lundi, 21 décembre 2009

Konaté, le Tigre de la junte

Jeune Afrique | Par : Cécile Sow


Le général Sékouba Konaté assure l'intérim de Moussa Dadis CamaraLe général Sékouba Konaté assure l'intérim de Moussa Dadis Camara© Seyllou


« Notre président a échappé à un attentat. C’est une honte pour notre nation. C’est une honte pour notre armée. Ce n’est pas le capitaine qu’il faut voir, mais ce qu’il représente. […] Il faudrait qu’on arrive à instaurer la discipline au sein de notre armée. » Le 9 décembre, six jours après l’attaque qui a failli coûter la vie au capitaine Moussa Dadis Camara, le Tigre rugit. « Enfin ! » s’exclament en chœur la population, les leaders politiques et les représentants de la société civile. La radio et la télévision nationales viennent de diffuser le premier message du général Sékouba Konaté. Le ton est ferme. Connu pour sa réticence à s’exprimer en public, le ministre de la Défense, qui faisait le tour des garnisons, a dû se faire violence. Ses nouvelles responsabilités ne lui laissent guère le choix.


Le 4 décembre, à son retour du Liban, où il était en voyage, la confusion la plus totale régnait à Conakry. C’est pourtant tout naturellement que le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD) et le gouvernement ont confié l’intérim du chef de la junte, en convalescence au Maroc, à Konaté, qui est aussi le numéro trois du CNDD et son second vice-président.


Toto avant lui

 

Un choix logique, pour au moins trois raisons. D’abord, parce que c’est grâce à lui que Dadis a pu accéder au pouvoir, le 23 décembre 2008. Ensuite, parce que le général Mamadouba Toto Camara, numéro deux du CNDD, venait de subir une opération chirurgicale au royaume chérifien (comme Dadis !) et n’était pas en mesure d’assurer l’intérim. S’il a été préféré à Konaté il y a un an pour devenir numéro deux de la junte, c’est qu’il était beaucoup plus âgé et plus gradé que lui (le Tigre a été promu général après le 23 décembre). Enfin, parce que Konaté, dont on vante la loyauté et les faits d’armes, a davantage d’influence sur la troupe.


 

Mère d’origine libanaise

 

Ce fils de commandant, qui a suivi plusieurs formations et a été au front, est, avec l’armée, en terrain de connaissance. Né à Conakry en 1964 d’un père malinké musulman, originaire de Kankan (dans l’Est), et d’une métisse libano-guinéenne chrétienne, Konaté a grandi dans un milieu plutôt privilégié. Il obtient son baccalauréat en 1983, entre dans l’armée deux ans plus tard, puis, admis à l’Académie royale militaire de Meknès, part pour le Maroc. En 1990, il rentre au pays. En 1992, il fait un stage à l’École d’application de l’infanterie de Montpellier et suit une formation à l’École des troupes aéroportées de Pau, dans le sud de la France. Plus tard, en 1995, il intègre l’Ecomog, la force d’interposition de la Communauté des États de l’Afrique de l’Ouest (Cedeao), chargée d’assurer la sécurité au Liberia et en Sierra Leone. Il reste à Freetown jusqu’en 1999.

 

Après une nouvelle formation en Chine, il regagne la Guinée en 2000. Il est alors nommé à la tête des « Rangers » (combattants) de Macenta, à la frontière libérienne, qui deviendra le théâtre de violents affrontements entre l’armée guinéenne et des rebelles venus du Liberia et de la Sierra Leone. Son ardeur au combat lui vaut alors le surnom de « Tigre ».

 

Il quitte la zone en 2007, appelé à la rescousse par Lansana Conté : le président guinéen veut mater les mutineries périodiquement fomentées par Moussa Dadis Camara et Claude Pivi, l’actuel ministre de la Sécurité présidentielle, avec qui Konaté entretient aujourd’hui de bonnes relations.

 

En 2008, Conté le nomme commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (Bata), une unité d’élite basée au camp Alpha-Yaya-Diallo. Le 23 décembre 2008, au lendemain de la mort de Conté, c’est au Bata que Sékouba Konaté et Moussa Dadis Camara décident de prendre le pouvoir. C’est le début d’une camaraderie sans histoire jusqu’à la tuerie du 28 septembre 2009.

 

Si, depuis plusieurs mois, des rumeurs faisaient état de désaccords profonds entre les deux hommes en raison de la volonté de Dadis de se présenter à l’élection présidentielle et de conserver le pouvoir, les faits ont montré que le Tigre lui est longtemps resté fidèle. Le 29 mars 2009, lors du premier grand meeting de soutien à la junte organisé au stade du 28-Septembre, il était à ses côtés. Lorsque militaires, policiers et gendarmes, genou à terre, juraient sur le Coran et sur la Bible « fidélité au capitaine Moussa Dadis Camara », il était là, encore et toujours. Et il se rendait régulièrement dans les grandes villes pour y faire l’apologie du CNDD et de son chef. Allant jusqu’à déclarer, le 5 septembre, à Fria (à 160 km de la capitale) : « Si le capitaine s’est présenté à cette élection, c’est parce que vous l’avez réclamé. Il entend respecter la volonté du peuple et le verdict des urnes. »

 

Il avait « Toumba » à l’œil

 

À Conakry, son domicile de Taouyah ne désemplissait jamais. Selon des voisins, des groupes de jeunes et de femmes en ressortaient systématiquement avec des paquets de tee-shirts à l’effigie de Dadis.

 

Ces allées et venues ont cessé après le massacre du stade et l’arrestation avortée du lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, à laquelle Dadis s’est opposée. Selon une source proche du camp Alpha-Yaya-Diallo, cela faisait des mois que le Tigre avait à l’œil le jeune lieutenant. Sa méfiance avait redoublé lorsque, au début de septembre, des militaires avaient accusé Toumba d’avoir emprisonné et torturé des éléments censés être hostiles à Dadis.

 

Ce même mois de septembre, moins de quinze jours avant le drame du stade, le général Konaté défendait encore la cause de son ami Dadis hors des frontières guinéennes. Comme à Paris, où, après quelques réticences, sa délégation avait été reçue par Alain Joyandet, le secrétaire d’État à la Coopération, ainsi que par des conseillers de l’Élysée et du ministère des Affaires étrangères. Outre ce voyage officiel, il en a fait beaucoup d’autres, à titre parfois personnel.

 

Des amis controversés

Depuis la mi-juillet, il s’est rendu plusieurs fois au Maroc pour y passer des examens médicaux. Aucune information officielle n’a jamais été donnée sur son état de santé. Il souffrirait d’une maladie du foie liée à un abus d’alcool. Quant au Liban, son autre destination privilégiée, il y a fait plusieurs voyages d’affaires, organisés par ses amis Roda Fawaz et Ali Saadi, qui y sont consuls honoraires. Malgré leurs fonctions, ces derniers passent la majeure partie de leur temps à Conakry et fréquentent assidûment Konaté. À en croire certaines sources, ils chercheraient ensemble des fournisseurs en riz, en produits pétroliers et en équipements divers. Fawaz a déjà été accusé de trafic d’armes, ce qu’il dément. Saadi et lui passent aussi pour des proches de Lansana Kouyaté, l’ancien Premier ministre, que l’on soupçonne de soutenir Dadis. Konaté s’est également rendu en Turquie et en Ukraine pour y négocier la fourniture de matériels militaires, ainsi qu’au Sénégal et au Gabon.

Aux commandes depuis le 4 décembre, Sékouba Konaté engage une partie périlleuse. La Guinée attend désormais de découvrir la « méthode Sékouba ». Ses proches jurent qu’il mettra toute son énergie à assurer la sécurité du pays et conduire une transition apaisée. « C’est un homme simple, qui n’aime ni le pouvoir ni les honneurs. Ce qu’il veut, c’est recommencer à aller tranquillement dans les maquis avec ses amis », disent-ils…

Article paru dans Jeune Afrique n°2553 du 13 au 19 décembre 2009

samedi, 19 décembre 2009

Comment Dadis a survécu

19/12/2009 | Jeune Afrique | Par : Cheikh Yérim Seck, envoyé spécial à Conakry


Dadis (g), Toumba Diakité (derrière lui) et Sékouba Konaté (centre) en novembre à ConakryDadis (g), Toumba Diakité (derrière lui) et Sékouba Konaté (centre) en novembre à Conakry© APA

 

 

Le 3 décembre, Moussa Dadis Camara a fait l’objetd'une tentative d’assassinat dont il a miraculeusement réchappé. Le général Sékouba Konaté assure depuis l’intérim, mais une chasse aux traîtres est lancée: exactions, pillages, violences en tout genre... La Guinée s'enfonce dans le chaos .

La Guinée souffre. La Guinée tangue. Et s’enfonce peu à peu dans le chaos. L’incertitude règne depuis le 3 décembre dernier et la tentative d’assassinat de Moussa Dadis Camara, le président autoproclamé du pays, suivie de son évacuation vers un hôpital militaire de Rabat, au Maroc.

 

Si Sékouba Konaté, le numéro trois de la junte qui s’est emparée du pouvoir le 23 décembre 2008, assure l’intérim, les Guinéens ne se sont jamais autant sentis livrés à eux-mêmes.

 

Au crépuscule, Conakry, la capitale, prend des allures de ville fantôme. Comme aux pires moments des soulèvements populaires de janvier-février 2007 (qui avaient fait 120 morts), les Conakrykas désertent Kaloum, le quartier administratif et des affaires, dès 17 heures. Dans un tohu-bohu indescriptible rythmé par des coups de klaxon et des scènes de panique, ils se jettent dans des taxis et des magbanas (bus de fortune) pour rejoindre leurs domiciles de Hamdallaye, Cosa, Bambeto, Kaporo, Nongo… avant la nuit. Les tirs sporadiques à l’arme automatique font craindre une escalade à tout moment.

 

Un lourd climat d’insécurité, une absence totale d’État et un nombre d’actes violents sans précédent font du pays un véritable Far West. Affrontements entre militaires et policiers, arrestations arbitraires, règlements de comptes, pillages… tout y passe, au nom de la traque des « traîtres » qui ont tiré sur le chef de la junte.

 

Deux balles dans le dos

 

Le 7 décembre, des hommes du « shérif » Moussa Tiégboro Camara, le très redouté ministre chargé des Services spéciaux, de la Lutte contre la drogue et le grand banditisme, vident leurs chargeurs sur des policiers de la commune de Ratoma, à la périphérie de la capitale. L’incident, qui a fait une dizaine de morts, est survenu à la suite d’une banale dispute. Tombés en panne sèche, les sbires de Camara ont voulu s’emparer d’un véhicule de police en patrouille. L’altercation qui s’est ensuivie a dégénéré en bain de sang.

 

Le même jour, dans l’après-midi, le remuant quartier de Cosa, dans la haute banlieue de Conakry, est le théâtre d’une terrible expédition punitive. Des « bérets rouges » conduits par Claude Pivi, alias « Coplan », le ministre d’État chargé de la Sécurité présidentielle, sèment la terreur. Des passants molestés, des domiciles privés mis à sac sous prétexte de perquisitions pour retrouver les « traîtres », Elhadj Djoubairou Bah, l’imam de la mosquée du quartier, arrêté, un homme abattu de deux balles dans le dos alors qu’il tentait de fuir en voyant le pick-up des bérets rouges stationner devant son domicile… Son tort ? On a soufflé aux militaires qu’il serait l’un des féticheurs attitrés d’Aboubacar « Toumba » Diakité, l’aide de camp de Dadis qui a ouvert le feu sur ce dernier, le 3 décembre.

 

Devenu depuis ce jour l’homme le plus recherché de Guinée – le gouvernement a promis 200 millions de francs guinéens (près de 27 000 euros) et une villa à toute personne qui aidera à le retrouver –, Toumba est celui qu’il ne fait pas bon avoir connu ou approché. Son domicile a été saccagé, tous ses proches qui ont pu être retrouvés ont été arrêtés ou éliminés.

 

Le 5 décembre, plusieurs de ses fidèles (l’adjudant-chef Mohamed 2 Camara, alias « Beugré », commandant du camp Koundara, son adjoint Mohamed Soumah, le sous-lieutenant Mabinty Soumah et le gendarme Alpha Baldé) ont été arrêtés à Pamlap, à la frontière avec la Sierra Leone. Une vidéo des tortures qu’ils ont subies est aujourd’hui entre les mains de l’Organisation guinéenne de défense des droits de l’homme. Quelques heures après son incarcération au camp Alpha-Yaya-Diallo, « Beugré » a trouvé la mort. Officiellement, c’est un suicide.

 

La traque des « traîtres » ouvre la porte à toutes les dérives. Celle du soldat Toumba alimente tous les fantasmes. Une folle rumeur le donne un jour réfugié à l’ambassade de France, le lendemain sain et sauf hors du pays, d’où il aurait fui déguisé en femme. Des témoins soutiennent mordicus l’avoir vu débarquer dans la nuit du 5 au 6 décembre au Tango, un bar prisé du centre-ville. « Il est arrivé vers 2 heures du matin avec des hommes lourdement armés, rapporte l’un d’entre eux. Ils ont acheté quatorze caisses de bière avant de repartir en trombe à bord de pick-up équipés de mitraillettes. »

 

Une junte dans la junte

 

Comment diable un homme que l’on décrit aussi entouré peut-il disparaître dans une presqu’île de Kaloum bouclée, et dont il n’a vraisemblablement pas pu sortir ?

 

Une seule chose est sûre : la Guinée bascule dans l’anarchie depuis ce 3 décembre où Moussa Dadis Camara a perdu patience. Retranché au camp Koundara contrôlé par son ami Beugré, Toumba, qui savait qu’il avait été désigné par ses anciens amis comme le seul responsable du massacre du 28 septembre, refusait de répondre aux coups de fil de Dadis et de se rendre au camp Alpha-Yaya-Diallo, près de l’aéroport, où le chef de la junte le sommait de le rejoindre.

 

Le 3 décembre à la mi-journée, Toumba attaque le PM3 de la gendarmerie. Entré en rébellion et soucieux de garnir sa troupe, il libère des éléments qui y sont détenus et les emmène à Koundara, devenu de facto une nouvelle junte dans la junte. Informé, Dadis quitte Alpha-Yaya-Diallo à 17 h 15, escorté de dix pick-up remplis de bérets rouges. Direction Koundara, au bout de la presqu’île de Kaloum. Il trouve son ex-obligé au milieu de ses hommes, le tire autoritairement par la manche et lui lance : « Tu dois revoir les enquêteurs de l’ONU. Personne n’a dit que tu étais coupable. Va répondre aux questions comme le ministre de la Défense et moi-même l’avons fait. » « Et ton neveu Marcel [lui aussi impliqué dans la tuerie du 28 septembre], ne va-t-il pas lui aussi les rencontrer ? » rétorque Toumba. Alors que le ton monte, ce dernier recule pour dégainer et tirer à bout portant. Le chef de la junte s’écroule, touché à la tête et à l’épaule. Toumba tente de l’achever, mais son chauffeur et l’un de ses gardes du corps, Joseph Mokembo, se couchent sur lui pour le protéger. Ils sont mortellement blessés.

 

Malgré les tirs nourris, une dizaine de bérets rouges réussissent à ramasser Dadis, qui baigne dans son sang, à l’installer, inanimé, dans un pick-up, et à filer vers l’hôpital militaire du camp Samory-Touré, à moins de 1 kilomètre de là. Puis ce qui reste de sa garde rapprochée le transporte par hélicoptère sur la base militaire de Yimbaya, à l’autre bout de la ville, pour le mettre hors de portée de Toumba et de ses hommes.

 

Informé par Kélétigui Faro, le secrétaire général de la présidence guinéenne, le chef de l’État sénégalais Abdoulaye Wade dépêche six médecins militaires à Conakry et propose d’envoyer un avion évacuer Dadis à Dakar. Médiateur du dialogue politique interguinéen, le président burkinabè Blaise Compaoré s’active au même moment pour trouver une terre d’asile médicale à Dadis. Le lendemain, à 11 h 10, un avion décolle de l’aéroport de Gbessia avec, à son bord, outre des médecins, Dadis et Moussa Tiégboro Camara, lui aussi blessé.

Tour des garnisons

Rentré en urgence du Liban où il se trouvait en mission, le 4 décembre, Sékouba Konaté a pris les rênes du pays. D’ordinaire enclin à pousser un tiers sur le devant de la scène pour mieux tirer les ficelles, il ne pouvait plus se dérober : Mamadouba Toto Camara, le numéro deux de la junte, avait précédé Dadis de plusieurs jours au Maroc pour y recevoir des soins médicaux.

Le 9 décembre, Konaté fait le tour des garnisons de Conakry et tient un discours de fermeté. Le nouveau président par intérim prend peu à peu le pouvoir dans un contexte lourd de dangers, pour lui-même et pour la Guinée.

vendredi, 18 décembre 2009

Le destin de la Guinée entre les griffes du « Tigre »

Le général Sékouba Konaté, nouvel homme fort du pays


L’homme n’aime pas les grands discours. A l’inverse du capitaine Moussa Dadis Camara, le général de brigade Sékouba Konaté est avare de paroles et méfiant vis-à-vis des médias. Ce colosse de 43 ans, qui assure l’intérim du chef de la junte guinéenne grièvement blessé, a gagné son surnom de « Tigre » sur le front. Il est l’officier le plus respecté de la troupe. Il a lors de son premier discours télédiffusé annoncé sa volonté de changement et de remettre l’armée au pas. Peut-il faire basculer le destin de la Guinée ?

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par Franck Salin (Source : afrik.com)

 

« Soyons une armée républicaine. Notre pays a trop souffert, la population civile a trop souffert des agissements de certains de nos camarades », lançait le général Sékouba Konaté mercredi au militaires guinéens. Ces propos, diffusés par la télévision nationale, rejoignent le sentiment général du peuple guinéen qui espère, en effet, que les militaires jouent leur rôle – protéger les citoyens –, plutôt que d’être une menace permanente. Le 28 septembre, plus de 150 personnes, rassemblées pour protester contre les velléités du président auto-proclamé Moussa Dadis Camara de se présenter aux élections, périssaient à Conakry sous les balles et les coups des bérets rouges et de leurs acolytes. Plusieurs agressions et actes de vandalisme commis par des militaires ont été signalés ces six derniers mois. Une situation qui plonge la population dans la peur et la pousse à nourrir une méfiance certaine vis-à-vis d’une armée qui, au fil des cinquante dernières années, a accumulé un lourd passif.

 

Le général Konaté a appelé les soldats à « la cohésion » et à la « discipline », laquelle, concède-t-il, « était complètement bafouée ». Un bilan et des prescriptions que son prédécesseur avait déjà formulés et notifiés à la troupe, mais sans succès. « C’est une armée où un soldat ne connaît pas son unité organique, c’est une armée où un caporal peut dire merde à son colonel ! », aimait à répéter le capitaine Dadis Camara pour justifier son impuissance et la nécessité qu’il y avait à réformer la Grande muette. Le général Konaté parviendra-t-il à lancer cette réforme que n’a pu initier son prédécesseur ? Il en affiche en tout cas la volonté. « Nous avons quatre priorités, a-t-il expliqué hier à ses hommes : la reconstruction des camps (militaires), la formation des hommes, l’équipement des hommes et le renforcement de la discipline, parce qu’un militaire sans formation, c’est un criminel ». Parmi ses priorités également, la capture de celui que la junte considère comme l’ennemi public numéro un, le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité qui a blessé grièvement à la tête, jeudi dernier, Moussa Dadis Camara auprès duquel il occupait le poste d’aide de camp. « Nous ne devons plus laisser des gens indésirables agir en notre sein », a déclaré le général Konaté à ses soldats en armes, faisant allusion à Toumba et à ceux qu’il qualifie de « mauvaises graines ».

Photo : Moussa Dadis Camara et Sékouba Konaté / Par Franck Salin, le 3 octobre 2009 à Conakry, Guinée

Un soldat de l’élite militaire guinéenne


 

Proche de Dadis Camara, qu’il a soutenu lors de sa prise de pouvoir le 23 décembre 2008, après la mort du général Lansana Conté, Sékouba Konaté était considéré comme l’homme fort de l’armée guinéenne et avait hérité du portefeuille de la Défense au sein du gouvernement mis en place par le Conseil national pour la démocratie et le développement (CNDD, organe politique de la junte). Le président Dadis Camara lui-même ne tarissait pas d’éloge pour celui dont le bureau, au camp Alpha Yaya Diallo, se trouvait à l’étage au-dessus du sien. Nombreux à Conakry allaient même jusqu’à dire que le pouvoir réel était entre ses mains, tandis que Dadis se contentait d’assurer la communication du nouveau régime. Cependant, il est plus vraisemblable qu’il existât une partition négociée du pouvoir entre les deux hommes. Une partition d’autant plus appropriée au sein d’une armée où les clans et les tensions ethniques étaient patents. Les ethnies forestières (dont le groupe Guersé auquel appartient Dadis Camara) et Malinké (dont est issu Konaté, qui serait aussi proche des Soussou avec lesquels il a passé une partie de sa jeunesse à Conakry) composent la majorité du contingent militaire guinéen [1]. L’alliance des deux hommes pouvait garantir un certain équilibre et satisfaire le gros de la troupe.

 

Désormais au sommet de l’Etat, le général de brigade Sékouba Konaté, ancien commandant du Bataillon autonome des troupes aéroportées (BATA, unité d’élite de l’armée guinéenne, basée au camp Alpha Yaya Diallo), peut néanmoins compter sur son autorité naturelle et ses états de service pour se faire respecter et imposer ses vues. Ce militaire à la carrure imposante, peu causant, grand spécialiste du combat rapproché, a intégré l’armée en 1985, à l’âge de 19 ans. Il reçoit alors une formation de base, qu’il complète à l’Académie royale de Meknès au Maroc. Il poursuit sa formation en France. En 1996, il suit les cours du Brevet de chef de section Parachutiste à Pau et des cours d’entraînement du 1er degré à Mont-Louis. La même année, il est nommé commandant-adjoint du Détachement des parachutistes à la 2ème région militaire de Labé, au nord de la Guinée. Quelques années plus tard, en Chine, il reçoit des cours supérieurs de guerre. Mais c’est au front qu’il a gagné son surnom de « Tigre » et le respect de ses hommes, en menant entre 2000 et 2002 des actions le long des frontières sud et sud-est de la Guinée contre des bandes armées venues du Sierra Leone et du Liberia, et en participant à la Mission des Nations unies en Sierra Leone (UNAMSIL).

 

Konaté fera-t-il mieux que Dadis ?

La mise à l’écart forcée de Moussa Dadis Camara et d’un autre homme fort du régime, Mamadouba « Toto » Camara (1er vice-président du CNDD et ministre de la Sécurité), tous deux grièvement blessés à Koundara lors de l’altercation avec Toumba et les hommes du bataillon autonome de la sécurité présidentielle (BASP), pourrait bel et bien ouvrir une nouvelle ère. Nul ne peut dire, aujourd’hui, quand Dadis Camara reviendra en Guinée ni s’il reviendra. Accueilli favorablement par la majorité de la population et la communauté internationale l’année dernière, il s’est trouvé discrédité à leurs yeux suite au massacre du 28 septembre et à sa volonté affichée de se maintenir au pouvoir. Son hospitalisation au Maroc et la fuite de Tomba Diakité (désigné comme celui qui a coordonné le massacre à l’intérieur du stade du 28 septembre – l’identité du commanditaire reste sujet à débat), règlent a priori deux problèmes politiques majeurs. Soulagé de ces poids, le général Konaté apparaît à la communauté internationale comme une alternative acceptable. Les Américains ont d’ailleurs exprimé, hier, leur position. « Nous ignorons si (Camara) reprendra le pouvoir, mais dans l’intervalle nous tendons la main à Konaté (...). Nous pensons que des progrès (vers un gouvernement civil) peuvent être accomplis avec (Konaté) dans le cas où Camara ne reviendrait pas », a dit un diplomate américain à l’AFP, sous couvert d’anonymat. Et le sous-secrétaire d’Etat adjoint pour l’Afrique, Michael Fitzgerald, qui doit participer dimanche à une réunion du groupe international de contact sur la Guinée, a déclaré à l’agence Reuters que, même s’il était « trop tôt » pour le savoir, le général Konaté ne lui donnait pas l’impression, contrairement à son prédécesseur, de vouloir s’éterniser sur le fauteuil présidentiel. Par ailleurs, des rumeurs lui attribuant des ennuis de santé confortent, pour certains, l’idée qu’il ne cherchera pas à rester en poste ad vitam aeternam.

Le général Konaté confiera-t-il le pouvoir à la société civile et à ses leaders politiques ? La question reste entière. Et l’exemple laissé par le général Lansana Conté aux jeunes générations de militaires ne pousse pas à l’optimisme. Néanmoins, si transition démocratique il y a un jour, il est à peu près sûr qu’elle n’aura pas lieu dans l’immédiat, les priorités affichées du « Tigre » étant tout autres.

[1] Les Soussous et les Peuls sont minoritaires dans l’armée guinéenne qui compterait quelque 50 000 hommes.

La Guinée aux prises avec une grave pénurie de carburant

Les prix flambent à la pompe


L’essence est devenue introuvable en Guinée. Les premiers signes de la pénurie ont apparus dans la nuit du mercredi au jeudi dernier. De longues files de véhicules étaient massées dans les différentes stations d’essence hier à Conakry. La crise ne semble pas prête d’être jugulée.

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vendredi 18 décembre 2009 / par Ismaël Kabiné Camara (Source : afrik.com)

Notre correspondant en Guinée

En faisant un tour à travers Conakry, l’on se rend compte que toutes les stations d’essence ou presque sont fermées. Et celles qui sont ouvertes ne disposent que du gazole. Les répercussions de cette pénurie ne se sont pas faites attendre. Les rues de Conakry, d’ordinaire toujours embouteillées, sont quasiment fluides. Les taxis circulent moins en ce jour du vendredi 18 décembre. Du coup, les déplacements sont devenus un casse-tête chinois.


Sur le marché noir, c’est le printemps des recettes. Le litre d’essence s’arrache à 7000, 8000 francs guinéens contre 4500 francs guinéens, le prix officiel à la pompe. Pour expliquer les causes de la pénurie, de sources proches du ministère du Commerce, on parle du retard du navire chargé de la livraison du carburant. Les mêmes sources précisent que, sous peu, ledit navire va accoster au large de Conakry.


Mais dans les rues de Conakry, la rumeur d’une éventuelle augmentation a été largement répandue. Or, les conditions de vie étaient déjà très difficiles, le prix des produits de première nécessite ayant augmenté ces derniers mois. La question que beaucoup de Guinéens se posent aujourd’hui est de savoir combien de temps durera cette crise du carburant. Cette dernière intervient au moment où le pays traverse une autre crise, politique, suite à la tentative d’assassinat du leader de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, qui suit depuis le 4 décembre des soins intensifs au Maroc.

Viols en Guinée : des femmes auraient été payées pour faire de faux témoignages

vendredi 18 décembre 2009

La commission nationale indépendante d’enquête chargée d’élucider les circonstances du massacre d’opposants guinéens du 28 septembre dernier a enregistré « 33 cas de suspicion de viols ». Des femmes auraient reçu de l’argent pour faire de faux témoignages. L’annonce a été faite ce mercredi 16 décembre 2009, lors d’une conférence de presse.

« Nous avons été informés que la plupart des femmes qui ont témoigné devant la commission internationale d’enquête mise en place par l’Onu sont des femmes corrompues qui, selon nos informations, ont chacune reçu 400 000 francs guinéens (50 euros) pour leurs témoignages », a indiqué le Président de la commission nationale d’enquête, Siriman Kouyaté, chargée de faire la lumière sur le massacre du 28 septembre, à Conakry.

Fait qui sème le doute sur plusieurs témoignages. Selon Siriman Kouyaté, « la commission nationale d’enquête n’a rencontré aucune de ces femmes ». Cette commission, qui a été mise en place au début du mois de novembre dernier, avoue avoir rencontré « des difficultés à auditionner les témoins parce qu’ils refusent de venir témoigner » sur ce qui s’est réellement passé ce jour-là. Dans son rapport, la commission a fait ressortir que « 33 cas de suspicion de viols » ont été enregistrés.

Des témoins et plusieurs Organisations non gouvernementales sont formels : des viols collectifs ont été perpétrés le 28 septembre à Conakry par des bérets rouges de la garde présidentielle.

En octobre, l’Onu a institué une commission internationale d’enquête qui a passé une dizaine de jours en Guinée, mais n’a pas encore rendu son rapport.

Kpénahie Traoré

Fasozine

 

jeudi, 17 décembre 2009

Autopsie d'un massacre

17/12/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Pierre-François Naudé


Un policier, le 2 octobre 2009 à Conakry, près des corps de victimes du massacre du 28 septembreUn policier, le 2 octobre 2009 à Conakry, près des corps de victimes du massacre du 28 septembre© AFP

 

Le rapport complet de l'ONG Human Rights Watch sur les massacres du 28 septembre en Guinée vient de paraître. Ce qu'il révèle fait froid dans le dos.

Âmes sensibles, s’abstenir. Basé sur 240 témoignages de survivants, le rapport complet de Human Rights Watch (HRW) sur les massacres du 28 septembre au stade de Conakry a été publié aujourd’hui. Il fait frémir d’horreur. Principaux extraits de 43 pages où est raconté par le menu comment une « armée » devient le bourreau de son propre peuple.

Pas de refus officiel

Le rassemblement de l'opposition au stade de Conakry avait pourtant reçu l’aval des autorités. Avant de changer d’avis le 28 septembre, vers une heure du matin - lors d’un échange téléphonique avec Sidya Touré, président du parti d’opposition de l’Union des forces républicaines (UFR) -, Moussa Dadis Camara, le chef de la junte, avait même donné son accord.

« Le 19 septembre, il nous a donné sa permission », affirme Jean-Marie Doré, dirigeant du parti d’opposition l’Union pour le progrès de la Guinée (UPG). Dadis avait d’ailleurs publiquement déclaré à plusieurs reprises qu’il n’utiliserait pas l’armée contre la population, contrairement à ce qu’avaient fait ses prédécesseurs.

« Vers 11 heures, nous sommes tous entrés dans le stade par la porte principale. Ce fut une merveilleuse atmosphère... de danse dans la joie. On scandait : « Vive la nation, nous voulons la liberté » », dit un commerçant de 39 ans. Mais l’ambiance joyeuse n’allait pas durer.

Les acteurs du massacre

Un peu avant 11h30, des centaines de soldats de la Garde présidentielle, des gendarmes de l’Unité chargée de la lutte anti-drogue et du grand banditisme, des membres de la police anti-émeute et des dizaines de miliciens en civil (armés de couteaux, de bâtons et de machettes, exhibant fièrement leurs fétiches et provenant en majorité de groupes ethniques de la région forestière du sud-est de la Guinée), arrivent à proximité du stade. Ce sont les principaux acteurs du massacre à venir. Ils sont respectivement sous le commandement des officiers suivants :
-    le lieutenant Aboubacar « Toumba » Diakité, l’ex-aide de camp et garde du corps personnel de Dadis Camara, assistés par le second lieutenant Marcel Kuvugi et par le capitaine Claude Pivi, dit Coplan, le commandant le plus haut gradé de la force des Bérets rouge, en charge de la sécurité présidentielle
-    le capitaine de gendarmerie Moussa Tiégboro Camara
-    Ansoumane Camara, commandant la Compagnie mobile d’intervention et de sécurité (CMIS)

« Les vrais salauds et les chiens enragés »

Dans le rapport de HRW, un étudiant de 22 ans décrit le début du martyre des opposants : « Les militaires ont immédiatement commencé à tirer directement dans la foule. (…) L’un d’eux a dit : « Si vous pensez que la Guinée appartient aux Peuls et aux Malinké, aujourd’hui, vous allez apprendre qui sont les vrais salauds et les chiens enragés ». D’autres témoignages sont tout aussi accablants.

Une femme d’affaires de 51 ans : « J’ai vu près de la porte un garçon de 13 ou 14 ans qui recherchait à s’évader. Un Béret rouge s’approcha avec son arme dirigée vers lui. J’ai entendu le garçon crier : « Mon oncle, mon oncle ... tu vas me tuer.... Mon oncle, non, tu ne vas pas me tuer, n’est-ce pas ? » Mais il le tua... »

Autre scène de meurtre, décrite par une étudiante de 19 ans. « Un vieil homme était en train de prier, parce que dans la foi musulmane, si vous allez mourir, il faut prier avant de mourir. Il était en train de prier et un Béret rouge s’approcha de lui et tira dans la tête avec un pistolet. »

Bilan du carnage : entre 150 et 200 morts selon HRW (57 selon la junte...) et plus de 1 400 blessés par balle ou par armes blanches - coups de couteau, de baïonnette ou de machette. Les coups de crosse, de bâton ou de matraque, les coups de poing ou les coups de pieds pleuvent également sur les manifestants sans défense. Des dizaines de femmes sont violées.

« Ce sont mes filles, laissez-les ! »

« À la mi-octobre, 63 victimes de violences sexuelles avaient été identifiées par une coalition de groupes de défense de la santé et des droits humains », indiquent les auteurs du rapport. Mais on suppose que de nombreuses victimes ne se sont pas encore exprimées, par peur d’être stigmatisées. D’autres encore n’ont même plus la possibilité de parler, assassinées d’une balle dans la tête ou dans le ventre après leur viol.

Quelques témoignages, parmi d’autres. « À environ trois mètres, une autre femme avait été violée. Lorsqu’ils ont fini, l’un d’eux a pris sa baïonnette et l’enfonça dans son vagin puis lécha le sang qui s’y trouvait », dit une enseignante de 35 ans. D’autres femmes sont violées avec des objets tels que des bâtons, des matraques, des chaussures, des crosses de fusil, des couteaux et des baïonnettes… Une vieille femme, tentant de s’interposer entre les militaires et deux jeunes filles, s’écrie : « Ce sont mes filles, laissez-les ! ». On lui coupe le sein droit avant de l’abandonner pour morte.

Fosses communes

Le rapport de HRW rapporte également les témoignages d’équipes médicales et de militaires. Ces derniers expliquent que la junte a tenté de minimiser le nombre réel des victimes – officiellement de 57 morts – en cachant « de manière systématique les preuves de leurs crimes ». Après le massacre, la Garde présidentielle a enlevé les corps à bord de camions militaires et a pris le contrôle des deux principales morgues de Conakry situées dans les hôpitaux de Donka et Ignace Deen, selon de nombreux témoignages. La moitié des familles de plus de cinquante personnes décédées, interrogées par HRW, n’ont pas retrouvé les corps de leurs proches.

« Les soldats sont partis dans un camion militaire à 19 heures à Ignace Deen, et ont pris les corps de la morgue », explique un militaire du camp militaire d’Almamy Samory Touré. « Je les ai entendus parler de l’opération. Je connais les deux commandants qui ont dirigé le groupe qui s’est rendu à l’hôpital. »

Rapport de la commission d'enquête

Le rapport de Human Rights Watch a été réalisé après une enquête de dix jours en octobre dernier auprès de 240 témoins.

Une commission d'enquête de l'Onu a été dépêchée à la fin de novembre à Conakry pour faire la vérité sur les massacres du 28 septembre. Son rapport a été remis à Ban ki-Moon, qui devrait le communiquer au Conseil de sécurité, à l'Union africaine et aux autorités guinéennes dans les jours qui viennent.

Libéria : arrestation d’un journaliste et de son imprimeur pour un article sur la Guinée

Un journaliste et un imprimeur libériens sont détenus depuis plusieurs jours à Monrovia, pour avoir publié un article accusant la présidence libérienne dirigée par Ellen Johnson Sirleaf, de soutenir des opposants guinéens pour renverser la junte, rapporte TV5 Monde. Reporters sans frontières a demandé ce mercredi "la remise en liberté provisoire" du journaliste Mickael Makinde et de son imprimeur Syrenius Cephys, travaillant tous deux pour le quotidien libérien Plain Truth.

Jeudi 17 Décembre 2009 - Source: afrik.com

mercredi, 16 décembre 2009

La Guinée, en pleine confusion, songe à l'après-Dadis

LE MONDE | 16.12.09 |

 

Conakry veut tourner la page du "capitaine président" Moussa Dadis Camara. Victime d'une tentative d'assassinat, le 3 décembre, par son aide de camp, "Toumba", le chef de la junte ne s'est toujours pas adressé à son pays.

Depuis son hospitalisation au Maroc, son état de santé est le secret le mieux gardé de Guinée. L'absence prolongée de celui qui cumulait les pouvoirs et une impopularité grandissante, depuis son coup d'Etat du 23 décembre 2008, finit par nourrir l'espoir d'une amélioration de la situation. Sans lui.


Des portraits de Dadis Camara (au centre), de Lansana Conté (à gauche) et de Sékou Touré (à droite) à Conakry, le 9 décembre 2009.REUTERS

Des portraits de Dadis Camara (au centre), de Lansana Conté (à gauche) et de Sékou Touré (à droite) à Conakry, le 9 décembre 2009.


Le pays plonge dans le chaos depuis l'arrivée de Dadis Camara. Le 28 septembre, au moins 150 opposants ont été tués par des militaires lors d'une réunion dans un stade de la capitale. Puis il y eut le sanglant face-à-face de décembre entre Dadis Camara et son "ami", Aboubacar Sidiki Diakité, dit "Toumba".

"Dadis était le problème, c'est lui qui bloquait tout. Toumba a trouvé la solution. Et même s'il n'est pas mort, la donne a changé", veut croire Faudé Marega, ancien ministre de la réconciliation. Le massacre du 28 septembre a en effet poussé le chef de la junte dans un coin. Mis au ban des nations, y compris par les pays voisins et les organisations régionales africaines, il s'est aussi isolé sur la scène guinéenne.

Rejeté par un large front politique et syndical, réprimé le 28 septembre, "Dadis" s'est replié sur un noyau dur de fidèles souvent issus, comme lui, de sa communauté de Guinée forestière, (environ 7 % des quelque 10 millions de Guinéens). Ses frasques ont aussi lassé une population éreintée par la misère et qui attendait des miracles. Mais l'homme, poussé par "une inspiration divine", s'est entêté à se voir en sauveur de la nation après avoir juré n'avoir ramassé le pouvoir, dans les heures suivant la mort de Lansana Conté, que pour le rendre le plus rapidement possible aux civils.

"On se disait que Dadis pourrait bien finir dans un fossé, mais personne ne s'attendait à ce qu'un de ses amis lui tire dessus. Le système a montré ses faiblesses", souligne le docteur Marega. Toumba aurait agi ainsi après avoir appris que son chef rejetait sur lui la responsabilité de l'organisation de la tuerie du 28 septembre. Une tuerie de "plusieurs centaines d'opposants (qui) constitue vraisemblablement des crimes contre l'humanité", selon le rapport de l'ONG Human Rights Watch, qui doit être publié le 17 décembre.

"Toumba est aujourd'hui en fuite, on le recherche activement mais il ne représente plus une menace", explique une source au sein des services de renseignement guinéens. "Une centaine de personnes", selon cette source, ont été arrêtées. "On ratisse large", ajoute-t-elle. Des proches de Toumba, une partie des hommes de la sécurité présidentielle mais aussi de lointaines relations ont été interpellés. "Le marabout de "l'invincible" Toumba bardé de grigris a même été sommairement exécuté", assure un de nos interlocuteurs à Conakry.

En attendant un retour hypothétique du chef de la junte, un autre de ses "amis" assure l'intérim du pouvoir : le ministre de la défense et général Sékouba Konaté, un colosse taiseux aguerri aux conflits de Sierra Leone et du Liberia au début des années 2000. "Il n'a pas d'ambition politique de Dadis, affirme Mamadou Aliou Barry, spécialiste de l'armée guinéenne, il pourrait donc très bien organiser une transition courte vers un pouvoir civil." C'est ce qu'ont de nouveau réclamé, dimanche 13 décembre dans la capitale du Burkina Faso, les grandes puissances et les organisations régionales qui redoublent d'efforts pour presser un pouvoir guinéen qu'elles sentent affaibli.

L'efficacité de ces pressions est notamment liée au sort de Dadis Camara. "Konaté est fidèle, il ne passera pas sur l'autorité de son commandant en chef des armées", tempère un observateur. Depuis qu'il assure l'intérim, "El Tigre" ne sort d'ailleurs pas de ses attributions ministérielles : "Instaurer le calme entre tous ces clans ethniques regroupés dans une armée guinéenne qui n'en a que le nom", précise Aliou Barry.

Trafics divers

"El Tigre" court donc de caserne en caserne. Tout en évitant de s'attarder au camp Alpha Yaya. Dadis en avait fait sa résidence présidentielle mais le camp semble aujourd'hui sous le contrôle d'un autre "ami" de Dadis, Claude Pivi.

Comme d'autres, y compris des civils, ce petit officier promu au rang de ministre de la sécurité présidentielle au sein de la junte (le Conseil national pour la démocratie et le développement, CNDD) a beaucoup à perdre de la disparition de son mentor et d'une éventuelle démocratisation du pays : son immunité devant la justice et les juteux profits de trafics divers.

Sékouba Konaté, lui, décline inlassablement le même message : respect de la hiérarchie, unité de la nation et discipline. Le discours est basique mais sincère. "Il faut rompre avec ce système dans lequel une poignée de militaires incompétents contrôle tout - l'armée, l'économie, l'administration", s'insurge un haut fonctionnaire du ministre des finances.

Officiellement pourtant, l'heure n'est pas à la rupture. A tout propos, Sékouba Konaté souligne qu'il s'entretient "trois ou quatre heures par jour au téléphone" avec Dadis. A l'entendre, il se rétablirait dans l'hôpital militaire de Rabat après une opération à la tête. Dadis Camara, d'un naturel si bavard, n'a pourtant pas dit publiquement un mot. Et à la fin de chaque jour de silence présidentiel, on se dit à Conakry que le capitaine Dadis pourrait bien ne jamais revenir, mais que l'annonce ne sera faite que lorsque la situation sera stabilisée.


Christophe Châtelot (Conakry Envoyé spécial)

 

3 avril 1984
Lansana Conté succède à Sékou Touré, président depuis l'indépendance en 1958.

22 décembre 2008
Mort de Lansana Conté.

23 décembre
Des officiers, conduits par le capitaine Dadis Camara, prennent le pouvoir.

28 septembre 2009
Au moins 150 opposants sont massacrés dans un stade de Conakry.

3 décembre
Aboubacar Sidiki Diakité, dit "Toumba", aide de camp de Dadis, tente de l'assassiner.

 

Réfugié dans un lieu tenu secret depuis sa tentative d'assassinat dirigé contre le chef de la junte, "Toumba" Diakité s'est expliqué sur Radio France Internationale, mercredi 16 décembre. Il affirme que "Dadis" voulait lui faire porter la responsabilité des massacres du 28 septembre, alors qu'il nie en être l'instigateur. Il assure que la répression, planifiée par Dadis en personne, a été conduite par l'armée, la police, la gendarmerie, ainsi que par des centaines de jeunes recrues habillées en civil et infiltrées dans la manifestation.

Toumba affirme que c'est lui, au contraire, qui a exfiltré les politiques pour les sauver.

Exclusivité RFI / L'ex-aide de camp du président Dadis Camara, Toumba Diakité, s'explique sur son geste

Article publié le : mercredi 16 décembre 2009

Le lieutenant Aboubacar «Toumba» Diakité, le 2 octobre 2009.
AFP / Seyllou



Par RFI

Le 3 décembre 2009, Toumba Diakité a tiré sur le président Camara au camp Koundara de Conakry en Guinée. Aboubacar Sidiki Diakité dit «Toumba» Diakité qui est en fuite et que RFI a pu joindre au téléphone, nous explique le pourquoi de son geste.

Le 3 décembre 2009, Toumba Diakité a tiré sur le président Camara au camp Koundara de Conakry. Depuis Dadis Camara qui a reçu une balle au niveau de la nuque côté droit (selon Toumba) est soigné à Rabat au Maroc.

Le Lieutenant Toumba : "pourquoi j'ai tiré"
15/12/2009
Aboubacar Sidiki Diakité dit « Toumba » Diakité qui est en fuite et que RFI a pu joindre au téléphone, nous explique que le président voulait le trahir en lui faisant porter l'entière responsabilité des événements du stade le 28 septembre où les forces armées guinéennes ont massacré entre 150 et 200 manifestants. Mais entre les deux hommes il y avait un pacte de « non-trahison ».
Toumba se dit innocent des événements du 28 septembre
16/12/2009
Toumba Diakité affirme qu'il n'est en rien l'instigateur et l'organisateur de cette répression qui selon lui a été conduite par les Bérets rouges, l'armée, la police et la gendarmerie ainsi que des centaines de jeunes éléments infiltrés parmi les manifestants. Selon lui, ces éléments avaient été envoyés par le président en personne et étaient dirigés par certains de ses adjoints. Toumba dit, ce qui est corroboré par les leaders de l'opposition, que c'est lui au contraire qui a exfiltré les politiques pour leur éviter d'être tué par les soldats.

Le lieutenant Toumba explique que Dadis Camara avait ordonné à son adjoint, le lieutenant Marcel Guilavogui, de diriger les opérations contre les leaders politiques présents à la manifestation. L'opération de répression avait été planifiée, selon lui, par la présidence et le ministre en charge de la Sécurité présidentielle, Claude Pivi. Il explique aussi que la junte avait infiltré plusieurs centaines de jeunes recrues en civils parmi les manifestants.

Le lieutenant Toumba raconte les événements de la journée du 3 décembre
16/12/2009
Le lieutenant Toumba revient sur cette journée tragique du 3 décembre où il a tiré sur Dadis Camara. Celui-ci voulait, dit-il, le faire arrêter dans son camp, le camp Koundara.
tags : Guinée - Moussa Dadis Camara

GUINEE : Le Général Konaté rassure, la population attend...

mercredi 16 décembre 2009

Le 11 décembre, une délégation des Forces vives de la nation a rallié Ouaga, la capitale du Burkina Faso, sur invitation du Groupe international de contact sur la Guinée qui entend mettre face à face le président Blaise Compaoré, les acteurs des Forces vives et leurs propositions respectives de sortie de crise. Des sources proches du Groupe international indiquent qu’à cette rencontre placée sous la coupe de la CEDEAO, il ne devrait pas être question de négociations entre Blaise Compaoré et les Forces vives de la nation. Ils ne sont pas protagonistes. Il était question de convaincre le médiateur à reconsidérer sa première mouture de sortie de crise qui avait fait râler les Forces vives et fait jubiler les délégués de la junte.

 

Une fois que le groupe de contact, le médiateur et les Forces vives seront au même niveau de compréhension de la situation actuelle, le trio va tirer les leçons de l’urgence de la sortie de crise et envisager une nouvelle démarche. En adoptant cette nouvelle stratégie, le Groupe international de contact n’avait pas pris en compte la participation du CNDD à cette troisième phase de négociation prévue à Ouaga. Et pour cause. La semaine dernière, répondant à des questions des journalistes de la radio télévision nationale, Idrissa Chérif, ministre de la Communication auprès de la présidence de la République et du ministère de la Défense nationale, a fait savoir que « ce qui préoccupe le CNDD en ce moment, c’est l’état de santé du capitaine Moussa Dadis Camara.

 

Pas les négociations de Ouaga ». Il a ajouté avec de l’énergie dans le ton « qu’on ne peut pas aller à une négociation à Ouaga sans l’aval du président Moussa Dadis Camara ». Enfin, comme pour calmer les esprits, Idrissa Chérif a promis que « les négociations de Ouaga ne sont pas bannies, mais suspendues jusqu’au retour en Guinée du capitaine Moussa Dadis Camara". Idriss Chérif avait profité de cette occasion pour indiquer que le CNDD soupçonne fortement les services secrets français d’avoir contribué à l’attentat contre El Dadis. Il n’a pas manqué de déclarer que les propos de Mohammed Ibn Chambas selon lesquels « le président Dadis Camara est un problème, mais pas une solution » est une attaque violente contre la Guinée. Pour Idrissa Chérif, Ibn Chambas n’a pas le droit de s’acharner sur la Guinée à travers des déclarations fracassantes dans la mesure où « il n’est ni un ministre, ni un président de la république d’un pays membre de la CEDEAO ». Idrissa Chérif a mis en garde Ibn Chambas, indiquant qu’en temps opportun, le gouvernement guinéen va écrire à la CEDEAO pour demander à l’institution de demander à Ibn Chambas d’aller voir ailleurs et de laisser les Guinéens avec leurs salades.

 

Dans la même soirée, sur les mêmes ondes, à travers un même langage et une même fougue, le commandant Moussa Keita, le secrétaire permanent du CNDD, a remis ça en disant que Mohammed Ibn Chambas n’a pas le droit de planter ses choux dans la transition guinéenne. Il a réitéré la déception du CNDD de voir Ibn Chambas s’en prendre à la transition, à El Dadis et à la Guinée. Il a aussi assuré que si Ibn Chambas ne met pas de l’eau dans son vin, le CNDD va suspendre sa participation à la médiation de la CEDEAO. Ces mots prononcés à Conakry par deux "en haut de en haut" de la junte sont tombés dans des oreilles attentives à Abuja. Ainsi la CEDEAO a-t-elle programmé la rencontre de Ouaga qui ne prenait pas en compte le CNDD. Revirement de situation, deux jours après ces déclarations, Alexandre Cécé Loua, le ministre des Affaires étrangères est monté au créneau pour une série de mises au point.

 

Il a juré la main sur le palpitant que la Guinée ne soupçonne nullement la France d’avoir trimé dans la tentative d’attentat contre El Dadis. De même, il a dit que le CNDD n’entend pas suspendre sa participation dans la médiation de la CEDEAO, encore moins dans tout processus axé sur la recherche d’une solution apaisée au problème guinéen. C’est absurde et totalement infondé, a-t-il dit. Et des petits malins terrés à Conakry de rire sous cape et d’en déduire que ces propos de Alexandre Cécé Loua disqualifient de facto Moussa Keita et Idrissa Chérif désormais priés de ne pas parler au nom de la junte sans se référer à qui de droit. Il semble même qu’au nom d’une Commission interministérielle sur la crise en Guinée, le Premier ministre Kabiné Komara a écrit une missive à l’attention d’Idrissa Chérif pour lui dire de s’abstenir désormais de toutes déclarations sans se référer au Comité interministériel.

 

Pour bien des aigris, ces mises au point sont les premiers signes de désapprobation du CNDD contre les déclarations en désordre des membres de la junte. Et Dieu sait que ces derniers temps, des déclarations à l’emporte-pièce ont été faites à la pelle servies par des porte-voix du CNDD. La recréation est terminée, il faut mettre de l’ordre dans la maison. Le général Sékouba Konaté, ministre de la Défense nationale et le Premier ministre Kabiné Komara ont-ils l’intention de mettre balle à terre pour la suite de la transition ? Tout porte à le croire. En tout cas, les récents speechs du général Konaté dans les garnisons militaires sont perçus par bon nombre de Guinéens comme le signe d’un départ apaisé pour une alternance démocratique. Il a demandé aux militaires de ne plus investir les quartiers de Conakry joujoux de feu en main, pour tuer, blesser ou arnaquer. Il a rappelé la mission du soldat qui consiste à sécuriser les citoyens et leurs biens et à veiller à la défense de l’intérêt supérieur de la Nation. Bon nombre de Guinéens estiment que les propos du général Sékouba Konaté rassurent et qu’ils vont peser sur la balance pour amener à la paix et la réconciliation nationale.

 

A Ouaga aussi, le Groupe international de contact sur la Guinée entend œuvrer à mettre sur la même table les protagonistes, les amener à conjuguer le même verbe, celui de l’intérêt supérieur de tous les Guinéens. « Nous n’avons que trop souffert pour continuer dans la même galère. Il est temps d’aller dans le sens de l’apaisement pour que tous les Guinéens se retrouvent en famille, dans le bonheur. Pour un monde meilleur pour tous », nous a confié un syndicaliste.

 

Désormais, tous les regards restent encore portés sur le Maroc où se soigne El dadis et Ouaga où le Groupe international de contact sur la Guinée a décidé de reprendre le taureau par les cornes. Depuis qu’il a pris les rênes de l’intérim, le général de Brigade Sékouba Konaté n’a pas lésiné sur les mots pour dépeindre ce qu’il appelle « l’indiscipline dans les garnisons ». Il entend assainir l’armée, la doter d’un statut juridique, chasser de la troupe tous les « délinquants ».

 

Dans le but de mettre en pratique son plan d’assainissement de la troupe, le général Sékouba Konaté a entrepris la semaine dernière une tournée de reconnaissance et de sensibilisation dans les principales garnisons de la capitale Conakry. « Nous devons assainir nos rangs, ne plus accepter la pagaille parmi nous. C’est une honte de voir des militaires s’en prendre aux populations. Je ne tolérerai plus jamais cela. Prochainement si un groupe de militaires s’isole pour aller semer la terreur chez les civils, nous n’allons pas pardonner. Nous allons isoler le coin et procéder à une destruction », explique le général Sékouba Konaté. Evoquant l’attentat contre le capitaine Moussa Dadis Camara, le général Sékouba Konaté soutient que « c’est une honte pour notre armée, une honte pour notre Nation. Attenter à la vie d’un président de la République. Et pourtant, nous avons prêté serment. Nous savons ce qui se passe dans notre armée, dans toutes les unités, il y a l’indiscipline caractérisée. Nous savons que c’est à partir du camp Alpha Yaya, il faut avoir le courage de le dire.

 

Il y a une indiscipline caractérisée, la hiérarchie n’est pas respectée ». Parlant de l’insubordination dans les rangs, il soutient que « ces derniers temps, il faut avoir le courage de le dire, l’armée guinéenne n’a jamais connu de tels actes. Ces jeunes de 2000 ou de ceci, vous devez pouvoir vous conseiller entre vous. On ne vous laissera plus faire, c’est clair. Il faut que le caporal qui est là sente sa place, que le chef de groupe qui est là sente sa place, le chef de commandant de compagnie, ainsi de suite ». Les récentes interventions du général Sékouba Konaté dans les garnisons militaires ont largement contribué à apaiser et à calmer les nerfs des Guinéens. « Avec lui, c’est sûr que nous allons aboutir. Il a planté le doigt dans la plaie. Il connaît le problème qui mine l’armée guinéenne et je pense qu’il commence à y trouver une approche de solution », indique Idrissa Souaré, enseignant.

 

Pour Camara N’Fanly, fonctionnaire à la retraite, « les Guinéens ont écouté trop de discours. Nous en avons entendu de tous les sons. Lorsque le capitaine Moussa Dadis Camara est arrivé au pouvoir, il a commencé des discours, il a promis et il a peu réalisé. Et nous savons tous où tout cela nous a conduits. Donc, trêve de bavardage, le général Sékouba Konaté a promis, on le verra à l’action. C’est un homme formidable, qui parle peu, qui est effacé, mais attendons de le voir à l’ouvrage. Soif de changement ou besoin de souffler après les folles journées qui ont précédé le 3 décembre ? En tout cas, environ 60% de la population déclare faire confiance au général Sékouba Konaté pour sortir la transition guinéenne de l’impasse dans laquelle elle se trouve. Tout le monde ne jure que par les élections. Vivement, dit-on, des élections pour amener les Guinéens à tourner les pages tristes de l’histoire de la Guinée ».

 

Par Bouba DIALLO (Conakry)

Le Pays

 

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