mercredi, 23 décembre 2009
COP15 : L’Incinération de l’Afrique

C’est un accord qui n’est pas contraignant et les grands pollueurs ont libre champ de se donner des marges arbitraires fictives de limite des émissions de gaz à effet de serre qui leur plaisent. Voici donc le monde se comporter comme un procrastinateur qui temporise, diffère et renvoie au lendemain des décisions urgentes à prendre sur le champ : on se donne rendez-vous en décembre 2010 à Mexico City pour la COP16…
Cet accord est loin des expectatives des milliards des habitants de la planète - dont ceux des pays en voie de développement qui constituent le G-77 de l’ONU ; et surtout ceux des Etats insulaires qui verront leurs pays disparaître à la fin de ce siècle, avec le plafonnement hypothétique du réchauffement climatique à 2°C annoncé par Obama. La présidence annuelle du G-77 se faisant par rotation, c’est le Soudan qui assume cette année la présidence de ce groupe - par la voix outragée, à la COP15, du Soudanais Lumumba Stanislaus Di-Aping. La réaction de l’ambassadeur Lumumba Stanislaus Di-Aping à l’accord d’Obama fut acrimonieuse, frisant l’insulte et l’outrage non seulement à chef d’Etat, mais aussi à ceux qui soutiennent que la Shoah est incomparable dans l’histoire de l’humanité.
Voici le florilège des réactions de Lumumba Stanislaus Di-Aping au L9 d’Obama : « On nous demande de signer l’incinération de l’Afrique ». « Cet accord résultera sans aucun doute en une dévastation massive en Afrique et dans les petits Etats insulaires. Il a le plus bas niveau d’ambition qu’on puisse imaginer. Il n’est rien moins que le climato-scepticisme en action. Il condamne des pays dans un cycle perpétuel de pauvreté. Obama a éliminé toute différence entre lui et Bush ». Et, plus ostensiblement, Lumumba Stanislaus Di-Aping a aussi comparé L9 à la Shoah, affirmant que l’accord « est une solution basée sur les valeurs même, à notre avis, qui ont conduit six millions de personnes dans des fours crématoires en Europe ».
Comme l’on peut s’y attendre, cette dernière affirmation de Lumumba Stanislaus Di-Aping a outragé beaucoup de gens. Mais avant de s’outrager, que l’on considère un moment le fait que le stress climatique qui se fait déjà sentir à plusieurs points du globe — dont l’Afrique — a été causé par un réchauffement de la planète de seulement 0,6° C au cours des cent dernières années. Le plafonnement incertain du réchauffement climatique à 2° C proposé par Obama se traduira en fait par la disparition des pays insulaires, l’avancée désertique en Afrique, la rareté de l’eau, la disparition d’une cinquantaine d’espèces animales, des guerres climatiques et hydrauliques et des millions de morts.
Mais revenons à la COP15 et au L9 d’Obama. Les Etats-Unis ne font pas partie du Protocole de Kyoto dont la COP est un mécanisme de mise en œuvre. On s’étonne donc que toutes les nations puissent dépendre d’une feuille de route climatique imposée par ce pays, l’un des deux grands pollueurs de la planète avec la Chine. De plus, où est la transparence et la démocratie dont Obama se fait le chantre lorsqu’on voit cet accord sortir d’un conciliabule entre la Chine et l’Amérique - l’entité « Chimerica » (Chine et Amérique) du Professeur Naill Ferguson ou le « G-2 » de Jacques Attali . Ah, j’oubliais, il y avait aussi l’Inde et l’Afrique du Sud dont les intérêts ne coïncident pas nécessairement avec ceux des autres pays en développement, soit dit en passant, qui servent de couverture à ce diktat du G-2 sur le monde.
Régis Debray dit que les Grecs appellent le Président des Etats-Unis le " Planétarque", c’est-à-dire le monarque planétaire absolu. Cette description a été confirmée le vendredi 18 décembre au Bella Center où les présidents et les chefs du gouvernement du monde, tous assis comme des enfants sages et tétanisés, y compris Dmitri Medvedev, regardaient pérorer Obama qui n’a même pas daigné se mêler à eux. Et le Planétarque est réapparu plus tard lors d’une conférence de presse pour dicter cet accord L9 au monde. Dans son monologue, il a d’abord affirmé ce que l’accord contenait de positif pour son pays : le gouvernement étatsunien est en train de transformer son économie et de sauvegarder des emplois par l’investissement dans l’« économie verte » qui libérera l’Amérique de sa dépendance du « pétrole étranger » ; cet effort illustre le leadership des Etats-Unis de par le monde ; que Copenhague n’est que le commencement d’une nouvelle approche aux problèmes inhérents au changement climatique…
Comme tout Planétarque, Obama vise d’abord les intérêts des multinationales de son pays à qui il donne carte blanche pour leurs activités polluantes et sacrifie des millions d’êtres humains sur l’autel de la religion de l’ultra-néolibéralisme.
Le jeudi 17 décembre à Copenhague, devant une foule de représentants des ONG et de jeunes protestataires venus de tous les points du globe, l’Archevêque Desmond Tutu s’est écrié en ces termes : « Nous savons que plus de 300 000 personnes autour du monde meurent chaque jour de pauvreté causée par des émissions [des gaz à effet de serre] provenant des pays riches. Hello, les riches ! Hello là-bas, hello l’Amérique ! »
L’Ambassadeur Lumumba Stanislaus Di-Aping fait courageusement écho à ce cri d’alarme lancé en plein désert par Desmond Tutu en réservant formellement une fin de non-recevoir à ce plan du Planétarque. Il montre au monde que si l’Afrique n’a pas les moyens d’arrêter l’inexorable, elle a tout au moins la capacité de signaler à l’humanité — à haute voix — qu’on est à bord d’un train emballé dont les freins ont été sabotés par son propre conducteur.
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mardi, 22 décembre 2009
Afrique : la crise remet la décentralisation à l’ordre du jour

Face à la crise, l’accélération du processus de décentralisation s’impose sur le continent africain. « L’urgence d’une réponse africaine et locale a été réaffirmée dans la recherche des "réponses des collectivités locales et régionales à la crise globale " », a souligné la déclaration du cinquième sommet des collectivités locales africaines, Africités 5, qui s’est achevé ce dimanche à Marrakech, au Maroc. Ce n’était pas un coup d’Etat, mais ce sommet avait les allures d’une révolution. Africités 5 a été l’occasion d’envoyer un « message » aux Etats en faveur de plus de décentralisation. « Laissez le pouvoir aux peuples ! », a plaidé le président de Cités et gouvernements locaux unis d’Afrique (CGLUA), le Kenyan Ole Tarayia Kores.
Allouer 10% des ressources de l’Etat aux collectivités locales
En matière de décentralisation, beaucoup d’Etats africains sont attentistes ou craintifs, selon Alioune Badiane, directeur régional pour l’Afrique et les Etats arabes de ONU-Habitat, le programme des Nations Unies pour les établissements humains. Les plus récalcitrants y voient « une perte » de pouvoir alors que la décentralisation est « un élément de politique de développement durable », surtout dans le cadre de la gestion des villes. Si les Etats en définissent les grandes lignes, elles doivent en partager la mise en œuvre avec les autorités urbaines. De même que les ressources publiques. A Marrakech, Alioune Badiane est venu faire un plaidoyer pour obtenir des pays africains qu’ils s’engagent « à donner chaque année 10% de la richesse nationale aux collectivités locales », qu’elles investiraient dans leur développement. « Exceptés le Ghana, précise le responsable onusien, qui est à 7-8%, l’Afrique du Sud (où les cercles concentriques de gouvernance locale) permettent aux autorités locales de mobiliser des ressources, les pays africains consacrent autour de 2 à 3% de la ressource nationale aux autorités locales ». Alors même que le transfert des responsabilités s’accroît. Conséquence : « un double échec dans la mise en œuvre de la décentralisation » parce que les collectivités locales n’ont pas les ressources nécessaires et que les Etats, quand ils transfèrent leurs prérogatives, constatent la carence des autorités locales. L’un des principaux freins à la décentralisation est le manque de ressources d’autant plus que les collectivités locales arrivent difficilement à les mobiliser à leur propre niveau.
Aussi, les Etats souhaitent « élargir » et « approfondir le processus de décentralisation dans lequel tous les pays sont engagés », a indiqué dimanche Hamidou Yaya Marafa, le ministre d’Etat camerounais en charge de l’Administration territoriale et de la Décentralisation et président de la Conférence africaine de la décentralisation et du développement local (Caddel) qui représente les gouvernements centraux. « Il n’y a pas un seul pays africain qui ait remis en cause cette stratégie (…) Il faut l’approfondir avec le maximum d’engagements afin que chaque année, nous puissions constater qu’il y a un pourcentage plus important du budget national, du PIB national qui est géré par les collectivités locales ». Par ailleurs, « contrôle et formation » doivent présider à ce processus qui ne doit pas opposer le développement local et le développement national. « Il faut un Etat fort et il faut des collectivités locales efficaces. », a poursuivi le responsable camerounais. « (Ces dernières) et les gouvernements centraux ont partie liée », a rappelé Jean-Pierre Elong Mbassi, le secrétaire général du CGLUA. Tenter de les opposer, c’est les fragiliser. » Notamment dans la réforme nécessaire de la fiscalité et de la dépense publique en prévision de la mise en œuvre des accords de Doha qui plafonneront à 15% les droits de douane à l’horizon 2020. Des droits qui constituent encore dans beaucoup de pays une part importante des ressources publiques. Les collectivités locales doivent donc travailler en étroite collaboration avec leurs Etats pour assurer les prélèvements les plus économiquement efficaces.
« Si nous voulons une décentralisation opérationnelle (transfert de prérogatives, de ressources et de pouvoir), il est indispensable qu’il y ait des élites locales, a affirmé Hamid Narjiss, président du conseil de la région de Marrakech, en rapportant les résultats des délibérations du sommet . A ce titre, l’accompagnement par l’Etat des élus locaux devient un passage obligé ». Il a ainsi annoncé la création d’un centre d’appui aux collectivités locales africaines qui aura « pour mission le renforcement des capacités, la diffusion des "success stories" et des pratiques de bonne gouvernance ». Une structure qui, espère Hamid Narjiss, « verra le jour le plus tôt possible ». L’objectif affiché des Etats étant, selon Marafa Hamidou Yaya, de rendre les collectivités locales « indépendantes ».
Des autorités locales en quête de plus d’unité
Africités a été également une exortation à l’unité des collectivités locales dont l’organisation souffre encore de quelques dissensions. La question sera l’ordre du jour de la prochaine assemblée de l’organisation qui se tiendra en mars prochain au Nigeria. « Les gouvernements locaux doivent êtres unis parce que nous sommes les représentants du peuple », a insisté le président du CGLUA. D’autant que, selon Alioune Badiane, « les autorités locales africaines ont besoin d’un leadership fort, coalisé, pour faire pression sur les Etats afin que l’esprit et le poids de la décentralisation puissent s’exprimer ».
Une décentralisation, aux yeux de l’ancien président ghanéen Jerry Rawlings qui a pris part au sommet, synonyme de lutte contre la corruption. "La plupart des décisions prises par les autorités locales s’appuient sur les priorités de la communauté", justifie Ole Tarayia Kores. De Rabat, un fonctionnaire peut par exemple décider de la construction d’une route parce qu’il a obtenu un financement dans un village où il n’y a pas de voitures. Alors que la priorité est peut-être dans la construction d’une école. » Dans certaines situations, les collectivités locales, plus proches des populations, peuvent ainsi mieux définir les priorités que le gouvernement central.
La décentralisation est en marche, mais il faudra du « temps », analyse Alioune Badiane parce que « les gouvernements ne jouent pas toujours le jeu » à cause des conflits, des luttes internes de pouvoir ou de la simple frilosité à transférer leurs prérogatives. Si à travers le continent, les progrès sont disparates et les bons élèves ne sont pas monnaie courante – on compte parmi eux des pays comme le Maroc (prix Africités 2009 de la décentralisation) -, Africités, selon le responsable Afrique de ONU-Habitat, demeure « le véhicule le plus dynamique » de la décentralisation. Au Maroc, 3 600 participants dont les élus de 47 pays africains et 34 ministres africains l’ont de nouveau emprunté. Prochaine escale : Dakar, en 2012, pour le sixième sommet des collectivités locales africaines.
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lundi, 23 novembre 2009
Afrique : « L’enfant doit rester au cœur des politiques de développement »

L’ Afrique demeure la région la plus mal lotie au regard des indicateurs concernant les droits des enfants dans le monde. C’est ce qui ressort du rapport sur la situation des enfants dans le monde publié ce jeudi par le Fonds des Nations unies pour les enfants (Unicef), à l’occasion des vingt ans de la Convention internationale des droits de l’enfant. En dépit de son adoption massive, celle-ci n’a pas réussi à atteindre ses objectifs en vingt ans. Les droits des enfants continuent d’être bafoués dans le monde, où un milliard d’enfants sont privés d’un ou de plusieurs services essentiels à leur survie, particulièrement en Afrique. Alors que l’Unicef se félicite de la diminution du taux de mortalité infantile des enfants de moins de cinq ans - il est passé de 90 décès à 65 pour 1000 au niveau mondial -, le chiffre demeure plus élevé en Afrique de l’Ouest et centrale où il est de 169 décès pour 1000 naissances.
« La mortalité infantile reste notre défi numéro un en Afrique », déclare Barbara Bentein, drectrice régionale adjointe de l’Unicef pour l’Afrique de l’ Ouest et du Centre. « Des progrès ont été accomplis dans ce domaine puisqu’il y a vingt ans 206 enfants de moins de cinq ans sur 1000 naissances mourraient. Mais on est loin du compte. Deux millions et demi d’enfants en Afrique de l’Ouest et du centre meurent encore de maladies bénignes ou lors d’accouchements. Des morts que l’on pourrait facilement éviter », ajoute-t-elle.
L’enfant doit être une préoccupation majeure des politiques de développement
Selon Barbara Bentein, la Convention a été un moteur de changements politiques, sociaux et culturels sur le continent. Elle a permis à l’enfant, « tout être humain âgé de moins de dix-huit ans », de se voir reconnaître un statut juridique dans chacune des Constitutions nationales des pays signataires. « La Convention a modifié les regards que les gens portaient sur l’enfant. On a reconnu une spécificité de l’enfant. Il y a vingt ans, il y avait peu de programmes destinés à les protéger contre la malnutrition, les conflits, les mutilations génitales. Aujourd’hui, les ONG, les institutions internationales et les États travaillent de concert en ce sens », explique-t-elle.
Comme le mentionne le rapport, certains États africains ont largement contribué au recul de la mortalité infantile dans leurs pays grâce à des politiques nouvelles centrées davantage sur l’enfant. Le Niger a ainsi instauré la gratuité des soins pour les jeunes de zéro à cinq ans depuis 2007, réduisant de 40% le taux de mortalité des enfants de moins de cinq ans. Le Bénin a de son côté vu sa mortalité infantile diminuer de 35% depuis vingt ans. Des avancées de taille rendues possibles par les politiques sociales menées par ces États.
La nécessité de services sociaux de santé et d’éducation
Bien qu’infimes comparées aux autres régions du monde, l’amélioration de la situation des enfants sur le continent sont dues aux efforts des États en matière de programmes sociaux. Le Ghana a ainsi lancé une importante série de mesures sociales complémentaires adressées aux familles les plus vulnérables pour protéger femmes et enfants. Suppression des frais médicaux pour les jeunes enfants, facilitation d’accès à une assurance santé, système de transfert d’argent aux familles les plus démunies, des mesures efficaces qui portent aujourd’hui leurs fruits.
S’il s’avère que ces mesures sont exemplaires, Barbara Bentein souligne qu’elles devraient se multiplier dans les années à venir, ce qui signifie prendre le contre-pied les Politiques d’ajustement structurel (PAS) imposées par les institutions financières internationales dans les années 80. « Le Fonds Monétaire International (FMI) et la Banque Mondiale (BM) ont appris de leurs erreurs, des effets néfastes causés en Afrique par les PAS. Et la crise financière montre de nouveau les limites de leurs positions passées. Il faut des services sociaux de santé et d’éducation pour améliorer concrètement le quotidien des enfants dans ces pays », estime la directrice régionale adjointe de l’Unicef.
En attendant, il s’agit pour les organisations internationales, les Etats et les ONG de consolider leurs stratégies centrées autour des besoins de l’enfant, comme le préconise le rapport de l’Unicef. Mais le manque de financement, accru par la crise financière de 2008 et la diminution de l’aide au développement, pourrait bien venir assombrir l’horizon de la Convention internationale des droits de l’enfant. Signée à ce jour par 193 états, soit l’ensemble des pays du monde, excepté les États-Unis et la Somalie, elle a été adoptée le 20 novembre 1989. La Convention est le traité le plus ratifié au monde.
Source : afrik.com
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vendredi, 06 novembre 2009
L'Union Européenne suspend son aide au développement
L'UE considère le référendum emporté par Mamadou Tandja comme illégal© AFP Cette aide s'élevait à près d'un demi-milliard d'euros sur 5 ans. L'UE demande le "retour à l'ordre constitutionnel".
L'Union européenne (UE) a suspendu son aide au développement au Niger et donné un mois aux autorités de Niamey pour ouvrir des "consultations" en vue d'un retour à "l'ordre constitutionnel" , a-t-on appris vendredi auprès de la Commission européenne.
"La Commission européenne et les pays de l'UE ont demandé des consultations avec les autorités du Niger", a indiqué à l'AFP le porte-parole de la Commission pour les questions d'aide au développement, John Clancy.
L'aide humanitaire "pas affectée"
En attendant le résultat de ces consultations, l'UE a suspendu son aide qui s'élève à 458 millions d'euros pour la période 2008-2013. En revanche, "l'aide humanitaire n'est pas affectée par cette suspension", a précisé M. Clancy.
"Nous espérons que ces consultations auront un effet positif pour toutes les parties offrant une feuille de route claire pour le retour de l'ordre constitutionnel au Niger", a ajouté le porte-parole.
Dans une lettre conjointe adressée mardi au président Mamadou Tandja, dont l'AFP a pris connaissance, le président de la Commission européenne José Manuel Barroso et le ministre suédois des Affaires étrangères Carl Bildt, au nom de la présidence suédoise de l'UE, ont exprimé leur "profonde préoccupation" face à la situation politique au Niger et demandé "un retour à l'ordre constitutionnel dans les meilleurs délais".
L'UE avait déjà suspendu une aide de 180 millions d'euros
Qualifiant de "violation de la constitution" le référendum du 4 août dernier, grâce auquel M. Tandja a obtenu une rallonge de trois ans au pouvoir après 10 ans à la tête du pays, l'UE a décidé de recourir à l'article 96 des accords de Cotonou, qui traite du non respect des critères démocratiques et de défense des droits de l'Homme.
Cet article 96 de l'accord signé en 2000 entre l'UE et les pays Afrique/Caraïbes/Pacifique prévoit en dernier ressort, en cas d'échec des quatre mois de discussions prévues, la possibilité d'une suspension de la coopération communautaire.
L'UE avait déjà suspendu une aide budgétaire de 180 millions au Niger pour protester contre le référendum du 4 août.
Le 20 octobre, Niamey avait organisé des législatives controversées et boycottées par l'opposition, qui avaient entraîné sa suspension de la Communauté économique des Etats d'Afrique de l'Ouest (Cédéao) pour violation des textes communautaires sur la démocratie.
18:50 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : niger, ue, mamadou tandja, référendum, développement
jeudi, 05 novembre 2009
Le design pour développer l’artisanat nigérien

Des poteries habillées de délicats justaucorps en vannerie, du linge de maison savamment teint et rehaussé de fines croix de Tahoua, des sacs et housses de cuir décorés de motifs touaregs brodés... Des objets aux formes harmonieuses et modernes, nés de la rencontre inédite de trente-cinq artisanes du Niger, héritières de traditions centenaires, et de la créatrice de mode et designer française Katherine Pradeau [1]. « On a beaucoup échangé entre femmes, sur leur savoir-faire, pour l’améliorer tout en gardant leurs techniques ancestrales et leur identité, mais en innovant. », explique celle qui a dispensé une formation pendant deux mois à Niamey.
L’objectif affiché de Katherine Pradeau et d’Aïchatou Kané, la coordinatrice du Salon international de l’artisanat pour la femme (Safem) qui l’a sollicitée : « ouvrir de nouveaux marchés » aux artisanes nigériennes. Leurs créations se vendraient davantage en Occident si elles innovaient et s’adaptaient aux besoins et exigences du marché, estiment-elles. La méthode employée pour faire émerger du neuf de pratiques anciennes : le dialogue, la réflexion, l’échange entre des artisanes issues du même pays mais qui n’avaient jamais travaillé ensemble. Ainsi, Adi Idi Foda, potière de Miria, a dû inventer de nouvelles formes et s’associer à Ahi Ousmane, une vannière de Difa, une autre localité du Niger. Daro Bermini et Absatou Himadou, brodeuses d’ethnies peulh bororo et haoussa ont dû partager leurs connaissances. « Je suis très contente qu’Absatou m’ait appris ce qu’elle sait et de faire des choses que je n’avais jamais réalisées, comme la broderie sur les draps », confie Daro. Toutes les artisanes ne réussissent cependant pas l’exercice avec la même facilité, « certaines sont difficiles à faire évoluer, révèle Katherine Pradeau, et ce sont surtout les maroquinières et les potières qui sont les plus créatives ».
Une créativité et une authenticité qui plaisent à Laurence Vêne, responsable de Jasuka, une galerie qu’elle a créée à Paris, en 2007, et dans laquelle elle expose de l’art du Niger et d’Amérique latine. Eblouie par les objets présentés dans le pavillon Wouro Debbo (maison de la femme en fulfuldé), elle en a déjà inscrit plusieurs à son catalogue. « Les savoir-faire se perdent, surtout les motifs traditionnels, et c’est ça qui est recherché par les Européens, explique Katherine Pradeau. Donc il est nécessaire d’insuffler la volonté de préservation tout en encourageant l’innovation. » Une leçon qu’a bien apprise Abdoulrazac, 14 ans, le fils d’Adi, la potière de Miria, qui brandit fièrement l’une de ses créations : une poterie en forme de cheval, une figure en voie de disparition que son oncle réalisait autrefois.
De la suite dans les idées
Les artisanes qui ont participé à l’expérience espèrent en tirer profit financièrement. Elles vivent chichement de leur art qu’elles pratiquent durant le peu de temps qu’il leur reste après l’accomplissement de leurs nombreuses tâches domestiques. « Mon rêve, c’est que mes collections touchent plein de personnes qui les achèteront », déclare Adi. Ses consœurs espèrent aussi que cette expérience n’est qu’un début et que d’autres tout aussi enrichissantes suivront. « On est très contentes d’avoir eu cette formation, confie Zéli Hatou, une brodeuse d’Agadez, mais le problème c’est qu’il n’y a pas de suivi. Et sans suivi, on ne voit pas où la formation va aller. » Et Zéli de dresser la liste des lacunes qu’elles voudraient combler. « Par exemple, on aimerait apprendre la gestion. Par exemple encore, à Agadez, on n’a nulle part où vendre en grande quantité. Et notre cuir, il n’est pas d’assez bonne qualité, il sent, donc il faudrait qu’on apprenne à améliorer nos teintures… »
Selon Katherine Pradeau, il faudrait créer « un groupement pour qu’elles soient guidées pour produire en respectant les exigences et les délais des normes internationales ». Une structure dont l’Etat soutiendrait la réalisation, parce qu’« on ne peut pas demander aux artisanes de tout faire : la gestion, la commercialisation, la communication, alors qu’elles sont le plus souvent analphabètes ». En attendant que les autorités nigériennes ne daignent faire ce pas, ce sont les artisanes nigériennes qui, samedi soir, offriront leur content de rêve aux spectateurs présents à la soirée de gala du Safem 2009. Une soirée qui aura pour thème « la tenue traditionnelle adaptée aux besoins du monde moderne », et au cours de laquelle seront présentés au public, lors des défilés de mode, nombre des objets et accessoires qu’elles ont mis tant d’énergie et de talent à accoucher.
Lire aussi :
SAFEM : l’autonomie de la femme africaine par l’artisanat
Le commerce équitable, une alternative pour les artisanes africaines ?
[1] Katherine Pradeau a découvert le Niger en 2000, après avoir répondu à une invitation du styliste Alphadi, à l’occasion du Festival international de la mode africaine (Fima) dont la septième édition vient de s’achever. Depuis, elle vient régulièrement dans ce pays où elle collabore avec des artisans locaux pour réaliser ses collections.
20:03 Publié dans CULTURE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : france, niger, artisanat, commerce, développement, safem
mercredi, 28 octobre 2009
L’excès d’enseignants contractuels, plaie du système scolaire africain

Plus que quatre millions d’enseignants supplémentaires en Afrique, et on arrivera à atteindre le seuil d’Education pour tous (Ept) d’ici à 2015. Depuis 2000, date à laquelle ont été énoncés les Objectifs du millénaire pour le développement (OMD) et ceux de l’Ept, les gouvernements africains essaient de rattraper à grands pas leur retard pour approcher au mieux les impératifs onusiens, allant jusqu’à sortir l’artillerie lourde pour multiplier leurs effectifs d’enseignants. Au centre de ce stakhanovisme de l’éducation en marche, le processus de contractualisation des enseignants s’est développé dans l’ensemble des pays du continent depuis une dizaine d’années.
Au lieu de passer les concours organisés par les Ministères de l’Education, il a été octroyé aux candidats au métier d’enseignant le droit de se présenter directement aux écoles, pour être embauchés par elles, sous condition de détenir au moins un diplôme, Bac, brevet ou CAP. Destiné au départ à enrayer les disparités territoriales liées au manque d’instituteurs dans les localités rurales reculées, le recrutement de contractuels est vite devenu affaire courante dans les villes et les capitales africaines. Formation de courte durée, rémunérations au rabais et recrutement aléatoire, ces enseignants, ne coûtant presque rien aux Etats, se sont multipliés. A tel point qu’aujourd’hui, le nombre d’enseignants contractuels viendrait à dépasser le nombre d’enseignants fonctionnaires dans plusieurs pays comme le Mali et le Sénégal, deux pays habitués chacun aux grèves récurrentes de leurs professeurs.
Réunis depuis ce mardi à Bamako, des experts internationaux du système éducatif africain entendent trouver une solution aux effets pervers de cette contractualisation effrénée qui, en dépit de la multiplication du nombre des enseignants, a entraîné une diminution de la qualité du savoir dispensé aux élèves des écoles primaires et secondaires. A l’échelle du pays, ces enseignants contractuels, de niveau d’études différent ont accru les disparités de programme et de contenu entre les écoles. « Le problème majeur de ces enseignants contractuels est leur formation, explique l’Administrateur de programme de l’Union Africaine Mohamed Chérif Diarra. Ils n’ont pas été formés à l’Ecole normale [établissement de formation des maîtres], ils ont suivi des programmes spéciaux de quelques semaines pas plus. Le niveau de ces enseignants est donc très faible et le savoir qu’ils inculquent à nos élèves l’est tout autant ! Il nous faut réagir ! ».
Les Politiques d’ajustement structurel en cause
Opérées dans les années 1990, les réformes institutionnelles de décentralisation et déconcentration en Afrique ont engendré des transferts de compétences concernant le recrutement des maîtres, passé du niveau national à celui des localités. En 2003, le Mali a entamé sa politique de décentralisation. Or, le transfert de certaines compétences de l’Etat aux collectivités locales, dont fait partie la formation des enseignants, ne s’est pas accompagné d’un transfert de ressources financières suffisantes, entraînant la précarisation installée de ces enseignants contractuels. « Les contractuels vivent dans des conditions de travail difficiles, ils ne savent pas de quoi sera fait l’année scolaire qui suit. Ils sont en outre nettement moins bien payés que leurs collègues fonctionnaires », note Mohamed Chérif Diarra.
Selon cet expert, la situation des pays africains francophones, anglophones et lusophones concernant les enseignants contractuels varierait en fonction des niveaux de déconcentration et décentralisation des Etats. Un pays fortement centralisé ayant à ce jour un nombre d’enseignants contractualisés moindre qu’un pays où la décentralisation est forte comme au Nigeria, fondé sur un système fédéral.
« Ce sont les Politiques d’ajustement structurel (PAS) imposées par la Banque mondiale et le Fonds monétaire international qui sont à l’origine de ces problématiques. En coupant les financements aux ministères de l’Education de nos pays africains, en imposant une réduction drastique des Ecole normales, et, effet cynique, en mettant à la retraite anticipée les enseignants qualifiés, ils nous ont fait perdre un réservoir important de savoirs et ont provoqué cette situation », souligne Mohamed Chérif Diarra.
Renouveler le recrutement des enseignants, une nécessité
Organisée par l’Association pour le développement de l’éducation en Afrique (ADEA), la Conférence Bamako +5, la deuxième du genre après celle de 2004 sur le même thème, devrait se focaliser en cette édition sur les moyens de renouveler le recrutement des enseignants contractuels. « Ces enseignants doivent être suffisamment formés afin d’être en mesure de dispenser un enseignement de qualité. C’est ce défi majeur que cherche à relever cette conférence », précise Ousmane Saïd Cissé, Conseiller technique du Ministère de l’éducation malien, co-organisateur. A la nécessité d’un recrutement de qualité, il faut ajouter la titularisation des enseignants, gage d’une pérennité de leur statut et par là même, d’un intérêt plus vif pour leur métier. Depuis le début de l’année, le Mali a entamé une réforme du statut des enseignants contractuels qui a abouti à l’intégration des contractuels dans le corps des fonctionnaires des collectivités locales. Une idée qui devrait fortement intéresser la vingtaine de représentants de gouvernements africains venus assister à la Conférence.
La titularisation des enseignants contractuels demeure la solution la plus appropriée pour répondre actuellement à leurs problèmes. Mais c’est une solution onéreuse qui pourrait coûter jusqu’à 8 milliards de dollars par an, selon l’UNESCO. « Une nécessité absolue », estime Mohamed Chérif Diarra.
Mardi 27 octobre 2009, par Lola Simonet
Source : afrik.com
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Intégration euro-méditerranéenne : les TIC pour un développement économique et social cohérent et durable

Le développement économique conditionne la réussite de l’UPM
Si la résolution des clivages politiques qui pèsent sur l’UPM semble être, pour l’heure, une vue de l’esprit, l’espace euro-méditerranéen n’en regorge pas moins de ressources très prometteuses qu’il faut valoriser. A l’image de la construction européenne, un projet de l’envergure de l’UPM ne peut réussir, du moins dans un premier temps, qu’économiquement. Il faut alors renforcer prioritairement l’investissement dans la technologie et les compétences pour bâtir des infrastructures qui encadreront efficacement le développement économique et la circulation de l’information, de la connaissance.
Véritable vecteur de progrès, les technologies de l’information et de la communication (TIC) ne connaissent pas les aléas de la politique et permettent – de façon concrète – de rapprocher les pays, de favoriser les échanges et de réduire le fossé économique et numérique entre les deux rives de la Méditerranée et au sein même des pays. Des projets particulièrement innovants ont vu le jour, comme le projet EOMED (Espace numérique ouvert pour la Méditerranée) pour la construction d’une communauté du savoir visant à mutualiser et à valoriser les ressources numériques dans le domaine de la culture, de la formation, de l’innovation et de la recherche.
L’approche économique met en évidence l’atout que représente l’UPM pour de nombreux pays, y compris au-delà de l’espace euro-méditerranéen. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : avec 7 % de la population mondiale, les deux rives de la Méditerranée produisent à elles seules 15 % des richesses annuelles mondiales et assurent 16 % des échanges, représentant ainsi le 1er PIB de la planète.
Les TIC catalyseur de développement économique et humain
La corrélation entre les investissements dans les TIC et le développement est évidente. Les pays de la rive Sud ont à ce titre mis en place des politiques gouvernementales ambitieuses, de l’initiative « Génie » au Maroc pour généraliser l’usage des TIC dans l’éducation d’un pays dont le taux d’illettrisme frôle les 40 % au programme « e-Algérie 2013 », en passant par le programme « i2010 » en Turquie pour l’innovation technologique et l’accès aux technologies dans le cadre d’un espace européen unique de l’information.
Ces politiques ont permis l’émergence de technopoles spécialisées comme le Smart Village égyptien, pôle fédérateur de technologies de pointe reconnu, ou le CasaNearshore Park marocain, haut lieu de l’externalisation de services, devant générer 30 000 emplois et permettre la formation de 10 000 ingénieurs et 22 000 diplômés dans les métiers de l’Offshoring.
La généralisation des TIC dans les pays où la population est jeune est un axe stratégique – voire vital – de développement. Il s’agit non seulement de construire une économie fondée sur la connaissance et intégrée intelligemment aux marchés de la Rive Nord, mais aussi et surtout d’offrir une perspective d’avenir à la jeune génération des pays en voie de développement, désireuse d’accéder elle aussi aux nouveaux outils de communication que la mondialisation a mis sur son chemin.
Les TIC sont finalement un catalyseur de développement économique et humain. Elles peuvent offrir aux acteurs actuels et à venir de l’Union pour la Méditerranée des bénéfices qui redéfiniront profondément les relations entre les pays mobilisés et poseront les bases d’une union euro-africaine, prolongement naturel de l’intégration euro-méditerranéenne.
Le développement durable, une étape urgente pour un développement économique et social cohérent
L’Union pour la Méditerranée a défini sept domaines concrets d’action prioritaires : la dépollution de la Méditerranée, les autoroutes maritimes et terrestres, le développement de l’énergie solaire, l’enseignement et la recherche, la gestion de l’eau, la protection civile et le développement des Petites et Moyennes Entreprises.
La plupart de ces domaines accordent une place centrale à la question environnementale, alors que la réunion des ministres des pays de l’UPM de juin dernier actait la relance du projet par des initiatives allant dans ce sens. La prise en compte des défis liés au réchauffement climatique et à la gestion des ressources naturelles est en effet capitale. Elle conditionne, dans un contexte où les obstacles aux objectifs de l’UPM sont nombreux, le développement économique et social des pays du pourtour méditerranéen. Elle permet en outre de prendre la mesure de l’urgence qu’il y a à s’atteler à la tâche et à démontrer aux citoyens l’intérêt d’un tel processus.
Les TIC sont un outil indispensable pour répondre efficacement aux enjeux de développement durable de l’intégration euro-méditerranéenne. Elles peuvent prendre le devant d’une économie à faible impact environnemental et dynamiser le changement socio-économique, en initiant de nouvelles approches dans des domaines variés, comme l’énergie, la construction, les échanges, etc. De nouveaux usages verront le jour : le télétravail, la dématérialisation, la simplification administrative, l’homogénéisation et l’informatisation des processus.
La notion de « développement durable » prend ici pleinement son sens : assurer la durabilité du développement économique et social dans un environnement de plus en plus sollicité par la croissance démographique, la hausse du niveau de vie, etc. La dynamique du changement impliquée dans l’idée d’un développement « durable » de l’Euro-Méditerranée profitera ainsi non seulement à l’économie, à la société et à l’environnement, mais aussi et surtout au citoyen.
Mardi 27 octobre 2009, pour l'autre afrik
Source: afrik.com
10:18 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : algérie, egypte, maroc, tunisie, union européenne, développement, informatique, ntic, union pour la méditerranée, upm
samedi, 17 octobre 2009
Le Sahel peut nourrir les Sahéliens

« Il y a une urgence ! C’est une véritable catastrophe planétaire. Aujourd’hui, plus d’un milliard de personnes souffrent chroniquement de la faim dans le monde. Si ça continue comme ça, nous n’atteindrons pas les Objectifs de développement du millénaire (ODM) ! », déclarait ce mercredi le représentant de la FAO Mehdi Dressi, en marge d’un Forum multipartenaire organisé par l’association Alliés en préparation de la Journée mondiale de l’alimentation le 16 octobre. S’il est vrai que cette prédiction alarmante a du vrai, il est aussi des paramètres qui portent, fort heureusement, à garder espoir. Des expériences qui tendent à prouver que même les populations des pays les plus pauvres, les plus endettés et arides, peuvent atteindre, avec une certaine organisation et une grande volonté politique, le seuil de la sacro-sainte « sécurité alimentaire ». Afrique Verte est une de ces expériences. Organisation non gouvernementale française, elle intervient dans les pays du Sahel que sont le Niger, le Burkina Faso et le Mali, pays fréquemment touchés par la sécheresse et la famine.
La circulation des produits agricoles, gage de l’accès aux aliments
D’après les statistiques agricoles nationales des trois pays sahéliens de 2002 à 2006, la couverture moyenne des besoins alimentaires des populations par la production céréalière était de 116% au Burkina Faso, 94% au Mali et 99% au Niger, des chiffres relativement bons voire excédentaires qui n’ont pourtant pas réussi à empêcher les insuffisances alimentaires et les famines durant ces années. En cause, une mauvaise répartition des céréales et terres arables sur le territoire et la faiblesse de la circulation des produits. Les raisons d’être de l’action d’Afrique Verte au Sahel. « Nous intervenons au niveau du trafic des produits agricoles pour acheminer les céréales depuis les zones excédentaires du Sud, plus vert et agricole, vers les zones du Nord en demande, qui sont traditionnellement des régions pastorales », résume Nicolas Lebeurier, Responsable communication et partenariats d’ Afrique Verte.
Persuadée que les Sahéliens peuvent nourrir le Sahel, Afrique Verte facilite ainsi depuis bientôt vingt ans les échanges locaux entre les paysans, pour trouver des débouchés et écouler leurs productions :mil, maïs, sorgho, riz, fonio...
Soutien aux groupements féminins de transformation céréalière
Les groupements d’intérêts des femmes du Sahel ont comme les producteurs, un rôle essentiel dans la filière céréalière. Elles interviennent notamment au niveau de la commercialisation des céréales et de leurs débouchés. « Avec l’urbanisation, les habitudes alimentaires ont changé. Avec les horaires de bureau, la préparation des repas doit être rapide. Cela a entraîné des cas de malnutrition et de sous-alimentation dans les villes », explique Nicolas Lebeurier. Pour inverser la tendance, des commerçantes se sont donc mises à transformer elles-mêmes les céréales qu’elles achetaient, en produits à valeur ajoutée. « A partir des céréales, les femmes produisent du couscous arabe, de la pâte, de la farine de mil, de sorgho, de maïs, ce qu’on appelle produits transformés », précise la Responsable de l’appui aux femmes de Bamako, Adama Aïssa Tall Coulibaly, membre de l’AMSSA, filiale malienne d’Afrique Verte.
Les salaires de ces « transformatrices », comme on les appelle, sont comparables à ceux de cadres maliens : plus de 150 000 FCFA (deux cents euros) par mois, de quoi enrichir considérablement le quotidien de ces femmes et de leur famille. « Elles occupent une position sociale de choix au sein de leur famille, auprès de leurs proches, mais aussi au sein de leur communauté », affirme Adama Aïssa Tall Coulibaly. « Certaines femmes ont désormais les moyens de participer activement au développement de leur village d’origine, où elles financent par exemple des puits. Elles accèdent ainsi à un rôle de leadership social et communautaire qui en a mené quelques-unes en politique notamment » ajoute-t-elle.
Au-delà des satisfactions personnelles qu’elles tirent de leur travail, ces femmes contribuent à assurer la souveraineté alimentaire de leur pays. « Au final, les consommateurs qui achètent des produits transformés à ces femmes, achètent des céréales locales et c’est tout le pays qui y gagne en assurant sa souveraineté alimentaire », conclue le Responsable communication d’Afrique Verte Nicolas Lebeurier.
Selon ses représentants, Afrique Verte et ses filiales au Mali, Niger et Burkina Faso, ont permis l’échange de 26 000 tonnes de céréales au cours de la campagne agricole 2003-2004. Une action qui a favorisé jusqu’ici un commerce équitable Sud-Sud en permettant d’une part aux opérateurs d’accéder à des marchés et d’autre part d’améliorer concrètement la sécurité alimentaire dans les zones déficitaires, rurales et urbaines. Or, comme la plupart des ONG, l’association et ses filiales africaines ne roulent pas sur l’or. Le manque de fonds demeure encore le principal frein à l’accès à la souveraineté alimentaire de certains pays. La Journée mondiale de l’alimentation peut-elle y changer quelque chose ?
Vendredi 16 octobre 2009, par Lola Simonet
Source: afrik.com
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Les NERICA, un espoir pour la sécurité alimentaire ?
12:00 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : afrique de l’ouest, burkina faso, mali, niger, agriculture, association, développement, femmes, afrique verte, sécurité alimentaire
lundi, 05 octobre 2009
PNUD : « Les migrants contribuent grandement à l’activité d’un pays »
Le rapport 2009 du PNUD est consacré à l’étude des migrations et du développement humain© DR Le rapport 2009 du Programme des Nations unies pour le Développement (PNUD) est consacré à l’étude des migrations et à leur impact sur le développement humain. A l’occasion de sa publication le 5 octobre, Papa Seck, analyste politique qui a contribué aux recherches et à la rédaction du rapport, nous livre son expertise sur les tendances des phénomènes de migration, notamment en ce qui concerne l’Afrique.
Jeune Afrique : Pourquoi avoir choisi la thématique de l’émigration et de l’immigration ?
Papa Seck : Il s’agit d’un phénomène important sur le plan mondial ; il est notamment particulièrement d’actualité en Afrique. C’est une première pour le PNUD, qui n’avait encore jamais abordé ces questions en profondeur, de choisir de les analyser. Le rapport présente un bref historique des phénomènes migratoires depuis 1900, puis se concentre ensuite sur la période de 1960 à nos jours, avant de présenter quelques considérations sur leur évolution future.
Après un an d’enquête, quelles grandes lignes dégage votre constat ?
En premier lieu, nous constatons que l’immigration interne domine, tous pays et toutes régions confondues, puisqu’un milliard de personnes émigrent, dont les trois quarts en interne. Pour l’Afrique, nous remarquons que les migrants restent dans le continent, et se rendent seulement dans un pays autre. Plus précisément, c’est la migration inter-régionale qui prévaut. Par exemple, les flux migratoires en direction de l’Afrique du Sud proviennent essentiellement du Malawi et du Zimbabwe voisins. Et, de manière inversement proportionnelle à la médiatisation qui en est faite, seulement 1% des Africains vivent en Europe.
Quelles sont les principales raisons qui poussent les populations à quitter leur pays ?
Elles peuvent se résumer tout simplement par la recherche d’une vie meilleure. En Afrique, cela se traduit par exemple par la fuite devant les conflits armés, mais aussi face à la détérioration du climat et notamment la désertification. Les départs sont poussés par la recherche d’opportunités meilleures. En fait, le déclencheur de l’émigration n’est autre que la mauvaise répartition de ces opportunités à la surface du globe. Par exemple, au Ghana, un infirmier gagnera en une année l’équivalent de 2 500 dollars américains. Alors qu’au Royaume-Uni il sera payé 30 000 dollars ! De même, un infirmier pourra tripler son salaire en quittant le Malawi pour l’Afrique du Sud…
Le PNUD estime que les migrations présentent des aspects positifs pour le pays d’origine comme pour celui de destination. Pouvez-vous développer cette idée ?
Contrairement à ce qui est admis, les migrants contribuent grandement à l’activité d’un pays et n’encombrent pas le marché du travail. L’enquête a révélé une amélioration du taux d’investissement des entreprises en corrélation avec l’immigration. D’autre part, les migrants les moins qualifiés, qui ont un faible impact sur les finances publiques, occupent des postes différents de ceux des locaux. C’est le cas par exemple dans la migration saisonnière, à l’occasion de la cueillette du raisin en Californie. Ces migrants ont un apport positif, puisqu’ils font un travail que les Californiens n’auraient pas fait. Par ailleurs, un autre gain pour les pays de destination réside dans l’échange culturel indéniable.
Quelles sont les recommandations du PNUD pour améliorer l’équation « migration-développement humain » ?
La migration améliore la vie de millions de personnes à travers le monde. Mais elle est complexe, et dépend de beaucoup de facteurs qui en affectent le résultat. La liberté des migrants est souvent très limitée. Nous proposons des axes de réforme afin que les pays de départ comme ceux d’arrivée bénéficient pleinement des retombées de la migration.
- Ouvrir davantage et mieux les canaux d’entrée existants, surtout en ce qui concerne les populations les moins qualifiées
- Mettre en place des politiques qui respectent les droits fondamentaux des migrants, et pour cela appliquer les six traités internationaux sur les droits humains, qui sont pourtant ratifiés par 133 pays
- Réduire les coûts de transaction, en simplifiant l’accès aux documents officiels (les visas, passeports, livrets de familles et actes de naissance) et l’accès aux informations
- La migration joue un rôle important dans le développement, mais ne doit pas constituer en soi une politique de développement ou compenser les retards de développement d’un pays.
Plus largement, un des piliers de ces réformes consiste à encourager la régularisation des situations de certains migrants, installés depuis longtemps dans un pays et qui en respectent les lois et le fonctionnement. Et bien sûr, il faut garder à l’esprit que la migration irrégulière suscite les débats, mais ne constitue qu’une infime partie des déplacements.
17:38 Publié dans SANTE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : santé, développement, pnud, migration, papa seck
vendredi, 31 juillet 2009
Le lobby écolo-agricole occidental veut-il la mort de l’Afrique ?
L’aide aux pays pauvres est une duperie

Par Carlo Lottieri, professeur de philosophie politique à l’Université de Sienne en Italie et directeur de l’Institut Bruno Leoni.
A l’encontre de ce discours à la mode, il faut répéter que l’aide aux pays pauvres est une duperie. Il s’agit tout simplement d’une fausse générosité financée aux dépens d’autrui (les contribuables des pays occidentaux) qui se transforme immédiatement en un solide soutien à des régimes qui ont déjà fait trop de mal.
Le sentimentalisme irrationnel que les chefs d’État de l’Occident ont exploité pour imposer la logique des aides internationales a tout simplement financé des gens comme Jean-Bédel Bokassa ou Idi Amin Dada : les politiciens occidentaux se sont auto-congratulés de ces décisions, mais la conséquence a été de multiplier les souffrances en Afrique. Dans le bavardage quotidien qui domine souvent la presse occidentale, la rhétorique des aides est toujours destinée à être préférée aux choix politiques responsables, qui visent à respecter la dignité des femmes et des hommes de l’Afrique, en leur permettent d’avoir une réelle opportunité de croissance.
Par ailleurs, même si toutes les ressources destinées aux gens pauvres de l’Afrique étaient effectivement affectées aux populations dans la détresse, il y aurait très peu – pour les gouvernements occidentaux – de quoi être satisfaits : au cours de l’histoire on a en effet du mal à repérer un seul exemple d’une région qui se soit développée grâce aux aides venant de l’étranger. Au contraire, l’aide d’Etat crée toujours une dépendance et étouffe tout penchant à créer, travailler, imaginer de nouvelles initiatives et prendre des risques. Encore une fois, l’aide des Etats riches aux Etats pauvres a souvent l’effet de renforcer des régimes oppressifs, en leur offrant l’opportunité d’accroître encore plus le contrôle qu’ils exercent sur la société, la circulation des idées, et la vie économique.
Pour les occidentaux, il n’y a pas de raison de croire qu’on puisse se donner bon conscience en répétant des programmes qui ont déjà échoué par le passé : on enlève un peu d’argent aux pauvres des pays riches pour le donner aux riches des pays pauvres (comme avait coutume de le dire l’économiste anglais et grand spécialiste de ces problèmes, Peter Bauer). Tout cela peut suffire à se sentir bons et généreux, mais cela n’aide pas les gens dans la misère, parce que pour intervenir de manière efficace il faut surtout donner plus d’opportunités aux individus et aux communautés africaines. Il est donc important de comprendre les principaux problèmes de cet univers et intervenir avec le plus grand courage.
Contrairement à ce que disent les protectionnistes en Europe, il serait beaucoup plus sérieux – dans le but de promouvoir le développement de l’Afrique – d’abolir toute forme de protectionnisme et ouvrir la porte à une intégration croissante des économies. Mais tout cela ne plait pas à ceux qui tirent d’énormes avantages de la fermeture des marchés les plus riches et même aux militants de l’écologie anti-libérale comme le célèbre José Bové. Dans une interview très récente (http://www.euractiv.fr/environnement/article/jose-bove-on-ne-peut-pas-de...), le député français au Parlement européen a farouchement défendu les subventions destinées aux agriculteurs européens : un système qui pourtant empêche les producteurs d’autres pays de vendre leur produits sur le marché italien, français, anglais etc. Selon M. Bové, « le marché mondial n’est pas une réponse à l’alimentation » parce qu’il met en risque la position, l’état de perfusion, des paysans européens et de toute la bureaucratie qui s’engraisse aux dépens de l’économie du Tiers Monde, des contribuables et des consommateurs occidentaux.
La politique économique agricole de l’Union européenne dévore plus du tiers du bilan de cette institution, mais ce qui est pire est qu’elle empêche les consommateurs des 27 pays qui composent l’Union de s’adresser aux producteurs africains, asiatiques, etc. Les conséquences sont néfastes pour tout le monde - même pour les agriculteurs français ou italiens, qui, au cours des dernières décennies, ont perdu leur qualité d’entrepreneurs et leur capacité d’être efficaces, alimentés par les subsides publiques.
Pour vaincre cette bataille, il faut une alliance entre les consommateurs et les contribuables de l’Occident et les agriculteurs et les entrepreneurs du Sud. Plutôt que faire l’aumône aux pays en voie de développement, il faut donner de vraies opportunités aux travailleurs de la Côte d’Ivoire ou du Sénégal. Mais il est évident que pour réaliser cet objectif il faut avoir le courage de défier le grand lobby écolo-agricole qui domine en Europe et en Amérique du Nord.
Le pacte d’acier entre les agriculteurs européens et l’idéologie protectionniste des écologistes a déjà fait beaucoup de mal aux africains. Il faut s’opposer à tout cela, au nom du futur et de l’espoir de millions d’européens et d’africains qui ont le droit d’interagir et d’échanger le fruit de leur travail.
Source : Arfik.com
Publié en collaboration avec UnMondeLibre.org
13:22 Publié dans ECONOMIE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : economie, agriculture, développement











