lundi, 04 mai 2009
Fête du Travail à Ouagadougou : Une plate-forme minimale en lieu et place d’un cahier de doléances
Par lobservateur.bf
Comme de coutume, les centrales syndicales et les syndicats autonomes du Burkina Faso, à l’instar des autres organisations à travers le monde, ont commémoré le 1er mai 2009, la fête du Travail. Remise d’une plate-forme minimale de circonstance au ministre de tutelle, Jérôme Bougouma ; marche à travers les rues de la capitale ; meeting à la Bourse du travail, où des messages ont été servis à profusion aux travailleurs... Tels sont les grands traits qui ont marqué la célébration de l’événement à Ouagadougou.
Pour mémoire, le 1er mai de chaque année célèbre les sacrifices immenses consentis en mai 1886 par les ouvriers de Chicago aux Etats-Unis, alors qu’ils se battaient pour la journée de travail de huit heures. Cette lutte a connu en son temps une répression féroce de la bourgeoisie américaine. Elle a, cependant, produit des fruits qui profitent aujourd’hui, en termes de liberté et de conditions de travail, à une multitude de travailleurs de par le monde. Ils doivent tous à l’association internationale des travailleurs, qui a énormément œuvré à l’éducation de la classe ouvrière, l’imposition depuis 1889 de la journée du 1er-Mai comme un temps commémoratif de l’action héroïque des ouvriers du Pays de l’oncle Sam.
Au Burkina, la fête du Travail est annuellement célébrée de façon unitaire par les centrales syndicales et les syndicats autonomes. Cette année encore, ils n’ont pas dérogé à la règle. Aux premières heures de la journée, leur rassemblement à la Bourse du travail était ostensible, avec la présence de la police nationale et des éléments de la Compagnie républicaine de sécurité (CRS) à certains points stratégiques de la ville pour règlementer la circulation, mais aussi pour parer à toute éventualité.
Les syndicats s’arc-boutent sur leurs revendications
Partis de la Bourse du travail, les militants et sympathisants des syndicats, avec à leur tête leurs premiers responsables, ont rallié le siège de la Caisse nationale de sécurité sociale (CNSS), scandant des slogans aussi éloquents les uns que les autres, et brandissant des banderoles et des pancartes révélatrices d’une situation de quête générale de bien-être sociale. Ainsi, pouvait-on lire ça et là : « Le peuple a faim, il va vers sa fin, qui votera pour qui demain ? » ; « Toutes et tous contre la vie chère, la corruption, la fraude, l’impunité et pour la liberté »…
A la CNSS où les attendait leur ministre de tutelle, Jérôme Bougouma, entouré de son staff, les travailleurs, à travers le président du mois des centrales syndicales et des syndicats autonomes, El hadj Mamadou Nama, secrétaire général de l’USTB (Union syndicale des travailleurs du Burkina), lui ont remis une plate-forme minimale en six points, en lieu et place d’un cahier de doléances comme ils ont l’habitude de le faire. Celui-ci, usant naturellement de formes protocolaires l’a bien reçue, promettant de la « transmettre à qui de droit pour être examinée avec la plus grande attention par le gouvernement ».
Ce cérémonial terminé, les braves travailleurs du Burkina ont repris le chemin pour leur point de départ, par une longue randonnée à travers les grandes artères de Ouagadougou. A la base, les attendaient d’autres militants, la plupart des hommes et des femmes d’un certains âge, ne pouvant plus supporter les outrages de la marche. Pour tromper leur ennui, des morceaux de l’artiste-musicien Tiken Jah Fakoly dont on connaît la position quant à la gestion des Etats par les dirigeants africains sont diffusés par de puissants hauts- parleurs. Certains se consacraient à un brin de causette pendant que d’autres se livraient à la lecture de journaux. Dans la foule, on notait aussi la présence de quelques « stars » burkinabè acquis à la cause des travailleurs et dont le quotidien est parfois source d’inspiration pour eux.
Mobilisation autour d’idéaux communs
La fête du 1er mai 2009, au-delà de l’hommage rendu aux valeureux ouvriers de Chicago et à tous les combattants de la liberté, a donné encore une fois l’opportunité aux vaillants travailleurs du Pays des hommes intègres, d’analyser avec leurs leaders syndicaux, le contexte national et international, de faire le point de leurs luttes, d’en tirer les enseignements pour mieux tracer les perspectives. Aux milliers de Burkinabè qui ont fait le déplacement de la Bourse du travail de Ouagadougou, il a été rappelé les six points de la plate-forme minimale remise au ministre Bougouma, synthétisant les préoccupations de l’ensemble des travailleurs du Burkina Faso.
Ces points portent pour l’essentiel sur le pouvoir d’achat et des conditions de vie et de travail ; les prix de certains produits de grande consommation ; les libertés démocratiques et syndicales ; l’emploi, les privatisations et liquidation des sociétés ; l’impunité et l’assainissement de la gestion de la chose publique ; les revendications en faveur des élèves, des étudiants et des paysans. Il est, entre autres, question d’une revalorisation de l’apport de travail des Burkinabè, des problèmes de santé publique, de l’école du Burkina Faso, de la sécurité des populations, de la paysannerie dont les principaux acteurs sont aujourd’hui expropriés de façon indirecte par de « gros spéculateurs connus à travers le territoire national ».
Ces messieurs, indique très prolixe Mamadou Nama, n’ayant plus rien à vendre dans les grands centres du pays, se sont déportés dans les brousses pour continuer leurs trafics souterrains. Le président du mois est longuement revenu sur la situation nationale, africaine et internationale. De son message livré au public, on peut aussi retenir la crise financière qui frappe le système capitaliste et qui s’est étendue à toutes les grandes places boursières du monde. De crise financière, elle s’est maintenant développée en crise économique, avec une récession qui touche les économies occidentales.
Une journée de protestation le 26 mai 2009
Faisant le point de la rencontre annuelle gouvernement/syndicats de décembre 2008, Mamadou Nama souligne qu’elle a accouché de résultats qui sont en deçà des attentes des travailleurs. Le mouvement syndical fonde alors ses espoirs sur les prochaines échéances fixées par le gouvernement à savoir : la nouvelle session du Comité mixte paritaire sur les dossiers sociaux relevant du patronat privé (…), les rencontres sectorielles avec les syndicats de la Fonction publique autour de la question des avancements.
En attendant, les responsables syndicaux encouragent la lutte programmée par leurs homologues de la Fonction publique pour les 12 et 13 mai 2009. Ils dénoncent les atteintes par le gouvernement et le patronat des libertés syndicales, atteintes se traduisant par des affectations arbitraires, des coupures de salaires abusives, des licenciements abusifs frappant surtout les délégués des travailleurs de l’ONEA, d’Air Burkina, de Total-Burkina… Les responsables des structures de base, les travailleurs de façon générale sont invités à poursuivre le travail de mobilisation, particulièrement à œuvrer au succès des luttes sectorielles et de celle des syndicats de la Fonction publique ; de la journée nationale de protestation lancée pour le 26 mai 2009.
Face à la grave crise que vit le système éducatif burkinabè, crise marquée par des grèves ou préavis de grèves du SYNADEC, du SNESS et du SYNTER, le gouvernement a été interpellé pour « rompre avec la politique du pourrissement et du mépris vis-à-vis des travailleurs et de leurs organisations », pour engager des discussions sérieuses autour des préoccupations exprimées. Les échéances électorales de l’année prochaine, selon le mouvement syndical, ne doivent pas reléguer au second plan les préoccupations des travailleurs et du peuple. La vigilance et le discernement pour mettre toujours les intérêts de ces derniers s’imposent alors, a martelé El hadj Nama à l’endroit de l’assemblée et en guise de conclusion de son message qui a reçu l’aval de ses collègues des autres regroupements.
D. Evariste Ouédraogo Abdou Karim Sawadogo
Omar el-Béchir ne sera pas extradé
Sur une des banderoles pour le moins insolite exhibées par les marcheurs du 1er mai 2009, à Ouagadougou, était curieusement écrite une phrase s’opposant à l’extradition du président soudanais, Omar el-Béchir, à la Haye, pour comparaître devant la Cour pénale internationale (CPI). Interrogé sur le sens d’une telle position, a priori en déphasage avec la lutte menée par les syndicats burkinabè, Mamadou Nama, le président du mois des centrales syndicales et syndicats autonomes, s’est lancé dans une explication digne d’un réquisitoire. Pourquoi une question hautement politique s’invite-t-elle dans une célébration de 1er-Mai ? A-t-on voulu savoir le plus naturellement du monde.
Pour lui, le 1er-Mai est avant tout politique. Même si la spécificité de l’organisation syndicale est de présenter les doléances des travailleurs, il reste entendu que cela ne peut être fait que dans un contexte de stabilité politique. L’opposition à l’arrestation de Béchir est réaliste, selon monsieur Nama, parce qu’il est difficile de comprendre que depuis le traité de Rome, de 2002 à nos jours, on n’ait pu extrader que des dirigeants africains. Ce n’est pas normal. L’Afrique est un continent composé de pays indépendants, souligne-t-il avec force. Il faut donc une Cour pénale africaine où les criminels peuvent être traduits. Il est exclu que l’on prenne un président en exercice en Afrique pour aller le juger devant la CPI, créée d’ailleurs par les anciennes puissances coloniales (France, Grande-Bretagne, Allemagne…).
Rien que les eaux du Darfour au Soudan, précise le syndicaliste, permettent d’alimenter la moitié du monde pendant plus de 25 ans. Le pays d’Omar el-Béchir a aussi découvert l’or noir, le pétrole, et c’est ce qui fait que tous les grands de la planète se bousculent sur ce territoire. A partir du moment où il y a un régime qui ne permet pas de piller les ressources, on monte un bon complot, on transfert le président devant la CPI, on le juge et on le condamne. A sa place on installe une équipe maniable à souhait et le tour est joué. L’Afrique, dira le secrétaire général de l’USTB, ne doit plus accepter ces choses-là. Elle doit être suffisamment fière et refuser d’être humiliée. Les différents gouvernements du continent qui ont avalisé le traité de Rome doivent y renoncer parce qu’il est créé contre l’Afrique.
15:04 Publié dans BURKINA FASO | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fête du travail
jeudi, 30 avril 2009
Social : Le 1er mai sera-t-il à la hauteur des ambitions syndicales ?

"Historique". Tel est le terme employé pour qualifier le 1er mai 2009. Historique d'abord, parce que c'est la première fois que le défilé de la fête du travail est unitaire : les huit organisations syndicales (CGT, CFDT, FO, CFTC, CFE-CGC, FSU, UNSA et Solidaires) ont appelé ensemble à des défilés interprofessionnels vendredi dans toute la France. La CFE-CGC, qui n'appelle jamais à manifester le 1er mai, et FO, qui fait toujours bande à part (sauf en 2002), sont donc cette année rentrées dans le rang.
Historique ensuite, parce que le contexte économique dépressif qui secoue la France l'est tout autant. Depuis l'été 2008, le nombre chômeurs en France ne cesse de gonfler. La tendance est particulièrement forte sur le premier trimestre 2009, avec près de 250.000 demandeurs d'emploi supplémentaires. Le nombre de chômeurs frôle aujourd'hui les 2,5 millions, 3,5 millions si l'on ajoute les chômeurs ayant travaillé occasionnellement dans le mois.
Et la situation va de mal en pis. Depuis septembre, les annonces de plans sociaux se multiplient. Le mois d'avril écoulé a été marqué par une radicalisation des conflits au sein des entreprises, avec séquestrations de patrons, blocages d'usines et assignations en justice par les dirigeants de leurs salariés.
Face à l'ampleur de la crise, les confédérations syndicales avaient engagé dès octobre un travail d'union, le G8 syndical, auquel les journées d'action nationale et unitaire des 29 janvier et 19 mars ont donné un véritable élan. Le 1er mai est le troisième acte de cette mobilisation visant à obtenir du gouvernement de nouveaux gestes en faveur de l'emploi et de la consommation.
L'enjeu : mobiliser 3 millions de manifestants

CGT
Carte des manifestations prévues dans toute la France le 1er mai 2009.
Dans leur communiqué commun daté du 27 avril, les huit confédérations dénoncent "les annonces quotidiennes de suppressions d'emplois, de fermetures d'entreprises" qui "témoignent d'une situation qui se dégrade et dont ni gouvernement, ni patronat, n'ont apprécié la durée et la gravité". "Malgré quelques réponses gouvernementales, dont certaines restent encore à concrétiser, les organisations syndicales constatent que ni le maintien de l'emploi, ni l'amélioration du pouvoir d'achat, ni la relance économique tournée vers la consommation (...) n'ont fait l'objet de négociations de la part du gouvernement et du patronat", poursuit le communiqué.
L'enjeu de cette fête du travail 2009 n'est donc pas de mobiliser plus que la dernière édition - les manifestations du 1er mai 2008 avaient rassemblé 119.600 personnes selon le ministère de l'Intérieur, 200.000 selon la CGT, à travers 150 cortèges, mais autant si ce n'est plus que les manifestations massives des journées du 29 janvier - entre 1 million de manifestants selon la police et 2,5 millions selon la CGT - et du 19 mars 2009 - entre 2,5 millions selon la GCT et 1,08 million selon la police.
Le nombre de manifestations programmées vendredi - quelque 300 cortèges dans toute la France - est en légère hausse par rapport aux dernières mobilisations. Le succès semble donc garanti. Pourtant, l'inquiétude domine encore dans les états-majors syndicaux à la veille de la mobilisation. Les cortèges annoncés seront-ils effectivement suivis en nombre de manifestants ? Car le 1er mai tombe cette année un vendredi, soit le premier jour d'un long week-end de trois jours.
La suite à donner au mouvement divise les syndicats
Les Français soutiennent en tous cas en très grande majorité les manifestations du 1er mai cette année : à 71% selon un sondage BVA pour L'Express, à 72% selon un sondage pour L'Humanité. Si la forte mobilisation attendue se confirme, la question sera alors pour les organisations syndicales de la suite à donner au mouvement. Le 1er mai, et après ? L'union sacrée syndicale peut-elle tenir ?
Les confédérations savent que, même très réussi, le 1er mai ne devrait pas déboucher sur des résultats immédiats. Le gouvernement reste ferme et veut s'appuyer sur le déploiement actuel des mesures déjà annoncées - création du Fonds d'investissement social, plan pour l'emploi des jeunes, exonération d'impôts pour les bas salaires, chèque de 200 euros pour les chômeurs, etc.- pour contenir la tension sociale. Le ministre du Travail, Brice Hortefeux, a d'ores et déjà annoncé la semaine dernière qu'il n'y aurait pas de coup de pouce au Smic en juillet - l'une des principales revendications des syndicats - et a remis sur la table le sujet controversé du travail le dimanche.
Les huit syndicats se retrouveront lundi 4 mai pour examiner la suite à donner à leur mobilisation. Les dissensions sont déjà palpables. Les plus radicaux - Solidaires, la FSU et Force ouvrière - plaident pour un appel à la grève générale avant l'été. Mais la CGT et la CFDT n'y sont pas favorables et penchent plus pour une nouvelle journée de manifestations nationales.
19:30 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : fête du travail





