vendredi, 03 mai 2013

POLITIQUE

"Tentative de déstabilisation" au Tchad : deux généraux et deux députés arrêtés

 

03/05/2013 à 09h:50 Par Jeune Afrique

 
Idriss Déby Itno est au pouvoir depuis 1990. Idriss Déby Itno est au pouvoir depuis 1990. © AFP


Selon des sources concordantes, au moins trois personnes ont été tuées et plusieurs autres, dont deux députés et deux généraux, ont été arrêtées à N'Djamena quand les forces de l'ordre tchadiennes sont intervenues pour déjouer le présumé "complot" contre le régime d'Idriss Déby. Alors qu'une enquête est en cours, les zones d'ombres sont nombreuses sur ce que N'Djamena refuse d'appeler une tentative de coup d'État.

Mis à jour le 03/05/2013 à 09H50

« Une fusillade qui a fait plusieurs morts et une quinzaine de blessés a éclaté entre les conspirateurs et les forces de l'ordre venues les arrêter mercredi près d'une église du quartier d'Atrone, dans la banlieue est de N'Djamena », a expliqué une source policière à l’AFP ce jeudi. Aucun bilan officiel n'était cependant encore disponible, certaines sources faisant état d'au moins trois morts.

La veille au soir, un communiqué du gouvernement tchadien affirmait qu'une tentative de déstabilisation avait eu lieu durant la journée. « Ce jour 1er mai, un groupuscule d'individus mal intentionnés a cherché à mener une action de déstabilisation contre les institutions de la république », indiquait le texte, affirmant que les membres du « groupuscule (...) conspiraient depuis plus de quatre mois pour remettre en cause la paix chèrement acquise ».

« Les forces de défense (...) ont fini par les neutraliser et les mettre totalement hors d'état de nuire », poursuivait le communiqué, soulignant que « les principaux auteurs arrêtés ont été confiés au Procureur de la république pour les besoins de l'enquête ».

Une autre fusillade aurait eu lieu également près de la caserne de Gassi. Selon RFI, « plusieurs sources, au sein de l'opposition, comme de l'armée, affirment que ces incidents n'ont rien à voir avec un prétendu complot, qu'il s'agit de simples faits divers ».

Personalités militaires et civiles "aux arrêts"

Alors qu'une enquête est en cours, le procureur général, Mahamat Saleh, qui s'est adressé à la presse jeudi, a souligné que « des personnalités militaires et civiles ont été mises aux arrêts ». Il s'agit, a-t-il précisé, du général Weiding Assi Assoue, du général (David Beadmadji) Gomine, directeur de la justice militaire, ainsi que de Mahamat Mallou Kadre, député du MPS (Mouvement patriotique du salut, parti du président Déby) et du député Salek Makki de la CPDC (Coordination des partis politiques pour la défense de la constitution, principale coalition de l'opposition).

Le général Weiding, qui a été plusieurs fois ministre notamment de la Défense, a aussi été chef d'état-major général des armées. Son dernier poste était celui de gouverneur de Guera (centre), une des 22 régions du pays. Il l'a quitté en 2011.

(Avec AFP)

mardi, 16 avril 2013

POLITIQUE

Article publié le : mardi 16 avril 2013 - Dernière modification le : mardi 16 avril 2013     

 

Le Tchad ne veut pas payer seul pour son intervention au Mali

Soldats tchadiens à Kidal, le 7 février 2013.
Soldats tchadiens à Kidal, le 7 février 2013.
Cheick Diouara/Reuters
           
Par RFI

A Ndjamena, le Parlement a voté lundi 15 avril, à la majorité quasi-absolue, une résolution réclamant le retrait progressif des soldats tchadiens au Mali. Dimanche, dans l'émission Internationales sur RFI, le président Idriss Déby a assuré que ce retrait avait d'ailleurs déjà commencé. Pourtant, personne à Kidal n'a encore observé de troupes tchadiennes en partance ce week-end. Il pourrait en fait s'agir d'un faux départ : des discussions sont en cours entre l'ONU et Ndjamena pour un nouveau déploiement de l'armée tchadienne mais sous mandat onusien.

 

 

Près de 56,7 milliards de francs Cfa : c'est le coût de l'intervention tchadienne dans le nord du Mali jusqu'ici. Un chiffre donné lundi 15 avril par le Premier ministre, Joseph Djimrangar Dadnadji, dans un discours devant les députés.

Cette somme a été jusqu'à maintenant prise en charge par le gouvernement. Le Tchad a pourtant rejoint la Mission internationale de soutien au Mali (Misma), la force militaire ouest-africaine soutenue par l'ONU. Mais comme l'a justement souligné le Premier ministre, ce n'est pas une force de maintien de la paix.

Il existe tout de même un mécanisme de remboursement : Ndjamena a d'ailleurs rédigé un mémorandum d'entente pour obtenir de l'argent du fonds fiduciaire mis en place par l'ONU, fonds alimenté par des contributions volontaires. Et c’est là que le bât blesse. Des annonces de contributions ont bien été faites au cours d'un sommet d'Addis-Abeba en janvier, mais l'argent arrive au compte-gouttes. Cette annonce des autorités tchadiennes vise sans doute à réveiller la communauté internationale.

Partir pour mieux revenir donc, sous mandat onusien où les contributions des Etats et des Institutions ne sont plus volontaires, mais automatiques. L'intervention tchadienne serait alors prise en charge à cent pour cent. Mais pour cela, il faut une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Et si elle est votée suffisamment vite, les troupes tchadiennes n'auront pas eu le temps de se retirer : elles n'auront plus qu'à changer d'uniformes.

Un coût élevé, selon les députés

Le vote du retrait n’aura en tout cas pas posé problème aux députés tchadiens. A 167 voix pour et une contre, ils ont demandé au gouvernement de retirer les troupes dans un « délai raisonnable ». Ils avaient cependant beaucoup d’autres questions à poser à Dadnadji Djimrangar.

Avant le vote des élus, ce dernier est revenu sur le bilan des pertes dans les rangs de l'armée tchadienne au Mali, un lourd tribut de 36 morts et 74 blessés. Un coût humain et financier de l’intervention qui reste en travers de la gorge des élus tchadiens.

« Certes, la cause est noble », concède le député Rhakis Saleh. « Mais les centaines de milliards engagés dans cette guerre auraient solutionné beaucoup de problèmes que nous, Tchadiens, vivons tous les jours. »

Les députés avaient beaucoup d’autres préoccupations, notamment la prise en charge des familles de soldats morts au front et des blessés de tous les théâtres d'opérations, et pas seulement au Mali. Les conséquences sécuritaires au Tchad de cette intervention et le danger islamiste se trouvaient aussi au cœur des discussions. Le retrait en lui-même, en revanche, n'a pas fait débat.

 
Idriss Déby Itno - Mali - ONU - Tchad

 

Fiche Pays :

lundi, 21 janvier 2013

POLITIQUE

Article publié le : samedi 19 janvier 2013 - Dernière modification le : lundi 21 janvier 2013


Les forces tchadiennes au Mali : mythe et réalités

 

Un soldat de l'armée régulière tchadienne à Ndjamena.
Un soldat de l'armée régulière tchadienne à Ndjamena.
(Photo : AFP)

 


Par RFI

L’arrivée d’un contingent de 2 000 hommes de l’armée tchadienne au Mali, pour participer à la force internationale, a fait couler beaucoup d’encre. De nombreux commentateurs ont salué cette arrivée de troupes « expérimentées » et « aguerries ». Principalement composée de membres de l’ethnie zaghawa, celle du président Idriss Déby, l’Armée nationale tchadienne (ANT) a cependant aussi ses faiblesses… et même quelques points noirs hérités d’une guerre civile meurtrière. Revue de troupes en détail.

 

Par Gaël Grilhot

« Le Tchad entend assumer sur le terrain sa responsabilité avec toute la rigueur qu'exige une telle mission » : c’est par ces mots que le président tchadien Idriss Déby a justifié l’envoi d’un contingent de près de 2 000 soldats de l’ANT au Mali. Pas moins de 200 d'entre eux sont déjà arrivés à la base de Niamey au Niger, où ils devraient être rejoints par des Burkinabè et des Nigériens, pour ensuite pénétrer en territoire malien. Depuis cette annonce, les commentaires élogieux n’ont cessé de fleurir, évoquant ici ou là des troupes tchadiennes « aguerries », « expérimentées ». Mais cette armée est-elle à la hauteur de sa réputation ?

Comparés aux 5 à 7 000 hommes de l’armée centrafricaine, ou aux 7 800 soldats maliens, le Tchad fait effectivement figure de puissance militaire dans la région, avec ses quelque 30 000 militaires actifs, dotés qui plus est d’une artillerie conséquente. Avec son escadrille de six bombardiers Sukhoi-25 et ses hélicoptères de combat MI-24, l’armée de l’air tchadienne est aussi la plus importante de la région. Par ailleurs, il est vrai que son expérience des combats en milieu aride confère à cette armée une solide expérience. Confrontée à plusieurs rébellions durant de longues années, elle a l’habitude d’évoluer sur un terrain, et à des températures identiques à ce qui existe dans le nord du Mali. D’ailleurs, c’est dans la province de l’Equateur, au Congo-Kinshasa, en juillet 2000, face aux rebelles de Jean-Pierre Bemba et à l’armée ougandaise, que l’ANT a essuyé son seul échec opérationnel de ces dernières années. Le terrain et le climat étaient alors totalement différents. Enfin, le conflit inter-frontalier avec la Libye (1983-1987), qui s’est conclu par la victoire des colonnes tchadiennes commandées par le colonel Hassan Djamouss, a permis à l’ANT d’acquérir une connaissance des conflits de plus forte intensité.

Une armée forte grâce à sa composante ethnique

Mais ce qui fait la force de l’armée tchadienne, c’est surtout sa composante ethnique. Essentiellement recrutées parmi les Zaghawa – une ethnie du nord-est du pays –, les unités d’élite de l’ANT font preuve d’une relative homogénéité et d’une toute aussi relative fidélité au pouvoir en place. Cette montée en puissance des Zaghawa dans l’armée date de l’arrivée au pouvoir de Hissène Habré, en 1982. Cete année-là, Ndjamena fut prise par des colonnes commandées par le colonel Idriss Déby, d’origine zaghawa. Cette montée en puissance s’est quasi-systématisée après la prise du pouvoir en 1990 par Idriss Déby lui-même.

Toutes ces raisons expliquent les nombreuses victoires remportées par l’armée tchadienne contre l’armée libyenne dans le nord du Tchad (1986-87), contre les rebelles anti-Patassé à Bangui (1996-97) et contre l’armée centrafricaine pro-Patassé en 2003. Néanmoins, en mettant en place les opérations Manta (1983) et Epervier (1986), l’armée française a apporté à cette armée une aide décisive face aux troupes libyennes, alliées à l’opposant tchadien Goukouni Ouéddeï.

Une armée friable… à cause justement de cette composante ethnique

Mais le qualificatif de « relative » n’est pas superflu, lorsqu’on évoque l’homogénéité de l’armée tchadienne. A plusieurs reprises par le passé, des dissensions au sein de la hiérarchie militaire - et donc de la communauté zaghawa - ont bien failli provoquer la chute du régime. Dernier exemple en date, l’attaque de Ndjamena en février 2008. Le mouvement rebelle était dirigé notamment par Timane Erdimi, un neveu et ancien directeur de cabinet du chef de l’Etat tchadien. L’assaut avait atteint la capitale, et Idriss Déby avait dû son salut à ses chars lourds et à la sécurisation par l’armée française de l’aéroport, d’où avaient pu décoller ses hélicoptères de combat.

Un passé trouble

Diango Cissoko
 

Le Premier ministre malien accueille les troupes nigérianes au Mali

19/01/2013
 
 

L’autre faiblesse de l’armée tchadienne tient probablement à son manque de professionnalisme, à commencer par son comportement violent vis-à-vis des populations civiles. Certes, les temps sombres de la « pacification » du Sud menée après la prise de pouvoir en 1982 par Hissène Habré – notamment lors des massacres de « septembre noir » en 1984 dans la région de Sarh – semblent désormais révolus. Mais les soldats de l’ANT se rendent toujours coupables d’exactions. A plusieurs reprises, des organisations internationales comme Human Rights Watch ont notamment pointé du doigt les agressions commises par l’armée tchadienne à l’encontre de populations civiles, en particulier dans le nord-ouest de la République centrafricaine. En mars 2008, l’organisation y dénonçait « les nombreuses attaques transfrontalières (de l’armée tchadienne) contre des villages (…) tuant des civils, incendiant des villages, et volant du bétail. » La présence d’enfants soldats au sein de l’armée a aussi longtemps été reprochée au gouvernement tchadien, jusqu’à ce que ces enfants soient officiellement démobilisés en 2007.

Depuis la signature de l’accord de paix avec le Soudan en 2010, le président Idriss Déby a entrepris, selon ses propres mots, une opération de « nettoyage » de l’armée. Celle-ci visait selon lui à professionnaliser l’institution, à y faire régner « l’ordre et la discipline », et à la purger des « brebis galeuses et fossoyeurs de l’armée qui doivent rendre le béret et les insignes militaires avant la fin des opérations ». La réforme prévoyait une meilleure rémunération et une meilleure formation des forces armées, mais aussi une baisse des effectifs. Simple cure d’amaigrissement ou réelle volonté de faire évoluer l’armée tchadienne ? Il est encore trop tôt pour répondre.

En envoyant un nombre aussi important de soldats au Mali, bien au-delà de son périmètre d’action traditionnel, Idriss Déby poursuit bien évidemment un objectif diplomatique. Les premières réactions élogieuses à l’arrivée de ses troupes répondent à ses attentes, mais nul doute que le comportement de ses soldats sera suivi de près.

La République du Congo s'occupe de l'acheminement des troupes tchadiennes

Dans un communiqué diffusé le 19 janvier 2013, le Congo déclare assurer le transport des troupes tchadiennes vers le Mali.

« La République du Congo assure le transport, avec armes et matériel, des deux mille soldats de l’armée tchadienne vers le Mali, indique ainsi le document émanant du cabinet du président de la République, dans le cadre de la mise en place d’une force d’interposition africaine pour le Mali, estimée à 3 500 hommes. »

Idriss Déby Itno - Mali - Tchad

 

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