Source : lexpress.fr, publié le 31/03/2009
Accusé d'avoir volé du pétrole et détourné de l'argent, Mikhaïl Khodorkovski passe pour la deuxième fois devant la justice russe, en public à partir de ce mardi. Mais que pensent les Russes de l'affaire Ioukos?
Le deuxième procès de Mikhaïl Khodorkovski, ex-patron de la compagnie pétrolière Ioukos, commence réellement, et en public, ce mardi, après de longues audiences préliminaires à huis clos.
Il est accusé d'avoir volé du pétrole (pour environ 900 milliards de roubles, soient 20 milliards d'euros) et détourné de l'argent. Il risque jusqu'à 22 ans de prison, tout comme Platon Lebedev, ex-chef du groupe Menatep, qui doit répondre aux mêmes accusations.
REUTERS/Sergei Karpukhin
Mikhaïl Khodorkovski arrive au tribunal à Moscou, le 4 mars dernier, pour une série d'audiences préliminaires à huis clos.
La revue Vlast écrit que la début de la nouvelle affaire est pareille à la précédente (voir l'encadré ci-dessous). La justice a rejeté toutes les demandes de la défense... mais satisfait la seule prière de l'accusation, en prolongeant les délais d'arrestation de Khodorkovski et Lebedev, jusqu'à l'ouverture de ce nouveau procès.
D'après la défense, la justice russe n'est pas "objective et indépendante" et ne motive pas ses décisions. Les avocats ont donc porté plainte contre les résolutions du juge. Ils demandent par exemple de cesser toute poursuite pénale, notamment parce que les deux hommes ont déjà été jugés une première fois pour le vol de pétrole.
L'opinion publique: pour ou contre?
Bien sûr, le procès de Khodorkovski attire toujours l'attention de la société russe. Quelques-uns pensent qu'"un voleur doit être en prison".
Selon les investigations du Centre analytique de Youri Levada (indépendant), l'arrestation de Khodorkovski en 2003 a suscité la satisfaction de 28% des gens. Environ 41% des gens estiment que les services judiciares ont raison pour « nettoyer » l'économie. Encore plus (46%) pensent que le développement de l'affaire Ioukos renforcera la popularité de Poutine. En même temps beaucoup des gens (30%) croient que la ministère public n'a pas été indépendant et agit au nom du président.
Maintenant à l'occasion de ce nouveau procès, la majorité (55%) ne plaint pas Khodorkovski. Pourtant beaucoup des gens (33%) pensent qu'il serait préférable que les personnes comme Khodorkovski travaillent pour le bien de l'économie et la politique de la Russie au lieu d'être en prison. Surtout pendant la crise économique. Enfin, plus que 60% sont sûrs que des businessmens et de proches du pouvoir ont profité de l'affaire Ioukos.
Certains soutiennent même Khodorkovski. Par exemple, ils écrivent des messages à la radio Echo de Moscou (indépendante). Ils lui souhaitent santé et courage. "Je n'ai jamais soutenu Khodorkovski. Mais je l'ai observé pendant toutes ces années et je suis devenu partisan de son cas", écrit par exemple un auditeur. Une autre opinion se répand: même si Khodorkovski est coupable, il a déjà passé de longues années en prison. Liza dit: "Cette affaire est vraiment fabriquée. Aujourd'hui, Khodorkovski doit plutôt inspirer de la compassion".
"Pour quelle raison la poursuite pénale de Khodorkovski et Lebedev dure-t-elle encore?"
Selon les avocats, le procès Khodorkovski a une dimension politique, la justice subissant les pressions du gouvernement russe. Evgenia Albats, célèbre journaliste russe, dit aussi dans son émission à la radio Ekho Moskvi (Echo de Moscou): "Si Khodorkovski et Lebedev sont condamnés, on peut mettre une croix sur la réforme du système judiciaire, sur la réforme des services judiciares et sur la démocratie en Russie".
Alexandre Chokhine, le chef de l'Union des industriels et des entrepreneurs de Russie, dit sur la chaîne de télévision Russie: "C'est mon opinion personnelle. Je ne suis pas juriste mais il me semble qu'il ne peut pas être jugé deux fois pour la même chose, ni en Russie, ni en quelque autre pays du monde".
Dmitri Medvedev a répondu à la question sur la possibilité d'amnistier Khodorkovski dans une interview pour la chaîne BBC: "Il est jugé selon le Code pénal de la Russie. Il faut attendre les résultats. Ni le président, ni quelqu'un autre ne peut pas s'ingérer dans ce proces. Mais, au nom du gouvernement, je peux examiner son dossier et peut-être annuler sa peine, une fois qu'il sera jugé. C'est tout".
Marina Khodorkovski estime que Ioukos et son fils "ont agi dans le cadre de la loi qui existait alors" et que d'autres agissaient ainsi. "Il est impossible de juger ces actes en fonction de la loi d'aujourd'hui", explique-t-elle à la radio Echo de Moscou. D'après elle, son fils se défendra seul, ou presque, et parlera justement de l'absurdité des accusations économiques. Mais pas de la motivation politique de l'affaire.