mercredi, 28 novembre 2012

POLITIQUE

Nord-Mali: pourquoi l’intervention militaire attendra

Le Conseil de sécurité de l’ONU donnera certainement son feu vert pour une intervention militaire au Nord-Mali. Pourtant, celle-ci n’aura pas lieu avant près d'un an.

L'armée malienne à Kidira au Sénégal, le 27 février 1998. AFP/THOMAS COEX

 

l'auteur:


Les «fous de Dieu» du Nord-Mali ont gagné quelques mois.

Les populations de cette région, qui vivent sous le régime de la charia et de leurs exactions quotidiennes devront encore attendre avant d’être libérées.

La force militaire ouest-africaine, qui bénéficiera d’un solide soutien logistique de la France, n’est pas prête à entamer sa longue marche vers Tombouctou et Gao.

Une intervention militaire prévue pour septembre 2013

Avant l’intervention proprement dite, il faut d’abord franchir plusieurs étapes. La Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao) a déjà approuvé l’envoi d’une force de 3.300 hommes dans le septentrion malien pour déloger les islamistes installés depuis plus de six mois.

Le plan ouest-africain sera transmis dans la semaine à l’ONU et le conseil de sécurité de l’ONU va probablement donner son feu vert début décembre. Il s’agira d’une étape cruciale mais pas encore décisive.

Le président de la comission de la Cédéao, le Burkinabè Kadré Désiré Ouédraogo, avait affirmé que dès le feu vert onusien obtenu, la force africaine partirait à la conquête du nord malien. Il a sûrement voulu maintenir la pression sur les islamistes mais s’est montré beaucoup trop optimiste.

D’un point de vue logistique, rien n’est prêt. Ni la force africaine, ni l’armée malienne, profondément désorganisée depuis le pitoyable putsch du capitaine Sanogo qui a plongé le pays dans sa plus grave crise depuis l’indépendance.

Et l’émissaire de l’ONU pour le Sahel, l’ex-président du Conseil italien, Romano Prodi vient de tempérer les déclarations ces dernières semaines de plusieurs responsables français faisant état d’une intervention rapide.

Selon M. Prodi, une opération militaire n’est pas possible avant septembre ou octobre 2013. Soit dans près d’un an. Car d’importants préparatifs doivent d’abord avoir lieu et une chance laissée au dialogue. 

Pourquoi faut-il attendre aussi longtemps?

Il y a plusieurs facteurs pour expliquer le décalage entre certaines déclarations très volontaristes, notamment de responsables français, et la réalité militaire du terrain. Tout d’abord, la force africaine doit venir en appui de l’armée malienne. Or, cette dernière est profondément désorganisée depuis le coup d’Etat militaire, la hiérarchie est aléatoire et les putschistes toujours très influents.

Les militaires maliens ont été humiliés, abandonnant la moitié du territoire sans livrer de grandes batailles. Pour regagner leur honneur, ils devront monter au front et se battre et ne laisseront à aucune force étrangère le soin de délivrer le nord de leur pays des bandes armées islamistes. C’est à ce prix qu’ils regagneront le respect et l’estime de la Nation.

Mais l’armée malienne est actuellement dans un état lamentable. Des experts européens, notamment français, doivent former la troupe pendant plusieurs mois pour éviter une autre raclée face à des islamistes bien armés, très mobiles et connaissant parfaitement le terrain.

Pour l’instant, on a surtout vu des milices locales gesticuler près du front devant les caméras des journalistes occidentaux. Mais leur ardeur au combat et leur capacité à mener des opérations militaires restent encore à démontrer. Leur comportement face aux civils touareg et arabes, avec de possibles vengeances sur une base ethnique, sera à surveiller de très près.

La force africaine encore en construction

Si l’armée malienne est encore en reconstruction, la force africaine est encore loin d’être sortie des cartons. Et cela ajoute encore au délai à respecter avant de rentrer dans le vif d’une opération militaire. Si le Nigeria, le Togo, le Bénin et le Sénégal ont déjà répondu présents, les autres participants trainent des pieds, à l’instar de l’influent Burkina, qui privilégie la voie du dialogue.

La Mauritanie, pièce maîtresse dans le dispositif, a longtemps hésité. Le président Mohamed Ould Abdel Aziz est rentré le 24 novembre après une absence de plus d’un mois après avoir été blessé «par erreur» par un de ses soldats. Confronté à des islamistes de plus en plus remuants dans son propre pays, il n’est pas très chaud pour participer à l’aventure.

«Je crois que le problème pour nous n’est pas posé maintenant. Actuellement, nous suivons un peu les choses et attendons. Nous ne pensons pas réellement et nous ne conseillons pas qu’il y ait une guerre ouverte avant d’essayer d’épuiser tous les recours», a-t-il dit à RFI avant de regagner Nouakchott

La Mauritanie se rapproche donc de la position algérienne, très réticente à une opération armée soutenue par la France à ses frontières méridionales. Et sans Alger, rien ne peut se faire dans le Sahel.

Pour le quotidien algérien Liberté,  l’Algérie «souhaite que soit d’abord privilégiée la négociation, au risque de provoquer une déflagration générale dans le Sahel et son voisinage» et critique la position française.

«Le dialogue a même trop duré pour le partisans de la guerre et (notamment) pour la France, dont le ministre des Affaires étrangères (Laurent Fabius) n’arrête pas de raconter que les habitants du Nord-Mali sont suppliciés par des jihadistes qui flagellent les uns et amputent les membres aux autres» selon le quotidien.

La France se laisse aussi le temps

Devant toutes ces difficultés, Paris laisse du temps au temps et se montre beaucoup moins pressé

Interrogé ces derniers jours sur la possibilité d’une intervention dans «quelques semaines», comme évoqué un temps par son collègue de la Défense, M. Fabius a prudemment répondu : «nous n’en sommes pas là».

 «Il faut d’abord reconstituer les forces maliennes et que les pays voisins fournissent des éléments. C’est une affaire qui relève d’abord des Africains», a-t-il martelé.

De plus, la question des otages complique la donne. Le récent enlèvement du Franco-Portugais Gilberto Rodriguez Leal porte à sept le nombre d'otages Français aux mains des islamistes armés au Sahel, ce qui n’est pas rien. Pour quatre d’entre eux, enlevés dans le nord du Niger en septembre 2010, cela fait déjà plus de deux ans de détention.

En France, les familles se mobilisent pour que les médias et l’opinion publique n’oublient pas les otages. Et s’opposent à toute intervention qui mettrait leur vie en danger. En ce sens, le report de plusieurs mois d’une intervention militaire est une bonne nouvelle pour eux.

En attendant l'intervention...

Le dialogue constitue la priorité mise en avant par Alger et Ouagadougou. Mais négocier avec qui ? Avec des bandes armées susceptibles d’être poursuivies pour des crimes de guerre, qui commettent de nombreuses exactions dans le nord malien ? Que leur promettre, l’amnistie ? Passer l’éponge sur leurs crimes au mépris des victimes des «fous de Dieu» ? Moralement impossible.

Plus que le dialogue, les adversaires des islamistes comptent bien favoriser leur division. Et notamment en appuyant les rebelles touareg du MNLA, un temps alliés aux islamistes. Le MNLA a toujours gardé de bons rapports avec Paris.

Avec les islamistes d’Ansar Dine, ils tendent maintenant la main à Bamako et sont prêts à dialoguer. Le MNLA abandonnerait ses rêves d’indépendance pour une simple «autodétermination» du Nord.  Et Ansar Dine n’appliquerait la charia que dans son fief de Kidal.

L’objectif est évidemment de « détacher » le MNLA et Ansar Dine des radicaux d’Al-Qaïda au Maghreb islamique et du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao). 

En d’autres termes, diviser avant de frapper.

 

Adrien Hart

 

Pourquoi l'intervention au Mali risque d'échouer

Les dangereux errements de la diplomatie au Mali

Mali: à quoi jouent les groupes armés?

Discuter pour mieux préparer la guerre

Femmes du Mali: Disons "NON !" à la guerre par procuration

Mali, le grand bluff du MNLA

jeudi, 23 août 2012

POLITIQUE

La Suisse accusée de soutenir financièrement les rebelles touareg

 

l'auteur : Slate Afrique


A Bamako, la capitale du Mali, on ne décolère pas.

Alors que les Maliens pensaient ne plus entendre parler du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA), depuis son éviction du Nord-Mali par les islamistes, voici que la rébellion touareg réaffirme ses ambitions séparatistes.

Mais ce qui achève d’exaspérer dans la capitale, c’est le soutien supposé de la Suisse aux indépendantistes, manifeste après que le Département fédéral des Affaires étrangères (DFAE) a financé une réunion du MNLA à Ouagadougou, au Burkina Faso, fin juillet 2012.

Le quotidien genevois Le Temps, révèle que le DFAE a réglé la facture logistique de cette rencontre de trois jours du bureau politique de l’organisation touareg qui visait officiellement à «clarifier ses revendications en vue d’un règlement politique de la crise dans le nord du Mali.»

La contribution, d’un montant de 15.000 francs suisses (12.500 euros) a finalement servi à organiser un rassemblement qui a eu pour but de prendre des «dispositions urgentes pour l’atteinte des objectifs du MNLA.»

Car le mouvement n’a pas renoncé à ses velléités sécessionnistes. Pour preuve, le contenu des débats a notamment porté sur la propagande à mener auprès des différentes communautés du nord du Mali, pour parvenir à ses fins.

Embarrassé par l’écho médiatique que suscite ce soutien à un groupuscule discrédité par des exactions dans le Nord-Mali, le DFAE a tenu à faire des précisions par la voix de sa porte-parole:

 

«La réunion du MNLA fin juillet à Ouagadougou s’inscrit dans le cadre du processus de médiation du Burkina Faso auquel la Suisse apporte un soutien, à la demande des parties au conflit.»

Mais à Bamako, pour beaucoup, l’attitude suisse s’assimile clairement à «une caution politique au MNLA.»

Ce sont là les termes du Collectif des ressortissants du nord, (Coren) qui adresse «une vive protestation contre l’attitude de la Suisse qui piétine sa légendaire neutralité.»

 

«Le Coren, condamne avec la dernière rigueur cette tentative de remettre en selle un mouvement armé qui a été défait sur le terrain et visiblement rejeté par les populations», ajoutent les responsables dans un communiqué rapporté par Xhinua.

 

Lu sur Le Temps.ch, Xinhua

 

A lire aussi

 

Mali - Le Qatar accusé de soutenir financièrement les rebelles du nord

Mali: La rébellion du MNLA n'aura donc servi à rien

Entre MNLA et armée régulière, l’alliance est encore possible

mercredi, 30 novembre 2011

Burkina Faso

Burkina faso : au pays des hommes intègres, le feu couve toujours !

 

29 novembre 2011 8 h 00 mi

 

oui14 250x166 Burkina faso : au pays des hommes intègres, le feu couve toujours !PAR SAN FINNA. Ségolène Royal, lors de son récent séjour dans notre pays, interpellée sur la dernière crise qui a secoué le Burkina Faso a répondu ceci :

 

  • « Le Burkina peut compter sur moi dans sa volonté de redorer son image à l’étranger. Nous avons d’ailleurs été remerciés pour avoir maintenu la tenue de l’Assemblée générale de l’AIRF à Ouagadougou parce que les gens croyaient qu’on l’aurait annulée ou délocalisée à cause des troubles sociopolitiques que le Burkina a connu. J’ai absolument refusé d’annuler la rencontre sous prétexte qu’il y avait eu des problèmes qui, du reste, avaient été surmontés. Par cette réunion internationale, le Burkina a pu profiter de cette tribune très positive pour redorer son image. »

 

Il s’agit là de la réponse d’une politique consommée ou de quelqu’un qui ne s’est pas bien renseigné avant de fouler le sol de la patrie des hommes intègres.

 

Les émeutes et mutineries que le  Burkina Faso a connu, pour violentes qu’elles aient été, n’ont certes pas fait basculer le pays comme beaucoup s’y attendaient dans le désordre intégral. Mais les stigmates et les entorses aux valeurs républicaines sont manifestes. A la vérité, comme un volcan toujours en travail, on sent ici et là des soubresauts, des manifestations de colères perlées qui ont toute cette caractéristique de braver la loi et l’autorité de l’état.

 

On ne compte plus les sit in, les occupations de rue qui se manifestent sur l’ensemble du territoire national, n’épargnant pas les villages, souvent les plus reculés. Tout récemment il y a encore eu des manifestations parlantes.

Ainsi à Kaya au centre nord, des élèves ont brusquement pris la ville d’assaut parce qu’ils étaient mécontents de l’état d’une route. Dans leur furie, ils n’ont pas manqué de disperser une réunion où se trouvaient des diplomates, à coups de cailloux
A Ouagadougou au centre,  des élèves armés de gourdins et d’armes de fortune ont pris possession d’une grande artère de la capitale parce que 2 lycéennes enceintes avaient été renvoyées de leur établissement. Les protestataires voulaient leur réintégration hic et nunc !

A Ramongo, département de Koudougou,  dans la région du centre ouest, c’est la population qui a obligé la maitresse à prendre la clé des champs parce qu’en furie, pour des mots désobligeants qu’elle aurait eu à l’endroit du chef de Ramongo, la population voulait lui faire sa fête. La mairie a été fermée, les clefs déposées chez le préfet. voulant régler le litige, le haut commissaire ( qui demandait à  recevoir ce chef à Koudougou ) s’est vu répondre : « qui veut le pape se rend à Rome ». C’est un problème de Ramongo que l’on y vienne pour le régler.

Il y a du pain sur la planche pour ramener les populations aux civilités de base, pour que l’ordre public retrouve ses droits.

Au moment où nous écrivons ces lignes, à Pouytenga se prépare une énième manifestation de la part de la population qui entend dire son fait au maire qui ne fait pas son affaire.

 

Ce sont des signes qui montrent combien il faudra travailler sans relâche pour relever le niveau d’étude sociale et ramener les burkinabè à rentrer dans la république pour restaurer cet ordre public sans lequel il n’y pas de sécurité collective ni, bien sûr, de démocratie vivante.

Par San Finna. B