lundi, 28 décembre 2009

Musique : Manou Gallo, l’artiste aux 400 concerts mondiaux, méconnue dans son pays.

lundi 28 décembre 2009 - Par Fraternité Matin
Manou
de Fraternité Matin
Manou Gallo, l’artiste aux 400 concerts mondiaux est méconnue dans son pays.

Vous faites partie du trio de dames qui vont jouer le 2 janvier à la «Nuit des étoiles» au Palais de la culture. Quels commentaires ?

C’est toujours un plaisir de venir jouer dans son pays. Surtout que je n’ai jamais fait officiellement de concert en Côte d’Ivoire. C’est un honneur pour moi de participer à ce plateau qui date de longtemps. Ça sera également une occasion pour moi de montrer ma musique au public et singulièrement aux dames. Je suis donc contente d’être là.

Avez-vous une idée précise de la «Nuit des étoiles» et qu’allez-vous proposer de particulier au public ivoirien pour ce premier contact ?

C’est un beau plateau qui consacre la gent féminine sur le plan musical. Je me souviens que j’ai assisté, il y a longtemps, à cette «Nuit des étoiles». Je pense que les choses évoluent avec une nouvelle génération.

Vous dégagez de l’énergie sur les scènes à l’extérieur lors de vos spectacles. N’avez-vous pas d’appréhensions pour ce premier contact avec le public ivoirien qui est tout aussi difficile et exigeant ?

Je ne fais pas une musique commerciale. Je me considère comme une instrumentiste. Peut-être que c’est parce que je viens de la vieille école. Pour moi le plus important et l’essentiel, c’est qu’on reconnaisse le talent d’un artiste. tre une star juste pour le plaisir ne m’intéresse donc pas. Un artiste doit prendre tout le temps pour bien se faire connaître par un travail bien fait. Une fois qu’il est connu, c’est pour l’éternité. C’est l’exemple des artistes comme Manu Dibango. J’ai envie d’être dans cette posture. C’est vrai qu’on n’est pas très connu ici. Mais, ce n’est pas ce qui m’importe.

Ce qui est important chez moi, c’est le message que je véhicule et l’image que j’ai envie de donner de la femme africaine. C’est une occasion pour le public de venir me découvrir sur scène le 2 janvier. Cela dit, c’est sûr que j’aurai le tract parce que j’ai mes amis et ma famille qui certainement seront dans la salle. Mais, je sais être professionnelle. Je viens d’une tournée qui m’a conduite à Haïti, au Guatemala et au Canada ; j’essayerai à mon humble niveau d’être professionnelle.

Qu’est-ce qui fait votre force aujourd’hui sur le plan international ?

C’est mon originalité. Aujourd’hui, les choses changent. Il y a tellement de concurrence. Mais, on arrive à se faire une place au soleil avec ce que nous avons de plus profond en nous-même. Je suis une femme du rythme. J’ai eu la chance d’avoir un don que j’essaie d’exploiter.

Votre passage au village Ki-yi vous a-t-il aidé dans ce sens ?

Certainement. J’ai fait trois ans au village Ki-yi après le groupe Woya, ensuite j’étais au groupe Zap Mama. Je pense que tout cela me permet de faire ma musique. La base de ma colonne vertébrale, ce sont les rythmes.

Comment votre intégration s’est faite dans le monde du showbiz international ?

Je suis allée au départ en Europe pour faire l’audition avec Zap Mama. J’ai tourné avec ce groupe pendant six ans dans le monde entier. Je pense qu’il y a des cycles dans la vie. Il y a eu les cycles du Village Ki-yi, de Woya, etc. Je préparais mes morceaux et Dieu a fait que j’ai eu un premier concert à Bruxelles dans des clubs de jazz. Tout est parti comme ça. J’ai donc fait mon premier album. Ma force ou mon arme est ma guitare bass. Aujourd’hui, on parle de moi un peu partout.

Faut-il forcément se faire parrainer ou appartenir à des réseaux avant d’éclore en Occident ?

Il y a deux musiques. La musique commerciale où il n’y a que des vendeurs de disques qui sont milliardaires. Et nous. Nous sommes musiciens et jouons tous les soirs dans les clubs de jazz, les festivals. Je ne fais donc pas partie du gros bazar.

A vous entendre, tout baigne pour vous à Bruxelles…

Non, pas du tout. Je suis une musicienne qui essaie de gagner sa vie avec ce qu’elle fait. Le plus important pour moi, c’est que les gens retiennent mon nom en tant qu’une grande musicienne quand j’aurai 70 ans et plus. J’ai été formée. Mon rôle également est de transmettre ce que j’ai appris. Je ne suis pas dans les grosses machines en cherchant à être à tout prix une grande star internationale.

Récemment, vous avez joué dans une pièce de théâtre avec une Rwandaise. Voulez-vous abandonner la musique pour les planches ?

Il s’agit d’une pièce qui s’intitule «La femme fantôme.» Cette pièce parle d’une femme africaine dont la famille a été décapitée au cours des événements au Rwanda qui émigre en Angleterre.

Elle déchante parce qu’elle se rend compte que l’Occident n’est pas ce qu’on a décrit dans les livres. Il y existe des camps de réfugiés, des difficultés de tous ordres. C’est une pièce émouvante dont j’ai pris le plaisir à jouer avec Karen Kemevera. Nous avons tourné avec cette pièce pendant un an. D’ailleurs, cette année, je suis allée au Rwanda jouer la pièce. Je suis une femme engagée. Sans le voir depuis Divo, j’ai bousculé des rangs.

Vous travaillez souvent avec le musicien Manu Dibango. Où en êtes-vous avec vos projets ?

Manu Dibango est mon «père.» Il fait partie effectivement de ceux qui me donnent le courage et la force de continuer la musique. Il m’a invitée à la célébration de ses quarante ans de carrière.

Nous avons joué ensemble. Il est formidable. Je passe toujours de bons moments avec lui. Il m’a parlé de son prochain album. J’espère qu’on le fera ensemble.

A quand votre prochain album ?

Je viens juste d’enregistrer un album pendant l’Eté qui va sortir début 2010. J’ai envie qu’il sorte en Europe au même moment qu’en Côte d’Ivoire.

Quels sont les thèmes que vous abordez et votre programme des tournées ?

Chaque fois que je viens en Côte d’Ivoire, je fais un tour à Port-Bouët pour voir les enfants atteints du Vih/sida. J’ai donc composé un morceau «espoir» que je chante en duo avec la Burundaise Kadjannin. L’album est un voyage à travers funk, reggae, jazz, blues, etc. Un album que j’ai moi-même arrangé. Pour l’actualité, je pars à Budapest faire un album avec un groupe avec qui j’ai l’habitude de jouer. Ensuite, je joue au «Cabaret sauvage» à Paris avec Angélique Kidjo. J’ai également une tournée en Hollande.

N’avez-vous pas peur de la piraterie qui sévit en ce moment ?

Mon souhait est que mon album sorte ici. Même si ce n’est pas une musique commerciale. Les Ivoiriens écoutent aujourd’hui toutes les musiques. Je pense qu’il leur suffit de comprendre mon univers musical. J’espère sortir l’album en Europe et en Côte d’Ivoire malgré la piraterie.

Que pensez-vous de la musique ivoirienne, notamment du coupé décalé qui cartonne dans les boîtes de nuit du monde entier ?

Il y a beaucoup de mélanges dans la musique avec des styles variés. J’aime beaucoup le Zouglou parce que je trouve les textes assez poignants. Je ne comprends pas trop le feeling du coupé décalé. Par contre, il y a des morceaux qui déchirent par moments. Etant donné que c’est un phénomène, il marche fort un peu partout.


Récemment, vous avez été distinguée au Kenya. Comment avez-vous vécu ces moments ?

Je ne savais pas que j’avais un prix. J’avais un concert dans ce pays. Et c’est aux pas de course que je suis allée jouer là-bas. Ce prix m’a permis de représenter la Côte d’Ivoire au plus haut niveau. Je représente le pays partout. J’ai rencontré Wyclef et nous sommes en train de travailler sur un gros projet. Quand on sera prêt, on vous informera.

Quel est votre sentiment avec la distinction de Dobet Gnahoré aux Grammy Awards ?

Je trouve cela génial. Elle a commencé au village et je pense que tout va bien se passer pour elle.

On joue ensemble le 2 janvier à Abidjan. C’est également probable qu’on joue ensemble à Bruxelles. Nous avons des styles différents. J’avoue que je suis très heureuse pour elle. Car elle est dynamique et a du talent. On ne fait qu’avancer. On ne peut plus régresser.

Interview réalisée par Issa T.Yéo

mercredi, 23 décembre 2009

Quand Fela secoue Broadway

23/12/2009 | Jeune Afrique | Par : Jean Berry, envoyé spécial


L'acteur d'origine sierra-léonaise Sahr NgaujahL'acteur d'origine sierra-léonaise Sahr Ngaujah© DR


Chorégraphiée par Bill T. Jones, la comédie musicale Fela !, consacrée au père de l’afrobeat, surprend par sa fraîcheur. Et tente de s’imposer à New York. Reportage.


Eugene O’Neill Theater, Broadway. Les musiciens d’Antibalas chauffent la salle. Le théâtre a été entièrement décoré pour faire revivre les grandes heures du Shrine, le club de Fela Kuti, où il se produisait durant les années 1970, s’indignant de la corruption du gouvernement nigérian et du harcèlement policier à son encontre. C’est au milieu des danseurs que le premier rôle, interprété alternativement par Sahr Ngaujah (d’origine sierra-léonaise) et Kevin Mambo (d’origine zimbabwéenne), entre en scène et commence à interpeller l’auditoire.


En retraçant la vie et l’œuvre du père de l’afrobeat, la comédie musicale Fela ! conduit le public du rire aux larmes. Rire avec les récits de fouilles des policiers cherchant le « ibo », la marijuana en argot nigérian. Larmes à l’évocation du décès de sa mère, Funmilayo, défenestrée lors d’un assaut de l’armée contre la résidence du chanteur, l’autoproclamée République de Kalakuta. Funeste journée évoquée au son d’une très belle relecture gospel de la ballade « Trouble Sleep Yanga Wake Am », interprétée par Lillias White.


Le show est à l’image de la musique du Black President, un vrai feu d’artifice. Tout est mouvement, couleur. Autour d’un groupe irréprochable, une pléiade de danseurs virevoltent. Jusqu’aux costumes, projections et jeux de lumières, tout est mis en œuvre pour servir l’histoire de cette figure emblématique et retranscrire l’énergie – la transe – suscitée par sa musique. Bienvenue à Lagos, en plein Manhattan !


Au total, une cinquantaine d’artistes de toutes nationalités s’étaient réunis en 2008 autour du choré­graphe Bill T. Jones pour six semaines de création et quelques représentations. Et c’est forts de l’accueil enthousiaste de la presse et du public, avec notamment le prix Lucille Lortel de la meilleure comédie musicale, que ses concepteurs ont décidé de monter le spectacle à Broadway, pour une durée indéterminée.


Broadway, où la vie du chanteur et saxophoniste rebelle est un sujet plutôt inhabituel… Face à des affiches comme Le Roi Lion, A Steady Rain avec Hugh Jackman et Daniel Craig ou encore Hamlet interprété par Jude Law, faire vivre un spectacle sur ce thème assez underground est un pari osé. « Ici, personne ne prend de ­risques. À Broadway, on joue en général des choses familières de la culture américaine, comme des grands films revus en comédie musicale », explique Stephen Hendel, coauteur du spec­tacle avec Bill T. Jones et Jim Lewis, et producteur.


Un vrai challenge


Autour d’eux, d’autres producteurs comme le rappeur Jay-Z et le couple Jada-Will Smith se sont associés au projet, pour un investissement avoisinant les 11 millions de dollars. « Le spectacle a commencé et les ­critiques sont excellentes, poursuit Stephen Hendel, mais il doit tenir plusieurs années pour trouver son équilibre. Je suis optimiste, proposer ­quelque chose de différent devrait attirer le public. Mais nous devons vendre énormément de tickets. C’est un vrai challenge. »


Si personne ne sait combien de temps la comédie va rester à ­l’affiche, dans les loges, après plusieurs ­semaines de représentation, le moral est au beau fixe. En pleine séance de maquillage, Aimée Graham ­Wodobode, danseuse centrafricaine formée à Paris et installée à New York depuis sept ans, ne cache pas son enthousiasme. « Maija Garcia, qui seconde Bill T. Jones, est d’origine cubaine ; Alexia, juste là, est jamaïcaine. Certains danseurs sont africains-américains ; l’un des musiciens est japonais ; Sahr, le premier rôle, est de Sierra Leone… C’est un casting incroyable. »


La danseuse, dont une photo a été choisie pour l’affiche du spectacle, n’en revient toujours pas : « Travailler avec Bill T. Jones, c’est le rêve de tout danseur, français ou américain. Quand je suis rentrée de Paris en septembre et que j’ai vu ma photo dans tout Manhattan, j’en ai pleuré. C’est un tel cadeau du destin, mon rêve devenu réalité. »


Dans les coulisses, Jordan McLean s’affaire et photocopie des partitions. Membre fondateur d’Antibalas en 1998, il travaille depuis plus de trois ans sur le projet. « Faire partie de ce spectacle est une consécration. Quand nous avons commencé, personne ne jouait d’afrobeat aux États-Unis. »


Depuis la mort de Fela Kuti en 1997, le mythe ne cesse de s’amplifier. Ses fils et ses musiciens continuent à faire vivre sa musique, d’innom­brables compilations ont été publiées, et les groupes d’afrobeat fleurissent aux quatre coins du monde, s’appropriant son héritage. Ce spectacle à Broadway, temple du divertissement pour le grand public américain, lui donnera une visibilité inédite aux États-Unis.


Simultanément, le deuxième ­volume de l’anthologie initiée il y a deux ans par Wrasse Records est paru début décembre, avec notamment le DVD du premier concert en Europe, à Berlin, en 1978. Quelques jours plus tard, le réalisateur britannique Steve McQueen, Caméra d’or 2008 à Cannes pour Hunger, annonçait la préparation d’un long-métrage en forme de biopic sur la vie de Fela, dont le tournage débutera mi-2010 à Lagos.


À New York, de nombreuses stars se sont mobilisées pour donner de la visibilité à cette comédie musicale d’un genre nouveau. Sur le tapis rouge de la première, le 23 novembre, se pressaient Spike Lee, Harry Belafonte, Lou Reed, Angélique Kidjo et Jay-Z. Deux des enfants Kuti, Yemi et Kunle, avaient fait le déplacement avec l’éditeur Francis Kertekian et Sodi, l’ingénieur du son de Fela. Quant à Seun Kuti, c’est un problème de visa qui l’a empêché d’y assister.


Destin hors norme


« Nous voulons faire découvrir au public américain cette musique et ce destin hors norme, explique Stephen Hendel. Pour moi, il a été l’un des artistes les plus courageux de notre temps. Fela ! est une pièce pour les amoureux de danse, de musique et de ­théâtre… »


« Nous sommes très contents que ce ­spectacle, qui est très réussi, puisse attirer l’attention sur la vie et la ­musique de notre père », confiait quelques jours plus tard Yemi. Quant à Femi, joint par téléphone à Lagos et nominé cette année pour la seconde fois aux Grammy Awards, il souhaiterait voir la pièce se produire chez lui. Par exemple à l’occasion des dix ans du club New Africa Shrine, en octobre prochain. « Fela était un combattant de l’émancipation, il n’était ni conformiste, ni capitaliste, ni opportuniste. C’est bien de montrer ce spectacle aux États-Unis, mais le plus important est qu’il vienne au Nigeria. Si cette comédie musicale est jouée à Lagos, cela aura tout son sens. Et elle deviendra la pièce de référence, celle qui durera toujours. Vous savez, tout est ­possible. »

vendredi, 18 décembre 2009

Cândido Xerinda chante pour son pays, le Mozambique

Il participe au concert « One love pour le Mozambique », à Saint-Denis


« One love prod » lance sa quatrième édition de concert à but humanitaire ce samedi à Saint-Denis, en région parisienne. Après le Liban, le Darfour et Haïti, le Mozambique est à l’honneur cette année et les fonds récoltés par les artistes serviront à financer l’effort global pour l’éducation des jeunes enfants dans ce pays. Parmi les artistes invités, le chanteur mozambicain Cândido Xerinda, très enthousiaste.

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vendredi 18 décembre 2009 / par Lola Simonet


Pour ses compatriotes, il est « l’ambassadeur de la musique mozambicaine à l’étranger », et c’est sans doute pour cela que les membres de « One love prod » ne pouvaient organiser un concert pour le Mozambique en France sans lui. L’artiste Cândido Xerinda, originaire de Maputo, la capitale mozambicaine, participera au concert « One love pour le Mozambique », organisé ce samedi au nord de Paris, en présence d’autres artistes des scènes française, malienne ou camerounaise que sont Camille Bazbaz, Princess erika, Hilaire Penda Quartet ou Warra Ba. « Je suis très motivé par ce concert, d’autant plus que je me retrouve à chanter aux côtés d’artistes célèbres. De mon côté, cela fait longtemps que j’organise des évènements pour le Mozambique. Mais quand j’ai appris que ce grand concert serait au profit de mon pays, j’ai été très heureux et très fier d’être appelé », témoigne le chanteur.


Après les victimes de la guerre au Liban, celles du Darfour et d’Haïti, l’association « One love prod » a décidé de venir en aide aux enfants mozambicains. Dans un pays où un million et demi d’enfants sont orphelins, et dont le tiers a perdu au moins l’un de ses parents en raison de la forte prévalence du VIH dans le pays, il était primordial pour l’association de venir en aide au Mozambique, et en particulier à la frange la plus fragile de sa population. « Au Mozambique, les enfants qui hantent les rues de Maputo sont trop nombreux. Ils se retrouvent là des suites d’une catastrophe, de la mort de leurs parents… Or, je pense qu’investir dans leur éducation est la meilleure des solutions pour eux », commente Cândido Xerinda, qui se félicite des achats de fournitures scolaires et autres investissements en infrastructures éducatives que permettront de réaliser les fonds ainsi récoltés. Car, comme les précédentes éditions, les bénéfices engendrés par la vente des billets d’entrée du concert, soit 15 000 euros, seront intégralement reversés aux programmes mozambicains du Fonds des Nations-Unies pour l’Enfance, l’Unicef.


Le chanteur des âmes sensibles

Installé dans le Sud de la France depuis 1990, Cândido Xerinda, artiste multi-instrumentiste qui a grandi avec une guitare à la main, apparaîtra sur scène ce samedi avec sa complice de toujours Cécilia, avec laquelle il forme le duo Cândido et Cécilia. « Dans le cadre de ce concert, nous interpréterons "Mina nholweni", qui signifie dans ma langue, le Rhonga de Maputo "moi, le petit vagabond". C’est une chanson qui parle des enfants des rues, qui sont traités de tous les noms par le reste de la population. » Le duo sera accompagné d’un troisième musicien qui fera raisonner avec eux rythmes mozambicains traditionnels et groove moderne des deux artistes. « J’aime définir notre musique comme la musique des âmes sensibles. Car les sujets de nos chansons parlent de la vie sociale, des histoires personnelles de mozambicains, de l’espoir en situation de doutes… Et, même si l’on ne comprend pas exactement les paroles, on se laisse porter par les mélodies qui touchent l’âme », explique Cândido Xerinda. Pour les curieux et les amoureux de world music et d’afro-acoustique, l’artiste mozambicain travaille actuellement à son prochain album qu’il enregistre avec la chorale Moyaw Africa Gospel. La sortie de l’opus est prévue en avril prochain.

- My Space de Cândido Xerinda

- Commander l’album Mwana Maputo

mercredi, 25 novembre 2009

Cesaria Evora, la force tranquille

25/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Patrick Labesse


Archipel aride battu par les vents, le Cap-Vert inspire toujours la chanteuseArchipel aride battu par les vents, le Cap-Vert inspire toujours la chanteuse© Eric Mulet/Lusafrica

 

La voix du Cap-Vert sort un album vivifiant. Un rayon de soleil qui arrive comme une bonne nouvelle après les ennuis de santé de la chanteuse en 2008.

 

« Les promesses sont des dettes ! » Sans s’attarder sur les remerciements, Cesaria Evora glisse illico dans son sac le CD qu’un quidam, venu la saluer dans sa loge avant l’un de ses concerts en France, lui tend. Elle a croisé ce fidèle quelques semaines plus tôt. À l’issue d’une brève conversation, il lui avait promis un disque de Michael Jackson qu’elle disait apprécier. Une fois son « dû » récupéré, elle apostrophe le directeur du festival qui la reçoit : « Vous avez des tee-shirts ? » Puis elle monte aussitôt sur scène.

 

Ainsi va Cesaria. Naturelle et sans manières, un peu abrupte et capricieuse. Tout simplement vraie. À 68 ans, elle vient de sortir un nouvel album, Nha Sentimento. Dansant et fruité, original. Des arrangements de cordes orien­tales sont signés Fathy Salama (qui avait travaillé sur l’album Egypt, de Youssou N’Dour). Un très bon cru qu’elle présente à travers une série de concerts prévus dans toute l’Europe ainsi qu’en Israël. Par rapport à ses tournées précédentes, aux dates pléthoriques, celle-ci est allégée. Depuis un accident vasculaire cérébral, survenu en 2008, Cesaria Evora doit se ménager.

 

C’est sans doute ce « pépin » qui explique une sensible mutation de sa voix. Moins souple, plus mate, elle reste toujours émouvante, vibrante de ce fil mélancolique qui fait sa marque, même quand elle chante la gaie et dansante coladera, le style dominant de Nha Sentimento. Un disque dont six titres sont signés Manuel de Novas, talentueux auteur-compositeur cap-verdien, l’un des préférés de Cesaria Evora (avec Teofilo Chantre, qu’elle a connu à Paris). Manuel de Novas est décédé le 27 septembre à l’hôpital de Mindelo, sur l’île de São Vicente, où il vivait. L’île de Cesaria. Celle où, il y a bien longtemps, Cize (ainsi que la surnomment affectueusement ses compatriotes) vivotait de la générosité des clients, en chantant dans les bistrots. Son île chérie. « Que je chante dans un bar comme je le faisais avant, ou dans des salles immenses comme aujourd’hui, j’ai toujours le même sentiment : la sodade, déclare la chanteuse. Un sentiment que ressent tout Cap-Verdien pour son pays. Chaque fois que je suis sur scène, ici ou ailleurs, je me transporte chez moi. Des images de mon île défilent devant mes yeux. »

Cassandra Wilson, Madonna…

 

Avant le conte de fées, avant qu’elle ne devienne une star dans le monde entier grâce à José Da Silva, un Franco-Cap-Verdien employé de la SNCF qui a créé le label discographique Lusafrica et décidé de la faire connaître, Cesaria Evora a commencé chanteuse de bar à Mindelo, sa ville natale. Puis elle s’est produite à la radio. Des enregistrements de cette première carrière (1957-1975) ont été édités fin 2008 par Lusafrica.

 

Née le 27 août 1941, elle n’était encore jamais sortie de son île lorsque l’Europe la découvre dans les années 1980. Le Portugal, d’abord, où en 1985, à l’initiative de l’Organisation des femmes cap-verdiennes (OMCP), elle chante à Lisbonne. Le 1er avril 1988, Cesaria Evora, qui vient d’enregistrer La Diva aux pieds nus, se produit pour la première fois à Paris. La salle est clairsemée, mais son histoire d’amour avec le public français commence… Depuis, elle sillonne le monde.

 

Avec une belle aisance, elle a gagné au fil de ses voyages la reconnaissance d’un public toujours plus large. Aux États-Unis, les célébrités se bousculent à ses concerts : Cassandra Wilson, David Byrne, Brandford Marsalis, Madonna… Elle a travaillé avec Salif Keita, Caetano Veloso, Marisa Monte, Emir Kusturica, Linda Rondstadt… Elle est certes flattée par toute cette agitation autour d’elle, mais sans excès. Après tout, dit-elle, « on est tous les poussins de la même poule », personne ne peut prétendre être plus grand qu’un autre. L’humilité est une seconde nature chez elle, une vertu cardinale qui participe à son charme, à son magnétisme, à cette façon incroyable qu’elle a de rester vraie. Cesaria Evora n’est pas du genre à se laisser étourdir par le succès. Le passage du dénuement aux lumières et confort de la gloire, commente-t-elle, « était sans doute écrit quelque part, ça devait arriver ».

 

Depuis que sa carrière a pris une tournure internationale, Cesaria Evora parcourt la planète. « Je multiplie les allers-retours, raconte la chanteuse. Je pars toujours pour revenir. Partout où je vais, je m’y rends en touriste. Je n’ai jamais rêvé de voyages auparavant. Mais il faut bien l’avouer, j’y ai pris goût depuis quelques années, même si cela me fatigue beaucoup. Si je pouvais revenir à mes 20 ans, je voyagerais sans cesse. »

 

Grâce à elle, le monde a succombé au charme de la belle tristesse de la morna, le blues du Cap-Vert. Notamment avec le titre « Sodade », son hymne, enregistré sur l’album Miss Perfumado (1992). Une chanson évoquant le travail forcé des Cap-Verdiens dans les plantations de cacao de São Tomé e Príncipe, quand cette île était une terre occupée par le colon portugais. Avant « Sodade », le grand public ignorait tout du Cap-Vert, archipel aride battu par les vents, petit bout d’Afrique mis en miettes par une vieille colère volcanique à 500 km au large de Dakar. Désormais, à travers Cesaria et tous les artistes « découverts » dans son sillage, le nom du Cap-Vert et ses musiques mélancoliques (morna) ou joyeuses (funana, coladera…) à danser « collé-serré » sont universellement connus. Cesaria Evora est au Cap-Vert ce que Bob Marley fut à la Jamaïque. Elle a révélé au monde une île très musicale.

mardi, 24 novembre 2009

Omar Pene : un pas de plus vers « le triomphe »

Le dernier album du chanteur sénégalais, intitulé Ndam, sort ce jeudi au Sénégal

Après son lancement en France le 12 octobre dernier, le dernier album du chanteur sénégalais Omar Pene, intitulé Ndam (le triomphe, en wolof) sort ce jeudi au Sénégal. Textes graves posés sur de douces mélodies aériennes, celui qui se surnomme « la voix des sans voix » est revenu à l’acoustique, après Moom Tamit sorti en 2007. Il confirme ici son propre style, sobre et épuré au service de son magnifique timbre vocal, quatre ans après l’album Myamba, qui lui avait ouvert les portes du public international.

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mardi 24 novembre 2009 / par Lola Simonet (afrik.com)

C’est à partir de l’enregistrement de sa voix, accompagnée seulement de quelques filets de guitare, que les musiciens français du studio parisien où l’album a été produit, ont composé l’habillage musical des dernières chansons d’Omar Pene. Dans son nouvel opus, la grande voix de la chanson sénégalaise, renoue avec l’acoustique. Ndam (le triomphe, en wolof) est à ranger dans la même catégorie que Myamba, son premier album acoustique sorti en 2005, qui l’ a révélé au public international. Destiné à poursuivre la même trajectoire à l’étranger, Ndam place la barre à la hauteur des ambitions du chanteur, qui est le premier à reconnaître que ce disque est le plus abouti de ses albums. Alternant ballades folk, mbalax lent et complaintes jazzy, ses douze titres forment un ensemble uni et saisissant. Épuré et sobre, l’accompagnement instrumental formé de guitares, d’une basse, de percussions, de cuivres, de sabars et, touche innovante, d’un accordéon, semble n’obéir qu’à une seule fonction : agrémenter la voix de l’artiste, se mettre à son service. Dense, vibrante et profonde, celle-ci séduit toujours autant, à tel point qu’il en deviendrait presque secondaire de comprendre les paroles chantées par Omar Pene. Et pourtant, fidèle à lui-même, le chanteur du Super Diamono [1] ne manque pas à son devoir de « voix des sans voix », comme il aime tant à se définir. Les textes de l’artiste engagé qu’il est abordent une fois de plus les tragédies quotidiennes de la société sénégalaise, de l’exil des jeunes, aux mariages de castes, des enfants maltraités aux amours déchus. Omar Pene, le leader de « l’orchestre des voyous » de Dakar n’a pas fini de dénoncer la misère, l’injustice et le manque d’intégration africaine. Des thèmes qui ont bâti sa notoriété et celle du Super Diamono. Fils d’un agent de la bibliothèque de l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, Omar Pene qui a grandi dans le milieu universitaire est resté très proche des étudiants, donnant chaque année plusieurs concerts gratuits dans l’ enceinte de l’université. Chanteur des étudiants, des intellectuels et des laissés pour compte, il nous offre avec Ndam une nouvelle facette de sa sensibilité à fleur de peau, tout en affirmant un peu plus son style musical : une charge émotionnelle profonde alliée au mariage inouïe de la souplesse harmonique des instruments et de sa sublime voix.

 

Afrik.com : Avec Ndam, on vous retrouve avec un album acoustique, quatre ans après Myamba. Pourquoi ce choix ?

Omar Pene : L’acoustique me sied, il met ma voix en valeur. C’est avec ce style de musique que nous avons commencé avec le Super Diamono. Je pense que cette musique est plus abordable par un public international, à qui l’album est destiné, en plus du public sénégalais. Même si je ne chante pas dans une langue internationale, mais dans ma langue qui est le wolof, les gens comprennent. La musique est un message à elle seule.

 

Afrik.com : Dans Ndam l’accordéon a remplacé la kora…

Omar Pene :Tout à fait. L’accordéon apporte une nouvelle coloration. En fait, l’album a été enregistré en France, par des Français qui ont composé l’habillage musical à partir de ma voix. J’ai d’abord enregistré ma voix en studio, puis ils ont composé dessus. Et le jour où j’ai reçu les versions de mes chansons avec l’accordéon, j’ai trouvé ça magnifique. Thierry Garcia [arrangeur d’Olivia Ruiz] et ses collègues, qui ont composé cet album, ont été très inspirés. Le bassiste m’a raconté qu’il a eu l’impression de chanter avec moi. Ma voix les a guidés dans leur travail en quelque sorte. Et le résultat est exactement ce à quoi j’aspirais.

 

Afrik.com : Ndam, la chanson-titre de l’album, signifie « Le triomphe ». De quoi est-il question exactement ?

Omar Pene :Je parle des paysans et du monde agricole. Au Sénégal, les gens ont été très contents de me voir aborder ce thème-là. Nos paysans ont du courage et de la force. Ils rendent la vie à nos terres arides. Ils peuvent savourer leur « triomphe » quotidien.

 

Afrik.com : Les enfants maltraités, l’exil des jeunes, le poids des traditions, vos thème de prédilection sont toujours présents. Vous portez toujours « la voix des sans voix »...

Omar Pene : Il le faut bien. Il faut que les mentalités évoluent. L’Afrique a besoin de ses fils chez elle. Et puis il y a encore de gros problème dont il faut parler. Ça me touche de voir des enfants laissés à l’abandon circuler dans les rues de Dakar, la maltraitance que certains enfants subissent et que je chante dans Sa dom (Ton fils). La chanson Jedina la (Je t’ai compris) parle des castes et des mariages impossibles, qui existent toujours. Je me mets à la place des gens en fait. Du coup, je ne me lasserai jamais de dénoncer ces situations. C’est une sorte de mission à mes yeux.

 

Afrik.com : Le panafricanisme est un autre thème qui vous tient à cœur…

Omar Pene :Je suis panafricaniste et je le revendique. L’avenir de l’Afrique se trouve dans son intégration, dans les Etats-Unis d’Afrique, tels que l’ont souhaité Mouammar Kadhafi et le président Abdoulaye Wade. Nous ne sommes que des micro-Etats, on ne peut pas se développer comme ça. Dans Xamlen (Le saviez-vous ?), je chante aussi les Grands Hommes de l’Afrique que sont Kruhma, Sankara, Lumumba, Cheikh Anta Diop, comme je l’ai toujours fait. J’ai chanté Mandela quand il était en prison en 1987, ça a donné le tube que l’on connaît. C’est important de rendre hommage à toutes ces personnalités qui ont fait l’Afrique.

 

Afrik.com : Doit-on s’attendre à vous voir seul désormais, sans le Super Diamono ?

Omar Pene : Ma carrière solo a débuté dans les années 90, quand nous sommes devenus : "Omar Pene et le Super Diamono". Cela correspond au moment où le groupe s’est professionnalisé, où nous avons eu une structure, une organisation véritable avec un manager… Aujourd’hui, je suis en train de tracer une autre voie, avec d’autres artistes que les membres du Super Diamono, pas forcément sénégalais. J’ai pris beaucoup de plaisir à faire l’album Ndam avec Thierry Garcia et ses musiciens, qui sont français.

 

Afrik.com : Le Mbalax ne vous manque pas ?

Omar Pene :(Il sourit.) Non. Et puis, je chante toujours avec le Super Diamono en concert, en tournée. Pour moi, la musique c’est vraiment se confronter aux autres, se renouveler. C’est extrêmement important.

 

Afrik.com : Peut-on parler d’un « style Omar Pene », comme on a qualifié d’ « afro-feeling » la musique que vous avez inventée avec le Super Diamono ?

Omar Pene :(Il rit.) Je n’ai pas cherché à copier pourtant… Là, c’est un style plus reposant, plus posé. On amène le public à écouter doucement l’album. Il nécessite un certain confort d’écoute. En fait, ce que je fais, je le fais pour les gens, pour le public. J’ai l’habitude de dire « ce qui sort du cœur va au cœur ». Je capte l’attention, les sentiments du public. Ma voix plait beaucoup, tous comme les thèmes que j’aborde. Bref, c’est peut-être tout cela le style Omar Pene.

 

Afrik.com : Un mot sur la jeune génération de chanteurs sénégalais ?

Omar Pene : Malheureusement ils copient à 70% les Ismaël Lo, Youssou Ndour, Thione Seck et moi-même. On ne trouve pas de chanteurs qui ont des styles novateurs. Sinon, du côté des rappeurs, là il y a des choses intéressantes. J’aime beaucoup Didier Awadi.

 

Afrik.com : Cette année le Super Diamono célèbre ses 35 ans. Comment allez-vous fêter cet anniversaire ?

Omar Pene :Nous chanterons lors de deux soirées à la fin de l’année. Une soirée de Gala à la Caserne des gendarmes de Dakar pour un public privé et un concert qui rassemblera tous les musiciens qui sont passés par le Super Diamono et qui s’adressera à tous nos fans. Ce sera gratuit. Il aura lieu à la Place de l’ Obélisque. Pour les trente ans du groupe, nous avions déjà chanté dans les mêmes conditions et plus de 200 000 personnes étaient présentes. Nous nous attendons à la même chose cette année, voire encore mieux.

- Consulter le site d’ Omar Pene et le Super Diamono

- Commander l’ album Ndam

[1] Orchestre phare de la musique sénégalaise

Coupe du monde 2010 : la zizanie des vuvuzelas

Objet de fierté nationale en Afrique du Sud, les trompettes exaspèrent les non-initiés

La vuvuzela, trompette des supporters sud-africains, promet de créer une grosse polémique en juin 2010, quand commencera la Coupe du monde. L’équipe japonaise a exprimé à la mi-novembre son opposition à la trompette. Mais en juin déjà, les critiques avaient fusé, lors du « tour de chauffe » de la Coupe des confédérations. Joueurs, entraîneurs, commentateurs et supporters avaient eu du mal à se faire au bruit assourdissant des trompettes. Il reste que c’est là affaire de fierté nationale, et le président de la FIFA a choisi de ne pas chercher à les interdire pour les mondiaux. Les mauvaises langues persiflent et disent que la vuvuzela est encore la meilleure arme d’une sélection nationale sud-africaine au plus bas niveau de son histoire.

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(afrik.com) mardi 24 novembre 2009 / par Denis Carlier

Le président de la FIFA, Joseph Blatter, a du mal à se souvenir du nom… « La buzela… la vubizila… », il butait encore en juin sur le nom de cet étrange instrument, lors d’un conférence de presse, rapporte un journaliste du Buteur. Pourtant, la vuvuzela s’annonce comme un enjeu majeur de la prochaine Coupe du monde, en Afrique du Sud. La liste des équipes qualifiées pour juin et juillet 2010 est désormais connue. Mais la principale épreuve à venir se présente sous la forme d’une fine trompette en plastique, longue de 62 centimètres.

Inoffensive, la vuvuzela ? Pas quand des centaines de supporters des Bafana Bafana, l’équipe nationale, s’emploient à en jouer de concert. Ceux qui suivent la Coupe d’Afrique des nations (CAN) ne sont pas sans le savoir : c’est alors tout le stade qui résonne d’un formidable bourdonnement. Et que personne n’espère une minute de pause, le bruit dure, de manière continue, jusqu’au coup de sifflet final, voire bien après.

Un concert de critiques

Le président de Football du Japon (JFA), Motoaki Inukai, a demandé l’interdiction des vuvuzelas après un match amical Japon-Afrique du Sud, le 14 novembre dernier. Mais c’est la tenue en Afrique du Sud de la très peu médiatique Coupe des confédérations, au mois de juin, qui a lancé le débat dans le microcosme footballistique. De quoi donner un avant-goût de l’ampleur des critiques qui ne manqueront pas de tomber lors des mondiaux.

L’international espagnol Xabi Alonso a ainsi pris position en juin contre les vuvuzelas. « Je pense qu’elles devraient être interdites », a-t-il déclaré selon une chronique du Guardian, ajoutant : « Nous sommes habitués à ce que les gens crient, mais pas à ce bruit de trompettes, qui empêche de se concentrer et qui est insupportable. Elles rendent très difficile la communication entre les joueurs. Elles sont un dérangement et ne font rien pour créer une atmosphère ». Un propos relayé, après le match du 14 novembre, par le défenseur de l’équipe du Japon Marcus Tulio Tanaka, qui s’est plaint, selon la BBC que les joueurs ne puissent pas « entendre ce que les coéquipiers disent à plus de deux mètres ».

L’entraîneur néerlandais, Bert van Marwijk, avait déjà appuyé ce point de vue en déclarant, comme le rapporte ESPN : « Vous voulez donner des instructions à vos joueurs durant le match, mais c’est presque impossible avec ce bruit. Donc pour moi, les trompettes doivent rester hors du stade ». Plusieurs présentateurs et chaînes ont également protesté contre l’inconfort auditif créé chez les téléspectateurs par les vuvuzelas. Le chroniqueur sportif du Guardian prédit même que le premier réflexe des supporters devant leur poste de télévision sera de couper le son.

La vuvuzela, seul atout de l’Afrique du Sud pour la Coupe du monde ?

Face à ce flot de critiques, la réponse de la Fédération internationale de football (FIFA) ne s’est pas fait attendre. Joseph Blatter a alors immédiatement déclaré qu’il ne fallait pas « essayer d’européaniser une Coupe du monde africaine ». « J’ai toujours dit qu’on venait en Afrique. C’est bruyant, c’est de l’énergie, de la musique, du rythme, bref c’est l’Afrique ! », a-t-il précisé. Une déclaration dont les connotations n’ont pas été beaucoup commentées.

C’est pourtant bien la question du racisme qui a été mise en avant par certains partisans de l’instrument, à un moment où pourtant les Sud-africains blancs commencent à se plaire à regarder des matchs de football, et même à jouer de la vuvuzela. C’est par exemple l’argument qu’avance Setumo Stone, dans une chronique de juin pour le quotidien sud-africain Mail&Guardian, même s’il préfère parler d’« intolérance ». « Je signale que nous ne jouons pas de vuvuzela parce que nous sommes africains. Nous jouons de la vuvuzuela parce que nous y obtenons une poussée d’adrénaline du bruit créatif qu’elle produit », s’emporte-t-il.

« Il n’y a rien de raciste là-dessous », se sent obligé de préciser un réfractaire de la trompette sud-africain, interrogé par France 24, avant d’ajouter : « Certains prétendent que les Blancs européens veulent l’interdire, parce qu’ils sont racistes envers les Noirs sud-africains. C’est archi faux. La plupart de mes amis noirs ne supportent pas non plus la vuvuzela ».

Le cinéaste sud-africain Zola Maseko a présenté en juillet dans une tribune au Mail&Guardian une critique plus poussée. Selon lui, l’équipe de football d’Afrique du Sud serait pire que celle du Lichtenstein, et l’unique apport du pays à ce sport serait la vuvuzuela. Il n’y voit qu’une « torture prolongée » sur 90 minutes, « qui ne peut en aucun cas stimuler la créativité ». C’est bien, pour le réalisateur, la peur de se voir accuser de racisme qui a fait que Joseph Blatter a refusé d’interdire la pratique de cet instrument.

Selon Takeshi Okada, l’entraîneur de la sélection japonaise, « peut-être que s’ils jouaient bien au football, [les fans] resteraient tranquilles et regarderaient le match ». Hélas, les résultats des Bafana Bafana sont désastreux, les pires de l’histoire du pays à en croire le classement officiel de la FIFA. Est-ce la raison pour laquelle les ventes de vuvuzelas ne se sont jamais aussi bien portées ?


vendredi, 06 novembre 2009

Bassekou Kouyate, le maître et ses ngonis

Par RFI


Remarqué à chaque fois qu’il se produit sur scène avec son groupe de ngonis heros, récompensé à plusieurs reprises pour son album Segu Blue, le Malien Bassekou Kouyate a visiblement fait mouche depuis qu’il a mis en place son projet d’orchestre de ngonis en révolutionnant ce luth traditionnel africain. Une démarche encore davantage affirmée à travers son second album I Speak Fula.


RFI Musique : Qu’est-ce qui a vous donné envie de monter une formation axée autour du ngoni ?
Bassekou Kouyate : C’est un très vieil instrument de griot mais nos parents n’ont pas essayé de le valoriser, de le faire connaître sur le plan international. Les jeunes le délaissaient. Moi, comme j’ai beaucoup voyagé, beaucoup fait de tournées, j’ai eu l’idée de former un orchestre de ngonis, avec en plus une calebasse et une petite yabara (ndlr : percussion en forme de gourde) à la place de la grosse caisse et du charleston de la batterie. J’ai donc créé un ngoni basse à la place de la guitare basse, car ça n’existait pas chez nous. J’ai fait un ngoni medium et j’ai cherché un son de ngoni solo. Le quatrième ngoni, c’est un peu pour renforcer la basse et les mediums.

Pourquoi avoir attendu si longtemps alors que vous avez débuté votre carrière de musiciens il y a plusieurs décennies ?
Ce n’est pas facile de démarrer une carrière solo, j’ai préféré avancer petit à petit. J’ai commencé d’abord avec ma mère, Yagaré Damba. Mon père, grand joueur de ngoni, était malade à ce moment-là. Après je me suis installé à Bamako et j’ai accompagné toutes les cantatrices maliennes. Avec le joueur de kora Toumani Diabaté, on a fait neuf CDs ensemble. La première fois que je suis allé en Europe, c’était avec Toumani et Habib Koite. On avait un groupe, tous les trois. J’ai travaillé avec Taj Mahal, Dee Dee Bridgewater, Damon Albarn, Youssou N’Dour, Ali Farka Touré… C’est à la mort d’Ali que j’ai décidé de former un orchestre de n’gonis.

En quoi a-t-il été un déclic dans votre démarche ?
Quand je venais chez lui, il prenait toujours ma main et me disait que c’était comme du diamant noir. Il me demandait ce que je t’attendais pour faire quelque chose pour moi, me disait que je ne pouvais pas passer ma vie à accompagner les autres, qu’il fallait que le monde me découvre. Ali était un vieux qui avait un bon cœur avec nous, les jeunes. Un jour, alors que j’étais dans ma voiture en train d’arriver à la maison, le téléphone a sonné. C’était Nick Gold, le producteur d’Ali Farka Touré. Il était à Bamako et me disait qu’Ali avait besoin de moi le lendemain matin, à dix heures au studio Bogolan. Je suis venu avec mon ngoni. Ali était content, il m’a dit de m’asseoir et a fait installer un microphone. Il a pris sa guitare, et au bout de deux minutes, il a di : "On enregistre". Deux minutes de répétition et on a fait l’album Savane !

On connaît la légende du balafon qui remonte à l’époque glorieuse de l’empire mandingue, mais quelle est l’histoire mythique du ngoni ?
Ça n’a pas été écrit, c’est seulement d’après ce qu’ont dit nos parents. Voilà l’histoire : un de mes aïeuls se trouvait à côté du fleuve Niger. Il y avait là une fille qui était assise en train de jouer du ngoni. Quand elle a arrêté de jouer, il a applaudi et lui a dit que c’était un très bel instrument avec un bon son. Comme il aimait le ngoni, elle lui a donné en ajoutant qu s’il savait le maîtriser, il pourrait gagner sa vie avec, et ses enfants et petits-enfants aussi. Dès qu’il a commencé à jouer, la femme a disparu. A l’époque de l’empire Ghana – les Blancs n’étaient pas encore arrivés en Afrique – on jouait déjà du ngoni pour le roi Djabé Cissé. La kora et le balafon sont arrivés après. Nos ancêtres l’ont gardé pour la musique royale. Pour écouter, il fallait être roi, ou grand guerrier.

On raconte aussi que vous avez modernisé la pratique du ngoni en le jouant debout, alors que la tradition voulait qu’on soit assis. Est-ce exact ?
Vers 1980, la cantatrice Naïny Diabaté voulait faire une émission à la télévision malienne et elle nous avait invités, les musiciens du Rail Band, pour qu’on l’accompagne. Tous les guitaristes, comme Djelimady Tounkara, étaient devant avec leur instrument en bretelle. J’étais le seul assis derrière. Alors j’ai cherché deux punaises que j’ai mises aux bouts du ngoni et j’ai déchiré une chambre à air pour l’accrocher. Quand les autres m’ont demandé ce que je faisais, je leur ai dit que je voulais faire la même chose qu’eux. Et depuis, tout le monde s’est mis debout avec le n’goni !

Vous avez été récemment décoré par le Président de la République malienne, qu’est-ce que cela représente pour vous ?
Etre chevalier de l’ordre national du Mali, ce n’est pas n’importe quoi. Ça donne une responsabilité car on représente notre pays partout comme des ambassadeurs : quand on fait quelque chose, c’est un peu comme si c’est le Mali qui l’avait fait. Comme mon premier album Segu Blue m’a permis de recevoir deux BBC Awards, dont celui de meilleur artiste africain en 2008, les jeunes de mon pays ont vu qu’on pouvait faire quelque chose avec le ngoni au lieu de prendre la guitare. C’est très important pour moi. Comme si j’avais sauvé un instrument.


Torin Torin

par BASSEKOU KOUYATE

Bassekou Kouyate & Ngoni ba I Speak Fula (Outhere/La Baleine) 2009

En tournée en Allemagne du 6 au 9 novembre 2009

Bertrand  Lavaine

jeudi, 05 novembre 2009

Paris accueille le Soweto Gospel Choir

La célèbre chorale sud-africaine électrisera la scène du Théâtre du Châtelet du 4 au 9 novembre

La chorale sud-africaine Soweto Gospel Choir se produit pour la première fois à Paris, au Théâtre du Châtelet, du 4 au 9 novembre. Sillonnant le monde depuis 2002, la formation musicale, issue du township de Soweto, en Afrique du Sud, enchaîne les succès internationaux et construit sa légende.

Il était une fois en Afrique du Sud une chorale formée de plusieurs chœurs d’ Églises. Bien qu’ installée dans le township de Soweto, en banlieue de Johannesbourg, la chorale était célèbre dans le monde entier pour la pureté de ses voix et la beauté de ses chants. Ainsi peut se conter l’histoire du Soweto Gospel Choir. Créée en novembre 2002, la chorale sud-africaine composée de 26 chanteurs a connu en quelques années une ascension fulgurante. Ses cinq albums, ses tournées mondiales et ses distinctions internationales, dont deux Grammy Awards en 2006 et 2007, font de ce chœur l’une des meilleures formations vocales au monde. En France, il donne pour la première fois une série de concerts au Théâtre du Châtelet de Paris du 4 au 9 novembre. Une première à la fois attendue et appréhendée par les chanteurs. « La barrière de la langue nous rend un peu nerveux, mais nous comptons sur le pouvoir de la musique pour toucher le public », a indiqué la choriste Jeho Fata.

A capella ou accompagnés de leurs quatre musiciens, le chœur offre un spectacle époustouflant de grâce et de beauté. Standards du gospel (« Amazing grace, Happy day), chants-africains (Asimbonanga, The lion sleeps tonight), danses zoulou et hip-hop, le Soweto Gospel Choir livre un répertoire riche, coloré, à l’instar des tenues de scène, et sublimé par la pureté des voix. Inventif et réactif, son chorégraphe Shimmy Jiyane s’inspire de la vie quotidienne pour enrichir le spectacle. La communion avec le public s’établit de façon immédiate. « Nous tâchons de rendre les gens heureux, de leur faire ressentir la grâce divine », souligne avec ferveur Jeho Fata. Divine ou athée, une force magnétique se dégage assurément des chants du Soweto Gospel Choir qui doit sa puissance à un profond enracinement dans les quartiers populaires de Soweto.

Un peu de magie sud-africaine à Paris

Célèbre pour avoir été à l’avant-garde des luttes anti-apartheid, le township de Soweto a trouvé en sa chorale de renom le meilleur des ambassadeurs. « Nous incarnons un exemple. Nos voisins nous arrêtent dans la rue, nous demandent des autographes, nous disent qu’ils nous ont vus à la télévision la veille. Ils sont fiers de nous et nous le sommes tout autant car nous véhiculons une image positive de notre quartier », affirme le chorégraphe Shimmy Jiyane, membre fondateur de la chorale.

Depuis maintenant sept ans, la vingtaine d’artistes du Soweto Gospel Choir émeut les publics du monde entier. Aux Etats-Unis, en Australie, en Suède ou au Canada, ils ont collaboré avec les plus grands artistes comme Céline Dion, Diana Ross, Johnny Clegg, et récemment à New York, Stevie Wonder, Alicia Keys, et Carla Bruni-Sarkozy. Extraordinaire ensemble vocal d’une générosité sans borne, la chorale entame avec la France une tournée internationale qui la conduira notamment au Japon et aux Pays-Bas.

mercredi 4 novembre 2009 / par Lola Simonet

Source : afrik.com

Au Théâtre du Châtelet à Paris du 4 au 9 novembre.
Prix des places : de 10 à 68 euros.

Réservations : Théâtre du Chatelet

mardi, 03 novembre 2009

Beyonce fait monter la température en Egypte

La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Khatidja Kassam


La superstar arrive en Egypte, le 6 novembre, pour un premier concertLa superstar arrive en Egypte, le 6 novembre, pour un premier concert© DR

Le concert de la star américaine, le 6 novembre, enrage les Frères musulmans.

La superstar arrive en Egypte, le 6 novembre, pour un premier concert. La semaine dernière, un parlementaire islamiste, Hamdi Hassan, a critiqué publiquement le gouvernement pour avoir accepté d’accueillir cet événement, en contradiction avec la Sharia. Alors que les Frères musulmans, dont Hasan fait partie, connaissent une perte de légitimité vis-à-vis du gouvernement, cet événement apparait comme une occasion idéale de réaffirmer la légitimité morale de leur corps.

Beyonce Knowles doit se produire à Port Ghalib, dans un hôtel près de la mer Rouge. Hassan n’est pas le premier à condamner la venue de chanteuses occidentales. L’année dernière, c’était Khaled al-Gindi qui s’était offusqué de la performance très suggestive de Shakira, comparant sa profession à celles des prostituées. Sa performance dans la vallée des Pyramides au Caire avait en effet créé une véritable émeute.

Diva sataniste ?

Mais la diva aux formes voluptueuses n’est pas la seule artiste à s’habiller de manière provocatrice. Malgré les allégations des Frères musulmans, l’Egypte est la capitale de l’industrie pop arabophone. L’une des chanteuses les plus sexys de la région, Ruby, y a d’ailleurs élu domicile. Mais comme Beyonce est américaine, les Frères musulmans en profitent pour l’accuser d’être la cause de tous les vices. Hamdi Hasan a ainsi affirmé que ce concert était « une manière, pour le gouvernement de noyer la population dans le péché pour leur faire oublier tous les autres crimes qu’il commet envers elle ». Cette accusation rappelle celle d’autres conservateurs religieux qui se sont déjà plaints de l’accoutrement de la chanteuse. Le site web américain jesus-is-savior.com avait déjà accusé la diva d’être sataniste et de « servir le Diable ».

Mais cette fois-ci, indépendamment de l’aspect moral, ce concert avive les mécontentements des fans. En effet, les organisateurs ont décidé d’organiser le concert dans une ville excentrée, et à un prix pharaonique. Pour voir la chanteuse, les fans devront donc se rendre près de la mer Rouge et débourser 400 dollars. Quand on sait que le salaire moyen en Egypte est de 3,90£ par mois, et qu’un grand nombre d’égyptiens sont obligés de travailler dans la rue pour survivre, cette somme semble presque surréaliste et risque de dissuader les fans et de sauver la moralité des plus démunis.

vendredi, 23 octobre 2009

Bob Marley, conscience éternelle de l’Afrique

23/10/2009 | La rédaction web de Jeune Afrique | Par : Lauranne Provenzano


La pochette originale de l'album La pochette originale de l'album "Survival"© D.R

Il y a trente ans sortait « Survival » avant dernier album du pape du reggae, qui décèdera deux ans plus tard. Grâce à sa musique, mais surtout à son engagement politique, Bob Marley s'est rendu intemporel sur le continent africain.

En 1979, la sortie de l’album « Survival » de Bob & The Wailers acheva de populariser le reggae au-delà des frontières jamaïcaines, pour en faire un des éléments d’inspiration de la culture pop occidentale. Sur la pochette originale figurent 48 drapeaux africains, symbolisant l’unité de l’Afrique. Parmi eux, celui de ce pays toujours dépendant de la puissance colonisatrice, et qui s’appelle encore la Rhodésie (en fait deux drapeaux pour le Zimbabwe, ceux des deux principaux partis politiques, la Zapu et la Zanu-PF). Un titre est d’ailleurs dédié à ce pays dans l’album. Un an plus tard, à l’occasion de leur indépendance enfin acquise, les Zimbabwéens en liesse accueillent Bob Marley, leur prophète noir, pour un concert magistral à Harare qui débute sur les notes de « Get up, stand up, stand up for your rights » (Levez-vous, dressez-vous, dressez-vous pour vos droits).

(Concert Live de Bob Marley & The Wailers au Zimbabwe, à l'occasion de l'Indépendance)

Cet exemple suffit à représenter ce que fut Bob Marley pour l’Afrique. Un prophète, oui, mais surtout un symbole de son vivant et l'un des fils du rastafarisme, ce mouvement idéologico-religieux qui prône le retour de toute la diaspora noire vers sa terre natale et l’avènement de l’Ethiopie comme Terre Promise grâce à Jah Ras Tafari (le roi Hailé Sélassié 1er), considéré comme la réincarnation noire de Dieu sur terre.

Rebelle en paix

C’est dans les années 70 que Bob Marley construit cette identité forte qui le mènera à haranguer les foules pour les convaincre de faire valoir leurs droits pour inverser la suprématie blanche. Car plus qu’un musicien de talent, il devient aussi, très vite, le chantre de tout un mouvement d’émancipation, au gré des rencontres musicales, mais aussi politiques (il est régulièrement « récupéré » par les deux gangs politiques qui se disputent le pouvoir en Jamaïque, le PNP socialiste de Michael Manley et le JLP travailliste d'Edward Seaga). La consommation de la ganja (ou marijuana, une herbe extraite du chanvre) prônée par le milieu rasta aidant, le jeune métis qu’il est encore acquiert peu à peu la conviction que la violence, les armes et la haine sont contreproductives. Dès lors, il n’aura de cesse de dénoncer le Babylon system, qui englobe le monde occidental païen, raciste, consumériste et capitaliste pour encourager ses « frères noirs » à l’unité et à la spiritualité, à l’exemple du titre « Africa Unite ».

Aujourd’hui et dans l’esprit des jeunes générations, Bob Marley évoque davantage la « fumette », les locks (tresses rastas) et le reggae, musique basée sur l’accentuation basique des contretemps d’une mesure. En somme, une sorte d’idéaliste hippie un brin utopiste. Et il est vrai que, dans certains de ses discours, l’icône jamaïcaine pouvait paraître en décalage avec le monde réel. C’est le cas dans une interview accordée à Jeune Afrique quelques jours avant sa mort (n° 1064 paru le 27 mai 1981), dans laquelle il déclare : « Nous vivrons tous en Afrique un jour car même la France sera l’Afrique ». Mais ce serait oublier l’extraordinaire pouvoir fédérateur de l’homme que certains considèrent encore comme un messie voué à rassembler dans l’amour et la paix.

Le culte tant bien que mal

Africain plus que Jamaïcain, Bob Marley revendique un nécessaire retour aux sources, un destin commun avec l’Afrique. Il assume son identité de porte-parole contestataire. Par la musique d’abord, lui qui créa presque le reggae, inspiré du ska (variante du reggae au rythme soutenu) et du rythm’n blues noirs. Par ses engagements ensuite. En 1980, après « Zimbabwe », il chante pour l’anniversaire d’Omar Bongo au Gabon, puis dénonce l’apartheid qui sévit en Afrique du Sud dans « War ». Plus que tout, Bob Marley tente de réaffirmer sinon d’affirmer une identité africaine bafouée pendant des siècles d’esclavage, il se fait l’avocat des défavorisés tout en scandant la dignité des siens. Trente ans après « Survival », l’album de la maturité, d’aucuns y croient encore. Ils s’appellent Alpha Blondy, reggaeman ivoirien souvent comparé à Marley pour ses textes subversifs et gratifié du titre d’ambassadeur de l’Onu pour la paix en Côte d’Ivoire. Ils s’appellent aussi Tiken Jah Fakoly, autre célèbre ivoirien qui dénonce à coups de rimes aussi bien la Françafrique que les maux qui minent l'Afrique.

Et même si la tombe de Bob Marley à Nine Miles, en Jamaïque, n’est que peu visitée, le concert donné à Addis Abeba, la capitale éthiopienne en 2005, à l’occasion de son soixantième anniversaire, a créé l’événement. Des centaines de milliers d’inconditionnels ont afflué de tout le continent, les héritiers (Damian Marley et Ziggy Marley en tête) ont repris les tubes de leur père. Au grand dam de la maigre communauté rastafarie vivant toujours en Ethiopie, le concert était néanmoins sponsorisé par la firme Coca-Cola, symbole s’il en est de la Babylone tant critiquée par le grand Bob…Qu’importe, le message, la portée et l’héritage de Bob Marley ne se sont eux, jusqu’à présent, jamais démentis.

(Bob Marley chante "Africa Unite")

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