mardi, 15 décembre 2009

Etats-Unis : faut-il blanchir son nom ?

Ou comment contourner les discriminations


Changement de nom et effacement des reférences communautaires sur leur CV, omission volontaire de diplomes obtenus dans des universités réservées historiquement aux Noirs, autant de pratiques qui se répandent chez des Afro-Américains en quête d’un emploi.

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Lundi 14 décembre 2009 / par Marcel Bekolo (Source : afrik.com)

 

Tahani Tompkins avait du mal a être rappelé après des entretiens d’embauche cette année à Chicago quand un ami lui a suggéré de changer son nom. Au lieu de Tahani, un nom commun dans la communauté afro-américaine, il commença à mettre T.S. Tompkins dans ses candidatures.

 

En quête également de travail, Yvonne Orr , qui vit aussi à Chicago, a supprimé de con CV une licence obtenue à l’Universite de Hampton, un établissement réservé par le passé exclusivement aux étudiants Noirs. Elle a aussi faire disparaître une expérience dans une ONG noire-americaine où elle s’occupait de récolter des fonds depuis 15 ans auprès des éventuels donateurs. Yvonne a réorganisé son CV de telle sorte que les reférences mentionnées occultent tout passage dans une entreprise ou une association noire.

 

Grand écart entre assimilation et diversité

Les Afro-Américains ont toujours oscillé entre assimilation et diversité. Si l’assimilation n’a jamais pris le dessus, la décision deTahani et Yvonne, "blanchir leur cv", n’est pas isolée. Des cas similaires se multiplient au sein de la communauté noire-américaine. La moitié d’un panel d’Afro-Américains interrogés fin novembre sur les disparités raciales à l’embauche par le quotidien New York Times déclare avoir déjà dissimulé sa couleur de peau, ou avoir minimisé au maximum leur "blackitude" sur leur CV.

 

Tahani et Yvonne expliquent que "blanchir leur cv" est une stratégie destinée à écarter un obstacle potentiel, qui pourrait au minimum les empêcher de dégoter un entretien et démontrer aux recruteurs qu’ils sont faits pour le poste. Selon des experts, cette méthode peut être payante. Des études ont montré que les candidats avec des noms à consonnance noire reçoivent moins d’appels de recruteurs que ceux avec des noms à consonnance blanche, même à diplôme et compétences équivalents. De plus, la discrimination positive a beaucoup reculé depuis les années 80, remplacée par une variété de programmes sur la diversité, qui tardent à prouver leur efficacité sur la représentation des minorités.

 

La fin de la discrimination positive

"Même les entreprises à taille moyenne n’ont soit pas de programmes sur la diversité ou alors ont des programmes peu efficaces pouvant produire l’effet contraire", selon Alexandra Kalev, sociologue à l’universite d’Arizona, et qui a travaillé sur la question. "Donc pour ces entreprises, être Noir n’aide pas", conclut-elle.

 

Les chômeurs Afro-américains disent que l’effacement de leurs marqueurs noirs va au-delà du premier contact, qui permet d’ouvrir la porte d’une entreprise pour un entretien d’embauche. Ils en usent aussi pour s’assurer qu’ils vont paraître "acceptables" aux recruteurs une fois que ceux-ci les auront rencontrés. Ils cachent donc sur leur militantisme dans une association communautaire. "L’activisme dans la communauté noire est souvent mal vu par les employeurs, donc il faut éviter de le mentionner ou d’en parler lors de l’entretien", souligne David Verner, architecte au chômage, vivant à New York. "Il faut alléger sa couleur" ; confirme Yvonne.

 

"Ma notion de dissimulation veut dire que des gens peuvent avoir des idees stigmatisantes qu’ils ne peuvent contrer ou ne cacheront pas. Il y a néanmoins une grosse dose de pression, d’expériences pour qu’ils minimisent ces identités", explique Kenji Yoshino, professeur de droit a l’Universite de New York (NYU), auteur du livre " Covering : The Hidden Assault on Our Civil Rights". Selon M. Yoshino, "avant, la ligne de séparation était entre les Blancs et les non Blancs, et se terminait en faveur des Blancs. Désormais cette ligne est entre les Blancs et les non Blancs qui veulent se comporter en Blancs".

 

Cacher sa couleur : un crève-coeur !

Dissimuler sa couleur de peau ou changer de nom restent toutefois un crève-coeur pour les Afro-Américains. "J’ai longtemps lutté contre cette idée", raconte Yvonne. " Je me suis demandé quel message j’envoyais à mes enfants ? Comment leur apprendre à être fiers d’eux-mêmes et à s’accepter tels qu’ils sont", poursuit-elle. "Quelque part, ils (Yvonne et Tahani) nient qui et ce qu’ils sont. Ils devront toujours prétendre être quelqu’un de différent", explique John L. Jackson, professeur d’anthropologie et de communications à l’Université de Pennsylvanie et auteur de "Racial Paranoia". Une schizophrénie entre derme et personnalité !

 

Ces réalités ont toujours été tues en raison de l’idée reçue que la discrimination positive ( affirmative action) a permis aux candidats Afro-Américains d’obtenir des emplois, qu’ils auraient du mal à saisir en l’absence de politique volontariste en faveur de la promotion sociale des minorités. Et aussi parce qu’il y a des hauts et des bas dans la façon dont les Afro-Américains célèbrent leur couleur de peau. Les parents d’Yvonne étaient membres du mouvement des droits civiques Black Panthers, formé aux États-Unis en 1966 pour défendre les intérêts de la communauté noire. Mais devant les difficultés d’Yvonne à décrocher un emploi, sa propre mère l’a aidée à modifier son CV. " Tu n’as pas besoin de crier que tu es Noire", lui a-t-elle conseillé, raconte Yvonne...

vendredi, 06 novembre 2009

Le racisme, toujours aussi présent aux Etats-Unis

NOUVELOBS.COM | 05.11.2009 |

Un an après l'élection du premier président noir des Etats-Unis, certains observateurs s'inquiètent d'un retour au racisme dans le pays.

(Reuters)

(Reuters)

Le 4 novembre 2008, un Noir était élu à la Maison Blanche, signant pour certains l'avènement d'une société post-raciale aux Etats-Unis. Mais un an plus tard, l'euphorie de l'élection passée, les réformes du 44e président des Etats-Unis Barack Obama ont suscité une vague de vindicte dans les profondeurs de l'Amérique blanche que les observateurs considèrent déjà comme une résurgence du racisme dans le pays.

Dans l'Arizona, un pasteur dit prier pour la mort d'Obama ; des membres du Congrès lisent leurs journaux ostensiblement quand le président prend la parole ; au Capitole, un républicain lance "vous mentez !" en plein discours présidentiel.

Peut-on voir dans ces incidents rarissimes un phénomène raciste ? L'ancien directeur de campagne du révérend Jesse Jackson, Kevin Alexander Gray, en est persuadé. Selon lui, l'invective "tu mens !" ne reflète que l'héritage des rapports de domination Blancs/Noirs aux Etats-Unis. "Comme on disait à un Noir : 'déguerpis ou on viendra chez toi !'"

Le raccourci peut sembler rapide. Pourquoi ne pas considérer qu'il s'agit plutôt de provocations ou de tentatives d'intimidation alors que le président, moins d'un an après son élection, tente d'imposer une réforme du système de santé vivement critiquée par ses adversaires politiques?

"Notre pays n'a jamais été bâti sur l'intégration des Noirs"


C'est ce qu'affirme l'intéressé. Il veut croire que ces attaques ne sont pas motivées par le racisme mais par la politique qu'il mène. "Y a-t-il des gens qui ne m'aiment pas à cause de la race ? Je suis sûr qu'il y en a. Ce n'est pas l'élément majeur" de la contestation, a affirmé Barack Obama sur CNN. Il répondait à l'ancien président démocrate Jimmy Carter qui avait estimé en septembre dernier que le ressentiment exprimé par de nombreux Américains contre le locataire de la Maison Blanche et les critiques virulentes dont il faisait l'objet étaient liés au racisme.

"Je pense qu'une part écrasante de l'intense animosité qui s'est exprimée envers le président Barack Obama tient au fait qu'il est noir, qu'il est afro-américain", avait déclaré Jimmy Carter dans une interview à NBC.

"Les Etats-Unis ne sont pas un pays raciste", assure de son coté le président du Conseil représentatif des associations noires (CRAN) Patrick Lozès. Selon lui, "il ne faut pas coloriser tout opposition à la politique du président américain".
Patrick Lozès veut croire que l'entrée de Barack Obama à la Maison Blanche n'est que le couronnement d'une évolution foudroyante, qui a vu les Noirs rejoindre progressivement les rangs des élites du pays.

"Il y a énormément d'élus noirs aux Etats-Unis, qu'il s'agisse de chefs d'entreprise, qu’il s’agisse de personnes à la tête de conseils d'administration, qu’il s’agisse de juges, de dirigeants politiques. Le programme gouvernemental pour la promotion des minorités - Minority Business Development Agency (MBDA), ndlr - mis en place en 1969 par un républicain, Nixon, et qui aide les entreprises dirigées par des personnes issues des minorités, est très important et tout aussi efficace. Avant la création du MBDA, il n’existait aux Etats-Unis que quelques milliers d’entreprises dans ce genre à peine. Depuis, il y en a plus de 4 millions", explique-t-il.

Un avis que ne partage pas Robert Rooks du NAACP, l'association de Martin Luther King. "Notre pays n'a jamais été bâti sur l'intégration des Noirs, souligne-t-il, certains s'en sortent incroyablement bien, mais la majorité de la communauté se sent totalement marginalisée".

La population américaine compte 12,8% de Noirs, contre 79,8% de Blancs. Parmi les familles Noires, 22,1% vivent sous le seuil de pauvreté, contre 6,1% chez les Blancs. En septembre, le taux de chômage chez les Noirs était encore presque deux fois plus élevé que chez les Blancs.

"Pour eux, Obama est le diable, un cannibale, l'antéchrist"


Les disparités raciales n'ont donc pas disparu après l'élection du premier président Noir des Etats-Unis. Le racisme non plus.
Dès le soir de son élection, trois Blancs mettaient le feu à une église noire en construction dans le Massachusetts et "les crimes racistes n'ont fait qu'augmenter depuis", observe Mark Potok, de l'organisation de défense des droits civiques Southern Poverty Law Center.

"Tout cela est assez effrayant", estime ce spécialiste des mouvements extrémistes. "La colère monte, il y a beaucoup d'armes en circulation et une idéologie haineuse", s'inquiète-t-il.

La faute aux opposants politiques du président ? Certains observateurs affirment que les discours anti-Obama, souvent très populistes, sont dirigés vers les groupes radicaux.

"Les Républicains ont [défini] le personnage politique d’Obama en utilisant certains clichés ethniques, faisant passer Obama comme l’élu noir revendicateur qui remet en cause les idéaux de la Nation : c’est la logique contestatrice du "Angry Black" (noir en colère) que l’on retrouve dans la culture populaire", explique le chercheur François Vergniolle de Chantal, avant d'ajouter : "Certes c'est dangereux, mais il n’y a pas pour autant de mouvement crédible contre un métisse à la Maison Blanche. Les groupes sont archi-minoritaires".

En somme, "au niveau local, il y a toujours quelques agités, comme par exemple le juge de paix Keith Bardwell qui a refusé un mariage interracial en Louisiane 'pour le bien de leurs futurs enfants', mais rien au niveau national", ajoute-t-il.
Un point de vue que partage Patrick Lozès. "Une minorité d'ultraconservateurs très violents trouvent écho dans la population. Une partie de ces personnes est raciste. Pour eux, Obama est le diable, un cannibale, l'antéchrist", déclare-t-il avant de tempérer, lui aussi. "il ne faut pas exagérer tout ça. Il s’agit d’une minorité de personnes, sans doute plus violente qu'avant, mais pas plus importante, et cette minorité a toujours existé".

Selon Marc Morial, président de la National Urban League, une organisation pour les droits civiques, Barack Obama insuffle bien plus "un sentiment d'espoir, d'intégration et dans certains cas, de réconciliation".

Selon un sondage CBS, 59% des Noirs jugent désormais positives les relations interraciales, contre 29% l'an dernier.

(Tristan Berteloot, Nouvelobs.com)

jeudi, 05 novembre 2009

France : SOS Racisme dénonce le fichage ethno-racial dans les entreprises

Un rapport a été rendu public sur les discriminations lors des recrutements
SOS Racisme révèle le fichage ethnique pratiqué par des entreprises sur le territoire français. L’association, qui lutte contre la discrimination raciale, a remis mercredi à Patrick Karam, le délégué interministériel pour l’Egalité des chances des Français d’Outre-mer, un rapport dans lequel elle dénonce cette pratique illégale. Au total, quinze entreprises sont sur le banc des accusés, notamment le groupe de loisirs, Eurodisney.

Quinze entreprises ont été épinglées par l’association SOS Racisme et la Fédération nationale des Potes, qui militent contre les discriminations raciales en France, dans un rapport publié mercredi sur leurs procédures de recrutement discriminatoires. Parmi elles, le groupe de loisirs Eurodisney qui a reçu la visite dans ses locaux de Marne-la-Vallée, ce jour, d’un huissier chargé de saisir d’éventuels fichiers salariés à caractère ethno-racial, suite à une décision de justice. Cette dernière a été saisie par l’association SOS racisme. Une démarche que « déplore » la direction d’Eurodisney qui rappelle « son engagement en faveur de la diversité ». La société participe à l’expérimentation du CV anonyme relancé mardi par le gouvernement.

SOS Racisme révèle pourtant que sur le site Internet du groupe, dans la rubrique « postulez » puis « créer son CV », le candidat doit indiquer obligatoirement son « pays », la France, mais aussi son département d’origine, à savoir la Guadeloupe, la Martinique, la Réunion, la Polynésie française, la Guyane française et la Nouvelle Calédonie. Eurodisney fait clairement une distinction entre les Français de la métropole et ceux des DOM-TOM. Autre fait accablant, d’après le bilan social 2007 de la société que SOS Racisme a réussi à se procurer, il semblerait que les salariés soient classés en fonction de leurs nationalités : « Afrique hors Maghreb », « Afrique Maghreb », « Autres Antilles », « Europe (Ouest) dont Français »… Le recrutement prend en compte les différentes nationalités des visiteurs, précise un rapport d’Eurodisney intitulé " Tourisme et Emploi : l’apport de Disney Resort Paris". « Une stigmatisation qui, de l’avis du vice-président de SOS racisme Samuel Thomas, sous-entend des différences de traitement des demandes de ses candidats ».

Une démarche soutenue par l’Etat

La découverte de ce système de fichage ethno-racial est à l’origine du travail sur les discriminations mené par la société civile et le gouvernement français. Conformément à la convention du 13 novembre 2008 « relative au fichage territorial ou ethnique et les discriminations à l’embauche qu’elles pourraient entraîner ou qu’elles sous-tendent ». Le délégué interministériel pour l’Egalité des Français d’Outre-mer, Philippe Karam, a chargé SOS Racisme et la Fédération nationale des Maisons des Potes de mener l’enquête sur les sociétés. « Le soutien du délégué interministériel a été décisif car c’était la première fois que l’Etat nous apportait son aide, explique Samuel Thomas. Nous avons reçu une subvention de 20 000 euros et, surtout, nous avons pu, dans les courriers que nous adressions aux procureurs ou aux juges, nous prévaloir de ce soutien et indiquer que nous agissions dans le cadre d’une convention avec l’Etat ». Grâce à cet appui, l’association a pu approfondir ses recherches notamment sur le groupe de loisirs Eurodisney.

Mais le royaume de Blanche Neige n’est pas le seul à être concerné par cette pratique. De nombreuses sociétés françaises et internationales auraient eu recours au fichage ethno-racial. Des grandes entreprises comme l’agence Adecco restauration, le constructeur automobile Nissan et des bailleurs sociaux HLM, seraient dans la ligne de mire des autorités françaises. « Le président Nicolas Sarkozy m’a dit qu’il fallait instaurer la tolérance zéro pour les discriminations, ça sera fait. Si les entreprises commettent des infractions, on les trouvera et on les sanctionnera », avertit Philippe Karam. Le délégué interministériel invite les procureurs, les magistrats, les forces de l’ordre et l’Inspection du travail à « se renseigner sur le code Pénal de 1978 », qui traite « du droit à la protection des données personnelles qui directement ou indirectement, font apparaître les origines raciales ou ethniques ». « On a un appareil judiciaire complet, ce qui manque c’est la volonté de sanctionner une infraction pénale », précise-t-il. Depuis 1978, le fichage ethno-racial est illégal et passible de 5 ans de prison et de 300 000 euros d’amende (personnes physiques) à 1,5 million d’euros (personnes morales), mais la jurisprudence est quasiment inexistante.

La justice est à la traîne

Malgré les nombreuses plaintes déposées depuis 1978, la première condamnation a été prononcée le 27 octobre 2008. Daytona, le cabinet de recrutement d’hôtesses d’accueils et d’agents de vente, a été condamné à 20 000 euros d’amende, dont 15 000 avec sursis, pour avoir classé ses 5 000 salariés en quatre catégories : les Blancs, les Maghrébins, les Noirs et les Asiatiques. En effet, beaucoup de procédures restent sans suite au parquet ou à l’instruction. Par exemple, la compagnie aérienne Air France, accusée par SOS racisme d’avoir procédé à une typologie raciale de son personnel navigant commercial, fait l’objet d’une enquête judicaire mais n’a pas encore été jugée. Même chose, dans le domaine du logement. Le juge d’instruction aurait prononcé en 2007 un non-lieu concernant l’affaire de l’office public HLM de Vitry-Sur-Seine. Selon le rapport, les responsables OPHLM comptabiliseraient le nombre « d’allochtones » (littéralement, venus de la terre d’ailleurs) par cage d’escalier pour en limiter la « dose » en définissant des quotas « étranger+DOM TOM » à ne pas dépasser. Les responsables de l’Office avaient déclaré à Commission nationale de l’Informatique et des libertés(Cnil), lors d’un contrôle effectué en 2003 à la demande de SOS Racisme, qu’ils comptabilisaient ensemble les Antillais avec les étrangers parce qu’ils avaient les mêmes coutumes que les Africains et qu’en conséquence, il fallait en surveiller le nombre.

Philippe Karam doit présenter la semaine prochaine le rapport de SOS Racisme au ministre français de la Justice Michèle Aillot Marie et au ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux.

mercredi 4 novembre 2009 / par Stéphanie Plasse

Source : afrik.com

lundi, 19 octobre 2009

Afrique : la longue marche des Libanais

19/10/2009 | Jeune Afrique | Par : Marianne Meunier


La Terrasse à Abidjan, en Côte d'Ivoire, est un lieu de rendez-vous privilégiéLa Terrasse à Abidjan, en Côte d'Ivoire, est un lieu de rendez-vous privilégié© Nabil Zorkot

Pas franchement africaine et plus vraiment libanaise, cette diaspora invente, pas à pas, sa propre identité. Au-delà d’une réussite économique incontestable, les dernières frontières sont la politique et la société civile.

Claire a 23 ans et deux amours. Dans l’ordre des rencontres, il y a d’abord la Côte d’Ivoire, le pays de sa mère et des tout premiers souvenirs, car c’est là qu’elle est née et a passé sa petite enfance. Puis vient le Liban, le fief de son père, un musulman chiite du Sud où, entre 7 ans et 15 ans, elle a vécu des années de « princesse chouchoutée » par ses grands-parents. Voix douce et manières élégantes, Claire est aujourd’hui le joli fruit de ces deux terres. Dans son identité, elles occupent une place égale. Binationale, Claire maîtrise aussi bien l’arabe que le français et le dioula. Elle connaît ses deux familles et leurs maisonnées d’oncles, de tantes, de cousins plus ou moins proches. Et relève avec la même sévérité les travers – souvent identiques – des deux peuples qui se retrouvent en elle : les Libanais, « racistes sur les bords », qui ont mal digéré que son père épouse une Ivoirienne ; sa famille ivoirienne, « devenue méfiante » avec sa mère. Mais, à 23 ans, l’étudiante en finance de HEC Abidjan a fait son choix : « Mon avenir, il est en Côte d’Ivoire. »

Plus d’un siècle après l’arrivée de leurs ancêtres en Afrique subsaharienne – le premier serait Elias Khouri Younes, un chrétien maronite originaire du nord du Liban, qui a débarqué au Nigeria dans les années 1880–, la plupart des dizaines de milliers de Libanais du continent sont désormais comme Claire : pour eux, il n’est pas question d’un retour au pays du Cèdre. Contrairement à leurs arrières-grands-parents, qui se préparaient pendant une parenthèse africaine des jours meilleurs sur leur terre natale, ils n’y vont que pour des vacances. Certains envoient bien de l’argent à la famille, mais leur vie, c’est en Afrique qu’ils l’envisagent.

« Je vais parfois au Liban, mais seulement pour deux ou trois jours », témoigne Hassan, 36 ans. De père et mère libanais, ce négociant en diamants, musulman chiite, vit à Conakry depuis 1992. C’est là qu’il a fait ses études, à l’école française. Auparavant, il a passé dix ans en Sierra Leone, avec ses parents. Eux sont repartis au pays, mais lui a décidé de rester. « Si je me sens guinéen ? Mais bien sûr », lance-t-il. Peu importe la fragilité politique de la Guinée et les tracas quotidiens (fluctuation du taux de change, coupures de courant) : son centre de gravité est à Conakry.

Une communauté de 200 000 à 300 000 personnes

Jusqu’à la fin de la guerre civile qui a embrasé le pays de 1975 à 1990, les Libanais qui débarquent en Afrique fuient quelque chose. D’abord, le joug ottoman. Ce sont les premières vagues d’émigration, qui s’étalent de la fin du XIXe siècle au début des années 1920. Chrétiens maronites pour la plupart, ces aventuriers ne sont guère nombreux en Afrique de l’Ouest : en 1913, on compte 1 000 Libanais en Afrique-Occidentale française (AOF). Puis viennent le mandat français (1920-1943) et le mythe de l’eldorado : le sol sec et rocailleux des régions méridionales du Liban paraissant bien avare à côté des terres africaines colonisées par la puissance mandataire, des paysans du Sud s’embarquent sur des paquebots pour Dakar, Abidjan et, dans une moindre mesure, l’Afrique centrale. D’autres prennent le chemin des colonies britanniques : le Nigeria, la Gambie, la Sierra Leone. Ils sont encouragés par des colonisateurs ravis de peupler leurs empires d’immigrés réputés travailleurs et adaptables. La présence des Libanais dans les « colonies » prend de l’ampleur : en 1936, ils seraient 4 500 en AOF. Si les arrivées continuent (en 1960, ils seraient 17 000 en AOF), la troisième vague proprement dite est provoquée par la guerre du Liban. Fuyant la conscription et l’occupation israélienne, des habitants du Sud, musulmans chiites pour la plupart, vont rejoindre en masse leurs cousins d’Afrique dont le poids économique s’est progressivement alourdi.

Au final, les estimations sont de 200 000 à 300 000 Libanais aujourd’hui sur le continent (sur une diaspora à travers le monde de 4 millions de personnes). Le plus gros contingent serait en Côte d’Ivoire, avec 60 000 personnes. Puis 25 000 au Sénégal, 6 000 en RD Congo, 5 000 au Gabon… Mais ces chiffres sont sujets à caution. Intègrent-ils les binationaux ? Quid des Libanais qui se sentent davantage africains et ne sont pas enregistrés ? Autre problème : consulats et ambassades se montrent incapables – ou réticents – de livrer des données sur le nombre des ressortissants ainsi que des départs et des arrivées. La preuve que les Libanais en Afrique ne sont plus aujourd’hui des étrangers de passage…

Médecine, commerce, ingénierie, immobilier, informatique, industrie agroalimentaire, restauration, banque : avec les années, l’éventail de leurs activités économiques couvre maintenant tout le spectre des métiers possibles. L’image d’Épinal du Libanais-petit-commerçant debout dans son échoppe, entre un comptoir et un mur tapissé de rouleaux d’étoffes ou de médicaments, a jauni. Aujourd’hui, c’est un cliché réducteur oubliant qu’au Sénégal une famille libanaise a bâti un fleuron de l’industrie, la Biscuiterie Wehbe, créée en 1946 ; que les Libanais en Angola sont en grande partie des ingénieurs ; qu’en Côte d’Ivoire ils sont crédités de 60 % du parc immobilier, 80 % des activités de distribution, 50 % de l’industrie, 70 % du conditionnement et de l’imprimerie ; qu’en Guinée ils ont créé la plupart des entreprises informatiques… Et que certains partagent la misère de leurs frères africains, vivant dans des faubourgs de Dakar ou d’Abidjan.

Bref, les nouvelles arrivées étant désormais rares, les Libanais d’aujourd’hui, et surtout les jeunes générations, font partie du paysage au même titre que leurs « compatriotes de souche ». Alors, pourquoi partir quand on ne se sent pas étranger ? Quand, en 2004, l’animosité envers les Français est à son comble à Abidjan, Claire est souvent prise pour l’une d’entre eux. « Des patriotes, me croyant française, prenaient notre maison pour cible. » Se sentant pourtant chez elle en Côte d’Ivoire, elle reste.

Des entrées au palais

C’est le paradoxe : si la plupart des Libanais se disent sénégalais, guinéens, nigérians, les Africains ne les voient pas comme des compatriotes. Ils continuent à les isoler dans des clichés qui font d’eux des étrangers. « Leur comportement avec les ouvriers, mais c’est incroyable, ils les maltraitent, c’est le mot ! » s’énerve Peter, journaliste à Lagos. Bas salaires, conditions de travail inhumaines, insultes : les patrons libanais seraient des monstres… La rareté des mariages mixtes n’arrange rien : « Les Libanais fréquentent des Africaines mais, même s’ils ont des enfants avec elles, elles resteront toujours leurs maîtresses », estime Claire, dont les parents, mariés, sont selon elle une « exception ».

En fait, les Libanais se disent « africains » tout en cultivant une identité propre. Un mélange qui en fait des citoyens à part. À défaut d’une présence physique, les liens affectifs avec le Levant sont vivaces. Pendant les attaques israéliennes, en juillet-août 2006, le choc des bombes est ressenti jusqu’à Brazzaville et Dakar. On pleure et on crie devant le poste de télévision. Même solidarité viscérale dans toute la diaspora d’Afrique quand, le 25 décembre 2003, 130 Libanais qui rentrent à Beyrouth pour la fin de l’année meurent dans le crash d’un Boeing 727, abîmé en mer au large de Cotonou. Se sentir africain ne signifie pas oublier qu’on est libanais. Et n’interdit pas, au contraire, de fréquenter – et de tenir – des restaurants où l’on sert la cuisine du pays. Comme de construire ses propres mosquées – la plupart des Libanais musulmans en Afrique sont chiites quand les Africains musulmans sont sunnites –, dotées de centres de soins, qui traitent en priorité les frères libanais…

Et puis, il y a leur place en politique, qui alimente les fantasmes. Les Libanais ne courent pas après les postes en vue. Monie Captan, un natif de Tripoli devenu ministre des Affaires étrangères du Liberia (de 1996 à 2003), fut l’un des seuls ministres d’origine libanaise en Afrique. Ses frères du Levant préfèrent en général jouer les conseillers discrets : autrefois Kazem Sharara auprès d’Abdou Diouf, Hassan Hejeij auprès d’Omar Bongo, aujourd’hui Hajal Massad au Cameroun ou Roland Dagher en Côte d’Ivoire ont leurs entrées au Palais. Mais avec un penchant nettement légitimiste, toujours du côté du pouvoir, n’hésitant pas à participer généreusement aux campagnes électorales. On l’a vu lors de la présidentielle au Congo-Brazzaville en juillet et au Gabon en août. Un cas à part, toutefois : le sulfureux homme d’affaires Elie Khalil. Proche du dictateur nigérian Sani Abacha (au pouvoir de 1993 à 1998), il a été désigné par le mercenaire Simon Mann comme l’un des architectes de la tentative de putsch contre le président équato-guinéen Teodoro Obiang Nguema, en 2004. Une exception qui confirme que la présence libanaise en Afrique couvre tout le spectre des métiers possibles…

samedi, 17 octobre 2009

Un mannequin peint en noir dans Vogue : artistique ou raciste ?

La polémique fait rage en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis

L’édition française du magazine Vogue crée la polémique dans son dernier numéro "Spécial top-model". L’objet du crime : plusieurs pages d’un éditorial mode sur lequel le mannequin hollandais Lara Stone a le visage et le corps peints en noir. Indifférent, semble-t-il, à l’émotion suscitée, le magazine parle simplement du « sens de l’humour » de son modèle qui s’est prêtée à cette transformation. Censé mettre en avant les mannequins qui ont des courbes, en opposition aux égéries anorexiques, Vogue a plutôt attiré les foudres pour racisme en Angleterre et aux Etats-Unis. En France, où les réactions sont rares, l’association de lutte contre le racisme SOS Racime estime que le magazine a manqué de tact.

Vogue, que certains surnomment la "bible de la mode", est un magazine toujours à la pointe de la tendance et ses rédactrices en chef des prêtresses ou demi-déesses qui font et défont les modes.
Quand l’édition française sort, il y a quelques jours, un de ses numéros le plus attendu, le spécial top-model, tous les fashionistas se l’arrachent. Mais surprise : dans un numéro qui est censé mettre en avant les top-models du moment, on ne peut pas s’empêcher de constater l’absence de mannequins noirs. Et pour enfoncer le clou, dans un édito dont le but est de célébrer le retour des mannequins « en chair », on remarque que le mannequin est une blanche peinte en noir. "Shocking", s’indignent nos voisins anglais. Il n’y aurait donc pas un seul mannequin noir disponible pour faire cette séance photo ?

Vogue, qui a déjà essuyé plusieurs accusations de racisme - il y a très peu de Noires et d’Asiatiques en couverture et dans le magazine - est de nouveau au cœur de la polémique. L’édition française, réputée pour ses prises de risques et ses séances photos très avant-gardistes, ne faillit pas a sa réputation. L’objet du scandale aujourd’hui en Grande-Bretagne et aux Etats-Unies est une séance mise en scène par la rédactrice en chef Carine Roitfelt et photographiée par Steven Klein. Elle montre le mannequin hollandais Lara Stone avec le visage et le corps peints ou maquillés en noir dans différentes poses. Le texte, qui accompagne les illustrations, n’indique pas les raisons pour lesquelles la peau du mannequin a été assombrie. Une brève introduction se contente de préciser que les poses révèlent « le sens de l’humour du mannequin », ajoutant que « sa silhouette tout en courbes marque une rupture de la tendance des modèles anorexiques ». Le mannequin est décrit comme « une vraie femme de corps et de caractère pour qui le plaisir, comme le sens de la métamorphose n’est pas la moindre des qualités. Les photos de la transformation sont au nombre de 4 sur 14 pages. De quoi, en plus de rappeler la façon péjorative dont les Noirs étaient montrés dans les médias au début du siècle dernier, créer la polémique aux Etats-Unis et en Angleterre. Vrai débat ou comme Shakespeare le dit si bien « Much Ado about nothing ? » (beaucoup de bruit pour rien) ?


En attendant, le site de beauté américain Jezebel, a été le premier à s’insurger. Il accuse Carine Roitfeld et Steven Klein d’être « culturellement insensibles » en publiant ces images. « Ils devraient savoir que peindre des blancs en noir pour le divertissement d’autres blancs est offensant dans des proportions qui dépassent la chose culturelle. » Ces photos arrivent après que des participants à une émission de la télé australienne se sont peints le visage en noir la semaine dernière pour imiter les Jackson 5.

Cependant, la dernière édition de Vogue ne fait couler beaucoup d’encre que dans les médias anglophones. Dans l’Hexagone, l’affaire laisse impassible. Seul Dominique Sopo, président de SOS Racisme, les a trouvées offensantes. Mais l’activiste reste mesuré. « Le shooting n’avait certes pas d’intentions racistes mais il a manqué de tact. Si l’objectif était artistique, et non pas de faire passer le modèle comme une fille noire, la multitude de réactions que ces photos ont provoqué montre que le monde des images (pub, mode, etc.) est maintenant en train de payer pour n’avoir pas permis pendant longtemps les Noirs de montrer leurs corps au public », rapporte le Daily Mail

Vogue a réagi en indiquant qu’il ne savait pas que ces photos étaient blessantes. Joint plus tard par la chaîne américaine d’informations en continu,CNN, elle ne fera pas d’autres commentaires. Le racisme dans la mode a toujours été un des plus gros secrets de polichinelle. Tout le monde est au courant mais très peu en parlent. Doit-on pour autant tout se permettre au nom de la mode et de l’art ?

mercredi, 14 octobre 2009

« Au secours le prof est noir ! », un pavé dans le marigot de l’Éducation Nationale

Enquête sur le racisme dans le système scolaire français

Dans Au secours le prof est noir ! paru début octobre aux éditions Pascal Galodé, les journalistes Serge Bilé et Mathieu Méranville font état de plusieurs cas de racisme dans l’« Ecole de la République ». Enquête à charge.
out a commencé par la réception d’un mail à l’automne dernier. Quelques mots d’une enseignante martiniquaise qui racontait avoir des problèmes avec sa hiérarchie. Elle laissait clairement entendre que sa couleur de peau n’était pas étrangère à ses difficultés professionnelles et mentionnait des cas similaires au sien parmi ses collègues d’origine africaine et caribéenne. Il n’en fallait pas plus pour éveiller l’intérêt polémiste du journaliste Serge Bilé, à qui le mail était adressé. L’auteur de Noirs dans les camps nazis et Et si dieu n’aimait pas les noirs ? s’empare aussitôt de l’info qu’il pressent brûlante. Il passe un coup de fil à son confrère de France 3, Mathieu Méranville, et les voici tous deux sur le terrain.

Au secours le prof est noir ! est le résultat de cette immersion de plusieurs mois dans les méandres de l’institution scolaire française, sa hiérarchie sclérosée, ses moins célèbre relents réactionnaires et racistes. A partir de témoignages recueillis auprès d’une soixantaine d’enseignants originaires d’Afrique, des Antilles, de la Guyane et de la Réunion, Serge Bilé et Mathieu Méranville font la lumière sur les multiples incidents racistes qui ponctuent le quotidien professionnel de certains de nos professeurs. Confrontés à des élèves qui moquent leur accent ou leur couleur de peau, à des parents d’élèves qui doutent de leurs compétences, à des collègues aux sous-entendus lourds de sens, ces enseignants ont tous une anecdote à raconter concernant le racisme dont ils ont au moins une fois été victimes dans l’enceinte de l’école. Certains vont même plus loin, ils imputent à leur couleur de peau et à leurs origines les raisons de leur échec quand il s’agit d’obtenir une titularisation ou une promotion. « On a tous galéré à l’Institut de formation des maîtres (IUFM). C’est là que se fait l’année de titularisation », explique un professeur anonyme cité par les auteurs. « Quand on regarde les statistiques, tous ceux qui ont été recalés, qui n’ont pas eu leur année validée pendant le stage ou qui ont été licenciés, ce sont des Antillais, des Africains ou des Maghrébins, » ajoute la même source.

« On n’imaginait pas que le phénomène pouvait prendre une telle ampleur », confie Serge Bilé. « Le racisme dans l’administration, de la part des inspecteurs d’académie, des proviseurs… Nous avons voulu tout aborder, même le racisme à l’égard des élèves de la part des profs. Nous avons tout mentionné, sans aucun tabou. » Pas de tabou certes, mais à tout vouloir évoquer, on s’expose à la critique facile. Quelques amalgames et raccourcis affaiblissent de part et d’autre la valeur du propos car non, les professeurs de couleur ne sont pas les seuls néo-titulaires à être envoyés en banlieue parisienne pour faire leurs classes. On regrette également que des membres du Ministère de l’Education nationale, les supérieurs hiérarchiques, n’aient pas été entendus. Ont-ils seulement été approchés ? L’enquête n’en perd pas pour autant tout son mérite. Serge Bilé et Mathieu Méranville font émerger un réel problème de société : le racisme dans l’école républicaine et laïque. Aux politiques de s’en saisir.

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Source : afrik.com

mercredi, 07 octobre 2009

Mugabe prêt à avoir de "nouvelles relations" avec l'Occident

06/10/2009 | AFP


Robert Mugabe a plusieurs fois vertement critiqué l'OccidentRobert Mugabe a plusieurs fois vertement critiqué l'Occident© AFP

Le président zimbabwéen a-t-il retourné sa veste ? Lors de la session d'ouverture du parlement, Robert Mugabe a déclaré que son pays était prêt pour des relations apaisées avec l'Occident, qu'il a plusieurs fois vertement critiqué...

Le président zimbabwéen Robert Mugabe a assuré mardi que son pays était prêt à avoir de "nouvelles relations" avec l'Occident, qui critique depuis plusieurs années son régime, lors de la session d'ouverture du Parlement à Harare.

"Notre pays conserve une attitude positive pour avoir de nouvelles relations, empreintes de coopération, avec tous les pays qui nous ont été hostiles par le passé", a déclaré le chef de l'Etat.

M. Mugabe, 85 ans et au pouvoir depuis 1980, a régulièrement critiqué ces dernières années les puissances occidentales.

Début août, il avait accusé les pays occidentaux de chercher à "diviser" le gouvernement d'union nationale, mis en place en février. Il les avait également accusé d'être "racistes" et avait estimé que les aides occidentales n'étaient pas une solution pour redresser l'économie de son pays.

vendredi, 02 octobre 2009

Racisme : les dérapages contrôlés de Berlusconi

Le Cavaliere récidive en traitant les Obama de "bronzés"

Silvio Berlusconi a critiqué la couleur de peau de Barack Obama pour la troisième fois en un an, lors d’un meeting à Milan dimanche dernier. Cette fois-ci, il s’en est également pris à son épouse.

Silvio Berlusconi a de l’humour, du moins il pense en avoir. Son sujet préféré : la couleur de peau du président américain. De retour du sommet du G20 de Pittsburgh dimanche dernier, le président du Conseil italien a cru en raconter une bonne à ses militants. « Je dois vous porter les salutations d’un homme qui s’appelle, qui s’appelle… attendez, c’était quelqu’un de bronzé… Barack Obama ». Poursuivant dans sa lancée, le Cavaliere a ajouté : « Vous ne le croirez pas mais ils sont deux à être allés à la plage pour prendre le soleil, parce que même sa femme est bronzée ! ». « Bronzé », « bronzé », le Cavaliere semble n’avoir que ce mot à la bouche quand il s’agit d’évoquer Barack Obama. En novembre 2008, au lendemain de son élection, Silvio Berlusconi avait décrit le président américain comme un « jeune homme élégant et bronzé ». Au journaliste qui lui avait demandé s’il allait présenter ses excuses au premier président afro-américain des Etats-Unis, le Cavaliere, avec tout le panache qu’on lui connaît, avait répondu à son interlocuteur qu’il était digne d’être inscrit « sur la liste des imbéciles ». L’incident à peine clos, Silvio récidivera. En mars dernier, se comparant au président américain, il se trouve plus « pâle » que le « beau » Barack. Mais enfin Monsieur Berlusconi, seriez-vous jaloux du teint hâlé de Monsieur et Madame Obama ? Vos séances d’UV ne vous satisferaient-elles plus ?

Des déclarations qui « écornent l’image de l’Italie »

Vivement critiqués, les propos du Cavaliere n’ont pas manqué de faire la une de la presse italienne au lendemain du meeting. « Il nous a ridiculisés devant la terre entière » titrait lundi le quotidien de gauche L’Unita parlant de « gaffe raciste ». Journal du même bord politique, La Repubblica évoquait des « déclarations imprudentes ». La blague de mauvais goût a également été dénoncée par une partie de la classe politique italienne, au premier rang de laquelle le député italien Jean-Léonard Touadi. « En répétant de telles saillies complètement déplacées, le Premier ministre continue d’écorcher l’image de l’Italie ». Tentant d’atténuer les soupçons de racisme pesant sur Berlusconi, des journaux italiens ont rappelé la froideur avec laquelle la First Lady avait salué leur dirigeant en prélude au G20 de Pittsburgh. Michelle Obama avait alors tendu la main à Silvio Berlusconi qui s’apprêtait à l’embrasser. Blague raciste ou vengeance personnelle, la multiplication des dérapages contrôlés du Cavaliere commencent à lasser les Italiens et le reste du monde. Au point de se demander si Berlusconi est vraiment un raciste qui s’ignore.

lundi, 28 septembre 2009

Bienvenu Mbutu Mondondo : Tintin, le racisme et moi

Il veut faire interdire la BD de Hergé "Tintin au Congo" : interview

Bienvenu Mbutu Mondondo, qui a porté plainte en 2007 pour faire interdire Tintin au Congo en Belgique, sans succès, s’apprête à saisir le ministre de la Culture de la République démocratique du Congo. Après avoir menacé, début septembre, de porter l’affaire devant la justice française. Bienvenu Mbutu Mondondo, qui demande pourtant le retrait de l’album du marché, se dit pour le dialogue.

Après l’Angleterre, les Etats-Unis, la Belgique et la France, voici l’affaire Tintin au Congo sur le point de rebondir… au Congo-Kinshasa. Bienvenu Mbutu Mondondo, l’étudiant congolais qui n’a de cesse de dénoncer le caractère « raciste et xénophobe » de l’album, compte saisir le ministre de la Culture de son pays, Esdras Kambale. Cela prendra la forme d’une question orale que lui posera la semaine prochaine un député au parlement. Mondondo avait porté plainte en juillet 2007 contre Moulinsart, la société qui commercialise l’œuvre de Hergé, réclamant en vain l’interdiction de l’album. Deux ans après, début septembre, c’est le très médiatique avocat Gilbert Collard qui se voit confier le dossier en vue de porter l’affaire devant la justice française. Retiré des rayons dans certaines librairies pour enfants en Angleterre en 2007, placé dans une chambre forte en août dernier à la Bibliothèque de Brooklyn à New York, boudé par l’éditeur sud-africains de Hergé qui refuse de le traduire en afrikaans, Tintin au Congo, publié pour la première fois en 1931 dans un contexte colonial, est de plus en plus contesté aujourd’hui. Mais Bienvenu Mbutu Mondondo, qui demande pourtant le retrait de l’album du commerce, ne semble pas réfractaire au compromis.

Afrik.com : Deux ans après avoir porté plainte contre Moulinsart en Belgique, vous envisagez de le faire en France. Pourquoi la France ?
Bienvenu Mbutu Mondondo
: Nous avons porté plainte le 24 juillet 2007 en Belgique. Deux ans après, nous avons demandé au juge d’instruction de nous laisser accéder au dossier. Il a refusé notre requête, et nous a répondu, le 3 septembre, que celle-ci était « prématurée ». Nous avons tout de suite introduit un appel avec Me Jean-Claude Ndjakanyi, avec mon avocat en Belgique. Si les choses ne bougent pas, je porterai plainte en France. C’est Me Gilbert Collard qui se charge du dossier. Mais entretemps, je vais saisir le ministre de la Culture de la RDC. Un député est en train de préparer une question orale qu’il va lui poser la semaine prochaine au parlement. Si une solution n’est pas trouvée, nous saisirons la Cour Européenne des Droits de l’Homme.

Afrik.com : Pourquoi faire interdire Tintin au Congo ? Cela ne vous dérange pas de censurer un livre ?
BMM :
Un artiste a le droit de s’exprimer, il a le droit d’écrire sur tout. Mais il ne faut qu’on lui impose ce qu’il doit écrire. Au départ, Tintin au Congo n’était pas dans les plans de Hergé. C’était une commande des pères catholiques, de la propagande pour faire venir la main-d’œuvre au Congo. C’est un document qui ne reflète pas les pensées de Hergé.

Afrik.com : mais l’interdire ne va pas régler le problème du racisme _ BMM : je sais que supprimer Tintin au Congo ne va jamais résoudre le problème. Il faut au contraire s’en servir pour combattre le racisme, en faisant de la pédagogie. Mais pour cela, il faudrait que Moulinsart accepte de discuter.

Afrik.com : Vous avez essayé de parler avec Moulinsart avant de porter plainte ?
BMM :
J’ai contacté Moulinsart pour leur poser le problème. Ils m’ont dit : « ça ne vous regarde pas ! ». J’ai saisi le Centre pour l’égalité des chances et la lutte contre le racisme en Belgique, et j’ai eu la même réponse. Ils ne m’ont même pas laissé déposer un dossier.

Afrik.com : Si vous êtes partisan du dialogue n’est-ce pas paradoxal de demander l’interdiction ?
BMM :
Nous sommes sur un terrain juridique. Quand je demande l‘interdiction de BD, je n’ai pas forcément raison. Mais c’est la démarche que j’ai choisi pour obliger Moulinsart à s’asseoir à la table de discussion. C’est ce qui se passe en général. La justice écoute les deux protagonistes et on finit par trouver un compromis. Si je demande l’annulation, c’est pour aller à un compromis.

Afrik.com : Quelle forme pourrait prendre ce compromis ?
BMM :
En Belgique, je pense qu’on peut régler le problème autrement. Voir dans quelle mesure profiter de cette BD pour faire de la pédagogie, expliquer aux gens comment et dans quel contexte elle a été réalisée. Peut-être faut-il insérer un texte. En tout cas, on ne peut pas laisser les choses comme ça. Tintin est une œuvre d’art magnifique. J’en suis conscient. Elle fait partie du patrimoine national belge. Mais cette apologie de la supériorité de la race blanche dans Tintin au Congo est choquante. On doit trouver une solution.

Afrik.com : Qu’est-ce que vous pensez de la démarche du Conseil représentatif des associations noires (Cran), qui a demandé au ministre de la Culture français Frédéric Mitterrand, il y a quelques jours, de donner son avis sur le sujet ? _ BMM : Je ne vois pas à quoi va servir l’avis du ministre français de la Culture ? Je pense que c’est une diversion. Je préférerais avoir l’avis du président de l’Union africaine ou celle du parlement congolais qui, je pense, sont plus concernés par le sujet.

Afrik.com : Comment avez-vous découvert Tintin au Congo ?
BMM :
Je suis tombé par hasard, en feuilletant mon journal, sur un article qui racontait qu’un avocat, David Enright, avait saisi la Commission pour l’égalité raciale (CRE) en Angleterre parce qu’il était choqué par la manière dont les Africains étaient décrits dans Tintin au Congo. La Commission avait jugé, c’était le 12 juillet 2007, que l’album était « raciste » et présentait les Africains comme des « imbéciles ». Et l’éditeur britannique de Hergé, Borders, a fini par le retirer des rayons pour enfants. L’histoire m’a intriguée. Je voulais me faire une opinion. J‘ai acheté la BD le 20 juillet en me disant que si elle n’était pas raciste, j’allais l’offrir à mes neveux. Je ne l’ai pas offerte à mes neveux. J’ai porté plainte quatre jours plus tard..

Lire aussi

> Tintin au Congo : le racisme de papa Hergé ne passe plus

> "Tintin au Congo" jugé raciste par un organisme britannique

jeudi, 24 septembre 2009

Racisme ordinaire : un journaliste du "Monde" témoigne

Un article du Monde de mercredi a particulièrement marqué le microcosme journalistique français. Mustapha Kessous, journaliste du quotidien français, y raconte les difficultés rencontrées quand on est un journaliste arabe et musulman, au point de se sentir obligé de cacher son prénom. Il raconte, par exemple, que lorsqu’il couvre des procès, huissiers et gendarmes lui demandent souvent s’il est le prévenu. Kessous cite également un cas de racisme au plus haut sommet de l’Etat . Lors de sa première rencontre avec l’actuel ministre de l’Intérieur Brice Hortefeux, alors ministre de l’Immigration, ce dernier lui a demandé : « Vous avez vos papiers ? ». - Jeudi 24 Septembre 2009

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