lundi, 09 novembre 2009

MARCHES PUBLICS : Une entreprise de BTP nargue l’Etat burkinabè

lundi 9 novembre 2009

Les Burkinabè ont parlé, ils parlent et ils parleront encore longtemps de l’Entreprise de BTP Razel Frères. Dans le différend qui oppose présentement cette entreprise à l’Administration burkinabè, environ 7 milliards de FCFA sont en jeu. Comme dans cette autre affaire désormais célèbre, l’affaire CEMOB, l’Etat burkinabè va encore être grugé par une société étrangère. L’entreprise Razel frères, faut-il le rappeler est une entreprise des BTP. Elle a été attributaire du marché N°48/2000/MEF/MIHU conclu en mars 2000 entre l’Etat burkinabè et l’Entreprise Razel Frères.

C’était aux termes de l’appel d’offres FED/BK/SCR E 1/36 du 29 juin 1999. Le marché signé entre l’Etat et l’Entreprise Razel Frères portait sur l’entretien périodique de la route bitumée RN1 Boromo-Bobo-Dioulasso pour un montant de 6 949 984 731 F CFA HT HD. Le 22 octobre 2001 et le 12 décembre 2002, deux avenants au dit marché ont été signés, portant le montant total à 9 263 222 347 FCFA HT HD. Aujourd’hui, l’Etat burkinabè réclame des réparations d’un montant de 6 730 926 306 F CFA à Razel Frères par ce qu’il est persuadé, sur la base de travaux de contre-expertise que l’exécution des travaux d’entretien périodique de la route bitumée RN1 Boromo-Bobo-Dioulasso n’a pas été faite dans les normes de l’art.

Si l’on se rapporte aux reportages réalisés après la finition des travaux par l’Entreprise Razel Frères, si l’on se rappelle les critiques faites par les usagers, au premier rang les transporteurs routiers, on est conduit à conclure que l’Entreprise Razel Frères n’a pas travaillé dans le respect des cahiers de charges en matière de construction routière. La route se dégradait avant les cérémonies de réceptions partielles et définitives. Des matériaux non conformes et des mauvais dosages qui ne respectent pas les normes expliqueraient entre autres cette dégradation constante de l’itinéraire en question. Dans leurs critiques, les utilisateurs de la voie ont mis en cause le Gouvernement. Il était particulièrement dit que si on n’était pas au Burkina Faso où la corruption gagne des galons chaque jour qui passe, le ministre des Infrastructures de l’époque, M. Lingani Hyppolite devrait se justifier. Mais, nous sommes au Burkina et rien ne s’est passé. Aujourd’hui, le gouvernement a signifié son insatisfaction à l’entreprise Razel Frères après plusieurs réunions de conciliation qui se sont toutes avérées infructueuses.

Il lui réclame des réparations qui se composent comme suit : « + le montant des travaux défectueux (travaux de chausse et du revêtement exécutés dans le cadre de son marché et qui lui ont été payés : 4 587 071 839 FCFA (soit 2 275 193 508FCFA pour la chaussée et 2 311 878 331 FCFA pour le revêtement) ; + le montant des travaux de réparation de la route effectués par l’Entreprise DTP Terrassements pour le maintien du trafic et la sécurité des usagers avant le démarrage des travaux de reprise et de renforcement du même tronçon dont elle a été attributaire du marché y relatif : 673 734 208 FCFA ; + le montant des travaux de réparation d’urgence de la route effectués par des PME burkinabè en 2004-2005 pour le maintien du trafic et la sécurité des usagers : 1 282 878 934 F CFA ; +la prise en charge des consultants indépendants commandités par l’Etat burkinabè pour une meilleure compréhension de la dégradation : 127 437 752FCFA ; +la prise en charge d’un expert en contentieux recruté par l’Etat burkinabè pour la défense de ses intérêts dans le cadre du différend qui l’oppose à l’Entreprise Razel Frères : 58 058 098FCFA ; +les prestations d’un huissier lors des prélèvements contradictoires de matériaux pour contre-expertise : 1 745 475 208FCFA. »

Le montant global des réclamations de l’Administration burkinabè se chiffre à la somme de 6 730 926 306FCFA. Le montant du marché et des deux avenants est de 9 263 222 347 FCFA hors taxe, hors douane et hors TVA. L’avocat de l’Etat est Maître Benoît Sawadogo, ancien bâtonnier de l’Ordre des avocats du Burkina Faso. C’est le Secrétaire Permanent de l’Autorité de Régulation des Marchés publics qui a saisi Maître Sawadogo. Ceci, à la suite de la correspondance N°1297/MEF/SG/DG.COOP/DCM/BGES du Ministre de l’Economie et des Finances adressée au Président de la Commission de Règlement Amiable des Litiges S/C du Secrétaire Permanent de l’Autorité de Régulation des Marchés Publics. La lettre du Ministre vient après plusieurs réunions de conciliation infructueuses entre les responsables de l’Entreprise Razel Frères et les autorités compétentes du Burkina Faso.

L’avocat s’est rendu au Mali où est installée aujourd’hui l’Entreprise Razel Frères pour présenter les prétentions de l’Administration du Burkina Faso. Il s’est entendu dire par la direction de l’entreprise Razel frères que si l’Administration veut qu’elle lui paie des réparations dont elle parle, elle va dévoiler le nom de toutes les personnes qui ont pris de l’argent dans ses caisses soit pour fermer les yeux sur le mauvais travail qu’elle était entrain d’exécuter, soit que l’entreprise elle-même leur demande de fermer les yeux sur sa mauvaise exécution du contrat. Chantage ou réalité ? En tout état de cause, une entreprise étrangère ne peut pas tenir tête à l’Etat, allant jusqu’à le narguer, tout en sachant en son âme et conscience qu’elle a floué le Burkina si elle ne détenait pas par devers elle des documents compromettant sur certaines autorités. Le Burkina se laissera-t-il faire ? Un dossier à suivre.

Talato Sîîd Saya

L’Indépendant