mardi, 05 janvier 2010
Maghreb & Moyen-Orient
Ressources en eau dans le monde arabe, par pays et par mètres cubes© source : Banque mondiale, 2008 Le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud) a publié le cinquième volet de son « Rapport arabe sur le développement humain ». Les pays de la région souffrent toujours du chômage, de la pression démographique et peinent à faire respecter les droits de l'Homme. Des problèmes auxquels s'ajoute désormais la menace du changement climatique.
Sept ans après la publication du premier « Rapport arabe sur le développement humain », le cinquième volet de cette série parrainée par le Programme des Nations unies pour le développement (Pnud), publié au Caire le 21 décembre, aboutit au même constat désespérant : « Les obstacles au développement humain sont très tenaces » dans le monde arabe « parce que la sécurité des populations n’y est pas assurée. »
Pression démographique
Les intellectuels arabes qui établissent ce sombre bilan ont passé au crible les différents aspects de cette insécurité. Elle est d’abord environnementale, au sens large du terme. Si elle tend à ralentir, la croissance démographique se poursuit. La population des pays arabes est passée de 172 millions en 1980 à 330 millions en 2007, et atteindra 385 millions en 2015. Et, bien sûr, elle est jeune : les moins de 25 ans représentent 60 % de la population totale ; l’âge moyen est de 22 ans, contre 28 ans dans le reste du monde.
Cette pression humaine s’exerce sur des territoires désertiques à 68,4 %, où 57 % des ressources hydriques sont partagées avec des États voisins et les réserves d’eau souterraines « fortement surexploitées ». Peu industrialisés, ces pays « ne contribuent que très peu à l’effet de serre » et au réchauffement climatique. Mais ils font partie de ceux qui en pâtiront le plus. L’Égypte, le Liban, le Soudan et les pays du Maghreb seront parmi les plus affectés. Si, comme on le redoute, la hausse moyenne des températures de la planète devait dépasser 3 °C, le niveau de la mer pourrait s’élever de 1 mètre et provoquer l’exode de 6 millions d’habitants du delta du Nil.
Les Etats exacerbent les différences
« L’État fait-il partie de la solution ou du problème ? » se demandent les auteurs du rapport. À les lire, il ne fait aucun doute qu’en terre arabe « la plupart des États n’ont pas réussi à mettre en place une gouvernance démocratique ni des institutions assurant la répartition équitable des richesses et le respect de la diversité culturelle ». Loin de les apaiser, les États ont exacerbé les différences ethniques, religieuses ou linguistiques. Ils ne respectent pas, en outre, les conventions internationales qu’ils ont signées, notamment en matière de droits de l’homme. Six pays interdisent les partis politiques. Nombreux sont ceux qui entravent la vie associative, pratiquent la torture et portent atteinte à l’indépendance de la justice. L’État, qui devrait garantir la sécurité de ses ressortissants, est plutôt pour ces derniers synonyme de menace.
Les groupes marginalisés, en particulier, ne bénéficient d’« aucune sécurité personnelle ». Comme les femmes, victimes de la suprématie des hommes, inscrite dans plusieurs codes civils : 45 % des Soudanaises, 37 % des Mauritaniennes, 10 % des Tunisiennes et 2 % des Algériennes sont mariées avant l’âge de 18 ans. Le divorce leur est souvent impossible.
Insécurité générale
Les pays arabes comptent par ailleurs 7,5 millions de réfugiés (sur les 16 millions recensés dans le monde), auxquels s’ajoutent 9,8 millions de déplacés, essentiellement en Irak, au Liban, en Somalie, au Soudan, en Syrie et au Yémen.
Les réserves d’or noir masquent la persistance de la pauvreté. Selon la Banque mondiale, si la croissance du PIB par habitant stagne (0,5 % par an entre 1980 et 2004), c’est parce que le pétrole a monopolisé les énergies de ces pays. À preuve, « ils étaient moins industrialisés en 2007 qu’en 1970 ». Il n’est guère étonnant, dans ces conditions, que le taux de chômage moyen ait atteint 14,4 % en 2005, contre 6,3 % dans le reste du monde. Selon l’Organisation arabe du travail (OAT), les jeunes Arabes souffrent deux fois plus du chômage que les autres jeunes (de 6,3 % dans les Émirats à 46 % en Algérie).
140 millions de pauvres
Globalement, 140 millions d’Arabes vivent sous le seuil de pauvreté. La faim sévit plus que jamais. Le monde arabe – comme l’Afrique subsaharienne – a vu « le nombre de personnes sous-alimentées augmenter depuis le début des années 1990, passant de 19,8 millions en 1992 à 25,5 millions en 2004 ».
Enfin, le rapport souligne le rôle néfaste des interventions militaires. Les Américains en Irak, les Israéliens dans les territoires occupés ont contribué à priver les habitants de liberté et de leurs droits à l’alimentation ou à la santé. Ces ingérences étrangères « déclenchent un cycle de violence dans lequel sombrent occupés et occupants ». L’exemple extrême ? L’offensive israélienne dans la bande de Gaza, où « l’usage totalement disproportionné de la force a porté atteinte aux fragiles progrès démocratiques, en renforçant les extrémistes et en écartant les personnalités modérées de l’espace public ».
Seule l’ONU pourrait être le « garant impartial de la sécurité des habitants de ces pays occupés ». Mais « les puissances étrangères l’en empêchent en la marginalisant », déplorent les auteurs. Ce cinquième rapport s’achève sur une note aussi pessimiste que les précédents, puisque la paix, sans laquelle il n’est pas de développement, demeure un mirage.
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lundi, 28 décembre 2009
Seif el-Islam Kaddafi fait sa révolution
Seif el-Islam Kaddafi fait sa révolution© DR Désormais numéro deux du régime, le fils aîné du « Guide » n’a pas perdu de temps. À peine sa nomination était-elle confirmée qu’il signait un accord de réconciliation avec les djihadistes et lançait un vaste chantier de réformes politiques et économiques.
Depuis sa désignation, à la mi-octobre, au poste de numéro deux de la Jamahiriya, Seif el-Islam Kaddafi n’a fait aucune apparition publique. Mais il travaille. En attendant que le Congrès général du peuple (CGP, Parlement) formalise lors de sa réunion annuelle, prévue dans les semaines à venir, sa nomination au poste de coordinateur général des Commandements populaires et sociaux. Selon des informations recueillies par Jeune Afrique, le CGP devrait à cette occasion adopter un projet de loi qui lui donnerait les attributions d’un chef d’État. En cours d’examen par les structures populaires de base, loin de toute publicité, le texte du projet rappelle que, lorsqu’il a lancé les Commandements populaires et sociaux en 1995, Mouammar Kaddafi avait prévu « qu’un jour leur coordinateur général serait formellement le chef de l’État ». Ce jour est arrivé. L’adoption de ce texte par le CGP, totalement acquis au « Guide » libyen, directement à l’origine de la promotion de son fils aîné, ne devrait être qu’une formalité. Seif sera ensuite en position de superviser l’action du CGP lui-même et celle du gouvernement. La diplomatie, l’armée et les services de sécurité feront théoriquement partie de ses attributions, mais il est fort douteux que cela soit totalement effectif du vivant de son père, âgé de 67 ou 69 ans (selon les sources).
« Guerre civile souterraine »
Architecte urbaniste, Seif a fait des études de gestion en Autriche et décroché un doctorat en relations internationales à la London School of Economics and Political Science en 2008. Parallèlement, il gagne ses premiers galons d’homme d’État en contribuant à la levée de l’embargo imposé à son pays entre 1992 et 2000 (à cause des affaires Lockerbie et UTA) et à la normalisation des relations avec les États-Unis après le démantèlement, fin 2003, du programme libyen d’armes de destruction massive. Seif s’applique désormais à mettre de l’ordre dans les affaires intérieures de la Jamahiriya pour mener à bien son programme de réformes politiques et économiques présenté en 2007 et censé aboutir à la construction de la « Libye de demain ».
Sa première initiative en tant que numéro deux a été de sceller la réconciliation, qu’il préparait depuis deux ans, avec le Groupe islamique libyen pour le combat (GILC), plus communément appelé Al-Mouqatilah (« la Combattante ») par les Libyens. Cela est peu connu, mais, dans les années 1990, pour reprendre les termes utilisés par Seif lui-même, une « guerre civile souterraine » opposait l’armée et les forces de sécurité de Kaddafi au GILC. Les affrontements étaient quotidiens et touchaient toutes les villes du pays. Seif en a tiré une leçon : dans une société libyenne conservatrice et pieuse, le meilleur moyen de combattre les extrémistes est de se mettre en bons termes avec leurs idéologues et leurs chefs. Des négociations avec ces derniers, détenus à la prison d’Abou Salim (dont plusieurs avaient été livrés à Kaddafi par les Américains) ou exilés à Londres, tel Nooman Ben Othman, sont, assure Seif, engagées avec l’aval du « Guide ». « Cela n’a pas été trop dur de le convaincre qu’il fallait dialoguer avec eux », ajoute-t-il. Sauf que, les services de sécurité ne l’entendant pas de cette oreille, les éradicateurs parmi leurs chefs lui ont mis des bâtons dans les roues, refusant, par exemple, d’accéder à sa demande d’alléger leurs conditions de détention à la prison d’Abou Salim afin qu’ils puissent consulter leurs amis sur les termes de l’accord en discussion. Seif annonce alors – c’était en août 2008 – qu’il se retire de la scène politique et menace de s’exiler à Londres. Selon nos informations, le « Guide » a fini par trancher en sa faveur à la fin de l’été 2009, après qu’Abdallah Senoussi * (celui de l’affaire UTA), l’un des principaux chefs des services de sécurité de Kaddafi, eut apporté son soutien, en avril 2009, à la levée des restrictions qui entravaient les consultations entre chefs islamistes.
À l’occasion du 40e anniversaire de l’accession de Kaddafi au pouvoir, le 1er septembre dernier, les chefs du GILC adressent au « Guide » un message de félicitations dans lequel ils lui présentent leurs excuses « pour tout ce [qu’ils ont] commis, à commencer par la constitution de [leur] groupe clandestin jusqu’aux actions [qu’ils ont] menées, les grandes comme les petites ». Et, quelques jours plus tard, ils achèvent la rédaction d’un document de 417 pages intitulé « Études correctives dans la compréhension du djihad », qui délégitime l’usage de la lutte armée en Libye et ailleurs, sauf dans le cas d’une résistance à l’occupation. Ils s’engagent également à prendre leurs distances avec le djihadisme d’Al-Qaïda, dont ils condamnent désormais la stratégie. Le rêve de Seif est devenu réalité.
Par une nuit du dernier ramadan, une douzaine de tables sont dressées avec des nappes blanches et des rafraîchissements pour des convives, tous des hommes, habillés en bleu, rasés de près et lançant des slogans à la gloire du « Guide ». On aurait dit la célébration d’un événement heureux sur la terrasse d’un salon de thé ou d’un mess des officiers. Sauf que la scène se passe derrière les murs d’enceinte de la prison centrale d’Abou Salim et sous la lumière de projecteurs habituellement destinés à débusquer d’éventuels fugitifs. Elle paraît surréaliste, mais elle est authentique. Filmée par la chaîne de télévision américaine CNN en septembre, elle sera diffusée à la fin de novembre. Seif n’est pas présent à la cérémonie, mais la mise en scène est de lui. Nommé numéro deux à la mi-octobre, son premier geste a été de faire libérer, le jour même, 88 dirigeants islamistes de niveau moyen, dont 45 membres du GILC, y compris ceux filmés par CNN à Abou Salim. Les chefs de haut rang, quant à eux, devraient être libérés à un stade ultérieur non précisé. « Nous avons d’autres chats à fouetter en Libye, estime Seif. Nous devons combattre la pauvreté, moderniser notre économie, améliorer le niveau de vie. Nous avons des problèmes terribles avec nos systèmes de santé et d’éducation. Et si nous continuons à nous entretuer, nous serons tous les premières victimes de la terreur. »
Droits de l’homme
Parallèlement, Seif a ouvert des chantiers de réformes politiques pour consacrer l’ouverture et l’État de droit, à commencer par la réforme des codes juridiques, devenus archaïques. Selon Abderrahmane Bouzouita, président de la Cour suprême, ces codes doivent tous être fondamentalement révisés pour les « rendre conformes aux conventions internationales sur les droits de l’homme et les libertés ». C’est notamment le cas du code pénal, dont le projet de refonte a été achevé à la fin de novembre. « Le suivi et les observations de Seif el-Islam sur la protection des droits de l’homme nous ont beaucoup aidés à élaborer un code moderne », ajoute Bouzouita, qui a dirigé l’an dernier, à la demande de Seif, la rédaction d’un projet de Constitution dont l’adoption se fait néanmoins attendre en raison de l’opposition exprimée par la vieille garde. Ce qui fait dire à des politologues tripolitains que, pour mener à bien les réformes, la neutralisation de la vieille garde est l’une des priorités. « Il faut, estime l’écrivain Ramadan Jarbou, retirer aux Comités révolutionnaires tous les pouvoirs – exécutif, sécuritaire et politique – et les cantonner à leur mission première, celle de motiver le peuple pour qu’il exerce le pouvoir. Par ailleurs, il convient de réviser les attributions des services de sécurité de manière que leurs agents soient comptables de leurs actes devant les juges. »
Un vent de liberté
Autre dossier d’ouverture sur le bureau de Seif : l’instauration en cours d’une marge de liberté d’expression et de la presse. Déjà, une certaine liberté de ton est perceptible dans les médias libyens, y compris publics. Sur son intervention, la censure qui frappait une cinquantaine d’ouvrages – dont celui du penseur Mohamed Challabi sur la famille Senoussi, renversée par Kaddafi en 1969 – a été levée. Ils ont d’ailleurs été exposés à la Foire du livre de Tripoli dans la semaine du 22 novembre. Pour la première fois depuis sa création, il y a deux ans, Al-Ghad, le groupe de presse de Seif – qui comprend notamment deux chaînes de télévision, dont une émettant de Londres, ainsi que deux journaux –, a vu arriver à sa tête un journaliste indépendant vivant en exil à Londres, Souleimane Dougha, qui a aussitôt annoncé qu’il envisageait de créer avant la fin de l’année une agence de presse dénommée Libye Presse. Laquelle viendrait ainsi bousculer le monopole de l’agence officielle Jana sur l’actualité nationale.
La situation des droits de l’homme va-t-elle enfin s’améliorer dans le pays ? L’attention des Libyens en cette période est braquée sur Abou Salim, une épine dans le pied du régime. La section des droits de l’homme de la Fondation Kaddafi pour le développement et la bienfaisance (fondée par Seif en 1997) a retrouvé du mordant. Dans son rapport annuel 2009, publié le 10 décembre, elle rapporte des « cas de torture et de mauvais traitements », des « détentions injustifiées » et des « violations flagrantes des lois », et dénonce l’absence de la « moindre indépendance » des associations professionnelles et des syndicats. Elle appelle en outre à une « enquête transparente, juste et équitable » sur le massacre, en 1996, d’au moins 1 200 prisonniers à Abou Salim et à la libération de tous les prisonniers dont l’innocence a été établie et qui ont achevé de purger leurs peines. À l’instigation de Seif, Human Rights Watch, l’organisation humanitaire basée à New York, a dévoilé le 12 décembre à Tripoli son rapport annuel sur les droits de l’homme en Libye, avec ses aspects positifs et négatifs – une première dans le monde arabe. Le document note que « des améliorations limitées sont en cours en Libye, comme l’extension de la liberté d’expression et les projets de réforme du code pénal. Mais les lois répressives en matière d’expression et les abus des services de sécurité internes demeurent la norme ».
Pour le volet économique, il faudra sans doute attendre la composition de la nouvelle équipe gouvernementale, qui devrait être annoncée lors de la réunion annuelle du CGP. Seif a cependant paré au plus pressé : il a repris le contrôle de la compagnie pétrolière nationale (National Oil Corporation, NOC) en réinstallant à sa tête l’ancien Premier ministre réformateur Chokri Ghanem. Ce qui a eu pour effet de rassurer les compagnies pétrolières étrangères. Il a aussi pris une décision stratégique : en raison de la situation du marché mondial et pour des questions budgétaires, ce n’est pas en 2012 mais en 2017 que les capacités pétrolières du pays seront portées à 3 millions de barils par jour.
Incontestablement, depuis qu’il est numéro deux, et en attendant la clarification de ses attributions par le CGP, Seif dispose d’une marge de manœuvre qu’il n’avait pas auparavant pour mettre en œuvre son programme économique et politique. Son accord de réconciliation avec les islamistes, comme il le dit lui-même, devrait aussi permettre de réunir un consensus national autour de ce programme. Son intronisation en tant que numéro deux consacre son statut de dauphin putatif renforcé par l’image de réformateur libéral qu’il s’est taillée dans le monde, notamment dans les pays occidentaux, et accroît sa popularité en Libye au sein de l’élite intellectuelle, des jeunes et des opérateurs économiques.
Le voilà donc avec une bonne longueur d’avance sur son frère cadet, Mootassem, un militaire avec rang de colonel major dans l’armée et conseiller en titre de la sécurité nationale. Au cas où il aurait des ambitions supplémentaires, Mootassem peut compter sur le soutien d’une bonne partie de l’armée et de la vieille garde révolutionnaire, deux corps contrôlés par la tribu des Gueddafa dont est issu le « Guide ».
* Abdallah Senoussi est marié à une soeur de Safia Farkash, seconde épouse de Kaddafi et mère de Seif.
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mercredi, 01 juillet 2009
Israël : Le mauvais usage de drones a causé la mort de civils à Gaza
(Jérusalem) - Les attaques israéliennes utilisant des missiles guidés tirés depuis des drones aériens ont causé la mort de civils lors du récent conflit à Gaza, en violation des lois de la guerre, a déclaré Human Rights Watch dans un rapport rendu public aujourd'hui. Ces attaques, menées avec l'une des armes les plus précises de l'arsenal militaire d'Israël, ont tué des civils qui ne prenaient pas part aux hostilités et qui se trouvaient loin des combats.
Ce rapport de 39 pages, intitulé « Précisément faux : Des civils de Gaza tués par des missiles tirés par des drones israéliens » (« Precisely Wrong: Gaza Civilians Killed by Israeli Drone-Launched Missiles »), fait état de six incidents ayant conduit à la mort de 29 civils, dont huit enfants. Human Rights Watch a montré que les forces israéliennes n'ont pas pris toutes les précautions nécessaires pour vérifier que les cibles étaient bien des combattants, ainsi que l'exigent les lois de la guerre, ou qu'elles n'ont pas effectué de distinction entre les civils et les combattants. Des groupes de défense des droits humains israéliens et palestiniens ont dénombré un total de 42 attaques de drones ayant tué des civils, 87 en tout, durant le conflit à Gaza en décembre 2008 et janvier 2009.
« Les opérateurs des drones ont la capacité de voir clairement leur cible sur le terrain et également de détourner le missile après son lancement », a déclaré Marc Garlasco, analyste militaire sénior au sein de Human Rights Watch et co-auteur du rapport. « Etant donné la sophistication de ces missiles, Israël doit expliquer pourquoi ces civils sont morts. »
Le rapport « Précisément Faux » est basé sur des recherches de terrain à Gaza, où Human Rights Watch a interrogé des victimes et des témoins, examiné les sites des attaques, recueilli des débris de missiles à des fins de test et passé en revue des dossiers médicaux. Les forces israéliennes de défense ont rejeté les demandes répétées de Human Rights Watch de rendez-vous et n'ont pas répondu aux questions soumises par écrit.
Les experts militaires ont vanté les mérites des drones de combat, ou Véhicules aériens automatiques de combat (« Unmanned Combat Aerial Vehicles » ou Ucav) et de leurs missiles de haute précision capables de minimiser le nombre de victimes civiles. Leur utilisation va croissante, notamment en Afghanistan et au Pakistan où ils sont utilisés par les Etats-Unis.
« Lorsqu'ils sont utilisés correctement, les drones et leurs missiles de précision peuvent aider les militaires à minimiser le nombre de victimes civiles », a ajouté M. Garlasco. « Mais les drones ne peuvent épargner les civils que lorsque ceux qui les commandent et manœuvrent en ont décidé ainsi. »
Dans les six cas cités dans le rapport, Human Rights Watch n'a pas trouvé d'éléments tendant à prouver que des combattants palestiniens se trouvaient à proximité immédiate des zones où les attaques ont eu lieu, au moment où elles ont eu lieu. Aucun des civils tués ne se déplaçait rapidement ou ne fuyait la zone ; les opérateurs des drones auraient donc eu le temps de déterminer s'ils s'apprêtaient à prendre pour cible des civils ou des combattants et de retenir leur frappe s'ils ne parvenaient pas à faire la différence.
Dans trois des cas observés, les drones ont tiré des missiles sur des enfants jouant sur les toits de quartiers résidentiels, loin de toute zone de combat à ce moment là. Human Rights Watch n'a pas trouvé d'éléments tendant à prouver que les enfants faisaient office de guetteur, transmettant la localisation des troupes israéliennes, ou essayaient de lancer une roquette depuis le toit.
Le 27 décembre 2008, au premier jour de l'offensive israélienne appelée « Opération Plomb Durci », un missile tiré par un drone a atteint un groupe d'étudiants alors qu'ils attendaient un bus dans une rue bondée du centre de Gaza City, tuant douze civils. L'armée israélienne n'a pas expliqué pourquoi elle avait pris pour cible un groupe dans une rue pleine de monde sans aucune activité militaire connue aux alentours à ce moment là.
Le 29 décembre, l'armée israélienne a pris pour cible un camion en déclarant que celui-ci transportait des roquettes Grad, tuant neuf civils. Pour justifier cette attaque, l'armée israélienne a mis en ligne une vidéo, mais celle-ci soulève de sérieux doutes sur la nature militaire de cette cible - des doutes qui auraient dû inciter l'opérateur du drone à ne pas faire feu. L'armée a admis plus tard que les présumées roquettes se sont avérées être des bouteilles d'oxygène.
La sophistication technologique des drones et des missiles qu'ils lancent rendent ces violations d'autant plus criantes, a déclaré Human Rights Watch. Les drones sont équipés de toute une gamme de détecteurs, souvent combinés à des radars, des caméras électro-optiques, des caméras infrarouges et des lasers. Ces détecteurs peuvent fournir une image nette en temps réel des individus au sol, de jour comme de nuit, avec la capacité de distinguer les enfants des adultes.
Un opérateur de drones israélien qui a mené des missions à Gaza lors des récents combats a déclaré à un journal militaire israélien qu'il était capable de discerner les couleurs des vêtements, une grosse radio, et une arme.
Les missiles lancés depuis les drones sont dotés d'une caméra embarquée qui permet à l'opérateur d'observer la cible depuis le lancement jusqu'à l'impact. Si des doutes surviennent quant à une cible, l'opérateur du drone peut rediriger le missile ailleurs.
Les drones utilisés par l'armée israélienne - produits par les compagnies israéliennes Hermes et Heron - sont équipés d'outils d'enregistrement vidéo de façon à ce que tout ce qui est visualisé par l'opérateur soit enregistré. Chaque tir de missile monté sur un drone lors de l'Opération Plomb Durci a donc été enregistré sur vidéo.
Le gouvernement israélien a l'obligation, en vertu du droit international, d'enquêter sur les violations graves des lois de la guerre. L'armée israélienne ou le personnel civil jugé coupable d'avoir commis ou ordonné des attaques illégales de drones doivent faire l'objet de mesures disciplinaires ou être poursuivis de manière appropriée, a déclaré Human Rights Watch. Les individus ayant commis de graves violations des lois de la guerre dans un but criminel - c'est-à-dire intentionnellement ou de manière inconsciente - sont coupables de crimes de guerre.
Israël n'a pas mené d'enquêtes crédibles sur ses actions lors de l'Opération Plomb Durci. Le 22 avril 2009, l'armée israélienne a rendu publics les résultats d'une enquête interne, qui a conclu que ses forces avaient agi « en conformité avec les lois internationales » durant les combats et qu'« un très petit nombre » d'incidents « inévitables » avaient eu lieu suite à des « erreurs de renseignement ou opérationnelles ».
Une mission d'enquête mandatée par le Conseil des droits de l'homme des Nations Unies et présidée par le juge Richard Goldstone fait actuellement des recherches sur les violations présumées des lois de la guerre à la fois par Israël et le Hamas. Israël a déclaré qu'il ne coopérerait pas avec cette mission car le Conseil des droits de l'homme a parti pris contre Israël. Le Hamas a déclaré qu'il coopérerait.
Human Rights Watch a appelé Israël et le Hamas à coopérer pleinement avec la mission d'enquête du juge Goldstone. Concernant les missiles tirés par des drones, Israël doit fournir les enregistrements vidéos ou tout autre document sur les attaques au cours desquelles des civils auraient été blessés ou tués.
Human Rights Watch
17:15 Publié dans INTERNATIONAL | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : droit de l'homme, human rights watch






