lundi, 28 décembre 2009
Commerce équitable: L’alternative au système multinational ?
Dans le cadre de ses initiatives de promotion de l’artisanat d’art et des produits locaux, l’Association Jeunesse action Mali (Aja-Mali), une Ong nationale de développement, à travers son réseau de promotion de l’artisanat d’art (Réseau d’artisans Fere Kene), a organisé une conférence débat, mercredi dernier, à son siège sis à l’Aci 2000.
Le thème portait sur le commerce équitable et la consommation responsable. Le principal animateur, le directeur exécutif d’Aja- Mali, Souleymane Sarr était entouré de Fatoumata Traoré, responsable du réseau Fere kene, de Amadou Baba Diarra, chargé de programme et de deux producteurs. Souleymane Sarr a déclaré : ‘’ le commerce se fait actuellement au détriment des producteurs et des consommateurs. Ceux-ci ne connaissent pas, d’une part, les destinataires des produits et d’autre part, leur provenance. Ce sont les intermédiaires qui se trouvent entre les producteurs et les consommateurs qui bénéficient des marges bénéficiaires.
Notre souhait est que le petit producteur, paysan et artisan, qui n’arrivent pas à vivre dignement de son travail trouvent leur salut dans le commerce équitable. Il permet au producteur et au consommateur de vivre dignement et de trouver leur autonomie dans le choix des produits. ‘’ Il a défini le commerce équitable comme une transaction où le producteur tire une juste rémunération de ses produits qui lui permet de vivre décemment et de répondre à ses besoins. Le consommateur, a-t-il dit, a l’assurance d’avoir acheté un produit de qualité pour vivre dans le respect du droit des personnes pour un développement durable. Il a soutenu que, dans le cadre du commerce équitable, tous les acteurs ont des engagements.
Les organisations du commerce équitable doivent, entre autres, assurer aux artisans le versement d’un prix juste, instaurer la confiance dans le partenariat local, fiable et compétent, assurer le préfinancement des marchés, des produits de qualité, des informations sur les prix et marges. Le producteur, de son côté, a ajouté Souleymane Sarr, doit assurer des conditions de travail décentes, une rémunération honnête de tous les travailleurs, l’utilisation de la matière première locale, le respect de l’environnement. Fatoumata Traoré a présenté le réseau Fere Kene, créé en juin 2001. Elle a affirmé : ‘’Fere Kene porte la signification d’un village où les jeunes talents exposent leurs savoirs, leurs talents tout en opérant et en respectant les principes de base et techniques traditionnelles. Fere Kene signifie en bambara la création ou l’innovation qui s’harmonise avec l’objectif premier de notre activité, c’est-à-dire de permettre aux artisans du réseau des micro entreprises du Mali de développer une activité artisanale prospère et durable.
Fere Kene a vu le jour, suite au constat que les artisans locaux de Bamako ne parvenaient pas à développer une activité artisanale qui leur permettait de subvenir à leurs besoins les plus vitaux. ‘’ Elle a expliqué que Fere Kene vise à valoriser les produits locaux, encourager les producteurs vers une plus grande autonomie et faire respecter l’environnement. Parmi ses objectifs, figurent la réduction de l’influence des intermédiaires dans la commercialisation des produits, le rôle de conseil aux artisans pour leur permettre d’améliorer leurs conditions de production. Le réseau est géré par un comité de quatre membres. Il a, entre autres, réalisé un site internet, un catalogue, un espace d’exposition et de vente contigu au siège et des partenariats avec le Nord.
Un artisan maroquinier et une productrice en fruits et légumes séchés, destinés à l’exportation, ont apporté leurs contributions au débat et souhaité la poursuite de leur partenariat avec le réseau Fere Kene qui les appuie.
Baba Dembélé
Le Républicain du 28 Décembre 2009
16:25 Publié dans ECONOMIE | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | Tags : commerce équitable, mali, aja-mali, fere kene, souleymane sarr
mercredi, 04 novembre 2009
Le commerce équitable, une alternative pour les artisanes africaines ?

Comment le commerce équitable peut-il aider les artisanes africaines à mieux écouler leur production sur les marchés nationaux et internationaux ? Que faire pour qu’elles répondent aux principes exigeants de ce commerce ? Le commerce équitable peut-il les sortir de la pauvreté dans laquelle la plupart d’entre elles se trouvent ? Telles étaient les principales questions posées au cours du colloque organisé lundi, au Palais des congrès de Niamey, en présence d’une cinquantaine de professionnels africains et occidentaux de l’artisanat et de l’économie sociale. Des questions qui concernent aussi bien les artisans que les artisanes, mais qui, dans le cadre du SAFEM, un salon consacré aux femmes, ont été posées au féminin. Un choix d’autant plus pertinent que, de l’avis des nombreux experts présents, la majorité des artisans du continent sont des femmes. Au Niger, par exemple, l’artisanat, qui occupe plus de 700 000 personnes, représente 23% du PIB [1], et la proportion de femmes y travaillant est estimée à 52%. Des femmes qui sont propriétaires de 68% des quelque 360 000 micro et petites entreprises recensées dans le secteur qui, selon Sani Fatouma Morou, la ministre du Tourisme et de l’Artisanat du Niger, recèle un considérable potentiel de croissance et de créativité. Bien qu’il n’y ait pas de définition communément admise du commerce équitable (le concept est né dans les pays du nord dans les années 1970), les intervenants du colloque en ont précisé les grands principes. « Le commerce équitable est un commerce social qui vise à établir un rapport d’échange satisfaisant pour tous et qui a pour principe d’aider des coopératives de producteurs », a expliqué le Dr. Chérif Chako, économiste et président du Réseau nigérien pour la promotion de l’économie sociale solidaire (RENIPESS). Il vise à « assurer une juste rémunération du travail », a-t-il ajouté, précisant qu’il ne fallait pas cantonner le concept aux seuls échanges Nord-Sud : « Le commerce équitable est aussi appelé "commerce compassionnel". Mais il ne se fait pas seulement dans le sens Sud-Nord. On doit aussi avoir du commerce équitable Sud-Sud, inter et intra classes sociales, villes-campagnes... » Des freins nombreux Ce commerce, qui entend déterminer les prix des produits par les coûts économiques, mais en prenant aussi en compte les coûts de production humains, sociaux et environnementaux, pourrait bénéficier plus largement aux artisans africains. Cependant, un certain nombre d’obstacles menacent la réalisation de cet objectif. Le premier d’entre eux est le manque d’organisation des artisanes. « Les femmes sont toujours dans des groupements et des coopératives, mais avec quelle rigueur sont-elles représentées ? », s’interroge Aichatou Kané, la coordinatrice du SAFEM. « Elles sont justes inscrites sur le papier, mais en réalité chacune agit pour son compte », estime-t-elle. Un problème d’organisation auquel s’ajoute, selon Brahim Ould Ndah, directeur de l’artisanat de Mauritanie, « des problèmes de solidarité et de confiance entre artisans. Par exemple, sur les foires, ils ne veulent pas confier leurs produits à des tiers. Et quand il y a une grosse commande, le producteur sollicité ne s’arrange pas avec d’autres artisans pour l’honorer ». A ces obstacles s’ajoute celui de la formation. Les tenants du commerce équitable imposent des normes, tant au niveau de la qualité que des délais, que les artisanes ont du mal à tenir et quelquefois même à comprendre. « Elles ne sont pas capables de déterminer leurs coûts de revient, le prix de leurs produits, explique Mme Kané. Les femmes ne prennent pas en compte le temps passé à l’ouvrage. Le travail manuel n’est pas valorisé par le consommateur ni par l’artisan lui-même. Ce qu’il cherche, c’est ce qu’il va avoir à manger ce jour-là. » Quelques solutions sont avancées par les experts et les professionnels présents au colloque. « Le commerce équitable est une chance pour l’Afrique, mais à certaines conditions, estime Christine Damiguet, conseillère technique, en France, à la Délégation interministérielle à l’innovation, à l’expérimentation sociale et à l’économie sociale. La prise en main par l’Afrique de cette question est une nécessité (…). Il faudrait qu’il y ait une concertation régulière entre acteurs pour une mise en place de référentiels africains. » Une analyse à laquelle souscrit Moctar Diakhaté, directeur de l’artisanat du Sénégal et président du CODEPA (Comité de Coordination pour le Développement et la Promotion de l’Artisanat Africain), selon lequel « il y a nécessité, pour le CODEPA, d’harmoniser » les normes de production à l’échelle du continent. Des évolutions qui ne peuvent se faire sans une meilleure structuration au niveau national des artisans africains, le développement de réseaux continentaux, ni une amélioration de la formation, y compris dans les langues locales. La coordinatrice du SAFEM a souligné l’effort réalisé, dans ce sens, par son organisation, de même que Yahousa Ibrahim, représentant du CECI (Centre d’étude et de coopération régionale) au Niger – une ONG canadienne qui, depuis 2006 a formé une soixantaine d’artisans joailliers et maroquiniers au Canada et sur place. Des formations que les artisanes souhaiteraient plus nombreuses et accompagnées d’un suivi régulier. « Il faut viser l’excellence » Les participants au colloque ont estimé qu’il fallait mieux sensibiliser les consommateurs des pays du nord à la production artisanale africaine, laquelle devait être mieux protégée de la contrefaçon. Ils ont néanmoins souligné l’importance de la qualité, du respect des délais et de l’innovation dans le travail des artisans. Ainsi, Sylvie Ferré, directrice de pôle à la Foire de Paris, a affirmé que, sur son événement, les visiteurs sont « prêts à payer cher ; leur panier d’achat est de 500 € par personne », mais que « le consommateur attend de découvrir des traditions, de l’authenticité, et des innovations. Il ne faut pas venir avec des produits bruts mais transformés, prêts à l’emploi. » Christine Damiguet a estimé, pour sa part, qu’il faut que les artisans africains « évitent de se cantonner dans une niche exotique destinée à un public militant, il faut viser l’excellence. » Pour les professionnels de l’artisanat et experts de l’économie sociale présents au Palais des Congrès de Niamey, le commerce équitable, même s’il n’est pas « la panacée », peut devenir une source de richesse non négligeable pour les artisanes africaines. Encore faut-il qu’elles y soient sensibilisées et qu’elles aient les moyens d’y participer. Source : afrik.com Lire aussi |
[1] Ce chiffre est tiré d’une enquête faite sur le secteur informel en 1987 par le bureau des statistiques du Niger
12:01 Publié dans ECONOMIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : niger, safem, commerce, commerce équitable





