jeudi, 31 janvier 2013

POLITIQUE

Au Mali, les exactions contre les "peaux claires" réveillent des blessures douloureuses


30/01/2013 à 16h:09 Par Mathieu Olivier

Les Touaregs sont entrés en rébellion depuis des décennies. Les Touaregs sont entrés en rébellion depuis des décennies. © AFP


Les accusations d’exactions contre l’armée malienne se multiplient. Jeudi 24 janvier, deux habitants de Niono auraient ainsi, selon un témoignage, été abattus par des militaires. Deux Maliens "à la peau claire", précise le témoin. Retour sur les précédents historiques qui font craindre le pire.

Alors que l'armée malienne prend, avec l'appui de la France, clairement le dessus sur les rebelles du Nord Mali, les inquiétudes se sont multipliées ces dernières semaines. En représaille à la barbarie des islamistes radicaux, auxquels s'étaient alliés (au début du conflit) les Touaregs du MNLA, des soldats de l'armée malienne ont succombé à l'attrait de la vengeance. « Il y a des exactions à droite et à gauche », explique Florent Geel, directeur Afrique de la Fédération internationale des Droits de l’Homme, contacté par Jeune Afrique, « il y a un ensemble d’agressions à caractères raciales, basées sur la vengeance ou encore le racket ».

Les cibles de ces violences ? Surtout « ceux qui ont la "peau claire" », dit Florent Geel. Jeudi 24 janvier, deux habitants de la région de Niono ont ainsi été abattus par des militaires, qui, du fait de leur couleur de peau, les ont considérés comme « complices des islamistes ». Mais ces tensions ne sont pas nouvelles. Avec la lutte contre les jihadistes, de vieux souvenirs reviennent en mémoire. Retour sur ces événements sanglants, intimement liés aux rébellions touarègues, qui nourrissent les craintes d'un nouveau cycle de vengeance aveugle au Mali.

Le massacre de Léré : 20 mai 1991

C’est sans doute le massacre le plus présent à l’esprit des populations dites « blanches » du Nord du Mali. Alors que l’année 1991 avait commencé avec espoir avec les Accords de Tamanrasset, le village de Léré va être le théâtre de représailles contre les populations touarègues, assimilés aux voleurs de bétail qui sévissent alors près de la frontière mauritanienne.

Le 20 mai 1991, un jeune officier de l’armée, commandant la garnison locale,  décide, en représailles des vols, de rassembler un groupe de vieux marchands arabes et touaregs avec leurs fils sur la place du marché. Au nombre d’une cinquantaine, ils sont tous exécutés et leurs familles retenues en otage pendant plus d’un an. Les populations touarègues et arabes le vivent comme un véritable carnage. En quelques semaines, la moitié d’entre elle s’enfuit en Mauritanie, selon l’Institut des Nations Unies pour la recherche sur le désarmement (Unidir).

Attaques de Gossi et Foïta et détournement de l’aide humanitaire : 14 mai 1992

Un an plus tard, presque jour pour jour, c’est dans les environs de Gossi que se produisent de nouvelles exactions. Le 14 mai 1992, douze Touaregs, travaillant pour une ONG norvégienne, sont assassinés par des militaires. D’abord imputée à des rebelles touaregs, l’attaque du convoi humanitaire a été organisée par la gendarmerie locale, selon le Parlement européen, et sur des bases ethniques.

Pour les députés de Strasbourg, ce massacre participe d’une politique de persécution visant à détourner l’aide humanitaire via l’armée et à éviter la mise en place de tout projet de développement à destination des Touaregs. Alors que, le 17 mai encore, 48 éleveurs touarègues sont tués à Foïta, cette série d’événements provoquent une nouvelle fois la fuite de dizaines de milliers de personnes vers l’Algérie et la Mauritanie.

Aux alentours de Ménaka en 1994

Avec les accords signés au sein du Pacte national, patronnés par l’Algérie, une partie des rebelles touaregs intègre l’armée régulière malienne. Cela n’apaise cependant pas les tensions. Le 21 avril 1994, en représailles à une querelle meurtrière ayant opposé la veille des anciens rebelles « intégrés » et d’autres membres de leur unité, quatre à douze civils touaregs, selon les informations, sont exécutés de manière extrajudiciaire par l'armée.

Selon Amnesty International, ce sont quatre civils, dont une femme âgée, qui ont été abattus. Sept autres femmes, qui s’étaient enfuies, seraient également mortes plus tard sous l'effet de la soif. Suite à une commission d’enquête, les militaires responsables ont été transférés dans une autre caserne. Cependant, aucun n’a été traduit en justice.

Douloureuse mémoire

La situation ne cesse alors de dégénérer. Le 12 juin 1994, sur la route de Ménaka à Andéramboukane, des soldats auraient, toujours selon Amnesty International, procédé à l'exécution extrajudiciaire d'au moins 22 civils maures et touaregs. Dans le même temps, à partir du 12 juin, plusieurs exactions ont lieu à Tombouctou, une nouvelle fois en représailles à des attaques menées précédemment par des « intégrés » à Léré, Gourma-Rharous, Andéramboukane et Tombouctou. On dénombre une cinquantaine de victimes parmi la population à « peau blanche ».

Les années 90 ont tristement marqué les mémoires. Au Sud, suite aux rébellions touarègues successives, une partie de la population s’est mise à considérer le Nord comme une région potentiellement sécessionniste. Dans le Nord, quant à elles, les populations touarègues n’ont pas oublié les épisodes de représailles et d’exactions. Avec la reconquête actuelle du Nord-Mali par l’armée malienne, ce sont bien les vieux démons qui refont surface.

vendredi, 11 janvier 2013

POLITIQUE

Mali : Les hélicoptères français attaquent les islamistes à Konna et Douentza

   

Mali - Bamako le 11 janvier 2013 @ Koaci.com -

De sources militaires maliennes, KOACI.COM apprend ce vendredi matin que l'armée française est rentrée en action dans la nuit de jeudi à vendredi à Konna et Douentza, villes situées dans le centre du Mali, sur la ligne de front qui oppose l'armée du pays et les islamistes.

Selon nos informations, deux hélicoptères français, initialement basés au Burkina Faso voisin ont attaqué les positions des islamistes permettant à l’armée malienne au sol de reprendre progressivement des positions délaissées dans l'après midi au profit des islamistes.

Ces derniers se seraient repliés de l'autre coté de la ligne de front après les bombardements.

L'armée malienne, qui s'était jeudi repliée à Sévaré à 60 km au sud de Konna, s’apprêterait, selon nos informations, à de nouveau affronter les islamistes qui menaceraient de revenir sous peu à la charge.

Pour finir notons que le président malien, Dioncounda Traoré, qui ce jeudi réitérait son appel à l'aide à la communauté internationale et plus particulièrement l'Onu et le France, s'exprimera ce vendredi soir.

Ib

mercredi, 02 janvier 2013

MUSIQUE

Tiken Jah Fakoly sort une chanson pour soutenir le Mali face aux jihadistes


01/01/2013 à 18h:53 Par AFP

Tiken Jah Fakoly, le 26 novembre 2012 à Paris. Tiken Jah Fakoly, le 26 novembre 2012 à Paris. © Miguel Medina/AFP


La vedette ivoirienne du reggae Tiken Jah Fakoly a déclaré mardi à l'AFP avoir sorti une chanson pour soutenir le Mali dans "l'épreuve" face aux jihadistes liés à Al-Qaïda qui occupent sa partie nord de depuis neuf mois.

Le single, intitulé "an ka wili" (mobilisation et galvanisation en langue bambara, une des plus répandues du Mali), est sorti lundi à Bamako et était distribué gratuitement mardi dans le pays. Il dure un peu moins de cinq minutes.

"J'ai sorti ce single pour soutenir le Mali dans l'épreuve. C'est ma manière de dire que si nous ne faisons rien, les villes de Tombouctou, de Gao et de Kidal (les trois plus grandes villes du nord aux mains des jihadistes) ne ferons plus jamais partie du Mali", a dit le chanteur.

"J'en appelle à la mobilisation générale dans le single. Le Mali a connu de grands hommes, de grands empires et il est inimaginable de laisser le pays coupé (en deux) comme c'est le cas aujourd'hui. Il faut que les Maliens comptent d'abord sur leurs propres forces", a-t-il ajouté.

Rassemblement

Tiken Jah Fakoly, un artiste engagé, s'était réfugié au Mali après le début de la crise postélectorale de décembre 2010-avril 2011 en Côte d'Ivoire qui a fait environ 3.000 morts.

Il devait participer lundi soir à Bamako à un rassemblement de jeunes qui voulaient manifester contre l'occupation du nord du Mali par des jihadistes armés.

Mais cette manifestation a été interdite par la police en raison de "risque d'attentats terroristes", ont indiqué mardi les organisateurs et une source policière à l'AFP.