lundi, 09 novembre 2009

Festivités pour le 20e anniversaire de la chute du Mur de Berlin

Par Dave Graham


BERLIN (Reuters) - L'Allemagne célèbre, en présence de nombreux dirigeants étrangers, le 20e anniversaire de la chute du mur de Berlin, symbole de la fin de la guerre froide et de l'effondrement du communisme.

Un concert en plein air de l'opéra de Berlin, des spectacles et une grande fête à la porte de Brandebourg sont programmés dans la soirée.

Le point d'orgue des festivités, en début de soirée, sera la chute symbolique de mille dominos géants en polystyrène installés sur une portion de 1,5 km de l'ancien tracé du "mur de la honte".

La chancelière Angela Merkel, qui travaillait à l'époque comme scientifique à Berlin-Est, a rendu hommage dans un discours au courage des Allemands de l'Est qui ont contribué à la chute du Mur.

"La nuit du 9 novembre 1989 fut la réalisation d'un rêve. Beaucoup de personnes y ont contribué. Mais cela aurait été impossible sans le courage du peuple de l'ex-Allemagne de l'Est", a dit Angela Merkel, premier chancelier de l'histoire à avoir grandi à l'Est du Mur.

Elle s'était entretenue plus tôt avec la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton, qui représente les Etats-Unis en l'absence du président Barack Obama.

Le président français Nicolas Sarkozy, le Premier ministre britannique Gordon Brown et le président russe Dmitri Medvedev assisteront également aux festivités.

"Le mur est tombé. Deux Berlin ne font plus qu'un. Deux Allemagnes ne font plus qu'une. Deux Europes ne font plus qu'une", devait déclarer Gordon Brown lundi soir selon le texte de son discours à venir.

"La majesté (de l'instant) ne réside pas dans la présence d'une structure, mais dans son absence", devait-il ajouter, tout en rendant hommage à "l'esprit inébranlable" de ceux qui ont osé "rêver dans l'obscurité" du monde communiste.

De grands acteurs de l'époque sont aussi attendus dans la capitale allemande, l'artisan de la "perestroïka" Mikhaïl Gorbatchev ou encore Lech Walesa, qui mena les premiers grands mouvements de contestation anticommunistes, en Pologne à la tête du syndicat Solidarité au début des années 1980.

PUB DE GORBATCHEV, KOHL ET BUSH PÈRE

Les chaînes de télévision ont diffusé en boucle tout au long du week-end documentaires et témoignages sur ce moment historique qui bouleversa le visage de l'Europe, préluda à la réunification de l'Allemagne un an plus tard, le 3 octobre 1990, et accéléra l'implosion de l'Union soviétique, en 1991.

"Il n'y a sans doute eu aucun grand tournant aussi radical et immédiatement visible que le 9 novembre 1989", souligne le quotidien Kölnische Rundschau dans un éditorial.

"Toute personne qui se trouvait peu avant huit heures du soir à la porte de Brandebourg aurait considéré comme un rêve absurde de voir une foule de gens en haut du Mur quatre heures plus tard."

Pour contrer l'exode massif de ses ressortissants vers la capitaliste Berlin-Ouest, le régime communiste est-allemand entreprit d'ériger une "barrière de protection antifasciste" aux premières heures du 13 août 1961.

Selon une étude publiée cette année, 136 personnes au moins périrent en tentant de franchir le Mur pendant les 28 ans qui séparent cette date du 9 novembre 1989.

Plusieurs milliers, toutefois, parvinrent à échapper aux mines, aux chiens et aux gardes postés dans des miradors à l'aide d'ingénieux systèmes de tunnels, de caches aménagées dans des voitures, pour passer à l'Ouest.

La chute du mur de Berlin fut le point d'orgue de plusieurs mois de rassemblements de plus en plus massifs pour la liberté. Les premiers exodes d'Allemands de l'Est avaient eu lieu durant l'été via la frontière hongroise avec l'Autriche.

Elle a débouché sur l'ouverture au capitalisme, ce que déplorent encore certains Allemands. Plusieurs centaines de manifestants anarchistes ont manifesté samedi contre la "fausse liberté" du modèle économique libéral.

Dans un sondage réalisé par le quotidien Leipziger Volkszeitung auprès d'un millier d'Allemands, une personne interrogée sur huit souhaitait la reconstruction du Mur, la proportion étant semblable à l'Ouest comme à l'Est.

Mikhaïl Gorbatchev, l'ancien chancelier Helmut Kohl et l'ancien président américain George Bush père apparaissent lundi dans une publicité de deux pages dans la presse allemande.

"Aucun mur n'est jamais assez solide pour étouffer l'esprit de l'homme", déclare Bush dans un commentaire accolé à la photo des trois dirigeants au pouvoir dans leur pays à l'époque.

Version française Jean-Stéphane Brosse et Clément Dossin

Le film d'une nuit historique

Article publié le lundi 09 novembre 2009

Un morceau du Mur de Berlin restauré.
REUTERS/Fabrizio Bensch


Par Béatrice Leveillé

Dans la nuit du 9 au 10 novembre 1989, devant les caméras du monde entier, Allemands de l’Est et de l’Ouest prennent d’assaut ce Mur qui divise l’Allemagne depuis près de 30 ans. En 48 heures, des centaines de milliers de personnes, piégées depuis près de trente ans, vont franchir la frontière pour découvrir « l'autre côté ».

La marmite bouillait depuis plusieurs mois mais c’est bien cette nuit du 9 novembre 1989 que le couvercle a sauté. Les Tchécoslovaques et les Hongrois, débordés par l’afflux d’Allemands de l’Est qui veulent passer à l’Ouest, demandent à leurs camarades est-allemands de prendre des mesures. Le 9 novembre 1989 au matin, Egon Krenz, qui vient de succéder à Erich Honecker réunit le Politburo pour élaborer un projet de loi qui doit faciliter les voyages.

Günter Schabowski, porte-parole du Politburo est chargé d’annoncer les nouvelles dispositions au cours d’une conférence de presse radiotélévisée. A 18 heures, face à une centaine de journalistes, il explique laborieusement les décisions du comité central. Taraudé par les journalistes, il mettra près d’une heure à faire la déclaration qui va tout déclencher : « Nous avons donc décidé aujourd’hui de prendre une disposition qui permet à tout citoyen de la RDA de sortir du pays par les postes-frontières de la RDA ». « Dès maintenant ? », lui demandent les journalistes. Il lit ostensiblement son document : « Les voyages privés à l’étranger pourront être autorisés sans conditions particulières ou raisons familiales. Les autorisations seront délivrées rapidement ». « Quand ? », Insiste un journaliste. « Pour autant que je sache… immédiatement… sans délai ».

Annonce télévisée

À 19h30, la télévision est-allemande annonce que « Les demandes de voyages privés à l’étranger peuvent être faites dès à présent sans motif particulier ». A 20 heures la télévision ouest-allemande ouvre sur cette information : « Les citoyens est-allemands désireux de sortir du pays ne sont plus obligés de passer par la Tchécoslovaquie ». À 20 h 45, à Bonn, en pleine séance plénière au Bundestag, les députés ouest-allemands se lèvent et entonnent l’hymne national.

Après 28 années d'interdiction de quitter leur territoire, seize millions d'Allemands de l'Est se voient offrir la liberté de se déplacer. Cette décision va provoquer un véritable raz-de-marée. Les gardes-frontières débordés laissent passer les Allemands de l’Est à 22 h 45. Les télescripteurs crépitent : « Ce 9 novembre est un jour historique. La RDA a annoncé que ses frontières étaient désormais ouvertes à tous. Les portes du Mur sont grandes ouvertes ».

Berlinois de l'Est et de l'Ouest se rassemblent des deux côtés du Mur. C’est la ruée, les gardes-frontières n’en croient pas leurs yeux mais ils ne tenteront pas de s’y opposer.

A minuit tous les postes-frontières de Berlin sont ouverts. Le Mur, ce monstre de béton de 160 kilomètres de long et de 3,60 mètres de haut, qui était conçu pour durer cent ans, vient de s’effondrer symboliquement.

En moins de quarante-huit heures, deux millions d’Allemands de l’Est vont se rendre à l’Ouest où ils sont accueillis dans un mélange de joie et d’incrédulité.

Le choc est brutal pour les Allemands de l’Est qui réalisent à quel point ils ont été bernés. L’écart de niveau de vie est flagrant. Ils se ruent dans les magasins et achètent des objets courants et de la nourriture qui sont des produits de luxe de l’autre côté du Mur. Ils font une razzia sur les bananes, un cadeau exotique pour leurs proches qui n’ont pas profité de cette inoubliable nuit de liberté.

Une nuit de folie

Ce 9 novembre 1989, le peintre Thierry Noir, est au checkpoint Charlie, un des principaux points de passage entre Berlin-Est et Berlin-Ouest. Il comprend qu’il assiste à un évènement historique et décrit la folie générale, le chaos, les rires, les chants, les pleurs et la peur perceptible des gardes-frontières.

Les Allemands de l’Ouest font une haie d’honneur aux Allemands de l’Est. Ils tapent sur le capot des Trabant, ces petites voitures est-allemandes, qui passent à l’Ouest. La destruction du Mur, à coup de pioches, de masses et de marteaux va se poursuivre pendant des mois. Thierry Noir qui a peint des personnages bariolés sur plus de cinq kilomètres de long sur le Mur va assister à la destruction de son œuvre, entreprise dès 1984 pour briser la peur que suscitait ce Mur et ses gardes qui n’hésitaient pas à utiliser leurs armes. Le peintre français, ce jour-là, était comme des millions d’Allemands de l’Est et de l’Ouest heureux et insouciant.

Helmut Kohl, en visite officielle en Pologne, se rend immédiatement à Berlin. Devant l’Hôtel de Ville, il déclare : « Nous nous trouvons maintenant devant l’épreuve de vérité ». Le régime est-allemand va-t-il revenir sur sa décision ? Comment les Russes vont-ils réagir ? La réunification de l’Allemagne est-elle une menace pour le monde ? Autant d’interrogations qui font sourire aujourd’hui mais qui étaient bien réelles à l’époque.

Voir notre dossier complet sur la chute du Mur de Berlin

vendredi, 06 novembre 2009

De la vie de couple aux stades de foot, le Mur est dans les têtes

NOUVELOBS.COM | 06.11.2009 |

Vingt ans après la chute du Mur, les divisions persistent entre ceux qui ont connu le régime de la RDA et les Allemands de l'Ouest. C'est ce que montre Yannick Pasquet, journaliste à l’AFP en poste à Berlin depuis 2001, dans son livre "Le Mur dans les têtes". Nouvelobs.com en publie quelques extraits.

Yannick Pasquet est également l'invitée des forums de Nouvelobs.com. Elle répondra en direct à vos questions ce vendredi à 15h.


L’AMANT DE L’EST


[…] Les bougies de la révolution consumées, les Allemands ont commencé à se lorgner d’un peu plus près. Entre 1991 et 2003, les mariages Est-Ouest ont ainsi grimpé de 28 %. Un sacré bond alors que le marché global du mariage traverse une grave récession : les unions ont diminué de 16 % dans le même laps de temps.[…]
[…]Mais l’amour est enfant de Bohême qui n’a jamais connu de loi. Sauf une. Ce sont les Allemandes de l’Ouest qui tombent amoureuses des Allemands de l’Est. Entre 1991 et 2003, le nombre de mariages de ce type a triplé. L’inverse, Allemandes de l’Est qui s’entichent d’Allemands de l’Ouest, est rare. Ces unions ont chuté, elles, de 15 %.

Qu’a-t-il donc de plus, cet Allemand venu des plaines de Prusse et des vallées de Saxe ? Convoquons une fois de plus le temps qui passe. L’Allemand de l’Est, l’Ossi donc, n’entame pas sa carrière de bourreau des coeurs (occidentaux) en faisant la révolution de novembre 1989. Non, à l’époque, il apparaît carrément ringue, sur les écrans de télé du monde entier, avec sa moustache fournie, ses cheveux courts sur le dessus, longs dans la nuque et ses jeans neige. Il a du bol, il fait une révolution sympa, alors on n’ose pas le traiter de plouc.


Des allemands de l'Est (AFP)

Mais la pensée y est. L’homme en version produit de l’Est est considéré comme « mal fringué avec une image de loser sans savoir-vivre » explique le sociologue Kurt Starke, éminent spécialiste du sexe en RDA, dans un documentaire télévisé (1). Pas de Mercedes rutilante pour promener sa douce. Pas de carte de crédit à faire chauffer. Le plus souvent, il fait la queue au guichet « désillusions » des agences à reclasser les chômeurs de l’ex-RDA. C’est donc plutôt l’homme d’affaires ouest-allemand, avec ses pinces à cravates dorées et ses attachés-cases en croco, qui emporte la mise. Le marché est-allemand est à conquérir.
Puis les temps ont changé. Aujourd’hui, les Allemandes de l’Ouest attachent moins d’importance « au bel emballage », selon Kurt Starke, et « davantage aux qualités des Ossis, comme leur sincérité et le fait qu’ils aient les pieds sur terre ».

Une autre question taraude beaucoup d’Allemands depuis vingt ans. Qui est le plus performant une fois la porte de la chambre refermée ? Celui de l’Ouest ? Ce n’est pas ce qu’affirme le très sérieux Suddeutsche Zeitung. « Les Allemands de l’Est faisaient l’amour plus jeunes, plus souvent, et mieux que ceux de l’Ouest avec leur credo de l’orgasme à tout prix. » Au moins, les choses sont claires. La vox populi l’affirme : l’ex-RDA était plus libérée sexuellement. Au pays de la pornographie et de la prostitution officiellement interdites, les moeurs étaient libérées. Un chanteur de variétés est-allemand, Wolfgang Ziegler, s’est épanché dans un magazine : « Pendant que la harpie féministe de l’Ouest cherchait son point G dans le cabinet d’une sexologue, avec des bâtons d’encens et dans la position du lotus, nous, nous faisions l’amour simplement. Sans chercher la performance, sans avoir peur de l’échec. »
En RDA, le corps ne se cachait pas. Le nudisme était l’opium du peuple, et à chaque rayon de soleil, toute la famille se mettait à nu sur les plages de la Baltique ou dans les lacs du Mecklembourg-Poméranie.


Les femmes est-allemandes ont été très vite encouragées à travailler (AFP)

La place de la femme dans la société a également joué un rôle moteur. La camarade prolétarienne se devait de verser son écot au socialisme en travaillant. La RDA proclame ainsi dans sa Constitution de 1949 que le travail des femmes est « un devoir de la société et de l’État ». Dès les années cinquante, les femmes envahissent donc les combinats. À l’entrée, elles y laissent leurs bambins pris en charge par les crèches d’usines. La pilule est gratuite dans l’État des ouvriers et des paysans, l’avortement légal, gratuit et autorisé sur demande pendant les douze premières semaines de grossesse.
Conséquence : « C’est dans le domaine de la sexualité que l’émancipation de la femme était peut-être la plus avancée. Au lit, c’était elle qui menait la danse » explique Kurt Starke.
De l’autre côté de la frontière, dans les années cinquante, les « écoles de mariées » apprennent aux jeunes filles leurs tâches de futures épouses. Plus tard, elles feront de la pub pour les aspirateurs et les frigos, leur mari pour les chaînes de bricolage et les barbecues. La femme arrête de travailler quand elle enfante. Le droit à l’avortement est restreint. […]

1. Documentaire de la chaîne régionale publique MDR, Liebte der Osten
anders, d’Andre Meier.


MADE IN GERMANY


[…]Dans les stades de foot, les joueurs ouest-allemands regardent leurs pieds quand vient le moment des hymnes nationaux. Omerta. L’Allemagne de l’Ouest est mal dans ses pompes. Chanter, c’est compliqué quand une strophe honnie hante les esprits. « Deutschland, Deutschland, über alles. Über alles in der Welt. » (« L’Allemagne, l’Allemagne par dessus tout. L’Allemagne par dessus tout au monde. ») Depuis les errements nazis, ni la première strophe de Das Lied der Deutschen (Le Chant des Allemands) ni la deuxième ne sont plus chantées. Hitler et ses sbires leur ont donné une interprétation pangermanique et revancharde.
Seule la troisième strophe de ce chant fait office d’hymne national de la RFA. Lorsqu’il fut écrit en 1841 par le poète August Heinrich Hoffmann von Fallersleben, il avait pourtant une tout autre signification. Il s’agissait à l’époque d’unifier une Allemagne éclatée en dizaines de royaumes et de régions. L’Allemagne par dessus tout est un désir d’unité.
Une fois de plus, la RDA ne s’embarrasse pas des considérations du passé. Elle se choisit un nouvel hymne lors de sa création en 1949...


Des supporters de la Mannschaft (AFP)

Ullrich, tige sèche de quarante ans et des poussières, a failli perdre l’usage de la parole la première fois qu’il a entendu son fiston de douze ans chanter Le Chant des Allemands. C’était avant un match de foot, évidemment. Ledit rejeton a failli prendre une rouste quand il expliqua à son père qu’il avait appris les paroles à l’école. « Impensable pour les gens de ma génération ! Cela ne nous serait jamais venu à l’idée de chanter l’hymne national avant le début d’un match de foot. De toute façon, on n’apprenait même pas les paroles. On avait trop honte d’être allemands. » D’ailleurs, gloups, il a encore un peu de mal à digérer que son fils le fasse avec tant d’aisance et de simplicité. « Allez, moins fort quand même, hein, on baisse le volume ! » Mais le fiston est trop excité. Sa Mannschaft, c’est sacré. Ullrich a certes grandi en adorant le dieu football, mais en détestant les symboles d’appartenance nationale.

L’Allemagne de l’Ouest en ruines a dû attendre plusieurs années avant d’avoir un hymne national. Et encore ! La question fut évacuée dans un échange de courriers entre le chancelier et le président fédéral en 1951 qui se mettent d’accord pour que la troisième strophe du Chant des Allemands soit donc l’hymne de la RFA. Mais jamais il n’y eut de décision inscrite dans une loi. Une proclamation officielle ? N’y pensons même pas. L’Allemagne avait un hymne parce qu’il en fallait bien un pour accueillir les chefs d’État sur le tarmac de l’aéroport de Bonn. Comme il faut bien un tapis rouge. […]

"Le Mur dans les têtes. Chroniques d'Allemagne", de Yannick Pasquet. Paru le 22 octobre 2009 aux Editions du Moment (Prix éditeur : 17,95 euros)

(Nouvelobs.com)

Mitterand et la chute du mur de Berlin

mitterrand kohl.jpg

 

François Mitterrand a-t-il été pris de court voire effrayé par la chute du Mur de Berlin, il y a vingt ans?

A-t-il cherché, comme on l'a beaucoup dit, à s'opposer à la réunification de l'Allemagne, ou en tous cas à la freiner? Ou a-t-il agi en ami de l'Allemagne et en patriote français?

J'ai consulté beaucoup d'archives en France et à l'étranger. J'ai aussi rencontré nombre de témoins.

Et voici l'article que je publie aujourd'hui dans le "Nouvel Observateur", à propos de l'attitude de François Mitterrand pendant cette période cruciale.

Mitterrand au pied du Mur

La scène – tirée des archives de François Mitterrand – se déroule au palais de l’Elysée, trois mois après la chute du mur de Berlin. Ce jour-là, le 13 février 1990, le président français reçoit un vieux complice, un homme qui, comme lui, a commencé sa carrière politique au sortir de la guerre : le président du Conseil italien Giulio Andreotti. Les deux septuagénaires veulent se consulter sur la question qui, quarante-cinq ans après le démantèlement du IIIe Reich, obsède l’Europe≈: la réunification du peuple allemand.

Mitterrand est furieux. Selon lui, tout à son désir de fusionner la RDA et la RFA, le chancelier ouest-allemand va trop vite et consulte trop peu : l’attitude de Helmut Kohl, déclare-t-il à son ami italien, « c’est le fait accompli », « les Allemands sont sourds », dit-il. Il ajoute, dépité≈: « Bush ne fait rien pour retenir les événements. La seule chose qui pourrait bloquer [la réunification de l’Allemagne], c’est l’emploi de la force par les Soviétiques, mais ils ne l’utiliseront pas. »



Trois mois plus tard, le 4 mai 1990, François Mitterrand est en Grande-Bretagne, à Waddesdon Manor, chez la cinglante Margaret Thatcher. Au menu de leurs entretiens : encore et toujours l’Allemagne, et les craintes que sa réunification suscite en Pologne et dans le reste de l’Europe orientale – inquiétude que partage, ô combien, François Mitterrand. Celui-ci redoute qu’après avoir absorbé la RDA la RFA ne soit tentée d’étendre son influence plus loin encore. Il explique≈: « C’est dans la nature des Allemands d’être portés vers l’est. » D’ailleurs, ajoute le président français, souvenez-vous de cette phrase prémonitoire d’Adolf Hitler dans « Mein Kampf »≈: « Pour nous, Allemands, il n’y a pas de vide à l’ouest, il y en a à l’est  » – phrase qu’il cite de mémoire.

C’est l’évidence≈: il y a vingt ans, François Mitterrand a accueilli la chute du mur de Berlin – et le processus de réunification allemande qui a suivi – avec des sentiments mêlés. Certes, au lendemain de l’ouverture de la frontière entre les deux Berlin, le 9 novembre 1989, il parle d’un « événement heureux qui marque un progrès de la liberté en Europe ». Certes, tout au long de l’année qui aboutira le 3 octobre 1990 à l’union de la RFA et de la RDA, il répète que « la réunification allemande est légitime » et qu’« il n’en a pas peur ». Certes, il dit à l’éphémère président de la RDA, Manfred Gerlach, auquel il rendra une visite très controversée à Berlin-Est fin 1989 : « Je n’attends pas de catastrophe sur le plan français. Cela fait mille ans qu’on a des voisins allemands. » Mais, au fond, le vieux président français tremble≈: il « ressent, récapitule, (…) “incarne” les angoisses françaises face à une Allemagne trop grande, à une construction européenne qui n’est pas encore irréversible », écrira plus tard son plus proche collaborateur, Hubert Védrine (1).

Aussi inquiet fût-il, le vieux président s’est-il, dans les faits, mal comporté face la réunification allemande, comme on l’a beaucoup dit à l’époque et continue de le dire aujourd’hui ? Depuis deux décennies, le débat sur l’attitude de François Mitterrand pendant cet épisode crucial de l’histoire européenne resurgit périodiquement. Certains, comme l’actuel secrétaire d’Etat aux Affaires européennes Pierre Lellouche, prétendent que, obnubilé par la guerre, le chef de l’Etat s’est conduit « en homme du passé », qu’il « a raté cette fête de la liberté » et que, ce faisant, il « a porté un très mauvais coup à l’amitié franco-allemande ».

D’autres, dont l’intéressé lui-même dans un livre d’autojustification écrit juste avant sa mort (2), affirment que, malgré ses doutes et ses propos parfois très rudes, François Mitterrand a agi à la fois en patriote français, en ami de l’Allemagne – et surtout en grand européen. Qu’en est-il ? Que révèlent les archives de l’ancien chef de l’Etat que nous avons pu consulter ? Que disent, vingt ans après, ses principaux collaborateurs et les historiens qui ont travaillé sur le sujet ?

La plupart sont d’accord sur un point : sur le moment, François Mitterrand n’a pas su – et souvent pas voulu – trouver les mots, faire les gestes amicaux qui auraient comblé les Allemands. Le soir du 9 novembre 1989, alors qu’il se trouve à Copenhague, son conseiller en relations publiques, Jacques Pilhan, incite le chef de l’Etat à filer à Berlin et à franchir symboliquement le Mur avec Helmut Kohl. Mais François Mitterrand refuse d’un haussement d’épaules. C’est une fête allemande, pas française, dit-il.

Mêmes rebuffades quelques semaines plus tard. Afin de faire taire ceux qui commencent à critiquer la position de Paris, plusieurs personnes, dont Hubert Védrine et Jean Daniel, lui suggèrent de prononcer un grand discours. Le but≈: marquer le soutien de la France à la réunification de son grand voisin. Refus. De même, le 4 janvier 1990, à Latche, la maison de campagne landaise de Mitterrand, Helmut Kohl en personne propose à son ami François d’accorder une grande interview à la télévision allemande. Mais le président français repousse cette suggestion.

Devant Kohl, il se justifie ainsi : « Si j’étais allemand, je serais pour la réunification, c’est du patriotisme. Etant français, je n’y mets pas la même passion » – bel euphémisme. Le 15 février, il redit au chancelier≈: « On ne peut pas attendre de moi que je parle comme un patriote allemand mais comme un patriote français. Ce qui m’intéresse, c’est comment aborder les conséquences de l’unification. » Ce faisant, il « n’a pas géré la dimension symbolique de la réunification », résume (et regrette) Hubert Védrine.

Ce manque d’empathie manifeste, Loïc Hennekinne, le conseiller diplomatique de François Mitterrand à l’époque, l’explique aujourd’hui par des considérations tactiques. « S’il avait exprimé trop fort son soutien à la réunification, il lui aurait été difficile d’en négocier les modalités avec Bonn », dit-il. La justification est sans doute un peu courte mais traduit bien l’obsession du président français pendant toute la période≈: ne pas s’opposer à la réunification mais la contrôler.

Cette stratégie, François Mitterrand la définit avant même la chute du Mur. Le 18 octobre 1989, alors que l’unité allemande n’est encore qu’une perspective vague et lointaine, il déclare en conseil des ministres : « La France ne serait pas en mesure de s’opposer à la réunification si elle se réalisait. On ne peut tout de même pas faire la guerre à l’Allemagne pour [l’en] empêcher ! » Donc, « la seule chose que la France peut faire, explique-t-il, c’est faire respecter certains principes ». De toute façon, déclare-t-il, « est-ce que nous avons une politique de rechange ? ».

Le même jour, Hubert Védrine, qui est alors porte-parole de l’Elysée, précise la pensée présidentielle dans une note interne : « Puisqu’il serait incohérent de contester cette aspiration [à la réunification] [et] qu’il est impossible de s’opposer au mouvement de rapprochement, écrit-il, il faut accompagner le mouvement vers l’unité. » Ce n’est pas très enthousiaste mais réaliste.

Premier souci de Mitterrand le pragmatique : arrimer l’Allemagne en voie de réunification à la Communauté européenne. L’occasion se présente un mois après la chute du Mur. Les 8 et 9 décembre, le Conseil européen de Strasbourg – organisé sous présidence française – doit lancer le processus qui aboutira à l’union économique et monétaire, puis à l’euro. Kohl rechigne à donner son feu vert définitif, à lâcher le deutschemark à quelques mois d’élections législatives très difficiles. Mitterrand insiste et obtient gain de cause.

Comment ? Trois jours plus tard, les responsables européens reconnaissent le droit à l’« autodétermination du peuple allemand ». Est-ce là un troc≈: l’euro contre un nihil obstat à la réunification ? « Formellement, il n’y pas eu de “marchandage”, dit l’historien Frédéric Bozo, auteur d’un monumental ouvrage sur la période (3), mais, de fait, le donnant-donnant entre Kohl et Mitterrand, quoique implicite, était évident. »

Il y en aura un autre. Fin janvier, les choses se sont accélérées. L’Etat est-allemand s’effondre. Des dizaines de milliers de réfugiés quittent le pays. Kohl ne parle plus d’une confédération allemande dans quelques années, mais d’une absorption pure et simple de la RDA par la RFA – très vite. Le chancelier demande que la nouvelle Allemagne soit intégrée telle que dans la Communauté. En échange, il propose une relance de la construction européenne. Mitterrand est estomaqué, déstabilisé. Il hésite.

Sa conseillère pour les Affaires européennes, Elisabeth Guigou, veut le convaincre d’accepter. « Si la Communauté est perçue par les Allemands comme hostile à leur réunification, lui écrit-elle début février 1990, nous serons perdants sur toute la ligne, car nous n’empêcherons pas la réunification et nous aurons en plus ruiné l’avenir communautaire. » Son argument fait mouche. Mitterrand l’européen accepte le grand deal de Kohl. La grande Allemagne restera dans la CEE et, deux ans plus tard, le sommet de Maastricht adoptera le texte du traité que l’on sait – traité majeur, qui, selon Frédéric Bozo, est bien la « réponse franco-allemande à la réunification ».

Après la chute du mur de Berlin, François Mitterrand a une deuxième obsession≈: la survie politique de Mikhaïl Gorbatchev, le libérateur de l’Europe orientale. Il est convaincu qu’une réunification trop rapide des deux Allemagnes conduirait à un renversement du numéro un soviétique et, de ce fait, à une nouvelle tension grave entre Est et Ouest, peut-être même à un conflit armé. Il tire cette conviction d’une rencontre avec le chef du Kremlin à Kiev le 6 décembre 1989. Lors d’un déjeuner, entre caviar et raviolis à la cerise, Gorbatchev implore Mitterrand≈: « Aidez-moi à éviter la réunification allemande, dit-il, sinon je serai remplacé par un militaire ; si vous ne le faites pas, vous porterez la responsabilité de la guerre. »

Le président français ne répond pas directement et, malgré ce que certains ont prétendu par la suite, il ne s’engage nullement à s’opposer à la réunification, qui, redit-il à Gorbatchev, ne lui « fait pas peur ». Mais François Mitterrand est « très frappé par cet appel et le mentionne à plusieurs visiteurs à son retour à Paris », écrit Hubert Védrine.

Le 4 janvier, à Latche, le chef de l’Etat déclare à Helmut Kohl≈: « L’expérience de Gorbatchev est nécessaire pour un certain temps [encore] » car, s’il quittait le pouvoir, « lui succéderaient des ultras, nationalistes, impérialistes ». Il faut donc, ajoute-t-il, « que l’unité allemande ne soit pas faite de telle sorte (…) que l’on entende des bruits de bottes en URSS ». Or « nous sommes juste au bord ». Il conclut≈: « Le sort de Gorbatchev dépend en partie de vous. » « Je sais et lui aussi », répond Kohl.

Mitterrand a-t-il un temps espéré que le Kremlin fasse « le sale boulot », c'est-à-dire freine, seul, la réunification allemande ? Les proches du leader socialiste le contestent. Mais un échange entre Thatcher et lui semble leur donner tort. Le 20 janvier 1990 à l’Elysée, la Dame de Fer dit au président français : « Ce que je cherche, ce sont les manières de ralentir [la réunification]. » Mitterrand ne se dit pas hostile à cet objectif, mais s’interroge sur les « moyens » dont Paris et Londres disposent pour y parvenir. « Rien ne serait pire, déclare-t-il, que d’élever des objections, de rappeler des traités, mais sans effet. » En fait, constate-t-il, « pour être cynique≈: le bon équilibre, c’est l’URSS ».

Qu’il ait espéré ou non un niet du Kremlin, le chef de l’Etat est surpris de la vitesse à laquelle Mikhaïl Gorbatchev accepte le principe de la réunification auquel, à Kiev, le numéro un soviétique s’est dit si farouchement hostile. Ce da russe à l’unité allemande survient, à la surprise générale, le 12 février 1990, à la suite d’une rencontre à Moscou avec Helmut Kohl. Le lendemain, Mitterrand dit à Andreotti≈: « A Kiev, Gorbatchev parlait très sévèrement. [Il traitait] Kohl de “provincial”. Mais quand il rencontre les Allemands, il semble beaucoup plus souple. » Le regrette-t-il ? En tout cas, quelques jours plus tard, il déclare au leader du SPD allemand Oskar Lafontaine≈: « Au temps de Staline, cela ne se passerait pas ainsi. La faiblesse soviétique fait la force des Allemands. »

Ce déclin spectaculaire de l’influence russe dans les affaires européennes l’inquiète. Car il espère l’appui de Moscou dans son combat pour le respect des frontières de l’après-guerre. Dès la chute du Mur, il s’érige en principal défenseur de la ligne Oder-Neisse qui sépare la Pologne de la RDA, et donc bientôt de l’Allemagne unifiée – une frontière au-delà de laquelle vivent 500 000 Allemands et qui n’a jamais été tout à fait reconnue par Bonn. Son insistance à obtenir cette reconnaissance avant l’unification exaspère Helmut Kohl, qui n’oubliera jamais cet épisode très douloureux dans les relations franco-allemandes.

Le 15 février, les deux hommes dînent à l’Elysée, dans le salon des Portraits. L’ambiance est tendue. Kohl dit≈: « Je souhaite que [cette reconnaissance des frontières] devienne évidente après la réunification. Vous ne pouvez pas l’exiger de moi maintenant. » Pourquoi ? A cause de la campagne électorale qui commence. « Si nous parlions en RFA de la frontière Oder-Neisse, explique-t-il, nous renforcerions l’extrême-droite. » Il ajoute, « très rouge » selon le compte-rendu français≈: « On fait mousser cette question. (…) C’est une grosse blessure. Normalement, on traite les blessures avec du baume et non de l’huile bouillante. »

Mais Mitterrand ne cède pas à ce chantage affectif. Il revient à la charge≈: « Il faut une décision internationale des pays intéressés. » « Oui, d’accord », concède Kohl. Mais le chancelier laisse traîner les choses, ce qui exaspère son ami français. Le 9 mars, François Mitterrand reçoit le président polonais, le général Jaruzelski, venu demander son aide, justement sur la reconnaissance de la frontière Oder-Neisse. Le Français lui dit≈: « Même si l’Allemagne procède de façon plus polie que Hitler, nous ne voulons pas que cela ait lieu. » Cela ? Un retour à l’Europe de 1913 ou 1919, où les frontières étaient instables et les appétits allemands voraces. C’est pourquoi, dit-il, « la France est déterminée à user de tous les moyens dont elle dispose pour obtenir une reconnaissance claire et nette de l’Oder-Neisse ». Comment ? « Cette question doit être posée sans finesse, sans détour, sans habileté. » Il insiste≈: « Soyons brutaux. Les Allemands ne veulent rien de tout cela. Il faut les pousser. »

Finalement, après un bras de fer de plusieurs semaines, Mitterrand obtient cette décision internationale pour laquelle il s’est tant battu. La « crise nerveuse franco-allemande », comme il dit, est terminée.

Si bien que le jour de la réunification, le 3 octobre 1990, le chef de l’Etat écrira à Kohl≈: « Dites à vos proches, dites à tous les Allemands la solidarité de la France. »

Vincent Jauvert

(1) « Les Mondes de François Mitterrand », Fayard, 1996.

(2) « De l’Allemagne, de la France », Odile Jacob, 1996.

(3) « Mitterrand, la fin de la guerre froide et l’unification allemande », Odile Jacob, 2005. Voir aussi « Mitterrand et la réunification allemande », par Tilo Schabert, Grasset, 2005.

- De la chute du Mur de Berlin, le 9 novembre 1989, à la réunification allemande, le 3 octobre 1990, le couple Mitterrand-Kohl a été plusieurs fois au bord de la rupture. Le président français a été suffoqué de ne pas avoir été informé à l'avance du plan en dix points vers la réunification présenté par le Chancelier le 28 novembre. Le chancelier, lui, a détesté l'insistance méfiante de Mitterrand sur la reconnaissance de la frontière germano-polonaise par l'Allemagne. Mais, au final, malgré des tensions très fortes, les deux hommes ont préservé leur amitié.

- A Berlin-est, le 20 décembre 1989, François Mitterrand dit, agacé, au président est-allemand : « On ne peut poser le pied en RFA sans que l'on vous parle de réunification. Personnellement je trouve cela légitime. Mais il reste deux Etats avec une histoire. » Le lendemain, il dira aux étudiants de la faculté de Leipzig : « Si le peuple allemand décide qu'il doit [se réunifier], ce n'est pas la France qui s'y opposera. »

- On a beaucoup reproché à François Mitterrand de ne pas avoir participé à la cérémonie d'ouverture de la porte de  Brandebourg à Berlin, le 22 décembre 1989, alors qu' il était en visite en RDA. En fait, Selon Hubert Védrine, « il n'y était pas invité, sauf par la rumeur et les médias. »


- Le 20 janvier 1990, Margaret Thatcher est à l'Elysée. François Mitterrand lui dit : « Je ne dis pas non à la réunification, ce serait stupide et irréaliste. » Puis il ajoute : « Le problème de la réunification a provoqué un choc psychologique chez les Allemands, qui leur restitue certains caractères qu'on avait oublié, une certaine brutalité. »

- Le 9 mars 1990, François Mitterrand reçoit le général Jaruzelski. A propos de la réunification, il déclare : « Si l'influence soviétique avait été plus grande, on n'en serait pas là. Les Américains voient les choses d'un peu loin. Les Anglais sont inquiets mais se contentent de faire de cette inquiétude une politique. Moi, je ne dis pas ce que je veux, mais ce que je peux. »

- Au Conseil des ministres du 9 mai 1990, François Mitterrand déclare : « La grande menace qu'a toujours représenté l'Allemagne pour l'Europe tient au fait que l'Allemagne a toujours été un peuple sans frontières. [la réunification] est une bonne occasion de les fixer ! »

- Jusqu'à la fin de sa vie, François Mitterrand a voulu défendre son action durant la réunification allemande. Dans « De l'Allemagne, de la France », publié un après sa mort, il rappelle la phrase de François Mauriac : « J'aime tellement l'Allemagne que je suis content qu'il y en ait deux » pour dire « tel n'était pas mon sentiment. »

Berlin sera au centre du monde lundi pour les 20 ans de la chute du Mur

BERLIN (AFP) - 06.11.2009


Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances.

voir_le_zoom : Des Berlinois de l Ouest voient apparaître des gardes de Berlin Est dans l ouverture pratiquée dans le Mur, le 11 novembre 1989 à BerlinDes Berlinois de l'Ouest voient apparaître des gardes de Berlin Est dans l'ouverture pratiquée dans le Mur, le 11 novembre 1989 à Berlin

Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances.

AFP/Archives - Gérard Malie
voir_le_zoom : Des Berlinois de l Ouest tirent sur une corde pour faire tomber un pan du Mur, le 11 novembre 1989, près de Potsdamer à BerlinDes Berlinois de l'Ouest tirent sur une corde pour faire tomber un pan du Mur, le 11 novembre 1989, près de Potsdamer à Berlin

Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances.

AFP/Archives - Gérard Malie
voir_le_zoom : Des milliers de Berlinois grimpent sur le Mur, près de la porte de Brandebourg, le 11 novembre 1989 à Berlin.Des milliers de Berlinois grimpent sur le Mur, près de la porte de Brandebourg, le 11 novembre 1989 à Berlin.

Le soir du 9 novembre 1989, le monde assista incrédule au spectacle de milliers d'Allemands de l'Est en liesse tombant dans les bras de leurs compatriotes de l'Ouest, après l'ouverture inattendue des postes-frontières décidée par la RDA sous la pression du peuple.

AFP/Archives - Gérard Malie
voir_le_zoom : Quelques-uns des milliers de dominos qui seront utilisés pour symboliser la chute du Mur de Berlin, lors du 20e anniversaire, le 9 novembre 2009.Quelques-uns des milliers de dominos qui seront utilisés pour symboliser la chute du Mur de Berlin, lors du 20e anniversaire, le 9 novembre 2009.

Des milliers de dominos en polystyrène de 2,50 mètres de haut s'écrouletront sur deux kilomètres pour symboliser l'effondrement du Mur qui divisa Berlin pendant 28 ans depuis 1961.

DDP/AFP - Michael Kappeler

Berlin célèbre lundi sous les feux de la rampe les 20 ans de la chute du Mur, symbole de la Guerre froide et de l'Europe divisée jusqu'en 1989, lors d'une "Fête de la liberté" où se retrouveront les dirigeants des grandes puissances. lire_le_dossier

Point d'orgue de la lente dislocation des régimes communistes de l'Est et césure historique après un demi-siècle d'affrontement entre blocs hostiles, la chute du Mur a permis la réunification de l'Allemagne et du continent européen.

Elle a également amorcé l'arrivée sur la scène internationale d'une nouvelle Allemagne, la "République de Berlin", un pays libéré de son passé nazi, politiquement renforcé et qui n'est plus seulement un géant économique.

Le soir du 9 novembre 1989, le monde assista incrédule au spectacle de milliers d'Allemands de l'Est en liesse tombant dans les bras de leurs compatriotes de l'Ouest, après l'ouverture inattendue des postes-frontières décidée par la RDA sous la pression du peuple.

Lundi, la chancelière Angela Merkel, qui a grandi en ex-RDA et dont la carrière politique a commencé avec l'ouverture du Mur, recevra ses partenaires européens et américain pour une fête diplomatico-populaire à la Porte de Brandebourg, emblème de la ville et de l'ancienne fracture Est-Ouest.

"Chaque pays de l'Union européenne devrait être représenté", selon Berlin.

Les dirigeants des puissances qui occupaient la ville seront au rendez-vous, du Premier ministre britannique Gordon Brown aux présidents français et russe Nicolas Sarkozy et Dmitri Medvedev, en passant par la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton (Barack Obama se consacrant à une tournée en Asie). Le président de la Commission européenne José Manuel Barroso sera là aussi.

Des rencontres bilatérales sont prévues pour évoquer des sujets comme l'Afghanistan, l'Iran ou encore les futurs postes de l'Union européenne.

Parmi les hôtes de renom attendus figurent aussi le dernier dirigeant soviétique Mikhaïl Gorbatchev ou l'ex-leader anticommuniste polonais Lech Walesa. L'ancien chancelier Helmut Kohl, père de la réunification allemande, sera absent des festivités

"Le chancelier en reste à la décision de ne pas participer lundi. Il était déjà à Berlin le week-end dernier avec MM. Bush (père) et Gorbatchev et s'est déjà exprimé à cette occasion sur le 9 novembre", un collaborateur de ses services.

Nocturne, la fête s'ouvrira à 18H00 GMT avec un concert de plein air de l'orchestre du Staatsoper de Berlin sous la baguette de l'Israélo-Argentin Daniel Barenboïm.

Puis officiels allemands et étrangers discouriront, avant que des milliers de dominos en polystyrène de 2,50 mètres de haut ne s'écroulent sur deux kilomètres pour symboliser l'effondrement du Mur qui divisa Berlin pendant 28 ans depuis 1961.

Feu d'artifice et musique sont au programme, ainsi qu'une chaîne humaine devant réunir des milliers d'Allemands et étrangers sur l'ancien tracé du Mur.

La journée débutera par un service oecuménique en l'église de Gethsémani, ex-haut lieu de la dissidence est-berlinoise.

Angela Merkel traversera ensuite avec quelques hôtes le pont de la Bornholmer Strasse, l'un des premiers postes-frontière ouverts en 1989.

Et un colloque scientifique planchera sur la question des "murs qui tombent", en présence de Mme Merkel et du "banquier des pauvres" et Nobel de la Paix Muhammad Yunus.

La municipalité attend 100.000 personnes pour les festivités nocturnes, "si la météo le veut bien".

Car le ciel obstinément pluvieux ces derniers jours pourrait doucher l'espoir de faire mieux qu'en 1999: pour les dix ans de la chute du Mur, seules 30.000 personnes sur les 100.000 escomptées avaient bravé la pluie et le froid pour participer à une fête sage, loin de la liesse promise, se réchauffant avec du vin chaud et des saucisses au curry, la spécialité locale.

Les hôtels ont en tout cas été pris d'assaut par les touristes et des hordes de journalistes venus du monde entier pour alimenter moult émissions spéciales. "C'est de la folie, tous afficheront complet", selon la fédération du secteur.

© 2009 AFP

Source: tv5monde.org