samedi, 02 janvier 2010

Tchad : N'Djamena la chinoise

01/01/2010 | Jeune Afrique | Par : Christophe Le Bec, envoyé spécial


De l'hôtellerie à la restauration, ils s'essaient à toutes sortes de commercesDe l'hôtellerie à la restauration, ils s'essaient à toutes sortes de commerces© Vincent Fournier pour J.A


Du petit commerçant à l’ingénieur en passant par le médecin traditionnel, les Chinois s’installent, toujours plus nombreux, dans la capitale. Sans pour autant s’intégrer.


« Ici on entre fatigué, on ressort détendu. » La ­patronne du bar-massage Dong Fang est fière du bien-être ­qu’elle et ses quatre masseuses professionnelles procurent à ses clients. Celle que ses employés surnomment « Mme Aïcha » exhibe ses diplômes de l’université du Liaoning (nord-est de la Chine). « Ici, on n’est pas chez des charlatans », insiste-t-elle, s’indignant des pratiques des « faux masseurs » chinois qui pullulent à N’Djamena… et qui ne sont souvent que des maisons closes déguisées.


Dans leurs boutiques de la capitale, sur les chantiers pétroliers ou du BTP, les ressortissants chinois sont partout. Originaires de régions et de milieux sociaux différents, ils seraient environ 2 100, selon les autorités ­tchadiennes. Leur nombre est en constante augmentation, notamment depuis 2006 et la signature de contrats pétroliers.


Il y a parmi eux beaucoup de petits commerçants. Entrepreneurs aventuriers, ils ont bourlingué avant de réussir leur installation. Au Grand Magasin chinois, dans le marché de mil de N’Djamena, on travaille en famille. Installé au comptoir de ce bazar qui vend aussi bien des parfums que des stylos made in China, Qu Weiguang, 38 ans, associé à ses cousins, fait des affaires. La boutique, qui ne désemplit pas, vend gadgets et autres « chinoiseries ». « Mon oncle a monté des boutiques en ­Centrafrique et au Congo avant de se lancer au Tchad. C’est lui qui m’a fait venir ici », ­explique ce Cantonais.


Un peu plus loin dans le marché, Ma Lizhao, qui a déjà monté un hôtel, tient un magasin de ­portes et ­fenêtres. Après quatorze ans de Tchad, ce quarantenaire jovial ­compte sur la frénésie de construction qui touche N’Djamena depuis l’arrivée des pétrodollars. Il a fait venir cinq membres de sa famille pour faire tourner son hôtel et se concentrer sur son nouveau business.


La boutique de chaussures qui jouxte celle de Ma est aussi tenue par des Chinois, natifs du Zhejiang (près de Shanghai). Le vendeur, Allen Chen, 24 ans, arrive tout juste du Ghana où il gérait aussi un magasin. « Nous testons le marché quelques mois. Si la clientèle ne vient pas, nous ferons autre chose », explique-t-il, pragmatique. Le jeune Chinois et son oncle Nai envisagent aussi de construire une usine de tubes en plastique, des produits qui manquent au Tchad.


Sens des affaires


Un sens aigu des affaires permet à ces Chinois issus de milieux ­modestes de s’en sortir mieux qu’au pays. « Avec l’argent gagné ici, je me fais construire une maison en Chine », explique Mme Aïcha. Pour les petits commerçants, le lien avec la terre natale est très fort. D’abord, il y a la famille qu’ils ont laissée derrière eux, ensuite il y a la relation avec les fournisseurs chinois qu’il faut renforcer. Mme Aïcha fait plusieurs voyages chaque année pour s’approvisionner en lotions traditionnelles. Ma Lizhao visite régulièrement les usines chinoises pour choisir les fenêtres les plus adaptées au marché tchadien.


Ces petits boutiquiers ne ­fréquentent que des Chinois, si possible de la même région qu’eux. La langue reste une barrière difficile à franchir. M. Chen a essayé sans succès de se mettre au français. « Trop difficile », dit-il. Les plus jeunes parlent un peu anglais, mais il est peu utile ici. Leur vie sociale est donc des plus réduites. « Nous sommes là pour le travail, pas pour nous faire des amis », justifie Mme Aïcha. Même s’ils restent plusieurs années loin de chez eux, tous disent vouloir revenir en Chine pour leurs vieux jours, quitte à laisser leur affaire à d’autres Chinois.


Communiquer par signes


Pour la vie quotidienne, ils sont assistés par des Tchadiens qui communiquent avec eux par des gestes et dans un français rudimentaire. Difficile dans ces conditions d’approfondir les liens. Se marier avec un Tchadien ? « C’est inenvisageable », explique le jeune Allen Chen, qui compte épouser une de ses compatriotes quand ses affaires auront prospéré.


Avec la reprise des relations avec la Chine sont arrivés les employés des grandes compagnies. Fan, 38 ans, est chef comptable à la China National Petroleum Company (CNPC), qui explore la zone pétrolière de Bongor (Sud-Ouest). Il a d’abord travaillé en Mongolie puis au Vietnam avant d’arriver ici. Il vit avec une quarantaine de compatriotes dans une des « maisonnées » chinoises du quartier aisé du canal Saint-Martin, installées par les compagnies pétrolières CNPC et Great Wall, la compagnie de BTP Long River Investment Chad (LRIC) ou encore celui de la téléphonie ZTE. Ce Pékinois regrette le climat frais de sa ville et se consacre avant tout à son travail. Marié en Chine, Fan vient d’avoir un bébé et confesse que son épouse et son enfant lui ­manquent, mais les grandes compagnies chinoises n’ont pas l’habitude de déplacer les familles des expatriés.


Les relations avec les Tchadiens sont souvent tendues : « Ils sont paresseux, distraits et revendicatifs », lâche Fan. Et ceux qui collaborent avec les Chinois se plaignent aussi. Jean-Marie, ancien gestionnaire sur une base vie de la CNPC dans le Sud, s’insurge contre le management à la chinoise. « Ils préfèrent rester entre eux. Dans le travail, les cadres n’hésitent pas à nous insulter et à nous menacer. Ils ont même refusé de payer les heures supplémentaires », s’insurge-t-il.


Pour Ouyang Ziqi, traducteur à la mission agricole, ces tensions peuvent s’aplanir par une meilleure communication. « Chacun doit faire un effort, nos ­cultures sont aux antipodes. Nous devons ­apprendre le français et la culture locale, mais les Tchadiens doivent aussi se montrer plus ouverts. » Un conseil que s’est appliqué ce jeune Chinois qui s’est lié d’amitié avec des Tchadiens, l’un des seuls Chinois à l’aise dans l’ambiance des maquis de N’Djamena.


Chine - pétrole - diaspora - Tchad

mardi, 22 décembre 2009

Découverte du pétrole au Mali : Le premier forage en mars 2010

Selon certains responsables de l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière au Mali (AUREP), les travaux d’exploration du pétrole dans le nord de notre pays se poursuivent normalement et incitent à l’optimisme. En effet, après les opérations d’acquisition sismique qui ont duré plusieurs mois, maintenant, place à la logistique et à la constitution de la base et du site aéroportuaire. Ces travaux permettront de faire un premier forage susceptible de découvrir du pétrole ou du gaz.

 

Dans les mois à venir, la recherche du pétrole dans le septentrion de notre pays connaitra une étape décisive. « Les travaux jusqu’ici effectués sont promoteurs et on est vraiment optimiste, quant à la découverte du pétrole ou du gaz », a laissé entendre, il y a quelques jours, un haut responsable de l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière au Mali (AUREP).

 

A titre de rappel, c’est en 2008, tout jute, que les travaux de recherche pétrolière dans le nord de notre pays ont pris un nouvel élan. Malgré certaines mauvaises langues et la situation insécuritaire, les travaux se sont normalement déroulés suscitant diverses interprétations au sein de l’opinion nationale et internationale.

 

En effet, l’Entreprise nationale italienne d’hydrocarbures (ENI) campée à Assedrème, une localité située à 570 Km au nord de Tombouctou (6è région administrative du Mali), avait reçu le vendredi 22 février 2008, la visite de Hamed Sow, à l’époque, ministre des mines, de l’énergie et de l’eau. C’était une première, d’un haut responsable malien qui a été suivie, quelques mois plus tard, de celle de son successeur Mamadou Igor Diarra.

 

Les opérations d’alors consistaient à faire des sondages sismiques des blocs 1, 2, 3, 4 et 9 attribués dans le bassin de Taoudéni à l’Entreprise nationale algérienne de géophysique (ENAGEO), une des filiales de la SONATRACH, première des douze sociétés pétrolières d’Afrique. Ces blocs appartenaient au consortium constitué d’ENI 50%, Baraka petroleum 25% et SIPEX 25%. Cependant, après les travaux d’acquisition sismique de plusieurs milliers de kilomètres ayant coûté à peu près 35 millions de dollars, le conglomérat s’est éclaté. De nos jours, les blocs 1, 2, 3, 4 et 9 appartiennent aux sociétés ENI avec 66,67% des actions et 33,33% à SIPEX.

 

Avant dernière étape

 

Initialement prévu pour juin 2009, le premier forage sera fait, plaise à Dieu, en mars 2010. C’est cette exploration du bloc 4 qui permettra aux nombreux spécialistes de découvrir le pétrole ou le gaz. Vu ses potentialités, il est même possible qu’elle aboutisse à la trouvaille des deux. En tout cas, les précédents travaux ont mis fin aux conjectures scientifiques. A noter qu’un seul forage coûte environ 30 millions de dollars soit 15 milliards Cfa pour une profondeur variant entre 1500 et 1800 mètres.

 

Ainsi, après cette étape, on procédera à l’installation de la plate forme, de la canalisation et des pipelines en vue d’évacuer le pétrole malien par l’Algérie. Le choix du pays du président Abdoul Aziz Bouteflika au détriment de la Mauritanie, se justifierait par le fait qu’il dispose de la compétence et des infrastructures adéquates en matière de la recherche, de l’exploitation et du transport de l’or noir.

 

« Le forage nous permettra de déterminer les champs pétroliers et le volume d’hydrocarbures. C’est une opération que nous appelons les trois ‘’D’’ ou les trois dimensions : hauteur, longueur et largeur », a expliqué Idrissa Djibrila Maïga, chef du service géologie pétrolière à l’Autorité pour la promotion de la recherche pétrolière au Mali (AUREP). Mandaté par sa structure, M. Maïga a suivi sur le terrain les travaux effectués par les différentes sociétés de recherche pétrolière. A ce titre, il est, en quelque sorte, l’œil et l’oreille du gouvernement malien auprès des sociétés.

 

Conscients de l’importance et de la sensibilité de leurs missions, le directeur général de l’AUREP Mamadou Simpara et son personnel adressent, chaque semaine, au ministre de tutelle, un rapport détaillant l’état d’exécution des travaux. Ce même rapport, semble-t-il, est communiqué à la présidence de la République et à la primature. Ces derniers remercient tous les acteurs dont l’implication a permis de parvenir à ces résultats probants.

 

Par ailleurs, dans le bassin de Nara, la joint-venture Afex global et Glenore a déjà terminé ses levés géophysiques aéroportés. Bientôt, elle entamera ses opérations d’acquisition sismique devant prendre fin en 2010. D’autres sociétés sont en train d’évoluer positivement en respectant leurs engagements contractuels. Et, aujourd’hui, sur 28 blocs 15 ont été attribués à 12 sociétés et 13 sont libres.

 

Par ailleurs, à signaler que hormis l’effectif de l’armée assurant la sécurité du personnel et des installations, beaucoup de maliens et algériens sont employés par les sociétés. Le climat varie entre 8° degré en saison froide contre 47° en saison chaude. Cependant, à plein temps, un docteur veille à la santé des travailleurs grâce à une infirmerie équipée des moyens. Il y a aussi une pharmacie bien approvisionnée en médicaments. Une ambulance tout terrain équipée assure l’intervention en milieu désertique. Bref, toutes les dispositions sont prises pour parer au pire des cas.

 

La zone de Taoudéni, autrefois, réputée à cause de son ancien bagne où beaucoup de maliens y ont laissé la peau, devient de plus en plus un haut lieu de développement du Mali grâce aux travaux de recherche pétrolière. En février 2008, soit au tout début des opérations de recherche, l’Entreprise nationale algérienne de géophysique (ENAGEO) a installé un forage à grand diamètre à Foum Elba, un hameau situé à 25 Km du site abritant sa base. Cet ouvrage représente tout, pour les habitants et le cheptel.

Sékou Coulibaly

Le Guido, 22/12/2009

Source : maliweb.net

Shell met en vente dix champs de pétrole

21/12/2009 | AFP


Vue générale d'une plate-forme de forage au large des côtes du Nigéria, le 5 février 2008Vue générale d'une plate-forme de forage au large des côtes du Nigéria, le 5 février 2008© AFP


Le groupe pétrolier a mis en vente une dizaine de champs pétroliers situés dans l'intérieur des terres, pour une valeur de 5 milliards de dollars (3,5 milliards d'euros). Shell cherche à réduire ses risques face à la volonté du gouvernement de renforcer les entreprises nationales.


Le géant pétrolier anglo-néerlandais a mis en vente une série de champs de pétrole au Nigéria valant jusqu'à 5 milliards de dollars, soit environ 3,5 milliards d'euros, dans le but de réduire son exposition à ce pays africain, ont rapporté lundi plusieurs journaux.


Shell garde les champs offshore


D'après le Wall Street Journal et le Daily Telegraph, confirmant des informations publiées la veille dans le Sunday Times, le groupe a mis en vente une dizaine de champs, tous situés à l'intérieur des terres.


Le groupe entendrait en revanche conserver tous ses champs offshore, plus faciles à défendre contre les attaques rebelles et qui offriraient des royalties plus élevées.


Le Daily Telegraph a précisé que Shell s'est résolu à vendre ces actifs, non en raison des attaques endémiques dans la région du Delta du Niger, mais en raison de la volonté du gouvernement nigérian de renforcer les entreprises pétrolières domestiques, au détriment des groupes étrangers.


Un porte-parole de la compagnie, joint par l'AFP, a refusé de commenter ces informations.


Cette décision constitue un revirement stratégique pour le groupe anglo-néerlandais, qui est la principale compagnie étrangère opérant au Nigeria.

mardi, 24 novembre 2009

Le « modèle » a fait long feu 

24/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Christophe Le Bec


Tout avait bien commencé. Lors du premier projet pétrolier de Doba (au sud), l’État tchadien, la Banque mondiale et le consortium pétrolier Exxon-Petronas-Chevron avaient mis en place un système bien verrouillé pour que les ressources en or noir bénéficient au développement du Tchad. Un Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCSRP), composé de représentants de l’État et de la société civile, avait en charge la validation des projets financés sur les ressources pétrolières, la définition de secteurs prioritaires où dépenser l’argent (éducation, agriculture, santé, action sociale), et l’allocation de 5 % des ressources à la région productrice… En 2007, le Tchad avait même adhéré à l’Initiative pour la transparence des industries extractives (Itie).

 

Mais le modèle a fait long feu. Il y a un an, la Banque mondiale (BM) se retirait du projet et reprochait au Tchad de n’avoir pas respecté ses engagements de lutte contre la pauvreté. La goutte qui a fait déborder le vase : la décision de l’État tchadien de supprimer les 10 % des revenus pétroliers destinés à un fonds pour les générations futures, au profit des dépenses de défense afin de faire face aux incursions rebelles. Le Tchad, pour qui il s’agit là d’une affaire de souveraineté, a depuis remboursé les prêts accordés par la BM.

Tchad : un trésor sous surveillance

24/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Christophe Le Bec, envoyé spécial


Après Doba, le bassin de Bongor, au sud-est, va bientôt être exploité.Après Doba, le bassin de Bongor, au sud-est, va bientôt être exploité.© Teun Voeten/HH-REA

Alors que la production de pétrole va s’intensifier avec l’ouverture d’un nouveau champ, la gestion des revenus fait toujours polémique.

 

La gestion de la manne pétrolière suscite les passions au pays de Toumaï. À N’Djamena, associations de la société civile et ONG ne désarment pas, d’autant plus remontées que les recettes pétrolières du Tchad ont été beaucoup plus importantes que prévu. Grâce au niveau élevé des prix du brent, le pays a engrangé de 2003 à 2008 pas moins de 4,3 milliards de dollars, bien au-delà des prévisions les plus optimistes. Ce magot inespéré, les associations le jugent mal utilisé. Le Tchad nage selon elles en pleine « malédiction de l’or noir ».

 

De leur côté, les autorités tchadiennes relativisent l’importance de la manne (6,5 millions de tonnes produites en 2008 contre 17,4 pour la Guinée équatoriale et 11,8 pour le Gabon), et mettent en avant des modalités de gestion uniques.

 

Pour Nassingar Rimtebaye, coordinateur d’un collectif d’ONG et d’associations, le Collège de contrôle et de surveillance des ressources pétrolières (CCSRP) ne joue plus son rôle : « Alors qu’il comptait des personnalités affirmées comme Dobian Assingar, de la Ligue tchadienne des droits de l’homme, il est aujourd’hui composé de membres proches du pouvoir*. » Le président du CCSRP, le député Abdoulaye Lamana, dément. « Ces nouveaux représentants sont aussi indépendants et ont remplacé ceux dont le mandat arrivait à échéance. »

 

« Le Collège veille efficacement à ce que les ressources aillent en priorité aux investissements », ajoute Abdoulaye Lamana. Mais il reconnaît qu’il « ne contrôle que l’utilisation des revenus directs du pétrole (les redevances, 36 % des recettes en 2008), pas celle des revenus indirects (taxes et impôts sur les sociétés, les 64 % restants), à la libre disposition de l’État ».

 

Frénésie de dépenses

Pour Gilbert Maoundonodji, expert et membre de la coalition Publiez ce que vous payez, la manne pétrolière (705 milliards de F CFA, soit 1,07 milliard d’euros, pour la seule année 2008) a entraîné une frénésie de dépenses. « Les effectifs de la fonction publique, affirme-t-il, sont passés de 57 000 agents en 2001 à 117 000 en 2008, avec un recrutement basé sur des critères qui ne sont pas rationnels. »

 

Les militants s’en prennent même aux projets d’infrastructures, pourtant populaires auprès des Tchadiens. « Le visage de N’Djamena a changé, reconnaît Gilbert Maoundonodji. Écoles, dispensaires, lotissements et routes ont été construits, mais la réalisation de ces infrastructures a le plus souvent été confiée à des opérateurs économiques proches du pouvoir, comme la Société nationale d’entretien routier, ou à des sociétés étrangères. »

 

« Il y a eu des appels d’offres transparents, et ces sociétés sont les seules à pouvoir réaliser de telles infrastructures », rétorque un haut fonctionnaire de la présidence.

 

Les critiques fusent aussi sur le niveau des dépenses militaires, surtout après la diffusion le mois dernier du montant des achats d’armes du Tchad à la France, 13 millions d’euros en 2008 (soit 8,5 milliards de F CFA). Selon les enquêtes d’International Crisis Group – dont les résultats sont contestés par le gouvernement –, de 2000 à 2009, les dépenses militaires annuelles seraient passées de 6,5 milliards de F CFA à 147 milliards de F CFA. Le Tchad aurait utilisé en 2008 4,2 % de son PIB à l’achat d’armement, ce qui place le pays au 27e rang mondial.

 

Dépendance

Une utilisation des fonds que le président Idriss Déby Itno a toujours assumée. « Si c’était à refaire, je le referais. Les bonnes consciences n’ont qu’à continuer à s’indigner. […] J’ai acheté des armes et je continue à en acheter avec l’argent du pétrole. Je n’arrêterai que le jour où j’estimerai que notre armée est suffisamment équipée pour faire correctement face aux menaces qui nous entourent », déclarait-il, il y a quelques mois, à J.A.

 

Enfin, la dépendance de l’État vis-à-vis du pétrole et le relâchement des services fiscaux tchadiens sont aussi relevés. Les recettes pétrolières, qui constituaient déjà 38 % des ressources de l’État en 2004, ont représenté 72 % du budget en 2008. « L’État ne se focalise plus sur la collecte des impôts et les recettes ordinaires n’entrent plus ! », se désole un banquier.

 

Ces critiques interviennent alors que le gâteau pétrolier va encore gonfler. Une seconde zone, le bassin de Bongor (au sud-est), est en phase d’exploration avancée. Les forages ont déjà mis en évidence des réserves de 150 millions de tonnes métriques (au moins autant qu’à Doba, selon le CCSRP). Développé en partenariat avec la Chinese National Petroleum Corporation, le projet prévoit non seulement la production de brut, mais aussi la construction d’une raffinerie à Djermaya (à 35 km au nord de N’Djamena), financée à 60 % par les Chinois et à 40 % par le Tchad, ainsi qu’un oléoduc de plus de 300 km, entre le bassin de Bongor et la raffinerie. Le premier carburant 100 % tchadien est attendu pour 2011.

*Il s’agit des représentants de la Confédération libre des travailleurs du Tchad (CLTD) et du Réseau des associations des droits de l’homme du Tchad (RADHT).

lundi, 09 novembre 2009

Seif ramène Chokri Ghanem dans ses bagages

09/11/2009 | Jeune Afrique | Par : Abdelaziz Barrouhi


Chokri Ghanem a retrouvé son poste de président de la National Oil CompanyChokri Ghanem a retrouvé son poste de président de la National Oil Company© Ahmed Jadallah/Reuters

C’est l’une des premières initiatives de Seif el-Islam depuis sa désignation officielle, le 21 octobre, comme numéro deux du régime libyen, avec le titre de Coordinateur général des commandements populaires sociaux. Le 25 octobre, le fils du « Guide » a rétabli Chokri Ghanem, un réformateur allié, dans ses fonctions de président de la National Oil Company (NOC).

D’après nos informations, Seif a réuni Chokri Ghanem et le Premier ministre Baghdadi Mahmoudi au siège même de la NOC pour les réconcilier. La réunion, qui a duré quatre heures, s’est conclue par un accord permettant à Ghanem de diriger la NOC sans intervention du Premier ministre et de prendre ses fonctions dès le lendemain. Du coup, le mystère de la démission soudaine de Ghanem six semaines plus tôt s’est éclairci. Les milieux pétroliers occidentaux ont poussé un ouf ! de soulagement, le retour de Ghanem étant interprété comme une victoire des réformateurs dans le bras de fer qui les opposait aux « nationalistes », représentés par Baghdadi Mahmoudi. Les points de désaccord sont apparus il y a quelques mois quand la compagnie pétrolière canadienne Verenex, qui perdait de l’argent, a voulu céder ses droits et ses actifs en Libye. Les premiers, en la personne de Ghanem, souhaitaient que la NOC fasse valoir son droit de préemption pour l’acquérir au prix que proposait une compagnie chinoise, tandis que les seconds estimaient qu’il n’était pas normal de débourser quoi que ce soit pour obtenir les droits sur une ressource nationale.

lundi, 26 octobre 2009

Le Mend décrète un cessez-le-feu illimité au Nigeria

25/10/2009 | AFP


Les combattants du Mend mène une guerre sans merci contre l'Etat pétrolierLes combattants du Mend mène une guerre sans merci contre l'Etat pétrolier© AFP

Le Mouvement d'émancipation du delta du Niger (Mend), principal groupe armé du sud du Nigeria, a décrété un cessez-le-feu illimité à partir de ce dimanche pour "encourager le dialogue" avec le gouvernement, selon un courriel adressé à la presse.

Le mouvement, dont les actions depuis 2006 ont fait chuter d'environ un tiers la production pétrolière du Nigeria, explique avoir pris cette décision en raison de "la volonté exprimée mardi dernier par le gouvernement fédéral d'engager un dialogue sérieux (. . . ) en vue d'arriver à une paix durable dans le delta du Niger".

Le président nigérian Umaru Yar'Adua s'était entretenu le 19 octobre avec le chef du Mend, Henry Okah.

Le groupe armé précise avoir constitué une équipe pour discuter de ses revendications avec des représentants des autorités fédérales "en vue d'une paix durable". Le prix Nobel de littérature 1986 Wole Soyinka fait partie des personnalités désignées par le Mend.

Amnistie contre cessez-le feu

Poursuivi pour haute trahison et trafic d'armes après son arrestation et extradition par l'Angola, Henry Okah a été libéré sans charge en juillet au bout de deux ans de prison après avoir accepté l'amnistie proposée en juin par le président nigérian.

En réponse à cette offre d'amnistie, qui a pris fin début octobre, le Mend avait décrété une trêve de trois mois en juillet et l'avait prolongée d'un mois mais le cessez-le-feu avait expiré la semaine dernière.

Dans un entretien récent avec l'AFP, Henry Okah, a estimé que "le gouvernement allait dans la bonne direction", mais avait également averti que la violence pouvait reprendre à tout moment si le gouvernement ne développait pas le delta du Niger comme promis. "Attendons de voir jusqu'où le président et son gouvernement sont prêts à aller", ajoutait M. Okah.

"Si le gouvernement n'apporte pas une réponse satisfaisante, alors la violence reprendra plus tôt que tard. La possibilité d'une reprise immédiate de la violence est réelle", avait-il néanmoins averti.

Meilleure répartition des bénéfices

L'une des demandes phares du Mend est qu'une plus grande part des milliards de dollars générés par le pétrole et le gaz extraits des neuf Etats de la région du Delta bénéficie directement aux populations locales.

Selon la Constitution de 1999, toutes les richesses naturelles, dans quelque Etat de la fédération qu'elles se trouvent, appartiennent de plein droit à l'Etat central. Pour Henry Okah, et même si actuellement 13% des recettes pétrolières sont reversés à la région de production, cette loi "a légalisé le vol par l'Etat" des richesses du delta, qui procure 90% des rentrées en devises du Nigeria.

La semaine dernière, les autorités ont proposé d'allouer directement 10% supplémentaires des revenus pétroliers aux populations locales des Etats pétroliers, une idée qui doit toutefois être encore approuvée par le Parlement, ce qui est loin d'être acquis.

lundi, 19 octobre 2009

Le Nigeria prévoit de verser 10% de ses parts pétrolières aux habitants du Delta

Le gouvernement nigérian prévoit de transférer 10% de ses parts pétrolières aux habitants du Delta du Niger, rapporte ce lundi le Financial Times. Selon le quotidien britannique, cette initiative aurait pour but d’apaiser la rébellion qui sévit depuis des années dans le Delta, région riche en pétrole située dans le sud du pays. Cette proposition soutenue par le Président Yar’Adua fait partie d’un pack de réformes que le gouvernement souhaite mettre en place d’ici la fin de l’année. Le projet, s’il est amené devant le Sénat, devrait faire face à l’opposition attendue des représentants des autres régions du Nigeria. - Lundi 19 Octobre 2009

Source : afrik.com

vendredi, 16 octobre 2009

Soudan : le Kenya négocie la construction d'un port pétrolier avec la Chine

15/10/2009 | AFP


Le port serait situé près de Lamu, au nord de la côte kenyaneLe port serait situé près de Lamu, au nord de la côte kenyane© DR

S'il voyait le jour, le projet permettrait d'acheminer le pétrole de la région semi-autonome du Sud-Soudan sans passer par le nord du pays et la mer rouge. La Chine, premier partenaire commercial du Soudan, pourrait se charger de la construction du port au nord de la côte kenyane.

Le Kenya est en négociation avec la Chine pour la construction d'un port et d'un nouveau couloir d'exportation du pétrole depuis le Soudan voisin, rapporte jeudi le Financial Times (FT).

Une délégation kenyane de haut rang, conduite par le Premier ministre Raila Odinga, a quitté Nairobi mercredi soir pour la Chine, selon un communiqué officiel du gouvernement.

Cette délégation mènera, dans la capitale chinoise, des négociations sur les projets de construction d'un port dans la zone touristique de Lamu (côte nord du Kenya), de routes et de voies ferrées jusqu'à la frontière avec le Sud-Soudan et l'Ethiopie, selon le quotidien britannique.

L'aménagement de telles infrastructures --d'un coût de plusieurs milliards de dollars-- fournirait une route alternative pour l'exportation du pétrole soudanais via le Sud-Soudan, région semi-autonome qui doit se prononcer par référendum sur son indépendance en 2011.

La Chine : partenaire clé

Ce pétrole est actuellement évacué par pipe-line, depuis l'Etat d'Unité (centre-sud), jusqu'au port soudanais de Port Soudan, sur la mer Rouge. La Chine est un allié et partenaire clé de Khartoum, à qui elle livre des armes et dont elle importe du pétrole.

Pour M. Odinga, les entreprises chinoises offrent l'expertise financière et technique pour ce genre de projet nécessaire pour accélérer le développement et la croissance économique de la côte nord du Kenya et des régions frontalières avec le Sud-Soudan et l'Ethiopie, selon le FT.

D'après le journal, le Kenya avait d'abord ouvert des négociations avec le Qatar. Faute d'accord, Nairobi s'est tourné vers Pékin.

Le pétrole joue un rôle majeur dans l'économie soudanaise, avec une production de près de 480.000 barils par jour en 2008, représentant 95% des exportations du pays et 60% des revenus de l'Etat, selon le FMI. Environ 55% de cette production pétrolière sont exportés vers la Chine.

La principale région pétrolifère est située à Abyei, à la limite entre le nord et le sud-Soudan.

Signé en 2005, un "accord de paix global" a mis fin à deux décennies de la guerre civile entre le nord et le sud qui a fait deux millions de morts. Le partage entre le nord et le sud des richesses pétrolières et des ressources naturelles régionales en est l'un des principaux enjeux.

jeudi, 15 octobre 2009

Le pétrole ne fait pas le bonheur

La population est peu satisfaite des retombées liées à l’implantation d’entreprises étrangères. Les habitants d’Al-Mazzagh, au sud de Bagdad, sont les premiers à en témoigner.

15.10.2009 | Andrew North | BBC News Online


Un officier de police irakien patrouille sur un champ pétrolifère, Zubair, février 2009

Un officier de police irakien patrouille sur un champ pétrolifère, Zubair, février 2009

 

C’est la première compagnie pétrolière étrangère à conclure un accord de production avec l’Etat irakien depuis 2003 [chute du régime de Saddam Hussein]. Ironie du sort, elle est originaire d’un pays qui fait de plus en plus figure de grand rival des Etats-Unis : la Chine. Un an après avoir signé un contrat de 3 milliards de dollars [2 milliards d’euros] pour l’exploitation pendant vingt-trois ans du petit gisement d’Al-Ahdab, dans la province de Wasit, au sud de Bagdad, la China National Petroleum Corporation (CNPC) a déjà trouvé du pétrole. Mais, à Al-Mazzagh, le village voisin, la grogne gagne les habitants. Ils se plaignent d’avoir été oubliés.

L’accord avec les Chinois montre que l’Irak est prêt à accueillir des groupes pétroliers étrangers. BP, Shell et de nombreux autres géants occidentaux se bousculent pour accéder à ce que le ministre du Pétrole, Hussein Sharistani, appelle la “dernière frontière” pour les grandes découvertes d’or noir. Avec un budget presque entièrement tributaire des revenus pétroliers, le gouvernement irakien s’efforce d’accroître la production, qui est à peine revenue au niveau d’avant 2003. Aussi s’est-il tourné vers les entreprises étrangères, lesquelles sont décidées à saisir une chance qui ne s’était pas présentée depuis des dizaines d’années. Les réserves de l’Irak figurent au troisième rang dans le monde et comprennent de nombreux gisements encore inexploités. Et, comme beaucoup de compagnies étrangères sont habituées à travailler dans des régions difficiles, la situation toujours délicate sur le plan sécuritaire ne sera pas de nature à les décourager.

Les autorités régionales du Kurdistan irakien ont signé quelques accords séparés avec des pétroliers étrangers. Mais le gouvernement ­central de Bagdad a jusqu’ici refusé de les reconnaître, et menace d’interdire aux compagnies signataires de participer aux appels d’offres pour d’autres contrats. Toutefois, la plus grosse difficulté viendrait des Irakiens vivant dans les zones productrices, comme les Chinois s’en sont aperçus à leurs dépens. Leurs opérations de forage sur le champ d’Ahdab se trouvent juste à côté du village d’Al-Mazzagh. Abou Abed, un habitant du village, voit se dresser juste en face de sa porte les murs antidéflagration et les miradors en béton qui protègent l’une des plates-formes de forage chinoises. “Ils m’ont promis de m’indemniser, explique-t-il. Mais je n’ai toujours rien reçu.” L’arrivée des pétroliers avait également fait espérer la création de nombreux emplois. “On croyait que tout le monde trouverait du travail”, se souvient Zahi. Jusqu’à présent, la CNPC n’a engagé que quelques vigiles. Elle assure ne pas pouvoir faire plus pour les gens du coin. “Nous sommes désolés, mais ils ne possèdent pas les compétences nécessaires et ne parlent pas anglais”, justifie un cadre de la CNPC.

Même si, au village, certains continuent à dire que les Chinois sont les bienvenus, le climat s’est détérioré. Des actes de sabotage ont été signalés. Par exemple, des lignes électriques desservant les installations de forage ont été coupées. Le gouvernement irakien a renforcé la surveillance du complexe, et des hélicoptères d’une base américaine des environs survolent parfois le site. Une fois que la production aura démarré pour de bon, le projet sera appelé à se développer. Zahi met en garde contre des ennuis possibles si son village n’en tire pas alors quelques avantages tangibles. “Les gens qui n’ont pas de boulot risquent de se mettre à piller.”

Si le ministre du Pétrole exhorte les habitants à la patience, il prévient qu’il faut tenir compte de leurs intérêts. “Nous demandons aux compagnies pétrolières de construire les routes, les ponts et les autres infrastructures prévues par les contrats signés avec l’Etat, de façon que la population locale ait l’impression qu’elles sont là pour développer la région et pas seulement pour extraire le pétrole et l’emporter ailleurs.”“La vie n’a pas changé depuis le départ de Saddam Hussein”, rappelle un homme.
Une nouvelle ruée vers l’or noir se prépare peut-être en Irak. Mais la production va représenter la partie la plus facile de la tâche qui attend les Chinois et les nombreux groupes étrangers qui rêvent de s’y implanter. Pour le moment, une seule route goudronnée mène aux maisons d’Al-Mazzagh. Rares sont les villageois à avoir un emploi stable. L’électricité est pratiquement absente et les logements n’ont pas l’eau courante.

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