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jeudi, 06 juin 2013

Presse burundaise

Burundi : une loi sur la presse "digne des régimes dictatoriaux"


05/06/2013 à 19h:10 Par Charlotte Cosset

Manifestation au Brundi contre la loi sur la presse, le 14 mai. Manifestation au Brundi contre la loi sur la presse, le 14 mai. © AFP


Le président burundais, Pierre Nkurunziza, a promulgué une loi encadrant la liberté de la presse dans son pays. Restriction de la protection des sources, peines d’amendes et de prison pour avoir mentionné des sujets « sensibles », Alexandre Niyungeko, président de l’union burundaise des journalistes s’inquiète pour l’avenir de la presse.

Au Burundi, la liberté de la presse est remise en cause par la promulgation d’une nouvelle loi mardi 4 juin. À la surprise d’un grand nombre d’observateurs, le président Pierre Nkurunziza a promulgué cette loi pourtant très critiquée depuis son adoption au Parlement en mai dernier.
Jugée « liberticide » par la société civile, ce texte prévoit la restriction de la protection des sources, des peines allant de l’amende à la prison pour les journalistes qui ne respecteraient pas les sujets considérés comme « sensibles » par le gouvernement… Un tour de vis pour la presse qui s’inscrit dans un contexte plus large de mise sous silence des voix dissidentes au Burundi, à deux ans des élections générales.

Alexandre Niyungeko, président de l’union burundaise des journalistes critique vivement cette situation et dénonce des pratiques autoritaires.

Jeune Afrique : Comment accueillez-vous la nouvelle de la promulgation de cette loi ?

Alexandre Niyungeko : C’est vraiment très regrettable, cette nouvelle est un coup de massue. C’est une loi rétrograde et répressive. On ne s’attendait pas à ce que le président promulgue ce texte digne des régimes dictatoriaux rendant la situation pire que lorsque le pouvoir militaire dirigeait le Burundi.

Qu’est-ce que cette loi change dans la vie professionnelle des journalistes burundais ?

Désormais, les journalistes pourront être conduits devant la justice pour révéler leurs sources. Ce qui signifie que le gouvernement pourra intervenir à chaque fois qu’il le voudra. Cette loi interdit aussi aux journalistes de parler de sujets « sensibles ». Par exemple, une clause leur interdit de parler de ce qui pourrait porter atteinte à l’économie de l’État. Or ces derniers temps, les médias ont révélés de nombreux scandales et des affaires de corruption. La presse a, par exemple, révélé récemment que l’argent de la vente d’un Falcon 50 par le pouvoir aurait été utilisé pour financer la campagne de 2010.


"Le pouvoir est resté sourd aux différents appels lancés par l’Union européenne et par les États-Unis."


Comment comptez-vous réagir ?

L’union burundaise des journalistes va attaquer cette loi devant la Cour constitutionnelle. Mais celle-ci étant composée de personnes nommées par le président, nos chances de succès sont minces. Nous allons aussi saisir la Cour africaine des droits de l’homme et des peuples, la Commission africaine des droits de l’homme et des peuples ainsi que le Conseil des droits de l’homme des Nations unies. Car cette loi est anticonstitutionnelle, elle remet en cause la liberté d’expression et la liberté de la presse assurée par la constitution de 2005. Nous attendons un appui de ces institutions car le pouvoir est resté sourd aux différents appels lancés par l’Union européenne et par les États-Unis.

Êtes-vous inquiet pour l’avenir de la presse ?

Oui car les amendes peuvent aller jusqu’à 8 millions de francs burundais ce qui représente 6 000 dollars, alors que le salaire moyen d’un journaliste au Burundi est de 150 dollars. Les journalistes qui ne paieront pas seront envoyés en prison… Et je crains d’ailleurs que beaucoup de journalistes soient incarcérés, parce qu’ils ils n’obtempéreront pas, du moins je l’espère. Sinon ce serait la fin de la liberté de la presse.

Certains avancent que la presse a été trop loin…

La loi de 2003 assure toute latitude aux journalistes. Ils n’ont fait que leur métier. Le pouvoir se prépare pour n’avoir aucun obstacle en 2015. Et ce n’est pas seulement cette loi sur la presse qui pose problème. La société civile est elle aussi visée par des mesures : une loi est en ce moment en discussion au Parlement, pour exiger l’autorisation préalable des autorités pour l’organisation de manifestations publiques... Quant à l’opposition, elle est en difficulté depuis 2010.

Quelles sont les réactions au Burundi face à ce texte ?

Il y a déjà une pétition qui a recueilli plus de 11 000 signatures ; c’est la première fois qu’on use de ce moyen d’expression dans le pays. C’est une grande fierté pour moi de voir que les gens comprennent que cette loi pose problème car elle ne concerne pas seulement les journalistes. Elle met aussi en danger les sources.

Vous êtes en ce moment à Dublin en Irlande où vous participez au Congrès mondial de la fédération internationale des journalistes. Allez-vous y évoquer le cas du Burundi ?

Oui, bien sûr.  Je vais présenter une motion d’urgence pour condamner cette loi qui sera étudiée demain. J’espère que j’aurai l’appui de mes confrères. Déjà les syndicats français, britanniques et belges m’ont apporté leur soutien.

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Propos recueillis par Charlotte Cosset

>> Le texte de loi sur le site de la présidence burundaise

jeudi, 20 décembre 2012

ECONOMIE

Hersant : Tapie fait un retour gagnant


Par Enguérand Renault, Alexandre Debouté Mis à jour le 19/12/2012 à 23:59 | publié le 19/12/2012 à 19:37

Bernard Tapie.
Bernard Tapie. Crédits photo : ANNE-CHRISTINE POUJOULAT/AFP


Les banques créancières ont accepté de lui vendre le Groupe Hersant Média.

Bernard Tapie, le retour. Après avoir annoncé de manière tonitruante, le 9 décembre, qu'il se retirait du dossier de la reprise du groupe Hersant Média (La Provence, Nice-Matin, Var-Matin et Corse-Matin, ainsi que des titres des Antilles), il est revenu dans la course pour finalement emporter la mise, en tandem avec la famille Hersant.

En réalité, il n'était jamais tout à fait parti. Car, pour convaincre les banquiers du bien-fondé de son offre conjointe avec la famille Hersant, les deux associés avaient déposé la somme de 50,5 millions d'euros sous séquestre chez le conciliateur Christophe Thévenot. Bernard Tapie a donc misé 25 millions d'euros de son propre argent. Or, entre le 9 décembre et ce mercredi, il n'a pas repris ses liquidités. La preuve qu'il n'avait pas abandonné.

Pour autant, il a bien mis en scène son retour. «À la demande expresse de Philippe Hersant, du conciliateur Christophe Thévenot et du Ciri, j'ai accepté de réactiver la proposition que j'avais faite, dans les mêmes termes.»

Rossel n'a pas fait d'offre

Dans l'intervalle, aucune autre meilleure proposition n'a émergé. Le groupe belge Rossel confirme au Figaro qu'il ne fera pas d'offre ferme sur Groupe Hersant Média (GHM). Il a bien fait parvenir une proposition le 14 décembre, mais elle s'élevait à seulement 48 millions d'euros, n'était pas financée par BNP Paribas et l'argent n'a pas été déposé chez le conciliateur. Enfin, Rossel proposait un rachat des actifs et non du groupe GHM qui devrait être liquidé par la suite avec des conséquences non maîtrisées pour tous les acteurs du dossier, y compris les banques.

L'offre de Bernard Tapie et de la famille Hersant restait donc la seule en lice. Mercredi après midi, les 17 banques créancières se sont retrouvées avec le conciliateur et les représentants du Ciri (Comité interministériel de restructuration industrielle). Elles ont signé la vente de GHM au tandem formé par Bernard Tapie et la famille Hersant. La vente sera homologuée par le tribunal de commerce de Paris mi-janvier.

LIRE AUSSI:

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» Le groupe Hersant demande à Bernard Tapie de revenir

» Hersant: Tapie retire son offre, Rossel seul en lice 

mercredi, 14 novembre 2012

Economie

Médias : des marchés aussi séduisants que risqués

 

13/11/2012 à 14h:09 Par Laurent de Saint Périer

Lors d'un débat sur un plateau de la Rédio Télévision guinéenne, à Conakry. Lors d'un débat sur un plateau de la Rédio Télévision guinéenne, à Conakry. © Vincent Fournier/J.A.


Pour l'ensemble des professionnels, l'essor du secteur sur le continent est indéniablement prometteur. Ce qui ne les empêche pas de s'interroger plus que jamais sur la viabilité de leurs activités.

Un marché de 1 milliard de consommateurs, dont les dépenses devraient doubler d'ici à 2050. Un continent jeune et en pleine urbanisation, dont la croissance économique pour 2013 vient d'être revue à la hausse à 4,8 % par le Fonds monétaire international (FMI) au plus fort de la crise mondiale. Un lectorat en progression alors qu'il décline de 2 % par an en Europe et en Amérique du Nord. Un taux de pénétration moyen d'internet qui n'est encore que de 13,5 %, mais une utilisation de la Toile qui a augmenté de 2 000 % ces dix dernières années, contre 480 % de moyenne mondiale... Pour l'industrie des médias, le potentiel de développement des marchés africains est particulièrement prometteur.

Après l'arrivée du satellite dans les années 1990, celle de la 3G, de la fibre optique et, d'ici à 2015, le passage à la télévision numérique terrestre (lire pp. 84-85) sont en train de bouleverser l'industrie des médias sur le continent. Par ailleurs, la libéralisation du secteur, en particulier celle de l'audiovisuel, a entraîné une prolifération de radios et de télévisions privées face aux anciens monopoles publics.

Engagée dès les années 1990 en Afrique subsaharienne, l'ouverture au privé est encore balbutiante en Afrique du Nord. La Tunisie s'y est lancée en 2003, le Maroc en 2004, la Mauritanie en 2010, et on l'attend toujours en Algérie, où elle est annoncée depuis septembre 2011. Quant aux quelques chaînes et aux dizaines de stations de radio apparues ces derniers mois en Égypte et en Libye à la faveur des dérèglements révolutionnaires, elles confirment l'engouement pour les médias locaux ou régionaux d'un public nord-africain longtemps inondé par les ondes des grands groupes satellitaires occidentaux et, désormais, de ceux du Golfe, ou soumis aux programmes, généralement moins engageants, des médias d'État.

Les consommateurs exigent des productions plus proches et de meilleure qualité (lire p. 90). Desiderata qui rejoignent les contraintes financières imposées aux diffuseurs. « 10 % seulement des chaînes africaines peuvent s'offrir des contenus américains, explique Sylvain Béletre, de l'agence d'analyse et de conseil médias Balancing Act. Or les coûts de production en Afrique du Sud sont dix fois moins élevés qu'à Hollywood, pour des équipements et des moyens humains similaires. Et, au Nigeria, l'industrie "nollywoodienne" produit en masse, même si la qualité n'est pas toujours au rendez-vous. »

Recettes

Séduire les lecteurs, les auditeurs et les téléspectateurs, c'est aussi convaincre les annonceurs. Dans cette jungle hyperconcurrentielle où se côtoient des milliers de journaux, radios et chaînes, la chasse aux recettes publicitaires est devenue d'autant plus acharnée que les grands annonceurs - groupes des télécoms, banques, brasseries, États - ont des budgets publicitaires limités. La multiplication des supports divise donc d'autant les recettes des différents médias, et si le marché de la publicité est encore largement extensible sur le continent, les annonceurs sont en revanche de plus en plus vigilants quant à l'audience des différents supports. D'où la nécessité d'accélérer le développement de procédures fiables et d'organismes indépendants pour certifier l'audience et la diffusion.

Dans l'audiovisuel, pour assurer un retour sur investissement, la solution du bouquet payant offre davantage de sécurité financière, mais le coût des abonnements freine la progression des chaînes payantes et le piratage y fait des ravages. Tels ceux de la nuisible « Magic box », permettant l'accès clandestin à des centaines de chaînes et le captage de réseaux européens non sécurisés.

En Afrique du Nord, le groupe Canal+ a dû plier bagage en 2011 après avoir tenté de s'y implanter à deux reprises, dans les années 1990 et en 2009. « Le nombre d'abonnés aux chaînes payantes ne cesse d'augmenter, pourtant on constate la fermeture d'un réseau par an », souligne Béletre. Les faillites sont en effet nombreuses, parfois retentissantes. Lancé en 2007 au Nigeria, le bouquet HiTV s'était ainsi hissé parmi les leaders continentaux avant de rendre les armes (et ses antennes) en novembre 2011, asphyxié financièrement. Qu'elles soient payantes ou gratuites, les chaînes visent à capter le public le plus large possible et, dans cette course à l'audience, les poids lourds du secteur doivent miser des sommes colossales pour s'offrir les contenus les plus attractifs. Ces dernières années, les achats de programmes sportifs battent tous les records. Le groupe qatari Al-Jazira a ainsi déboursé 1 milliard de dollars pour obtenir les droits de diffusion de la Coupe du monde 2010 dans 23 pays.

Une démesure que la spécialiste Hayat Howayek Attieh explique par le fait que « les médias panarabes sont des instruments de pouvoir, ils ne cherchent pas la rentabilité. Très peu ont un schéma économique bénéficiaire et il s'agit de chaînes de divertissements ». C'est le cas des chaînes de Rotana, le bouquet du magnat de la presse et prince saoudo-libanais Al-Walid Ibn Talal - 29e fortune mondiale, selon Forbes. 

Citizen Kane du désert, Ibn Talal dispose à lui seul d'une force de frappe médiatique privée supérieure à celle du Qatar, « l'État Al-Jazira ». Partenaire régional stratégique de la News Corporation de Rupert Murdoch, il possède notamment le grand quotidien panarabe Asharq Al-Awsat, ainsi que 90 % du bouquet libanais LBC. Sans compter les quelque 300 millions de dollars investis dans Twitter, en décembre 2011, qui ont fait entrer un peu de conservatisme saoudien dans le réseau social.

Dispositif équitable

Pour Pierre Martinot, de l'institut Panos d'observation des médias, « le paysage se diversifie, mais globalement nous sommes loin de l'engouement et de l'explosion d'initiatives privées qui ont suivi la libéralisation du secteur. Aujourd'hui, les médias en général, et les journalistes en particulier, sont confrontés de plein fouet à la précarité économique, ce qui les rend très vulnérables sur le plan politique et professionnel. Comment parler d'indépendance et de liberté d'expression quand les médias ne peuvent payer les journalistes ? Il en résulte de nombreuses dérives ». Dérives qu'est censé endiguer en partie le principe des aides de l'État à la presse, mais qui, dans la plupart des pays du continent où elles existent, sont encore trop faibles ou très contestables - les unes allant aux agences de publicité et de communication ou aux imprimeries plutôt qu'aux journaux, les autres étant versées en espèces directement à certains rédacteurs.

À défaut de dispositif équitable et pertinent, la moindre des choses serait que les États, qui sont pourtant presque tous signataires des accords de Florence (sur l'importation d'objets à caractère éducatif, scientifique ou culturel), cessent d'y contrevenir en supprimant les droits de douane à l'importation ainsi qu'une TVA élevée pour les journaux. Car, au-delà des ressources apportées par les ventes de numéros ou d'espace publicitaire, tous les médias sont confrontés à l'augmentation des coûts du papier, de l'impression, des infrastructures et des équipements, aux problèmes de diffusion et de distribution, sans parler des dépenses salariales - à ceci près que beaucoup de journalistes du continent n'ont en réalité toujours pas de salaires... Pour les médias, la révolution est évidemment, et peut-être même avant tout, économique.