vendredi, 18 décembre 2009

Jacques Chirac de nouveau mis en examen

J.B. et B.H. (lefigaro.fr), 18/12/2009



Le président Chirac réaffirme qu'aucun ‘système' n'a jamais existé à la Mairie de Paris.
Le président Chirac réaffirme qu'aucun ‘système' n'a jamais existé à la Mairie de Paris. Crédits photo : Abaca


L'ancien président de la République est poursuivi pour prise illégale d'intérêts dans l'affaire des emplois du RPR. Il réaffirme qu' «aucun système n'a jamais existé».

 

Déjà poursuivi par la justice dans l'affaire des chargés de mission de la mairie de Paris, Jacques Chirac devra aussi répondre de ses agissements présumés dans une autre affaire, celle des emplois du RPR. L'ancien chef de l'Etat a été mis en examen vendredi pour prise illégale d'intérêts par le juge d'instruction Jacques Gazeaux, a annoncé son entourage, confirmant une information du point.fr. Un délit passible de cinq ans d'emprisonnement et de 75.000 euros d'amende.

 

L'entretien a eu lieu vendredi matin dans les locaux du médiateur de la République, à Paris, «un lieu totalement neutre», a expliqué l'avocat de Jacques Chirac, Me Jean Veil. «L'entretien a duré vingt minutes, le juge ne lui a posé aucune question», a-t-il précisé.

 

«Sur le fond, le président Chirac réaffirme qu'aucun ‘système' n'a jamais existé à la Mairie de Paris. Il est déterminé à le faire reconnaître au terme de la procédure ouverte par la mise en examen dont il a fait l'objet ce jour», précise dans un communiqué le service de presse de l'ancien président de la République.

 


Déjà auditionné en 2007

Le site internet Mediapart avait révélé mercredi que le juge Gazeaux, qui instruit le dossier au tribunal de Nanterre, avait discrètement convoqué l'ex-président. Le site expliquait que, faute d'éléments nouveaux, le dossier pourrait avoir été «ranimé» par le récent renvoi de l'ancien maire de Paris devant le tribunal correctionnel.

 

Dans les années 1990, à l'époque où il était à la fois président du mouvement gaulliste (qu'il avait fondé en 1976) et maire de la capitale, Jacques Chirac aurait couvert un «système» de prise en charge des salaires de certains permanents du RPR par la Ville de Paris. Il s'agit d'un dossier distinct de celui qui a valu à l'ex-président d'être renvoyé devant la justice fin octobre.

 

Dans cette affaire qui a débuté en 1995 par la saisine du juge de Nanterre Patrick Desmure (auquel succéderont Alain Philibeaux puis Jacques Gazeaux), Jacques Chirac a déjà été auditionné. C'était en juillet 2007, quelques semaines après son départ de l'Elysée. Il avait été entendu comme témoin assisté - un statut intermédiaire entre ceux de témoin et de mis en examen qui permet notamment d'avoir accès au dossier. Auparavant, il bénéficiait de l'immunité liée à sa fonction de président de la République.

 


De vieux soupçons

Dès 1999, le juge Desmure estimait que Jacques Chirac «avait forcément eu connaissance du système mis en place, voire l'aurait favorisé». L'instruction a notamment révélé l'existence d'une lettre datée de décembre 1993 et signée par Jacques Chirac, à l'époque maire de Paris, qui demande à son administration d'accorder une promotion à une employée municipale, Madeleine Farard. Or, cette dernière a reconnu durant l'enquête avoir travaillé à cette époque exclusivement pour le RPR.

 

Dans le procès-verbal de son audition, dont l'essentiel avait été révélé à l'époque par Le Figaro, Jacques Chirac déclarait notamment «contester» le terme de système organisé. Il reprenait aussi une partie des termes de sa tribune, publiée le jour même dans Le Monde, où il expliquait : «Il a fallu passer, en quelques années, d'un monde d'usages et d'arrangements à un régime clairement fixé par la loi.» Il arguait également de sa propre implication dans les divers textes de loi établis à l'époque et relatifs au financement des partis politiques. Enfin, sur la lettre signée de sa main, il ne l'avait pas contestée tout en affirmant ne pas connaître la secrétaire en question. «Il est évident que je ne lisais que très rapidement ce type de documents qui m'étaient présentés dans des parapheurs. Je l'ai signée sans y prêter plus d'attention quant à son contenu», expliquait-t-il. Au terme de l'audition, son avocat expliquait à la presse : «Je n'imagine pas qu'il puisse y avoir d'autres auditions, mais le juge reste maître de son dossier».

 

Le cas de Jacques Chirac ayant été disjoint dans l'attente de la fin de son mandat présidentiel, la justice a malgré tout poursuivi son travail. C'est ainsi que dans cette même affaire, Alain Juppé, alors adjoint aux finances de la Mairie de Paris et secrétaire général du RPR, a été condamné en décembre 2004 à 14 mois de prison avec sursis et un an d'inéligibilité.

lundi, 23 novembre 2009

Procès Chirac : la ville de Paris pourrait retirer sa plainte

M.B. (lefigaro.fr) avec AFP, 23/11/2009


Le procès en correctionnelle de l'ancien maire de Paris, Jacques Chirac, dans l'affaire des emplois fictifs présumés de la ville de Paris se tiendra en 2010.
Le procès en correctionnelle de l'ancien maire de Paris, Jacques Chirac, dans l'affaire des emplois fictifs présumés de la ville de Paris se tiendra en 2010.

Le maire de Paris, Bertrand Delanoë, a laissé entendre que la Ville pourrait annuler sa constitution de partie civile, si les sommes réclamées dans l'affaire des emplois fictifs étaient remboursées.

C'est la première fois que Bertrand Delanoë s'exprime sur le procès de Jacques Chirac, son prédécesseur à la tête de la ville de Paris de 1977 à 1995, depuis son renvoi en correctionnelle pour de présumés emplois fictifs rémunérés par la mairie en 1994 et 1995. Et son intervention n'est pas banale. Le maire socialiste de Paris a annoncé dimanche au détour d'une phrase que la Ville pourrait retirer ses demandes de réparation financière dans le futur procès de Jacques Chirac pour «détournements de fonds publics» au détriment de la Ville. La condition : que les sommes réclamées dans cette affaire soient remboursées.

Il a ainsi créé une brèche en vue d'un possible retrait de la constitution de partie civile de la ville de Paris. Le renvoi de Jacques Chirac, décidé le 30 octobre par le juge d'instruction et auquel le parquet ne s'est pas opposé, ouvre la voie à la tenue d'un procès en 2010 devant le tribunal correctionnel de Paris.

«Si [ces remboursements] étaient faits, si c'était effacé, je préférerais pour tout le monde parce que moi je n'en veux pas particulièrement à Jacques Chirac», a-t-il affirmé dimanche lors du «Grand Rendez-Vous» d'Europe 1-Aujourd'hui en France, évoquant son «devoir vis-à-vis de Parisiens» d'obtenir «la vérité et l'éventuelle réparation».

 

La facture estimée à 3,5 millions d'euros

Bertrand Delanoë a notamment rappelé que lors de la condamnation d'Alain Juppé en 2004, dans une autre affaire d'emplois fictifs offerts à des permanents du RPR, «les sommes avaient été remboursées» par le parti. «Quand Alain Juppé a été condamné, ce que j'ai aussi un peu regretté quelque part, l'UMP a aussi remboursé la dette parce qu'il y avait caractérisation» du délit, a souligné le maire de la capitale.

Alors que la Ville de Paris est partie civile dans le procès de Jacques Chirac depuis 2001, un éventuel retrait de sa plainte ne mettrait pas pour autant fin à l'affaire. Le tribunal statuerait en effet sans plaignant ni accusation, le parquet ayant déjà requis un non-lieu. Jacques Chirac, qui a toujours nié que les emplois aient été fictifs, devrait plaider la relaxe pour «détournement de fonds publics» devant le tribunal correctionnel de Paris. L'éventualité d'un remboursement des sommes par l'UMP n'a donc jamais été évoquée jusqu'ici. Seul le syndicat Force ouvrière a remboursé les salaires versés au chauffeur de son ex-dirigeant, Marc Blondel, pris en charge par les services de la municipalité. La facture des emplois fictifs présumés retenus dans le renvoi de Jacques Chirac est chiffrée à 3,5 millions d'euros. La municipalité l'a de son côté estimé à cinq millions d'euros.

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vendredi, 06 novembre 2009

Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, ex-adversaires et complices

Par Reuters, publié le 06/11/2009

 

PARIS - Adversaires d'hier, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac se sont mutuellement consolés vendredi de leurs ennuis du moment, le temps d'une cérémonie officielle.

Nicolas Sarkozy a évoqué un climat apaisé avec son prédécesseur Jacques Chirac, lors de la remise du prix de la fondation de l'ancien président de la République pour la prévention des conflits. (Reuters/Michel Euler/Pool)

Nicolas Sarkozy a évoqué un climat apaisé avec son prédécesseur Jacques Chirac, lors de la remise du prix de la fondation de l'ancien président de la République pour la prévention des conflits. (Reuters/Michel Euler/Pool)

 

Le président de la République négocie une mi-mandat agitée et son prédécesseur est poursuivi pour une affaire d'emplois fictifs remontant à l'époque où il était maire de Paris.

Dans le cadre solennel et suranné du grand amphithéâtre de la Sorbonne, il n'a évidemment été question ni de l'une ni des autres. L'occasion - la remise des premiers prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits - ne s'y prêtait pas.

Nicolas Sarkozy, dont les relations houleuses avec son prédécesseur ont défrayé la chronique politique pendant plus d'une décennie, a fait assaut d'amabilités envers l'ancien président en lui donnant plusieurs fois du "cher Jacques".

Il a estimé qu'il était de son devoir de participer à cette cérémonie, "à la fois par amitié et (...) par estime" pour l'ancien président de la République.

Il a salué le travail de la fondation Chirac, qui a accordé son premier prix - doté de 100.000 euros - à deux ex-chefs de milices religieuses du Nigeria, l'imam Muhammad Ashafa et le pasteur James Wuye, reconvertis dans le dialogue interreligieux, et un prix spécial à l'ancien ministre sud-coréen Park Jae-Kyu, militant de la paix entre les deux Corées.

"Le dialogue et la paix sont, depuis l'origine, l'élément central de votre vision du monde", a lancé Nicolas Sarkozy à l'adresse de Jacques Chirac, dont il a jugé la fondation "extraordinairement utile".

Il est même passé au tutoiement, lorsqu'il a abordé les enjeux du développement durable - "Tu avais été l'un des premiers à le comprendre", a-t-il dit.

"FRANCE APAISÉE"

Cette cérémonie en présence d'une brochette d'anciens ministres et de personnalités de la "chiraquie", lui a donné l'occasion d'oublier un instant les bisbilles de sa majorité pour se replonger dans les dossiers internationaux.

Il a ainsi de nouveau plaidé, à un mois de la conférence de Copenhague sur le climat, pour une Organisation mondiale de l'environnement, à la création de laquelle il a souhaité travailler avec la Fondation Chirac.

Plus surprenant, il a défendu la force de dissuasion nucléaire française, à l'heure où le monde s'inquiète de la volonté prêtée à l'Iran de se doter de l'arme atomique.

"Jamais la France ne renoncera à sa sécurité. Ce n'est pas nous, qui avons quelques centaines de têtes nucléaires, à qui on doit demander de faire un effort supplémentaire, alors que des arsenaux immenses existent dans le monde", a-t-il déclaré.

Applaudi debout à plusieurs reprises par l'assistance, Jacques Chirac a renoué avec un des thèmes de prédilection de sa présidence, la situation préoccupante du monde.

"L'actuelle crise financière (...) laissera des traces. Le prix humain est déjà lourd. Des équilibres fragiles sont remis en cause", a-t-il déclaré. "Les années qui viennent seront des années à haut risque (...). Nous devons être lucides (...), nous devons être encore plus vigilants."

La dernière rencontre publique entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy remontait au 18 mars, quand le chef de l'Etat avait remis les insignes de chevalier de la Légion d'honneur à Bernadette Chirac, l'épouse de l'ancien président.

"Ce n'est pas tous les jours que j'ai le plaisir d'être aux côtés de Jacques Chirac", a-t-il déclaré en conclusion de la cérémonie de la Sorbonne.

"Et aujourd'hui, c'est une vision de la France civilisée et apaisée que celle qui montre la continuité des responsabilités et qui montre également le respect", a souligné le chef de l'Etat, qui a fait campagne, lors de son élection de 2007, pour la "rupture" avec ses prédécesseurs, dont Jacques Chirac.

"Ce qui ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout et qu'on l'a été sur tout, si j'ai lu un bon livre récemment sorti en librairie", a conclu Nicolas Sarkozy, en faisant allusion au premier tome des Mémoires de Jacques Chirac paru jeudi.

jeudi, 05 novembre 2009

"Jacques Chirac a toujours été un animal de combat"

L'ancien président, Jacques Chirac, lors d'une conférence le 27 mars 2009.AP/JACQUES BRINON

L'ancien président, Jacques Chirac, lors d'une conférence le 27 mars 2009.

 

Lilou : Dans ses Mémoires, Jacques Chirac réécrit-il l'histoire ?

Béatrice Gurrey : Pas à proprement parler. Il peut omettre certains faits mais, à ma connaissance, n'invente ni ne déforme la réalité.

Simon : En lisant ces Mémoires, voit-on Jacques Chirac d'un œil neuf ?

Forcément, car il ne s'était jamais livré. Il est peu enclin aux confidences. C'est la première fois qu'il parle de sa vie de famille. Par exemple, ce qu'il dit sur sa fille Laurence, victime d'une grave anorexie, il ne l'avait jamais dit, même à des proches amis. Il raconte aussi des faits politiques qui étaient connus d'un petit nombre de journalistes ou de passionnés de la chose publique, mais pas du grand public. Il en livre ainsi sa version, comme le dîner qui eut lieu en 1980 entre François Mitterrand et lui, chez Edith Cresson, afin, pour le dire crûment, de s'entendre sur le dos de Giscard.

Astrud : Est-ce que dans ses Mémoires, Jacques Chirac donne certaines explications que vous avez du mal à croire ? Quand il explique comment il a serré la main de Le Pen, par exemple....

Cette explication, qu'il faut rappeler : "Comme je marchais la tête un peu baissée, je n'ai d'abord pas reconnu celui dont j'étais en train de serrer la main", peut faire sourire. J'avoue que j'ai un peu du mal à le croire, même s'il ne fait aucun doute pour moi que Jacques Chirac est un allergique absolu aux thèses du Front national. La rencontre secrète qu'il aura entre les deux tours de l'élection présidentielle de 1988 avec Le Pen tournera court. Elle ne servira qu'à dire au leader de l'extrême droite qu'aucune entente n'est possible avec lui. Ce dernier en a été furieux.

Buba : Jacques Chirac formule-t-il des regrets dans ses Mémoires ? Lesquels par exemple ?


Oui, pas mal de regrets, et cela le rend assez sympathique. Peu d'hommes politiques admettent qu'ils se sont trompés, même si, dans le cas de Jacques Chirac, les regrets arrivent un peu tard. Je pense par exemple à ses remords concernant l'Etat RPR, véritable mainmise sur l'appareil administratif français au profit d'une formation politique, ou bien à sa fameuse phrase d'Orléans en 1991 sur le bruit et les odeurs, qu'il n'a cessé de regretter à peine avait-elle été prononcée.

Alexandre : M. Chirac a démenti ce matin à la radio s'être entendu avec Mitterrand sur le dos de VGE, non ? Qu'en pensez-vous ?

Je pense qu'il joue sur les mots. Il dit dans ses Mémoires : "François Mitterrand m'indiqua toutes les raisons que j'avais, selon lui, de faire battre Giscard. Je me suis borné à faire état de mes propres critiques, connues de tous au demeurant." Il faudrait m'expliquer la différence qu'il y a entre cette formulation et "il faut nous débarrasser de Giscard", je n'en vois pas.

Hakim : Jacques Chirac a-t-il toujours le sentiment d'appartenir à la "famille" UMP ?

Jacques Chirac a une conception assez traditionnelle des institutions de la Ve République, qui veulent un président au-dessus des partis. Il a fondé l'UMP, en 2002, comme une machine au service du rassemblement de la droite et, plus encore, comme un appareil destiné à le faire réélire. Je crois qu'à la fin il se fichait pas mal des partis politiques. Par ailleurs, il a toujours pris ses racines dans une forme de radical-socialisme qui pouvait le rapprocher de la gauche. Il a d'ailleurs essayé, réélu à 82 % en 2002, de pratiquer l'"ouverture" en faisant entrer des personnalités de gauche dans le gouvernement, mais sans y parvenir.

Hakim : Pardon, ma question était incomplète... Se sent-il proche de l'UMP de N. Sarkozy ?

Il peut se sentir proche de certaines personnalités mais, comme je l'ai dit, la vie des partis politiques n'appartient plus à son quotidien.
D'autant plus qu'à l'automne 2004, contre son gré, Nicolas Sarkozy est devenu président de l'UMP, étape essentielle de sa marche vers le pouvoir et vers l'Elysée.

Pauline : Cela vaut-il le coup de lire le livre ? Les journaux ont déjà dévoilé le plus "important"...

C'est un livre qui fait près de cinq cents pages, et il est tout à fait impossible, dans une recension ou même dans des bonnes feuilles, de tout raconter. C'est un récit assez vivant, facile à lire, et somme toute assez agréable.

Tom : Savez-vous comment Jacques Chirac a suivi et ressenti le procès Clearstream ? Pensez-vous qu'il y ait réellement un accord secret entre N. Sarkozy et lui concernant sa non-mise en cause dans Clearstream ?

Comme vous le savez, Jacques Chirac n'a pas le droit de rencontrer son ancien premier ministre, Dominique de Villepin. Cela lui est interdit par les juges. Néanmoins, comme l'a révélé un hebdomadaire, le 21 septembre 2009, jour de l'ouverture du procès Clearstream, les deux hommes se sont rencontrés dans la rue. "Nous nous sommes embrassés", a dit Dominique de Villepin, mais pas parlé. On peut croire au hasard ou pas. Ce qui est sûr, c'est que Jacques Chirac a constamment pris des nouvelles de Dominique de Villepin auprès de ses amis. Bien souvent, il leur posait la question : "Comment va Dominique ?" Il a d'ailleurs affirmé ce matin au Figaro, dans une interview, qu'il lui conservait son estime et son affection.

Quant à l'attitude de Nicolas Sarkozy vis-à-vis de l'ancien président, il est certain qu'elle est beaucoup moins agressive que celle adoptée envers Villepin. Lors du procès, les proches du chef de l'Etat ne se gênaient pas pour dire qu'il ne fallait plus "embêter" Chirac à son âge et retiré des affaires.

Chirac et Sarkozy entretiennent des relations complexes depuis trente ans et qui ont évolué. Ils savent parfaitement à quoi s'en tenir l'un sur l'autre, et se connaissent mieux que quiconque. Bernadette Chirac, pour sa part, sans illusions sur les mœurs de la politique, a toujours fait en sorte de maintenir le contact avec Sarkozy, même lorsque ce dernier se montrait le rival le plus agressif envers son mari.

Simon : A votre avis, comment Jacques Chirac vit-il le fait de passer devant un tribunal ? Il se dit serein et soucieux d'établir la vérité... Est-ce si simple ?

Peut-il dire autre chose ? Peut-on imaginer ce que représente cette comparution pour quelqu'un qui est au pouvoir depuis quarante ans, sous une forme ou une autre ? De nombreux Chirac cohabitent : le super menteur, cynique et rigolard, avec un humaniste profondément imprégné des valeurs de la République, le roublard averti de tous les trucs de la politique et le président gardien de la mémoire et de la laïcité, ou encore celui qui a su dire non à la guerre d'Irak mais qui a piteusement retiré le CPE. Tout cela pour dire qu'il doit être extrêmement douloureux et compliqué de se retrouver dans cette situation.

Pourtant, malgré son âge, Chirac a toujours été un animal de combat et il mènera celui-là comme les autres. C'est quelqu'un d'assez courageux. Même Pasqua, qui a pu lui faire mille reproches sans en être exempt lui-même, lui a reconnu cette qualité dans le JDD la semaine dernière. Je n'ai plus en tête ses mots exacts, mais il a dit en substance que Chirac était quelqu'un de courageux et qu'il lui conservait son amitié.

Je m'avance peut-être, mais je crois aussi que Jacques Chirac voit une certaine dignité à ne pas se dérober devant une procédure judiciaire, alors que ses très proches, comme Alain Juppé, ont eu à subir cette épreuve.

Bernard :  a-t-il été plus ou moins blanchi par la condamnation de Juppé ?

Il ne peut pas avoir été blanchi, puisque c'était Juppé qui était mis en accusation. En revanche, Françoise de Panafieu avait dit à l'époque, exprimant ainsi le sentiment d'une bonne partie de la majorité, que Juppé payait pour d'autres, pour tout le monde, Chirac compris.

Choubidou : Les Mémoires d'hier disent-ils quelque chose de l'homme d'aujourd'hui ? En d'autres termes, comment va Chirac, loin du pouvoir ?

Non, pas du tout, ces Mémoires couvrent la période qui va de sa naissance, en 1932, à son élection en 1995. Elles ne disent rien du Chirac d'aujourd'hui, sinon qu'un homme de 76 ans qui se retourne sur son passé a forcément un autre regard sur sa vie qu'un quinquagénaire ou même un sexagénaire dans l'action.

Lilou : Dans quelle mesure Chirac admet-il dans ses Mémoires la fascination qu'exerçait François Mitterrand sur lui ?

Il l'admet bien volontiers, et même, il le raconte. C'est une des caractéristiques étonnantes de Chirac que cette modestie. Il est en cela totalement à l'opposé de Valéry Giscard d'Estaing.

Alexandre : Quelle est l'anecdote qui vous a le plus marquée dans ce livre ?

J'aimerais en relever deux.

La première concerne Marcel Dassault et en dit long sur les mœurs politiques de l'époque. L'industriel finançait à tire-larigot les politiques. Chirac raconte qu'un homme politique important se fait annoncer à son bureau et Dassault de répondre, sans se déranger : "L'enveloppe est dans le deuxième tiroir".

Il raconte aussi très drôlement comment il a ravi le pouvoir aux vieux barons du gaullisme tel Prométhée dérobant le feu.

Tom : Comment Jacques Chirac justifie-t-il d'habiter depuis sa sortie de l'Elysée dans un appartement de la famille Hariri dont il ne paye pas le loyer ? A votre avis, est-ce par avarice ?

Il ne le justifie pas, et ses proches collaborateurs refusent d'évoquer cette question. Dans Le Nouvel observateur de la semaine dernière, la veuve de Rafic Hariri, très liée aux Chirac, explique que c'est pour elle une joie et un honneur, ou en tout cas une preuve d'amitié inextinguible de mettre, cet appartement à leur disposition. Elle explique aussi que, même lorsque Jacques Chirac était hospitalisé au Val-de-Grâce en 2005 pour son accident vasculaire cérébral, avec une interdiction absolue de téléphoner, il se débrouillait pour lui passer un petit coup de fil rassurant tous les jours, en cachant son portable sous son oreiller. Il lui disait juste : "It's OK."

FG :  Ne trouvez-vous pas que la présidence Sarkozy accentue rétrospectivement le caractère humaniste et bonhomme de la présidence Chirac ?

Vous me l'ôtez de la bouche ! J'ai beaucoup voyagé avec Jacques Chirac à l'étranger, j'ai toujours été fière d'être française.

Aba : Que peut-on attendre du deuxième tome de ses Mémoires ?

Je pense que, sur un passé plus récent, qui concerne une période où il est au cœur du pouvoir, les choses seront sans doute plus difficiles à raconter. Ainsi, expliquer l'épisode de la dissolution, en 1997, ou l'échec à réduire la fracture sociale, sera plus délicat.

François Béguin

LEMONDE.FR | 05.11.09 |

mercredi, 04 novembre 2009

L’assassinat de Robert Boulin a-t-il été commandité par Jacques Chirac ?...

La Vème République a-t-elle été transformée en « totalitarisme mafieux » par François Mitterrand et Jacques Chirac ?...


Guerre du Golfe 4 Le détournement, par François Mitterrand, des indemnités de la guerre du Golfe attribuées à la France par les pays arabes en 1991 – près de 3,5 milliards de dollars - constitue unehaute trahison du Président de la République, jamais évoquée par la presse et les médias, et il faut se demander comment nous avons pu en arriver là.

La seule explication lucide est que nous ne sommes plus une démocratie car nous ne contrôlons plus nos dirigeants !...

Nous devons nous résoudre à admettre que nous sommes devenus progressivement un authentique « totalitarisme mafieux » tenu par des élus principalement motivés par un goût du pouvoir qui leur a permis de se constituer des fortunes colossales.

Faut-il rappeler que la somme dérobée par l‘Arsouille – près de 5 milliards d’euros en valeur actuelle - représente 10 hôpitaux ultramodernes, 100 lycées écologiques ou bien encore 100 grands voiliers de 100 mètres de long !...

Malgré mes nombreux rappels aux pouvoirs publics, rien n’y fait, la structure mafieuse est bien en place et règne par la peur sur les fonctionnaires, sur les médias, sur les citoyens.

Et il faut avouer que la « droite » est aussi responsable de cette situation que la « gauche » car, à aucun moment, les dirigeants de l’UMP, les gouvernements Chirac, Balladur, et Fillon, ne se sont manifestés pour lutter contre la corruption.

La situation est bloquée et va conduire à un effondrement de la Vème République de la même façon que le communisme s’est effondré ; c'est-à-dire par un pourrissement interne, une faillite de l’État, un blocage des institutions, qui vont inévitablement provoquer un puissant rejet de la classe politique par les citoyens.


Totalitarisme De nombreux lecteurs vont estimer que le qualificatif de « totalitarisme mafieux » n’est pas le terme adéquat pour décrire la situation actuelle.

Et bien, je me dois de développer les raisons qui me conduisent à employer cette expression qui fait penser au nazisme, au communisme, ou encore à des dictatures religieuses (ex : islamisme), mais pas à la société dans laquelle nous vivons.

L’argument que je développe est le suivant : « Puisqu’un chef d’État a pu dérober en toute impunité, sans aucune opposition, une somme aussi considérable que celle dérobée François Mitterrand, c’est, tout simplement, que le président de la république bénéficie d’un POUVOIR QUASI-TOTAL sur la société ».

Et je pose cette question : QUEST-CE QU’UN « TOTALITARISME » ?...

MAIS C’EST TOUT SIMPLEMENT LE « POUVOIR TOTAL » D’UN INDIVIDU SUR LA COLLECTIVITÉ !...

Je laisse les commentateurs éventuels émettre des objections sur cette définition ultra-courte qui a au moins le mérite d’être compréhensible par tout le monde.

Car lorsqu’un chef d’État détourne, en toute impunité, une somme de 3,5 milliards de dollars, comme l’a fait l’Arsouille, et bien, c’est qu’il a bénéficié d’un pouvoir total !...

D’ailleurs, est-ce que le terme de « totalitarisme mafieux », qui n’est pas applicable uniquement à la France mais peut être aussi attribué aux systèmes politiques américains et anglais promoteurs de l’ULTRA LIBÉRALISME FINANCIER, ne cause pas autant de morts, de famines, de destructions, que les autres totalitarismes ?...

Ceci est un problème de fonds dont nous pouvons avoir une idée avec la « Françafrique » qui a organisé pendant des décennies le pillage de l’Afrique en installant puis en soutenant à des régimes quasi-dictatoriaux.


Bongo Et ce n’est pas près de changer car la justice française refuse toujours d’ouvrir une enquête sur les biens immobiliers et mobiliers des présidents congolais Denis Sassou Nguesso, équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema et gabonais Omar Bongo !...

Au lieu d’aider les pays africains à lutter contre la corruption, nous l’avons délibérément organisée en installant des dictateurs mégalos pendant des décennies.

Car la principale conséquence de ce système est qu’un véritable pouvoir pathogène s’installe comme l’avait déjà perçu Platon qui écrivait il y a deux millénaires: « le pouvoir rend fou, et le pouvoir total rend totalement fou».

Mais le culte de la personnalité, le culte du chef, si vivace dans notre république, portent en eux-mêmes la faillite de ce système car les nouveaux moyens de communication permettent aux individus d’être informés, d’analyser, de critiquer, de répandre des informations jusque là contrôlées par le pouvoir, et de déstabiliser progressivement un gouvernement corrompu ou lâche.

CAR, LE POUVOIR C’EST, D’ABORD, L’INFORMATION.

Tous les dirigeants sont des hommes de secret qui, naturellement, savent s’approprier l’information et s’assurer ensuite un contrôle sur la société.

Mais Internet permet une rupture de cet équilibre millénaire autour duquel se sont constitués les États et les Empires.

Et ce qui me rend optimiste est qu’un détournement de fonds comme celui de la guerre du Golfe serait maintenant impossible car des témoins courageux d’un tel crime contre la collectivité auraient vite fait de faire circuler l’information sur le web.

Mais revenons à la structure mafieuse actuelle qui régule la République et essayons de comprendre la genèse de cette situation.

Et, pour cela, il nous faut remonter trente ans en arrière.

Car, si l’on doit trouver un moment qui symbolise le mieux la naissance de ce « totalitarisme mafieux », il faut remonter à l’assassinat, le 29 octobre 1979, de Robert Boulin, ministre du Travail.


Robert Boulin En effet, les totalitarismes ne durent que par la crainte qu’ils font régner sur les fonctionnaires, sur les élus, sur le peuple, et l’assassinat de Robert Boulin va être le « Crime fondateur » de notre « Totalitarisme mafieux ».

En effet, à partir de ce moment là, c’est le règne de la terreur qui va s’installer chez les élus, chez les magistrats, chez les fonctionnaires, chez les citoyens. C’est une soumission au pouvoir dictée par la peur qui va s’instaurer progressivement, chez chacun, à partir du moment où un ministre, qui devait être le prochain chef de gouvernement, est assassiné sauvagement par un groupe criminel et que ce crime est maquillé en suicide.

Car le message est le suivant : « Voilà ce qui vous attends si vous vous opposez à moi !...».

De quoi effectivement calmer la plus ferme opposition.

Afin de développer cette analyse, je vais reprendre cette affaire en tenant compte des derniers développements car les langues commencent à se délier, trois décennies après les faits…

Député de la Gironde depuis 1958, maire de Libourne depuis 1959, ministre pendant 15 ans sous les présidents Charles de Gaulle, Georges Pompidou, Valéry Giscard d’Estaing, Robert Boulin, gaulliste convaincu, féru de questions sociales, est ministre du Travail et de la Participation et pressenti comme futur premier Ministre au moment de sa mort survenue dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979.

Le corps de Robert Boulin a été retrouvé dans 50 cm d'eau dans l'étang du Rompu à Saint-Léger-en-Yvelines. Officiellement, il se serait suicidé après avoir absorbé des barbituriques en raison de sa mise en cause dans une affaire immobilière.

Mais de nombreuses enquêtes sur anomalies de ce suicide ont été réalisées en trois décennies et je reporte deux vidéos éloquentes d’un reportage de Canal plus réalisé par Michel Despratx et Bernard Nicolas et qui a été diffusé le 15 janvier 2002 dans le cadre de Lundi Investigation (se connecter sur ce lien pour la 1ère vidéo).

Ce reportage a reçu le Prix spécial du jury du 17ème festival international du scoop d’Angers en 2002.

Boulin 2/3


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envoyé par leruisseau. -

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D’autres enquêtes ont été réalisées sur le « suicide » de Robert Boulin, et l’une des plus remarquables est celle de Benoît Collombat, journaliste àFrance Inter, dont le livre Un homme à abattre : Contre-enquête sur la mort de Robert Boulin est le fruit de cinq ans de contre-enquête.

Son auteur a exploré toutes les archives, publiques ou privées, et interrogé plus d'une centaine de témoins. II fait apparaître un incroyable imbroglio judiciaire, des expertises sabotées, des disparitions en série de scellés pourtant indispensables à la recherche de la vérité, des enquêteurs et témoins qui mentent ou se dérobent à la justice, des confrontations jamais organisées...

II révèle les coulisses d'une des affaires les plus explosives de l'histoire de la Ve République : Robert Boulin n'aurait-il pas été éliminé parce qu'il en savait trop sur le mode de financement du RPR ?... De nombreux éléments troublants confortent aujourd'hui la thèse d'un règlement de comptes politique.

Mais la plus spectaculaire et la mieux argumentée de ces enquêtes est indéniablement l’extraordinaire document de France Inter intitulé « Ces nouveaux témoins qui parlent d’assassinats ».

Je reprends quelques-uns des nouveaux éléments apportés par France Inter au dossier Robert Boulin et accréditant la piste criminelle :

Robert Boulin 4 « Parmi ces éléments :

• Un ancien assistant des médecins légistes ayant participé à la deuxième autopsie de Robert Boulin en 1983 parle pour la première fois publiquement d’un « coup » derrière le crâne du ministre et de la trace d’un « lien » au poignet.

• L’ex-ministre gaulliste Jean Charbonnel dévoile les confidences d’Alexandre Sanguinetti sur l’« assassinat » de Robert Boulin. Des propos confirmés par la fille d’Alexandre Sanguinetti. Jean Charbonnel déclare : « Je n’ai plus de doute : Robert Boulin a été assassiné ».

• Un ancien policier, aujourd’hui conseiller national UMP dans la 3ème circonscription de Vendée, affirme que son oncle, « indic » infiltré dans le « milieu » pour le compte de la police, aurait assisté à l’assassinat de Robert Boulin, avant d’être abattu un an plus tard dans une fusillade.

• Un ancien fonctionnaire du SRPJ de Versailles -service de police chargé à l’époque de l’enquête sur la mort de Boulin- affirme aujourd’hui ne « plus croire au suicide » et met en doute le témoignage de certains de ses collègues à l’époque.

• Des écoutes téléphoniques de novembre 1966 révèlent que le Procureur général en charge de l’affaire Boulin, qui s’est rendu sur place dans la nuit du 29 au 30 octobre 1979 avant la découverte officielle du corps, était intimement lié aux réseaux Foccart et faisait libérer des truands. Ce que confirme l’ancien patron de l’OCRB (Office central de répression du banditisme) Lucien Aimé-Blanc.

• Un ancien acteur du BTP raconte pour la première fois publiquement comment trois semaines avant la mort de Robert Boulin un responsable du RPR lui tient cet étrange propos : « Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler ! »

• 30 ans après la mort du ministre, la CIA (Central Intelligence Agency) refuse toujours de « déclassifier » le dossier Boulin, pour des raisons notamment de « politique étrangère ».

D’autres témoignages inédits et documents sont à retrouver dans ce dossier spécial, 30 ans après la mort de Robert Boulin. »

Pour plus d’infos :

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_i...

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_i...

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/ev/fiche.php?ev_i...

Tout ceci est remarquablement développé sur le site de France Inter et il faut, bien sûr, se poser cette question « A qui profite le crime ?...

Car tout le monde se pose cette question « Est-ce que ‘le Grand’, qui menace Robert Boulin, d’après un témoignage, ne serait pas Jacques Chirac ?... ».

Essayons d’en savoir un peu plus sur Internet afin d’avoir une petite idée:

Chirac 5 Par Serge Garde de l’Humanité :

L’assassinat de Robert Boulin Preuves et anomalies

« Personne n’ignorait l’aversion réciproque que se vouaient Robert Boulin et Jacques Chirac, président du RPR. Le premier, proche de Chaban-Delmas, n’avait jamais pardonné la " trahison " du second lors de la présidentielle de 1974. Chirac n’avait-il pas, en se ralliant à Giscard d’Estaing, sabordé la candidature de Chaban ? Robert Boulin, recordman de la durée ministérielle, avait refusé de participer au gouvernement chiraquien de 1974 à 1976. Il était redevenu ministre dès que Jacques Chirac avait quitté Matignon. En 1979, au moment de sa mort, d’insistantes rumeurs le désignaient comme le successeur de Raymond Barre, premier ministre en perte de vitesse. Robert Boulin, gaulliste " historique ", premier ministre de Giscard ? Deux ans avant la présidentielle de 1981, c’était une hypothèse que le RPR ne pouvait accepter sereinement ».

Sur libertesinternets :

Chirac est directement visé par la réouverture de l’enquête sur la mort de Robert Boulin

« Le nom de Jacques Chirac est étroitement associé à “l’affaire Boulin”, comme le rappelait Serge Garde en 2002. Ce n’est pas innocent que soudain l’affaire reparte au moment où Chirac passe la main. Ce n’est pas la première fois que les barbouzes gaullistes éliminent des opposants politiques. Et Jacques Chirac n’a jamais eu d’états d’âme quand il s’agit de faire taire ceux qui ont des dossiers et risquent de parler. En 1999, l’ancienne trésorière du RPR parlait déjà du “climat de peur et d’omerta qui règne dans la famille gaulliste”… Il restera à expliquer pourquoi Robert Boulin était devenu si gênant qu’il a été supprimé. Personne n’ignorait l’aversion réciproque que se vouaient Robert Boulin et Jacques Chirac, président du RPR. Le premier, proche de Chaban-Delmas, n’avait jamais pardonné la ” trahison ” du second lors de la présidentielle de 1974.… »

Robert Boulin 5 Par Emile Josselin sur FuckFrance :

Chirac aurait fait assassiner Robert Boulin

« Les déclarations de l'époque. Les anciens premiers ministres Jacques Chaban-Delmas et Raymond Barre ou encore l'ancien ministre Olivier Guichard. Tous ont mis en cause la thèse du suicide. Peu après la mort de Boulin, Chaban-Delmas accuse même à mots couverts le RPR de l'époque. L'ancien député-maire de Brive Jean Charbonnel explique à France-Inter qu'Alexandre Sanguinetti, un des barons du gaullisme, lui aurait confié qu'il pensait lui aussi à un «assassinat». Pourquoi en vouloir à Robert Boulin? Selon la fille d'Alexandre Sanguinetti, il avait eu accès «à un réseaux de fausses factures» qu'il aurait pu révéler. Un ancien ministre de la coopération, intermédiaire officieux pour des contrats de BTP à l'époque, lance même à un des ses interlocuteurs: «Boulin a cru que c’était arrivé. Le problème sera bientôt réglé. On n’en entendra plus parler!», dixit France Inter. Et ce n'est pas la dernière déclaration publique de Robert Boulin qui dissipera les doutes: «J’ai été exemplaire. Et peut-être plus encore que vous ne le pensez. Parce qu’il y a des choses que je ne peux pas dire ici», répond-t-il concernant l'affaire du scandale de Ramatuelle. »

Sur Yahoo France « Questions et réponses » :

Jacques Chirac est-il le commanditaire de l'assassinat de Robert Boulin ?

« Autant être direct. Pour ceux qui ne connaissent pas Robert Boulin, un petit lien : http://fr.wikipedia.org/wiki/Affaire_Rob… En 1979, le RPR, présidé par Chirac, connaissait déjà des soupçons de financements illégaux. Pourquoi Laurent Le Mesle, ancien conseiller et ami de Chirac, refuse de réouvrir le dossier Boulin en 2007, alors que tout porte à croire qu'il s'agit d'un assassinat (seule de la mauvaise foi ou des pressions politiques peuvent conclure à un suicide, vu les éléments du dossier) ? Chirac aurait-il commis un crime inavouable en 1979 ? Et sinon, qui pourrait être le commanditaire ? ».

Oui autant être direct !...


D’ailleurs, comme j’ai démissionné de l’UMP, ce n’est pas parce que je vais poser la question qui fâche « L’ASSASSINAT DE ROBERT BOULIN A-T-IL ÉTÉ COMMANDITÉ PAR JACQUES CHIRAC ? », que je vais me faire virer !... Je suis déjà parti avant l’inévitable effondrement de l’UMP et du gouvernement !!...

Il n’y a évidemment rien de sûr dans cette affaire, mais il y a un suspect potentiel et ce n’est pas n’importe qui !...

Chirac 2 Car il faut avouer que Jacques Chirac est indéniablement l’une des personnes qui avait le plus intérêt à faire assassiner Robert Boulin et que c’est lui qui en a tiré le plus de bénéfice politique.

Quant à la question  « La Vème République a-t-elle été transformée en totalitarisme mafieux par nos deux anciens présidents de la république ?... », il me semble que la réponse la plus adéquate est celle-ci :

La Vème République a été transformée en « totalitarisme mafieux » par François Mitterrand mais aussi par Jacques Chirac qui en a été le précurseur en étant, vraisemblablement, le commanditaire de l’assassinat de Robert Boulin, « crime fondateur » de ce totalitarisme.

A partir du moment où il est possible d’imaginer que Jacques Chirac est un véritable mafieux, à l’instar de François Mitterrand, le mutisme de l’ancien président de la République, maintenant en retraite, sur le détournement desindemnités de la guerre du Golfe (5 milliards d’euros), devient tout à fait compréhensible.

Aussi, à quoi doit-on se préparer ?...

Tout simplement à une crise politique d’une extrême gravité qui va provoquer l’effondrement de la Vème république.

Les dés sont jetés.

Il y a juste à attendre, et à regarder se décomposer progressivement le paysage politique actuel, à assister pendant les mois qui viennent à une remise en cause des bases même du fonctionnement de notre démocratie, et à la naissance, dans la souffrance, d’une nouvelle république qui mettra le citoyen au centre du pouvoir politique.

En effet, nous allons vers une démocratie constituée de citoyens libres et souverains – tout du moins je l’espère - et qui sera un modèle pour les autres pays.

Mais le chemin sera long, dur, et difficile.

Jean-Charles Duboc

Source : euroclippers.typepad.f

Pour 60% des Français, Chirac a été un bon président

Jean-Baptiste Garat (lefigaro.fr), 04/11/2009



Les Français ont apprécié la façon dont l'ancien président a exercé la fonction présidentielle. Mais c’est Charles de Gaulle qu’ils considèrent comme le meilleur des anciens présidents de la Ve république.

Depuis qu'il a quitté l'Élysée en 2007, il est devenu sondage après sondage l'homme politique préféré des Français, sa cote dépassant régulièrement les 70 %. L'ancien président revient de loin puisqu'en avril 2007, quelques jours avant l'élection de Nicolas Sarkozy, il disposait selon l'institut BVA de la plus faible popularité jamais enregistrée jusqu'alors pour un président de la République : 32 % de bonnes opinions contre 58 de mauvaises.

Selon Gaël Sliman, directeur de BVA Opinion, il y a là un «mystère Chirac» :«Une des raisons qui a expliqué le succès de Nicolas Sarkozy est sa volonté de rupture avec “les rois fainéants”, selon son expression, et notamment avec Jacques Chirac. Les Français ne voulaient plus d'un président gérant les affaires publiques du haut de sa tour d'ivoire, avait-on cru comprendre.»

Deux ans et demi plus tard, les Français sont «plutôt gentils et cléments avec lui», assure Gaël Sliman. 60 % d'entre eux jugent aujourd'hui qu'il a été un bon président. Il atteint ainsi un niveau qu'il n'a nettement dépassé qu'à deux reprises quand il était aux affaires : au moment du non à la guerre en Irak (69 % des bonnes opinions) et lors de la victoire de la France en Coupe du monde (67 %). «Le reste du temps, et à l'exception de la période de cohabitation où il a été protégé par la bonne cote de Lionel Jospin, l'impopularité de Chirac a été constante», explique Sliman.

Si deux ans et demi plus tard, les Français jugent d'un bien meilleur œil le président Chirac, c'est avant tout grâce à sa manière d'incarner la fonction présidentielle (71 % d'opinions positives) et à la politique étrangère (70 %). «Si vous voulez entrer dans les livres d'histoire, il faut soigner son style et l'exercice de ses pouvoirs régaliens alors que ces aspects sont jugés secondaires par les Français quand le président est en exercice», analyse Sliman.

Ce «retour en grâce» du président Chirac ne peut cependant dissimuler les griefs que les Français gardent à son encontre notamment sur les dossiers de la lutte contre l'insécurité (58 % de mauvaises opinions), contre la fracture sociale (66 %) ou contre le chômage (71 %). Au point que dans le palmarès des anciens présidents, il ne se place que loin derrière Charles de Gaulle, Georges Pompidou ou François Mitterrand dans le cœur des Français. Mais en devançant de 6 points Valéry Giscard d'Estaing (54 %), Jacques Chirac trouvera certainement matière à se consoler.

Chirac livre sa vérité sur la Ve République

Philippe Goulliaud (lefigaro.fr), 03/11/2009


La couverture de Chaque pas doit être un but, chez NiL Éditions.
La couverture de Chaque pas doit être un but, chez NiL Éditions. Crédits photo : ASSOCIATED PRESS

Le premier tome des Mémoires de l'ancien président sort jeudi en librairies.


 

La couverture de «Chaque pas doit être un but», chez NiL Éditions (DR).
La couverture de «Chaque  pas doit être un but», chez NiL Éditions (DR).

Jacques Chirac aurait-il fendu l'armure ? Dans le premier tome de ses Mémoires, Chaque pas doit être un but, à paraître jeudi chez NiL Éditions, l'ancien président de la République se livre comme il ne l'a jamais fait auparavant. Tant sur le plan politique, où il règle quelques comptes avec ses éternels rivaux, Valéry Giscard d'Estaing ou Édouard Balladur, que sur le plan personnel et familial.

Le premier tome de ces Mémoires, qui s'arrête au soir de sa victoire à la présidentielle de 1995, est un témoignage passionnant sur l'histoire de la Ve République par l'un de ses acteurs principaux.

Cet homme qui a toujours cultivé le secret autour de sa vie privée et de ses sentiments parle pour la toute première fois de la maladie de sa fille Laurence (lire ci-dessous). Un drame qu'avant lui son épouse Bernadette Chirac avait évoqué dans son livre Conversations. Jacques Chirac raconte aussi son enfance, ses rêves de jeunesse, quand, gagné par l'appel du large, il avait embarqué à bord d'un navire de la marine marchande.

Il brosse le portrait de tous les présidents de la Ve République. Il dit son admiration pour le général de Gaulle, son affection pour Georges Pompidou, son père en politique. Il revient sur ses relations difficiles avec Valéry Giscard d'Estaing, dont il a favorisé l'élection en 1974 et qui, estime-t-il, ne lui a jamais laissé les moyens d'exercer sereinement sa fonction de chef du gouvernement.

L'ancien premier ministre de la première cohabitation est beaucoup plus indulgent envers François Mitterrand dont il salue la «finesse de jugement», l'«intelligence tactique» et l'amour de la France «indiscu­table». «Si nos convictions semblent à l'opposé l'une de l'autre, probablement l'un est-il moins à gauche qu'il ne le fait croire et l'autre moins à droite qu'il ne le laisse paraître», ajoute-t-il. «Salut l'artiste !» lance-t-il.

Évoquant son échec à la présidentielle de 1988, Chirac reconnaît que les critiques de Mitterrand sur «l'État-RPR n'étaient pas toutes infondées» et qu'il s'était «enfermé, sans toujours (s'en) rendre compte, dans un fonctionnement politique trop partisan et des schémas de pensée trop rigides».

L'ancien président est rentré samedi soir de quelques jours de vacances au Maroc. Dans son bureau, entouré de statues africaines et d'œuvres chinoises qu'il affectionne tant, Chirac s'apprête à affronter la promotion de son livre, dans un contexte qui n'est certainement pas celui dont il aurait rêvé.

Vendredi, il présidera la remise par Kofi Annan et Simone Veil des premiers prix de sa Fondation pour la prévention des conflits. Nicolas Sarkozy devrait y prononcer le discours de clôture.

Quelques jours après son renvoi, par la juge d'instruction Xavière Simeoni, devant le tribunal correctionnel dans l'affaire des emplois présumés fictifs de la Mairie de Paris, Jacques Chirac l'affirme, il aborde cette épreuve judiciaire avec «sérénité».«Déterminé» à apporter au tribunal la preuve qu'à la mairie de Paris il n'a pas été à la tête d'un «système» au service de ses ambitions élyséennes.

Preuve que Jacques Chirac est bien au centre de l'actualité politique, devant ses locaux de la rue de Lille, à deux pas de l'Assemblée nationale, les photographes font le pied de grue depuis vendredi.

LIRE AUSSI

» EXTRAITS - Ce que Chirac dit de Giscard, de Sarkozy et de Bernadette

» SONDAGE - Chirac entre Mitterrand et Giscard

» ANALYSE AUDIO - Un livre «très personnel»

mardi, 27 octobre 2009

Emplois fictifs : Jacques Chirac sera-t-il jugé ?

27/10/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Pierre Boisselet avec AFP


Jacques Chirac attent la décision de la juge d'instruction Xavière SimeoniJacques Chirac attent la décision de la juge d'instruction Xavière Simeoni© AFP

L'instruction du dossier des emplois fictifs de la ville de Paris, dont Jacques Chirac était le maire de 1977 à 1995, est maintenant close. L’ancien président français va-t-il comparaître devant le tribunal correctionnel ? Il devrait être fixé sur son sort avant la fin de la semaine.

La juge d’instruction chargée de l’affaire dite « des emplois fictifs de la mairie de Paris », Xavière Simeoni, devrait décider cette semaine, et après deux ans d'enquête, de renvoyer ou non Jacques Chirac devant le tribunal correctionnel de Paris. Si ce dossier avait quelque peu écorné l'image de l’ancien président français tout au long de ses deux mandats, de 1995 à 2007, il n'avait toutefois jamais eu à s'en expliquer en raison de son immunité.

35 emplois douteux

C’est en novembre 2007, six mois après la fin de sa présidence, que Jacques Chirac avait été mis en examen pour « détournements de fonds publics », un délit passible de 10 ans de prison et de 150.000 euros d’amende au maximum. En cause, la rémunération par la ville de Paris, entre 1983 et 1995, de trente-cinq emplois, alors que les personnes concernées ne travaillaient pas pour cette municipalité. Outre Jacques Chirac, qui fut maire de Paris de 1977 à 1995, cinq de ses anciens directeurs de cabinet ont été mis en examen pour « faux en écriture publique ». Les bénéficiaires sont accusés de « recel de détournement de fonds publics ».

Parmi les personnes embauchées, certaines auraient travaillé à sa permanence de député, en Corrèze (centre de la France) ou au service de plusieurs associations. D'autres auraient été des emplois de complaisance, sans travail en contrepartie. Le préjudice pour la ville de Paris s'élève à 3,5 millions d'euros, somme dont elle exige le remboursement « au centime près ».

Chirac ne « connaît pas les personnes concernées »

Selon l’hebdomadaire français Le Journal du Dimanche qui reproduit dans son édition du 25 octobre des extraits de ses auditions, le chef de l’Etat dit « assumer ces embauches » mais affirme ne pas connaitre la plupart des personnes concernées. « Jamais, à aucun moment, je n’ai eu, ni la volonté, ni même le sentiment de commettre une quelconque infraction ou irrégularité », aurait-il expliqué.

Le parquet a requis un non-lieu général dans cette affaire. Le réquisitoire, signé par le Procureur de la République de Paris, Jean-Claude Marin, indique que « sur les 481 chargés de mission recensés par l'information judiciaire, le plus grand nombre avait occupé un emploi bien réel ». Il y aurait par ailleurs prescription pour les faits antérieurs à 1992, et les informations concernant les plus récents seraient insuffisantes pour caractériser une infraction. A peine sortie des audiences de l'affaire Clearstream, qui a vu défiler plusieurs responsables politiques à la barre dont Dominique de Villepin, la République française pourrait connaître un nouveau procès retentissant avec celui de l’un de ses anciens présidents.

lundi, 19 octobre 2009

Jacques Chirac, ancien président de la République française : “Je regrette de n’avoir pas pu rendre plus solides les bases de notre aide publique au développement qui chute dangereusement”

Souvenirs, regrets et espoirs de l’ancien président de la France, Jacques Chirac, pour l’Afrique. Dans cette interview, l’homme qui a dirigé l’Etat français pendant dix ans et à qui Nicolas Sarkozy a succédé, s’exprime sur ses relations avec les chefs d’Etat africains et les ambitions qu’il a pour l’Afrique. M. Chirac reconnaît qu’on raconte beaucoup de choses sur les relations entre la France et l’Afrique, mais pour lui, il faut sortir des clichés et des idées reçues. Seul regret dans cet entretien, Chirac qui s’apprête à publier bientôt ses mémoires, n’a pas voulu se prononcer sur les questions brûlantes de l’actualité française (...).

Sidwaya : Très souvent présenté comme un grand ami de l’Afrique, on ne vous entend plus, depuis votre départ de l’Elysée, vous prononcer ou plaider en faveur du continent noir confronté à de nombreuses crises financière internationale, des inondations. Jacques Chirac aurait-il perdu de la voix ?

Jacques Chirac (J.C.) : (...) C’est que ma voix porte moins loin qu’avant et alors, vous ne l’avez pas entendue ! En tous les cas, sachez que mon engagement en faveur du développement et de l’Afrique ne s’est pas arrêté quand j’ai quitté mes fonctions. Dans toutes mes prises de parole publiques, j’ai constamment rappelé l’urgente nécessité de trouver de nouveaux équilibres avec l’Afrique, d’ancrer celle-ci dans la mondialisation. En début d’année dernière, quand le monde a commencé à percevoir l’ampleur de la crise financière, j’ai publié une tribune appelant à ne pas oublier l’Afrique, dernière responsable et première victime de la crise. Les premières actions de la fondation que j’ai créée sont orientées vers l’Afrique.

Sidwaya : Quelle est l’image que vous gardez du président Compaoré et du Burkina Faso ?

J.C. : Le Président Compaoré est un ami, un homme qui a une vision du destin de son pays et travaille avec acharnement à la réaliser. Je salue tout particulièrement ses actions de médiation dans la région. Le Faso est un pôle important de développement pour la sous-région, notamment dans le domaine agricole, sa population consent beaucoup de sacrifices, fait beaucoup d’efforts pour que le pays avance. Je suis heureux de retrouver ce pays pour lequel j’éprouve estime et respect et je tiens à exprimer ma profonde compassion aux victimes des terribles inondations qui l’ont frappé il y a peu.

Sidwaya : Quels sont les grands souvenirs que vous gardez de vos rapports avec les chefs d’Etat africains pendant que vous étiez aux affaires ?

J.C. : J’en ai trop pour n’en citer que quelques-uns ! Depuis mon entrée dans la vie publique, j’ai toujours entretenu avec la plupart des dirigeants africains des relations de respect, et d’égalité, des relations d’amitié aussi avec certains. On raconte beaucoup de choses sur les relations entre la France et l’Afrique. Il faut sortir des clichés et des idées reçues.

Sidwaya : Avec le recul, y aurait-il des choses que vous auriez pu faire au profit de l’Afrique pendant vos deux mandats à la tête de l’Etat français et que vous n’avez pas pu réaliser ?

J.C. : Je regrette de n’avoir pas pu rendre plus solides les bases de notre aide publique au développement qui chute dangereusement, en France et partout dans le monde. Nous sommes loin de la réalisation des Objectifs du millénaire. Mais nous avons aussi lancé de nombreux chantiers qui commencent à porter leurs fruits, l’aide aux Petites et moyennes entreprises par exemple ou les programmes de revitalisation du fleuve Niger ou du Congo. C’était l’une des priorités de la politique africaine de la France que j’ai souhaité conduire : mettre en valeur les réussites africaines, donner leur chance aux nouvelles générations. Le monde bouge. Les jeunes africains bougent avec lui. Ils sont les conquérants du nouveau monde, présents sur les cinq continents. Dans les rues de Canton, on parle bambara, mooré ou wolof. L’Afrique bouge et nous devons l’accompagner.

Sidwaya : Après vos fonctions comme Président de la République, à quoi consacrez-vous actuellement votre temps ?

J.C. : Je viens de terminer un livre de mémoire qui sortira à mon retour d’Afrique. Et puis j’ai créé une fondation à laquelle je consacre beaucoup de temps.

Sidwaya : Que souhaitez-vous que l’on retienne du Forum mondial du développement durable auquel vous venez d’assister à Ouagadougou ?

J.C. : Nous sommes tous concernés par les changements du climat. Ce sont les populations les plus fragiles qui en sont les premières victimes. On compte déjà des dizaines de milliers de réfugiés climatiques. A quelques semaines du Sommet de Copenhague, le Forum mondial du développement durable vient rappeler que l’Afrique doit prendre toute sa part dans ce combat global. Il faut mettre en place des mécanismes de solidarité entre pays du Nord, du Sud et grandes puissances émergentes afin de permettre aux pays les moins avancés de mettre en place des politiques efficaces de gestion durable des ressources et d’accès à l’eau, à l’énergie… Les besoins sont immenses. Il ne faut sacrifier ni les générations futures ni les générations présentes.

Sidwaya : Votre fondation lance un appel à lutter contre les faux médicaments, pourquoi avoir choisi ce sujet ? Pourquoi en Afrique ?

J.C. : L’Afrique est la première concernée par le fléau des faux médicaments. On estime que 30 % des médicaments y sont faux ou sous-dosés. Quand on sait que 70 % des médicaments anti-paludiques sont des faux, on ne peut pas rester les bras croisés ! Le trafic des faux médicaments est hélas devenu un véritable marché, aussi et peut-être même plus rentable que le marché de la drogue ! Qui le sait en dehors de l’Organisation mondiale de la Santé qui tire la sonnette d’alarme depuis quelques années sans que quiconque s’en émeuve ? L’accès à des médicaments de qualité est un enjeu de santé publique, un enjeu de société. C’est aussi, car le trafic a des ramifications puissantes, un enjeu de sécurité publique. Je suis très reconnaissant au Président Compaoré d’avoir bien voulu s’associer à l’Appel à la communauté internationale, que nous avons lancé le 12 octobre depuis Cotonou, à l’invitation du Président Boni Yayi, en faveur d’une mobilisation générale contre les faux médicaments.

Sidwaya : Quels sont les prochains projets de votre fondation ?

J.C. : L’objectif central de ma fondation est d’agir au service de la paix. A côté de ce que nous faisons pour les médicaments, j’ai souhaité m’engager pour la prévention des conflits. C’est un vaste programme me direz-vous, mais quand on voit les menaces pour la paix que représentent la raréfaction des ressources naturelles, la négation ou l’exacerbation des identités, on ne peut pas rester assis, les bras croisés ! Je pense aux générations futures. Quel monde allons-nous leur léguer ? Mon ambition est donc, avec les moyens dont je dispose et à la place qui est la mienne, de contribuer à éveiller les consciences, à favoriser des solutions au plus près de la vie des gens. Aujourd’hui, par ses choix individuels, chacun peut être un acteur, un facteur de paix. C’est pour cela que j’ai souhaité créer un prix pour la prévention des conflits qui sera remis pour la première fois le 6 novembre prochain à la Sorbonne.

Il faut faire connaître les efforts et les sacrifices de ceux qui, dans l’anonymat et parfois au mépris du danger, font le choix du dialogue, du lien, de l’espérance dans l’homme. Il faut mettre en lumière que le pire n’est pas toujours certain, que l’obstination, le courage, l’imagination, cela peut produire des résultats heureux. C’est pour cela que ma fondation développe par ailleurs un ambitieux programme pour la sauvegarde des langues en danger, ou s’associe à des initiatives de lutte contre la déforestation ou la désertification.

Interview réalisée par Ibrahiman SAKANDE

Sidwaya

mercredi, 14 octobre 2009

Jacques Chirac contre l'extinction de voix

13/10/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Nicolas Marmié


Jacques Chirac contre l'extinction de voixJacques Chirac contre l'extinction de voix© Vincent Fournier / Jeune Afrique

On connaissait la passion de Jacques Chirac pour les arts premiers. La dimension linguistique de cet héritage culturel est également au cœur des préoccupations de l’ancien président français. Le 6 octobre, au Musée du quai Branly, à Paris, il a présenté les activités de sa fondation au service de la préservation des langues rares, initiées dans le cadre du « programme Sorosoro »*.

Les chiffres sont éloquents. Chaque année, une centaine d’idiomes disparaissent, sur les 6 000 encore parlés aujourd’hui. D’ici au milieu du XXIe siècle, c’est la moitié de la diversité linguistique universelle qui est menacée. La « fracture numérique » – un thème également cher à Jacques Chirac – constitue un facteur aggravant, puisque plus de 90 % des contenus diffusés sur Internet le sont en une douzaine de langues.

Plus de cinq cents autres, pratiquées par une centaine de personnes seulement, sont menacées à très court terme. Comme le sorosoro (dont le nom signifie « souffle, parole ») qui n’est plus parlé que par une dizaine de personnes au Vanuatu, dans le Pacifique. Ou le punu, au Gabon (100 000 locuteurs), qui pourrait ne pas résister aux mouvements migratoires.

Au-delà de son aspect culturel, la défense de la diversité linguistique peut se révéler précieuse dans la transmission des savoirs ancestraux. Les principes actifs de plus des deux tiers des médicaments (comme l’extrait de quinine, pour lutter contre la malaria) sont issus de la flore et la connaissance de cet univers disparaît souvent avec les civilisations. « L’idée selon laquelle l’existence d’une seule langue apporterait la paix est un mythe absolu », estime le linguiste David Crystal. Dans le sillage de l’Unesco, « Sorosoro » travaille à une « encyclopédie numérique des langues » visant à graver cette tradition orale sur tous les supports (vidéo, audio et informatique) et à l’offrir sur Internet à travers « une télévision des langues ».

(*) www.sorosoro.org

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