jeudi, 07 janvier 2010

Cameroun

Epervier tient deux nouvelles proies

 

 

06/01/2010 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Georges Dougueli



L’opération camerounaise anti-corruption nommée « Épervier » a fait deux nouvelle victimes. Il s’agit de Haman Adama Halimatou, ancienne ministre en charge de l’Éducation de base, limogée le 30 juin dernier, et de Roger Ntongo Onguéné, 51 ans, ancien directeur général de l'Autorité aéronautique du Cameroun (CCAA) de février 2000 à mars 2002 et directeur général des Aéroports du Cameroun (ADC) de 2003 à 2009.

Personnalité du nord musulman

Ils ont été arrêtés tôt ce matin à leurs domiciles respectifs par la police. Haman Adama Halimatou, qui officie par ailleurs comme commissaire aux comptes du Rassemblement démocratique du peuple camerounais (RDPC, au pouvoir), est la première personnalité de premier plan issue du grand nord musulman, à « tomber » dans le cadre de l’opération « Épervier ».

 

mercredi, 23 décembre 2009

Khalifa patientera en prison

23/12/2009 | Jeune Afrique | Par : Tayeb Belmadi


Abdelmoumen Rafik Khalifa, à LondresAbdelmoumen Rafik Khalifa, à Londres© Patrick Durand/Sipa Press


Le ministère britannique de l’Intérieur réclame un nouveau délai avant de statuer sur la demande d’extradition de l’ex-milliardaire vers l’Algérie.


De report en renvoi, l’extradition d’Abdelmoumen Rafik Khalifa tourne au feuilleton politico-judiciaire. Alors que la décision était attendue au plus tard le 24 octobre, le Home Office vient de la reporter au 29 janvier prochain. « Un délai supplémentaire a été demandé et obtenu par le ministre britannique de l’Intérieur pour l’examen de la demande algérienne d’extrader Rafik Khalifa », a indiqué le ministre algérien de la Justice, Tayeb Belaïz.


Si Alger et Londres n’ont fourni aucune explication à ce énième ajournement, on aura compris que cette affaire est trop sensible pour être tranchée comme un simple dossier relevant du droit commun. Ben Brandon, avocat de Khalifa, résume ainsi la situation : « Contrairement à celle du juge, la décision du gouvernement est politique. »


Jugé par contumace, en mars 2007, par le tribunal criminel de Blida, Rafik Khalifa a été condamné à la réclusion à perpétuité pour « association criminelle, corruption, abus de confiance, faux et escroquerie ». Depuis, il fait l’objet d’une demande d’extradition de la part du gouvernement de son pays. Réfugié à Londres depuis 2003, l’homme menait grand train avant d’être rattrapé par la justice britannique. Arrêté le 27 mars 2007 par Scotland Yard, l’ex-tycoon, patron du groupe du même nom, a été auditionné à maintes reprises par le tribunal de Westminster City. Au terme d’une procédure qui aura duré plus de deux ans, les magistrats rendent leur jugement le 25 juin 2009 : Rafik Khalifa est extradable. En attendant que le Home Office statue sur son cas, « Moumen » patiente dans sa cellule de la prison de Wandsworth, dans le sud-ouest de Londres.


Comment va le détenu Khalifa ? Assez bien, si l’on en croit l’un de ses amis. Incarcéré sous le numéro d’écrou TP7191, le golden boy déchu garde le moral. « Il reçoit des visites, confie cet ami, s’entretient avec des proches ou des membres de sa famille grâce au téléphone mis à la disposition des détenus ou aux portables qui circulent clandestinement entre les prisonniers. Il lit la presse, surfe sur le Net et reste convaincu qu’il sortira libre de prison. »


Au cabinet Wilson & Co. Solicitors, chargé de le défendre, on n’en pense pas moins. Anna Roth­well, l’autre avocate de Khalifa, juge son extradition difficile, sinon impossible, car « la demande ne respecte pas les normes juridiques en vigueur ». En outre, l’avocate doute que l’Algérie soit capable « de lui garantir un procès équitable ». En cas d’avis favorable du Home Office, la défense compte interjeter appel auprès de la Haute Cour. Une nouvelle bataille judicaire en perspective.

lundi, 21 décembre 2009

Reportage à Kondengui, la prison centrale de Yaoundé

Jeune Afrique | Par : Georges Dougueli, envoyé spécial à Yaoundé


L'intérieur de la prison centrale, à l'occasion d'une visite officielleL'intérieur de la prison centrale, à l'occasion d'une visite officielle© D.R

 

La prison centrale de Yaoundé a cela de particulier qu'y sont incarcérés des prisonniers pas tout-à-fait comme les autres. Cinq anciens ministres, sept ex-directeurs généraux de sociétés nationales, des hauts responsables de l'administration camerounaise... Rencontre avec ces VIP derrière les barreaux.

 

Ce 18 novembre n’est pas jour de visite à Kondengui. À l’entrée, des gardiens blasés font pourtant des « exceptions ». Pour des magistrats, des avocats et quelques visiteurs rendus « spéciaux » par un dessous-de-table, qui y sont toujours bien accueillis. « Pas de portable ni d’appareil photo », aboie un gardien en uniforme vert olive pour faire bonne mesure. Mais personne ne sera fouillé.

 

En entrant, on perçoit d’abord une rumeur, qui devient un raffut assourdissant. Celui de 4 000 détenus entassés dans un domaine pénitentiaire prévu pour 1 000 pensionnaires. Vient ensuite l’odeur. L’écœurant mélange de transpiration, de crasse et d’égouts mal curés prend à la gorge. Puis on est frappé par l’atmosphère irréelle et vaguement inquiétante de la cour d’honneur. Combien sont-ils dans cet espace qui fait à peine le quart d’un terrain de football ? une foule dépenaillée, et des centaines de regards scrutateurs qu’on s’efforce d’éviter… « Grands » criminels et petites frappes, mineurs et adultes, délinquants en attente de jugement et condamnés à perpétuité sont là, mélangés dans une promiscuité détonante. Univers impitoyable qui est aussi un haut lieu de souffrance. Pas une nuit sans vol, viol ou agression physique.

 

Pour atteindre la bibliothèque, il faut traverser la cour d’honneur en jouant des coudes, la peur au ventre et les muscles bandés. Après un trajet court mais qui semble interminable, nous sommes enfin introduits dans une pièce propre et fraîche, isolée du vacarme. La bibliothèque est encore en chantier, avec ses rayonnages à moitié vides, ses tables en bois mal rabotées. Dans un coin, un ordinateur.

 

C’est ici, loin de la violence et de la foule, que les anciens dignitaires du régime, tombés dans le cadre de l’opération anticorruption Épervier, passent l’essentiel de leurs journées. Ces anciens hauts fonctionnaires s’appliquent à préserver cordialité et convenances. Ils se vouvoient, se donnent du « monsieur le ministre d’État », « Monsieur le directeur ». Cela les distingue du tout-venant. Une façon de rester digne dans l’atmosphère de brimades que leur infligent gardiens et codétenus.

 

À deux reprises lors de l’entretien, un importun fait irruption dans la pièce. À chaque fois, tout le monde se tait, sur le qui-vive. Les pensionnaires n’ont pas oublié l’attaque survenue en 2005 contre Pierre Désiré Engo, ancien patron de la Caisse nationale de prévoyance sociale (CNPS), et Dieudonné Angoula, ancien directeur des Télécommunications. Les deux hommes ont été dépouillés dans leurs cellules du quartier spécial 11 par des codétenus armés de couteaux et de poinçons. Les trublions partis, l’atmosphère se détend, mais la méfiance reste.

 

Assis sur une table au centre de la pièce, Urbain Olanguena Awono, 54 ans, tient dans sa main un livre : Les Mensonges de l’Histoire, de Pierre Miquel (Perrin), paru en 2003. L’ancien ministre de la Santé publique a le sourire aux lèvres mais n’a rien oublié de son humiliante arrestation orchestrée le 31 mars 2008 par la police, devant les caméras de la chaîne nationale. « Tout cela m’a aidé à mieux connaître mon pays », commente-t-il, philosophe.

 

Jeu de massacre

Le 1er octobre dernier, le juge d’instruction a rendu un non-lieu partiel sur l’affaire. De 8 milliards de F CFA (environ 12 millions d’euros) au départ, le montant des détournements de deniers publics qu’on lui impute a été ramené à 414 millions. Fort du soutien du Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, dont il est accusé d’avoir détourné les financements, l’ancien ministre contre-attaque. Pour lui, ce procès cache une « instrumentalisation » de l’institution judiciaire, dans la perspective de la succession du président Paul Biya. « On a inventé un groupe de comploteurs, le G11, on y a impliqué quelques-uns d’entre nous, puis on a menti au chef de l’État pour qu’il entérine notre élimination, fulmine-t-il. C’est un véritable jeu de massacre !

 

Ce sentiment est partagé par un autre pensionnaire du quartier 7 de la prison, Jean-Marie Atangana Mebara, 55 ans. Vêtu d’un boubou blanc, il semble s’être finalement adapté à sa nouvelle condition. Cela n’a visiblement pas été aisé. Selon son épouse, Brigitte, au cours des premières semaines qui ont suivi son emprisonnement, intervenu le 6 août 2008, il lui arrivait de téléphoner au beau milieu de la nuit avec la même question : « Mais pourquoi me retient-on dans cette prison ? » Des crises d’angoisse auxquelles ont succédé des crises régulières d’hypertension artérielle.

 

Messe et tennis

En dépit de ses ennuis de santé, l’ancien ministre d’État, secrétaire général de la présidence, assure sa défense avec pugnacité. Poursuivi dans le cadre de l’affaire Albatros, relative à un contrat de location d’un Boeing 767 pour le compte de la présidence, il clame lui aussi son innocence. Fin novembre, alors que le juge instructeur venait de lui signifier sur le tard un sixième chef d’inculpation, ses avocats ont saisi la chambre de contrôle de l’instruction pour se plaindre d’une « atteinte aux droits de la défense ».

 

En attendant l’ouverture des débats, il entretient sa forme en jouant au tennis avec l’ex-ministre de l’Économie et des Finances limogé en 2007, Polycarpe Abah Abah. Ce dernier officie, par ailleurs, tous les dimanches à la paroisse protestante de la prison. Jean-Marie Atangana a quant à lui rejoint le conseil paroissial catholique du pénitencier, présidé par Pierre Désiré Engo. Pas sûr que la prière suffise à apaiser les tourments de ces hommes en colère…

 

Pendant ce temps, au lac…

Le Lac est une caserne située sur la rive nord du lac municipal, il est le siège de la très redoutée gendarmerie camerounaise. À l’inverse de la résidence du Premier ministre, des ministères et du complexe hôtelier, qui jouxtent l’étendue d’eau devenue un cloaque malodorant, il est protégé par de hauts murs de clôture en dépit de la belle vue panoramique. Depuis douze ans, pour une raison mystérieuse, le Lac est devenu le lieu de détention de deux des plus célèbres prisonniers du Cameroun. Le premier est Titus Edzoa, 64 ans. Ce professeur en médecine, qui fut médecin personnel et conseiller spécial du président Paul Biya, membre du gouvernement au poste de ministre de l’Enseignement supérieur, devenu numéro deux du régime en tant que secrétaire général de la présidence, a fini par tomber en disgrâce. Jugé et condamné à quinze ans de prison ferme pour « tentative de détournement », il purge sa peine dans un souterrain aménagé sous le bureau du secrétaire d’État à la Défense (SED) en charge de la gendarmerie.

 

Edzoa partage sa vie de reclus troglodyte avec celui dont nous sommes les invités : Thierry Michel Atangana Abega, 45 ans, dont douze de prison. Français d’origine camerounaise, ancien représentant au Cameroun de la Lyonnaise des eaux, homme d’affaires devenu conseiller d’Edzoa, jugé pour complicité et condamné à la même peine dans la même affaire, il est le locataire de la cellule voisine.

 

Tout visiteur est soumis à un contrôle draconien à l’entrée de la caserne. Il doit ensuite trouver son chemin dans le dédale des bâtiments ocre du vaste camp militaire. À l’arrière du cabinet du secrétaire d’État se dresse l’unique porte d’entrée des cachots. La nuit est tombée sur la ville. La porte en métal s’ouvre sur un couloir sombre donnant accès à deux autres portes sur le côté gauche. Un bruit de bottes résonne sur la voûte en béton au-dessus des têtes, en provenance du cabinet ministériel. Par l’embrasure de la porte du fond s’échappe de la lumière et le son d’un transistor : le « professeur » n’a pas attendu l’heure réglementaire de 20 heures pour regagner sa pièce. Il n’était pas prévenu de notre visite. Ce n’est pas Thierry Michel Atangana qui s’en plaindra. Les deux hommes ne se parlent plus « depuis huit ans », confie notre hôte au moment de nous ouvrir son « palais ».

 

Un réduit en béton de 1,5 m sur 3 m. Il n’y a pas de téléviseur. La pièce est faiblement éclairée et aérée par un soupirail percé au ras du plafond. Un petit lit en bois occupe plus de la moitié de l’espace. Ne reste plus de place que pour une étagère, qui sert à la fois de vide-poches et de bibliothèque. C’est aussi le seul meuble sur lequel le détenu peut ranger les repas que lui cuisine une religieuse catholique depuis son divorce survenu il y a quelques années. Impossible d’éviter le petit coin, des toilettes à la turque, proprettes, aménagées juste derrière la porte. Impossible de prendre en photo le cachot. Les gardes veillent. Ils sont dix soldats d’élite, dont la moitié appartient au fameux Groupement polyvalent d’intervention de la gendarmerie (GPIC), qui s’est fait connaître dans la lutte contre les « coupeurs de route » dans le nord du pays.

 

« Durant les premières années de notre incarcération, nous n’avions droit qu’à une heure de promenade par jour », se souvient Atangana. À la demande du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), les deux hommes sont désormais autorisés à sortir de leur cellule de 9 heures à 20 heures. Trop heureux de pouvoir désherber l’arrière-cour qui jouxte « sa » terrasse, l’ancien conseiller essaie ainsi de détruire les nids de moustiques et de déloger les serpents qui infestent l’endroit.

 

Quand il ne lutte pas contre les herbes folles, Atangana va s’étendre sous la véranda. Loin de l’endroit où se repose Edzoa. Brouillés, les deux hommes ne se fréquentent pas. Le jeune homme d’affaires reproche au chirurgien de l’avoir entraîné dans sa chute. En effet, après sa démission, Edzoa annonce sa candidature à l’élection présidentielle d’octobre 1997 et nomme Thierry Michel Atangana Abega directeur de campagne, « sans le consulter ».

 

Mortel ennui

Depuis, le jeune homme essaie en vain de se tirer de ce guêpier. À la fin de 2008, coup de tonnerre : un juge d’instruction rend un non-lieu dans une affaire identique à celle qui a abouti à sa condamnation. Embarrassé, le parquet a promptement fait appel. Les deux hommes risquent d’écoper, à l’issue de ce nouveau procès, prévu le 20 janvier 2010, d’une nouvelle condamnation à quinze ans de réclusion.

 

En attendant, les visites de leurs proches sont le seul moyen de tromper l’ennui. Même si certains viennent aussi pour quémander. « Je paie des ordonnances, des loyers. » Un billet de banque pour se ménager la bienveillance d’un garde, mais aussi pour ne pas se faire oublier de ses proches. Mais cela n’achète pas tout : « Je n’ai pas obtenu d’autorisation pour me rendre aux obsèques de ma mère, morte en juillet 2002, ni à celles de ma sœur morte en 2006 », se lamente-t-il. Depuis sept ans, il ne peut pas non plus recevoir de visites consulaires. Il y a quelques mois, le consul de France en a fait la demande. Refus catégorique du patron de la gendarmerie. Quatre secrétaires d’État se sont succédé à ce poste depuis l’incarcération d’Atangana en 1997. Certains ont concédé quelques assouplissements des conditions de détention des prisonniers. D’autres les ont durcies. Rien n’est acquis. Tout peut être remis en question.

mercredi, 09 décembre 2009

DOUANE ET GENDARMERIE : L’affaire qui dérange !

mercredi 9 décembre 2009

La Brigade de recherche de la gendarmerie de Banfora est très mal à l’aise. Certains de ses éléments, et non des moindres, sont au centre d’une affaire qui commence à faire grand bruit. Ils ont intercepté un camion en provenance de la Côte d’Ivoire, transportant dix tonnes de farine fraudée ; ils ont exigé que le propriétaire paie un million de francs CFA ; ils n’ont pas délivré de reçu ; d’ailleurs, ce n’est pas leur job d’exiger quelque centime que ce soit. Ils auraient dû conduire le propriétaire du véhicule et la marchandise fraudée à la Douane. C’est elle qui s’occupe des questions de fraude. Les gendarmes le savaient mais ils ont préféré goûter à la soupe. L’affaire, comme une bombe mal maîtrisée, s’apprête à exploser et à les éclabousser de fort mauvaise manière.

L’affaire a fait tilt le 12 novembre 2009. Le gros camion, plein de marchandises fraudées, avance péniblement vers Banfora. Déjouant au passage certaines barrières des forces de sécurité. Il bifurque par Orodara, passe par le village de Mondon, puis à Bérégadougou, avant de se diriger gaillardement vers la capitale du Paysan noir. Il réussit à se réfugier dans l’ex-gare de la société SOTRAKOF. Le conducteur pousse enfin un ouf de soulagement. Fier d’avoir trompé la vigilance des « hommes en tenue ». Mais c’était mal connaître les flics. Ils l’ont suivi, au moment où des douaniers étaient également à ses trousses. A peine s’est-il arrêté qu’une dizaine de gendarmes débarquent et le somment de conduire immédiatement le véhicule dans leurs locaux pour « des contrôles approfondis ». Le chauffeur s’exécute. Il tente de négocier afin d’obtenir la clémence des gendarmes, en vain.

Le véhicule et les dix tonnes de farine sont gardés à la Brigade de recherche pendant trois jours. Le 14 novembre, vers minuit, le gros camion réussit à s’échapper des griffes des gendarmes. Mais là, ce n’était pas de façon frauduleuse. Le chauffeur a reçu l’autorisation de « libérer immédiatement les lieux ». Selon certains gendarmes ayant requis l’anonymat, l’argent a été à la source de cette délivrance. Un million de francs CFA gracieusement remis par le frère du propriétaire du véhicule ! « Mais l’opération s’est déroulée sans trace », confie l’un des flics. « Ici, pour ce genre d’opération, les gendarmes qui reçoivent l’argent ne remettent pas de reçu, ni une attestation quelconque », ajoute-t-il. En clair, il s’agit d’un deal mafieux. Dans la cité du Paysan noir, « cette pratique est courante », confie un opérateur économique. « Certes, la gendarmerie n’a pas de ‘’quitancier’’, mais ça nous revient à chaque fois moins cher. Nous n’arrivons pas à supporter les coûts imposés au niveau de la douane ». Ainsi, il a fallu payer seulement un million de francs pour que le gros camion plein de marchandises fraudées reprenne son chemin, en toute impunité.

« Remettez-moi mon argent ! »

Mais ce jour-là, contre toute attente, le ciel est tombé sur la tête du chauffeur. A peine le véhicule a-t-il été libéré qu’il est tombé dans les filets de la douane qui, elle aussi, était aux aguets. Le conducteur a alors été sommé de conduire la marchandise fraudée à la Brigade des douanes de Banfora. Les explications du type « on a déjà payé à la gendarmerie » ont été balayées du revers de la main par les douaniers visiblement déterminés à accomplir leur mission. Là aussi, le frère du propriétaire du véhicule tente de sauver les meubles. En vain. Son cauchemar commence lorsqu’il se retrouve complètement incapable de fournir quelque document que ce soit, justifiant l’importation de cette farine de blé en provenance de la Côte d’Ivoire. Les gendarmes, auteurs de la première interpellation, sont embarrassés. Ils craignent que le frère de l’opérateur économique ne lâche le morceau : ces ‘’un million’’ de francs CFA qui se sont réfugiés dans les poches de certains d’entre eux. « Il n’y a pas eu de reçu », insiste une source proche du propriétaire du véhicule. Il fallait vite recoller les morceaux pour éviter que les choses se gâtent davantage.

La gendarmerie a alors été vivement sollicitée pour intercéder auprès de la Douane pour que le véhicule soit libéré « dans les meilleurs délais ». Avant que la sentence des douaniers ne tombe, brusque et fracassante, sur la tête de l’opérateur économique. Mais que pouvait la gendarmerie face à cette situation ? Absolument rien. De sources proches de la Brigade de recherches de la gendarmerie, l’argent a été encaissé en toute illégalité. « Les gendarmes devaient normalement conduire le véhicule et la marchandise à la Brigade des douanes afin que cette dernière évalue les pénalités et voie la suite à donner », affirme-t-on, avec insistance. Selon le Code de la Douane, les gendarmes peuvent apporter un appui aux douaniers dans les opérations de saisies. Mais ils ne doivent pas encaisser d’argent.

C’est plutôt la Douane qui se charge de ce volet. D’ailleurs, à ce sujet, le Code est clair : « Les infractions douanières peuvent être constatées par un agent des douanes ou de toute autre administration. Ceux qui constatent une infraction douanière ont le droit de saisir tous objets passibles de confiscation, de retenir les expéditions et tout autre document relatif aux objets saisis et de procéder à la retenue préventive des objets affectés à la sûreté des pénalités (…) Les marchandises et moyens de transport saisis sont conduits et déposés au Bureau, au Poste ou à la Brigade de Douane le plus proche du lieu de la saisie ». Mais à Banfora, le gros camion contenant la farine fraudée n’a pas été conduit à la Douane. La raison, c’est qu’un million de francs CFA est passé par là !

Mais l’affaire ne s’arrête pas à ce chapitre. « Comme la gendarmerie ne voulait pas intervenir auprès de la douane pour libérer le camion et la marchandise, l’opérateur économique a demandé que son argent lui soit remis », affirme un agent de la Brigade de recherche de la gendarmerie. « Il fallait qu’on retire l’argent parce qu’on était obligé de payer encore à la Douane », confie un proche de l’opérateur économique.

56 millions à payer

Selon plusieurs sources, le camion et la marchandise fraudée n’ont pas échappé aux douaniers. Ils tenaient coûte que coûte à appliquer la loi. Après avoir interrogé le frère de l’opérateur économique qui, jusque-là, a suivi l’évolution de l’affaire, les dix tonnes de farine ont été évaluées à quatre millions de francs CFA et le véhicule à dix millions de francs. Donc, au total, quatorze millions de francs CFA ! Mais ce n’est pas tout. En la matière, la loi prévoit que la personne prise dans le piège paie le quadruple de la valeur des objets confisqués. Petit calcul : 14 000 000 X 4 = combien ? 56 millions de francs CFA ! Un vrai pactole ! Sans doute que l’opérateur économique pris dans le piège, après avoir entendu cette somme, a commencé à suer à n’en point finir. Mais combien a-t-il finalement payé ? Nous avons tenté en vain de le savoir. Mais de nombreuses personnes contactées affirment qu’ « à la Douane au moins, la procédure a suivi la voie normale ». Même s’il fallait payer plus cher ! Le camion a finalement été « libéré ». Mais l’opérateur économique n’oubliera pas de si tôt, cette encombrante affaire. Il a emprunté les chemins tortueux de la région des Cascades et il est tombé dans le piège !

Depuis lors, la gendarmerie et la douane de Banfora se regardent avec un petit air de dédain. Jusqu’où ira cette affaire ? Il semble que certaines autorités ont été saisies pour rétablir un climat de confiance entre les deux parties. Et rappeler à chacun son rôle. Car tous rendent un service important à la société. Mais il faut le faire avec cohérence et dans les règles de l’art. En attendant, selon certains opérateurs économiques, le jeu de micmacs continue. En toute impunité…

Par Hervé D’AFRICK, Envoyé spécial à Banfora

Le Reporter

mercredi, 02 décembre 2009

Obiang Nguema, un président de 30 ans

Autoritarisme et corruption au pouvoir sur fond d’or noir en Guinée équatoriale




Avec 95,19% des voix selon le dernier décompte partiel publié mardi, Teodoro Obiang Nguema est assuré de sa réélection à la tête de la Guinée équatoriale, qu’il dirige depuis 1979. Ce petit pays d’Afrique centrale est gangréné par une corruption endémique, en particulier parmi les proches du pouvoir.

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mardi 1er décembre 2009 / par Denis Carlier

 

C’est finalement avec 95,19% des voix que le Président Teodoro Obiang Nguema a été réélu à la tête de la Guinée équatoriale. Le ministère de l’Intérieur a en effet annoncé ce mardi les résultats quasi définitifs. Les résultats complets devront encore attendre jeudi. Au pouvoir depuis 30 ans, Obiang règne sans partage sur ce petit Etat pétrolier de 616 000 habitants.

 

Une élection un peu trop parfaite

Reporters sans frontières (RSF) a dénoncé lundi une campagne présidentielle dominée par le candidat-président. Les médias officiels ont, selon l’organisation, « chanté les louanges du président-candidat », en prenant « soin de très peu relayer les activités de l’opposition ». En termes de liberté de la presse, RSF classe la Guinée équatoriale à la 158e place sur 175.

 

Le Président Obiang, 67 ans, est peut-être toutefois un peu déçu par son score, lui qui déclarait dimanche dans un meeting qu’il allait sûrement emporter l’élection avec 97% des voix. Placido Mico Abogo, principal opposant, obtient selon les résultats actuels 4,05% des voix. Tous ces chiffres peuvent être mis en doute, puisque le nombre total de votants est légèrement supérieur au nombre d’électeurs inscrits sur les listes, comme l’a relevé mardi l’AFP.

 

Issu d’une carrière militaire, Teodoro Obiang Nguema est arrivé à la tête du pays en 1979, par un coup d’Etat contre son oncle, Francisco Macías Nguema. Il contrôle depuis le pays d’une main de fer, organisant pour la forme des élections qu’il remporte toujours avec un score supérieur à 95%. Obiang a depuis survécu à une douzaine de tentatives de coups d’Etat, dont quelques uns imaginaires.

 

Pétrole contre grosses voitures

Nombreuses sont les accusations de détournement contre ce pays classé 12e Etat le plus corrompu par Transparency International. L’argent de la manne pétrolière est au cœur des préoccupations, dans ce pays où d’importants gisements ont été découverts dans les années 1990. Une enquête a ainsi été menée à partir de 2004 par la Securities and Exchange Commission (SEC), l’agent de contrôle des marchés étasunien, sur l’existence de transactions douteuses sur des comptes de la Riggs Bank, à Washington (DC).

 

Selon la SEC, un total de 700 millions de dollars y a transféré au profit d’Obiang et de ses proches, en provenance des compagnies pétrolières ExxonMobil Corp, Amerada Hess Corp, ChevronTexaco, Devon Energy Corp et Marathon Oil Corp. La banque a été condamnée à une amende record de 16 millions de dollars pour avoir tu le détail des virements, et s’est finalement faite racheter.

 

Human Rights Watch a détaillé ces accusations de corruption dans un rapport sur la question du pétrole paru en juillet. La Guinée équatoriale est un pays « où les gens devraient avoir un revenu per capita équivalent à celui de l’Espagne ou de l’Italie », explique Arvind Ganesan, responsable de l’élaboration du document. C’est selon lui la corruption qui empêche que la situation économique de la population s’améliore. Le pays se situe à la 29e place mondiale en termes de PIB/habitant. Une situation qui est néanmoins enviable dans la région puisque le pays attire désormais de nombreux immigrés.

 

Parmi les abus financés par le biais des comptes de la Riggs Bank figure l’achat de deux manoirs en banlieue de Washington, pour 3,8 millions de dollars. Entre 2004 et 2006, le fils aîné d’Obiang, Theodorin, a quant à lui dépensé la modique somme de 43,5 millions de dollars pour des résidences de luxe ou des voitures de sport. Teodoro Obiang Nguema est enfin, avec feu Omar Bongo et Denis Sassou Nguesso, l’un des trois présidents impliqué dans l’affaire française des biens mal acquis, pour laquelle la justice s’est déclarée incompétente à juger sur le fond.

lundi, 30 novembre 2009

Gabon : Ali Bongo recadre l’armée

Il a déclaré vouloir restaurer l’éthique militaire


Le chef de l’Etat gabonais, Ali Bongo Ondimba, a stigmatisé samedi les comportements rétrogrades des forces de sécurité et de défense nationale, au cours d’une visite qu’il a effectué dans les différents casernes de Libreville.

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lundi 30 novembre 2009 / par Pierre Eric Mbog Batassi (afrik.com)

 

Notre correspondant au Gabon

 

Au nombre des incartades dénoncées par le président de la République gabonaise, Ali Bongo Ondimba, figurent entre autres le racket, l’indiscipline, le viol, le vol, la désobéissance, la corruption et l’affairisme. Il a donné des instructions fermes aux chefs des différents corps habillés d’user de tous les moyens règlementaires pour que cessent immédiatement ce type d’errements qui sont contraires à l’éthique militaire et qui ternissent fortement l’image des forces de sécurité et de défense.

 

Ali Bongo a, sur un tout autre registre, promis d’améliorer les conditions de vie de des agents de ce corps professionnel. Il a donné des consignes dans cette perspective au premier ministre Paul Biyoghé Mba et au ministre de la Défense, Angélique Ngoma, pour que des actes soient posés dans de brefs délais, en matière de logement, de santé, d’équipement et de construction ou de réhabilitation des casernes, aussi bien à Libreville qu’à l’intérieur du pays.

 

Il y a deux semaines, les transporteurs, notamment les chauffeurs de taxis, avaient observé une journée de grève qui avait eu un grand succès à Libreville. Ils dénonçaient les rackets dont ils sont victimes, commis par des hommes en tenue.

mercredi, 11 novembre 2009

Scandale à la Beac : le directeur de cabinet de Bongo démissionne

10/11/2009 | AFP


Jean-Pierre Oyiba veut préparer sa défense contre les accusations de détournements de fondsJean-Pierre Oyiba veut préparer sa défense contre les accusations de détournements de fonds© Désirey Minkoh-Afrikimages

Le directeur de cabinet du président gabonais Ali Bongo, investi le 16 octobre, a annoncé lundi qu'il se "déchargeait de ses fonctions" pour se défendre d'accusations dans le scandale des détournements (25 millions d'euros) à la Banque des Etats d'Afrique centrale (BEAC).

"Pour des raisons d'éthique et de préservation de bonne gouvernance prônée par le chef de l'Etat Ali Bongo Ondimba, j'ai décidé de me décharger de mes fonctions actuelles aux côtés du président afin de me consacrer entièrement à ma défense dans cette affaire", a affirmé Jean-Pierre Oyiba, dans une déclaration lue en direct pendant le journal télévisé de la première chaine publique RTG1.

L'hebdomadaire Jeune Afrique, qui avait dévoilé les malversations, affirme dans son édition du 8 au 14 novembre que M. Oyiba a été l'un des bénéficiaires des détournements de fonds et aurait touché "65,6" millions de Francs CFA (100. 000 euros).

mercredi, 04 novembre 2009

BEAC : 16 milliards de francs CFA détournés, 139 bénéficiaires

AFP


Le siège de la BEAC à YaoundéLe siège de la BEAC à Yaoundé© DR

Un rapport interne à la Banque des Etats d'Afrique Centrale retrace les détournements, et désigne les responsables.

Cent trente-neuf bénéficiaires ont profité du détournement de 25 millions d’euros à la Banque des Etats d’Afrique centrale (Beac) entre 2004 et 2009, selon un rapport interne de la banque obtenu lundi par l’Afp.

"Au stade actuel des investigations, le montant total des détournements (...) s’élève" à 16,5 milliards de Fcfa (25 millions d’euros), indique le rapport daté du 24 octobre et publié le 29 par la Beac.

Ces détournements, enregistrés au Bureau extérieur de la Beac à Paris (Bep), ont été "opérés au moyen de chèques, virements, retraits en espèces et titres de transport", ajoute-t-il.

"Il s'en sont donnés à coeur joie"

"On dénombre en tout 858 chèques et 6 virements frauduleux au profit de 101 bénéficiaires, 1.306 retraits en espèces frauduleux et 38 bénéficiaires de titres de transport aériens frauduleux", est-il précisé. Selon le rapport, Armand Ndzamba, comptable au Bep de 1992 à 2009, est le "principal homme orchestre de ces fraudes".

Les sommes détournées, provenant essentiellement du siège de la Beac à Yaoundé, étaient destinées au fonctionnement du Bep et au règlement des factures pour le compte de la Beac.

"Très mal suivies", ces sommes ne correspondaient pas aux besoins réels du Bep et ont "suscité un tel appétit chez les fraudeurs qu’ils s’en sont donnés à cœur joie", souligne le rapport qui estime que le dispositif de contrôle interne de la banque est "très loin des standards internationaux".

Silence des hauts responsables

Les enquêteurs déplorent le silence de plusieurs hauts responsables de la Beac qui n’ont "pas attiré l’attention sur les dérives" du Bep, citant notamment le cas des Gabonais Jean-Félix Mamalépot, gouverneur de la Beac de 1989 à 2007 et de son successeur Philibert Andzembé.

Le 24 septembre, la Beac avait admis le détournement de 22 millions d’euros dans une interview de M. Andzembé au quotidien gabonais «  Gabon Matin  ».

Le comité des ministres des Finances de la Beac a décidé le 29 octobre de maintenir M. Andzembé jusqu’à la désignation de son successeur, prévue en novembre.

Source : jeuneafrique.com

mercredi, 28 octobre 2009

Cameroun : fin de partie pour John Fru Ndi

Jeune Afrique | Par : Georges Dougueli


Le leader du Social Democratic Front lors d'une conférence de presse, en septembreLe leader du Social Democratic Front lors d'une conférence de presse, en septembre© Maboup

Personne dans l’opposition camerounaise n’avait jamais suscité un tel enthousiasme. Pourtant, le leader du SDF n’a pas réussi à transformer l’essai. En vingt ans, il est passé du statut de challengeur de Paul Biya à celui de faire-valoir du pouvoir.

Officiellement, John Fru Ndi n’a pas quitté la politique. Pourtant, la politique, elle, semble l’avoir quitté. Absent des grands rendez-vous, le leader du Social Democratic Front (SDF), qui avait su pendant des années incarner le changement, ne semble même plus s’intéresser à l’actualité de son pays. Lors du dernier remaniement ministériel avec nomination d’un nouveau Premier ministre, en juin, alors qu’un journaliste l’appelle pour recueillir sa réaction, il tombe des nues : « Je ne suis pas au courant », avoue John Fru Ndi.

En juillet, pourtant, il semble reprendre l’offensive et annonce qu’il va « déclarer ses biens » et rendre public son patrimoine. Une promesse de transparence qui intervient quelques jours après la publication du rapport du Comité catholique contre la faim et pour le développement (CCFD), qui accuse son rival de vingt ans, le président Paul Biya, d’avoir acquis des biens, notamment immobiliers, à l’étranger.

Vendu au pouvoir ?

Pour l’exemple, Fru Ndi entendait donc ouvrir grandes les portes d’une vie privée bien protégée jusque-là, se soumettant sans sommation au fameux article 66 de la Constitution camerounaise, que l’élite administrative et politique ne semble pas se hâter d’appliquer. Ce faisant, il n’était en rien concerné. Il n’avait nulle obligation de déclarer son patrimoine, n’ayant jamais assumé aucune charge publique ni le moindre mandat électif. Il faut croire qu’il a fini par s’en apercevoir puisque, fin septembre, avec un incroyable aplomb, il revient sur sa promesse, s’attirant les critiques de la presse.

Et voilà rouverte la polémique entre pro- et anti-Fru Ndi, ces derniers voyant dans cette reculade la preuve que le chef du SDF a bien des choses à cacher. Ce qui revient à leurs yeux à accréditer la thèse qui veut que, depuis bien longtemps, le pouvoir de Yaoundé aurait « acheté » l’opposant radical.

Ceux qu’il avait habitués à ses diatribes enflammées, professées le poing levé et le doigt accusateur pointant le « régime corrompu », critiquent désormais ses grands silences. Dans les rangs de ses anciens compagnons, on raille l’ancien libraire qui s’est « embourgeoisé » et a pris goût au pouvoir que lui confère son statut de chef de l’opposition. « Nous n’avons plus rien à voir avec lui », grince Adamou Ndam Njoya, le patron de l’Union démocratique du Cameroun (UDC), deuxième parti de l’opposition parlementaire.

De plus en plus nombreux, ses détracteurs insinuent que le chantre du « Power to the People » n’a plus rien de ce leader charismatique et populiste qui déclencha une lame de fond électorale si dévastatrice qu’elle faillit emporter le régime lors de la présidentielle de 1992. Avec 35,9 % des suffrages, contre 39,9 % pour Paul Biya, John Fru Ndi était parvenu aux portes du palais d’Etoudi. Au regard des résultats aussi serrés, quelques déçus soutiennent même que l’opposant l’avait emporté.

Dans ce scénario, le « Chairman » aurait manqué d’audace et de pugnacité. Aujourd’hui encore, les plus radicaux n’ont pas pardonné à l’opposant de s’être laissé enfermer dans sa résidence de Ntarikon (Nord-Ouest) par une escouade de gendarmes et de s’être résigné trop vite. Pourtant, il ne s’agissait que « d’intimidation », selon l’aveu d’un membre du gouvernement de l’époque, qui poursuit : « Nous étions divisés et n’avions plus d’autre carte en main. » Une occasion manquée ? Ce ne sera pas la dernière.

Occasions manquées

Autre erreur politique majeure : la malheureuse décision de boycotter les législatives organisées en 1992, alors que son parti n’avait jamais été aussi fort au sein de la majorité francophone du pays. Encore une fois, l’agitateur, le tribun de talent laisse passer sa chance.

D’élection en élection, le parti s’étiole. De 42 députés obtenus à l’issue des législatives de 1997, il passe à 21 en 2002, avant de tomber à 15 députés en 2007. Jean Marc Soboth, un chroniqueur politique qui suit le parcours de cet ovni tombé en politique en 1990, dénonce une « entreprise de destruction » orchestrée par une élite conservatrice et la presse, qui ne lui a rien épargné. « Certains en sont aujourd’hui à regretter d’avoir failli lui confier le destin du pays », déplore-t-il. Le journaliste n’est pas le seul à trouver injustes les procès intentés à ce libraire sans histoire que la classe politique, diplômée et éduquée à l’occidentale, a toujours regardé de haut. On aime détester ce provincial qui a toujours refusé de troquer son boubou couleur mosaïque des Grassfields contre le costume sombre de rigueur dans les allées du pouvoir et la haute administration de Yaoundé. Lui dont le parcours politique atypique a toujours buté sur le soupçon.

Avant les accusations de connivence avec le parti au pouvoir, il dut affronter un premier procès en incompétence. On lui reproche de n’avoir pas effectué d’études supérieures et de n’avoir pour dernier diplôme qu’une qualification de libraire obtenue en Angleterre. Pour les dizaines d’universitaires et autres hauts commis de l’État qui piaffent d’impatience dans les instances du parti, il est considéré comme une anomalie qu’il faut corriger pour parvenir au pouvoir. L’illettrisme supposé du patron explique la multiplication des tentatives d’éviction au sein même du SFD.

Politique de purge

Pour assurer son maintien aux commandes, Fru Ndi a donc purgé le parti des plus menaçantes ambitions. Pour diverses raisons, l’ancien bâtonnier de l’ordre des avocats Bernard Muna, l’ancien juge de la Cour suprême Nyo Wakaï, l’universitaire Carlson Anyangwé, l’ancien vice-président Saïdou Maïdadi et l’ancien secrétaire général Tazoacha Asonganyi ont été boutés hors du SDF.

Quand les sécessionnistes anglophones du Southern Cameroons National Council (SCNC) avaient proclamé l’indépendance du Southern Cameroons le 30 décembre 1999, le leader anglophone avait été soupçonné d’accointances avec eux. La majorité francophone l’avait alors pressé de donner des gages de son attachement à l’unité du pays. Il est vrai que plusieurs cadres du SDF ont été très proches des séparatistes. Mais cela n’explique pas la férocité de la purge qu’il orchestre le 6 mai 2000 : Nfor Ngala Nfor, son conseiller juridique, Albert Mukong, une figure de la décolonisation, Martin Ngeka Luma, vice-président du parti, notamment, sont éjectés. La brouille est consommée avec le SCNC.

Il est comme ça. Harcelé dans une arène politique qui ne lui fait pas de cadeau, l’opposant trouve toujours le moyen de tirer avantage des situations difficiles. Poursuivi par la justice dans le cadre de l’affaire Grégoire Diboulé – un militant tué en 2006 lors d’une rixe entre deux factions rivales du SDF –, Fru Ndi a intenté un procès en diffamation à Marafa Hamidou Yaya, ministre d’État chargé de l’Administration territoriale, lui reprochant d’avoir insinué que lui, John Fru Ndi, était l’instigateur des émeutes meurtrières de février 2008.

Au fond, le Cameroun a-t-il jamais été prêt à élire un anglophone à la présidence de la République ? La coterie bien-pensante, issue de l’École nationale d’administration et de magistrature (Enam), a décidé que non. Les sécessionnistes, dont l’activisme ne faiblit pas à l’étranger, n’y croient pas non plus. L’opposant devenu accommodant est donc un moindre mal pour le pouvoir de Yaoundé, qui s’appuie sur lui pour garder le pays anglophone dans la communauté nationale. S’il n’a jamais rencontré Paul Biya, des hommes comme l’ancien de la préfectorale Adrien Kouambo, l’homme d’affaires Baba Ahmadou Danpulo ou le député Joseph Mba Ndam ont souvent joué les porteurs de message. Le parti est sous contrôle, le chef peut s’occuper de son exploitation agricole. Loin, de plus en plus loin de la politique.

COUT DE LA CORRUPTION DANS LE MONDE : Des faits et des chiffres

Le développement de la corruption dans un pays porte atteinte aux droits des citoyens parce que les ressources nationales destinées aux services essentiels et fondamentaux comme l’eau, l’éducation et la santé sont détournées. Il est plus que nécessaire d’accentuer cette lutte anticorruption. Pour mieux orienter cette lutte, il est nécessaire de quantifier avec précision l’ampleur du phénomène.

 

Le coût de la corruption est difficile à évaluer parce que l’acte de corruption se passe entre des individus dans le plus grand secret. Mais il existe dans le monde, différentes études qui fournissent des informations et des chiffres sur les manifestations du fléau.

Des études ont montré que la corruption dont se rendent coupables les citoyens des pays développés compromettent le développement des pays pauvres. L’Institut de la Banque mondiale estime : « la corruption sous forme de pots-de-vin à 1 000 milliards de dollars ». Mais elle affecte plus les Etats africains qui y perdent 25% de leur PIB chaque année selon U4 (Anti-corruption Resource Centre, 2007). Ce pourcentage correspond à la somme de 148 milliards de dollars au niveau mondial. En appliquant le taux de 25% au PIB du Burkina Faso qui était de 3 646 900 000 F CFA en 2008, le pays aurait perdu environ 911 755 000 F CFA en 2008.

Les citoyens des pays développés ne sont pas les seuls à s’adonner à la corruption. Le rapport de la Banque mondiale (Star report, 2007) dénonce l’attitude corruptrice des fonctionnaires des pays en développement qui détournent par an entre 20 et 40 milliards de dollars, soit l’équivalent de 20 à 40 % de l’aide publique au développement. Le rapport précise que les pays qui s’attaqueraient sérieusement à la corruption pourraient avoir une augmentation de 400% de leur PIB. En termes de chiffres pour le Burkina Faso, ce pourcentage correspondrait à la somme de 14 587 600 000 F CFA de manque à gagner.

Transparency International (TI) dans son rapport mondial 2006 sur la corruption estime que 50% des fonds alloués aux services de la santé du Ghana ne parvenaient pas aux destinataires. Ces détournements sont l’œuvre de fonctionnaires.

Il est reconnu que la corruption accélère l’épuisement des ressources naturelles pourtant indispensables à la subsistance de nombreuses communautés. Selon un rapport du PNUD (UNDP, Accelerating Human Development in Asia and the Pacific, 2008), le gouvernement de l’Indonésie a estimé que la déforestation coûte 4 milliards de dollars par an à la nation soit environ cinq fois le budget annuel du département indonésien de la Santé. Les effets néfastes de la corruption empêcheront certainement plusieurs pays de réaliser les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD). Selon le rapport mondial 2008 de TI sur la corruption, celle-ci augmenterait jusqu’à 30% le prix des raccordements aux réseaux d’eau potable, ce qui accroîtrait de plus de 48 milliards de dollars le coût de la réalisation des OMD en ce qui concerne l’eau et l’assainissement. Cette somme équivaut à la moitié de l’aide globale annuelle.

La corruption n’affecte pas seulement les pays pauvres. Par exemple, les entreprises allemandes perdent plus de 6 milliards d’euros par an à cause de la corruption, des détournements et de la fraude (German Martin Luther University of Halle-Wittenberg, Price Water House Coopers and Germany’s TNS-Emnid, 2007). Aussi, environ 50 milliards de dollars issus de la corruption sont déposés chaque année dans les comptes bancaires et dans les paradis fiscaux en Occident (Raymond Baker). Pour cet auteur, 250 milliards de dollars blanchis en provenance des pays en voie de développement sont transférés tous les ans vers les banques américaines.

"Primes et indemnités généreuses"

La corruption serait une des causes de la crise financière amorcée en 2007. En effet, la crise financière a révélé l’ampleur de l’incapacité des conseils d’administration des entreprises à imposer des contrôles plus stricts, même en période de crise. Des dirigeants ont continué à recevoir des primes et des indemnités généreuses, alors que l’on savait déjà que leurs stratégies d’investissement risquées avaient entraîné leurs entreprises au bord de la faillite et que cette situation allait nécessiter l’injection d’argent public. Cette situation est due au fait que dans de nombreux pays, les PDG (Présidents Directeurs Généraux) siègent au sein de multiples conseils d’administration, créant ainsi un vaste réseau de postes de direction entrecroisés. Les avantages mutuels n’encouragent pas encore la prise de décision critique. Dans la mesure où les PDG se retrouvent au conseil d’administration des entreprises, ils ont le pouvoir de récompenser les dirigeants de ces entreprises. Un directeur « insoumis » pourrait compromettre ses chances d’être reconduit dans ses fonctions lucratives dans ce conseil d’administration.

Dans le cadre d’une enquête menée en 2008 par Transparency International auprès de plus de 2 700 cadres dirigeants dans 26 pays, près de 2 personnes interrogées sur 5 ont déclaré avoir été invitées l’année précédente à verser des pots-de-vin au cours de leurs relations avec diverses institutions fournissant des prestations essentielles aux entreprises, comme les douanes et les services fiscaux, la justice, la police, les services d’enregistrement des actes et de délivrance des permis, ainsi que d’autres prestataires de services de base.

Dans le cadre d’une autre enquête menée auprès de plus de 1 000 dirigeants, près d’un sur cinq a affirmé avoir perdu un contrat en raison des pots-de-vin versés par un concurrent, et plus du tiers a estimé que le phénomène de corruption empirait. Ces résultats révèlent le degré d’usage de la corruption dans l’accès aux services et dans les marchés publics, ce qui joue sur la qualité des services et des marchés parce que ceux-ci sont attribués aux moins méritants.

Les recherches de TI ont permis de découvrir l’existence de 283 cartels internationaux privés entre 1990 et 2005 ayant contribué à faire perdre aux consommateurs à travers la surfacturation environ 300 milliards de dollars. Dans la seule année de 1997, les pays en développement ont importé 54,7 milliards de dollars de marchandises issues d’un échantillon de 19 industries ayant pris part à des activités d’entente sur les prix. Selon les estimations, les pertes économiques directes dues à la surfacturation liée aux cartels internationaux pourraient, à elles seules, égaler, voire dépasser, le volume total de l’aide au développement attribuée aux pays en développement. Ces pratiques faussent non seulement les règles de la concurrence mais aussi elles contribuent à appauvrir les pays pauvres au profit de vastes réseaux.

"Burkina : rectifier le tir"

Selon le rapport 2007 sur l’état de la corruption au Burkina Faso publié par le Réseau national de lutte anticorruption (REN-LAC), la corruption est répandue ou même très répandue au Burkina. 99,5% des 1700 personnes enquêtées à travers tout le pays sont de cet avis. Ils sont 68,8% à penser que la corruption est en progression. Ces fortes proportions traduisent une certaine « normalisation » de la corruption dans tous les secteurs d’activités au Burkina. L’enquête a révélé que près de la moitié (45%) des enquêtés ont expérimenté personnellement la corruption ou ont été témoins d’actes de corruption en 2007. Les plus fortes proportions ont été observées à Bobo-Dioulasso (54%) et à Ouagadougou (44%), les deux plus grandes villes du Burkina.

Le même rapport précise que l’Administration publique présente une mauvaise image auprès des populations puisque pour 55% et 27% des enquêtés, ce sont respectivement les agents d’exécution et les cadres supérieurs de l’Etat qui sont responsables des actes et faits de corruption dans le pays, exprimant ainsi les deux dimensions de la corruption, à savoir la grande corruption par les premiers et la petite corruption par les seconds. Quant aux secteurs d’activités les plus corrompus, on trouve en tête la douane, le couple police/gendarmerie, et le secteur des impôts. Le rang de ces services est conforme aux enquêtes précédentes du REN-LAC. Ils peuvent être considérés comme les services où se pratiquent le plus la corruption. Il y a des raisons objectives d’inquiétudes. Les services de la douane et des impôts sont les principaux collecteurs de fonds pour l’Etat. S’ils sont corrompus, leur travail ne peut se faire qu’au détriment de l’intérêt de la Nation. Il est donc temps de rectifier le tir.

Le Réseau national de lutte anticorruption (REN-LAC) lance un appel sur la nécessité pour les structures de veille et de contrôle du Burkina Faso de renforcer les enquêtes sur les cas de corruption. Ce qui permettrait de documenter l’ampleur des pratiques corruptrices, chiffres à l’appui et d’orienter les actions de lutte.

Le Réseau National de Lutte Anticorruption (REN-LAC)

Source : lepays.bf

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