jeudi, 16 mai 2013
POLITIQUE
Article publié le : jeudi 16 mai 2013 à 08:59 - Dernière modification le : jeudi 16 mai 2013 à 09:02
Côte d'Ivoire: Bertin Konan Kouadio dénonce le cavalier seul du RDR du président Ouattara
Elu député au nom du Rassemblement des houphouëtistes pour la démocratie et pour la paix (RHDP) en décembre 2011, le président de la jeunesse du Parti démocratique de Côte d'Ivoire (PDCI) a confirmé, mercredi 15 mai, ce que les états-majors des deux principaux partenaires de l’alliance au pouvoir nient publiquement. Au cours d’une conférence de presse, Bertin Konan Kouadio, dit « KKB », a confirmé la menace d’implosion du RHDP. Il accuse le Rassemblement des républicains (RDR) d’Alassane Ouattara d’être responsable de cette situation.
Il y a des « velléités hégémoniques du RDR (qui) ne joue jamais la carte de l'alliance RHDP dans les régions qui lui sont favorables », notamment le Nord. C’est le constat qu’a fait le président des jeunes du PDCI, Bertin Konan Kouadio, en parlant du traitement que le parti du président Alassane Ouattara fait subir à celui de l’ancien président Henri Konan Bédié.
« J'ai le sentiment que le PDCI est le seul à croire à l'alliance et à la porter à bout de bras. Les résultats des dernières élections sont là pour en attester, déplore Bertin Konan Kouadio, qui craint des risques d’implosion de cette alliance. (Celle-ci) ne peut pas continuer, si le PDCI doit la porter seul.»
Quid de la présidentielle?
Depuis qu’Alassane Ouattara a rendu publique son intention de se présenter pour un second mandat en 2015 - ce qui est « légitime » selon KKB - une partie des militants et des cadres de l’ancien parti unique redoute en effet que le PDCI ne soit absent de la compétition à venir. « Le parti ne peut pas se payer le luxe de ne pas présenter un candidat à la prochaine présidentielle », prévient ainsi Bertin Konan Kouadio.
Quant à l’appel du Front populaire ivoirien (FPI) de l'ancien président Laurent Gbagbo à un rassemblement avec le PDCI, KKB a indiqué que ce serait au congrès du parti, prévu en octobre, de se prononcer.
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mardi, 30 avril 2013
Côte d'Ivoire / Entretien
Le jeu politique ivoirien décrypté par le directeur de «L'Intelligent d'Abidjan»
En Côte d'Ivoire, deux ans après la chute de Laurent Gbagbo, les langues commencent à se délier sur le jeu politique des uns et des autres. Quel rôle a joué Guillaume Soro ? L'ancien Premier ministre a-t-il un destin national ? Alafé Wakili est le directeur du journal L'Intelligent d'Abidjan. Il publie chez L'Harmattan, Notre histoire avec Laurent Gbagbo. Il répond aux questions de Christophe Boisbouvier.
RFI : Dans votre livre, on découvre de multiples facettes de l’ancien président ivoirien. A un moment, vous dites : « Quand j’ai vu le virage de Laurent Gbagbo en faveur de l’ivoirité, j’ai regretté le Gbagbo d’avant. »
Alafé Wakili : Oui, le Gbagbo d’avant, c’était l’homme de gauche, le socialiste qui combattait les injustices, qui avait dit : « Il est anormal que des Burkinabè ayant vécu ou qui sont nés en Côte d’Ivoire depuis longtemps, soient encore Burkinabè, ne soient pas devenus Ivoiriens. » C’était le Gbagbo d’avant. Et je l’ai regretté !
Et un jour à New York, vous croisez un Ivoirien qui vous dit : « Mais, Alafé Wakili, là…Ton nom…Ça vient de quel village ? »
Oui, avant qu'il soit bété, il est originaire de Côte d’Ivoire. Il est devenu Américain mais il n’a pas « américanisé » son nom. Il trouve anormal que je sois Ivoirien, alors que je m’appelle Alafé Wakili. Comme s’il y avait une typologie des noms pour être Ivoirien.
Et visiblement, tout au long de votre livre, on sent que l’ivoirité, c’est vraiment le cancer de la République ivoirienne
Oui, il y a une sorte de refus dirigé de la nation dans cette quête d’identité. Parce que cette quête d’identité ne s’arrête pas uniquement à la nation ivoirienne. Vous verrez que l’homme du Nord rejettera l’homme du Sud. Et l’homme du Centre rejettera l’homme de l’Ouest. Ce n’est pas forcément face à l’étranger, à l’homme de l’extérieur et à cette quête d’identité. C’est en cela que c’est un véritable poison, parce que l’ivoirité finit par devenir de l'ethnicité, de la « bétéité », et de la « dioulaité ». Et c’est un cancer qu'il faut éradiquer en Côte d’Ivoire !
En 2008, vous êtes jeté en prison, parce vous êtes soupçonné de ne pas être véritablement Ivoirien et d’avoir menti sur votre nationalité. Mais entre les lignes, on devine que ce n’est pas la vraie raison de votre arrestation, et que tout cela vient d’une rencontre ratée avec Simone Gbagbo. De quoi s’agit-il ?
Oui, quelques semaines avant mon arrestation, j’ai un entretien, une rencontre avec Simone Gbagbo, qui veut savoir d’où nous tirons nos informations relatives à une résidence qu’elle a dans sa ville natale.
En fait, vous avez fait une enquête sur le patrimoine d’un certain nombre de personnalités ivoiriennes ?
Tout à fait. De tous les bords. Et nous avons donné un chiffre précis concernant son patrimoine. Et ça l’a intrigué. Elle a voulu savoir qui était notre informateur. Nous avons dit que nous avions appris cela comme ça, par hasard, et qu’il n’y avait pas d’informateur, de manipulateur. Elle ne l’a pas cru. Par la suite, tout s’est emballé me concernant.
Tout au long de votre livre, on suit les méandres de la politique de Laurent Gbagbo, entre les durs et les modérés de son camp. L’une des erreurs de l'ex-chef de l’Etat ivoirien, dites-vous, c’est en 2007, quand il accepte de prendre Guillaume Soro comme Premier ministre. « Le boulanger n’est pas celui qu’on a cru », dites-vous...
Oui. Il a peut-être pensé pouvoir tirer toujours les cartes, ruser, gagner du temps, retarder l’élection, fatiguer Bédié, fatiguer Ouattara, qui auraient vieilli et qui n’auraient pas eu le même dynamisme que lui.
Ça c’était le calcul de Laurent Gbagbo ?
Oui, c’était le calcul. Et puis, fabriquer un nouveau leader, Guillaume Soro, au détriment des anciens leaders. Bédié, Ouattara vieillissant, Guillaume Soro étant du Nord. On a vu que cela n’a pas marché.
Est-ce qu’à la primature, Guillaume Soro était en mission commandée par Alassane Ouattara, pour endormir la méfiance de Laurent Gbagbo ?
Il y a un peu de ça. Et ce qu’il faut noter, c’est que Laurent Gbagbo n’a pas été tout à fait naïf sur la question, puisqu’il a fait une analyse simple, en se disant : même si Guillaume Soro serait un méchant (agissant pour) Alassane Ouattara, le fait qu'il travaille sous les ordres de Gbagbo et dise qu’il était bon président, faisait finalement que son soutien à Ouattara n’avait aucune valeur.
Ce calcul fonctionne jusqu’au lendemain du deuxième tour de la présidentielle de 2010, car à ce moment-là, Guillaume Soro bascule ouvertement dans le camp Ouattara. Mais vous dites que ce choix n’était pas aussi évident que cela. Pourquoi ?
Parce que lorsque le Conseil constitutionnel déclare Laurent Gbagbo vainqueur, des tractations et des pressions énormes sont faites en direction de Guillaume Soro, pour lui dire qu’il est le Premier ministre, il est l’arbitre. Il n’a pas à prendre position, à déménager à l'hôtel du Golfe, et entrer dans le gouvernement de Ouattara. Il ne va pas célébrer la victoire avec le vainqueur ! Après le match, il s’en va ! Or, il se trouve que Guillaume Soro a choisi le camp des vainqueurs, pour continuer de travailler avec lui.
Aujourd’hui à Abidjan, beaucoup disent que le jour où Alassane Ouattara quittera le pouvoir, deux personnalités sortiront peut-être du lot. C’est Guillaume Soro, justement, et le ministre de l’Intérieur, Hamed Bakayoko. Qu’est-ce que vous en pensez ?
Ce n’est pas tout à fait faux. Mais il y a d’autres partis. Il y a le FPI (Front populaire ivoirien, parti de l'ex-président Gbagbo) qui se recompose, il y a le PDCI (Parti démocratique de Côte d'Ivoire) qui essaie de se trouver un leader après Bédié. Il est évident que dans l’après-Ouattara, au niveau du RDR, ces deux personnalités seront présentes. Mais d’ailleurs, ce ne sont pas les seules.
Est-ce qu’il n’y a pas de fait, dès aujourd’hui, une rivalité entre un camp Guillaume Soro et un camp Hamed Bakayoko ?
Une rivalité, peut être, des entourages, des partisans. Mais les deux semblent avoir un peu la tête sur les épaules. Ils sont assez réalistes pour dire que c’est inutile, prématuré, de faire ce combat, d’entretenir cette rivalité. Ils se sont rencontrés dernièrement pour faire des mises au point. Eux-mêmes sont conscients des ravages d’une rivalité, d’une guerre ouverte. Ils ont peut-être intérêt à s’entendre. On voit d’ailleurs aujourd’hui le PDCI et le RDR qui ne s’entendent pas, ce que cela produit ! Donc, si à l’intérieur même du RDR il y a des divisions de cette nature-là, il est clair qu’ils n’iront nulle part, les deux.
08:15 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : côte d'ivoire, entretien, alassane ouattara, laurent gbagbo, alafé wakili
vendredi, 08 février 2013
POLITIQUE
Côte d'Ivoire : au Ghana, les derniers exilés pro-Gbagbo rasent les murs
Depuis quelques semaines, les extraditions de dignitaires de l'ancien régime ivoirien établis au Ghana se multiplient. Une situation qui plonge les pro-Gbagbo exilés dans la peur.
« Avec l’arrestation de Blé Goudé, c’est comme si un mur s’était effondré, que la protection politique et humanitaire dont bénéficiaient les exilés à Accra n’était plus qu’un vieux souvenir », nous confie un membre de la « galaxie des patriotes ». Après Charles Blé Goudé le 17 janvier, deux autres dignitaires du régime de l’ancien président ivoirien Laurent Gbagbo, Jean Noel Abehi et Jean-Yves Dibopieu, ont été arrêtés, lundi 4 février, au Ghana puis extradés dans la foulée vers la Côte d’Ivoire.
Depuis ces deux événements, les pro-Gbagbo se font tout petits. Ils seraient encore une vingtaine d’anciens hauts responsables et une dizaine d’officiers des ex-Forces de défense et de sécurité (FDS) au Ghana. « Aujourd’hui c’est la peur qui règne. Beaucoup de nos amis sont injoignables par téléphone. Ils se terrent », raconte Alain Toussaint, ancien porte-parole de Laurent Gbagbo basé en France. « Mardi, j’étais en ligne avec l’un d’entre eux. La connexion était tellement mauvaise que j’avais l’impression qu’il se trouvait dans un bunker », poursuit-il.
Pourtant, quelques jours après l’arrestation de Blé Goudé, cinq cadres du Front populaire ivoirien (FPI) en exil, dont Assoa Adou (son coordinateur), Ahoua Don Mello (ancien porte-parole du gouvernement), et Justin Koné Katinan (porte-parole de Laurent Gbagbo), ont été reçus par les autorités ghanéennes. La délégation, qui tenait à « être rassurée sur la sécurité et la protection » des exilés était repartie « l’esprit tranquille », assure un proche. « Aucune promesse n’a été faite, mais une nouvelle rencontre devait avoir lieu », poursuit-il. Joint par Jeune Afrique à cette occasion, Damana Pickass, président de la Coalition des patriotes ivoiriens en exil (Copie) confiait même ne pas se sentir en danger : « je ne suis pas inquiet. Ici, ça n’a jamais été facile mais on s’en sort. »
Dans la communauté des pro-Gbagbo en exil, les deux dernières arrestations ont été vécues comme un tournant.
Mais dans la communauté des pro-Gbagbo en exil, les deux dernières arrestations ont été vécues comme un tournant. Car si le commandant Jean Noel Abehi était sous le coup d’un mandat d’arrêt, Jean Yves Dibopieu, ancien secrétaire général de la Fédération estudiantine et scolaire de Côte d’Ivoire (FESCI), était, lui, inscrit comme demandeur d’asile. Conformément à la Convention de Genève de 1951, ce statut lui conférait une protection juridique.
Le silence d’Accra
Le gouvernement communique peu sur ce sujet qui n’intéresse que marginalement les Ghanéens. Même l’ancien président Jerry Rawlings, qui avait exprimé son soutien aux exilés et notamment à Charles Blé Goudé, n’a pas réagi publiquement lors de son arrestation. Les rares alliés ghanéens des dignitaires de l’ancien régime ivoirien pèsent peu politiquement. À l’image des membres du Freedom Center à Accra, une organisation socialiste dirigée par le journaliste Kwesi Pratt, ancien membre du Parti pour la Convention du peuple, crée par Kwame Nkrumah.
Mais l’évolution du chef de l’État ghanéen, John Dramani Mahama, est sensible. Depuis son élection, il a pris le contrôle des services de sécurité, qui étaient auparavant sous influence de personnages comme Rawlings, plutôt favorables à Laurent Gbagbo. Il a surtout compris l’intérêt de coopérer avec son voisin, Alassane Ouattara, lequel l’a soutenu pendant sa campagne électorale. Les deux pays ont de nombreux projets économiques communs (exploration et exploitation pétrolière, production de cacao, route Accra-Abidjan, etc.)
Des fissures dans le clan
L’unité du clan des pro-Gbagbo a également été atteinte par les récents événements. Quelques heures seulement après l’extradition de Charles Blé Goudé, Touré Moussa Zéguen, ex-chef des milices patriotiques, l’a accusé d’avoir un accord avec les autorités ivoiriennes. Menacé à Accra par les proches de l'ex-« général de la rue », Zéguen a depuis quitté la capitale ghanéenne pour une destination inconnue.
D’autres suivront-ils ce chemin ? « Il est possible que certain y pensent. Tout inciterait à le faire, assure Alain Toussaint. En attendant, une initiative politique va être prise dans les prochains jours », assure-t-il sans donner plus de précision.
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Par Vincent Duhem (@vincentduhem)
08:20 Publié dans AFRIQUE | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : laurent gbagbo, charles blé goudé, jean noël abéhi, jean yves dibopieu









