vendredi, 06 novembre 2009
Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac, ex-adversaires et complices
Par Reuters, publié le 06/11/2009
PARIS - Adversaires d'hier, Nicolas Sarkozy et Jacques Chirac se sont mutuellement consolés vendredi de leurs ennuis du moment, le temps d'une cérémonie officielle.
Nicolas Sarkozy a évoqué un climat apaisé avec son prédécesseur Jacques Chirac, lors de la remise du prix de la fondation de l'ancien président de la République pour la prévention des conflits. (Reuters/Michel Euler/Pool)
Le président de la République négocie une mi-mandat agitée et son prédécesseur est poursuivi pour une affaire d'emplois fictifs remontant à l'époque où il était maire de Paris.
Dans le cadre solennel et suranné du grand amphithéâtre de la Sorbonne, il n'a évidemment été question ni de l'une ni des autres. L'occasion - la remise des premiers prix de la Fondation Chirac pour la prévention des conflits - ne s'y prêtait pas.
Nicolas Sarkozy, dont les relations houleuses avec son prédécesseur ont défrayé la chronique politique pendant plus d'une décennie, a fait assaut d'amabilités envers l'ancien président en lui donnant plusieurs fois du "cher Jacques".
Il a estimé qu'il était de son devoir de participer à cette cérémonie, "à la fois par amitié et (...) par estime" pour l'ancien président de la République.
Il a salué le travail de la fondation Chirac, qui a accordé son premier prix - doté de 100.000 euros - à deux ex-chefs de milices religieuses du Nigeria, l'imam Muhammad Ashafa et le pasteur James Wuye, reconvertis dans le dialogue interreligieux, et un prix spécial à l'ancien ministre sud-coréen Park Jae-Kyu, militant de la paix entre les deux Corées.
"Le dialogue et la paix sont, depuis l'origine, l'élément central de votre vision du monde", a lancé Nicolas Sarkozy à l'adresse de Jacques Chirac, dont il a jugé la fondation "extraordinairement utile".
Il est même passé au tutoiement, lorsqu'il a abordé les enjeux du développement durable - "Tu avais été l'un des premiers à le comprendre", a-t-il dit.
"FRANCE APAISÉE"
Cette cérémonie en présence d'une brochette d'anciens ministres et de personnalités de la "chiraquie", lui a donné l'occasion d'oublier un instant les bisbilles de sa majorité pour se replonger dans les dossiers internationaux.
Il a ainsi de nouveau plaidé, à un mois de la conférence de Copenhague sur le climat, pour une Organisation mondiale de l'environnement, à la création de laquelle il a souhaité travailler avec la Fondation Chirac.
Plus surprenant, il a défendu la force de dissuasion nucléaire française, à l'heure où le monde s'inquiète de la volonté prêtée à l'Iran de se doter de l'arme atomique.
"Jamais la France ne renoncera à sa sécurité. Ce n'est pas nous, qui avons quelques centaines de têtes nucléaires, à qui on doit demander de faire un effort supplémentaire, alors que des arsenaux immenses existent dans le monde", a-t-il déclaré.
Applaudi debout à plusieurs reprises par l'assistance, Jacques Chirac a renoué avec un des thèmes de prédilection de sa présidence, la situation préoccupante du monde.
"L'actuelle crise financière (...) laissera des traces. Le prix humain est déjà lourd. Des équilibres fragiles sont remis en cause", a-t-il déclaré. "Les années qui viennent seront des années à haut risque (...). Nous devons être lucides (...), nous devons être encore plus vigilants."
La dernière rencontre publique entre Jacques Chirac et Nicolas Sarkozy remontait au 18 mars, quand le chef de l'Etat avait remis les insignes de chevalier de la Légion d'honneur à Bernadette Chirac, l'épouse de l'ancien président.
"Ce n'est pas tous les jours que j'ai le plaisir d'être aux côtés de Jacques Chirac", a-t-il déclaré en conclusion de la cérémonie de la Sorbonne.
"Et aujourd'hui, c'est une vision de la France civilisée et apaisée que celle qui montre la continuité des responsabilités et qui montre également le respect", a souligné le chef de l'Etat, qui a fait campagne, lors de son élection de 2007, pour la "rupture" avec ses prédécesseurs, dont Jacques Chirac.
"Ce qui ne veut pas dire qu'on est d'accord sur tout et qu'on l'a été sur tout, si j'ai lu un bon livre récemment sorti en librairie", a conclu Nicolas Sarkozy, en faisant allusion au premier tome des Mémoires de Jacques Chirac paru jeudi.
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