jeudi, 07 janvier 2010

GUINEE

Konaté jette les bases du retour à un pouvoir civil en Guinée

 

 

Publié le 07/01/2010 par Reuters


Konaté jette les bases du retour à un pouvoir civil en Guinée

Le numéro deux de la junte guinéenne, le ministre de la Défense Sékouba Konaté (photo), s'est engagé mercredi à initier le retour à un gouvernement civil et a annoncé qu'il faudrait au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, encore du temps pour se rétablir après la tentative d'assassinat dont il a été victime le 3 décembre. /Photo prise le 11 décembre 2009/REUTERS/Emmanuel Braun



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Le numéro deux de la junte guinéenne, le ministre de la Défense Sékouba Konaté, s'est engagé mercredi à initier le retour à un gouvernement civil et a annoncé qu'il faudrait au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, encore du temps pour se rétablir après la tentative d'assassinat dont il a été victime le 3 décembre.


Les déclarations de Konaté, dans une allocution à la télévision nationale guinéenne, sont le signe le plus évident à ce jour montrant que l'avenir politique de Camara est compromis.


"Sa vie n'est pas en danger mais il faut du temps et de la patience et un suivi médical pendant un certain temps pour qu'il se rétablisse", a dit Konaté.


"Il nous faut poser des actes allant dans le sens de l'apaisement, de l'unité de tous les Guinéens, de la refondation de notre Etat et notre système politique", a-t-il dit.


"Pour ce faire, et conformément aux accords de Ouagadougou, nous décidons, à partir de l'instant, du choix d'un Premier ministre issu de l'opposition désigné par elle-même, qui engagera avec l'ensemble des structures politiques et sociales du pays des discussions en vue de la mise en place d'un gouvernement de transition d'union nationale", a-t-il ajouté.


Konaté a dit mercredi attendre d'un futur gouvernement de transition qu'il décide d'une nouvelle date de tenue des élections, initialement prévues pour ce mois-ci mais reportées par la crise politique.


KONATÉ NE S'ACCROCHERAIT PAS AU POUVOIR


"La chose la plus importante est de rétablir la confiance entre le gouvernement et les gouvernés", a-t-il dit.


Camara, qui a pris le pouvoir en décembre 2008 à la mort du président Lansana Conté, n'a pas été vu en public depuis qu'il a été évacué vers le Maroc pour y subir un traitement médical, après la tentative d'assassinat menée contre lui par son aide de camp le 3 décembre.


Camara et les autres membres de la junte ont été vivement condamnés par la communauté internationale après la répression d'une manifestation d'opposition, dans un stade de Conakry, qui s'est soldée par la mort de plus de 150 personnes, le 28 septembre dernier.


Konaté s'est rendu au chevet de Camara cette semaine à l'hôpital, et a eu des entretiens avec des diplomates américains et français qui se sont employés à le persuader de permettre le retour à un pouvoir civil en Guinée, en l'absence de Camara.


Si l'on ignore dans quelle mesure Konaté remplacera ou non Camara dans un gouvernement de transition, il assure qu'il ne s'accrochera pas au pouvoir: "Je n'hésiterai pas un moment à démissionner si j'ai l'impression que je prêche dans le désert et vais à l'encontre de l'histoire et de la volonté du peuple", a-t-il dit dans son allocution.


Parmi les possibles candidats au poste de Premier ministre, dans les rangs de l'opposition, figurent Jean-Marie Doré, François Lonceny Fall et Sidya Touré.


Comme Camara, Doré est originaire de la Guinée forestière, région où vivent plusieurs minorités ethniques qui, de longue date, s'estiment sous-représentées dans les instances du pouvoir.


Un dirigeant de l'opposition, Oury Bah, a salué les annonces faites par Konaté mais a estimé que le succès d'un gouvernement de transition dépendrait des pouvoirs dévolus au Premier ministre.


"L'important n'est pas le choix de la personne. Ce qui est fondamental, c'est le mandat, les pouvoirs et les responsabilités du nouveau Premier ministre", a dit Oury Bah, membre éminent de l'UFDG (Union des forces démocratiques de Guinée).


Version française Eric Faye

mercredi, 06 janvier 2010

Revue de presse Afrique

A la Une : l’incertitude politique en Guinée



mercredi 06 janvier 2010



Par Frédéric Couteau


Après plusieurs jours de visite au Maroc, le général Sékouba Konaté, chef intérimaire de la junte guinéenne est rentré hier soir à Conakry. Et c’est un programme chargé qui l’attend à présent. Comme le souligne le site d’information GuinéeNews, « il s’agira d’abord de gérer la colère des syndicalistes qui menacent d’aller en grève, s’ils n’ont pas de nouvelles précises sur l’état de santé de Dadis. Et ensuite, poursuit GuinéeNews, il faudra que le flegmatique Konaté s’accommode des cérémonies de vœux de Nouvel An que les membres du gouvernement et de la junte comptent lui présenter vendredi. »


Partie de bras de fer entre Konaté et Pivi ?


En fait, pour Aminata, autre site d’information guinéen, le principal souci de Konaté serait… le capitaine Claude Pivi, dit Coplan, ministre chargé de la Sécurité présidentielle. Les deux hommes « n’ont jamais été sur la même longueur d’ondes depuis la fin du règne de Lansana Conté », affirme Aminata qui estime qu’on va « vers un choc des titans ».


D’après le site d’information, Pivi n’a cessé d’étendre son influence sur l’armée depuis l’insurrection qu’il avait menée contre feu le président Conté. Aminata suggère même que c’est lui qui aurait « imposé le capitaine Dadis à la tête de la junte ». Et en cette période de vacance du pouvoir, « Pivi, Monsieur Muscle, se charge de faire le déménagement », affirme le site. Bref, il existerait aujourd’hui une vive tension au sein de l’armée, entretenue par l’opposition entre les deux hommes. Dernier incident en date rapporté par Aminata : la libération par le général Konaté de certains anciens gardes de Lansana Conté qui avaient été arrêtés par Pivi. « On n’est peut-être pas loin, conclut Aminata, d’un affrontement physique entre les deux géants de l’armée nationale. »


« Encore l’humiliation »

Le Nigeria n’apprécie guère les dernières mesures prises par les Américains en matière de sécurité aérienne. Le Nigeria qui exige d’être retiré de la liste des pays dont les ressortissants devront subir des contrôles renforcés. L’Algérie figure également sur cette liste. Et là aussi, la pilule est dure à avaler. « Encore l’humiliation », s’exclame El Watan.

 

« Le contrôle sera total et ira jusqu’à dénuder entièrement le passager, déplore le quotidien algérien. Prétexte invoqué : les citoyens de ces pays sont des terroristes potentiels. (…) L’Algérie, qui est félicitée régulièrement par les autorités américaines pour sa contribution à la lutte contre le terrorisme islamiste, figure malheureusement sur la liste noire, constate le journal. Seul le Nigeria, autre pays cité, a eu un sursaut de dignité et annoncé qu’il ferait les démarches nécessaires auprès des Etats-Unis pour que son nom soit retiré. Les autres observent étrangement le silence », remarque El Watan qui affirme par ailleurs ne rien attendre non plus de la Ligue arabe et de l’OCI, l’Organisation de la conférence islamique.


Février, mars… octobre ?

Encore et toujours bien des interrogations à propos de l’élection présidentielle en Côte d’Ivoire… Après moult reports, le scrutin pourrait avoir lieu fin février – début mars. « Dans la capitale ivoirienne, la date du 7 mars est souvent avancée pour cette échéance, précise L’Observateur au Burkina. Mais voilà, c’était sans compter avec la grève des greffiers qui a bloqué tout l’appareil judiciaire et, collatéralement, grippé la machine électorale. Ainsi, le contentieux d’inscription qui devait prendre fin le 26 décembre dernier a été prorogé à ce mercredi. (…) Et ils sont de plus en plus nombreux, les Ivoiriens, constate L’Observateur, qui craignent que cette présidentielle ne soit repoussée, au mieux en octobre 2010, au pire à des calendes plus lointaines. »


A quand la « délivrance » ?

« Sur le terrain, renchérit Le Républicain au Mali, rien n’incite à l’optimisme. La grève des greffiers qui bloque la phase du contentieux électoral est loin de voir son épilogue (…). Le problème de la sécurisation des élections se pose avec acuité, parce que le Centre de commandement intégré n’est pas encore opérationnel, pour cause de manque de moyens financiers (…). Le regroupement des ex-combattants et le désarmement, dans les deux camps, restent aléatoires, poursuit le quotidien malien, compte tenu des difficultés de tous genres. Et enfin, remarque Le Républicain, l’unicité des caisses de l’Etat dans les zones ex- assiégées, le redéploiement de l’administration et le déploiement des 8 000 éléments dans les zones Centre Nord Ouest et au Sud restent un casse-tête chinois pour les autorités ivoiriennes. »

 

Bref, l’accouchement est délicat… Et le quotidien Le Pays invoque la puissance divine tout en maniant la métaphore : « Plaise au Ciel que 2010 marque, dans les faits, la grande délivrance pour la Côte d’Ivoire qui ne sait plus finalement trop quand elle rejettera de ses entrailles le bébé tant attendu ! »

mardi, 05 janvier 2010

Où est passé Toumba ?

04/01/2010 | Jeune Afrique | Par : Cheikh Yérim Seck


Aboubacar Aboubacar "Toumba" Diakité, le 2 octobre© AFP


Il a blessé le chef de la junte Moussa Dadis Camara et l'ONU le désigne comme l'un des principaux responsables présumés du massacre du 28 septembre. Et pourtant, Aboubacar "Toumba" Diakité, en fuite, semble jouir d'un certain capital de sympathie auprès des Guinéens...


Le rapport de la commission d’enquête mise en place par l’ONU pour déterminer les auteurs et les commanditaires du massacre du 28 septembre est tombé tel un couperet. Il cite nommément comme responsables de cette répression, qui a coûté la vie à au moins 150 Guinéens, Moussa Dadis Camara, le chef de la junte qui s’est emparée du pouvoir le 23 ­décembre 2008, Marcel Guilavogui, son neveu et garde du corps, Moussa Tiégboro Camara, son ministre de la Lutte antidrogue et du grand banditisme, et Claude Pivi « Coplan », chargé de la Protection présidentielle. Et, aussi, son ex-aide de camp Aboubacar « Toumba » Diakité.


Devenu l’homme le plus recherché de Guinée depuis le 3 ­décembre dernier, quand il a tiré sur Dadis, qui tentait de lui faire endosser l’entière responsabilité du ­massacre, Toumba suscite aujourd’hui des sentiments contrastés. Autant ses compatriotes l’ont haï dans les jours qui ont suivi le 28 septembre, autant il jouit d’une certaine aura depuis qu’il a vidé son chargeur sur le chef de la junte. Le 15 décembre, les Guinéens ont salué comme un fait héroïque le récit de sa tentative d’assassinat, qu’il livrait sur les ondes de RFI.


Toumba sauveur


Deux jours plus tard, l’ancien Premier ministre François Lonseny Fall, leader du Front uni pour la démocratie et le changement (Fudec) et l’une des victimes de la répression, a créé la surprise en déclarant, sur la même station de radio, que Toumba était intervenu lors des événements du stade pour empêcher des militaires de le tuer, avec trois autres leaders politiques, avant de les amener à la clinique pour qu’ils y reçoivent les premiers soins. Toumba sauveur


Cette vague de sollicitude envers celui qui passe pour avoir débarrassé la Guinée du très inquiétant Moussa Dadis Camara explique peut-être pourquoi il tarde à être retrouvé, en dépit des moyens qui ont été déployés. Toumba bénéficie de protections et de complicités.


Telle est, du moins, la conclusion d’un rapport confidentiel remis le 22 décembre à Sékouba Konaté, le nouveau patron de la junte, qui assure l’intérim de Dadis. Dans ce document, le chef du bataillon chargé de la traque se dit certain que le fugitif n’a pas quitté la Guinée ni même Conakry. Il estime, en outre, que Toumba s’est séparé des hommes avec lesquels il était entré en clandestinité pour mieux se cacher. Et qu’il sera très difficile de remonter jusqu’à sa ­planque en se contentant de pister ses proches.


Le pouvoir semble l'entendre


La raison en est simple : Toumba est un solitaire qui n’a pas de femme et n’a qu’un seul fils, âgé d’une dizaine d’années. Est-ce pour qu’ils conduisent les enquêteurs jusqu’à lui que les membres de sa famille qui avaient été arrêtés ont été libérés ? Le 17 décembre, en effet, Sékouba Konaté a ordonné l’élargissement de son frère, de ses deux cousins et de son père, lui-même commandant dans l’armée. Et fait dire à sa mère, qui prolongeait son séjour à La Mecque après son ­pèlerinage, qu’elle pouvait sans crainte rentrer au pays.


Le lendemain, Claude Pivi « Coplan » a enjoint ses hommes impliqués dans les recherches de ne plus inquiéter ceux réputés proches de Toumba et de se contenter désormais de les interroger, puis de les relâcher.


Le zèle des premiers jours de traque est retombé. La junte et son nouveau chef s’en tiennent désormais au service minimal, davantage préoccupés de ­mettre de l’ordre dans les rangs et d’éviter au pays de basculer dans le chaos. Toujours en possession d’un téléphone portable, l’ex-aide de camp de Dadis appelle parfois certains responsables de la junte pour leur donner des gages et réclamer une forme de cohabitation pacifique. Son message semble d’autant mieux entendu qu’il ne représente une menace immédiate ni pour l’État ni pour le pouvoir.

samedi, 02 janvier 2010

Dadis Camara accepte un Premier ministre issu de l'opposition

31/12/2009 | AFP


 Le ministre guinéen de la Communication, Idrissa Chérif, le 4 décembre 2009 à Abidjan Le ministre guinéen de la Communication, Idrissa Chérif, le 4 décembre 2009 à Abidjan© AFP


Le chef de la junte au pouvoir en Guinée, Moussa Dadis Camara, hospitalisé à Rabat dans un état incertain, est favorable à la nomination d'un Premier ministre issu de l'opposition, a affirmé jeudi sur la chaîne France 24 Idrissa Chérif, ministre de la Communication guinéen.


 

Le porte-parole de la junte était interrogé au téléphone depuis la capitale marocaine, où le capitaine Camara est soigné après une tentative de meurtre par son aide de camp, le 3 décembre dernier.

 

"Hier, nous avons eu une séance de travail entre le ministre de la Défense et président par intérim (le général Sékouba Konaté), le chef de l'Etat et moi", a relaté Idrissa Chérif.


Le médiateur Blaise Compaoré sollicité

 

"Le chef de l'Etat et le ministre de la Défense ont décidé de demander au facilitateur [Blaise Compaoré, ndlr] de convoquer les différents acteurs afin que nous puissions nous retrouver à Ouagadougou pour pouvoir décider de l'avenir du pays", a-t-il ajouté. "Dans ce cadre, le chef de l'Etat nous a instruit d'accepter la demande de prendre un Premier ministre issu de l'opposition", a-t-il ajouté.

 

Le président burkinabè Blaise Campaoré mène depuis plusieurs semaines des efforts de médiation, afin de sortir de la crise politique en Guinée, accentuée par un massacre d'opposants le 28 septembre par les forces de sécurité dans un stade de Conakry, qui a fait au moins "156 morts et disparus", selon l'ONU.


Le mystère demeure sur l'état de santé de Dadis


Idrissa Chérif a également cherché à couper court à des informations sur l'état de santé de Moussa Dadis Camara. Selon des sources proches de la junte, le capitaine Camara ne serait "pas conscient" de ce qui passe dans son entourage" et il n'y aurait "plus rien à faire pour lui".


"Je tiens à vous dire que le chef de l'Etat va bien", a dit le ministre de la Communication. "Bientôt, je pense que le chef de l'Etat sera parmi nous à Conakry, mais pour l'instant, je pense qu'il est en état de convalescence et tout se passe nettement mieux", a-t-il ajouté, promettant de rentrer en Guinée avec un "film" prouvant l'amélioration de son état de santé.

jeudi, 31 décembre 2009

Konaté sommé par les syndicats d'évoquer la santé de Dadis

30/12/2009 | AFP


Le dirigeant par intérim de la Guinée, Sékouba Konaté, le 15 décembre 2009 à KindiaLe dirigeant par intérim de la Guinée, Sékouba Konaté, le 15 décembre 2009 à Kindia© AFP


Le président de la Guinée par intérim, Sékouba Konaté, a été prié par les syndicats du pays de se montrer explicite quant à l'état de santé réel du Dadis, au sujet duquel les spéculations vont bon train.


Le Mouvement social guinéen, qui regroupe les principales centrales syndicales et la société civile, a demandé mardi au président par intérim de la Guinée, le général Sékouba Konaté, d'évoquer l'état de santé du chef de la junte, invisible et muet depuis qu'il a été blessé à la tête le 3 décembre.


"Depuis le 4 décembre, date à laquelle le président Moussa Dadis Camara a été évacué au Maroc suite à la tentative d'assassinat du 3 Décembre contre sa personne, le peuple de Guinée n'a reçu aucune information fiable sur son état de santé", affirme dans une lettre ouverte le Mouvement social guinéen dans une lettre ouverte.


Cette organisation comprend huit centrales syndicales ainsi que la Confédération patronale des entreprises de Guinée et le Conseil national des organisations de la société civile Guinéenne.


Préoccupation majeure


"Ce manque de respect manifeste à l'endroit du peuple est une situation inacceptable qui crée un malaise alimenté par des déclarations sans fondement médical de quelques membres du gouvernement et de la RTG" (Radio télévision guinéenne), déplore la mouvement dans son texte.

 

"L'état de santé du chef de l'Etat est une préoccupation majeure qui ne doit pas être occultée par des déclarations fallacieuses. C'est pourquoi, nous tenons à être édifiés sur la vraie situation de son bulletin de santé", conclut-il.


Rumeurs sur la mort éventuelle de Dadis


Interrogée par l'AFP, la générale de la Confédération nationale des travailleurs de Guinée (CNTG), Rabiatou Serah Diallo, a insisté sur cette idée: "Comme le général Konaté doit prononcer un discours le 31 décembre, nous aimerions que le peuple soit vraiment édifié sur la santé du président, car des rumeurs circulent, certains disent même que Dadis est mort et cela trouble la paisible population".


Sékouba Konaté n'a pas fait de commentaire officiel après avoir rendu visite, mardi à Rabat, au capitaine Camara, hospitalisé au Maroc après avoir été blessé à la tête, le 3 décembre, par son aide de camp.


Mais selon une source proche de la junte jointe au téléphone à Rabat depuis Conakry, le général a ensuite déclaré à plusieurs interlocuteurs que "Dadis n'était pas conscient de ce qui passait dans son entourage" et qu'"on ne peut rien tirer" de lui.

mardi, 29 décembre 2009

Sékouba Konaté absent, la guerre des clans continue

29/12/2009 | AFP | Par : AFP


Des Des "bérets rouges" de l'armée guinéenne à Conakry le 2 octobre 2009.© AFP


Sékouba Konaté est à Rabat au Maroc, pour rendre visite au chef de la junte Moussa Dadis Camara, qui est hospitalisé après que son aide de camp lui a tiré dessus. Mais la gendarmerie s'oppose pour l'instant à sa décision de libérer quinze militaires proches de l'ancien président Lansana Conté. Le ministre de la Justice, le colonel de gendarmerie Siba Lolamou, un proche de Dadis, est à l'origine de ce contre-ordre.


Une quinzaine d'officiers et sous-officiers guinéens qui devaient être remis en liberté lundi 28 décembre sur ordre du général Sékouba Konaté, numéro un de la junte par intérim, ont en fait été retenus et interrogés par la gendarmerie nationale, mardi à Conakry, a-t-on appris de source judiciaire.

Les militaires concernés - arrêtés au moment de la prise du pouvoir par l'armée fin 2008 ou dans le courant de l'année 2009 - sont accusés de complot et d'atteinte à la sûreté de l'Etat.

Un haut responsable de la police avait affirmé lundi soir à l'AFP qu'ils avaient tous été libérés dans la journée. Mais l'affaire a finalement été confiée à "la Brigade d'investigation judiciaire de la gendarmerie nationale (PM3) qui les retient pour investigations, à la sûreté urbaine de Conakry", a déclaré une source judiciaire.


Rapport de force entre les clans

Selon un responsable de la police, le président par intérim du pays, le général Konaté, avait ordonné dès dimanche la libération de ces militaires.

Mais le ministre de la Justice, le colonel (de gendarmerie) Siba Lolamou, proche du chef de la junte Moussa Dadis Camara, a "tenu à faire les choses correctement" en demandant qu'ils soient interrogés par les gendarmes, selon la source judiciaire.

Le général Konaté s'est rendu lundi à Rabat pour rencontrer le chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, hospitalisé depuis plus de trois semaines, après avoir été blessé, le 3 décembre, par son aide de camp qui a tenté de le tuer.


L'incertitude sur le sort des 15 militaires illustre les rapports de forces entre les clans, au sein de la junte.


La plupart de ces militaires étaient des proches du président Lansana Conté (1984-2008), mort des suites de maladies en décembre 2008 après avoir dirigé le pays d'une main de fer pendant 24 ans.


Incertitude sur la libération des quinze militaires

Parmi eux figure le commandant Issiagha Camara, neveu et aide de camp du défunt Conté, ainsi que d'anciens membres de la garde rapprochée de Conté, tels qu'Alpha Oumar Diallo dit AOB et le dénommé "Pendessa".

Des observateurs font valoir qu'ils avaient été mis aux arrêts sans l'aval de Sékouba Konaté. Ce dernier était proche de Conté, un ami intime de son père qui l'avait protégé après la mort de ce dernier.


"Nous sommes retenus pour 48 heures. Mais on ne sait pas si on va être finalement libérés", a déclaré à l'AFP l'un des 15 militaires, joint par téléphone portable.


"Je m'en remets à Dieu"

"On a fait des dépositions devant les gendarmes. Ils nous ont demandé pourquoi nous étions opposés à la prise du pouvoir par le CNDD (Conseil national pour la démocratie et le développement, junte) et quelles sont maintenant nos impressions... J'ai répondu: "je m'en remets à Dieu, je veux ma liberté, c'est tout", a déclaré cet officier.

Ces militaires, majoritairement de l'ethnie Soussou, n'avaient pas été entendus par un juge depuis leur arrestation. Certains ont été retenus pendant sept mois au camp militaire Alpha Yaya Diallo (où siège la junte), puis quatre mois sur l'île de Kassa avant d'être transférés à la maison centrale de Conakry, peu après la tentative d'assassinat du chef de l'Etat le 3 décembre.

Sékouba Konaté libère des militaires proches de l'ex-président Conté

29/12/2009 | AFP | Par : AFP


Le général Konaté en visite à la garnison de Kindia, le 15 décembreLe général Konaté en visite à la garnison de Kindia, le 15 décembre© Sia Kambou/AFP


Avant de s'envoler pour le Maroc, où il est allé rendre visite au chef de la junte guinéenne, Moussa Dadis Camara, qui est hospitalisé après que son aide de camp lui a tiré dessus, le général Sékouba Konaté a ordonné la libération d'un douzaine d'officiers proches de l'ex-président Lansana Conté.


Une douzaine d'officiers et sous-officiers guinéens, arrêtés au moment de la prise du pouvoir par l'armée fin 2008 ou depuis, ont été remis en liberté lundi 28 décembre, selon le voeu du dirigeant par intérim de la Guinée, le général Sékouba Konaté, a-t-on appris de source policière à Conakry.

Ces remises en liberté ont eu lieu quelques heures avant le départ en début de soirée du général de brigade Sékouba Konaté vers le Maroc.

Selon une source proche du ministre de la Défense, le général Konaté a quitté peu avant 19H00 (locales et GMT) Conakry à destination de Rabat, où il devait rendre visite au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, toujours hospitalisé après avoir été blessé, le 3 décembre, par son aide de camp qui a tenté de le tuer.


Remise en liberté légale

Selon un responsable policier, le général Konaté avait ordonné dès dimanche la libération d'une douzaine de militaires, mais des conseillers ont souhaité donner une forme juridique à ces remises en liberté.

Ces militaires ont été entendus lundi au tribunal de première instance de Kaloum, à Conakry. Les charges pesant contre eux ont été jugées insuffisantes et leur remise en liberté a été ordonnée, selon la même source policière.


Des proches de l'ancien président Lansana Conté


Ces militaires remis en liberté étaient, dans leur grande majorité, des proches du président Lansana Conté, mort des suites de maladies en décembre 2008 après avoir dirigé le pays d'une main de fer pendant 24 ans.

Des observateurs font valoir qu'ils avaient été mis aux arrêts sans l'aval de Sékouba Konaté. Ce dernier était proche de Conté, un ami intime de son père qui l'avait protégé après la mort de ce dernier.

Parmi les militaires libérés figure le commandant Issiagha Camara, neveu et aide de camp du défunt général-président Lansana Conté (1984-2008).


Militaires accusés de tentative de coup d'Etat


Deux anciens membres de la garde rapprochée de Lansana Conté, surnommés Pendessa et AOB, feraient également partie des hommes remis en liberté, selon la même source.



D'autres militaires, qui avaient été accusés de tentative de coup d'Etat en 2009, ont également recouvré la liberté, tel David Sylla.



Ces militaires soussous (ethnie du défunt président Conté) n'avaient pas été entendus par un juge depuis leur arrestation. Ils étaient restés détenus d'abord au camp Alpha Yaya Diallo, siège de la junte, puis sur l'île de Kassa, avant d'être transférés, après le 3 décembre, à la maison centrale de Conakry.

lundi, 28 décembre 2009

Sékouba Konaté visite Dadis Camara au Maroc

28/12/2009 | AFP | Par : AFP

Le général Sékouba Konaté (dr.) avec Le général Sékouba Konaté (dr.) avec "Toumba" Diakité, le 2 octobre à Conakry© AFP


Le dirigeant "par interim" de la Guinée rend visite ce lundi au chef de la junte, le capitaine Moussa Dadis Camara, hospitalisé à Rabat, au Maroc, après que son ex-aide de camp Aboubacar "Toumba" Diakité lui a tiré dessus le 3 décembre dernier.


Le dirigeant par intérim de la Guinée, le général Sékouba Konaté, se rend ce lundi 28 décembre au Maroc auprès du chef de la junte, hospitalisé à Rabat depuis plus de trois semaines, après avoir été blessé à la tête par son aide de camp le 3 décembre, a annoncé la junte dans la nuit de dimanche à lundi.

"Le général de brigade Sékouba Konaté, ministre de la Défense nationale, président par intérim, quittera ce lundi 28 décembre 2009 Conakry pour se rendre au Maroc auprès du chef de l'Etat, son excellence le capitaine Moussa Dadis Camara, président de la République, chef de l'Etat, commandant en chef des forces armées, pour une visite de courtoisie et de consultation", selon ce texte diffusé dans la nuit de dimanche à lundi sur la radio nationale.

Le texte a été lu par le commandant Mandjou Dioubaté, directeur du bureau de presse de la présidence de la République.


Visite plusieurs fois reportée


Le général Konaté n'a pas rencontré le chef de la junte blessé depuis que ce dernier a été blessé, le 3 décembre, par son aide de camp qui a ouvert le feu sur lui dans un camp militaire.

Cette visite à Rabat du général a été plusieurs fois programmée puis reportée. Si elle a bien lieu, elle est une preuve supplémentaire que le général Konaté, lentement mais sûrement, s'impose à la tête de la junte.

Depuis que le capitaine Camara a été opéré, officiellement d'un "traumatisme crânien", les autorités diffusent le même type de message officiel: "Il va mieux et a l'intention de retourner le plus vite possible à Conakry". Mais, un ministre aurait récemment rapporté au général Konaté que le capitaine Camara était, en fait, dans "un état assez déplorable".

Moussa Dadis Camara avait été porté au pouvoir par l'armée le 23 décembre 2008, au lendemain de la mort du dictateur Lansana Conté (1984-2008).

jeudi, 24 décembre 2009

Konaté promet des élections un an après le putsch

24/12/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique


Konaté a également appelé au Konaté a également appelé au "pardon" près de trois mois après le massacre d'opposants© Seyllou



Le chef par intérim de la junte guinéenne promet d'organiser des élections "le plus tôt possible". Dans le même temps, les militaires putschistes ont fêté l'anniversaire de leur prise du pouvoir et la France a demandé que Moussa Dadis Camara, notamment, soit jugé pour crimes contre l'humanité. Une injonction qui fait suite au rapport des Nations Unies le mettant en cause dans les massacres du 28 septembre.


Le dirigeant par intérim de la junte en Guinée, le général Sékouba Konaté, s'est engagé mercredi à favoriser la tenue d'élections "le plus tôt possible" et a prôné "la réconciliation" des Guinéens meurtris par les violences, un an après la prise du pouvoir par l'armée.


L'anniversaire du putsch a été fêté uniquement dans les casernes, au moment où les pressions internationales s'accentuent sur le régime militaire, accusé de crimes contre l'humanité par l'ONU.


Au camp militaire Alpha Yaya Diallo, siège de la junte, le général Konaté a prononcé un discours d'apaisement.


Appel au "pardon"


"Notre préoccupation à tous demeure de conduire - le plus tôt possible et dans la confiance entre les différents acteurs de la paix sociale - (la Guinée) aux élections, les premières libres et démocratiques de notre histoire", a assuré le ministre de la Défense.


Le général Konaté a également appelé au "pardon" et à "l'indispensable réconciliation", près de trois mois après le massacre d'opposants par les forces de sécurité, à Conakry.


L'officier - absent de la capitale le jour de la tuerie - a évoqué ceux qui "ont perdu la vie, souffert dans leur chair, été touchés dans leur honneur et leur dignité" ce jour-là et a dit comprendre "la douleur et la colère" des familles. Et s'il n'a pas véritablement demandé pardon pour cette répression sanglante, il a appelé chacun à "puiser en lui la force du pardon".


Le week-end dernier, une commission d'enquête internationale nommée par l'ONU avait rendu son rapport sur la répression sanglante du 28 septembre, en donnant un bilan d'au moins "156 morts ou disparus" et "109 femmes" victimes de violences sexuelles. Ce document soulignait la "responsabilité pénale individuelle" de plusieurs responsables guinéens, dont le chef de la junte Moussa Dadis Camara.


"L'impunité ne peut pas être une option"


Dadis que la population n'a pas revu ni entendu depuis qu'il a été blessé par balles, le 3 décembre, par son aide de camp, le lieutenant Aboubacar Sidiki « Toumba » Diakité. Alors que ce dernier est en fuite et que sa tête est mise à prix, le capitaine putschiste est hopitalisé au Maroc.


Dans quel état se trouve-t-il ? "Il va mieux et a l'intention de retourner le plus vite possible à Conakry", répètent des officiels guinéens. Mais, un ministre aurait récemment rapporté que le capitaine Camara était, en fait, dans "un état assez déplorable".


Mercredi, l'ambassadeur adjoint de la France à l'ONU a demandé au Conseil de sécurité d'agir rapidement pour que les responsables du massacre soient traduits en justice. "La Cour pénale internationale (CPI) doit être saisie. L'impunité ne peut pas être une option", a déclaré Nicolas de Rivière.


Mardi, le ministre français des Affaires étrangères, Bernard Kouchner, est allé jusqu'à souhaiter que "M. Dadis Camara reste dans son lit au Maroc" et ne revienne pas en Guinée. "Il serait capable - rien que son retour - de déclencher une guerre civile", avait-il lancé.


"Immixtion inacceptable"


La réaction du ministre guinéen des Affaires étrangères, Alexandre Cécé Loua, a été cinglante, 51 ans après l'indépendance de l'ex-colonie française. Il a dénoncé, mercredi, "une immixtion inacceptable qui porte atteinte à tout ce que le peuple (guinéen) a de plus cher: sa dignité". "M. Kouchner va-t-il mettre en oeuvre son plan B consistant à préparer le déclenchement d'une guerre civile?", a-t-il interrogé.


Le 23 décembre 2008, le coup d'Etat s'était fait sans violences, suscitant même une liesse populaire, quelques heures après l'annonce officielle du décès du général-président Lansana Conté, au pouvoir depuis 24 ans.


Un an plus tard, la Guinée est plongée dans le marasme, toute manifestation est interdite et la plupart des leaders de l'opposition restent réfugiés à l'étranger.


Mardi, l'Union européenne (UE) a décidé de durcir ses sanctions à l'encontre de la junte, en imposant notamment "un gel de tous les fonds et ressources économiques" de ses membres. (avec AFP)

mercredi, 23 décembre 2009

EXCLUSIF L'essentiel du rapport de l'ONU sur les massacres du 28 septembre à Conakry

22/12/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Cherif Ouazani et Elise Colette


EXCLUSIF L'essentiel du rapport de l'ONU sur les massacres du 28 septembre à ConakryEXCLUSIF L'essentiel du rapport de l'ONU sur les massacres du 28 septembre à Conakry© D.R


Jeune Afrique s'est procuré la totalité du rapport de la Commission d'enquête de l'ONU sur les massacres du 28 septembre en Guinée. Voici l'essentiel d'un document accablant pour Moussa Dadis Camara et deux de ses lieutenants.

Le document de 60 pages a été remis le 15 décembre au Conseil de sécurité par le Secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon. Les 60 pages accablent Moussa Dadis Camara, Aboubacar Chérif « Toumba » Diakité et Moussa Thégboro Camara, qui sont tous trois considérés comme ayant « une responsabilité pénale individuelle » dans les massacres qui ont eu lieu le 28 septembre, et dans les jours suivants, à Conakry. Mais d'autres noms apparaissent également. Ceux de Claude Pivi et du général Sékouba Konaté, entre autres.

Pour rédiger ce document précis et accablant pour les principaux acteurs, les trois enquêteurs de l'ONU ont rencontré 687 personnes: témoins, victimes et proches des victimes ; forces de l'ordre et représentants du parquet et du barreau de Conakry ; responsables de cliniques et du personnel des hôpitaux. Mais aussi et surtout les plus hauts responsables guinéens, du Premier ministre au Président de la République, en passant par les ministres et les proches de Dadis Camara.

Leurs témoignages sont consignés au fil des chapitres du rapport, qui finit par détailler les « responsabilités individuelles pour violations du droit pénal international ». La Commission d'enquête définit ainsi trois groupes de personnalités :
1.    Ceux pour qui « il existe des motifs raisonnables de présumer une responsabilité pénale individuelle ». Il s'agit de Moussa Dadis Camara, « Toumba » Diakité et Moussa Thégboro Camara.
2.    Ceux qui « pourraient être considérés comme pénalement responsables pour leur implication dans les événements », mais dont le rôle et le degré exact d'implication devraient être examinés dans le cadre d'une enquête judiciaire. Il s'agit de Claude Pivi (dit Coplan), ministre de la Sécurité présidentielle, qui dément avoir été présent mais que des témoins ont pourtant vu aux abords du stade vers 11h, et du colonel Abdulaye Chérif Diaby, ministre de la Santé.
3.    Ceux dont l'implication présumée les désigne comme devant faire l'objet d'une enquête plus approfondie. Il s'agit en premier lieu du remplaçant de fait de Dadis Camara à la tête de la junte depuis le début de décembre, le général Sékouba Konaté, du sous-lieutenant Marcel Koivogui, du général Mamadouba Toto Camara, du ministre de la Jeunesse et des Sports, Fodéba Isto Keira (qui aurait détruit les preuves dans le stade), de la directrice de l'hôpital Donka, Fatou Sikhe Camara, et de quelques autres.



Après la lecture du rapport, on voit mal comme Moussa Dadis Camara, encore en convalescence au Maroc, pourrait échapper au jugement d'un tribunal – quel qu'il soit. Mais c'est probablement l'issue qui attend également ceux, autour de lui, qui ont dirigé la Guinée depuis la mort de Lansana Conté, il y a exactement un an.

Nous vous proposons en exclusivité la lecture intégrale des faits qui pèsent sur ces hommes. Sept pages (sur les 60 que compte le rapport) qui retracent les liens entre eux, leur présence au stade lors des funestes événements, leur parcours dans les jours qui ont suivi et, comme le souligne le rapport, « l'existence d'une coordination entre tous les groupes armés impliqués dans l'attaque du stade, y compris les miliciens ».

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Extraits du rapport de la Commission d'enquête internationale chargée d'établir les faits et les circonstances des événements du 28 septembre 2009 en Guinée.


B.    Responsabilités individuelles pour violations du droit pénal international


1. Principes généraux

212. La détermination finale de la responsabilité pénale individuelle relève exclusivement de la compétence d'une cour de justice. Toutefois, le mandat de la Commission lui impose d'établir des responsabilités et, dans la mesure du possible, d'identifier les auteurs des crimes commis. Dans la présente section, la Commission présente son analyse de la responsabilité pénale individuelle des auteurs présumés cités au chapitre Il (par. 53 à 168 ci-dessus). Les informations contenues dans ce rapport peuvent servir à guider une éventuelle enquête pénale qui pourrait être menée sur les auteurs présumés des violations des droits de 1 'homme qui ont eu lieu au stade le 28 septembre 2009 et les jours suivants.

213. Il existe deux formes principales de responsabilités, alternatives, selon lesquelles un individu peut être rendu pénalement responsable de violations du droit pénal international : la responsabilité directe et la responsabilité indirecte ou responsabilité du chef militaire ou supérieur hiérarchique. La responsabilité directe prévaut lorsqu'un individu commet (individuellement, conjointement avec ou par l'intermédiaire d'une autre personne), ordonne, sollicite, favorise, aide et encourage ou alors assiste dans la commission ou fournit les moyens pour la commission de crimes, ou contribue intentionnellement à la commission d'un crime par un groupe de personnes ayant un objectif criminel commun. Cette contribution intentionnelle doit viser à faciliter l'activité criminelle ou le dessein criminel du groupe, si cette activité ou ce dessein comporte l'exécution d'un crime international ou si cette contribution intentionnelle est faite en pleine connaissance de l'intention du groupe de commettre un tel crime.

214. La responsabilité indirecte ou de commandement prévaut quand un supérieur ou chef possède un contrôle effectif sur les individus ou les forces sous son commandement ou autorité, quand cet individu savait ou « aurait dû savoir » que les forces sous son contrôle « commettaient » ou « étaient sur le point de commettre de tels crimes » et quand ce chef ou supérieur « n'a pas pris toutes les mesures nécessaires et raisonnables en son pouvoir pour prévenir ou empêcher leur commission ou pour soumettre le problème aux autorités compétentes pour enquête et poursuite» .

215. La Commission conclut qu'il existe des motifs raisonnables de présumer, en relation avec les événements du 28 septembre 2009 et des jours suivants, une responsabilité pénale individuelle des personnes suivantes:
a)    le Président, capitaine Moussa Dadis Camara ;
b)    le lieutenant Aboubacar Chérif Diakité (dit Toumba), aide de camp du Président et chef de sa garde rapprochée;
c)     le commandant Moussa Thégboro Camara, Ministre chargé des services spéciaux, de lutte anti-drogue et du grand banditisme.


2. Le capitaine Moussa Dadis Camara, Président de la République de Guinée

216. La Commission considère qu'il existe des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du Président Moussa Dadis Carnara, voire une responsabilité de commandement, pour les faits qui se sont produits dans le contexte de l'attaque et les jours suivants.

217. Les unités principalement responsables des violations commises au stade sont les forces « d'élite» du CNDD et les plus loyales envers le Président Moussa Dadis Camara. Les bérets rouges, unité qui existait déjà sous le régime précédent, ont été réorganisés et placés sous l'autorité d'hommes très proches du Président, à savoir le capitaine Claude Pivi et le lieutenant Toumba (lequel a ensuite attenté à la vie du Président). Les Services spéciaux de lutte antidrogue et du grand banditisme ont quant à eux été créés par le CNDD immédiatement après sa prise de pouvoir, sous le commandement d'un autre haut dignitaire du parti, le commandant Moussa Thégboro Camara, Contrairement à J'armée régulière que le Président Camara a décrite comme indisciplinée, ces unités ont leur quartier-général au camp Alpha Yaya Diallo, où est installée la présidence.

218. Le commandant Thégboro a informé la Commission qu'il était avec le Président la nuit du 27 au 28 quand Sidya Touré a été appelé. Bien que le Président ait déclaré à la Commission que le commandant Thégboro « prend ses dispositions », ce dernier a expliqué à la Commission qu' « il faut suivre la hiérarchie » et que ses seuls supérieurs sont le Premier Ministre et le Président de la République; il dispose d'ailleurs d'un numéro de téléphone réservé aux appels du Président. Dans ces circonstances, le commandant Thégboro n'aurait pas pu aller au stade ou décider de quelque action que ce soit en relation avec les événements sans avoir reçu des ordres du Président ou du moins l'autorité d'agir en son nom.

219. Le lieutenant Toumba a également assuré qu'il dépendait directement du Président et que, le jour des événements, le Président lui avait directement ordonné d'aller au stade pour protéger les leaders politiques et renvoyer tout militaire de l'armée régulière en caserne. Le lieutenant Toumba et le commandant Thégboro ont informé la Commission que, lorsque la violence a éclaté au stade, leur mission était de protéger les leaders politiques. Tous les deux ont déclaré avoir obéi de façon responsable aux ordres, comme en atteste le fait que les leaders politiques qu'ils ont personnellement évacués du stade n'ont pas été tués. Les leaders politiques n'ont toutefois pas été amenés à l'hôpital tout de suite, bien que certains d'entre eux fussent visiblement gravement blessés. Le commandant Thégboro et le lieutenant Toumba les ont amenés à l'état-major de la gendarmerie où le chef d'état-major de la gendarmerie, le commandant Balde, a appelé le Président pour lui dire qu'il fallait les emmener à l'hôpital. Le Président aurait consenti à cette requête.

220. La Commission a reçu de nombreux témoignages indiquant que les auteurs des violences exécutaient des ordres lorsqu'ils se trouvaient au stade. Une victime a rapporté qu'un béret rouge lui avait demandé « Pourquoi vous êtes venue au stade? Maintenant je ne peux rien faire pour vous aider », tandis qu'une autre, qui suppliait un militaire de ne pas la tuer lorsqu'elle a été découverte dans sa cachette au stade vers 15h00, a rapporté qu'il avait répondu « Bâtarde, c'est moi qui t'ai appelée. Dadis nous a dit de vous tuer tous ».

221. Lorsque le commandant Thégboro et le lieutenant Toumba sont allés au stade, leurs actions et celles de leurs subordonnés peuvent être directement attribuées au Président. Le commandant Thégboro et ses hommes, qui se trouvaient déjà aux abords du stade, se sont déployés vers le stade. Le lieutenant Toumba et ses hommes sont quant à eux venus directement du camp Alpha Yaya Diallo, voire du camp Kundara, pour investir le stade. En dépit d'une arrivée indépendante au stade, la mission des deux chefs était identique et leur hiérarchie mène au Président - celle du lieutenant Toumba à travers le Ministre Pivi (même si le premier a déclaré à la Commission qu'il dépendait directement du Président) et celle du commandant Thégboro à travers le Premier Ministre.

222. La Commission conclut qu'il y a des motifs raisonnables de croire à l'existence d'une coordination entre tous les groupes armés impliqués dans l'attaque du stade, y compris les miliciens. Un policier a rapporté avoir vu des hommes en civil, accompagnés de deux pick-up de bérets rouges, partir dans des bus « Soguitrans » du camp Alpha Yaya Diallo. Plusieurs témoins ont vu de tels bus arriver au stade et débarquer des hommes en civil qui ont ensuite participé directement aux violences, avec des armes blanches, en coordination avec des groupes de bérets rouges et de gendarmes de Thégboro. Il faut rappeler que les quartiers-généraux du Président Moussa Dadis Camara, du commandant Thegboro, du capitaine Pivi et du lieutenant Toumba se trouvent tous au camp Alpha Yaya Diallo, dans un rayon de quelques centaines de mètres.

223. Le lendemain des événements du stade, le Président a déclaré en public: « L'aspect le plus choquant est que j'ai essayé de moraliser et de sensibiliser les leaders politiques, leur disant qu'il y a eu des cas similaires dans le passé et que je ne veux pas que la même chose se reproduise À plusieurs reprises, le Président a attribué la responsabilité des événements aux leaders politiques qui ont organisé une « manifestation subversive », «préméditée» ou une « insurrection ». Il a déclaré que les leaders politiques étaient « responsables d'avoir envoyé les enfants des autres à l'abattoir ». Le Président a déclaré à la Commission que les leaders politiques avaient déjà vu la réaction de l'armée en 2007 et que, par conséquent, « ils savaient que cette armée allait répondre ». Ses propos indiquent qu'il est convaincu que de telles manifestations mènent nécessairement et inévitablement à la violence telle que celle qui a été observé le 28 septembre et les jours suivants et témoignent de son intention d'apporter une réponse aux manifestations de 2009 similaire à celle de 2007.

224. La Commission estime par conséquent qu'il pourrait y avoir des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du Président Camara dans la commission des crimes décrits dans le présent rapport.

225. En tant que commandant en chef des forces armées, le Président Camara a l'ultime pouvoir de commandement sur toutes les forces de sécurité engagées dans l'attaque et les jours suivants. La Guinée est présentement sous le contrôle d'un Gouvernement militaire qui a pris le pouvoir à la faveur d'un coup d'État. Le Gouvernement est intégré dans une structure hiérarchique militaire, avec le Président en position de commandant suprême. Le lieutenant Toumba luimême, quand la question lui a été posée au sujet de la hiérarchie, a répondu à la Commission que « l'institution militaire obéit au commandement et aux ordres et ne doit pas être traitée comme une institution civile »,

226. Après les événements au stade et pendant les jours suivants, le Président Moussa Dadis Camara n'a rien fait pour faire cesser la commission de crimes ou punir leurs auteurs. Au contraire, quand des officiers supérieurs ont tenté d'arrêter le lieutenant Toumba pour le rôle qu'il avait joué dans les événements du 28 septembre, le Président, selon les dires du capitaine Pivi, les en a empêchés. Le 2 octobre 2009, au moment où l'implication présumée du lieutenant Toumba dans les attaques était déjà publiquement connue, le Président et son lieutenant sont apparus côte-à-côte lors de la célébration de la fête de l'indépendance de la Guinée, qui avait été largement médiatisée. Peu de temps après les événements, le Président s'est plaint de son armée indisciplinée. Toutefois, il a également démontré un haut degré de contrôle sur les militaires puisque l'armée régulière a obéi à ses ordres, transmis par l'intermédiaire du chef de l'état-major général des armées, de rester dans les casernes toute la journée malgré la gravité des événements qui se déroulaient dans la ville. De plus, la décision du Président de promouvoir, en date du 2 novembre 2009, tous les sous-officiers supérieurs et sous-officiers de l'armée au grade supérieur - une telle promotion étant prévue pour les officiers le 23 décembre -, y compris ceux qui font partie des services qui ont participé aux événements du 28 septembre, tend à démontrer que leurs actions ont été commises avec l'accord du Président.

227. Enfin, la Commission a recueilli de nombreuses informations relatives aux efforts organisés et coordonnés en vue de dissimuler les preuves des crimes commis, des efforts dirigés par les mêmes forces de l'ordre que celles qui sont responsables des crimes. Le Président n'a rien fait pour prévenir ou arrêter ces démarches.

228. La Commission estime, par conséquent, qu'il pourrait y avoir également des motifs suffisants de présumer la responsabilité de chef militaire et supérieur hiérarchique du Président Moussa Dadis Camara dans la commission des crimes décrits dans le présent rapport.


3. Le lieutenant Aboubacar Cbérif Diakité (dit Toumba)

229. La Commission dispose d'éléments suffisants engageant la responsabilité pénale directe du lieutenant Aboubacar Chérif Diakité (dit Toumba), voire une responsabilité de commandement, pour les faits qui se sont produits dans le contexte de l'attaque du 28 septembre et les jours suivants.

230. Le lieutenant Toumba est le commandant de la garde rapprochée du Président et l'aide de camp de celui-ci. II a confirmé devant la Commission avoir reçu directement du Président l'ordre de se rendre au stade, afin de protéger les leaders politiques, de vérifier si des militaires se trouvaient là-bas en dépit des ordres donnés et, le cas échéant, de les faire rentrer au camp. Il a affirmé être parti au stade avec huit hommes uniquement et avoir sauvé les leaders politiques de leurs assaillants, qu'il n'a pu identifier. Il n'a pas entendu de tirs au stade, n'a vu aucun cadavre et affirme n'avoir été témoin d'aucune violence sexuelle, précisant que « personne n'aurait pensé à toucher une femme».

231. La Commission a toutefois reçu des centaines de témoignages selon lesquels le lieutenant Toumba était présent au stade et que la plupart des violations les plus sérieuses ont été commises par les bérets rouges en la présence et sous le commandement du lieutenant Toumba. Plusieurs témoins ont constaté que la violence au stade a commencé au moment où le lieutenant Toumba est arrivé. La Commission a aussi confirmé que ce dernier a personnellement participé à certaines attaques, notamment à celles dirigées contre certains leaders politiques, et a tiré à bout portant sur des manifestants. Un témoin a aussi rapporté que le lieutenant Toumba a dit « Personne ne sort vivant. Il faut les tuer tous. Ils pensent que c'est la démocratie ici », tandis qu'il tirait sur des manifestants dans le stade. Un témoin a par exemple décrit que, lorsque le lieutenant Toumba faisait un signe de la main, ses hommes commençaient à tirer et qu'après une communication (par téléphone ou par radio) il a ordonné à ses subordonnés de ne pas tirer. L'aide de camp du lieutenant Toumba qui fait office d'adjoint, le sous-lieutenant Marcel Koivogui, a été vu par plusieurs personnes en train de tirer sur la foule, tandis que des témoins affirment que le lieutenant Toumba contrôlait ses hommes dans le stade. De même, en présence du lieutenant Toumba, le chauffeur du Président, Sankara Kaba, a tiré en direction de Cellou Dalein Diallo et blessé son garde du corps qui s'est interposé.

232. La Commission estime ainsi qu'il existe une présomption suffisante de responsabilité pénale directe du lieutenant Toumba dans les crimes commis lors des événements du 28 septembre et des jours suivants.

233. La Commission a pu confirmer que le lieutenant Toumba est entré dans le stade au même moment que les hommes sous son contrôle. L'organisation et la coordination entre les forces de sécurité durant l'attaque, décrites aux paragraphes 180 à 200 ci-dessus, démontrent le degré de

234. La présence du lieutenant Toumba au stade et en différents endroits après les événements survenus dans l'enceinte du stade indique qu'il savait ou, du moins, pouvait savoir que ses subordonnés étaient responsables des crimes décrits dans le rapport. Non seulement le lieutenant Toumba n'a rien fait pour empêcher la perpétration de ces crimes, mais il a même directement participé à leur exécution.

235. La Commission conclut dès lors de ce qui précède qu'il existe de sérieux motifs de présumer également, en sus de la responsabilité individuelle et personnelle du lieutenant Toumba, une responsabilité subsidiaire en sa qualité de chef militaire.

236. La Commission estime qu'il existe des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du commandant Moussa Thégboro Camara, voire une responsabilité de commandement, pour les actes commis en relation avec les événements du 28 septembre 2009 et des jours suivants.

237. La Commission est en possession d'éléments confirmant la participation directe et personnelle du commandant Thégboro ainsi -que de celle des hommes placés sous son commandement dans l'attaque du stade, ce qui place cette unité au centre de l'attaque organisée et cordonnée contre des manifestants civils. Le commandant et Ministre Thégboro était au stade tôt le matin et, pendant tous les événements, il était l'officier le plus gradé sur le terrain. Selon le témoignage d'un policier, c'est lui qui a donné l'ordre à la CMIS de dégager la voie publique des barrages installés par les manifestants, avant qu'il ne quitte les lieux. Le fait qu'il se soit personnellement adressé aux manifestants et ait essayé d'empêcher les leaders politiques d'entrer dans le stade a semblé indiquer qu'il était en définitive en charge de l'opération. Il se trouvait avec le Président lorsque ce dernier a appelé Sidya Touré la nuit précédant les événements.


4. Le commandant Moussa Tbégboro Camara

238. Le commandant Thégboro est présumé responsable du meurtre de deux manifestants par ses gendarmes sur la terrasse du stade pendant la matinée. Pendant et après l'attaque du stade, ses
gendarmes ont été responsables de meurtres, de violences sexuelles, d'actes de torture et d'arrestations et détentions arbitraires, ainsi que de disparitions forcées. Les hommes sous son commandement ont été directement impliqués dans les opérations de dissimulation dans les hôpitaux et morgues. De l'ensemble de ces éléments, la Commission conclut à une implication directe du commandant Thégboro, pour ses actes et ceux de ses subordonnés.

239. Le commandant Thégboro a déclaré à la Commission qu'il était entré dans le stade avec seulement deux de ses subordonnés - un adjoint du nom de Blaise et un autre individu - et qu'il n'y était resté que dix minutes seulement, le temps d'accomplir sa mission d'aide aux leaders politiques blessés. Il a déclaré qu'il n'avait, pendant ce temps, été témoin d'aucune tuerie, violence sexuelle ou blessure, excepté les blessures des leaders politiques. En ce qui conceme les viols, le commandant Thégboro a déclaré : « Dans des conditions comme ça, comment une telle chose peut-elle se passer? Cela se prépare. Violer une femme pendant une manifestation, il faut être fou! fi faut préparer cela dans la tête à l'avance. Ça ne peut pas se  concevoir en 10 minutes». La Commission ne s'explique pas comment le commandant Thégboro n'a pas pu voir les viols commis au stade, sachant que les leaders politiques qu'il accompagnait ont remarqué des femmes en train d'être violées.

240. La Commission est d'avis, par conséquent, qu'il pourrait y avoir des raisons suffisantes de présumer une responsabilité pénale directe du commandant Thégboro dans la commission des crimes décrits dans le présent rapport.

241. Le commandant Thégboro est l'un des hommes forts de la junte et assume un commandement ainsi qu'un contrôle effectif sur ses subordonnés. À aucun moment il n'a suggéré que ses hommes aient pu agir en dehors de son commandement; il a simplement déclaré que ses hommes n'étaient pas présents au stade, ce qu'ont confirmé deux de ses subordonnés contrairement à la majorité des témoignages recueillis par la Commission. Par conséquent, le commandant Thégboro savait, ou aurait dû savoir en tout cas, que ses subordonnés commettaient ou avaient commis ces actes, et il ne les a pas empêchés d'agir et n'a pas mené d'enquêtes sur les faits.

242. La Commission est d'avis, par conséquent, qu'il pourrait y avoir égaJement des motifs suffisants de présumer la responsabilité de chef militaire et supérieur hiérarchique du commandant Thégboro dans la commission des crimes décrits dans le présent rapport.


5. Les autres responsables

243. La Commission considère que d'autres personnes pourraient être considérées comme pénalement responsables pour leur implication dans les événements du 28 septembre et des jours suivants. Parmi celles-ci figurent notamment le capitaine Claude Pivi (dit Coplan), Ministre de la sécurité présidentielle, et le colonel Abdulaye Chérif Diaby, Ministre de la santé. Leur rôle et leur degré exact d'implication dans les événements du 28 septembre et des jours suivants devraient être examinés dans le cadre d'une enquête judiciaire.

244. Le capitaine Claude Pivi (dit Copi an) a informé la Commission que « le commandant du régiment [commando] est le Président de la République, qui en a pris la tête après le limogeage de l'ancien commandement. Après le Président, je coordonne personnellement le commandement au niveau de la Présidence ». Le matin du 28 septembre, il est resté au camp Alpha Yaya DialJo « parce que la sécurité au stade était assurée par les policiers et les gendarmes. Le Président ne m'a pas donné d'ordres, donc je ne suis pas parti là-bas. Ensuite, on s'est demandé quel groupe avait bien pu faire ça ». Suivant la hiérarchie officielle et conformément à ce qui a été rapporté à la Commission, le capitaine Pivi est le supérieur hiérarchique du lieutenant Toumba dont les subordonnés font partie de la sécurité présidentielle, placée sous le commandement de Pivi. Le lieutenant Toumba s'est toutefois montré fort agacé quand la Commission lui a demandé s'il était subordonné au capitaine Pivi et il a rappelé à la Commission qu'il prenait ses ordres directement du Président. Le capitaine Pivi réfute totalement le départ d'un seul béret rouge du camp le jour des événements, indiquant que « non, à ma connaissance, personne n'a quitté le camp ce jour-là. Tous mes hommes, y compris ceux du lieutenant Toumba, sont restés au camp toute la journée. S'ils sont allés au stade, ils ont agi sans ordre et sans mon autorisation. Je n'ai pas fait de réunion avec mes subordonnés le 28 septembre avant 20h00 et je ne sais pas quel était l'emploi du temps du lieutenant Toumba durant la journée »,

245. La Commission a toutefois reçu des informations concernant la présence du capitaine Pivi, en compagnie de ses hommes, dans les environs du stade à partir de 11h00. Selon d'autres informations, le capitaine Pivi aurait donné l'ordre à ses hommes de tirer. [J aurait également été vu sur la terrasse avec des bérets rouges, en train d'agresser des manifestants. Certains témoins des forces de l'ordre, qui sont allés rapporter la situation au Président durant la journée du 28 septembre, vers midi et en milieu d'après-midi, indiquent n'avoir pas vu le capitaine Pivi au camp Alpha Yaya Dialo. Un policier déclare avoir vu en tout cas le capitaine Pivi et ses hommes sur leurs pick-up, en compagnie de miliciens en civil, qui passaient dans son secteur de Ratoma, en provenance de la ville, le 28 septembre vers 17h00. Quelques témoins déclarent également avoir vu le capitaine Pivi et ses hommes tirer sur des gens dans la rue, du côté d'Hamdallaye, dans l'après-midi. Le capitaine Pivi aurait en outre arrêté un véhicule de la Croix-Rouge guinéenne pour empêcher le personnel soignant d'amener des blessés à l'hôpital Donka.

246. Selon d'autres sources, le capitaine Pivi a été directement impliqué dans la recherche de manifestants civils dans les alentours du stade en fin de journée, le 28 septembre. Ces divers témoignages constituent de fortes indications de sa participation directe et de l'implication de ses subordonnés dans les événements du 28 septembre.

247. Après les événements du 28 septembre, le capitaine Pi vi a tenté d'arrêter le lieutenant Toumba pour son rôle présumé dans l'attaque du stade, mais le Président l'en a empêché: « C'est moi qui ai dit au Président que, si tout le monde parlait de quelqu'un impliqué dans les événements, il fallait mettre cette personne aux arrêts. Que ceci concerne le stade ou non. Le lieutenant Toumba relève de moi puisqu'il est de la Présidence. J'ai donc dit que je devais convoquer Toumba pour lui demander s'il s'était trouvé au stade ou non, mais on m'a fait comprendre que ce n'était pas le cas ».

248. La déclaration du capitaine Pivi disant que personne n'a quitté le camp Alpha Yaya Diallo le 28 septembre est, en soi, difficilement crédible compte tenu des éléments en possession de la Commission. Cela jette également le doute sur les déclarations du capitaine Pivi concernant ses activités durant la journée du 28 septembre et sur son degré d'implication et de participation dans les événements et sur celui de ses subordonnés.

249. Le colonel Abdulaye Chérif Diaby mérite d'être mentionné dans le présent rapport, en relation avec une éventuelle responsabilité pénale directe, voire aussi une responsabilité de commandement, compte tenu des faits décrits aux paragraphes 136 à 146 et 166 à 168 cidessus. La Commission constate qu'il existe des raisons suffisantes de croire que les traitements médicaux et l'accès aux soins ont été refusés aux victimes blessées, et qu'il a y eu de surcroît manipulation de la documentation médicale pour dissimuler l'origine des blessures et des décès. Par ailleurs, il est manifeste qu'une absence volontairement coordonnée des processus habituels de conservation des corps, associée à une prise de contrôle sur les morgues par les forces de l'ordre, a contribué à la dissimulation des traces de l'événement, voire à leur disparition. Le Ministre de la santé a été vu à l'hôpital alors qu'il agressait verbalement le personnel soignant, leur demandant « qui vous a donné l'ordre de soigner ces gens? », donnant un coup de pied à un blessé, fermant la pharmacie et confisquant les médicaments sur les patients qui en ressortaient.

250. La Commission constate aussi que le personnel de l'hôpital était terrifié à l'idée de lui communiquer des informations, plusieurs personnes disant qu'elles avaient reçu la consigne de ne pas parler. Certaines, conscientes des risques qui pouvaient en découler, ont toutefois accepté de partager discrètement de nombreux éléments d'information.

251. Le Ministre de la santé a nié toute prise de contrôle militaire sur les hôpitaux, indiquant que les forces de l'ordre ne s'étaient trouvées sur place qu'à partir du mercredi. Une telle déclaration est en contradiction flagrante avec les nombreux éléments obtenus par la Commission et figurant dans le présent rapport. Le Ministre de la santé n'a par ailleurs rien entrepris pour minimiser l'impact de la prise de contrôle militaire des hôpitaux sur les patients ou sur les cadavres qui y avaient été amenés. Il n'a en outre sanctionné aucun de ses subordonnés, de quelque manière que ce soit, pour sa participation directe au refus de dispenser un traitement médical ou pour ses manquements dans la préservation des corps en vue de leur identification.


6. Autres responsabilités à déterminer


252. En plus des personnes citées plus haut, la Commission a des motifs raisonnables d'en identifier d'autres dont l'implication présumée dans les événements les désigne comme devant faire l'objet d'une enquête plus approfondie. La Commission estime qu'il existe des éléments établissant l'implication de ces personnes, au moins, dans les événements survenus au stade et les jours qui ont suivi. La Commission pense toutefois qu'une enquête approfondie sera nécessaire pour déterminer le degré de leur implication et d'envisager une responsabilité individuelle découlant de leurs actions.

253. Au nombre de ces personnes pourraient figurer:
-    le sous-lieutenant Marcel Koivogui, aide de camp du lieutenant Toumba, et le chauffeur du Président, Sankara Kaba, en particulier en relation avec leur implication directe dans les événements où ils ont été identifiés personnellement par de nombreux témoins
-    le Ministre de la sécurité publique, le général de division Mamadouba Toto Camara, ainsi que les cadres de la Police nationale, en particulier en ce qui concerne l'implication de la police dans les événements
-    le général de brigade Sékouba Konaté, Ministre en charge de la défense, ainsi que les cadres de l'armée, y compris ceux de la Gendarmerie nationale, et les responsables des camps militaires, en particulier en ce qui concerne l'implication des gendarmes dans les événements et l'implication des gendarmes et des militaires dans le déplacement des cadavres et dans les autres événements qui ont eu lieu dans les camps de Samory Touré et de Kundara
-    les responsables des milices, en particulier en relation avec leur rôle dans les événements du 28 septembre et des jours suivants
-    Fodéba Isto Keira, Ministre de la jeunesse et du sport et le Directeur du stade en particulier en relation avec le nettoyage du stade et la destruction subséquente des preuves
-    la doctoresse Fatou Sikhe Carnara, Directrice de l'hôpital Donka, en particulier en relation avec la prise de contrôle militaire de son hôpital et les diverses dissimulations des faits médicaux  des cadres civils du CNDD en particulier en relation avec la dissimulation des faits.

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