jeudi, 30 juillet 2009

Les avocats du procès Fofana se déchirent

La rédaction web de Jeune Afrique- Par : Lauranne Provenzano

Me Francis SzpinerMe Francis Szpiner© DR

La guerre des avocats fait rage, après la fin du procès du Gang des barbares, jugé pour le meurtre du jeune Juif Ilan Halimi. Une enquête devrait être ouverte à l’encontre de Me Szpiner, l’avocat de la famille de la victime, qui a eu des propos polémiques notamment à l’égard de l’avocat général, Philippe Bilger.

Christian Charrière-Bournazel, le bâtonnier de l’ordre des avocats de Paris, a ouvert –à la demande du procureur général Laurent Le Mesle– une enquête disciplinaire à l’encontre de Me Francis Szpiner, l’avocat de la famille d’Ilan Halimi dans le procès du « Gang des barbares ».

En cause, des propos tenus dans le Nouvel Observateur par Francis Szpiner. Selon l’hebdomadaire, il aurait qualifié l’avocat général lors du procès, Philippe Bilger, de « traître génétique » et certains avocats de « connards de bobos de gauche ».

Sur le site de lexpress.fr, Francis Szpiner affirme qu'il ne faisait pas allusion au passé de collaborateur et à la condamnation à la Libération de Bilger père, et que ses propos ont été mal interprétés. Selon lui, ses déclarations faisaient davantage référence à plusieurs « trahisons » survenues lors du procès.

« J'ai également parlé de "trahison" vis-à-vis du procureur général lorsque M. Bilger a dit publiquement qu'il ne fallait pas faire appel », explique-t-il notamment à lexpress.fr. A propos de ses confrères, il souligne que sa pensée a été déformée.

Choc des egos

Cette polémique doit beaucoup au tempérament des deux protagonistes, l’avocat Szpiner et l’avocat général Bilger. Tous deux sont des ténors du barreau (le premier est connu pour être l’avocat d’Alain Juppé et de Jacques Chirac). Mais voilà, dans une basse-cour il n'y a de place que pour un seul coq.

Tout au long des audiences, en effet, la tension entre eux était palpable. Ils représentent deux approches de l’affaire, deux analyses foncièrement différentes. Pour Francis Szpiner, qui défendait la famille de la victime, Ilan Halimi a été la cible d’un crime antisémite. Pour Philippe Bilger en revanche, l’aspect antisémite de l’homicide est indéniable, mais ce n’est que l'arrière-plan d'un crime crapuleux.

Rien d'étonnant par conséquent qu’à l’issue du procès, Philippe Bilger ait jugé le verdict « exemplaire », l’accusé principal Youssouf Fofana ayant écopé de la peine maximum, soit la prison à perpétuité assortie d’une peine de sûreté de 22 ans. Tandis que Me Szpiner a estimé que les jurés avaient fait preuve de trop de clémence et, soutenu par des organisations juives, a réclamé un nouveau procès.

Vers un jugement en appel

Pour les parties civiles en effet, l’aspect antisémite du meurtre a été trop peu souligné, et les complices de Fofana n’ont pas été assez sévèrement punis.

En fin de compte, la Garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie a demandé un procès en appel. Une intervention qui a valu a Me Szpiner d’être accusé de « politiser » le procès. Les avocats des coaccusés ont dénoncé un appel « convoqué sur ordre politique » et ont appelé la Chancellerie à retirer sa demande d’appel.

En 2006, Ilan Halimi, un jeune homme de confession juive, a été séquestré puis torturé, avant d’être assassiné par ceux qu’on a appelés le « Gang des barbares » .

jeudi, 16 juillet 2009

GANG DES BARBARES : "Les peines en appel risquent d'être moins lourdes"

Publié le 15/07/2009 par Le Point.fr

 

Propos recueillis par J.-M. D., C. L. et O.R.

© BENOIT PEYRUCQ / AFP

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Après la polémique déclenchée par le garde des Sceaux Michèle Alliot-Marie, qui a demandé au parquet général de Paris de faire appel de toutes les condamnations inférieures aux réquisitions dans le procès du gang des barbares, Yassine Bouzrou, l'avocat de Franco L., l'une des quatorze personnes rejugées, réagit.

lepoint.fr : Que pensez-vous de l'intervention de la garde des Sceaux ?
Me Yassine Bouzrou
: C'est inadmissible et incohérent. Inadmissible parce que c'est une immixtion du politique dans le judiciaire, incohérent parce que la garde des Sceaux a pris cette décision sans vraiment connaître le dossier. L'avocat général, le seul magistrat du parquet à avoir une connaissance intégrale de cette affaire, n'avait pas jugé opportun d'interjeter appel.

Comment appréhendez-vous le procès en appel ?
Le ministre de la Justice a cédé aux pressions des associations. Mais sa décision risque d'avoir l'effet inverse. Ce que l'on ne dit pas, c'est qu'au vu du dossier, les peines en appel risquent d'être moins lourdes qu'aujourd'hui. Le procès a démontré que les complices de Youssouf Fofana ignoraient que leur chef avait l'intention de tuer Ilan Halimi. Dans une affaire moins sensible, leurs peines auraient sans doute été moins lourdes.

Pourquoi dites-vous que la garde des Sceaux ne connaissait pas vraiment le dossier ?
Pourquoi faire un deuxième procès, alors que Fofana et son geôlier, les deux seules personnes poursuivies et condamnées dans le dossier pour antisémitisme, seront absents ?
Autre aberration : mon client, chauffeur présumé de Fofana, condamné à 5 ans de prison alors que l'avocat général en avait requis dix, n'est pas poursuivi dans l'affaire Halimi. Il a comparu pour six infractions, dont trois autres tentatives d'enlèvements, pour cinq d'entre elles, il a été acquitté.

Les parties civiles regrettent que le procès ait eu lieu à huis clos alors que les audiences auraient pu avoir un rôle pédagogique. Qu'en pensez-vous ?
La justice n'est pas là pour résoudre le problème de société des banlieues mais pour faire la lumière sur un fait divers, aussi horrible soit-il. Ce qui a été fait, au regard des charges qui pesaient sur les uns et les autres, et du profil de chacun. Beaucoup des accusés sont "réinsérables", certains d'ailleurs qui se présentaient libres dans le box avaient un travail.

Quelles leçons tirez-vous de ce procès ?
C'était un procès exemplaire. Mais une audience pénale ne peut pas régler le problème d'antisémitisme supposé des cités, ni l'omerta qui y règne. On ne doit pas trop attendre du procès du gang des barbares.

mardi, 30 juin 2009

GANG DES BARBARES : Perpétuité avec 22 ans de sûreté réclamée contre Youssouf Fofana

Publié le 30/06/2009 par Le Point.fr

 

AFP

Perpétuité avec 22 ans de sûreté réclamée contre Youssouf Fofana

Youssouf Fofana et 26 autres personnes sont accusés d'avoir séquestré et torturé à mort le jeune juif Ilan Halimi © AFP

La peine maximale, réclusion à perpétuité avec une période de sûreté de 22 ans, a été requise mardi au procès du "gang des barbares" contre Youssouf Fofana, pour l'assassinat à caractère antisémite d'Ilan Halimi en 2006, a-t-on appris auprès du parquet général de Paris. À ce procès qui se tient à huis clos depuis deux mois, Youssouf Fofana, 28 ans, est le seul des 27 accusés à répondre de l'assassinat du jeune Juif, enlevé, séquestré puis torturé trois semaines dans une cité HLM de Bagneux (Hauts-de-Seine), un crime qu'il a reconnu au cours du procès.

L'avocat général Philippe Bilger, d'après le parquet général, a également réclamé 20 ans de réclusion criminelle à l'encontre de Samir Aït Abdelmalek, 30 ans, et de Jean-Christophe Soumbou, 23 ans, considérés comme les associés les plus proches dans la mise en oeuvre du rapt. Il a dénoncé "une bande qui a oeuvré pour le pire", recherchant "de l'argent à n'importe quel prix", selon une source judiciaire ayant assisté au réquisitoire.

D'après l'accusation, l'enlèvement devait cibler des juifs, supposés être "bourrés de thunes". Après 24 jours de calvaire, retenu en otage nu, menotté, bâillonné, Ilan Halimi avait été abandonné au bord d'une voie ferrée dans l'Essonne le 13 février 2006. Il est mort lors de son transfert à l'hôpital. A l'encontre de l'adolescente (17 ans à l'époque) accusée d'avoir attiré Ilan dans le piège en le séduisant, 10 à 12 ans de réclusion ont été demandés à la cour d'assises des mineurs. Philippe Bilger a souhaité que l'excuse de minorité, qui permet de diviser les peines par deux, ne profite ni à elle, ni à l'autre accusé mineur, un des geôliers d'Ilan contre lequel 15 ans ont été requis. L'avocat général a estimé que ces deux jeunes étaient en âge de "savoir faire des choix", selon la même source judiciaire.

 

lundi, 15 juin 2009

Fofana regarde la télé

Par slate.fr, publié le 15/06/09

Le principal accusé dans l'affaire d'Ilan Halimi se nourrit des images de l'actualité.

En prison, les journées sont longues. Surtout lorsqu'on est placé en isolement, ce qui est le cas, depuis près de trois ans, pour Youssouf Fofana, le principal accusé du rapt et de l'assassinat d'Ilan Halimi en 2006, jugé avec 26 autres personnes depuis le 29 avril par la cour d'assises de Paris.

Alors, comme d'autres détenus, Fofana regarde la télévision. Le dimanche matin, par exemple, il suit l'émission de France 2 consacrée au judaïsme, ce qui, selon ses dires, ne fait que confirmer ses sentiments antisémites. «Chaque dimanche matin, je regarde une émission sur les juifs et je me dis, purée, ils me dégoûtent, il faudrait tous les mettre dans le coffre d'une voiture pour les rançonner», écrit-il à un avocat.

Depuis l'ouverture du procès dit du «gang des barbares», le principal accusé cache mal sa frustration, les débats se déroulant à huis clos ce qui le prive d'une tribune exceptionnelle, tant attendue depuis trois ans. Quel écho ont ses provocations régulières? Là aussi, à peine son forfait accompli, Youssouf Fofana se précipite sur son écran de télévision pour en constater l'impact. Il surfe entre chaînes françaises et internationales; il demande à regarder Al Jazeera, et regrette que son nom, ainsi que celui de son avocat, Me Ludot (qu'il aurait récemment révoqué), ne soit pas davantage connu par le public de cette chaîne pan-arabe.

Youssouf Fofana est, à sa façon, lui-aussi un enfant de la télé. Avec ses camarades, c'est la génération «astucieuse», celle des séries télévisées, d'Internet et de jeux vidéos, comme l'expliquera le procureur de Paris, Jean-Claude Marin, peu après le démantèlement de la bande. Commentant les mises en scène accompagnant les photos de l'otage, le magistrat évoquera alors des scènes «connues par ailleurs dans le monde»: l'Irak, l'Afghanistan, le Parkistan, en référence aux prises d'otages d'Occidentaux, notamment celle, dramatique, du journaliste américain Daniel Pearl, à Karachi...

Des images qui ont fait le tour de la Toile. Tout comme, plus récemment, celles du journaliste irakien balançant ses chaussures à la figure de George W. Bush lors d'une conférence de presse à Bagdad. Des images que Youssouf Fofana a certainement vu parce qu'il va répéter ce geste dans ces moindres détails, le 11 juin, en envoyant en pleine audience du tribunal ses baskets en direction des parties civiles. «Il y a tous les juifs du monde dans le box, ce sont mes ennemis. C'est un attentat arabe à la chaussure piégée», a-t-il crié.

Chaussure piégée: connaît-il également l'affaire, elle-aussi très médiatisée, de Richard Reid qui avait dissimulé des explosifs dans ses chaussures dans le but de les faire exploser sur un vol Paris-Los Angeles? A-t-il regardé, comme tant d'autres, les images de la chute de la statue de Saddam Hussein à Bagdad lors de la prise de la ville?  A-t-il remarqué qu'à cette occasion les Irakiens avaient, d'un bel concert, le même réflexe, celui de se déchausser et d'envoyer leurs chaussures, sandales et autres tongs à la figure en pierre du dictateur. Un geste signifiant le mépris et l'humiliation, habituellement réservé aux servantes et aux prostituées, ont expliqué les spécialistes du monde arabe...

Cela faisait plusieurs jours, en tout cas, que Fofana n'avait pas commis de provocation digne d'être rapportée, malgré le huis clos, par les médias. Il voulait sa dépêche AFP, il l'a eue.

Un jour des universitaires se pencheront peut-être sur l'imprégnation de l'esprit de ces jeunes par les images de l'actualité internationale. Ils tenteront certainement d'établir comment ces images ont façonné leur façon d'agir et de penser. Et, qui, d'une certaine façon, ont permis le déchaînement de violence à l'égard de leur otage juif.

Ou comment encore la frontière, à priori étanche, entre la réalité et le petit écran, que cela soit celui de la console ou du poste de télévision, a été allègrement franchie par ces jeunes qui, entre deux joints et un jeu vidéo, ont commis des actes d'une barbarie inouïe. Cela expliquera peut-être leur étonnante décontraction face aux crimes qui leur sont reprochés, leur bonne humeur dans le box et la certitude, pour beaucoup, que tout cela n'est finalement pas si «grave ».

D'ici là, les images du «dehors» continueront à nourrir les provocations à l'intérieur du tribunal et vice-versa. Il reste un peu moins d'un mois jusqu'à la fin du procès, dont le verdict est prévu autour du 10 juillet. Sans parler de la procédure d'appel, bien évidemment. Parce qu'il faut faire durer le plaisir.

 

Alexandre Lévy

jeudi, 11 juin 2009

GANG DES BARBARES : Fofana lance ses chaussures sur les parties civiles

Publié le 11/06/2009 par Le Point.fr (Avec agence)

Fofana lance ses chaussures sur les parties civiles

Youssouf Fofana s'est fait expulser du procès jeudi après avoir lancé ses chaussures en direction des parties civiles © BENOIT PEYRUCQ / AFP

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Youssouf Fofana, assassin présumé d'Ilan Halimi en 2006, jugé depuis six semaines avec 26 coaccusés à Paris, s'est fait expulser du procès jeudi pour la journée, après avoir lancé ses chaussures en direction des parties civiles, indiquent des sources concordantes.

La présidente l'a sommé de demeurer à la "souricière" du palais de justice pour la journée après l'incident survenu dans la matinée.

Seuls trois avocats étaient présents à ce moment-là sur le banc des parties civiles. La famille d'Ilan Halimi était absente et personne n'a été atteint par les chaussures.

"Il y a tous les juifs du monde dans le box [des parties civiles, ndlr], ce sont mes ennemis. C'est un attentat arabe à la chaussure piégée", a affirmé Fofana, selon le compte rendu fait à l'AFP par les avocats témoins de la scène, qui rappelle le jet de chaussures, le 14 décembre dernier, d'un journaliste irakien en direction du président américain George W. Bush.

Le procès se déroule à huis clos depuis le 29 avril devant la cour d'assises des mineurs de Paris.

L'incident s'est produit en deux temps jeudi matin. Après une suspension d'audience consécutive au premier lancer, le chef présumé du "gang des barbares" a répété son geste avec sa deuxième chaussure, ce qui a entraîné l'expulsion.

D'après les avocats des parties civiles, un coaccusé était alors malmené par les questions de l'accusation et Fofana aurait cherché à faire diversion pour maintenir la "loi du silence" qui prévaut dans le box des accusés.

Une explication démentie par Me Emmanuel Ludot, un des défenseurs de Fofana.

"Il n'était absolument pas embarrassé par ce qui se disait à l'audience", a assuré l'avocat, attribuant le lancer de chaussures à la "stratégie de communication" de son client.

"Il veut que son discours soit bien relayé à l'extérieur, il a réussi", a ajouté Me Ludot en confirmant avoir entendu les mêmes propos que ses confrères des parties civiles.

Ilan Halimi, 23 ans, séquestré dans le but d'obtenir une rançon et torturé trois semaines dans une cité HLM de Bagneux (Hauts-de-Seine), a été abandonné au bord d'une voie ferrée dans l'Essonne le 13 février 2006. Il est mort lors de son transfert à l'hôpital.

Le procès doit durer jusqu'au 10 juillet.