doivent négocier tout en luttant quotidiennement contre toutes formes de dissensions internes, et œuvrer de manière à enrayer les suspicions liées aux problèmes de leadership. Ce n’est pas chose facile. Surtout lorsque chacun veut exercer sa part d’autorité, et se montrer visible sur l’échiquier national et international. Or, les échéances sont courtes, et tout repli sur soi pourrait être dommageable. En revanche, les Forces vives, dans leur quête de justice, bénéficient d’un soutien de taille : la Cour pénale internationale.

Pendant ce temps, des experts internationaux, notamment du barreau français, travaillent également aux côtés du capitaine Dadis et de ses compagnons. Le CNDD qui n’a de cesse de consolider son pouvoir sur le terrain, multiplie les réalisations en faveur de la population. Celles-ci ayant été sevrées des décennies durant par des politiciens sans scrupules, confortent chaque jour la position de la junte par sa grande mobilisation. Que cet appui soit factice ou réel, il donne le sentiment que Dadis pourrait bien être tenté de rester au pouvoir.

Les tentations sont en effet grandes. Comme Tandja au Niger, il peut, lui aussi prétendre poursuivre les chantiers entamés et surtout parachever l’œuvre de salubrité publique devant freiner les crimes de sang et la délinquance économique. Face aux exigences de leurs adversaires et de la communauté internationale, le chef de la junte et ses partisans auront donc été bien inspirés en choisissant de confier leur sort au facilitateur. Demeurés de marbre devant les sanctions qui leur ont été infligées ainsi qu’à leurs proches, ils n’ont en vérité plus rien à perdre en cherchant à demeurer au pouvoir. Croire que la médiation pourrait si facilement obtenir leur départ, serait faire preuve de naïveté. D’où la nécessité pour les Forces vives d’analyser à fond le projet d’accord et de chercher plutôt à conquérir le pouvoir politique et la gestion des affaires sans perdre la face. Il faut espérer obtenir mieux dans les mois à venir.

Toutefois, le CNDD n’est pas encore sorti de l’auberge. Il devra lâcher du lest, et sa gestion du pays devra être examinée à son départ au profit d’un organe de transition opérationnel. On le sait, sur le continent, très peu d’hommes en uniforme ont su gérer les élans démocratiques des peuples. Une transition aux ordres, qui ne s’accommoderait pas de libertés démocratiques vraies, ramènerait immanquablement la Guinée en arrière. Un compromis dynamique pourrait s’obtenir par la mise en place d’un régime semi-présidentiel accordant plus de pouvoir à un premier ministre. Celui-ci serait alors responsable devant les représentants du peuple choisis sur des bases consensuelles en attendant la nouvelle Constitution et l’instauration d’un véritable pouvoir républicain.

Le dialogue, des concessions de part et d’autre, seront donc utiles lors de ces négociations menant à la sortie de crise. Tous les points en litige devront être pris en compte. Il faut sortir du carcan ethnocentriste qui a longtemps freiné le développement de ce pays. La Guinée nouvelle se construira grâce à la participation de tous et de toutes dans l’égalité des droits et des devoirs. Et chacun doit mettre du sien afin que le processus avance. Nul ne gagne en jouant aux artificiers, encore moins en exposant ses états d’âme à l’opinion publique. A ce moment particulier de son histoire, la Guinée a besoin que les membres du CNDD et des Forces vives apprennent à gérer leurs émotions et s’attellent à faire aboutir rapidement les négociations. Pas à enfoncer le pays et à augmenter la détresse de la population.

"Le Pays"

 

Toutes les notes