mercredi, 02 décembre 2009

Dubaï World : onde de choc sur l'Afrique ?

02/12/2009 | Jeune Afrique


Dubaï World : onde de choc sur l'Afrique ?Dubaï World : onde de choc sur l'Afrique ?© DR


L’implosion du groupe Dubai World, présent en Afrique à travers ses filiales DP World et Emaar Properties, pourrait ne pas être sans conséquences sur le continent. Si le groupe a déjà quitté l’Algérie, il reste présent dans des projets à Tanger, Casablanca et Marrakech. Emaar Morocco se refuse à tout commentaire.


En revanche, DP World, dont les comptes sont au vert, est épargné, au moins pour l’instant. Mais l’opérateur portuaire, implanté en Algérie, en Égypte, à Djibouti et au Sénégal, où il a investi 3 milliards de dollars, pourra-t-l honorer ses engagements ? Peut-être, mais pas forcément sous pavillon émirati. Depuis plusieurs mois, une rumeur évoque avec insistance une possible cession de DP World à un groupe d’investisseurs.

mardi, 24 novembre 2009

Malamine Koné : opération séduction au Maroc

Le patron d’Airness était en visite du 19 au 22 novembre dans le Royaume chérifien

Malamine Koné a reçu, jeudi 19 novembre à Tanger, le prix Business du Forum MEDays pour son parcours d’entrepreneur africain en Europe. Le patron d’Airness a profité de son séjour pour rendre visite aux doyens et aux étudiants maliens au Maroc. Il a en outre annoncé la création d’un fonds d’investissements pour les jeunes entrepreneurs africains au Mali. Malamine Koné, patron de la première marque française de sport en France, jouit aussi d’un gros capital sympathie dans le continent. Que compte-t-il en faire ?

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mardi 24 novembre 2009 / par Djamel Belayachi (afrik.com)

Le patron de l’équipementier sportif Airness, Malamine Koné, était en déplacement au Maroc la semaine dernière. L’homme d’affaires était invité au Forum MEDays - forum économique marocain qui s’est tenu du 19 au 21 novembre à Tanger - où il a reçu, jeudi dernier, le prix Business 2009 pour son parcours d’entrepreneur africain en Europe. Malamine Koné a lancé Airness en 1999 avec comme seul capital son bagout et une poignée d’euros. Dix ans plus tard, l’homme d’affaires se targue d’être, à 37 ans, à la tête de la première marque française de sport en France (avec un chiffre d’affaires de 140 millions d’euros 2008). Une success story dont il a fait le récit aux étudiants de l’Ecole Supérieure de Commerce et des Affaires (ESCA) de Casablanca, venus nombreux l’écouter vendredi dernier, à la faveur d’une conférence autour de l’« entreprenariat en milieu hostile ». Notamment quand la discrimination règne ? « Si l’argent n’a pas d’odeur, la réussite n’a pas de couleur », martèle l’homme d’affaires d’origine malienne. La formule est applaudie. Réussir ? « Ce n’est pas gagner beaucoup d’argent, mais être porteur d’un projet. » Une méthode ? Malamine Koné, qui a appris « sur le tas » et tout misé sur l’« audace », propose des « valeurs » et non un mode d’emploi : « travail », « solidarité », « envie », etc. Mais « je suis venu vous aider », précise-t-il. Quelqu’un saisit la balle au bond : « recrutez-moi ! » La témérité de l’étudiant amuse l’ami Malamine Koné, mais Malamine Koné homme d’affaires lui recommande de réfléchir sur un projet d’investissement pour Airness au Maroc avant d’aller plus loin. A la sortie, les étudiants s’attroupent autour de ses collaborateurs pour s’arracher ses coordonnées. L’envie et l’ambition, ils n’en manquent pas…

Un fonds d’investissement pour les Africains

Le patron d’Airness a déjà effectué plusieurs voyages en Afrique, où il a le plus souvent mené des actions humanitaires. Mais il compte désormais aller plus loin. Au cours de son séjour au Maroc, il a annoncé la création prochaine d’un fonds d’investissement pour les jeunes entrepreneurs Africains au Mali. Le projet devrait voir le jour début 2010. Cette mini-tournée lui aussi permis de rendre visite aux doyens de la communauté malienne et aux étudiants maliens au Maroc.

L’homme jouit d’une grande popularité dans son pays d’origine, le Mali, aussi bien auprès des jeunes que parmi la classe politique. Et tout le monde veut sa part de Malamine Koné. Ses nombreuses tournées en Afrique et sa popularité grandissante ont d’ailleurs soulevé des interrogations. Quant on l’interroge sur d’éventuelles ambitions politiques, l’homme éclate de rire : « Pourquoi tous les Maliens me posent cette question ? Vous pensez qu’il n’est pas permis de réussir et de venir dire à d’autre comment réussir ? » Il n’empêche. En bon entrepreneur, l’homme d’affaires, encore jeune, construit patiemment son image. Il projette de se rendre au cours du mois de décembre en Afrique du Sud où, dit-on, il espère rencontrer Nelson Mandela.

lundi, 16 novembre 2009

Télécoms : MT à la conquête de l'Ouest

16/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Faïza Ghozali


L'opérateur marocain a acquis 51% du burkinabè Onaltel (ici, le siège à Ouaga)L'opérateur marocain a acquis 51% du burkinabè Onaltel (ici, le siège à Ouaga)© AHMED OUOBA

Et de quatre ! Le 7 juillet dernier, Maroc Telecom (MT) s’est emparé de 51 % du capital du malien Sotelma, pour quelque 275 millions d’euros. Une acquisition venue s’ajouter à trois autres « emplettes » du marocain au sud du Sahara : première à avoir ouvert le bal, la Mauritanie lui a cédé le contrôle de Mauritel en avril 2001, suivie, en décembre 2006, par le Burkina, où MT a acquis 51 % d’Onatel avant de s’emparer, en février 2007, de 51 % de Gabon Telecom. Chaque fois, MT a privilégié la privatisation d’opérateurs historiques, sur des marchés à fort potentiel de croissance, lui permettant de totaliser 19,6 millions de clients et d’afficher, pour le premier semestre 2009, un chiffre d’affaires de 14,6 millions de DH (1,3 million d’euros), en hausse de 1,9 % par rapport à 2008.

A contrario, ayant accéléré la cadence de ses achats ces trois dernières années, MT a dû muscler ses investissements sur le marché subsaharien et a ainsi déboursé 100 millions d’euros en 2008. Reste que le fleuron marocain de la téléphonie, coté à la fois à Paris et à Casablanca (il pèse un quart de la capitalisation boursière de la place), est la propriété à 53 % du français Vivendi, dont il est d’ailleurs la filiale la plus rentable. Et c’est via MT que Vivendi a tenté une offensive sur les actifs africains de Zain, avant d’y renoncer…

Après MT, Méditel, second opérateur GSM du royaume et désormais 100 % marocain – depuis le rachat, en septembre, par FinanceCom et CDG, des participations de Telefónica et Portugal Telecom –, se sent pousser des ailes… qui pourraient aussi le conduire hors de ses frontières.

vendredi, 06 novembre 2009

1re session du Conseil présidentiel pour l’investissement : Stimuler l’investissement pour la croissance

La 1re session du Conseil présidentiel pour l’investissement (CPI) s’est ouvert jeudi 5 novembre 2009 à Ouagadougou, sous la présidence du chef de l’Etat burkinabè, Blaise Compaoré. Des acteurs nationaux et internationaux du monde des investissements ont mené des réflexions afin d’asseoir les bases pour des investissements solides et productifs au Burkina Faso.

Entrepreneurs, industriels, commerçants, banquiers, opérateurs économiques et autres praticiens du monde des affaires se sont retrouvés hier 5 novembre 2009 à Ouagadougou, sous la présidence du président du Faso, Blaise Compaoré pour réfléchir sur les moyens, mécanismes et stratégies permettant de stimuler l’investissement et la croissance économique au Burkina Faso. Cela, à la faveur de la 1re session du Conseil présidentiel pour l’investissement (CPI). Placé sous le thème : "Investir facile au Burkina Faso", cette rencontre est un cadre d’échange, de partage d’expériences entre acteurs du monde de l’investissement. La première session du CPI vise donc à trouver la formule la meilleure pour un flux d’investissement au Burkina Faso.

La trentaine de membres du CPI, les partenaires techniques et financiers du Burkina Faso, divers hommes d’affaires ont pris part à la rencontre. Parmi les personnalités présentes pour l’occasion à Ouagadougou, le président du groupe Bolloré, les représentants du patronat turc, de Maroc Télécom, le fondateur de Bank of Africa, le président du groupe CFA... Ce sont-là quelques sommités du monde des affaires qui ont cru à l’Afrique en général et au Burkina Faso en particulier pour y avoir investi et développé des affaires. A ces investisseurs étrangers s’ajoutent les nationaux, tels, Lanciné Diawara, vice-président de la Chambre de commerce et d’industrie du Burkina , Idrissa Nassa de Coris Bank et Simone Zoundi. Les institutions financières et du développement ont apporté leur contribution aux réflexions. Le vice-président de la Société financière internationale pour l’Afrique subsaharienne, Thierry Tanoh est intervenu pendant la cérémonie d’ouverture présidée par le président du Faso, Blaise Compaoré pour d’une part, saluer l’initiative du CPI, et d’autre part, faire des propositions pour booster les investissements. M. Tanoh, a salué l’Etat burkinabè pour ses efforts dans le sens de l’amélioration du climat des affaires.

Ce qui a valu au pays, a-t-il soutenu, d’être classé parmi les meilleurs réformateurs d’Afrique. Cependant, estime M. Tanoh, des difficultés freinent le développement et les investissements. L’étroitesse des marchés, les problèmes de financement, le coût élevé de l’énergie et des facteurs de production font partie des obstacles qui entravent l’essor des investissements. Pour le vice-président de la Société financière internationale, il existe néanmoins des solutions pour stimuler les investissements au Burkina Faso. Lesquelles solutions consistent entre autres, à poursuivre l’amélioration du climat des affaires, rationaliser les formalités d’importation et d’exportation, garantir la sécurité judiciaire, développer les infrastructures et faciliter l’accès à l’énergie.

Croissance du PIB de 30%

La Banque mondiale, a assuré M. Thierry Tanoh, est disposée à accompagner le Burkina Faso dans la recherche et la mise en œuvre de stratégies pour booster les investissements. "Ce dans l’optique de bâtir une économie dynamique capable de générer des emplois". Celui-ci a insisté sur la nécessité d’une part, de renforcer les capacités des petites et moyennes entreprises et d’autre part, les impliquer véritablement dans le processus d’investissement croissant. Dans la même dynamique, a indiqué M. Tanoh, le secteur financier doit être développé pour faciliter les financements. La Banque mondiale poursuivra selon M. Tanoh, ses investissements dans les pôles de croissance comme l’agriculture. L’intégration régionale et la mondialisation devraient être prises en compte de son avis, dans le cadre de la promotion des investissements.

"L’engagement de tous est nécessaire. Le peuple est le premier artisan de son bien-être", a conclu M. Tanoh. "J’ai foi en notre capacité à relever les défis et à parvenir à très moyen terme, à des taux d’investissement soutenus de 30 à 35% du PIB contre 17% aujourd’hui et à des investissements étrangers directs de 7 à 8 % du PIB, contre 0,9% aujourd’hui", a soutenu, en réaction, le chef de l’Etat, Blaise Compaoré, par ailleurs président du CPI. Blaise Compaoré a relevé le fait que la rencontre se tient dans un contexte de crise économique et financière d’envergure internationale. Dans cet environnement difficile, les projections indiquent pour le Burkina Faso, un taux de croissance du PIB de 3% en 2009 contre 5% en 2008, ainsi qu’une baisse des recettes publiques. Les effets des crises sont perceptibles dans les secteurs porteurs comme les mines ou des retards sont observés dans la mise en œuvre des programmes d’investissement, ce en raison des difficultés de mobilisation des financements internationaux par les investisseurs. La session vient donc à point nommé pour pallier sinon minimiser les effets de la crise, dégager et exploiter ses opportunités cachées. Le président Blaise Compaoré a rappelé que les réformes engagées par l’Etat ont permis de consolider la libéralisation de l’économie et de fluidifier les relations entre l’Etat et le secteur privé. "Les avancées substantielles et décisives en matière d’amélioration du climat des affaires (...) ont favorisé l’émergence d’une nouvelle classe d’opérateurs économiques burkinabè (...)" , a affirmé M. Compaoré.

Consolider les acquis et relever les défis

Pour le chef de l’Etat, une nouvelle ère de l’histoire économique du Burkina Faso s’ouvre avec cette assise du CPI. Le succès des réformes sera consolidé et les investissements vont induire une croissance économique forte, soutenue et rédistributrice des richesses engendrées, a-t-il rassuré. Même s’il existe des obstacles, Blaise Compaoré estime que le pays a des atouts réels, à même de lui permettre de développer son économie. Il s’agit entre autres, de la possibilité d’investissements porteurs dans les secteurs des mines, de l’agrosylvopastorale et des services. La stabilité politique et institutionnelle, la cohésion sociale, la paix et la sécurité sont également des atouts propices aux investissements. "Notre option est de promouvoir et de développer les investissements dans les secteurs à fort potentiel d’exportation et à haute valeur ajoutée", a indiqué le chef de l’Etat. Un accent sera mis sur l’amélioration spécifique du climat des investissements et l’exploitation des avantages comparatifs.

Le président a annoncé en outre que des initiatives seront prises en vue de "consolider l’environnement macroéconomique de croissance, créer un milieu d’incitation fiscale et des cadres législatifs et réglementaires porteurs, de normes internationales, notamment en matière de sécurisation de l’investissement, à travers la fiabilité et la crédibilité de l’appareil judiciaire". Le CPI est l’outil qui permettra la réussite des différentes actions. Cette institution dont le secrétaire permanent est Djibrina Barry, a été créée en 2007. Sa mission est de mener des réflexions, de faire des recommandations et redonner une impulsion à l’élaboration et à la mise en œuvre de politiques plus appropriées pour stimuler l’investissement et la croissance économique. Le CPI comprend 30 membres qui se retrouvent en session deux fois dans l’année sous la présidence du président du Faso.

Séraphine SOME (serasome@yahoo.fr) et lban KINI (alban_kini@yahoo.fr)

Sidwaya

jeudi, 15 octobre 2009

En Afrique, les signes de reprise restent incertains

Une analyse de Roy Laishley, d’Afrique Renouveau

L’Afrique a surpris ses critiques par sa résistance inattendue à la récession économique actuelle, mais les temps sont difficiles et les signes de reprise incertains. En dépit de certaines prédictions de reprise de la croissance, les économistes avertissent que la prudence reste de mise.

Le pire de la crise est-il derrière nous ou l’Afrique fait-elle face à la perspective d’une poursuite de la récession qui se traduira par l’aggravation de la pauvreté ? “Personne ne peut dire avec le moindre degré de certitude si le pire de la crise économique mondiale est passé,” a déclaré Donald Kaberuka, le président de la Banque africaine de développement (BAD) lors de l’assemblée générale annuelle réunie à Dakar (Sénégal). Les conjoncturistes sont d’accord pour prévoir que l’activité économique mondiale baissera cette année, mais diffèrent sur la gravité de cette récession ainsi que sur la date à laquelle la croissance reprendra, et à quel rythme.

En juin, la Banque mondiale prévoyait que l’économie mondiale se contracterait de 2,9 % cette année, une prévision plus pessimiste que celle de 1,3 % publiée en avril. Dans un document préparé pour sa réunion de mai, la BAD prévoyait une croissance de 2,3 %, en baisse par rapport aux 2,8 % prévus auparavant, alimentant les craintes que “le pire soit encore à venir.”

C’est exactement ce qui inquiète l’ONU. En mai, l’organisation prévoyait que la croissance économique serait cette année en Afrique de moins de 1 %. “Pour un grand nombre de pays, il n’y a aucune pousse verte signe de reprise, seulement des semences en germe” a déclaré le Secrétaire général de l’ONU, M. Ban Ki-moon, lors de l’ouverture d’une conférence tenue du 24 au 26 juin par l’Assemblée générale sur les répercussions pour le développement de la crise mondiale.

La faible intégration des pays africains dans l’économie mondiale a d’abord contribué à protéger le continent des effets des turbulences qui ont agité les marchés financiers, a souligné le Secrétaire général adjoint et Conseiller spécial pour l’Afrique, Cheick Sidi Diarra, lors de cette conférence de l’Assemblée générale. Plusieurs années de croissance relativement robuste et de réformes approfondies de leurs politiques permettent à de nombreux pays africains de mieux résister à la crise actuelle qu’à celles qui l’ont précédée, a-t-il noté.

Les principaux prévisionnistes s’accordent à dire que la croissance africaine reprendra l’année prochaine. La BAD prévoit une remontée de 4,1 % en 2010, l’ONU cite aussi bien le chiffre optimiste de 5,3 % que celui - plus pessimiste - de 1,7 %. La Banque mondiale, elle, voit une croissance de 3,7 % pour l’Afrique subsaharienne, mais avertit que les risques qui planent “sont fortement orientés à la baisse.”

"Une situation catastrophique"

Mais la capacité de résistance des économies africaines est limitée, “la plupart des pays africains ont souffert des effets secondaires provoqués par le déclin des investissements et des revenus du tourisme ainsi que des recettes d’exportation,” a déclaré M. Diarra. Pour l’Afrique et les pays les plus pauvres, “la crise constitue une situation catastrophique sur le plan du développement.”

Peu de pays sont épargnés. L’Afrique du Sud, l’économie la plus puissante du continent, est entrée en récession au premier trimestre en se contractant de 6,4 % par rapport à la même période de l’année précédente. Plus de 180 000 personnes ont perdu leur emploi entre décembre et mars, faisant monter le taux de chômage à 23,5 %. La Standard Bank prédit que 2009 pourrait voir disparaître jusqu’à 400 000 emplois.

En Egypte, plus de 100 000 travailleurs ont été licenciés au cours de la période de six mois qui a pris fin en mars, jusqu’à 500 000 pourraient perdre leur emploi cette année. Quelques 12 000 mineurs ont été mis à pied en Zambie et en Tanzanie, environ 20 000 employés des entreprises horticoles sont menacés de chômage par la chute brutale de la demande en primeurs et en fleurs coupées des marchés européens et américains. Au Nigéria, les recettes publiques sont inférieures de 30 % aux prévisions, principalement en raison de la baisse des prix du pétrole.

En raison de la crise, 12 à 16 millions de personnes en plus seront plongées dans la pauvreté en Afrique, estime l’ONU. Pour la première fois depuis 1994, le revenu par habitant diminuera pour l’ensemble du continent, ajoute la BAD qui prévoit que cette année les recettes d’exportation africaines plongeront de 250 millions de dollars. Un effondrement similaire est prédit pour les investissements étrangers. Les chiffres du tourisme sont en baisse presque partout et de nombreux pays, du Sénégal au Kenya, indiquent que les envois de fonds de leurs citoyens travaillant à l’étranger sont également moins importants qu’auparavant, entraînant de nombreux budgets nationaux dans le déficit.

Des signes de reprise ?

Les conséquences de la crise économique mondiale se manifestent cependant de manière inégale. Selon M. Kaberuka, 14 pays africains ont encore connu une croissance de plus de 5 % au cours du premier trimestre 2009, 13 autres conservant un taux de croissance économique supérieur à celui de leur population. Fait révélateur, ce sont les pays d’Afrique les plus fragiles et dont les économies sont les plus faibles, mais qui sont aussi les moins exposés aux fluctuations de l’économie mondiale, dont on prévoit que les taux de croissance et les revenus résisteront mieux. Ce sont les grandes économies pétrolières et minières de l’Afrique qui devraient subir les ralentissements les plus notables.

En dépit des mauvais chiffres, certains analystes détectent des signes de reprise. La forte dépréciation de nombreuses monnaies africaines, qui avait fait monter le coût des importations, s’est atténuée dans beaucoup de pays. En avril et en mai, les bourses du Nigéria et d’Afrique du Sud ont toutes deux vu des volumes d’activités et des prix en hausse, bien que très inférieurs à ce qu’elles avaient connu l’année précédente.

Le prix des matières premières, habituellement le meilleur indicateur d’une reprise en Afrique, a manifesté quelques signes positifs. Les prix du pétrole et des minerais ont commencé à progresser ; ceux du cacao et du thé sont en forte hausse, mais principalement à cause de problèmes de production en Côte d’Ivoire, au Ghana et au Kenya, ce qui promet peu de soulagement pour ces exportateurs. Globalement donc, la reprise est encore modeste et la prudence reste de mise.

Roy Laishley pour Afrique Renouveau, une publication de l’ONU

Mercredi 14 octobre 2009, par notre partenaire Afrique Renouveau

Source : afrik.com

jeudi, 30 juillet 2009

Plus de 70 milliards de dollars gelés en Afrique

30/07/2009 | Jeune Afrique- Par : Bruno Mouly |

La crise a causé le gel ou l'annulation d'investissements étrangers en AfriqueLa crise a causé le gel ou l'annulation d'investissements étrangers en Afrique© DR

Affaiblies par la crise, plongées dans l’incertitude, les multinationales reportent ou annulent leurs projets d’investissements sur le continent. Les mines, l’immobilier, le tourisme et l’industrie sont les secteurs les plus touchés.

Après les annonces frénétiques de projets d’investissements à coups de milliards de dollars ces dernières années, c’est le dur retour à la réalité pour les grands investisseurs internationaux en Afrique. Chute de la capitalisation boursière, dégringolade des cours du pétrole, effondrement des prix des matières premières, surendettement des entreprises, éclatement de la bulle immobilière, frilosité des banques… Depuis l’automne 2008, la crise est passée par là. Elle a emporté dans la tourmente un nombre important de projets que les multinationales avaient programmés sur le continent. Au total, ce sont plus de 70 milliards de dollars d’investissements qui pourraient partir en fumée (voir carte p. 82). Soit plus de 17 % des 393 milliards de dollars du stock global d’investissements directs étrangers (IDE) du continent.

 

Affaiblissement des mastodontes du Golfe

Dans un tel contexte, les opérations les plus emblématiques reviennent aux mastodontes de l’immobilier des pays du Golfe, qui ont suspendu quelque 335 milliards de dollars de projets pharaoniques dans le monde, selon le Middle East Economic Digest. Pis, fragilisés jusque dans leurs fondations, ils sont désormais contraints de s’unir pour rester debout, avec pour conséquence l’abandon sine die de leurs investissements en Afrique du Nord pour se recentrer au Moyen-Orient. C’est le cas d’Emaar, le promoteur immobilier le plus important du golfe Persique, frappé par la chute de l’immobilier à Dubaï et aux États-Unis, qui a accusé une perte de 481 millions de dollars au quatrième trimestre 2008 et une baisse de plus de 10 % de sa valeur en Bourse. Le promoteur vient de fermer sa filiale en Algérie, où il s’apprêtait pourtant à investir plus de 5 milliards de dollars dans des programmes immobiliers et de tourisme, notamment pour le réaménagement de la baie d’Alger. Mêmes difficultés pour ses homologues émiratis Damac Properties, Sama Dubai et autres Tatweer, avec lesquels Emaar souhaite fusionner. Ces derniers ont tous suspendu leurs investissements au Maghreb, dont l’énorme projet de la Porte de la Méditerranée, à Tunis, d’un montant global de 25 milliards de dollars à l’actif de Sama Dubai ! Concours de circonstances malheureux, le groupe avait ouvert un bureau de vente dans la capitale tunisienne en octobre 2008… « Depuis 2004, les investisseurs des pétromonarchies se sont tournés vers le Maghreb sous l’effet de la conjonction d’un excès de liquidités et d’un manque d’actifs dans leur voisinage immédiat. Ce temps semble révolu », estimait récemment Grégory Rung, manager senior chez Oliver Wyman, cabinet de conseil en stratégie basé à Paris. D’autant que les groupes arabes ont découvert « la bureaucratie tatillonne des autorités publiques maghrébines, notamment en Algérie, en inadéquation avec leurs exigences de rentabilité et de délais rapides d’obtention de foncier constructible », selon des observateurs locaux.

Pour les investisseurs étrangers, déjà fragilisés par la crise, les problèmes de politique locale dans certains pays africains ont en effet contribué à entraver davantage l’avancement de projets. En Afrique subsaharienne, où le secteur minier subit l’effondrement des cours des minerais, la plupart des géants mondiaux, qui se sont fortement endettés pour investir ces dernières années, en font l’amère expérience. L’anglo-australien Rio Tinto pourrait se voir exproprier arbitrairement de la moitié de sa concession du gisement de fer de Simandou, en Guinée-Conakry, au profit d’une société israélienne. Le contrat de concession est en renégociation à la demande des autorités du pays. Résultat : son projet d’exploitation d’un montant de 6,5 milliards de dollars est en stand-by. Les renégociations de contrats miniers à Madasgascar menacent également la réalisation des projets du canadien Sherritt d’un montant de 2,1 milliards de dollars (Nickel-cobalt) et de QMM, filiale de Rio Tinto (Ilmenite) pour 940 millions de dollars. En revanche, c’est bien « en raison de la récession économique mondiale », selon un porte-parole d’ArcelorMittal, que le géant de l’acier a gelé presque coup sur coup ses deux projets phares d’exploitation de fer au Sénégal et au Liberia pour un investissement total de 4,7 milliards de dollars ! C’est la désillusion pour le groupe, qui veut faire de l’Afrique son foyer d’approvisionnement principal pour assurer son autosuffisance en matières premières.

 

La filière bois durement touchée

D’autres, comme le canadien Geovic, au Cameroun, ou Guinea Aluminium, coentreprise entre BHP Billiton, Global Alumina Corp. et Dubai Aluminium, qui se débattent entre la baisse des tarifs des matières premières, la chute de la demande et des coûts d’exploitation élevés, accusent de fortes pertes financières. Ils doivent suspendre ou reporter leurs investissements, quand ils ne ferment pas des mines, comme le géant du diamant De Beers au Botswana.

La crise financière n’a pas non plus épargné la filière bois des pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Abattu par l’effondrement de la demande mondiale, le secteur a dû procéder à des mises en chômage technique massives. « Plus de 6 000 emplois sont détruits », annonçait en avril le ministre ivoirien des Eaux et Forêts. Au Gabon, au Cameroun et au Congo, les principaux exploitants forestiers, comme Rougier, Precious Woods ou la Compagnie des bois du Gabon, ont été profondément affectés. Le français Plysorol a déposé le bilan (repris par un chinois), et Rougier a arrêté momentanément l’activité de deux usines au Congo et au Gabon. « Nous avons enregistré une baisse de 26 % des ventes au quatrième trimestre 2008 », soulignent ses dirigeants. Contexte déprimé alors que le groupe a investi 10 milliards de F CFA au cours des trois dernières années.

Pourtant, malgré la crise, des filières maintiennent le cap et ne rabotent pas leurs projets afin d’anticiper le redémarrage de l’activité économique mondiale. Ainsi, l’Office chérifien des phosphates (OCP) du Maroc, en dépit d’une chute brutale de 62 % des exportations du minerai au premier semestre 2009 par rapport à la même période en 2008, affiche une étonnante sérénité. « Nos exportations de phosphates en 2008 ont été exceptionnelles. Leur baisse en 2009 nous ramène à un niveau d’activité plus normal. Dans ce contexte, nous comptons même augmenter nos investissements cette année afin d’être prêts pour la reprise économique mondiale », conclut Mostafa Terrab, le PDG de l’OCP. À l’instar du groupe marocain, les industriels africains prendraient-ils enfin le relais des groupes étrangers en panne sèche d’investissements ?

 

jeudi, 16 juillet 2009

Comment le Rwanda a redressé la barre

15/07/2009 - Jeune Afrique- Par : Patrick Sandouly

La réforme du foncier a dynamisé le secteur de l'immobilierLa réforme du foncier a dynamisé le secteur de l'immobilier© DR

Le petit pays d’Afrique de l’Est recueille les fruits de deux ans de réformes pour moderniser son économie, attirer les investisseurs et doper les exportations.

« Un nectar à redécouvrir. » C’est avec ce slogan que Starbucks Coffee vendra le café rwandais dans 700 points de vente du Royaume-Uni dès le début de 2010. L’annonce a été faite à Kigali le 29 juin par le PDG de la multinationale américaine : le Bourbon Arabica du Rwanda fera l’objet d’offres promotionnelles tout au long de l’année. En visite dans ce pays de 10 millions d’habitants, Howard Schultz, patron de 17 000 boutiques, a également inauguré un Centre de soutien aux producteurs qui travaillera avec les paysans de la région pour qu’ils obtiennent la certification Fairtrade. Une garantie de « commerce équitable » à laquelle les consommateurs britanniques sont particulièrement attentifs et sur laquelle Starbucks construit une partie de son image, achetant chaque année 9 000 tonnes de tels cafés, soit 5 % de sa consommation totale. Le Rwanda compte 128 coopératives, dont une seule fournit aujourd’hui Starbucks. En 2008, elles ont produit 22 000 tonnes de café, représentant 47 millions de dollars, sa principale recette d’exportation (40 %, et plus de 50 % avec le thé). L’objectif est de porter ce montant à 120 millions de dollars en 2011, pour une production de 35 000 tonnes.

Valoriser le haut de gamme

« Nous tirons le maximum du café et du thé, en choisissant les variétés les plus recherchées, et nous nous diversifions vers d’autres produits haut de gamme comme la soie et le cuir », explique Clare Akamanzi, directrice générale adjointe du Rwanda Development Board (RDB). Cheville ouvrière de cette structure chargée de stimuler les exportations et les investissements, elle accumule les bonnes nouvelles en cette fin juin. Le 23, le RDB signait avec le centre néerlandais de promotion des importations (CBI) et la Fédération rwandaise des entreprises privées (Private Sector Federation, PSF) une convention d’assistance technique pour la promotion des produits rwandais en Europe. La méthode a fait ses preuves au Kenya, désormais grand exportateur de fleurs. C’est la seconde convention signée en deux ans avec le Rwanda ; la première a représenté un investissement de 1,5 million de dollars, dont 1 million venant du CBI et le reste d’appuis logistiques de la Riepa, l’agence de promotion des investissements et des exportations, sorte d’ancêtre du RDB.

Créé à la fin de 2008, sur le conseil de l’ancien Premier ministre britannique Tony Blair, et opérationnel depuis janvier, le Rwanda Development Board réunit notamment, outre la Riepa, l’Office du tourisme et des parcs nationaux (ORTPN) et la Rwanda Information Technology Authority (Rita), chargée de créer une société de l’information. Le gouvernement dépense chaque année plus de 50 millions de dollars dans ce domaine. Il s’est porté acquéreur de 10 000 ordinateurs auprès de la fondation One Laptop Per Child (OLPC), qui a écoulé plus d’un demi-million de ses PC à 100 dollars dans le monde. Trois cents étudiants ont été envoyés cette année en Inde pour développer leurs compétences en logiciels. La stratégie informatique du pays lui a valu un long article de Sarah Lacy, spécialiste des nouvelles technologies du Washington Post dans l’édition du 29 juin – jour décidément propice à l’image internationale du Rwanda.

Insensible aux compliments, Clare Akamanzi égrène les réformes engagées. « Toutes les agences et institutions gouvernementales sont concernées », ajoute-t-elle en évoquant la refonte en cours du droit commercial. La ligne directrice de son action a été donnée par la présidence de la République en 2007, quand Paul Kagamé a décidé d’améliorer le classement de son pays dans le rapport Doing Business de la Banque mondiale (158e). Publié chaque année en septembre, le document établit le palmarès de 181 économies en fonction de la qualité de l’environnement des affaires, critère fondamental pour attirer les investisseurs et développer les échanges commerciaux. Deux ans plus tard, le Rwanda est arrivé 139e, non loin de l’Algérie (132e) et devant le Sénégal (150e) dans ce classement où seuls trois pays africains figurent parmi les 100 premiers (Maurice, Afrique du Sud et Tunisie). Dans la dernière édition, le Rwanda se trouve parmi les vingt premiers réformateurs grâce à des améliorations dans trois domaines : la création d’entreprises (11 places gagnées), l’accès au foncier et aux permis de construire (35 places) ainsi que l’accès à la propriété (78 places).

Sur les dix indicateurs du rapport Doing Business, trois méritent encore des efforts : l’accès au crédit (le Rwanda est 145e), la protection des investisseurs (170e) et le commerce transfrontalier (168e). Sur ce dernier plan, les efforts ont jusqu’à présent porté sur la simplification des procédures administratives, ce qui a permis de diminuer de 40 % les délais de livraison. Mais le pays souffre de son enclavement : les coûts par conteneur acheminé depuis ou vers le Rwanda sont jusqu’à deux fois plus élevés que pour son voisin Tanzanien. Côté accès au crédit, la libéralisation du secteur bancaire et l’arrivée cette année de géants tels qu’Ecobank ou Access Bank devraient permettre de gagner des points. Il le faudra, de toute façon : l’équipe de travail nationale Doing Business Unit s’est fixé pour objectif d’être dans les dix premiers pays réformateurs du prochain rapport. Rendez-vous en septembre.