vendredi, 18 décembre 2009

La Guinée aux prises avec une grave pénurie de carburant

Les prix flambent à la pompe


L’essence est devenue introuvable en Guinée. Les premiers signes de la pénurie ont apparus dans la nuit du mercredi au jeudi dernier. De longues files de véhicules étaient massées dans les différentes stations d’essence hier à Conakry. La crise ne semble pas prête d’être jugulée.

Augmenter la police Diminuer la police Imprimer l'article Envoyer l'article à un ami Réagir à l'article


vendredi 18 décembre 2009 / par Ismaël Kabiné Camara (Source : afrik.com)

Notre correspondant en Guinée

En faisant un tour à travers Conakry, l’on se rend compte que toutes les stations d’essence ou presque sont fermées. Et celles qui sont ouvertes ne disposent que du gazole. Les répercussions de cette pénurie ne se sont pas faites attendre. Les rues de Conakry, d’ordinaire toujours embouteillées, sont quasiment fluides. Les taxis circulent moins en ce jour du vendredi 18 décembre. Du coup, les déplacements sont devenus un casse-tête chinois.


Sur le marché noir, c’est le printemps des recettes. Le litre d’essence s’arrache à 7000, 8000 francs guinéens contre 4500 francs guinéens, le prix officiel à la pompe. Pour expliquer les causes de la pénurie, de sources proches du ministère du Commerce, on parle du retard du navire chargé de la livraison du carburant. Les mêmes sources précisent que, sous peu, ledit navire va accoster au large de Conakry.


Mais dans les rues de Conakry, la rumeur d’une éventuelle augmentation a été largement répandue. Or, les conditions de vie étaient déjà très difficiles, le prix des produits de première nécessite ayant augmenté ces derniers mois. La question que beaucoup de Guinéens se posent aujourd’hui est de savoir combien de temps durera cette crise du carburant. Cette dernière intervient au moment où le pays traverse une autre crise, politique, suite à la tentative d’assassinat du leader de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, qui suit depuis le 4 décembre des soins intensifs au Maroc.

lundi, 23 novembre 2009

LES COMMERÇANTS DE ROOD-WOKO AU MAIRE SIMON COMPAORE : "Nous ne paierons plus si nos revendications ne sont pas satisfaites"

Les organisations syndicales des commerçants du marché Rood-Woko se sont retrouvées le 20 novembre 2009, à la Bourse du travail de Ouagadougou, en assemblée générale (AG) pour revendiquer la satisfaction de quatre points essentiels de leur plate-forme revendicative. Au cours de l’AG, ils ont proclamé haut et fort qu’ils ne paieront plus les frais de location des boutiques si toutefois leurs revendications ne sont pas satisfaites.

 

Ils étaient nombreux, les commerçants, à envahir le 20 novembre 2009, la Bourse du travail de Ouagadougou. Et pour cause, ils tenaient leur assemblée générale ce jour-là pour exiger du maire de la commune de Ouagadougou, Simon Compaoré, la satisfaction de leurs revendications. Au titre de ces revendications, il y a la suspension des barrières, le déguerpissement des policiers qui squattent autour du marché Rood-Woko à longueur de journée, la suppression de la zone piétonne pour en faire un sens unique comme de par le passé et, enfin, le retour du parking des véhicules à son lieu antérieur. Les commerçants ont, par ailleurs, souligné qu’ils souhaitaient revoir les vendeuses de nourritures aux abords du marché afin de pouvoir s’alimenter comme bon leur semble sans pour autant avoir à effectuer une grande distance.

 

"Libérez Rood-Woko !", c’est ce que l’on pouvait entendre dans la foule. Sans trop vouloir d’histoires, les commerçants ont affirmé ne pas vouloir reculer ni baisser les bras tant qu’ils n’auront pas eu gain de cause. Aussi ont-ils exigé une réponse rapide de la part des autorités compétentes d’ici à la fin novembre afin de pouvoir vendre leurs produits pour les fêtes de fin d’année. Ils ont également déclaré que si toutefois, leurs revendications n’étaient pas satisfaites, ils n’honoreraient plus les frais de location des boutiques. Outre les quatre points essentiels, les commerçants ont, à cette AG, revendiqué également une réduction de 50% des frais de location et affirmé ceci : "Nous ne sommes pas désordonnés comme on le prétend et s’il y a quelqu’un qui se soucie de la propreté du marché, c’est bien nous".

 

Les commerçants ont estimé au cours de cette AG, qu’il y a des espions parmi eux qu’il fallait nécessairement détecter. Aussi, les jeunes commerçants ont-ils appelé à plus de vigilance afin que ces espions soient punis comme ils le méritent. L’AG a, par ailleurs, fait le bilan de la rencontre que les syndicats ont eu avec le maire Simon Compaoré, le 18 novembre dernier, dans la salle de réunion de l’Hôtel de ville. L’ordre du jour de cette rencontre comportait trois points : l’aménagement du parking auto du côté de l’ex-CICA et de la station Shell, côté Ciné Rialé et entre Diacfa vitrerie et le Wassa club, la délocalisation de la station Total, de la poissonnerie, de Burkina pas cher et de Faso cadeau et leurs doléances à savoir la levée des barrières, la suppression de la zone piétonne et le retour du parking auto au sein du marché. De toutes ces revendications, aucune n’a été satisfaite, à en croire les syndicats, vu que le maire leur a opposé un refus catégorique avant de préciser, toujours selon les syndicats, que Simon Compaoré à dit que tant qu’il restera maire, la situation ne changera pas. "Nous espérons que les premiers responsables de notre pays ne suivent pas le maire dans son refus, parce que nous ne voulons pas des dégâts et nos revendications sont justes et sociales", ont déclaré les commerçants. C’est pourquoi, ils ont réitéré leur appel au président du Faso pour qu’il intervienne le plus vite possible afin de leur permettre de vendre leurs produits pour les fêtes de fin d’année.

Par Christine SAWADOGO

lepays.bf

vendredi, 06 novembre 2009

Rood Woko : Opération “grilles baissées”

vendredi 6 novembre 2009

Rood Woko était ouvert hier à 7 h30 comme tous les jours, mais les boutiques sont restées fermées. Telle était la volonté de ses locataires qui en ont décidé le 4 novembre 2009 au cours d’une assemblée générale à la Bourse du travail, de baisser les grilles.

Après l’incendie du grand marché de Ouagadougou, Rood Woko, le 27 avril 2003, ces locataires ont connu une traversée de désert avant de revoir sa réouverture en grande pompe le 16 avril dernier. Malheureusement, cette euphorie sera de courte durée avec le bras de fer qui oppose les commerçants à la mairie de Ouagadougou, dirigée par Simon Compaoré. Pour que ce poumon économique retrouve ses performances d’antan, les marchands ont formulé des doléances en 16 points dont : la levée des barrières, la suppression de la zone piétonne ; revoir le positionnement des agents de la police municipale au niveau des portes d’entrée du marché ; l’instauration d’un sens unique, le retour du parking...

Les conclusions de la commission ad hoc de réflexion sur ces doléances n’ont pas résolu le problème. En effet, le représentant des commerçants, Souleymane Bandé, qui a paraphé le document, a été récusé et la fermeture des boutiques a été décidée au cours d’une Assemblée générale le 4 novembre 2009.

Hier, le mot d’ordre était suivi, Jean-Pierre Zoungrana, le seul que nous avons trouvé dans le marché, ne s’est pas embarrassé de circonlocutions : “Je n’ai pas lu l’information tôt, sinon je ne serais pas là. Simon Compaoré, à travers ses mesures, veut détruire le pays. Je suis là depuis 40 ans mais je n’ai jamais vu pareille situation. S’il ne revoit pas les choses, nous allons tous retourner à la maison et lui laisser son marché qu’il veut vendre aux étrangers”.

Son camarade Lota Baguian, boucher livreur, est plus tranchant : “Nous avons fait 3 mois après la réouverture sans rien vendre, mais nous sommes restés parce que nous croyons à la grâce de Dieu. Maintenant que ça commence à marcher, Simon Compaoré décide de mettre le feu. Malheureusement, le président Blaise Compaoré n’a plus notre temps. Il ne s’occupe que des pays qui ont des problèmes ; c’est un cordonnier qui est mal chaussé. Si ça continue comme ça, nous ne serons plus avec lui en 2010”, a-t-il martelé, sous les acclamations de ses camarades.

A la Bourse du travail où les commerçants se sont retrouvés par centaines pour faire le piquet de grève, c’est la satisfaction face au suivi du mot d’ordre. “Nous attendons la réaction des autorités avant de tirer la conclusion qui s’impose. Si elles voulaient avoir la preuve de notre mobilisation, elles sont bien servies”. Le directeur du marché, Amadou Saoud Sondé, se veut conciliant : “Il y a eu des doléances auxquelles on est en train de répondre ; d’autres sont toujours à l’étude. Nous invitons les commerçants à faire prévaloir le dialogue, sans lequel on ne pourra rien construire ensemble”.

Abdou Karim Sawadogo

L’Observateur Paalga

jeudi, 05 novembre 2009

Le design pour développer l’artisanat nigérien

Des artisanes et la créatrice de mode française Catherine Pradeau marient traditions et modernité

Trente-cinq artisanes venues des quatre coins du Niger ont suivi, pendant deux mois, une formation en création et design dispensée par Katherine Pradeau, dans le cadre du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem), qui se tient à Niamey jusqu’au 8 novembre. Une expérience qui, sur le plan artistique, a donné de fructueux résultats, et remplit d’espoir celles qui l’ont menée.

Des poteries habillées de délicats justaucorps en vannerie, du linge de maison savamment teint et rehaussé de fines croix de Tahoua, des sacs et housses de cuir décorés de motifs touaregs brodés... Des objets aux formes harmonieuses et modernes, nés de la rencontre inédite de trente-cinq artisanes du Niger, héritières de traditions centenaires, et de la créatrice de mode et designer française Katherine Pradeau [1]. « On a beaucoup échangé entre femmes, sur leur savoir-faire, pour l’améliorer tout en gardant leurs techniques ancestrales et leur identité, mais en innovant. », explique celle qui a dispensé une formation pendant deux mois à Niamey.

L’objectif affiché de Katherine Pradeau et d’Aïchatou Kané, la coordinatrice du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem) qui l’a sollicitée : « ouvrir de nouveaux marchés » aux artisanes nigériennes. Leurs créations se vendraient davantage en Occident si elles innovaient et s’adaptaient aux besoins et exigences du marché, estiment-elles. La méthode employée pour faire émerger du neuf de pratiques anciennes : le dialogue, la réflexion, l’échange entre des artisanes issues du même pays mais qui n’avaient jamais travaillé ensemble. Ainsi, Adi Idi Foda, potière de Miria, a dû inventer de nouvelles formes et s’associer à Ahi Ousmane, une vannière de Difa, une autre localité du Niger. Daro Bermini et Absatou Himadou, brodeuses d’ethnies peulh bororo et haoussa ont dû partager leurs connaissances. « Je suis très contente qu’Absatou m’ait appris ce qu’elle sait et de faire des choses que je n’avais jamais réalisées, comme la broderie sur les draps », confie Daro. Toutes les artisanes ne réussissent cependant pas l’exercice avec la même facilité, « certaines sont difficiles à faire évoluer, révèle Katherine Pradeau, et ce sont surtout les maroquinières et les potières qui sont les plus créatives ».

Une créativité et une authenticité qui plaisent à Laurence Vêne, responsable de Jasuka, une galerie qu’elle a créée à Paris, en 2007, et dans laquelle elle expose de l’art du Niger et d’Amérique latine. Eblouie par les objets présentés dans le pavillon Wouro Debbo (maison de la femme en fulfuldé), elle en a déjà inscrit plusieurs à son catalogue. « Les savoir-faire se perdent, surtout les motifs traditionnels, et c’est ça qui est recherché par les Européens, explique Katherine Pradeau. Donc il est nécessaire d’insuffler la volonté de préservation tout en encourageant l’innovation. » Une leçon qu’a bien apprise Abdoulrazac, 14 ans, le fils d’Adi, la potière de Miria, qui brandit fièrement l’une de ses créations : une poterie en forme de cheval, une figure en voie de disparition que son oncle réalisait autrefois.

De la suite dans les idées

Les artisanes qui ont participé à l’expérience espèrent en tirer profit financièrement. Elles vivent chichement de leur art qu’elles pratiquent durant le peu de temps qu’il leur reste après l’accomplissement de leurs nombreuses tâches domestiques. « Mon rêve, c’est que mes collections touchent plein de personnes qui les achèteront », déclare Adi. Ses consœurs espèrent aussi que cette expérience n’est qu’un début et que d’autres tout aussi enrichissantes suivront. « On est très contentes d’avoir eu cette formation, confie Zéli Hatou, une brodeuse d’Agadez, mais le problème c’est qu’il n’y a pas de suivi. Et sans suivi, on ne voit pas où la formation va aller. » Et Zéli de dresser la liste des lacunes qu’elles voudraient combler. « Par exemple, on aimerait apprendre la gestion. Par exemple encore, à Agadez, on n’a nulle part où vendre en grande quantité. Et notre cuir, il n’est pas d’assez bonne qualité, il sent, donc il faudrait qu’on apprenne à améliorer nos teintures… »

Selon Katherine Pradeau, il faudrait créer « un groupement pour qu’elles soient guidées pour produire en respectant les exigences et les délais des normes internationales ». Une structure dont l’Etat soutiendrait la réalisation, parce qu’« on ne peut pas demander aux artisanes de tout faire : la gestion, la commercialisation, la communication, alors qu’elles sont le plus souvent analphabètes ». En attendant que les autorités nigériennes ne daignent faire ce pas, ce sont les artisanes nigériennes qui, samedi soir, offriront leur content de rêve aux spectateurs présents à la soirée de gala du Safem 2009. Une soirée qui aura pour thème « la tenue traditionnelle adaptée aux besoins du monde moderne », et au cours de laquelle seront présentés au public, lors des défilés de mode, nombre des objets et accessoires qu’elles ont mis tant d’énergie et de talent à accoucher.

Lire aussi :

- SAFEM : l’autonomie de la femme africaine par l’artisanat
- Le commerce équitable, une alternative pour les artisanes africaines ?

[1] Katherine Pradeau a découvert le Niger en 2000, après avoir répondu à une invitation du styliste Alphadi, à l’occasion du Festival international de la mode africaine (Fima) dont la septième édition vient de s’achever. Depuis, elle vient régulièrement dans ce pays où elle collabore avec des artisans locaux pour réaliser ses collections.

mercredi, 04 novembre 2009

Le commerce équitable, une alternative pour les artisanes africaines ?

Le SAFEM lance le débat

Un colloque intitulé « Artisanat féminin et commerce équitable en Afrique » se tenait lundi, au Palais des Congrès de Niamey, la capitale du Niger, dans le cadre du Salon international de l’artisanat pour la femme (SAFEM). Une cinquantaine de professionnels de l’artisanat et d’experts internationaux de l’économie sociale y ont participé. Ils ont dégagé des solutions pouvant permettre au commerce équitable de devenir, en dépit des nombreux obstacles, une réelle opportunité d’enrichissement pour l’Afrique et ses artisans.

Mardi 3 novembre 2009, par Franck Salin






Comment le commerce équitable peut-il aider les artisanes africaines à mieux écouler leur production sur les marchés nationaux et internationaux ? Que faire pour qu’elles répondent aux principes exigeants de ce commerce ? Le commerce équitable peut-il les sortir de la pauvreté dans laquelle la plupart d’entre elles se trouvent ? Telles étaient les principales questions posées au cours du colloque organisé lundi, au Palais des congrès de Niamey, en présence d’une cinquantaine de professionnels africains et occidentaux de l’artisanat et de l’économie sociale. Des questions qui concernent aussi bien les artisans que les artisanes, mais qui, dans le cadre du SAFEM, un salon consacré aux femmes, ont été posées au féminin. Un choix d’autant plus pertinent que, de l’avis des nombreux experts présents, la majorité des artisans du continent sont des femmes. Au Niger, par exemple, l’artisanat, qui occupe plus de 700 000 personnes, représente 23% du PIB [1], et la proportion de femmes y travaillant est estimée à 52%. Des femmes qui sont propriétaires de 68% des quelque 360 000 micro et petites entreprises recensées dans le secteur qui, selon Sani Fatouma Morou, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat du Niger, recèle un considérable potentiel de croissance et de créativité.

Bien qu’il n’y ait pas de définition communément admise du commerce équitable (le concept est né dans les pays du nord dans les années 1970), les intervenants du colloque en ont précisé les grands principes. « Le commerce équitable est un commerce social qui vise à établir un rapport d’échange satisfaisant pour tous et qui a pour principe d’aider des coopératives de producteurs », a expliqué le Dr. Chérif Chako, économiste et président du Réseau nigérien pour la promotion de l’économie sociale solidaire (RENIPESS). Il vise à « assurer une juste rémunération du travail », a-t-il ajouté, précisant qu’il ne fallait pas cantonner le concept aux seuls échanges Nord-Sud : « Le commerce équitable est aussi appelé "commerce compassionnel". Mais il ne se fait pas seulement dans le sens Sud-Nord. On doit aussi avoir du commerce équitable Sud-Sud, inter et intra classes sociales, villes-campagnes... »

Des freins nombreux

Ce commerce, qui entend déterminer les prix des produits par les coûts économiques, mais en prenant aussi en compte les coûts de production humains, sociaux et environnementaux, pourrait bénéficier plus largement aux artisans africains. Cependant, un certain nombre d’obstacles menacent la réalisation de cet objectif. Le premier d’entre eux est le manque d’organisation des artisanes. « Les femmes sont toujours dans des groupements et des coopératives, mais avec quelle rigueur sont-elles représentées ? », s’interroge Aichatou Kané, la coordinatrice du SAFEM. « Elles sont justes inscrites sur le papier, mais en réalité chacune agit pour son compte », estime-t-elle. Un problème d’organisation auquel s’ajoute, selon Brahim Ould Ndah, directeur de l’artisanat de Mauritanie, « des problèmes de solidarité et de confiance entre artisans. Par exemple, sur les foires, ils ne veulent pas confier leurs produits à des tiers. Et quand il y a une grosse commande, le producteur sollicité ne s’arrange pas avec d’autres artisans pour l’honorer ». A ces obstacles s’ajoute celui de la formation. Les tenants du commerce équitable imposent des normes, tant au niveau de la qualité que des délais, que les artisanes ont du mal à tenir et quelquefois même à comprendre. « Elles ne sont pas capables de déterminer leurs coûts de revient, le prix de leurs produits, explique Mme Kané. Les femmes ne prennent pas en compte le temps passé à l’ouvrage. Le travail manuel n’est pas valorisé par le consommateur ni par l’artisan lui-même. Ce qu’il cherche, c’est ce qu’il va avoir à manger ce jour-là. »

Quelques solutions sont avancées par les experts et les professionnels présents au colloque. « Le commerce équitable est une chance pour l’Afrique, mais à certaines conditions, estime Christine Damiguet, conseillère technique, en France, à la Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale. La prise en main par l’Afrique de cette question est une nécessité (…). Il faudrait qu’il y ait une concertation régulière entre acteurs pour une mise en place de référentiels africains. » Une analyse à laquelle souscrit Moctar Diakhaté, directeur de l’artisanat du Sénégal et président du CODEPA (Comité de Coordination pour le Développement et la Promotion de l’Artisanat Africain), selon lequel « il y a nécessité, pour le CODEPA, d’harmoniser » les normes de production à l’échelle du continent. Des évolutions qui ne peuvent se faire sans une meilleure structuration au niveau national des artisans africains, le développement de réseaux continentaux, ni une amélioration de la formation, y compris dans les langues locales. La coordinatrice du SAFEM a souligné l’effort réalisé, dans ce sens, par son organisation, de même que Yahousa Ibrahim, représentant du CECI (Centre d’étude et de coopération régionale) au Niger – une ONG canadienne qui, depuis 2006 a formé une soixantaine d’artisans joailliers et maroquiniers au Canada et sur place. Des formations que les artisanes souhaiteraient plus nombreuses et accompagnées d’un suivi régulier.

« Il faut viser l’excellence »

Les participants au colloque ont estimé qu’il fallait mieux sensibiliser les consommateurs des pays du nord à la production artisanale africaine, laquelle devait être mieux protégée de la contrefaçon. Ils ont néanmoins souligné l’importance de la qualité, du respect des délais et de l’innovation dans le travail des artisans. Ainsi, Sylvie Ferré, directrice de pôle à la Foire de Paris, a affirmé que, sur son événement, les visiteurs sont « prêts à payer cher ; leur panier d’achat est de 500 € par personne », mais que « le consommateur attend de découvrir des traditions, de l’authenticité, et des innovations. Il ne faut pas venir avec des produits bruts mais transformés, prêts à l’emploi. » Christine Damiguet a estimé, pour sa part, qu’il faut que les artisans africains « évitent de se cantonner dans une niche exotique destinée à un public militant, il faut viser l’excellence. »

Pour les professionnels de l’artisanat et experts de l’économie sociale présents au Palais des Congrès de Niamey, le commerce équitable, même s’il n’est pas « la panacée », peut devenir une source de richesse non négligeable pour les artisanes africaines. Encore faut-il qu’elles y soient sensibilisées et qu’elles aient les moyens d’y participer.

Source : afrik.com

Lire aussi

- SAFEM : l’autonomie de la femme africaine par l’artisanat

[1] Ce chiffre est tiré d’une enquête faite sur le secteur informel en 1987 par le bureau des statistiques du Niger


mardi, 03 novembre 2009

Pour les commerçants de Rood Woko : “Marché rime bien avec bordel”

A la faveur de la présentation du budget exercice 2010 de la ville de Ouagadougou, l’édile de la capitale, Simon Compaoré, avait lâché, au sujet de Rood Woko : « Que les dames m’excusent … mais … c’est un vrai bordel qui y règne » avant d’annoncer l’imminence d’une intervention pour y rétablir l’ordre. C’est effectivement chose faite depuis ce lundi, 02 novembre 2009, où les forces de l’ordre ont pris place autour du marché central, élevant des barrières sur la zone piétonne pour faire respecter le sens giratoire de circulation autour de la place commerciale. Cependant, comme pour répondre au propos du maire, les commerçants s’érigent contre les mesures policières, lesquelles, selon eux, empêchent leurs clients de venir jusqu’à leurs boutiques. « Marché rime bien avec bordel ! » n’ont-ils pas cessé de marteler.

Le moins que l’on puisse dire est que les autorités qui ont en charge la gestion du marché central n’y sont pas allées du dos de la cuillère pour y rétablir l’ordre : en effet, le lundi 02 novembre 2009, une forte présence policière était visible autour et à l’intérieur du marché.

Par équipes de deux personnes, les forces de l’ordre ont quadrillé les quatre coins de la cuvette centrale. D’autres petits groupes allaient et venaient à l’intérieur du marché.

Les barrières sur la zone piétonne, abîmées lors de dernières échauffourées au marché, étaient bel et bien de retour, dressées pour signifier aux motocyclistes et automobilistes que la zone piétonne, comme son nom l’indique si bien d’ailleurs, est réservée aux marcheurs.

Ceux qui tiennent à l’emprunter malgré tout sont enjoints par les policiers de descendre de leurs engins et de les pousser sur la rue pavée. A l’intérieur de Rood Woko également, tout était bien en ordre pour ainsi dire car aucune marchandise ne jonchait les allées comme auparavant.

Et le directeur régional de la Police nationale, Joseph Zabré, que nous avons croisé à la porte d’entrée principale de la cuvette commerciale en compagnie du commandant de la Police municipale, Clément Ouango, a souligné que :

« Comme vous le constatez, l’anarchie, qui régnait les autres jours dans le marché, n’y a plus droit de cité. » Joseph Zabré n’a pas manqué de préciser que leur mission est exclusivement d’assurer la sécurité du marché, pas d’empêcher les clients d’y accéder :

« Il faut que les gens sachent que nous ne sommes pas là pour empêcher la tenue du marché, dont les portes ont même été ouvertes avant l’heure, pour faire comprendre que les activités commerciales suivent leur cours normal.

Nous sommes là pour faire respecter un certain ordre, en canalisant les gens, et nous demandons juste le respect de la zone piétonne et du sens normal de la circulation autour du marché.

C’est une forme de sensibilisation que nous menons et que nous allons arrêter aussitôt que nous constaterons que les gens respectent les règlements édictés en matière de circulation autour du marché. S’ils suivent bien nos instructions, d’ici quelques jours, nous repartirons. C’est clair, c’est net ! ».

Les commerçants, eux, ne voient pas d’un très bon œil cette présence policière, qui empêchent, à leur dire, leurs clients de venir jusqu’à eux, par peur. L’un d’entre eux, Eugène Koama, nous prend à témoin pour exprimer leurs attentes :

« Ils doivent laisser le marché aux mains des commerçants, car nous savons mieux que quiconque comment l’entretenir, et nous sommes conscients des risques d’un laissez-aller sécuritaire. S’ils nous serrent comme ça, le marché perd tout son attrait.

Déjà, de nos jours, les gens ont abandonné Rood Woko pour les petits marchés comme celui du 10 ; alors, leur présence ne va rien arranger à nos affaires, qui ne sont plus ce qu’elles étaient. » Et Boukary Nana de renchérir en disant qu’en agissant ainsi les policiers veulent certes arranger les choses, mais qu’au bout du compte, ils n’arrangent rien :

« Un client venu des campagnes, qui venait au marché, va aussitôt rebrousser chemin en voyant les hommes de tenue armés et il va dire à ses compères au village que le marché central de Ouagadougou est infréquentable.

J’ai fait plusieurs pays comme le Ghana, le Togo, le Nigeria et le Bénin, et je trouve que notre marché est l’un des plus beaux, mais, là-bas, c’est l’anarchie qui règne dans leurs marchés, et c’est ce qui fait que ca marche bien.

Qu’on le veuille ou pas, marché rime avec désordre. La place des fusils, c’est sur les champs de bataille et non à Rood Woko, car il ne faut pas décourager les bonnes initiatives des jeunes qui viennent au marché afin de se battre pour avoir leur pain quotidien.

Que Dieu nous éloigne des mauvaises pensées ! » Applaudissements nourris des commerçants, qui ont formé foule autour de lui, pour marquer leur adhésion à ses dires. Certains ne manquent d’ailleurs pas de nous répéter : « Raag ya yaaré ! » (« le marché, c’est le désordre ! », en langue mooré).

Les plus courageux le répètent même au directeur régional de la Police nationale, qui passe par là avec son équipe en faisant le tour pour expliquer justement le bien- fondé de leur présence, laquelle vise à instaurer le respect de la zone piétonne et du sens normal de la circulation autour de Rood Woko. La réponse de Joseph Zabré ne se fait pas attendre : « Raag ka yaar yé ! » (« le marché, ce n’est pas le désordre ! »). Ambiance.

Hyacinthe Sanou

L’Observateur Paalga

Rood-Woko : Simon Compaoré met sa "menace" à exécution

Chassée par les commerçants après le décès accidentel d’un des leurs, la police a réintégré ses postes de contrôle au niveau du grand marché de Ouagadougou. Ce lundi 2 novembre, c’est elle qui règlemente la circulation autour de Rood-Woko. Le maire de la ville tient ainsi sa promesse de mettre de l’ordre dans le marché.

Le maire de Ouagadougou, Simon Compaoré avait promis de rétablir l’ordre autour du grand marché de Ouagadougou. Après plusieurs rencontres avec les responsables des commerçants, Simon Compaoré est passé à l’acte. Les policiers sont de retour aux alentours de Rood-Woko. Leur nombre et leur dispositif ont vite dissuadé les vendeurs ambulants qui rodent autour du marché. Ce matin, beaucoup boudaient certes, mais ne réagissaient pas. Boureima Kaboré, un des jeunes commerçants que nous avons rencontré, n’apprécie pas la présence de ces policiers. « On était à l’aise. On pouvait aller et venir comme on voulait.

La livraison des marchandises était aussi facile et moins coûteuse. Maintenant qu’ils sont là, tout va changer », se plaint-il. Pour lui, le désordre invoqué par le maire de Ouagadougou n’est qu’un alibi pour les empêcher de gagner leur pain. « Un marché n’est pas une église ou une mosquée, encore moins un service où il faut réglementer la venue et la sortie des gens. Ces mesures chassent beaucoup de nos clients », renchérit Hamidou Nacoulma, un autre marchand ambulant, le regard fixé sur l’impressionnant dispositif mis en place par la police municipale, appuyée par la police nationale et les CRS.

La présence de la police autour du marché amène également les usagers de la circulation à respecter les rues piétonnes et les différents sens interdits. Les commerces qui étaient anarchiquement installés autour du marché ont été fermés. Ce qui permet une certaine fluidité de la circulation. Simon Compaoré vient ainsi faire taire ceux qui pensaient qu’il avait abdiqué face aux commerçants.

Joël Zoundi (stagiaire)

Fasozine

 

mardi, 27 octobre 2009

Fima, dix ans déjà…

27/10/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique


Au programme, des créations extra-continentales, mais surtout africainesAu programme, des créations extra-continentales, mais surtout africaines© DR

La septième édition du Festival international de la mode africaine (Fima) s’ouvre ce mardi près de Niamey, au Niger. Comme le temps passe… Cela fait déjà dix ans que le styliste nigérien Alphadi a lancé le concept de cette manifestation, aujourd’hui internationalement reconnue. L’occasion de faire le bilan, et de se projeter dans l’avenir.

Les maîtres de la mode africaine sur les rives du fleuves Niger. Réunis à une quinzaine de kilomètres de Niamey, la capitale nigérienne, ce sont eux qui assureront le show pour la septième édition du Festival international de la mode africaine (Fima).

Une trentaine de stylistes renommés et prometteurs sont attendus pour cette manifestation, qui commence mardi et s’achève dimanche. Ils offriront à l’assistance un véritable tour du monde, en parfaite adéquation avec le thème de cette septième édition : le métissage culturel.

Bilan positif

Au programme, des créations extra-continentales (Canada, France, Etats-Unis…), mais surtout africaines. Elles arrivent de Côte d’Ivoire, du Burkina Faso, du Mozambique, du Maroc, d’Ethiopie, du Sénégal, du Mali, d’Afrique du Sud, du Cameroun, du Ghana, du Togo ou encore du Bénin. Et bien sûr du Niger. Ce pays a vu grandir Alphadi, le célèbre styliste qui a créé le Fima pour dé-ghettoïser et internationaliser la mode africaine. C’était en 1998…

Du coup, la septième édition devient également l’occasion de faire le bilan. Un bilan que l’organisation juge positif. « Aujourd’hui, des mannequins et des jeunes stylistes ont trouvé une ouverture et une visibilité sur le marché international », explique-t-elle. Le résultat, notamment, des concours « Jeunes Stylistes » et « Top Models » ayant ouvert des portes à certains lauréats.

Ecole supérieure de la mode et des arts

Pour désenclaver toujours plus les acteurs de la mode africains, le Fima inaugure cette année son Premier salon de la haute couture et du prêt-à-porter africains. Objectif : faciliter les rencontres entre acheteurs et vendeurs, et favoriser des échanges « équitables ».

Autre défi, amorcer un « nouveau tournant essentiellement économique orienté vers la création d’une véritable industrie culturelle, basée sur l’éducation et la formation, pour une culture de l’excellence indispensable à une production de qualité ». Un projet dont la colonne vertébrale sera sûrement la future Ecole supérieure de la mode et des arts.

vendredi, 23 octobre 2009

Rwanda-Congo : le commerce remède aux conflits ?

Une analyse d’Oasis Kodila Tekida, économiste congolais (RDC)

l y a quelque temps, l’Est de la République Démocratique du Congo a connu des conflits meurtriers. Si depuis peu un certain calme est revenu, il n’en demeure pas mois que la paix reste fragile. Si la solution politique est indispensable, il ne faut pas oublier que les conflits dans cette région sont nourris par des litiges concernant l’appropriation et la répartition des richesses en matières premières dont regorge la région. La solution se trouve-t-elle chez les économistes ? Oasis Kodila Tekida, économiste congolais nous propose une analyse éclairante sur les bienfaits du commerce et montre comment la promotion des échanges entre les pays réduit la probabilité de l’émergence de conflits. Il précise par ailleurs, les conditions dans lesquelles le commerce pourrait amener et consolider la paix entre les peuples ; Il soutient ainsi que le développement du commerce bilatéral entre deux pays est plus efficace que le commerce multilatéral dans la promotion de la paix.

Les cinq dernières années du siècle passé ont vu plus de trois millions d’âmes tombées en terre congolaise. La faute incombe aux conflits qui ont sévi à l’Est de la République Démocratique du Congo (RDC). Si le nombre est impressionnant, la communauté internationale ne semble vraiment pas être préoccupée au plus au point, dixit les analystes. Cependant, depuis peu, les tensions paraissent moins vives : ce qui ne signifie nullement que la paix est complètement de retour. A l’Est de ce pays, récemment en guerre, tout est fragile, comme en témoigne par exemple le nombre d’incursions déplorées.

Deux questions s’imposent : pourquoi le conflit a connu (ou connait) une certaine régularité ? Comment y remédier ? Trouver les réponses n’est pas tâche facile. C’est là qu’entre en scène la science économique.

Les économistes comme les politologues d’obédience libérale soupçonnent d’autres vertus au commerce, hormis l’augmentation de richesse. Cela remonte déjà à l’époque des philosophes des Lumières. Montesquieu pouvait déjà écrire : « L’effet naturel du commerce est de porter la paix. Deux nations qui négocient ensemble se rendent réciproquement dépendantes : si l’une a intérêt d’acheter, l’autre a intérêt de vendre ; et toutes les unions sont fondées sur des besoins mutuels. » (De l’esprit des lois, 1758). Cette idée, on la retrouve en toile de fond dans la construction de l’Europe, qui sortait des guerres mondiales.

Aujourd’hui, cet argument du « doux commerce » pacificateur est nuancé. Les effets du commerce sont ambigus selon que l’on considère le commerce bilatéral ou selon que l’on analyse la situation dans l’optique de l’ouverture multilatérale.

Pour les appréhender, le raisonnement économique se fait en termes de coûts-bénéfices. Les échanges bilatéraux génèrent des gains et augmentent ipso facto le coût d’un conflit militaire entre les deux pays. Ainsi, le manque à gagner une fois que la guerre éclate est non négligeable. Pire, ses impacts sont persistants dans le temps (destruction des infrastructures, des vies et de la confiance, rendant subséquemment les échanges futurs difficiles). On a donc beaucoup plus à perdre qu’à gagner. A ce sujet, les conflits indo-pakistanais sont éclairants. Donc, en termes économiques, le coût d’opportunité est élevé et la probabilité de conflit baisse en présence d’un commerce bilatéral. L’échec des négociations entre les deux pays est d’autant moins vraisemblable que le coût d’opportunité de la guerre est élevé.

Par contre, si le commerce bilatéral réduit les tensions notamment à cause de la dépendance réciproque, cela n’est pas forcément le cas dans une configuration de commerce multilatéral. Ce dernier multiplie les sources d’approvisionnement pour les pays en échange. Ce qui a comme corollaire la réduction du coût d’opportunité de toute guerre bilatérale et assure (et rassure) de ce fait un pays en cas de conflit militaire.

Les économistes savent également que les facteurs géographiques sont importants tant pour le déclenchement de conflit que pour le commerce. Pour les pays distants de plus de 10 000 km, le commerce n’a pas d’effet significatif sur la probabilité de conflit. En revanche, l’effet est beaucoup plus important pour les pays proches, comme dans le cas de la RDC et du Rwanda. « La raison sous-jacente est que les coûts liés au commerce international diminuent fortement pour les pays proches (coûts de transport et coûts d’acquisition d’information sur les marchés étrangers). Simultanément, la guerre est un phénomène essentiellement local : la prévalence de conflits est de 5 % pour les pays proches dont la distance est inférieure à 1 000 km ; elle tombe à 0,25 % pour ceux dont la distance est comprise entre 1 000 et 7 500 km ; elle est de 0,16 % pour les pays distants de plus de 7 500 km. La raison sous-jacente est que la proximité attise les rivalités territoriales, les conflits d’origine ethniques ou religieuses (sic !), bref les tensions géopolitiques en général. » (Phillippe Martin, Thierry Mayer et Mathias Thoening, Make trade not war ? Review of Economic Studies, Vol.75, 3, 865-890, 2008 ou La mondialisation est-elle un facteur de paix, Éditions Rue d’Ulm/Presses de l’École normale supérieure, 2006).

Si l’on tient là l’explication de cette « permanence » de conflit, que faut-il faire pour atténuer sensiblement les tensions entre les deux pays, en dépit de cette « prédisposition » naturelle ? Intensifier les échanges entre les deux pays est l’une des réponses. Un doublement du commerce bilatéral entre les deux pays réduirait la probabilité d’escalade de 30 à 28 %, dix années de paix la réduiraient à 25 %, selon les trois économistes citées ci-haut. La solution du commerce bilatéral paraît donc très pertinente pour remédier sensiblement aux conflits rwando-congolais.

Et quand on compare l’écart du commerce réel entre les deux nations et le commerce potentiel, on se rend vite compte qu’ils ont beaucoup plus à gagner en échangeant biens et services. La potentialité ici se mesure en termes d’échanges réciproques en considérant la proximité, les liens historiques et culturels entre les deux nations.

Somme toute, le commerce entre les deux nations activera le processus de négociation à chaque fois que les tensions monteront. Mais aussi, pour les dirigeants déclencher un conflit sera fonction des coûts humains et économiques qui en découlent. Si ce pari est réussi, les conflits ne seront plus naturellement ab libitum. D’où, vive le commerce !

 

Jeudi 22 octobre 2009, par notre partenaire Un Monde Libre, pour l'autre afrik

Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org

jeudi, 22 octobre 2009

Les appétits chinois sortent l’économie sud-africaine de la morosité

22/10/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique


Le président sud-africain Jacob Zuma et le Premier ministre chinois Wen JiabaoLe président sud-africain Jacob Zuma et le Premier ministre chinois Wen Jiabao© Xinhuanet

La crise financière internationale bénéficie à Pékin en Afrique du Sud. Les relations entre les deux pays se sont intensifiées durant le premier semestre de 2009. La Chine est désormais le premier client de la Nation arc-en-ciel. Une situation qui se confirme particulièrement dans le secteur minier.

Lorsque, fin 2008, les producteurs européens de fer ont commencé à réduire leur commande, la plupart des 4300 salariés de la mine de Sishen, qui exploite du minerai de fer dans la province sud-africaine du Northern Cape, se sont légitimement inquiétés pour leur emploi. Dix mois plus tard, cette anxiété n’est plus qu’un lointain souvenir.

Au cours de cette période, l’augmentation de 35% de la demande de l’insatiable industrie chinoise a permis de compenser le recul de 50% de celle de l’Europe, du Japon et de la Corée du Sud, victimes du choc de la récession. Les responsables de Kumba Iron Ore, filiale d’Anglo-American, propriétaire de la mine, envisagent à présent son développement.

Pour le syndicaliste Eddie Majadibodu, porte-parole des mineurs, cette nouvelle contraste singulièrement avec la situation d’un secteur, gagné depuis plusieurs mois par la morosité à l’image de l’industrie du platinium où des milliers d’emplois ont été détruits. « Nous avons été préoccupés, mais la société se porte bien aujourd’hui », explique-t-il.

Premier importateur de produits sud-africains

Kumba n’est pas la seule entreprise à bénéficier du renforcement des relations entre l’Afrique du Sud et la Chine. Au cours du premier semestre de 2009, alors que les exportations sud-africaines vers l’Allemagne, le Royaume uni, le Japon et les Etats-Unis plongeaient, la Chine a également augmenté ses commandes de chrome et autres matières premières.

Dernier signe en date de l’intensification de ces échanges, Pékin est aujourd’hui la première destination pour les exportations sud-africaines. Il y encore un an, l’Empire du Milieu ne se situait qu’au cinquième rang. Ce nouveau statut de premier partenaire n’est d’ailleurs pas sans rapport avec l’intérêt croissant de la Chine pour l’Afrique. Des industries comme le textile ou les composants électroniques sont autant de débouchés pour la place sud-africaine. (…)

Forte présence

Selon les banquiers, les investisseurs chinois devraient prendre dans les prochains mois des participations dans des mines locales, particulièrement celles qui comme les juniors sous-capitalisées ont souffert l’an passé d’une chute brutale de leur commande.

« Il y a de plus en plus de prospections. Nous recevons un à deux investisseurs potentiels par semaine », explique un banquier de Johannesburg. Plus généralement, les communications et les infrastructures de transport font de l’Afrique du Sud un pays attractif pour abriter les filiales des groupes chinois opérant dans la région. Un des plus importants groupes commercial a récemment ouvert une représentation dans la ville de Cape Town pour soutenir un projet de plusieurs millions de dollars en Angola.

Pour d’autres observateurs cependant, la relation entre les deux pays ne se développeront pas aussi vite qu’on le croit. Certains banquiers pointent les problèmes logistiques et les difficultés des entreprises chinoises à se financer en dehors de leur pays.

En outre, la Chine s’est déjà heurtée à des résistances tant politiques que culturelles sur le continent. Et il y a de grandes chances pour que cela se reproduise. Il y a trois ans, l’ancien président Thabo Mbeki avait mis en garde contre le caractère colonialiste de cette relation tout en encourageant son gouvernement à imposer temporairement , en 2007 et 2008, des quotas sur les importations chinoises de textile. « Ils ne sont pas toujours accueillis les bras ouverts », souligne un banquier.

A court terme, la position dominante de Pékin dans l’économie sud-africaine devrait s’affaiblir avec le redémarrage de l’économie européenne. Mais cette relation ne peut que se renforcer sur le long terme.

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